Mujeres Libres: les anarchistes qui ont révolutionné la classe ouvrière en Espagne

À la fin de la Deuxième République, quelque 21 000 anarchistes ont formé le premier mouvement féministe radical de base populaire authentique en Espagne. Un des groupes précurseurs des revendications de la libération de genre, qui plusieurs années plus tard, sont toujours d’actualité.

On dit de l’histoire que les vainqueurs l’écrivent, mais ce qui n’est pas dit, c’est que les gagnants, presque dans leur totalité, sont des hommes. Et, on ne dit pas non plus, qu’ils oublient souvent les femmes : si nous regardons en arrière et pensons aux grands moments de changement de l’humanité, ou aux grandes révolutions, aucun nom de femme ou presque ne vient à l’esprit. .

L’histoire de l’ Espagne n’a pas été moins dure avec les femmes , enterrant pendant de nombreuses années le rôle qu’elles ont joué pendant la plus grande révolte du pays, la guerre civile. Cependant, les organisations sociales essaient constamment de faire un trou dans notre mémoire collective et de faire face à l’oubli. A titre d’exemple, CGT et Mujeres Anarquistas à l’ Agrupación de Mujeres Libres , que ce 2017 soit 80 ans depuis sa fondation. Une organisation qui a ensuite été formée en tant que premier mouvement féministe radical de base populaire authentique et précurseur dans la lutte pour les revendications qui, de nombreuses années plus tard, sont toujours présents aujourd’hui.

Comment sont-ils nés? A la fin de la Seconde République dans une dynamique politique et culturelle qui a ouvert de nouvelles possibilités pour la participation des femmes dans la lutte sociale. CNT, la Confédération nationale du travail , était depuis 1910 le principal centre syndical orienté par l’anarchisme, dont la CGT dériva plus tard. Un syndicat qui avait une forte présence de femmes et qui reconnaissait les droits fondamentaux du travail tels que la liberté économique ou l’égalité des salaires, mais dans lequel il y avait peu d’initiatives de luttes spécifiques.

Les femmes ont marqué leur propre voie dans l’anarchisme et en 1936 elles ont créé leur propre organisation

Avant cela, les femmes devaient marquer leur propre chemin. À Barcelone, le noyau principal du mouvement anarchiste, le Groupe Culturel Féminin a été fondé en 1934, un pionnier dans l’articulation des femmes au sein de l’union. Mais le déclenchement de la guerre civile a changé le rythme des formations, ils ont avancé et décidé de créer leur propre organisation. Le 2 mai 1936 plusieurs femmes ont publié le premier numéro de libre femmes qui, comme il l’ écrit Paula Ruíz Roa , chef de la femme du secrétariat CGT « était la base de la création d’ un groupe libertaire et l’organisation de sa première premier et unique congrès qui pourrait avoir lieu en août 1937. » En peu de temps, ils ont compté avec 147 groupes locaux et21 000 femmes affiliées .

Le premier groupe autonome de femmes

Dès le début, Mujeres Libres a été formé en tant que groupe totalement autonome. La majorité des militants faisaient déjà partie d’autres organisations du mouvement libertaire – CNT, FAI, Juventudes Libertarias -, cependant, ils n’étaient subordonnés à aucune des structures précédentes.

Ce fut une bataille d’anarchistes dans le produit rejetant le mouvement libertaire une organisation que des femmes: « Ce sont eux qui ne voient la nécessité d’ organisations distinctes toutes les organisations ouvrières des femmes pour différencier les revendications les deux, parce que dans la lutte de la classe ouvrière n’a pas eu l’importance qu’ils avaient « , explique au public l’actuel secrétaire de la CGT Espagnole, José Manuel Muñoz Poliz.

écrivain et historien américain Martha Ackelsberg a dit que la plus grande réussite de l’organisation était d’ être le « pionnier des organisations féministes » et « participer à la lutte contre l’ exploitation capitaliste l’ oppression patriarcale ». Ainsi, Mujeres était la ligne Libres idéologique du CNT, mais a développé son propre objectif: émanciper les femmes de l’esclavage triple , « l’ esclavage de l’ ignorance, l’ esclavage des femmes et l’ esclavage des producteurs ». Avec le début de la guerre, un autre objectif a été marqué, « fournir une aide ordonnée et efficace à la défense de la République ».
Réclamations toujours présentes aujourd’hui

«Ce qui attire le plus l’attention de ce groupe, c’est la façon dont ils posent le problème des femmes, surtout à l’époque, avec des problèmes allant de l’abolition de la prostitution, à l’éducation mixte, aux soupes populaires ou à l’amour libre. », explique l’historien brésilien Thiago Lemos Silva , qui a étudié l’histoire de ce groupe pendant plus de dix ans.

Dès le début, ils ont appelé à l’importance de l’ incorporation des femmes dans le travail rémunéré , en effectuant de multiples emplois, ainsi que des activités d’arrière-garde: de l’alphabétisation à la formation sur le tas dans tous les secteurs du travail. Et, pour que cette incorporation ne soit pas un double fardeau pour les femmes, elles ont exigé – comme elles le font aujourd’hui – et mis en place des soupes populaires et des garderies sur le lieu de travail.

Ils ont travaillé dans l’arrière-garde et dans les usines, enseignant l’alphabétisation et la formation à des centaines de femmes

Ils ont rompu avec l’idée que les relations familiales et intimes étaient privées: ils dénonçaient avec ferveur le contrôle au sein même du couple et de l’État et de l’Église catholique. Ils ont proclamé l’amour libre et dénoncé que le modèle familial traditionnel favorise les inégalités. D’une part, parce qu’il maintient les dépendances économiques sur lesquelles le patriarcat est basé. D’autre part, parce qu’elle protège la soumission des femmes aux hommes au sein de la famille, elles n’ont donc aucun droit de s’y exprimer.

Un autre sujet qui ressort le plus est l’ éducation des enfants . Ils ont assuré que dans les écoles une mentalité s’obtient encadrée par les valeurs bourgeoises par ce que il était essentiel que l’éducation donnât un tour total en promouvant une école pour la liberté. Dans le domaine de l’éducation, ils ont également revendiqué la nécessité de l’éducation sexuelle, soulevant des problèmes jusqu’alors tabous tels que les méthodes contraceptives ou l’avortement.

La répression contre les anarchistes

Comme avec presque tous les groupes révolutionnaires, la répression pendant la guerre par les troupes franquistes fut colossale. Plus avec des groupes de femmes comme celui-ci qui posait un double danger en ne se battant pas seulement pour l’émancipation de la classe ouvrière, mais aussi pour l’ émancipation des femmes.

Il semble impossible de documenter le nombre exact de femmes qui ont subi l’apaisement de la torture, des assassinats, des disparitions et des violences sexuelles . Mais nous savons que, comme la majorité des miliciens et des militants, les membres de Mujeres Libres ont fini en prison , en exil ou, dans le meilleur des cas, soumis à un silence absolu, niant avoir participé à cette organisation.. Ni de l’étranger ils ont réussi à maintenir des structures organisées dans la clandestinité, donc à trois ans, en 1939, Mujeres Libres a fini par se dissoudre. Bien qu’ils aient conservé un héritage: « a créé un grand désir chez les femmes de la liberté en chacun de nous », explique Ruíz Roa. Et, comme le souligne Thiago, « il faut connaître l’histoire de ces femmes pour pouvoir questionner le machisme ».

24/12/2017 – BEATRIZ ASUAR GALLEGO- Publico

Visages de femmes rebelles et solidaires. L’engagement des femmes espagnoles pour la Liberté

L’association 24 août 1944 vous convie à l’exposition :

Visages de femmes rebelles et solidaires

L’engagement des femmes espagnoles pour la Liberté …

26 portraits peints par l’artiste Juan Chica-Ventura, pour illustrer le combat des femmes espagnoles pour la Liberté.

Le mois de la solidarité ouvre ses portes place des fêtes dans le 19e arrondissement. Malgré la pandémie, vous pourrez déambuler dans les couloirs du Centre Paris’Anim de la Place des Fêtes. Vous y rencontrerez ces femmes au destin exceptionnel, ces mères courage, ces filles volontaires, ces êtres décidées à conquérir, à sauvegarder, la grandeur de leur dignité. Elles ont imposé leurs droits à décider de leur vie, en défendant leur liberté et celle de tous contre les fascistes, les oppresseurs, les dictateurs, les capitalistes, les exploiteurs……

Elles sont nées dans les milieux les plus pauvres ou dans des cercles favorisés mais elles ont tout donner et abandonner pour leur idéal, qu’elles ont jugé plus important que leur propre existence.

Elles sont nos mères, nos sœurs, celles qui nous ont ouvert le chemin de la Liberté et de la résistance, elles sont celles qui nous ont éduqués, en nous apprenant à réfléchir et à penser par nous-mêmes.

Venez nombreux prendre pied

sur le rivage de leur vie.

Exposition du samedi 2 mars au samedi 31 mars

Centre Paris’Anim ; Place des Fêtes

2/4 rue des Lilas 75019 Paris

(métro ligne 11 : Place des Fêtes)

Entrée gratuite :

Mardi et vendredi 10h-17h30 (pause 13h-14h),

Mercredi et samedi 10h-17h30 (sans pause)

Bande dessinée. Une vie de combat contre le franquisme

Une biographie dessinée est dédiée à la mémoire du communiste Miguel Nuñez.

Résistant pendant la guerre d’Espagne, il connaît de longues années de détention, la torture et la clandestinité. Le scénariste Pepe Galvez, lui aussi rescapé des geôles franquistes et le dessinateur Alfonso Lopez ont conçu leur œuvre comme un présent à leur ami Miguel.

MILLE VIES DE PLUS, MIGUEL NUÑEZ,

Pepe Galvez, Alfonso Lopez

Éditions Otium

« Le changement qu’appelle le moment présent, pour qu’il soit un succès, exige, en quelque sorte, des retrouvailles avec nous-même mais sous des formes inédites. » Ces mots ont été écrits par Miguel Nuñez, communiste toute sa vie, dans La Révolution et le Désir. Cette bande dessinée réalisée avec tout le savoir-faire de la coopérative ouvrière Envie de lire, du nom de la librairie ivryienne où il a été conçu, vient s’ajouter aux autres chefs-d’œuvre du 9e art que la guerre d’Espagne a inspirés. Aux côtés de Christin et Bilal, de Bertrand Galic, Kris et Cuvillier, et de l’immense Carlos Gimenez et de son Paracuellos, il faut désormais ajouter cette biographie dessinée de Miguel Nuñez. Seule la couverture affiche les trois couleurs du drapeau républicain, rouge, jaune et violet, couleurs mythiques d’une seconde république dont l’effondrement annonça la catastrophe de la Seconde Guerre mondiale. Le reste de l’ouvrage, superbement dessiné par Alfonso Lopez, offre des noir et blanc d’une grande élégance, sobre, parfaitement à l’unisson du titre. Lopez est un grand artiste et n’impose jamais son style, mais le fond toujours au récit de Nuñez, scénarisé par Galvez et qui valut au livre de recevoir le prix national de la culture en Catalogne, avant de se voir enrichi de 38 planches pour l’édition française. Poétique, strident, expressif, suggestif, réaliste, cauchemardesque, le dessin évoque les lignes du destin de cet homme, entre la clandestinité et l’enfermement les plus sombres, ou bien la liberté et les jours de victoires les plus lumineux. Né en 1920, Miguel était déjà un combattant de Madrid encerclé, et participa à la bataille au corps à corps livré dans la Cité universitaire au mois de novembre 1936, symbole de la résistance héroïque du peuple de gauche d’Espagne face aux armées de Franco.

Pour Miguel Nuñez, la guerre ne s’est pas terminée en 1939, mais en 1975 avec la mort du dictateur. Pendant toutes ces années, entre cachettes en France, planques à Barcelone, entrecoupées de dix-sept années de prison, jamais Miguel ne rendit les armes ni ne faiblit dans sa résistance au franquisme. Les planches sont superbes, celles de la torture sont d’une justesse à peine soutenable, mais essentielles pour comprendre comment s’est forgée la volonté de cet homme, et comment s’est construite sa force à endurer la douleur et narguer ses bourreaux. C’est dans l’enfer carcéral franquiste que se scellent les amitiés pour toujours.

Il y a aussi des instants de bonheur, empreints d’une grande sérénité dans le trait. Et puis la libération avec la mort du sinistre vieillard et la renaissance en 1977 du Parti communiste d’Espagne. Miguel Nuñez est même élu député, mais la politique n’est pas son métier et il s’en détache en 1982 pour aider le Nicaragua. Jamais inactif, il fonde en 2002 l’association Mémoire sociale et démocratique pour faire revivre l’histoire des combattants de l’ombre. Quant aux dernières planches qui racontent le grand départ à 88 ans, après mille vies, le lecteur se retrouve dans une féerie entre un conte lumineux de Saint-Exupéry et toute la poésie du vent, celle de l’exil espagnol, de Rafael Alberti à Arturo Serrano. Toute violence a été bannie. Miguel Nuñez peut partir tranquille. Il a accompli son destin. Derrière cette existence d’un petit Madrilène devenu catalan de cœur, par-delà ce parcours individuel, il est rendu hommage aux 192 000 prisonniers qui moururent dans les geôles de Franco, aux 150 000 disparus dans les fosses encore à découvrir, et aux dizaines de milliers de réfugiés dont le rêve républicain fut brisé. Le dossier offre un complément remarquable pour s’y reconnaître dans l’ensemble des petits partis anarcho-syndicalistes, socialistes et communistes des années 1930 du XXe siècle, pour éclairer les biographies, pour expliquer les événements tournants de cette vie, avec une bibliographie commentée qui permettra d’aller toujours plus loin dans la connaissance de cette guerre d’Espagne dont le fantôme n’a pas fini de hanter l’histoire des révolutions et des républiques avortées… À Miguel Nuñez la conclusion, lucide et combative de cet ouvrage remarquable : « Car l’humanité, à défaut de transformer radicalement le système qui la gouverne, court inéluctablement vers son autodestruction. »

Mardi 23 Février 2021

Pierre Serna

« Nous reviendrons »

NOUS REVIENDRONS

de Felip Solé

Titre original : Tornarem

Catalogne, 2011,

Chapitre 1 : 1h22′
Chapitre 2 : 1h 32′

Version catalane sous-titrée en français

« Tornarem » recrée l’histoire des républicains catalans et espagnols qui se sont exilés en Europe et qui, après la guerre civile espagnole, se sont vus plongés dans une guerre contre le fascisme. Ils ont vécu dix années de guerre consécutives et, malgré des vies altérées, ont continué à avancer, avec l’espoir que leur combat servirait un jour à renverser Franco et à pouvoir retourner dans leur pays.

« En 1939 à Barcelone la jeune fille de Lola et Felip est enlevée par les phalangistes. En France ils sont enfermés au camp d’Argelès. Felip veut récupérer sa fille mais les avatars de la guerre le font entrer dans la Légion pour lutter contre les alliés. Il déserte pour lutter dans la 2ème DB du Général Leclerc où il fait partie de la « Nueve » la célèbre 9ème compagnie. En France, Lola s’engage dans la Résistance et récupère sa fille avec l’aide de Manel, libertaire et passeur d’hommes de qui elle tombe amoureuse… »

Prix Iris pour la meilleure fiction, Académie des Sciences et Arts de Télévision d’Espagne. Prix Gaudí au meilleur film TV, Académie du Cinéma Catalan. Prix Magnolia d’Or au meilleur directeur, Festival de Télévision de Shanghai. Prix Panda d’Or au meilleur scenario, Festival de Télévision de Sichuan, Chine. Son directeur de photographie, Josep M. Cività reçu le prix PRISMA 2012 de l’Association de Directeurs de Photographie d’Espagne. Nominé aux Prix Europe 2012 au Festival de Télévision de Monte-Carlo et à la meilleure actrice au Festival de Berlin.

Bruno Loth, le dessinateur d’Ermo.

Bruno Loth est un auteur de bande dessinée français. Avant de devenir scènariste et déssinateur, Bruno Loth a travaillé dans la publicité. Il s’est lancé définitivement dans l’aventure des bulles, avec la série Ermo qu’il a lui-même éditée faute d’éditeurs intéréssés par son projet en fondant sa propre maison d’édition Libre d’images. Ses bandes déssinées comme Ermo, Apprenti ou Ouvrier racontent à travers des personnages souvent fictifs l’histoire d’un des membres de sa famille lors d’évènements qui ont marqué l’Histoire comme la Guerre d’Espagne ou encore la Seconde Guerre Mondiale. En effet, Apprenti raconte les mémoires d’avant guerre de son père, ses débuts sur les chantiers navals bordelais en 1935, l’arrivée du Front Populaire en 1936 qui amène dans ses valises quinze jours de congés payés pendant lesquels son père peut partir randonner avec ses amis de l’auberge de jeunesse. Apprenti s’achève en 1937 avec la mise à flot de l’Indochinois fraichement sorti du chantier naval. Ouvrier continu de conter les aventures du père de l’auteur mais celui-ci a ôté sa blouse d’apprenti pour celle d’ouvrier des chantiers navals et est le témoin de l’occupation allemande sur Bordeaux où la vie suit son cours malgré tout.

En 6 volumes : https://www.bedetheque.com/serie-14403-BD-Ermo.html

Carlos Gimenez : une enfance difficile sous la dictature franquiste.

Carlos Gimenez est né le 16 mars 1941 dans le quartier des ambassades de Madrid. Après une enfance difficile passée au sein d’organismes religieux très stricts de la dictature franquiste, sa carrière débute lorsqu’il rencontre le dessinateur Lopez Blanco. En 1959, il devient alors son assistant sur « Las Aventuras del F.B.I. ». En même temps, il réalise quelques récits intitulés ‘Curiosidas » pour l’éditeur Ibergraf. En 1961, il dessine quelques épisodes de la série policière « Drake & Drake » ainsi que quelques récits de guerre pour Maga. En 1962-63, il travaille sur « Buck Jones » (Buck John en France chez Impéria) pour le marché français. De 1963 à 1967, il collabore le temps de 24 épisodes de 20 pages avec Manuel Medina sur Gringo pour le compte de l’agence Selecciones Ilustradas de Barcelone. C’est d’ailleurs pour mieux suivre des paiements ayant tendance à prendre du retard qu’il décide d’aller habiter dans la capitale catalane. Gringo est la première oeuvre importante de Gimenez. D’abord conçu pour l’export (dont la France dans Totem (2e série)), cette série connaitra de nombreuses rééditions dans son pays d’origine. En 1967, Gimenez forme «el grupo de La Floresta» avec ses compères Adolfo Usero, Esteban Maroto, Luís García et Suso Peña avec qui il réalise «Alex, Khan y Khamar» pour l’agence José Ortega, une bande à destination du marché allemand. A la même époque, il dessine aussi quelques épisodes de Delta 99 sur une idée de José Toutain et un scénario de Jesús Flores Thies (puis de Victor Mora) que l’on peut lire chez nous dans Vick et Safari. Il multiplie alors ses travaux comme des épisodes de Tom Berry et Kiko 2000 pour le marché allemand, il crée Copo Loco y Cómputo (1969) une série de SF humoristique ou dessina Dani Futuro (1970) avec Victor Mora. En 1971, il récidive avec Mora sur Ray 25. Dans le début des années 70, il adapte l’Odyssée d’Homère ou L’île au trésor ou illustre des encyclopédies. En 1975, il adapte une novella de Brian Aldiss Hom qui sortira en album. Il adapte encore Jack London avec Koolau el leproso en 1978 et dessine pour Pif « Un animal doué de raison » sur scénario de Mora (1979) pour qui il dessinera aussi Tequila Bang! contra el Club Tenax . Au début des années 80, il dessine Paracuellos ou Los Profesionales (Les Professionnels). Il est devenu un dessinateur reconnu publiant dans les plus grandes revues dans le monde entier que ce soit FLUIDE GLACIAL ou PILOTE en France, TOTEM, COMIX INTERNATIONAL, MADRIZ. On le voit sur des BD érotiques comme des histoires de SF, des bandes adultes ou plus enfantines tandis que sa production d’albums ne faiblit pas avec notamment le 4e volet de Paracuellos en 2000.

Paracuellos : Œuvre essentielle, autobiographique et multirécompensée : Alfred du meilleur album 1981 et Prix du Patrimoine Angoulême 2010. Récit poignant, violent, tendre et sensible, de la vie dans les foyers d’Auxilio Social (Secours Social) dans l’après-guerre civile espagnole, des orphelinats franquistes qui recueillaient les orphelins de guerre, des enfants des républicains non baptisés, et des enfants dont les parents n’étaient pas en mesure de les garder avec eux. Carlos Giménez était l’un de ces enfants, orphelin de père, et mère dans un sanatorium pour soigner une tuberculose. Paracuellos est le nom de l’un de ces foyers.

Un commentaire parmi tant d’autres, celui de de Vincent Bernière dans La Bédéthèque Idéale (éd. Revival) publiée en novembre 2018 :« On a peine aujourd’hui à imaginer le choc que fut la publication dans Fluide Glacial des premiers épisodes de Paracuellos. Tranchant sur le reste du journal, ils semblaient n’avoir aucun lien avec les BD voisines : dramatiques, tragiques, terribles, ces histoires vraies faisaient froid dans le dos – bizarre dans un magazine d’humour. Mais Giménez racontait le pire avec un humour noir radical. « C’est tellement marrant qu’on a hésité longtemps avant de les publier dans Fluide, parce qu’on avait la trouille de vexer les autres dessinateurs » avouera Gotlib. »

Carlos Giménez transcende et dépasse son cas particulier pour atteindre l’universel. Il utilise un paradoxe terrible : faire rire avec des choses qui font pleurer. L’art est difficile, et ce que produit Carlos Giménez est du grand art.

La saga Paracuellos compte 8 albums à ce jour :

Premier cycle : les 3 premiers albums (1-3). La base scénaristique est posée d’emblée, dès le 1er album. Les thèmes principaux sont, d’une part la maltraitance infligée aux enfants, punitions, sévices, brimades, faim et soif, et d’autre part certains des ressorts psychologiques du franquisme tels que sadisme, frustration sexuelle, et alibi religieux.
– Le premier album est publié en 1977 et traduit en 1980 par Gotlib. Il reçut le Prix du meilleur album à Angoulême en 1981.
– Le second album : Auxilio Social, fut élaboré en 1980-1981 sur la lancée du premier. Le dessin y est simplifié et trouve son identité quasi définitive. Carlos Giménez abandonne en particulier le hachurage et les ombres comme élément de décor ou de réalisme.
– Le troisième album fut publié en 1999. Carlos Giménez atteint son sommet graphique définitif, en accentuant l’aspect caricatural. Quoique publié près de 20 ans après le second opus, il est en dans l’esprit des deux premiers albums. Il fut consacré par le Salón del Comic de Barcelona, l’évènement BD le plus important en Espagne.

Deuxième cycle : les 3 albums suivants (4-6). Le scénario met dorénavant l’accent sur les relations entre enfants. La maltraitance infligée par le système franquiste s’efface derrière cette petite société reconstituée chez les enfants, espiègle et brutale, avec tous les défauts des adultes. Dans ce cycle, les BD (les petits formats) prennent une importance de premier plan, au travers en particulier de la projection dans sa vocation future de l’avatar de Carlos Giménez enfant ; la BD devient même un acteur à part entière.

Troisième cycle : les 2 derniers albums (7-8). Carlos Giménez entreprend ces deux derniers volumes 15 ans après la publication de l’opus 6. Ces deux derniers albums sont anecdotiques et n’apportent rien à la saga.

Pour ce qui me concerne, ce sont les 3 premiers albums qui me passionnent. Ils constituent un sommet indépassable.

Il est intéressant de noter la convergence de Paracuellos avec en particulier les films de Carlos Saura dans les années 1960-1970. Faute de pouvoir attaquer frontalement le régime franquiste, Carlos Saura l’attaquait de biais sous l’angle de ses valeurs. Je pense par exemple à Ana et les loups, charge lourde et brutale qui révélait les ressorts profonds de la société franquiste : domination sadique, refoulement sexuel, hypocrisie religieuse, incarnés dans les représentants des trois piliers du régime : armée, famille, église. Je pense aussi et surtout à Cria Cuervos, film subtil qui traitait de la peur de l’abandon et de la solitude de l’enfant qui a perdu ses parents, surtout sa mère, de sa souffrance et de son sentiment de culpabilité dans un univers étouffant, métaphore politique de la souffrance de l’Espagne sous le franquisme.

PS : Les Cahiers de la Bande Dessinée consacrent un article à Carlos Giménez dans leur dernière livraison, le numéro 13 janvier-mars 2021.

VOTE INCOMPRÉHENSIBLE DU CONSEIL REGIONAL Occitanie – Pyrénées – Méditerranée

Motion du Conseil régional Occitanie – Pyrénées – Méditerranée
du 19 novembre 2020

VOTE INCOMPRÉHENSIBLE DU CONSEIL REGIONAL

Le vote de ce texte dénote une totale méconnaissance des élus régionaux quant aux composantes de la Résistance des réfugiés espagnols dans notre région. Il s’adresse aux autorités de l’Etat et demande :

1. Que soit abrogé l’arrêté prononçant la dissolution de l’Amicale des Anciens FFI et résistants espagnols, pris le 7 octobre 1950 par le ministre de l’intérieur, paru au Journal Officiel de la République Française le 11 octobre 1950 ;

2. Que, dans un devoir d’honneur et de justice, des excuses soient officiellement présentées par la République Française aux personnes et aux familles qui ont eu à souffrir de ces sanctions indignes ;

3. Que soit réouverte, à titre exceptionnel, la procédure d’examen des demandes d’homologation des unités combattantes de guérilleros espagnols qui sont restées en instance d’examen pour cause de forclusion, notamment dans l’Aude, le Gers et les Pyrénées Orientales ;

4. Que l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre soit chargé d’une campagne d’information quant à la contribution spécifique des formations de guérilleros espagnols à la Résistance intérieure, en lien avec le Mémorial du camp de Rivesaltes.

QUELS SONT LES FAITS HISTORIQUES ?

L’exigence de la vérité historique devrait être le souci majeur des associations qui composent Caminar. La pluralité de la Résistance espagnole est une réalité, même si le PCE a été le seul mouvement engagé en tant que parti.
Les trois premiers points peuvent s’entendre. Mais dans son point N° 4, le texte adopté par le Conseil régional est inacceptable.

L’AAGEF-FFI entend mener une action d’information en lien avec l’ONAC-VG et le Mémorial de Rivesaltes en écartant tous les autres acteurs associatifs réprésentatifs du paysage mémoriel français pour la mémoire de l’Espagne républicaine… Cela n’a rien de surprenant mais dans le cadre de la « recherche d’allié », nous sommes en droit de nous demander si cette action est la mission essentielle du camp de Rivesaltes ?

Dans cette requête, la contribution des guérilleros espagnols n’est pas spécifique mais exclusive. Ils occupent toute la place dans la Résistance intérieure sans qu’il soit fait la moindre allusion aux nombreux autres combattants non-communistes. Ainsi :

1. Elle oublie les réseaux de passage clandestins des Pyrénées, la première Résistance espagnole active, et composés de libertaires, de poumistes et de nationalistes basques.

2. Elle oublie aussi les Espagnols qui ont préféré rejoindre des mouvements français plutôt que de rejoindre la UNE.

3. Elle oublie aussi les socialistes, les anarchistes ou les républicains qui ont pu rejoindre la UNE pendant un temps…

C’est comme si on disait que la Résistance française était uniquement l’œuvre du PCF… Personne aujourd’hui n’oserait le prétendre, mais de « bons élus » régionaux – qui ne connaissent rien à l’histoire et veulent faire plaisir à l’Amicale qui fait un intense lobbying que Caminar a peu pratiqué – pensent que les guérilleros étaient les SEULS résistants espagnols…

Il faut les réveiller… alors que ces faits sont établis depuis une vingtaine d’années au moins.

INFLUENCE POLITIQUE ET MEMORIELLE DE CAMINAR

Cette motion adoptée par le Conseil régional cautionne, dans son quatrième point, une manipulation partisane de l’histoire par des historiens autoproclamés.

Après réflexion, nous vous adressons la lettre qui reprend dans son esprit celle que José IBARZ a envoyée, à titre personnel, au C.R. Occitanie.

Ne pensez-vous pas que ce type de démarche est un devoir de vérité pour Caminar ? Qu’elle fait partie intégrante de la mission de la coordination de rendre justice à tous ces républicains espagnols engagés dans la résistance en France, totalement ignorés et méprisés pour le seul motif qu’ils n’étaient pas communistes.

Nous vous rappelons l’un de nos engagements pris dans la charte de Caminar : « Demeurer vigilants et nous opposer à toute réécriture falsificatrice de l’Histoire de la Seconde République, de la Guerre d’Espagne, de la révolution sociale et de l’Exil espagnol ».

L’influence politique et mémorielle de Caminar au plan régional et national relative à la participation des espagnols dans la Résistance en France, ne semble pas vraiment préoccuper notre coordination même quand notre « non-intervention » devant les mensonges de l’Histoire constitue une faute grave. Caminar chemine peut-être, mais trop lentement et sélectivement. Pendant ce temps, la requête initiée par l’AAGEF-FFI auprès de l’instance régionale a débouché sur une motion votée par le Conseil régional Occitanie – Pyrénées – Méditerranée et adressée au gouvernement.

C‘est pourquoi les signataires mentionnés ci-dessous, soucieux d’une certaine vérité historique des faits contre la vérité d’opinion, s’indignent du vote du Conseil régional. Il nous aurait semblé plus judicieux de prendre l’avis des historiens authentiques et non celui des historiens autoproclamés.
Devons-nous rappeler que la seule résistance des républicains espagnols ne se résumait pas au seul combat des guérilleros ? Loin s’en faut… A Toulouse, comme bien souvent ailleurs (barrage de l’Aigle, nombreux maquis d’Auvergne, du Limousin, de Dordogne, etc.), le premier acte de résistance est effectué par des libertaires. Ils n’ont pas attendu le mois de juin 1941 que Staline en appelle à la résistance des communistes à la suite de l’opération Barbarossa.
Nous regrettons vivement que par cette décision, le Conseil régional ne conforte la volonté de l’Amicale qui s’évertue à effacer de l’histoire tous les actes de résistance qui n’émanent pas de sa mouvance en la faisant apparaître comme la seule force combattante espagnole contre le nazisme. C’est une forme de négationnisme intolérable.

Comment occulter d’un trait de plume la participation de toute la composante républicaine non communiste dans la Résistance française ? A-t-on consulté le comité scientifique du camp ? Qu’en dit-il ?

Pour la recherche de la vérité historique, il est heureux que des historiens à l’abri des pressions politiques nous livrent des travaux sérieux et précis, si souvent décriés par ceux-là même qui réclament aujourd’hui justice et réparation.
Le point numéro 2 nous interpelle : « Que, dans un devoir d’honneur et de justice, des excuses soient officiellement présentées par la République Française aux personnes et aux familles qui ont eu à souffrir de ces sanctions indignes ».

Comme nous l’avons dit supra, si la démarche paraît légitime, ceux qui demandent réparation pour l’interdiction officielle des organisations communistes et apparentées en 1950 seraient bien inspirés de ne pas occulter les pages sombres de l’histoire afin de tenter de réparer l’irréparable.
Près de 200 personnes ont été éliminées en Midi-Pyrénées et en Languedoc Roussillon en 1944 par des commandos de Guérilleros : le tort des victimes était de refuser de se soumettre au diktat de la UNE. À Lacazace (ou Lacazasse aujourd’hui), près de Castelnau Durban (Ariège), le 15 juillet 1944, toute une famille, y compris un bébé de 15 jours dans son landau, est abattue. Le mari était un libertaire qui refusait de céder aux pressions staliniennes. A Toulouse, Benito Auxiliano le responsable des Jeunesses Socialistes est assassiné… par un guérillero. Il n’y a pas de soleil sans ombre. Il faut avoir le courage de tout assumer.

Bibliographie : Ouvrages faisant référence à la tuerie de Lacazace, par ordre de date de parution :

– Borrás José, Políticas de los exilados españoles 1944-1950, éd. Ruedo Ibérico, Paris, 1976 (page 21).

– Pike Wingeat David, Jours de gloire, jours de honte / Le Parti communiste d’Espagne en France depuis son arrivée en 1939 jusqu’à son départ en 1950, éd. Sedes, Histoire et Liberté, Paris 1984 (page 79-80).

– Groupe Puig Antich, 1944, Les dossiers noirs d’une certaine Résistance, éd. CES, Perpignan, 1984, pages 101-102.

– Dargein Marie-Christine, La Résistance en Ariège11, Mémoire de maîtrise sous la direction de Pierre Laborie, Toulouse, 1989, page 75.

– Rafaneau-Boj Marie-Claude, Odyssée pour la Liberté, éd. Médiations Denoël, Paris, 1993, page 296.

– Dreyfus-Armand Geneviève, L’exil des républicains espagnols en France, éd. Albin Michel, Paris, 1999, page 177.

Pouvons-nous espérer qu’un jour « dans un devoir d’honneur et de justice, des excuses soient officiellement présentées par le P.C.E. et l’AAGEF-FFI aux familles des victimes qui ont eu à souffrir de ces exactions innommables ? ».
Nous osons espérer que vous mesurez la portée de cette déviance opportuniste. Puissent ces quelques lignes vous en faire sentir l’importance.

Emmanuel Dorronsoro – Domingo Fernandez – Jean Vaz

Co- fondateurs de CAMINAR

IRIS, Mémoires d’Espagne – Memoria andando – Présence Manuel Azaña

Teresa Urraca Jean Vaz José Ibarz

CI-DESSOUS, LA DELIBERATION EN QUESTION :

Assemblée Plénière du 19 novembre 2020

Délibération N°2020/AP-NOV/25

ASSEMBLEE PLENIERE DU 19 NOVEMBRE 2020

VOEU N 3 POUR UN GESTE DE JUSTICE DE REPARATION ET DE GRATITUDE ENVERS LES ESPAGNOLS RESISTANTS FFI

DELIBERATION :

LE CONSEIL REGIONAL OCCITANIE

Vu le Code Général des Collectivités Territoriales,
Le sujet du voeu porte d’évidence sur une question relative à l’intérêt régional, vu que :

1) – La reconnaissance due à la Résistance, ses acteurs et son Histoire, est une préoccupation constante de la Région qui s’est par ailleurs récemment fortement impliquée dans les commémorations de la Retirada qui fut, sur son sol, un des terribles préludes de la seconde guerre mondiale ;

2) – La contribution des Républicains espagnols à la Libération de la France – et
singulièrement à celle de l’Occitanie – est patente, ce qui est explique que c’est dans cette région que des dizaines d’associations sont aujourd’hui toujours fédérées autour de ce devoir de mémoire ;

3) – De nombreux résistants espagnols ont souffert dans les camps et prisons d’Occitanie, d’où beaucoup furent déportés vers les camps pétainistes d’Afrique du Nord ou hitlériens du Reich allemand ;

4) – C’est à Toulouse, capitale occitane souvent désignée comme la « Capitale de l’exil républicain espagnol » qu’a été formée, en avril 1945, l’Amicale des Anciens FFI et Résistants Espagnols, unique association spécifique de ce type ;
5) – Ce sont les départements d’Occitanie qui ont été, de loin, les plus concernés par les sévères mesures administratives – sans jugement – de répression politique que la police déploya à partir du 7 septembre 1950, sous le nom de : « Opération Boléro-Paprika », à l’égard d’associations et publications qui dérangeaient le régime franquiste ; des centaines de familles de notre région furent touchées par les détentions – sans motif signifié – puis par les
assignations sine die hors métropole ;

6) – En raison de ces poursuites et durables privations de droits fondamentaux (de réunion, d’association, d’expression) plusieurs notables unités combattantes de notre région n’ont pu être homologuées dans les temps impartis ; tel est le cas de la 1e Brigade de guérilleros des Pyrénées Orientales, la 5e Brigade de l’Aude, la 35e Brigade du Gers. Les villages de Valmanya (66), Alet-les-Bains (11) et Castelnau-sur-l’Auvignon (32) où elles s’illustrèrent étant des hauts-lieux de la Résistance, l’Occitanie a donc un devoir spécifique de mémoire, de justice et de réparation à leur égard ;

7) – Depuis 1976, date à laquelle elle a pu se constituer après 26 ans d’empêchements réitérés, l’Amicale des Anciens Guérilleros Espagnols en France – Forces Françaises de l’Intérieur (AAGEF-FFI), dont le siège national est à Toulouse, demande que soit rapporté l’arrêté ministériel du 7 octobre 1950 qui a dissous l’Amicale des Anciens FFI et Résistants Espagnols ; ces dernières années, de nombreux élus d’Occitanie (parlementaires, maires, etc.)

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Délibération N°2020/AP-NOV/25

se sont associés aux démarches nationales en ce sens (appel public, questions écrites ou orales, voeux adressés aux ministres concernés).
Par ailleurs, le présent voeu remplit en tout point les exigences juridiques de recevabilité portées à l’article 20 du Règlement Intérieur de l’Assemblée.
Dès lors l’intérêt de ses habitant/es, de ses territoires et de leur mémoire, légitime une prise de position du Conseil Régional d’Occitanie.

Exposé des motifs

Le 16 septembre 1944, à Toulouse, à l’hôpital de La Grave, le Général de Gaulle s’est adressé à Pedro García Calero, Espagnol blessé lors de la Libération de l’Ariège, en ces termes : « Guérillero espagnol, je salue en toi tes vaillants compatriotes. Pour votre courage, par le sang versé pour la liberté et pour la France, par tes souffrances, tu es un héros espagnol et français ». Ces paroles sont gravées sur le Monument National des Guérilleros à Prayols
(Ariège).
Dans les 13 départements d’Occitanie, 13 brigades de guérilleros ont combattu, certainesformées dès le début de 1942 ; nombreux sont les lieux de la région où des stèles, des monuments – et des cérémonies chaque année – témoignent des sacrifices subis ; le Monument National des Guérilleros, se trouve près de Foix, libérée le 19 août 1944 par la 3e Brigade de Guérilleros d’Ariège.
Le 31 mars 1945, les 11 Bataillons de Sécurité Espagnols cantonnés dans le Sud-Ouest de la France, qui comptaient de l’ordre de 11 000 hommes sous l’autorité des Forces Françaises de l’Intérieur, furent démobilisés. En avril 1945 fut fondée l’Amicale des Anciens FFI et Résistants Espagnols, reconnue par arrêté ministériel du 7 mai 1946. Elle était présidée par deux généraux FFI, Luis Fernández Juan et Joan Blázquez Arroyo, qui avaient personnellement participé à l’organisation des premiers maquis en Ariège et dans l’Aude, ainsi qu’à l’organisation des premiers attentats antinazis en Haute-Garonne.
Le 7 septembre 1950, le gouvernement français déclencha « L’Opération Boléro-Paprika » :au nom d’un prétendu intérêt national, il s’agissait d’assigner hors de métropole plusieurs centaines d’étrangers. Le volet « Boléro » de l’opération visait des Espagnols, le volet « Paprika » ciblait des ressortissants d’Europe de l’Est. Les archives policières dénombrent 288 arrestations au 9 septembre, dont 177 Espagnols, la plupart de ceux-ci arrêtés dans l’actuelle Occitanie. 61 Espagnols furent dirigés vers la Corse, 84 vers l’Algérie, 32 vers « les frontières de l’Est ». Peu avant la rafle, le gouvernement avait déclaré dissoutes diverses organisations de l’exil républicain espagnol, notamment le Parti Communiste d’Espagne, le Parti Socialiste Unifié de Catalogne, le Parti Communiste d’Euskadi et interdit leurs publications.

Cette répression choquante suscita de nombreuses manifestations d’indignation de la part de ceux qui demeuraient reconnaissants à l’égard des étrangers qui avaient combattu pour la libération de la France. Néanmoins, le 7 octobre 1950, le ministre de l’intérieur prit un arrêté portant dissolution de l’Amicale des Anciens FFI et Résistants Espagnols et l’enjoignant de liquider ses biens (dont l’historique Hôpital Varsovie, installé à Toulouse rue Varsovie, aujourd’hui Hôpital Joseph Ducuing). Nombre de ses militants avaient déjà été détenus et
bannis. Cet arrêté indigne était particulièrement infâmant : les résistants espagnols mis en cause et maltraités en 1950 n’avaient pas trahi la France ; au contraire, pour sa liberté ils avaient lutté, subi la prison, la déportation, les blessures…
Il est établi que les mesures visant les Espagnols furent décidées sous la pression du gouvernement franquiste qui bénéficia de la confusion occasionnée par la Guerre Froide. Peu après Boléro-Paprika, les relations diplomatiques entre Paris et Madrid furent rétablies.

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Délibération N°2020/AP-NOV/25

L’Espagne franquiste fut admise à l’UNESCO (1953) puis à l’ONU (1955) tandis que ses opposants en France étaient muselés ou réduits à la clandestinité.
Jusqu’au décès du dictateur Franco (1975), soit pendant plus d’un quart de siècle, les gouvernements français successifs ont empêché les résistants espagnols d’exercer le droit d’association, au préjudice de leurs intérêts moraux et matériels, sans égard pour leurs souffrances et mérites. En 1976, les survivants furent enfin autorisés à former l’Amicale des Anciens Guérilleros Espagnols en France (Forces Françaises de l’Intérieur),

Rapporter l’arrêté du 7 octobre 1950, comme le demande celle-ci, aurait une haute
signification politique et morale. Cette demande a été publiquement soutenue en 2016 par 44 parlementaires issus de tout l’arc républicain et de nombreux autres élus, tels, par exemple, les maires d’Alençon, Dieppe, Hendaye, Toulouse, les Présidents des conseils départementaux de l’Aude et de la Seine Saint-Denis, le Conseil départemental de la Haute-Garonne unanime.
Cette requête est également appuyée par les dizaines d’associations qui ont constitué le Centre d’Investigation et d’Interprétation de la Mémoire de l’Espagne Républicaine (CIIMER) installé depuis 2012 à Borredon (Montalzat, Tarn-et-Garonne).
Reprendre les procédures d’homologation des unités combattantes espagnoles, injustement entravées, est une exigence fréquemment rappelée dans les cérémonies patriotiques de notre région.
À l’heure où des mouvements xénophobes s’affirment en Europe, il importe de mieux
connaître et divulguer ce que la France doit à ceux qui, après avoir lutté contre le fascisme européen coalisé en Espagne, ont continué la lutte au nord des Pyrénées. En ce sens, il est très positif que l’ONAC-VG (Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre) ait créé en 2016 et promu via ses délégations locales, une exposition au sujet des volontaires des Brigades Internationales « de la Guerre d’Espagne à la Résistance en France » ; une
initiative semblable serait particulièrement bienvenue au sujet des guérilleros espagnols.
C’est pourquoi, le Conseil Régional d’Occitanie, réuni en Assemblée plénière le 19 novembre 2020 demande aux Autorités de l’État :

– 1) Que soit abrogé l’arrêté prononçant la dissolution de l’Amicale des Anciens FFI et Résistants Espagnols, pris le 7 octobre 1950 par le ministre de l’intérieur, paru au Journal Officiel de la République Française le 11 octobre 1950 ;

– 2) Que, dans un devoir d’honneur et de justice, des excuses soient officiellement présentées par la République Française aux personnes et aux familles qui ont eu à souffrir de ces sanctions indignes ;

– 3) Que soit ré-ouverte, à titre exceptionnel, la procédure d’examen des demandes d’homologation des unités combattantes de guérilleros espagnols qui sont restées en instance d’examen pour cause de forclusion, notamment dans l’Aude, le Gers et les Pyrénées Orientales ;

– 4) Que l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre soit chargé d’une campagne d’information quant à la contribution spécifique des formations de guérilleros espagnols à la Résistance intérieure en lien avec le Mémorial du Camp de Rivesaltes.

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Délibération N°2020/AP-NOV/25

La Présidente

Carole DELGA

Acte Rendu Exécutoire :

 Date de transmission à la Préfecture : 23 novembre 2020
 Date d’affichage légal : 23 novembre 2020

Pour extrait conforme,

La Présidente,
CAROLE DELGA

Faire vivre les mémoires et les valeurs des Républicains espagnols exilés

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