La révolution espagnole étranglée par Staline

En 1937, en pleine guerre contre les forces franquistes, le Parti communiste espagnol, fort de l’appui soviétique, attaquait d’autres composantes de gauche – la CNT anarco-syndicaliste et le POUM léniniste antistalinien. Une offensive qui a signé l’amorce du démantèlement des collectivités libertaires de Catalogne et d’Aragon. Eclairage de Karel Bosco.

Barcelone est occupée par les troupes franquistes le 26 janvier 1939, Madrid-la-Courageuse le 28 mars. La terrible Guerre civile espagnole s’achève dans le fracas des armes – 600 000 à un million de morts. Mais elle va se poursuivre dans le silence. Déjà en 1939 ont été enfermées en camps de concentration 700 000 personnes, dont le travail forcé visera à redresser la situation économique catastrophique de la péninsule saccagée, puis à construire usines, casernes, prisons, barrages, aéroports et lignes ferroviaires, sans parler de l’exploitation de l’étain, du fer, du charbon. Entre 1939 et 1944, près de 200 000 personnes sont assassinées par les escadrons franquistes, sans compter les prisonniers morts de froid, de faim, d’épuisement et de maladies, ni ceux qui ont succombé sous les tortures ou qui ont préféré se suicider. En 1948, 20 mineurs du bassin asturien sont jetés dans un puits, attachés les uns aux autres et brûlés vifs par des unités de police. Entre 1947 et 1949, c’est la terreur de masse qui brise les ultimes résistances paysannes.

Ce système concentrationnaire et totalitaire devait durer jusqu’à la mort de son chef, en 1975, et les aménagements de surface – ainsi dans le domaine du tourisme – ne changèrent rien à sa nature criminelle, « lointain héritage de l’Etat-Eglise inquisitorial, esclavagiste et génocidaire du dénommé Siècle d’Or » (César Lorenzo).

Les divisions tragiques du camp républicain

Si Franco a écrasé la République et massacré tant de paysans et d’ouvriers, ce fut grâce à la complicité tacite des Etats européens, dont l’Angleterre – qui entraîna la France dans la désastreuse politique de « non-intervention » – et surtout grâce à l’appui militaire de Mussolini et d’Hitler. Mais on ne peut plus passer sous silence aujourd’hui les tragiques divisions qui minèrent et affaiblirent le camp républicain. Il s’agit d’un chapitre de l’histoire de la Guerre civile que les militants des gauches révolutionnaires ont gardé au cœur comme une flèche empoisonnée et que des historiens, d’abord peu nombreux, ont cherché à éclairer. Le grand public ne l’a vraiment découvert qu’à travers le film de Ken Loach, Land and Freedom (1995), libre adaptation du témoignage de l’écrivain engagé George Orwell, Hommage à la Catalogne (1938).

Trois ans avant le film de Loach, un téléfilm espagnol de haute qualité – diffusé en France par Arte – avait déjà jeté une lumière crue sur cet arrière-fond sordide : Opération Nikolaï, de Maria D. Genovés et Llibert Ferri. Une manière rigoureuse de confirmer ce qu’avaient rapporté Julian Gorkin, du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM), dans son livre rageur de 1941, Canibales Politicos : Hitler y Stalin en España, publié à Mexico, ou encore José Peirats dans la somme qu’il avait consacrée à la Confédération nationale du travail (CNT) en 1951-1953 – 1200 pages !

En 1961, les historiens Broué et Témime proposaient une première et monumentale synthèse en langue française, La Révolution et la Guerre d’Espagne (Ed. De Minuit). Depuis la mort de Franco, le retour difficile de l’Espagne à la démocratie et l’ouverture partielle des archives du KGB en Russie ainsi que celles des partis communistes en Occident, quantité d’études ont été publiées, notamment Le POUM : Révolution dans la guerre d’Espagne de Wilebaldo Solano, un ouvrage militant (Ed. Syllepse, 2002) et le très substantiel Mouvement anarchiste en Espagne – Pouvoir et révolution sociale de César M. Lorenzo (Ed. Libertaires, 2006).

En 1969, dans Le vif du sujet, Edgar Morin avait mis en évidence les arêtes de la problématique, sans détours ni litotes : « La guerre d’Espagne continue à être perçue comme épopée et non comme tragédie (…). Il y eut tragédie dès 1936, et la suite fut le pourrissement de cette tragédie. L’alternative franquisme-république continue à masquer des contradictions qui ont pourtant éclaté dans le sang. (…) A l’intérieur de la république, avant même [le putsch de Franco], le conflit entre la révolution et l’ordre bourgeois avait éclaté. Dans ce conflit, le stalinisme devait intervenir de plus en plus efficacement comme le tiers excluant, tuant la révolution et faisant progresser sa révolution sous le couvert de l’ordre. Il y eut une montée révolutionnaire culminant au partage des terres et des biens en Aragon [et en Catalogne] (…). Et ce furent les républicains, et non Franco, qui la brisèrent, et ce fut dans cette répression que se scella la belle et bonne alliance entre bourgeois républicains et communistes staliniens. L’actuelle mythologie antifasciste se fonde sur l’anéantissement des communes [libertaires] d’Aragon et de Catalogne ».

Des soi-disant contre-révolutionnaires soumis à la question

Il faut approfondir. Lorsque la révolution sociale éclate en Espagne en 1936, suite à la victoire électorale des forces de gauche rassemblées dans le Frente popular, et que le coup d’Etat de Franco va fracasser dans les conditions que l’on sait, les visages du changement et du renouveau sont multiples : les anarcho-syndicalistes de la CNT – près d’un million de militants – ; les socialistes divisés en une aile réformiste et une aile radicale ; le POUM léniniste mais violemment antistalinien et distant de Trotsky ; les divers courants républicains de gauche ; les militants des autonomies basque et catalane ; le Parti communiste espagnol, encore très minoritaire.

La révolution, en Catalogne et en Aragon, dans une certaine mesure en Estrémadure et en Andalousie, c’est, sous l’égide la CNT mais pas d’elle seule, le partage des terres et la socialisation des outils de production, celle-ci étant particulièrement visible à Barcelone, promue « capitale du prolétariat mondial », où les ouvriers gèrent eux-mêmes leurs entreprises, non sans difficultés. Sur le plan militaire, Staline apporte le soutien de la Russie soviétique, salué avec émotion et enthousiasme par le peuple qui doit affronter les armées de Franco, bien entraînées, bien équipées et parfois fanatisées.

Un soutien qui se paie : 500 000 kilos de lingots d’or – les deux tiers des réserves de la Banque d’Espagne – sont « mis en sûreté » en URSS par le gouvernement républicain (et ils ne seront jamais restitués) : Madrid était déjà assiégée, il est vrai, toutefois Barcelone ou Valence auraient pu abriter ce trésor, mais elles étaient sous le contrôle d’une CNT fort mal vue des autorités.

Fort de l’aide soviétique, le PC espagnol monte en puissance et passe à l’offensive en 1937. Sa volonté de mettre la main sur la centrale téléphonique de Barcelone, lieu stratégique occupé par les anarchistes, débouche sur un affrontement armé entre ses militants et ceux de la CNT et du POUM, qui coûtera la vie à 500 personnes. Un affrontement qui s’étendra à l’ensemble de la Catalogne et de l’Aragon, où les troupes « marteau et faucille » s’activeront à liquider les communes paysannes, qui assurent pourtant le ravitaillement des zones républicaines. Et cela alors que les milices révolutionnaires et que les volontaires des 70 nations engagés dans les Brigades internationales sont au feu face à la barbarie franquiste…

Non contents de détruire, les dirigeants du PC salissent et insultent, sur les conseils des agents du NKVD – la police secrète soviétique – infiltrés dans l’administration républicaine : les militants de la CNT et plus encore ceux du POUM, haïs de Staline, sont accusés de complicité active avec Franco, avec Hitler. Les tchekas, culs-de-basse-fosse du NKVD en Espagne, se remplissent de soi-disant contre-révolutionnaires soumis à la question. Andrès (Andreu) Nin du POUM, la figure la plus respectée et la plus prestigieuse de la révolution espagnole, est kidnappé, torturé et assassiné par les nervis staliniens, entre autres par le Hongrois Erno Gerö – ce qu’a révélé le téléfilm Opération Nikolaï.

La révolution est écrasée, la liberté recule partout en Espagne, les armés franquistes progressent inexorablement. Staline se retire sur la pointe des pieds – il a d’autres soucis, d’ordre diplomatique. Valence, Barcelone, Madrid tombent. La tentative de constituer une première « démocratie populaire » de style soviétique sur sol étranger a échoué. Et c’est tout un peuple qui a été massacré, et qui va subir le martyre durant près de quarante ans.

Pour une autre image du futur humain

Il est évident que l’histoire de la Guerre civile espagnole ne se réduit pas à cette seule tragédie, ni que l’engagement d’une bonne partie des militants du PC ne se limite aux pratiques criminelles de ses dirigeants sous influence, mais il est inconcevable de négliger, pire, d’oublier ces événements et leur profonde signification politique à l’heure où la mondialisation meurtrière des économies nous met au défi de penser et de développer une alternative solidaire et démocratique à caractère écologique et socialiste. L’expérience, même brève, même cassée, des communes libertaires et des usines autogérées de Catalogne et d’Aragon n’est pas un passé qui n’intéresserait que des universitaires. Elle peut être une des images possibles du futur humain.

Les efforts et les sacrifices inouïs qui furent ceux du peuple russe et de son armée durant la Seconde Guerre mondiale, et qui contribuèrent plus que largement à libérer l’Europe de l’hydre nazie, ne changèrent rien aux pratiques staliniennes une fois la victoire acquise : tortures et procès truqués dans les Etats satellisés par l’URSS – Bulgarie, Hongrie, Tchécoslovaquie notamment –, au cours desquels sont liquidés de vieux militants, des résistants à l’occupant allemand, des anciens combattants de la Guerre d’Espagne. Et la répression, sinon le feu, pour la classe ouvrière quand elle n’est plus docile : à Berlin-Est et dans les grandes villes de l’Allemagne communiste en 1953 ; en Hongrie en 1956 – face aux conseils d’usines – ; en Tchécoslovaquie en 1968 – toujours face aux conseils d’usines – ; en Pologne en 1970 – les forces armées tirent sur les ouvriers de la Baltique. Certaines bonnes leçons avaient été retenues : à Budapest, le 25 octobre 1956, le peuple défilait pacifiquement devant l’immeuble de la radio ; sur l’ordre du secrétaire du Parti, les agents de la police secrète ouvrent le feu, précipitant la violence. Le secrétaire ? Erno Gerö, l’assassin d’Andrès Nin.

* Historien, Genève.

https://lecourrier.ch/2017/09/11/la-revolution-espagnole-etranglee-par-staline/

Label Histoire – Les réfugiés Espagnols

Et vous, auriez-vous tendu la main aux réfugiés de la guerre d’Espagne ?

En février 1939, après la victoire de Franco, un demi-million d’espagnols traverse les Pyrénées pour chercher refuge en France. Ils n’ont plus rien. Juste faim et froid. Et fuient 3 ans de guerre civile qui les ont déjà épuisé.

Mais désignés comme des « étrangers indésirables », les réfugiés vont être traités comme du bétail, logés dans ce qu’on n’a pas peur d’appeler à l’époque « des camps de concentration » avant d’être emportés dans le tourbillon de ce qu’ils appellent la guerre de France, c’est-à-dire la seconde guerre mondiale !

Pourquoi Léon Blum n’a-t-il pas soutenu le Front Populaire espagnol ? La France a-t-elle trahi les républicains ? Et vous, auriez-vous tendu la main aux réfugiés de la guerre d’Espagne ?

Myriam Bounafaa et François Reynaert mènent l’enquête auprès de Cali, le chanteur, et ceux qui ont vécu le drame …

Guerre d’Espagne 1936-1939

La guerre civile espagnole, souvent considérée comme le prologue de la seconde guerre mondiale, a opposé, de juillet 1936 à avril 1939, le gouvernement républicain espagnol du Frente Popular élu en 1936 à une insurrection militaire et nationaliste dirigée par Francisco Franco, bénéficiant de l’aide — déterminante — d’Adolf Hitler et de Benito Mussolini. Malgré le soutien de l’URSS, de la Grande-Bretagne, de la France et surtout des Brigades internationales (35 000 volontaires de 50 nations), la défaite des républicains a permis l’établissement de la dictature de Francisco Franco, qui a duré jusqu’à sa mort en novembre 1975. Le conflit aura fait plus d’un million de victimes.

A consulter ici : https://www.monde-diplomatique.fr/index/sujet/guerredespagne

Disparition de Almudena Grandes

Bonjour à toutes et à tous,

La nouvelle est tombée samedi dernier dans l’après-midi : Almudena Grandes s’en est allée.

C’est comme si nous étions restés orphelins. Avec le cœur gelé.

Le 10 octobre, Almudena s’est excusée auprès de ses lecteurs d’avoir été absente à cause de sa maladie. Humble, oui elle l’était, pour demander pardon d’être malade et de ne pas pouvoir les accompagner. « Et m’excuser au passage, par avance, pour mon silence et mes absences futures. Car je ne voudrais pas que quelqu’un s’inquiète à nouveau de ne pas me retrouver dans un endroit où nous nous sommes rencontrés d’autres fois ». Elle a également remercié ses lecteurs pour leur liberté, « car grâce à votre soutien je peux écrire les livres que je veux écrire, et non ceux que les autres attendent de moi ».

Aujourd’hui est un jour triste, pour les amoureux de la littérature, de la littérature engagée auprès du peuple. La plus grande est partie, et nous a laissés orphelins.

A l’occasion de la venue de Pedro Sanchez à Montauban en février 2019, Almudena Grandes l’accompagnait, et nous avons eu l’honneur d’échanger avec elle quelques instants.

¡ Hasta siempre, Almudena !

Le bureau de Caminar

PS 1 : Voici un lien sur les funérailles de Almudena qui ont eu lieu aujourd’hui : https://www.youtube.com/watch?v=lFVcVUtmweo

PS 2 : Ci-dessous, vous trouverez un texte de Antón Castro, journaliste et écrivain de Zaragoza, intitulé « Un dialogo con Almudena Grandes ».
UN DIÁLOGO CON ALMUDENA GRANDES (1960-2021)

He entrevistado en bastantes ocasiones a Almudena Grandes. Conservo un gran recuerdo de una entrevista extensa que le hice en el hotel Palafox con motivo de la novela ‘El corazón helado’. La recupero aquí, el día en que Almudena Grandes, una poderosa narradora, acaba de fallecer a consecuencia de un cáncer. Esta mañana, en Alcañiz, una amiga suya me dijo que Almudena se había puesto muy malita. La foto es de otro gran amigo: Asís G. Ayerbe. Una de las consultas más surrealistas que he tenido en mi vida fue suya, por medio de Luis Alegre: quería saber cuántos títulos de Liga tenía su equipo del alma, el Atlético de Madrid. Debió ser hacia 2013-2014, cuando el equipo tenía diez títulos.

-« Me acordé de ‘Teruel Existe’ y me dije: la abuela Anita será de un pueblo de Teruel »
-« No he hecho una novela histórica. Es una novela de amor en el presente, de la memoria sentimental de España »
-« Ortega, cuando volvió a España, denunció ‘la indecencia generalizada, la corrupción’. También hablo de todo eso »
-« En ‘El corazón helado’ está la huella de Aub y de las ‘Crónicas del alba’ de Sender por su tono memorialístico »
Uno nunca sabe cuándo empieza la historia de una vocación. La de Almudena Grandes (Madrid, 1960) tal vez se remonte a finales de los años 60 y a una versión abreviada de Homero que le regaló su abuelo para su primera comunión. Luego, se hizo escritora bajo la sombra de Benito Pérez Galdós, al que reivindica sin parar (« algún día escribiré mis ‘Episodios Nacionales », dice), Marcel Proust, Jane Austen, « Mujercitas » (de este libro sentimental extrajo uno de sus credos: « Escribe de lo que conoces ») o de novelas que siempre recomienda como « Bella del Señor » de Albert Cohen. Mario Vargas Llosa es otra de sus predilecciones.

Libro a libro, Almudena Grandes se ha convertido en una narradora poderosa, casi apabullante, con un mundo propio que aspira « a ser coherente ». Declara una y otra vez que le encantan los folletones decimonónicos, las grandes historias de amor, la ambientación meticulosa, esos personajes complejos y trabajados en su psicología. Se siente ante todo « una contadora de historias », alguien que posee auténtica pasión por el lenguaje, por las palabras y sus matices, por la vida, de ahí que diga que « tengo una inclinación espontánea al desparrame. Y eso lo he percibido más que nunca en ‘El corazón helado’. Tenía tantas cosas que contar, había tantas historias y personajes que si no me hubiera contenido (me he ralentizado incluso en el erotismo), si no me hubiera sujetado, me habrían salido más de 3.000 páginas. Eso sí que me preocupaba durante la escritura. Habrían sido demasiadas páginas ».

Almudena Grandes mira al editor de Tusquets, su editorial de siempre, Juan Cerezo, y sonríe como ella lo hace: derramándose, con picardía y vitalidad, con esa carcajada y sonora que lo invade todo. Las más de 900 páginas de « El corazón helado » (Tusquets) seducen a miles de lectores.

Revela: « El corazón helado’ me ha llevado más de cuatro años de trabajo. Estuve documentándome durante año y medio. Leí libros de casi todo: de la Guerra Civil, de la II República, de la División Azul, y no sólo a los historiadores y especialistas que cito, sino muchas memorias y autobiografías que se publicaban en pequeños ayuntamientos, también aragoneses, porque ahí veía historias humanas maravillosas y emocionantes, y eso es algo que me interesa mucho. Y luego empleé dos años y medio más en la escritura. Eso sí, cuando me pongo a escribir ya sé cómo va a ser todo. Conozco todas las escenas, todos los personajes, como si fuera un plano de arquitectura. La estructura es muy importante en mis libros, y aquí era compleja por muchas razones ».

El amor y las sombras del pasado

Almudena Grandes es reflexiva y torrencial a la vez. Vive tanto sus libros, habla tanto de ellos, que parece tenerlos muy claros. Se asoma a sus ficciones como quien se inclina sobre un río diáfano y se refleja con nitidez en todos sus rasgos y pliegues, con las subtramas más íntimas de la invención y de la sangre. « Yo no quería hacer una novela histórica, aunque la historia de España sea muy importante aquí. Ésta es una novela sobre la memoria sentimental de España, una novela del presente cuyos personajes, para resolver y acotar mejor el momento en que viven, indagan en el pasado -subraya-. Entiendo que es una novela sobre la memoria, no es una novela política tan sólo, y mucho menos un panfleto. Lo tengo muy claro. No es por tanto una novela de la Guerra Civil española, o de la II República, o del exilio, o de las peripecias de la División Azul. Todo está ahí, forma parte de la vida de los personajes, pero yo creo que mi novela es sobre todo una historia de amor que se desarrolla en 2005 ».

Los dos personajes centrales, Álvaro y Raquel, indagan en los secretos de familia, desempolvan recuerdos, álbumes, fotos viejas, que es algo que resulta muy atractivo. Álvaro Carrión, el protagonista, pregunta, « necesita saber quién era su padre, y esa necesidad de saber es uno de los elementos novelescos fundamentales del libro ». También la escritora investigó en algunos secretos de su propia familia: la historia de su abuelo materno, capitán de Ingeniería, que se sumó a los golpistas del 18 de julio. « Una vez concluida la guerra, lo mandaron a Regiones Devastadas. Y estuvo allí un tiempo, pero un día, sin que se supiera la razón, dimitió de su cargo, abandonó el ejército y se marchó a trabajar a la empresa privada. Yo siempre he pensado que no pudo superar la corrupción que vio, la indecencia. Mi abuelo ha inspirado la creación del personaje Eugenio Sánchez Delgado ».

Recuerda la autora que otro tema fundamental de su novela « es algo que denunció José Ortega y Gasset cuando volvió a España: ‘La indecencia generalizada. La corrupción ». Almudena Grandes explica que ella no quería volver al tema de preguntarse quiénes eran los buenos y los malos. « Me molesta que algunos escritores contemporáneos se acerquen a la Guerra Civil con la mentalidad de hoy. Quieren aplicar la visión contemporánea de lo políticamente correcto y crean personajes que no se daban en la época, más radicales y con un alto nivel de militancia política y sindical, y acaben concluyendo que ‘todos fuimos culpables de la Guerra Civil’. Yo tengo clarísimo quiénes eran los ‘malos’. España era un país soberano, democrático, con las reglas claras y explícitas, un país que creía en la justicia, en la libertad, en la igualdad y en el progreso. Y contra eso se levantaron cuatro generales. Ahí están los malos. Y a mí me interesa contar cómo eran », señala.

Destellos de guerra en la paz

Recalca que se narran destellos de la violencia que se vivió, « de sobras conocida y contada, por eso no he querido ensañarme. No podemos olvidarnos que no existe ningún país que, en tiempos de paz, tuviese una represión física tan brutal como la del franquismo. Eso es algo que no se dio con tanta contundencia en la Alemania de Hitler en tiempos de paz. Y eso está en el novela, que es un libro de ficción, claro está, inventado por mí, una novela de la que soy responsable, pero muchas de las cosas que se cuentan ocurrieron de veras: el entierro de gente viva en Canarias, la historia de la madre de Rosana Torres: embarazada de cuatro meses -con dos hermanos fusilados, su marido condenado a muerte y sus padres en la cárcel- fue a su casa de Valencia, de la que se había adueñado el hombre que había denunciado a sus padres. Le pidió su propia máquina de coser para ganarse la vida. Le dijo que no. Pidió que le dejase llevarse su ropa, y le contestó que no. Pidió que le permitiese llevarse su ropa interior, ‘porque mis bragas no os las vais a poner, ¿verdad?’. Y volvió a decirle que no. Éste es un libro sobre nuestro patrimonio común ». Los hechos reales son glosados en un puñado de páginas de notas de autor, donde hay agradecimientos, evocaciones y algunos casos terribles.

A Almudena Grandes le gusta decir que cree mucho en la « trayectoria de autor. Más que escribir una novela histórica ahora, luego una policíaca, más tarde otra de otro tipo, que se puede hacer, claro está, a mí me preocupa que cada novela explique o justifique la anterior y a la vez sugiera o avance la sucesiva -matiza-. ‘El corazón helado’ está implícito en otros libros míos más o menos testimoniales, especialmente en ‘Los aires difíciles’ (Tusquets, 2002), que narra la historia de una niña que nace en 1947 y que crece en los años 50 y 60 ».

Todas sus novelas nacen de una imagen, « que busco, que persigo. En cuanto la tengo, empiezo a escribir ». En abril de 2002, un día de cielo azul y eléctrico, Almudena Grandes fue al cementerio de Las Rozas al entierro del padre del escritor Benjamín Prado. Vio, desde una leve distancia, dos estampas: la de los familiares del escritor, que combatían el frío, y la de los serranos que iban de manga corta. Las mujeres parecían haberse puesto una chaqueta sobre la bata. Y de repente, vio como una joven vestida de blanco, con botas, aparecía entre la gente. No habló con nadie y se fue.

« Aquella imagen me puso en marcha. Era algo muy literario. Empecé a pensar quién podía ser, imaginé que hablaba con el hijo del muerto y que conocía al muerto. Así ya tenía el triángulo de personajes principales. Y entonces, recordé también algo que me había contado mi amiga Laura García Lorca, sobrina del poeta y nieta de su padre Federico, que se marchó al exilio. Don Federico pidió a un amigo que se hiciera cargo de sus tierras, y lo estafaron. Le dejaron sin nada. Y eso me dio otra idea clave. El muerto de ficción era Julio Carrión, un hombre que había combatido en los dos bandos y en la División Azul, y que acabó convirtiéndose en rico tras traicionar a un amigo, en un auténtico hombre de negocios con una gran fortuna, tras traicionar a un amigo ».

El héroe, el seductor y Teruel existe

Ese amigo era Ignacio Fernández, el abuelo de la joven Raquel Fernández, la muchacha de blanco que cruzó el cementerio como una aparición, y está casado con Anita, nacida en Teruel. La relación entre Julio Carrión e Ignacio Fernández es fundamental en el libro: ambos encarnan a las dos Españas, dos formas de vida, son antagonistas. Julio es un seductor sin escrúpulos, un superviviente taimado, e Ignacio representa al « héroe a la fuerza, al héroe a su pesar ». Fueron amigos, pero uno de ellos traiciona al otro. « Éste es un libro de traiciones: la traición de Julio hacia Ignacio es determinante. Pero aquí hubo muchas traiciones: hubo traición a un sistema democrático legal, hubo traición a los combatientes antifascistas, que fueron traicionados por los aliados, posteriormente por los norteamericanos, por la propia España en la Transición democrática. Era lógico que, ante tantas adversidades, se preguntasen si no era España un país maldito ».

En la novela hay varios personajes aragoneses: la citada abuela Anita, esposa de Ignacio Fernández, « que nació en Teruel y que es el personaje al que todo le sale bien. Es de un pueblo, que no quiere recordar, de la sierra de Albarracín. A mí me gustan los apellidos sencillos: González, Fernández, Muñoz, Rodríguez, y además quería que hubiera gente de todo el país. Y entonces me acordé de aquello de ‘Teruel Existe’. y me dije: la abuela Anita será de Teruel. Y también está un compañero, Ansó, que huye con Ignacio del campo de Albatera. Y otro personaje que me gusta mucho es una madrina de guerra de Zaragoza. Me encantan las madrinas de guerra. Son criaturas muy literarias. Y hay por ahí algún otro aragonés de Zaragoza ».

También asegura que el libro reconoce la labor de los exiliados, cómo conservaron la idea de España y cómo fueron capaces de transmitirnos su cultura, sus creaciones. « Mantuvieron la identidad y su amor por España. Para un estudiante, Luis Cernuda es un poeta español. O Rafael Alberti. Y por supuesto Antonio Machado. A mí me gusta mucho Benito Pérez Galdós, claro, me gusta recuperarlo ahora que todo el mundo lo detesta. Pero es evidente que en ‘El corazón helado’ está la huella de Max Aub, de Paulino Massip o de las ‘Crónicas del alba’ de Sender, en la elección de tono memorialístico, en el repaso a toda una época convulsa de España ».

https://fr.wikipedia.org/wiki/Almudena_Grandes

RECHERCHE DESCENDANTS DE GABRIEL ALVAREZ ARJONA

Ci-dessous un échange de messages pour la recherche de descendants de Gabriel Alvarez Arjona en France. Janine Molina de Ay Carmela de Bordeaux nous donne de premières pistes. Nous sommes preneurs d’autres informations pour aboutir à cette recherche

S y R
Luis

Reçu d’Isabel de Madrid

Hola, buenas noches.
Jesús y yo queremos pediros un favor.
Estamos buscando descendientes de Gabriel Álvarez Arjona, natural de Madrid, estuvo en el campo de concentración de Neuengamme. Sobrevivió y se quedó a vivir en Francia.
En Arolsen hay algunas pertenencias suyas y nos gustaría que sus familiares pudiesen recuperarlas.
Hemos localizado una rama de la familia aquí en Madrid y otra en Australia. Pero querríamos descartar que hubiese tenido hijos y hubiese una rama más directa.
Si podéis averiguar algo os lo agradecemos.”

Adressé à TML
Bonjour 
Je me présente Luis Lopez je réside en Touraine et suis membre de Retirada37 association adhérente à Caminar. Une amie de Madrid m’a envoyé le message ci-dessous de recherche de famille d’un déporté républicain espagnol. Mar y Luz Cariño López une amie adhérente de notre association m’a conseillé de vous contacter pour que ce message soit largement porté dans les associations de Caminar ou par tout moyen.
Je vous remercie pour tout ce que vous pourrez faire
S y R
Vous pouvez m’adresser vos réponses si vous le souhaitez
à Luis López 
luis.a.lopez@wanadoo.fr

Réponse de TML

Merci, je diffuse à toutes nos adresses française et espagnoles et autres…
 
Monique Demay Pour TML

première réponse
Bonjour,
Peut-être que le document que j’ai élaboré pourrait vous être utile…
Très  imparfait il ne demande qu’à être amélioré grâce à vos contributions.
Le site de AROELSEN m’a fourni pas mal de renseignements sur mon oncle Juan Molina Olmos mort/assassiné à Mauthausen.
En revanche je n’ai rien trouvé sur ma sœur qui est morte bébé et enterré dans une fosse commune entre Los Olivares (prés de Granada) et Jaen.
Bon courage.
Un saludo fraterno. 
Janine Molina 
Ay Carmela Bordeaux 
Janine Molina Lagunas. Novembre 2021
Pour rechercher un de nos proches :
France.Archives. Les réfugiés de la guerre d’Espagne en France :
https://francearchives.fr/article/239450434
et tout particulièrement :
Les Archives de l’Aude ont mis en ligne les listes et les fiches individuelles de réfugiés
espagnols internés dans les camps de Bram, Couiza et Montolieu :
https://archivesdepartementales.aude.fr/les-archives-des-camps
Les Archives des Pyrénées-Orientales, la base nominative des camps d’internement du
département pour la période de septembre 1939 à novembre 1942 :

Les ressources sur les camps d’internement


France. Les réfugiés en France à la suite de la Guerre civile espagnole (1936-1940)
https://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr/siv/cms/content/helpGuide.action;jsessioni
d=CC0EA3FC9D3A59E5A6B95C4E773BD2CF?preview=false&uuid=5329796d-b79d-4ee2-
aa21-c229c0b01e46
Espagne. Buscar combatientes.
https://buscar.combatientes.es/
Espagne. Sources proposées par
https://www.culturaydeporte.gob.es/cultura/areas/archivos/mc/archivos/cdmh/bases-de-dato
s.html
En Allemagne, la ville de Bad Arolsen abrite la plus grande collection d’archives au monde
documentant les victimes et les survivants du régime nazi. Malgré son inscription au
programme de l’UNESCO Mémoire du monde, l’existence de cette collection n’est toujours
pas connue du grand public.
https://arolsen-archives.org/fr/rechercher-decouvrir/recherche-dans-les-archives-en-ligne/
Bon courage…
Bien fraternellement…

Durruti dans le labyrinthe. Qui a tué Durruti ?

Traduction de l’entretien donné par Miguel Amoros à Cazarabet-El Sueño Igualitario à l’occasion de la réédition de son livre « Durruti dans le labyrinthe. Qui a tué Durruti ? »

– Miquel, on a beaucoup écrit sur Durruti : le révolutionnaire, le revendicatif, le premier à faire un pas en avant… Qu’est-ce que ce « nouveau regard », le tien, apporte à cette « figure » de l’anarchisme, des idées libertaires et du mouvement libertaire en Espagne… ?

Mon intention en écrivant « Durruti en el laberinto » [Durruti dans le labyrinthe] était de démythifier le personnage et le situer dans son moment historique. Démonter un mythe idéologique, création « organique » d’un appareil bureaucratique effectif, pour rendre à l’individu réel son identité anarchiste et révolutionnaire, visible dans tous les aspects de sa pratique quotidienne. À cette fin, j’ai reconstruit presque jour après jour ses cinq derniers mois de vie.

– J’avais plusieurs grands-parents qui avaient perdu la guerre et à plusieurs reprises certains d’entre eux m’ont dit : « Ah ! Comment aurait tourné la guerre si Durruti n’avait pas été tué ? » Qu’est-ce que tu en penses ?Retour ligne automatique

Le dénouement de la guerre ne dépendait pas d’une seule personne, aussi charismatique fût-elle. Dans tous les cas, on peut risquer la conjecture que le recul de la révolution n’aurait pas été aussi rapide, que la stratégie de la CNT n’aurait pas été aussi défaillante et que la stalinisation de la République n’aurait pas été si profonde. Pour autant, Durruti vivant, un facteur de défaite comme celui de la démoralisation énorme qui s’est produite après sa mort et à partir de 1937 n’aurait pas pris une telle envergure.

– Et qu’en aurait-il été du processus révolutionnaire… si Durruti n’était pas mort… En quoi aurait-il consisté ?

Il n’y a pas de doute sur le fait qu’on aurait essayé d’acheter Durruti avec une fonction militaire type chef de division ou quelque chose de ce style. Comme pour Mera. Dans tous les cas, le premier pas de la contre-révolution, la militarisation des milices, se serait faite une fois celle-ci réalisée, dans d’autres conditions. La CNT ne se serait pas soumise aux « circonstances » aussi gaiement. D’un autre côté, les attaques de la division de Líster contre les collectivités aragonaises auraient été inconcevables avec Durruti en Catalogne ou en Aragon.

– Les gens, en novembre 36, commencèrent à se demander qui avait tué Durruti et quelques interrogations restent ouvertes… Avec les années passées, y voit-on plus clair ?

Il y eut une conspiration des Soviétiques pour faire sortir Durruti du front d’Aragon et « désactiver » là-bas l’influence anarchiste. Des documents le prouvent. Quant à sa mort, on sait avec certitude que la version officielle de la balle perdue était aussi fausse que la version confidentielle du tir accidentel de son « naranjero ». Durruti a été tué de près, par derrière, probablement par un groupe de miliciens qui fuyaient la bataille. Que cette rencontre fût fortuite ou provoquée, on peut en avoir l’intuition mais pas le démontrer. [1]

– Durruti était-il pour tous, les uns comme les autres, plus un ennemi en tant qu’élément révolutionnaire et partisan d’un soulèvement social qu’un ennemi pour les militaires rebelles… ?

La contre-révolution, avec les communistes à sa tête en Espagne, considéraient Durruti comme un obstacle pour la création d’une armée régulière avec une discipline de caserne, des galons à la pelle, et un sommet hiérarchique hors de contrôle des organisations ouvrières. En plus on avait peur de ses projets de « reconstruction libertaire » au front et à l’arrière-garde, qu’on qualifiait d’expérimentations utopiques et insensées.

– L’important était de faire front à l’abus de pouvoir face à ceux qui avaient toujours eu moins, face à l’ouvrier, au travailleur, à l’agriculteur, au salarié… et faire une société égalitaire… Ce qui était important, c’était la révolution, et avec le soulèvement ce fut le bon moment… Ce n’est pas ça ?

Les responsables de l’organisation confédérale ne l’ont pas vu comme ça, qui dès le début se sont prononcés pour la collaboration dans des organismes hybrides avec d’autres forces politiques et appelèrent instamment les militants à retourner au travail et à ne pas aller plus loin.

– Je pense, pour le peu que j’en ai lu, discuté et dialogué que si des personnes comme Ascaso, Durruti n’étaient pas mortes… le printemps de 1937 à Barcelone (l’écho s’est étendu plus loin) ne se serait pas déroulé comme cela l’a été… Peut-être n’aurait-il même pas eu lieu de la manière dont on l’a « fabriqué » ?

J’insiste sur le fait que les personnes, aussi importantes qu’elles puissent devenir, ne sont que des personnes. Les journées de 37 auraient eu lieu sous une forme ou une autre. Déjà quand Durruti était vivant, un événement similaire s’était produit à Valence à la suite de l’enterrement d’un milicien de la Colonne de Fer. D’un autre côté, des personnes dotées d’un prestige indiscutable comme Federica Montseny et Juan García Oliver ont perdu toute crédibilité avec leur appel au « cessez le feu ! ». Évidemment, avec Ascaso et Durruti parmi les ouvriers derrière les barricades, la défaite de la révolution n’aurait pas été consommée. Leur abandon n’aurait pas impliqué, par exemple, la dissolution des Comités de défense et des Patrouilles de contrôle, l’emprisonnement massif des libertaires et l’écrasement du Conseil d’Aragon.

– On dit souvent, toujours contre les idées anarchistes et libertaires, que ce sont eux qui mirent sur la table : « la révolution ou gagner la guerre »… Mais moi, je le vois plus depuis une autre perspective : pourquoi ne nous demandons-nous pas si ce n’étaient pas ceux qui craignaient les idées anarchistes et le développement de la révolution qui déclenchèrent deux guerres, une qui sabotait la révolution et l’autre qui essayait (comme dans un monologue) de gagner la guerre… Qu’en dis-tu ?

Le soulèvement des masses contre les militaires rebelles chassa l’État et les propriétaires de plusieurs lieux où la révolution gagnait rapidement : terres agricoles, usines, services publics, milices, santé, éducation… Cependant, les structures étatiques restèrent debout et grâce aux organisations libertaires elles purent se reconstituer en peu de mois. Les forces qui souhaitaient le retour à l’ordre d’avant le 19 juillet recoururent à la consigne « la guerre d’abord, la révolution ensuite ». Ceci signifiait, pour un État renforcé de sa propre armée et de sa propre police, récupérer le contrôle et liquider les conquêtes révolutionnaires en premier lieu par la voie de la nationalisation. La première phase du processus se déroula pendant le gouvernement de Largo Caballero : la deuxième pendant la période de Negrín.

– Les colonnes Durruti qui se dirigeaient vers Madrid faisaient-elles si peur ?… (Je te pose la question en pensant aussi bien aux militaires rebelles qu’aux communistes… Parce qu’ils auraient aussi bien pu tenter de consolider le front pour « prendre Saragosse », mais à un moment déterminé, ils s’en vont et se foutent dans le labyrinthe du front de Madrid et de la Cité Universitaire, excuse-moi mais concernant tout ceci j’ai beaucoup de questions en suspens). Que peux-tu nous en dire ?Retour ligne automatique

L’arrivée de Durruti à Madrid fut assez discrète et n’eut pas trop d’écho dans la presse, pas même dans la libertaire. Il n’y a pas eu d’arrivée triomphale ; ceci fut un montage de propagande a posteriori, et relève des disputes médiatiques entre les hiérarchies communistes et confédérales. Durruti est resté bloqué à 35 kilomètres de Saragosse par manque de munitions, d’armement, de formation en artillerie et de couverture aérienne. Moi, j’ajouterais également par manque de combattants (sa colonne ne disposait de guère plus que six mille, soit une cinquantaine de centuries). Le gouvernement n’a pas voulu les lui donner car il ne voulait pas armer « la FAI ». La diplomatie soviétique avait saboté tous les achats parce qu’elle ne voulait pas non plus que les milices anarchistes soient bien armées. Durruti est allé à Madrid parce qu’à l’intérieur de la CNT on l’avait convaincu qu’une intervention remarquée là-bas lui fournirait les armes qui faisaient défaut en Aragon. Mais il est parti avec seulement mille deux cents hommes (plus trois cents recrutés par Estat Català) et aucune des autres colonnes catalanes présentes qui lui avaient été assignées n’a voulu combattre sous ses ordres. Le résultat fut qu’avec des forces réduites, fatiguées par le voyage et inaccoutumées au combat sous le feu aérien et de l’artillerie, il dut colmater avec courage une brèche dangereuse sur un front tenu par cinquante mille miliciens et soldats. Ce ne fut pas une mission pour se faire valoir, mais bien plus une mission suicide. Ceux qui avaient tiré les ficelles pour l’envoyer là-bas ne pouvaient pas l’ignorer.

– Quelle empreinte profonde le stalinisme et ses hommes ont-ils laissée dans cette Espagne de la Guerre Civile ?

Dès septembre 1936 le stalinisme s’investit à fond dans la République espagnole. Les armes qu’il fournit lui permirent de diriger les opérations de guerre, de contrôler les services secrets, de faire la promotion du Parti communiste, de poursuivre les dissidents et d’en finir avec la suprématie anarcho-syndicaliste. La révolution espagnole fut sacrifiée et les révolutionnaires persécutés et assassinés parce que la politique extérieure soviétique d’alliance avec les démocraties bourgeoises réclamait en Espagne l’existence d’une République autoritaire et bourgeoise. Le stalinisme a laissé derrière lui une empreinte autoritaire, de la perfidie, du double jeu, des mensonges, de la manipulation et des crimes, en définitive du totalitarisme. Les partis communistes héritèrent de leurs méthodes et, dans la mesure de leurs possibilités, les appliquèrent.

– Y a-t-il eu trahison, directe et indirecte, dans l’assassinat de Durruti ? Le gouvernement et les manœuvres de Staline et de ses hommes étaient-ils derrière… ?

On peut affirmer catégoriquement que les agents de Staline conspirèrent pour écarter Durruti du Front d’Aragon. Le chef du gouvernement se prêta à cela de manière consciente ou inconsciente. Certains ministres également. Le Comité national de la CNT et le Comité péninsulaire de la FAI s’y employèrent chacun, à des fins politiques, peut-on supposer.

– Les désaccords qu’il y a eu à l’intérieur de la CNT lorsque certains prirent position pour faire partie du gouvernement, dans ce que l’on pourrait qualifier de « bureaucratisation » de la CNT, et que d’autres y étaient très opposés… Les épisodes de désaccord furent amers, il y eut ce que l’on pourrait considérer comme des « gros mots »… Cela a pu avoir une influence sur sa mort… On ne peut pas cesser de penser à ce que tu nous rappelles dans le livre : que Mariano Rodríguez Vázquez, Marianet, alors secrétaire général de la CNT, « avait réuni tous les témoins et les avait enjoints de garder le silence », et tu conclus « que Durruti fut tué par ses camarades ; ils l’ont tué en corrompant ses idées ».

Durruti ne s’est pas prononcé publiquement sur l’entrée de la CNT dans le gouvernement républicain, comme il ne l’a pas fait sur l’entrée dans le gouvernement catalan. Il le fit cependant contre le sale jeu de l’arrière-garde (cf. son célèbre discours radiophonique du 5 novembre). Sa mort fut d’une certaine manière profitable au développement de la bureaucratie anarchiste. D’entrée, elle servit pour que la direction de la CNT se prononce sans ambages en faveur de la militarisation des colonnes libertaires ; ensuite pour lui faire tenir des propos qui incitaient à renoncer à la révolution et aux principes libertaires au profit de la guerre. La CNT-FAI se bureaucratisa au fur et à mesure qu’elle s’intégrait dans les institutions étatiques, que la guerre devenait plus problématique, et que le prolétariat espagnol restait isolé, se voyant contrainte à un changement brusque d’orientation et à un rapprochement avec les communistes. La guerre de classes fut enterrée au profit d’une guerre d’indépendance. Les miliciens cessèrent de lutter pour leurs intérêts de classe pour le faire en défense de la « nation ». Leurs ennemis n’étaient plus les bourgeois, les curés et les militaires, mais les « envahisseurs étrangers ». Le verbiage mystificateur des dirigeants libertaires transforma Durruti en un héros prolétaire, en un caudillo national, un mythe populaire, et un militaire xénophobe. Ce fut là qu’ils le tuèrent pour la seconde fois.

Sussanna Anglès Querol, 26 mars 2015. (Traduction réalisée par les Giménologues).

http://gimenologues.org

« Durruti dans le labyrinthe. Qui a tué Durruti ? » de Miguel Amoros, paru chez Virus fin 2014

[1] [Pour notre part, nous ne trouvons au fil du temps que des éléments qui vont dans le sens de notre hypothèse : celle de la responsabilité – volontaire ou non – du sergent Manzana : cf. « Á la recherche des Fils de la nuit », note 53 (réédition à paraître chez Libertalia en 2016), et notre article : article 612.

http://www.memoire-libertaire.org/Durruti-dans-le-labyrinthe-Qui-a-tue-Durruti?fbclid=IwAR3MZu0tAHjUnqV68nReMKWpl156Fv-d01u-G-CgEYZmQ7d08ypKYATqgp4

ENTUSIASMO

L’association 24 août 1944
vous invite à la projection

du Documentaire:

ENTUSIASMO

De Luis Herrero

Pour la première fois en France, la transition à ses premiers instants, avec ses espoirs et ses déceptions.

El entusiasmo, de Luis Herrero, 2018, 80’

Une fois Franco mort, Tout paraissait possible !

Un film documentaire qui nous fait partager ce fol espoir de liberté avec les films d’archives de l’époque !

Tout y est : la réapparition au grand jour de la CNT fin des années 70, la contreculture, les innombrables grèves, le pacte de la transition, et la provocation policière de la Scala pour abattre une CNT qui recommençait à avoir une trop grande influence.

Avec la mort de Franco, un nouvel état d’esprit s’est emparé de la société espagnole. Luttes ouvrières, luttes de quartier, légalisation des partis et des syndicats, féminisme, contre-culture… des libertés collectives et individuelles qui ont trouvé une intensité particulière dans la sphère libertaire et dans la CNT. Dans une évolution fulgurante, la CNT passe en deux ans seulement de la clandestinité à l’organisation de manifestations de masse, sa trajectoire étant interrompue au début de l’année 1978 par une sombre affaire d’infiltration policière, dite affaire Scala. « El Entusiasmo » est l’histoire de quelques années intenses et uniques au cours desquelles la rue et les journaux parlaient d’utopie et de révolution, de rupture, de réforme et de changement. Une fois Franco mort, tout semblait possible.

L’Espagne, 1976 : Après quarante ans de dictature, la reconstruction du syndicat anarchiste CNT pendant la Transition vers la démocratie dépassa toutes les prévisions. Mais sa spectaculaire croissance n’allait pas passer inaperçue dans un moment particulièrement délicat pour le pays. El entusiasmo est aussi l’histoire d’un échec.

Luis E. Herrero (Madrid, 1976). Historien, cinéaste et chercheur culturel. Au sein de Hanoi Films, il réalise et produit des documentaires qui portent un regard sur le passé. Ses dernières œuvres comprennent le long métrage El Entusiasmo (2018) et les courts métrages Vitoria, mars 1976 (2019) et El largo túnel (2020), disponibles sur différentes plateformes de films en ligne. Son travail dans le domaine de la recherche et de la diffusion culturelles l’a amené à collaborer avec diverses institutions et publications sur l’histoire, l’art et le cinéma.

Le jeudi 18 novembre 2021 à 19h suivi d’un débat avec le réalisateur, Luis Herrero.

Paris’Anim ; Centre Place des Fêtes

2/4 rue des Lilas

75019 Paris

Entrée gratuite (dans le respect des consignes sanitaires)

Federica Montseny “La femme qui parle”

Vaut-il la peine de trahir ses propres idéaux pour ce qui vous semble être un bien plus grand ?
Au milieu de la guerre civile espagnole, l’influence de l’anarcho-syndicalisme a amené Federica Montseny au gouvernement de la République. Elle l’accepte à contrecœur pour empêcher la montée du fascisme et devient la première femme ministre d’Espagne et d’Europe.
Après la guerre, Montseny s’est exilée en France, où elle fait face à un procès d’extradition qui met à l’épreuve ses fortes convictions. Si elle le perd, elle retournera dans l’Espagne de Franco pour être exécutée.

Avec : Màrcia Cisteró (Federica Montseny), Emilio Gutiérrez Caba (Largo Caballero), Òscar Muñoz (Germinal Esgleas), Miquel Gelabert (Federico Urales), Ivan Benet (Joan Garcia i Oliver), David Bagés (Joan Peiró), Fran Nortes (Juan López), Pep Ambròs (Marianet), Candela Moreno (Mercedes Maestre), Vicente Genovés (Manuel Azaña), Jaime Linares (Juan Negrín), Sergi Torrecilla (Jesús Hernández) et Òscar Intente (Lluís Companys)

Produit par Distinto Films en coproduction avec Televisió de Catalunya et Voramar Films et avec la participation d’À PUNT MÈDIA et d’IB3, avec le soutien du Departament de Cultura de la Generalitat de Catalunya, l’Institut Valencià de Cultura, Creative Europe Media Programme of the European Union et avec la collaboration du Ministeri d’Igualtat-Institut de la Dona et la participation de CREA SGR, 2021

Laura MAÑA, mars 2021, 85 min, Catalan – castillan – français sous-titré en français

Faire vivre les mémoires et les valeurs des Républicains espagnols exilés

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