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AVEC LES « SANS PAPIERS », ENFANTS DE REPUBLICAINS ESPAGNOLS ET DE BRIGADISTES.

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Comme des millions de Françaises et Français, nous sommes enfants, petits-enfants d’«indésirables», les Républicains espagnols, ceux aussi des volontaires des Brigades Internationales. Nous affirmons notre soutien total à la marche et à toutes les revendications des «sans-papiers» qui manifesteront à Paris le 17 octobre.

Ce n’est pas la même histoire, ce ne sont pas les mêmes personnes, cependant le malheur est le même. 80 ans après, nous refusons la répétition de l’ignominie.

En 1939, les nôtres, 500 mille Espagnols qui fuyaient l’horreur franquiste, les bombes et la misère, furent parqués dans les camps de concentration sur la plage où les femmes creusaient des trous dans le sable, les premières nuits, pour protéger les enfants, où des milliers moururent de leurs blessures, de maladie, de désespoir, où des gendarmes à cheval chassaient ceux qui s’approchaient des barbelés pour leur venir en aide.

Nos parents, si maltraités, si humiliés par la France officielle, furent ensuite parmi les premiers à se lever contre l’occupant nazi. Dés 1941, les guérilleros espagnols entrèrent dans la lutte armée. C’est La Nueve, la compagnie de la 2ème DB, composée de Républicains espagnols, qui entra la première dans Paris. En même temps qu’au général Leclerc, c’est à un brigadiste français, le colonel Rol Tanguy, que le général nazi commandant la place de Paris, restitua les clefs de la capitale. Depuis, nous mêmes, par notre travail, notre amour pour la France, avons largement remercié la solidarité que le peuple et ses organisations témoignèrent aux nôtres.

Aujourd’hui, 350 000 mille migrants, chassés par les bombes et la misère, sont sur notre sol. A Calais, des femmes, des nourrissons, dorment à même le sol, cachés dans des buissons, quelles que soient les conditions climatiques. Il est interdit aux associations de leur distribuer des vivres en ville. A Paris, 500 mineurs ont dormi dans la rue, à la veille de la rentrée scolaire. Le dernier rapport de la Cimade souligne que de plus en plus d’enfants sont placés derrière les barreaux des centres de rétention.

Les Moussa, Mamadou, Siaka, Fatima, tous les «sans papiers», les clandestins, sont nos amis. Pendant le confinement, nous les avons vus prendre le métro, le train, le bus, pour aller entretenir les rues et les bureaux déserts, faire la plonge et le ménage dans les maisons de retraite, poursuivre les travaux sur les chantiers, ramasser nos poubelles. Et puis, rentrer dans des squats surpeuplés et insalubres. Ils vivent ici, ils travaillent ici, ils sont et seront d’ici.

Enfants des maçons, journaliers, femmes de ménage, médecins, enseignants et intellectuels espagnols, enfants des volontaires des Brigades Internationales, notre mémoire française est emplie des souffrances et humiliations des nôtres, de leur espoir invaincu. Elle ne se confine pas au musée, elle ne se contente pas de témoigner, de commémorer. Elle est vivante et solidaire, elle interprète le présent et anticipe l’avenir. Nous refusons que d’autres générations grandissent parmi nous, la mémoire pleine de cicatrices.

Avec les 230 associations et les syndicats qui les soutiennent, nous exigeons:

– la régularisation de tous les «sans papiers».

– la fermeture des centres de rétention.

– Un logement pour tous.

Nous affirmons que, pour mettre fin aux trafics d’être humains, il faut aller chercher ceux qui se noient en mer, ceux qui, début septembre, ont vu brûler le camp grec de Moria (12 700 personnes dont 4 000 enfants). Alors que l’hiver approche, les pays de l’Union Européenne négocient misérablement lequel en accueillera 10 ou 50.

L’Europe, la France, qui, au fil des siècles, ont envoyé des millions de migrants se réfugier au «Nouveau monde», coloniser l’Afrique, dont les ports se sont enrichis avec le commerce d’esclaves, traitent les migrants d’aujourd’hui comme des chiens. Nous ne laisserons pas faire.

Derrière chacun des maltraités, humiliés d’aujourd’hui, nous voyons se dresser l’ombre de nos parents. La négation des droits des «sans-papiers», de leur humanité, est telle qu’elle autorise un commentateur comme Zemmour à affirmer sur CNews que «tous» les enfants migrants sont «violeurs, sont assassins, sont voleurs».

Nous avons été ces enfants, sommes leurs enfants et petits-enfants. Nous sommes emplis d’effroi et de chagrin. Nous sommes en rage, la mémoire nous brûle. Cela suffit!
Nous espérons que ceux qui partagent nos souvenirs, celles et ceux qui connaissent, s’indignent et s’émeuvent encore devant ce chapitre de l’histoire signeront et relaieront cet appel. D’ores et déjà, des amis de l’Espagne Républicaine ont tenu à s’y associer.

Sylvie Allouin. Administratrice de «Réfugiés Espagnols En France».

Marie Thérèse Anton. Traductrice-interprète.

Diego Arrabal. Écrivain.

Aline Barbier. Enseignante d’arts plastiques.

Francisco Barreira. Administrateur de «Réfugiés Espagnols en France».

Georges Bartoli. Photographe.

Cali. Auteur, compositeur, interprète.

Pierre Carles. Réalisateur.

Raymond Cubells. Président de l’Amicale Du Camp De Concentration Du Vernet.

Gonzalo Dorado. Cadre Territorial.

Geneviève Dreyfus Armand Auvray. Historienne.

Claudine Ducol. Journaliste.

Céleste Escudero. (veuve de Lény Escudero)

Henri Farreny. Président De l’Amicale Des Anciens Guérilleros Espagnols En France-FFI.

José Fort. Journaliste.

Geneviève Feixas. Psychologue.

José Gonzàlez. Infirmier psychiatrique.

Anna-Maria Guerrero. Éclairagiste spectacle.

Maria Lorente. Administratrice de «Réfugiés Espagnols En France».

Eloy Martinez Monegal. Président de l’ASEREF (Association Pour Le Souvenir De L’exil Républicain En France).

Jean Ortiz. Universitaire.

Joachim Pano. Administrateur de «Réfugiés Espagnols En France».

Maité Pinero. Journaliste. Écrivaine.

Sabine Reynosa. Informaticienne.

Madeleine Riffaud. Résistante, poétesse, correspondante de guerre.

Claire Rol Tanguy. Militante associative.

Olivia Ruiz. Auteure-compositrice-chanteuse. Réalisatrice. Écrivaine.

Raymond San Geroteo. Directeur commercial.

Marie-Françoise Sanchez. Cadre action sociale de l’énergie.

Laurent Sanchis. Éducateur spécialisé.

Émile Turlan. Cadre territorial.

Maxime Vivas. Écrivain. Administrateur du site legrandsoir.

République ou Monarchie : le peuple doit voter !

Affaire Juan Carlos :
l’ex-roi doit répondre de ses actes devant les Espagnols
République ou Monarchie : le peuple doit voter
Avec l’affaire Juan Carlos et ce qu’il faut appeler par son nom, à savoir une fuite, le cri
des associations mémorielles regroupant les descendants et amis des Républicains
espagnols, est plus que jamais d’actualité.
Ce cri, qui est aussi leur raison d’être, c’est « Vérité, justice et réparation ». Voilà
bien ce qui doit être appliqué aujourd’hui à l’endroit de l’ancien roi d’Espagne. Comme
nous réclamons que cela s’applique aussi au coup d’État du 18 juillet 1936 contre la 2ème
République issue d’un processus démocratique incontestable, à la Guerre d’Espagne et à
la longue et sanglante dictature de Franco.
Cette double exigence est d’autant plus légitime, pour l’Espagne et au regard de
l’Histoire, que Juan Carlos a été mis sur le trône par une décision unilatérale de Franco, à
la suite d’une interruption illégale-un coup d’Etat-du cours normal d’une démocratie. Dès
lors, de quelle légitimité Juan Carlos et la monarchie espagnole peuvent-ils se prévaloir ?
D’une décision découlant d’un acte antidémocratique, mais aussi et surtout illégal, prise
par l’auteur de cet acte illégal ?
Aujourd’hui, alors que des juges suisses et espagnols enquêtent notamment sur une
centaine de millions de dollars secrètement versés à Juan Carlos par l’Arabie saoudite,
l’ex-roi, soupçonné de corruption, quitte l’Espagne. Une décision indigne d’un ancien chef
d’État, dont on ne sait d’ailleurs quelle part y a pris son successeur et fils, l’actuel roi
Felipe VI. S’il respecte son pays, et ce qu’il doit encore considérer comme « son » peuple,
Juan Carlos doit répondre de ses actes en Espagne et devant tous les Espagnols.
Au-delà de ces aspects évidents, le judiciaire et celui de l’honneur d’un homme et d’un
pays, cette nouvelle affaire Juan Carlos, et sa fuite, venant après de multiples scandales
liés à l’ancien roi et à la monarchie, reposent la question de la légitimité de cette dernière.
Il est grand temps que les Espagnols, qui ont voté pour une République avant que le
processus ne soit illégalement stoppé par le coup d’État de juillet 1936, retournent aux
urnes pour redire, démocratiquement, s’ils veulent vivre dans une monarchie ou une
République. Eux qui ont dû livrer une terrible guerre face aux trois grands
fascismes/nazismes européens (Hitler, Mussolini et Salazar, alliés de Franco), puis subi
une dictature terrifiante pendant près de 40 ans, n’ont depuis jamais pu, à ce jour, se
prononcer sur cette question.
Caminar, coordination nationale des descendants et amis de l’Espagne
républicaine.

Libération de Paris : la Nueve et ses républicains espagnols enfin pleinement reconnus

Comment est né la Nueve ? Qui exactement la formait ? Avec quelle formation et dans quel état d’esprit ? Ramon Pino raconte ce qui a débuté dans des camps de concentration français.

Eux ont pourtant été les premiers à entrer dans la capitale, le 24 août 1944, par la porte d’Italie ?

Oui, et ils bénéficient de l’aide inattendue de l’aide d’un Arménien de banlieue qui les guide dans les rues de Paris pour éviter les barrages allemands. Ils vont suivre un parcours un peu tortueux mais en une heure seulement, ils passent de la porte d’Italie à la place de l’Hôtel de Ville, sans avoir tiré un coup de feu. Il est 21h30, il va y avoir des échanges de tirs pour prendre l’Hôtel de Ville mais cela va se faire assez rapidement.

En revanche, le lendemain, il y aura d’autres combats entre autres place de la République. Quelques petits bastions de soldats allemands subsistent et il faut reprendre tous les bâtiments  officiels où l’état-major allemand s’était installé. Mais le 26 août, c’est fini, malgré quelques tirs sporadiques de soldats allemands ou de Français collaborateurs.

Avaient-ils revendiqué ce privilège de libérer Paris ?

Cette libération est un événement qui a marqué le monde entier, avec des cloches qui ont sonné y compris à Buenos Aires.

Mais il faut être nuancé : ils ne se battaient pas pour la libération de la France mais pour la liberté, en libérant le monde du fascisme. Et la promesse qui leur avait été été faite oralement par le Général Leclerc, le capitaine Dronne, était qu’après avoir viré Mussolini en Italie, viré Hitler en Allemagne, on les aiderait à virer Franco en Espagne. C’était ça leur désir. Ils pensaient qu’on allait libérer l’Espagne. Cela n’a pas été le cas évidemment parce qu’on était déjà pratiquement au début de la guerre froide, les Américains ont ensuite commencé à installer des bases militaires en Espagne et Franco a obtenu en échange qu’on le laisse tranquille. Et seul le Mexique et la Yougoslavie de Tito se sont toujours refusés à reconnaître le régime de Franco.

Les hommes de la Nueve ont éprouvé une double trahison : leur rôle à Paris gommé et pas d’aide ensuite pour sauver leur pays.

Quelques uns des hommes de la Nueve
Quelques uns des hommes de la Nueve Crédits : Association 24 août 1944

A commencer par de Gaulle et pendant des années ensuite, cette opération de la Nueve est donc restée presque taboue ?

Absolument. Il fallait pour l’imagerie populaire que la France ait été libérée par des Français. Cela a d’abord été bien martelé par de Gaulle, par les gaullistes et par les communistes aussi. Il fallait que cela soit absolument une libération franco-française.

C’était un argument politique. Au lendemain de la libération de Paris, les gaullistes et les communistes sont les nouvelles forces qui occupent le devant de la scène politique. Et on ne sait pas à ce moment-là qui va l’emporter. De Gaulle était très soucieux justement de faire libérer Paris et quand il a vu l’ordre de reddition du gouverneur allemand à Paris avec à côté de la signature de Général Leclerc, il y avait également celle de Rol-Tanguy, membre du Parti communiste. Il était furieux. Il a engueulé Leclerc qui avait permis la signature d’un gouvernement communiste. On est à un moment de bascule pour le devenir de la France et d’ailleurs le gouvernement qui va être formé comportera des communistes et des gaullistes.

Pourquoi alors de Gaulle a-t-il fait défiler la Nueve à ses côtés sur les Champs-Elysées ?

Je ne pense pas que cela venait de de Gaulle mais plutôt du Général Leclerc. Mais pour une raison très pratique : c’était quand même une troupe de choc, l’avant-garde de la 2e DB, que l’on envoyait toujours devant au casse-pipe. Après presque trois ans d’expérience de guerre civile en Espagne, puis des combats en Tunisie et en Normandie, ils étaient les plus aguerris. Et on leur faisait le plus confiance pour assurer la sécurité du Général de Gaulle. C’était davantage d’un point de vue pratique, pas tellement par reconnaissance d’être arrivés les premiers.

D’ailleurs, après quelques jours de repos à Paris, ils ont continué avec Leclerc jusqu’à Strasbourg, puis jusqu’au nid d’aigle d’Hitler, à Berchtesgaden. Arrivés en Allemagne, ils n’étaient plus que 16 sur 160 environ au départ de Normandie, même s’ils n’étaient pas tous morts.

26 août 1944, les soldats espagnols de la Nueve défilent sur les Champs-Elysées à bord de leurs half-track (véhicules blindés avec des chenilles à l'arrière). Ici, le Guernica
26 août 1944, les soldats espagnols de la Nueve défilent sur les Champs-Elysées à bord de leurs half-track (véhicules blindés avec des chenilles à l’arrière). Ici, le Guernica Crédits : Association 24 août 1944

Il y a quand même eu une reconnaissance militaire des soldats de la Nueve ? Certains ont été médaillés.  

Oui, mais une reconnaissance individuelle. Les combattants de la Nueve ont été décorés à titre individuel. On ne parle pas de la Nueve en tant qu’entité. De la même façon, de Gaulle ne voudra pas voir dans le défilé des combattants qui ont libéré Foix des drapeaux républicains espagnols. ll les fait tous retirer, il faut que ce soit des drapeaux français.

Sur les Champs-Élysées, il y en a eu très peu. Mais il y a eu une très grande banderole du drapeau républicain tenue par des Espagnols qui étaient à Paris. Mais de Gaulle l’a faite retirer également. En revanche, ce que l’on voit sur les documents d’époque (vidéo ci-dessus), que l’on ne pouvait pas retirer, c’est la quinzaine de blindés qui l’escortent avec toujours les noms des batailles de la guerre d’Espagne. Par exemple, le « Madrid », le « Teruel », le « Guadalajara » ou le « Don Quichotte ». Un des véhicules avait aussi été baptisé « Les Pingouins », par autodérision parce que c’était le surnom que les Français donnaient aux Espagnols, pingouins ou espingouins.

La seule chose que l’on ne voit pas dans les images d’époque c’est une jeep qui portait le nom « Mort aux cons ». Cela n’avait pas plus à Leclerc qui avait dit que cela n’allait pas faire bon effet à l’arrivée dans Paris.

Ce dimanche 25 août 2019, le Madrid faisait partie du défilé de commémoration des 75 ans de la libération de Paris
Ce dimanche 25 août 2019, le Madrid faisait partie du défilé de commémoration des 75 ans de la libération de Paris Crédits : Eric ChaverouAFP

Quand et pourquoi alors a débuté la reconnaissance ? Il a fallu attendre la mort de Franco, plus tard encore ? 

Plus tard encore. Il a fallu attendre l’arrivée de Bertrand Delanoë à la mairie de Paris avec sa principale adjointe Anne Hidalgo. Cela a commencé en 2004, avec l’apposition d’une douzaine de médaillons commémoratifs, le long du parcours qu’avait emprunté la Nueve.

Et en 2012, pour la première fois, un président de la République française a rendu hommage à ces républicains espagnols. C’était le 25 août, dans le discours de François Hollande.

Jusqu’à aujourd’hui, avec des commémorations officielles : chaque 24 août, à côté de l’Hôtel de Ville, au jardin des combattants de la Nueve, qui a été renommé par la mairie de Paris en 2015. Un jardin du même nom ayant été inauguré à Madrid en 2017.

Article de Camus de septembre 44 dont une photo évoque la Nueve
Article de Camus de septembre 44 dont une photo évoque la Nueve Crédits : Association 24 août 1944

Cette mémoire a bénéficié de l’arrivée au pouvoir de dirigeant.es socialistes, dont une à l’histoire intimement lié à la guerre d’Espagne ?

C’est surtout Anne Hidalgo qui a dû pousser à cette reconnaissance du rôle des républicains espagnols, de par son parcours personnel. Elle a effectivement toujours aidé sur ce plan-là  notre association. Elle a facilité pas mal de choses et a elle-même organisé de son côté des événements à chaque fois conjointement, d’ailleurs, avec la mairie de Madrid.

Nous étions ainsi la seule association française à participer à l’inauguration du jardin de Madrid.

Plaque du jardin des Combattants de la Nueve (Paris, 4e)
Plaque du jardin des Combattants de la Nueve (Paris, 4e) Crédits : One work / Wikimedia Commons

Et quel est l’esprit de la fresque inaugurée ce samedi ? Un travail de mémoire plus grand public, plus jeune ?

Exactement. Une des plaques commémoratives du passage de la Nueve est à cette adresse. Avec toute une façade de 17 m de haut. On s’était dit qu’il serait bien de faire une fresque au-dessus du médaillon. Nous avons un artiste peintre dans l’association – Juan Chica Ventura – et donc l’idée s’est réalisée : faire une espèce de triptyque, genre bande dessinée. Avec trois dessins et trois petits commentaires qui figurent trois moments de la libération de Paris.

Nous avons obtenu assez vite la façade mais sans aucune subvention. Nous avons donc lancé une souscription en ligne et nous avons récolté des chèques de dix à mille euros pour arriver au bout d’un an à nous auto financer.

« C’est très bien parce que cela questionne. J’espère que cela va tenir longtemps. » Une voisine de la fresque, ancienne professeure d’Histoire

Cette fresque est très importante parce qu’elle complète la plaque commémorative déjà présente. Mais qui s’arrêtait pour regarder la plaque ? Je sais qu’ils sont passés par là mais presque personne ne le sait. Alors que maintenant les peintures de se sont beaucoup développées dans le 13e arrondissement et les gens les cherchent, seul ou en groupe avec des guides. Ils vont s’arrêter là.
Martine Champeaux, voisine et ancienne professeure d’Histoire

Intégralité de la fresque BD du 20 rue Esquirol, dans le 13e arrondissement, avec tout en bas, au centre, le médaillon pré existant commémorant le passage de la Nueve ici même.
Intégralité de la fresque BD du 20 rue Esquirol, dans le 13e arrondissement, avec tout en bas, au centre, le médaillon pré existant commémorant le passage de la Nueve ici même. Crédits : Eric ChaverouRadio France

A écouter aussi, une chanson sur la Nueve : « Un nuage espagnol » dans sa version française, « Una nube hispana », dans sa version castillane.

Elle est signée Serge Utgé-Royo, fils de républicains espagnols, né dans l’exil à Paris.

Espagne : le polémique « Billy El Niño » meurt du coronavirus

 

Billy el Niño, Billy the kid. Derrière ce pseudonyme inoffensif se cache Antonio González Pacheco, un inspecteur de police aux tendances sadiques et ultra-violentes. L’Espagne a appris aujourd’hui la mort de cet ancien policier, des suites du coronavirus. 

La carrière del Niño s’est déroulée durant la dictature du Général Franco. Sous ce régime à l’exception du mouvement franquiste, tout parti politique ou syndicat était interdit. Les militants de sensibilité de gauche ou d’extrême-gauche étaient arrêtés, torturés, emprisonnés.

Affecté à la Brigada Político Social (BPS) de Madrid, Billy el Niño a une ambition : que son pseudonyme glace d’effroi les militants de gauche. Antonio González Pacheco était un tortionnaire qui prenait du plaisir dans la violence, il ne le cachait pas, en était fier. Les victimes aujourd’hui survivantes tentent des actions en justice contre Billy et racontent le déroulé d’une garde à vue avec ce policier. El Niño était responsable des geôles de détentions au sein de la Dirección General de Seguridad. Sa mission officielle était de faire avouer les personnes gardées à vue.

Sadisme

Dans les dispositions des plaintes adressées contre González Pacheco, les techniques de torture pendant les interrogatoires sont légions : transformer sa victime en un punching-ball,attachée à une barre et frappée sans interruption de diverses manières selon des techniques empruntées aux arts martiaux. El niño se vantait d’être un maître en la matière et à chaque coup poussait des cris empruntés au karaté et hurlait le nom de la technique martiale lors du mouvement.

Dans une autre torture appelé « la bañera », Pacheco plongeait la tête de la personne qui était sous sa garde dans un W.C. rempli d’excréments et d’urines, jusqu’à lui faire perdre conscience, donnant ainsi une sensation de mort imminente. El Niño se vantait d’avoir créer le « passage » :  le gardé à vue devait passer entre deux files d’agents policiers qui le frappaient avec des matraques, des fouets, des poings américains, des coups de pieds et des claques.

Dans un autre acte de folie, El Niño accrochait son souffre-douleur à  une barre métallique en menottant les poignets aux chevilles avec le dos courbé. Cette position exposait les fesses et les organes génitaux aux coups provoquant une douleur très intense avec comme séquelles de nombreuses hémorragies et la présence de sang et de caillots dans l’urine pendant des mois.

Billy el Niño torturait sans distinctions hommes et femmes. Menaçait aussi ses victimes d’aller retrouver leur famille pour leur infliger des violences. Les interrogatoires avaient lieu nus, sans nourriture ni eau pendant plusieurs jours.

De la dictature à la démocratie

En 1975 prit fin la dictature franquiste. Mais pas la carrière de Billy el Niño qui devient inspecteur dans le corps supérieur de la police, au sein de la brigade centrale du renseignement, la police secrète de l’Espagne démocratique. Six ans plus tard, en 1981 il abandonna la police pour travailler dans le secteur privé de la sécurité.

Aujourd’hui Billy el Niño vit tranquillement comme un retraité de Madrid parmi les autres. Un citoyen qui a cependant une meilleure pension financière que beaucoup de ses pairs. Suite à ses actes de torture Pacheco s’est vu attribuer des médailles accompagnées de primes financières.

Pour avoir démanteler l’organisation terroriste Le Front Révolutionnaire Antifasciste et Patriote, el Niño toucha 20.000 pesetas l’année de la mort de Franco en 1975. Une pratique qui continua durant la démocratie ; une prime de 6.000 pesetas en 1976 pour l’arrestation de militants du Parti Communiste. La médaille rouge octroyé par Franco en 1972 augmente la retraite actuelle de Pacheco à hauteur de 10%. Le ministre Rodolfo Martín Villa de l’Espagne démocratique en 1977 décerna la médaille d’argent du mérite policier avec une gratification de la retraite d’El Niño de 15%. Encore une médaille d’argent en 1980 et une autre d’or en 1982 offrent 20% de retraite en plus. En 2019 El Niño jouit d’une retraite augmentée de 45%.

Billy el Niño n’est pas un pestiféré et fut invité, il y a une paire d’années à un cocktail mondain par un commissaire de Police encore en activité.