Etat espagnol : Les esclaves du franquisme

Cette histoire débute par une fuite. Des militants de la CNT [Confédération nationale du travail, le plus grand syndicat espagnol avant la guerre civile, anarcho-syndicaliste] ont brûlé jusqu’aux fondations l’Instituto Católico de Artes y Oficios de Madrid. Le directeur de l’Institut, le jésuite José Agustín Pérez del Pulgar, a décidé de partir pour la Belgique. L’attaque contre cet édifice n’était en rien un hasard. Pérez del Pulgar est un militant actif de la droite la plus réactionnaire; il met à profit sa fonction pour diffuser de la propagande, il est convaincu de la nécessité de freiner l’expansion des idées marxistes parmi les jeunes. Quelques mois après avoir quitté le pays, la guerre civile éclate. Il décide de rentrer, se placer au service du soulèvement, participer à la croisade qui sauvera l’Espagne.

Pérez del Pulgar passe les mois suivants au nord de la péninsule. Il sait bien que sa place n’est pas au front, mais à l’arrière-garde le travail ne manque pas pour des hommes tels que lui. Il ne perd pas son temps. Il se met en relation avec Máximo Cuervo Radigales [1893-1982], un général très proche des sommets ecclésiastiques en raison de son activité à la direction du CEU [Centro de Estudios Universitarios, fondé en 1933 par l’Association catholique de propagandistes]. Cuervo Radigales est sur le point de devenir l’un des personnages les plus dangereux et obscurs du régime franquiste, il a toutefois besoin de l’aide du jésuite. Les deux vont commencer à construire l’appareil idéologique qui soutiendra le système pénitentiaire de la dictature.

La récompense est immédiate. En 1938, Cuervo Radigales est nommé Directeur général des prisons; il réorganise les prisons sous contrôle franquiste. Avec l’aide de Pérez del Pulgar, il crée un système de travail forcé pour les prisonniers qui sera maintenu pendant toute la durée de la dictature. Celui-ci est placé sous le contrôle d’un nouvel organisme, le Patronato de Redención de Penas por trabajo [Fondation/patronage de rédemption des peines par le travail]. Cuervo Radigales place le jésuite à la tête du Patronato, ce dernier est placé sous sa responsabilité directe. L’une des machines répressives parmi les plus cruelles du régime vient de naître. Ce Patronato ne sera, toutefois, pas le seul organisme qui fera appel à du travail esclave. Il faut en effet ajouter au système pénitentiaire le système de camps de concentration créé dans l’ensemble de la péninsule au sein desquels ont également été constitués des bataillons de travail. Leurs prisonniers ne devaient pas même accomplir des peines, car ils n’avaient pas été jugés. Ils dépendaient directement de l’Inspección de Campos de Concentración de Prisioneros (ICCP) puis de la Jefatura de Campos de Concentración y Batallones Disciplinarios.

Bien que le travail forcé des prisonniers fût chose courante depuis le coup d’Etat [en juillet 1936], la construction du Valle de los Caídos [Vallée des tombés, basilique creusée dans la roche située à quelques kilomètres de Madrid et où sont enterrés le fondateur de la Phalange, José Antonio Primo de Rivera, et Franco] sera l’un des premiers chantiers à faire massivement usage de main-d’œuvre esclave. Franco voulait un grand mausolée, un monument digne de la croisade qu’il venait de terminer. Il attendit peu avant de lancer les travaux. Le 1er avril 1940, date du premier anniversaire de la victoire, il publie un décret ordonnant le début des travaux. Le document ne laisse aucun doute quant au but poursuivi: Franco souhaitait rendre hommage à ceux qui étaient tombés en se battant à ses côtés. «Destination éternelle de pèlerinage, où le grandiose de la nature offre un cadre digne au terrain dans lequel reposent les héros et martyres de la Croisade.»

C’est là que Pérez del Pulgar revient dans notre histoire. Dans un pamphlet publié fin 1939, sous le titre La solution de l’Espagne au problème des prisonniers politiques, le jésuite jettent les bases de ce qui sera sa tâche à la tête du Patronato de Redención de Penas por Trabajo: «il est bien juste que les prisonniers contribuent par leur travail à la réparation des dommages auxquels ils ont contribué en collaborant avec la rébellion marxiste.» Del Pulgar va faire en sorte qu’ils paient.

Le fonctionnement du Patronato était simple: les entreprises et les entités publiques sollicitaient des prisonniers comme travailleurs et les responsables décidaient du nombre qui leur serait attribué ainsi que la prison où ils seraient sélectionnés. Les Archives générales de l’administration conservent les registres élaborés par le Patronato entre 1940 et 1960. Ceux-ci détaillent les prisonniers attribués, le lieu de destination et le travail qu’ils devront réaliser. Ces données n’ont toutefois pas pu être consultées de manière systématique, raison pour laquelle les chercheurs qui travaillent sur ce thème ont dû recourir aux Memorias de la Dirección General de Prisiones. Les recherches indiquent qu’il y avait des entreprises de tout type, y compris des petits commerces et des particuliers qui sollicitaient une domestique. Alors qu’ils travaillaient, ils étaient enfermés dans des colonies pénitentiaires, en détachement pénal, ou même dans des prisons. Pour avoir une image générale du système d’enfermement, il faudrait ajouter à ces colonies pénitentiaires les camps de concentration dont la fonction était d’interner et de classer les prisonniers de guerre.

Les chiffres et l’étendue de cette pratique à tous les secteurs de l’économie montrent que le système de travail esclave n’avait rien de provisoire, mais qu’il s’agissait bien d’un pilier central de l’économie franquiste. D’après les historiens qui ont traité de cette question, le nombre le plus élevé de prisonniers a été destiné aux infrastructures et travaux publics: construction de chemins de fer, routes, canaux, prisons et mines. Un exemple est celui de la construction de la prison de Carabanchel, à Madrid, où l’on sait qu’en 1946 956 prisonniers travaillaient, bien que l’on ne possède pas de données sur d’autres années.

Dans son ouvrage intitulé El Valle de los Caídos: Una memoria de España, l’une des recherches les plus détaillées sur la construction du monument, l’historien Fernando Olmeda ne s’aventure pas à donner des chiffres sur le nombre de prisonniers qui ont œuvré au Valle en raison des difficultés à trouver ces données. D’après les Memorias de la Dirección General de Prisiones, il y aurait eu environ 500 prisonniers par année entre 1943 et 1950, bien qu’il n’y ait aucun chiffre pour certaines années.

Les travaux furent confiés à trois entreprises de la construction – Banús, Molán et San Román – dont les dirigeants eux-mêmes faisaient le tour des prisons pour sélectionner les détenus. Teodoro García Cañas, prisonnier à Ocaña, rappelle dans le libre Esclavos por la patria comment Juan Banús examinait personnellement les dents et les muscles des prisonniers pour choisir ceux qui seraient les plus à même à tenir le coup. Nombreux sont ceux qui ne le firent pas. Aux morts causés par les mauvaises conditions de travail et par l’épuisement, il faut ajouter ceux qui moururent de silicose à la suite du travail dans les cryptes.

Pérez del Pulgar observait la progression du Valle de los Caídos et souriait. Les prisonniers se rachetaient non seulement vis-à-vis de la patrie, mais aussi face à Dieu. En échange de leur travail, le Patronato avait établi un système de réduction des condamnations et un salaire dont l’objectif était de montrer qu’il était possible de revenir sur le droit chemin et d’obtenir le pardon. Ce qui est sûr, c’est que ces mesures furent peu mises en place. Le système pénitentiaire de Cuervo Radigales était fondé sur l’arbitraire et la torture systématique des détenus, qui souffraient de mesures telles que la politique de dispersion permanente baptisée de «tourisme pénitentiaire» par Radigales. Pour ce qui est du salaire, il était fixé à 2 pesetas par jour, desquels l’Etat déduisait 1,5 pour les frais d’entretien.

La plus grande fosse commune de la péninsule

Franco choisi un autre anniversaire pour l’inauguration du Valle de los Caídos, celui de 1959 [20 ans après la fin de la guerre civile]. Alors que dans un premier temps il avait été décidé que seuls les héros franquistes y seraient enterrés, en 1958 le régime changea d’idée: une lettre du ministre de Gobernación [de l’intérieur] spécifiait que les inhumations se feraient «sans distinction du camp dans lequel ils combattirent». L’endroit ne cessa jamais d’être un monument à la victoire franquiste, mais on décida d’y transférer les cadavres provenant de fosses communes de pratiquement toute la péninsule, sans tenir compte d’où ils venaient et sans aviser les familles.

L’énorme transfert, 33’833 corps, qui se prolongea jusqu’en 1983, transforma le Valle de los Caídos en la plus grande fosse commune d’Espagne. 12’410 cadavres n’ont toujours pas été identifiés. Bien que les fosses aient été déclarées de propriété de l’Etat en 2007, leur accès dépend de l’Eglise en vertu des accords de 1979 avec le Vatican. L’Eglise a fait usage de ce pouvoir pour refuser les identifications, y compris contre des décisions judiciaires comme dans le cas, en 2017, de Manuel et Ramiro Lapeña.

Ces accords, qui ont rang de traité international et sont par conséquent au-dessus des lois nationales, constituent l’obstacle principal auquel fait face le gouvernement [Sánchez] pour transférer les restes de Franco. L’avenir du mouvement soulève toutefois d’autres questions. L’une d’elles est celle de sa transformation possible en un mémorial des victimes des deux camps, ainsi que l’avait recommandé le Comité d’experts nommé par Zapatero en 2011. Cette transformation semble compliquée pour un monument dont la finalité était claire dès le début et qui est resté, jusqu’à aujourd’hui, un lieu d’hommage au franquisme. Il s’agit aussi de répondre à des questions telles que celle du financement de sa restauration, dont le coût est estimé à 13 millions d’euros en raison de l’importante détérioration du monument.

En 2011, Joan Tardá [député membre d’ERC] proposa au Congrès que ces coûts soient portés par les entreprises qui s’étaient enrichies grâce à l’usage de main-d’œuvre esclave. Pour appuyer son propos, il utilisa une photographie des travaux où l’on pouvait voir une affiche de l’entreprise Huarte, ancêtre de l’actuelle OHL [Obrascón Huarte Lain, S.A., l’une des six plus grandes entreprises espagnoles de la construction]. Au dos de la photo, une note indiquait qu’il fallait effacer l’affiche pour éviter toute association avec l’entreprise. En réalité, la participation de Huarte aux chantiers fut plus tardive, en 1950, alors que, selon les données de la Dirección General de Prisiones, il n’y avait plus de travail esclave. Toutefois, ainsi que l’ont signalé les collectifs de mémoire historique de Navarre lorsque Félix Huarte a reçu la médaille d’or de Navarre, la complicité de ce dernier avec la dictature était très forte. Il est probable qu’il ait eu recours à du travail esclave sur d’autres chantiers, tels que la construction de l’aérodrome d’Ablitas.

Huarte n’était pas seul. Les grandes fortunes de l’IBEX 35 [l’indice boursier espagnol], édifiés sur le travail esclave, ne souhaitaient pas laisser de traces de leur passé. Ainsi que l’ont découvert des recherches du Financial Times, publiées en 2003, et de La Marea, en 2014, aux côtés d’OHL se trouvent de nombreuses autres entreprises dont la fortune repose sur le travail forcé, des compagnies minières Norte ou Duro à des entreprises de la construction comme Acciona et ACS en passant par Iberdrola ou Gas Natural Fenosa.

Toutes ces entreprises ont refusé de donner toute explication et à fournir des informations sur cette affaire. Le système créé par Pérez del Pulgar et Cuervo Rodigales produit toujours, bien des années plus tard, des bénéfices. (Article publié le 27 juin sur le site Elsaltodiario.com. L’auteure remercie l’historien Fernán Mendiola pour la révision et l’amélioration du texte. Traduction A l’Encontre)

Layla Martínez

Etat espagnol. Les esclaves du franquisme

LA NUEVE, EL FILM

LA NUEVE
Una unidad de ciento cincuenta españoles contra el mayor ejército del mundo

Argelia, 1944

Somos la novena compañía, una unidad de choque formada por 150 exiliados españoles, conocidos en el frente como “La Nueve”. Somos la punta de lanza de la ofensiva aliada en Normandia.

Pese a la negativa del alto mando, nuestra unidad ha votado por avanzar en solitario para liberar París del terror nazi. Estamos dispuestos a protagonizar la liberación de la Ciudad de la Luz y el asalto final al Nido del Águila de Hitler. Frente a nosotros se despliegan más de veinte mil efectivos alemanes comandados por la 1º División Adolf Hitler y fuerzas de élite de la Wehrmach.

Teaser La Nueve de Daniel H. Torrado from Hernández Torrado, Daniel on Vimeo.

Los hombres de “La Nueve” habían abrazado nuestra causa espontánea y voluntariamente. Eran, verdaderamente, combatientes de la libertad. Las tumbas de sus muertos jalonan la ruta gloriosa y dolorosa que siguieron desde Normandía a Berchtesgaden, y los supervivientes tuvieron el orgullo y la satisfacción de terminar la guerra en el santuario del nazismo del Nido del Águila.
RAYMOND DRONNE, Capitán de la Segunda División Blindada del Ejercito de la Francia Libre

Presentación de "La Nueve" from Hernández Torrado, Daniel on Vimeo.

De Virgile à Virgilio – un texte de Jean Ortiz

Virgile a désormais sa rue. Virgile a désormais sa rue, à Billère, ville collée à Pau. 

 

Son œuvre, ses « plusieurs vies en une », le méritaient. Virgile a fait malgré lui de « ses vies » un poème épique. Virgile n’est au premier abord ni poète ni écrivain… quoi que… Une vie pleine de militant peut accéder au rang de voyage, tragique et beau à la fois, de Cordoue à Pau, comme hier, pour le poète latin, de Troie jusqu’à Rome, sa Rome, sa création.

 

La plaque « porte écrit » : Virgilio (lio) Peña, républicain espagnol, antifasciste… Certes… Mais dans ces hommages ou commémorations, on oublie souvent les convictions, le potentiel critique de remise en cause, qui a porté ces hommes, de Cordoue à Buchenwald, en passant par Barcarès, Gurs. Et pourtant… ce n’est pas un gros mot, « communiste » ; comme d’autres étaient anarchistes, socialistes, poumistes…

 

A Buchenwald, me répéta souvent Virgilio, devant un verre de Montilla (son « pays »), « pour ne pas mourir, il fallait croire en Dieu ou en Staline ». A Buchenwald, le militant Virgilio Peña, sur place, nous raconta, pour un docu, son séjour, « à la Benigni ». Au cœur de l’abomination, il était « chez lui », près d’un petit ours en cage. Si mignon. Bons pères de famille, les nazis aimaient les animaux. Menuisier, Virgile travaillait à l’atelier, à quelques mètres du crématoire, et « l’odeur me nourrissait, comme lorsque tu cuisines un poulet chez toi ». Hilarante s’avéra la séquence où il mima « l’inspection des poux ». Eclats d’un rire complexe. Malaise. Mise à distance de l’horreur. Tout à la fois. Et nous, « fils de » (usurpation si l’on ne se le gagne pas), hier, à la manif, nous nous comptions…

 

Et puis, durant quelques secondes, il redevenait « sérieux ». « Ici, c’était ma maison ». Des caillasses, restes d’un “block” . En fait, sérieux, Virgilio le fut toujours… au-delà de son espièglerie naturelle. “Y no te olvides nunca, pajarraco, de que cuando uno lo pierde todo, es cuando más se necesitan los principios, cueste lo que cueste”. “Et n’oublie jamais, drôle d’oiseau, que c’est précisément lorsque tout fout le camp qu’il ne faut pas renoncer aux principes, quoi qu’il en coûte ». On le paie parfois cher… mais essayer d’être communiste a toujours un prix.

 

Sur les terres du « cortijo » (grande propriété en Andalousie), Dominique (l’homme à la caméra) et moi (l’homme au stylo), nous avions envie de maudire la terre entière lorsque Virgilio racontait son enfance esclave, de fils d’esclave. Comme son père, Virgilio passa très jeune son agrégation en servage : le lot des « jornaleros » (les ouvriers agricoles)… Alors, lorsque la République, en avril 1931, gagna les élections municipales, et le Roi « Alphonse XIII » mit les voiles, le jeune communiste Virgilio, membre d’un PCE groupusculaire à cette époque, proclama cette République du haut du balcon de la mairie de son village, ESPEJO (« miroir » en espagnol), vieux bastion « rouge ». « ESPEJO ». Miroir. Métaphore lumineuse pour traduire l’histoire de ce village rebelle et fier sur sa colline, au beau milieu d’une mer d’oliviers « patronaux », de los « dueños », (oliviers choyés par les « peones »), un village physiquement et symboliquement dominé par le château de Sa Saignerie la duchesse, pompe à sueur et à sang de ces forçats.

 

 Lorsque « éclate » la République, les riches, les « señoritos », « se cagan de miedo », « chient de trouille ». Dans les classes dominantes, et même chez de nombreux « hauts dirigeants » républicains, on a davantage peur de « la révolution » des masses rurales et du prolétariat madrilène, barcelonais, que du fascisme. Lutte des classes, quand tu nous tiens…

 

Virgile, l’autre, le poète et l’écrivain de « l’Eneide », raconte lui aussi ses « vies » et les « guerres civiles » des paysans contre leur dépossession par les gros… Lutte des classes, quand tu nous tiens… J’exagère un peu, je sais, mais « je ne suis pas un modéré » (Jaurès) Dépossession et exil, de Virgilio à Virgile, exil repris par le poète dans « les Bucoliques ».

 

ET PUIS, Virgilio … La frontière, les « camps de concentration » du Roussillon, de Daladier et de la « non intervention »… et le combat antifasciste qui continue…. Le 19 mars 1943, Virgilio « le rocher » (« peña ») tombe aux mains de la police « française », de Vichy, « française » , qui le chatouille avec toute la panoplie et le savoir faire des fachos, avant de le remettre aux Allemands pour « finir le travail ». Et puis le transit par Compiègne, et puis Buchenwald, et puis les chiens et les gardes qui aboient, et puis le supplice des heures sur la « place d’appel », debout, par des températures polaires, en « pyjama ». Et puis le triangle rouge des « terroristes ». Pour lui, le Résistant. Et puis, l’Enéide devenue un matricule, 40843. Septembre 1943. Buchenwald, les enfants gitans attachés comme des chiens à l’entrée du camp… Souvenons-nous du décret Daladier, de 1938, sur les « étrangers indésirables »… Les mêmes ? Dehors le « droit du sol » ! Et puis la Résistance dans le camp de la mort, organisé par « nationalités ». Malgré la mort partout. Peut-on imaginer ce que cela implique ? Résister dans cet enfer. Des « squelettes » libérèrent le camp le 11 avril 1945. En vers et contre tout. En vers et contre tout. En vers, comme Virgile le latin. Virgilio le cordouan n’a cessé, lui, de s’accrocher au souvenir de son village-miroir, et à « l’Armée rouge » qui avance… Lors des insurrections libertaro-communistes paysannes de 1918 en Andalousie, la « guardia civil » tabassa jusqu’au coma le père, autodidacte, ouvrier agricole, conscient. Les « fachas », les prétendus « libérateurs », brûlèrent les quelques livres du père de Virgilio, dont ceux de Virgile le latin, sur la place d’Espejo. Un autodafé… Miroir. Comme en septembre 1973 à Santiago. Et pourtant, Virgile n’a jamais plaidé pour la « reforma agraria ».

 

Commémorer, poser des plaques, travailler sur la mémoire, sur le passé, exige de se projeter vers un à venir meilleur, suppose de le garder en permanence comme « horizon d’utopie » pour aujourd’hui ; garder avec conviction et tendresse cet horizon d’un autre futur possible et nécessaire. Vite !

 

« Monté sur son âne » pour aller labourer, le « padre labrador », quasiment analphabète, lisait, lisait, lisait. « Andar y andar los caminos »… il parvint à dévorer « l’Eneide » et les « Bucoliques ». Il les aimait tellement qu’il appela l’un de ses fils Virgilio. Mort à Billère à 102 ans. Je l’aimais… Une plaque désormais rappelle son nom et sa « qualité d’antifasciste ». « Hommes, veillez », soyez vigilants, écrivit un autre poète. La poésie est « une arme chargée de futur » (Celaya).

Témoignages de républicains espagnols en France (1939-1945)

« Mon travail ici est très simple, sans transcendance quelconque. Je me limite à recueillir des témoignages épars, à laisser parler les survivants et projeter l’ombre des morts. Je modifie à peine le ton, et j’adapte à la littérature le langage simple et rude d’hommes qui n’eurent d’autre université que le chantier, l’atelier, l’usine ou les durs travaux de la terre ».

En librairie le 25 mai 2018.

Communiqué de l’Association RETIRADA37 sur les évènements de Catalogne

L’association Retirada37, fidèle aux valeurs des Républicains espagnols exilés, combattant pour la justice sociale, l’égalité entre hommes et femmes, le droit à l’éducation et à la santé, pour une République sociale, s’inquiète des dérives autoritaires du gouvernement espagnol à l’égard de responsables politiques catalans. Elle dénonce les incarcérations prononcées à leur encontre. Les institutions judiciaires, « Tribunal Supremo » et « Audiencia nacional » sont des vestiges du franquisme qui se sont déjà distingués en destituant le juge Garzon qui voulait faire juger les crimes du franquisme, impunis jusqu’alors. Cette inégalité de traitement est inacceptable !

Le développement des politiques sécuritaires particulièrement en France et en Espagne, la montée de l’influence de groupes fascistes en Europe ne peut que nous alerter sur les dangers qui planent sur ces pays.

La complaisance du gouvernement français à l’égard du gouvernement espagnol pour son non respect de la démocratie ne peut que nous rappeler celle adoptée par les gouvernements français de 1936 à 1939 laissant la jeune République espagnole se faire étrangler par Franco assisté d’Hitler et de Mussolini.

L’avenir de la Catalogne comme celui de l’Espagne toute entière n’appartient qu’aux Catalans et aux Espagnols eux-mêmes et nous ne souhaitons pas nous immiscer dans leurs affaires intérieures.

Avec l’association Retirada37, comme d’autres associations l’ont déjà fait, nous souhaitons nous exprimer par rapport au non respect de la démocratie. Nous n’acceptons pas les atteintes aux droits de l’Homme, aux libertés fondamentales et demandons la libération immédiate de toutes les personnes poursuivies et la fin des violences policières envers le peuple catalan.

RETIRADA37, le 28 mars 2018

Rencontre avec Lydie Salvayre

A la bibliothèque municipale

Mercredi 11 avril 2018 à 18h30> Autour de ses deux derniers romans
« Pas pleurer » prix Goncourt 2014
Et « Tout homme est une nuit » paru en 2017
Editions du seuil

lydie Salvayre

Après avoir longuement évoqué la révolution sociale espagnole de l’été 1936 dans le petit village de sa mère, et montré à travers l’œuvre de Georges Bernanos l’horreur de la guerre qui s’ensuivit ( « Pas pleurer » 2014).

Lydie Salvayre montre avec un élan romanesque tout aussi puissant la permanence d’une grande violence sociale dans la France d’aujourd’hui (« Tout homme est une nuit » 2017).

Avec le soutien de l’association Retirada37 : Faire vivre les mémoires et les valeurs des Républicains exilés

Les combattants espagnols dans la Résistance

La Seconde Guerre mondiale éclate en septembre 1939. Les exilés espagnols vont s’engager dans toutes les unités combattantes et dans la Résistance. Tous les maquis de France auront dans leurs rangs des combattants républicains espagnols qui vont s’illustrer pas leur bravoure, au barrage de l’Aigle en Corèze, aux Glières en Haute-Savoie, dans l’Indre, en Bretagne … Ils formeront les jeunes maquisards qui fuient le STO (Service de travail obligatoire). Certains maquis seront même composés uniquement d’Espagnols dans le sud de la France, comme en Ariège, en Dordogne…
.
Comment échapper à son destin ?

Passées les premières stupeurs et déceptions d’un « accueil » plutôt hostile et douteux, l’immense majorité des républicains espagnols s’organisent et recréent leurs partis et syndicats. Ils regardent atterrés le fascisme monté en Europe et se doutent qu’ils ne sont pas à l’abri de ce qui se prépare. Traités comme ennemis et parias par le régime pétainiste, ils s’engagent massivement dans la lutte armée contre l’occupant nazi. C’est une question de survie pour beaucoup d’entre eux.

Après la capitulation de l’État français le 22 juin 1940, les Espagnols participeront, naturellement, aux premiers mouvements de résistance. C’est dans cette résistance que vont avoir lieu les premiers contacts vrais avec les Français qui partagent les mêmes conditions de lutte. L’expérience de la guerre civile leur donne une certaine organisation, une endurance, une combativité qui forcent l’admiration des Français et c’est sur eux que ces derniers vont compter pour les actions armées. Beaucoup tiennent un rôle militaire primordial. Ils se préoccupent également d’organiser des maquis en Espagne même, dans le but de bloquer Franco, s’il lui venait des velléités d’aider les forces de l’Axe, mais aussi pour préparer leur retour à une Espagne républicaine.
Prendre le maquis est non seulement un acte de conviction mais aussi un acte de survie, les Espagnols sont pourchassés et assassinés par la milice française et par l’occupant nazi, de la Gestapo à la Wehrmacht, notamment les dirigeants des partis et syndicats de gauche, les élus de la République. La menace se fait pressante, en 1942 Berlin demande à Vichy de lui livrer les réfugiés espagnols et les antifascistes italiens, ce qui est encore une raison supplémentaire pour entrer en clandestinité.

Les maquis investis par les combattants espagnols

Ils 
s’intègrent à l’AS (Armée secrète), à l’ORA (Organisation de Résistance dans l’Armée) et relèvent des mouvements
« Combat », « Libération », « Franc-tireur » qui vont se regrouper dans les MUR (Mouvements Unis de Résistance) ou encore au sein des FTP-MOI (Francs tireurs partisans de la main-d’œuvre immigrée) d’obédience communiste comme Celestino Alfonso figure sur la fameuse « Affiche 
Rouge » aux côtés de Manouchian et Luis Fernandez qui commande la fameuse 35e brigade FTP-MOI, près de Toulouse, composé surtout de juifs, d’anciens d’Espagne, d’Italiens. Redoutable groupe composée de jeunes gens étrangers téméraires, et désireux d’anéantir le fascisme.

– Certains maquis, se composent exclusivement de combattants espagnols. Ils sont dans les premiers à s’organiser et à passer à l’action, tel le réseau Ponzán à Toulouse, sous l’impulsion de Francisco Ponzán, plus connu sous le nom de François Vidal. Militant de la CNT. À partir de mai 1939, Vidal organise un réseau de passeurs d’hommes dans les Pyrénées pour faire sortir d’Espagne les militants en danger. Dès le début de la guerre, le groupe se met au service de la résistance et travaille activement avec l’Intelligence Service anglais et le Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) de De Gaulle, mais aussi avec le réseau Sabot et le groupe Combat. Ce réseau permet l’évasion de 1 500 personnes dont plus de 700 aviateurs alliés et le passage de nombreux documents (sans compter tout ce qui sert la lutte antifranquiste). Le réseau couvre une zone qui va de Bruxelles à Lisbonne. Fait prisonnier en 1944 par la police française, Francisco Ponzán Vidal est livré aux Allemands et exécuté de manière à la veille de la libération.

– Ou encore le groupe de Ramon Villa Capdevilla, Caraquemada ou El Jabali. Militant de la CNT. Début 1939, il se réfugie en France, où il est interné au camp d’Argelès-sur-Mer. Il s’en échappe en 1940. Deux ans plus tard, il est de nouveau arrêté et interné dans la citadelle de Perpignan. Libéré, il met son expérience de spécialiste des explosifs au service de la Résistance, comme le 11 juin 1944, près de Périgueux où, avec deux cents maquisards, il s’empare d’un train blindé allemand. Il participe également, au sein du Batallón Libertad (composé en grande partie d’anarchistes espagnols) à la libération de Royan et de l’estuaire de la Gironde. Il est plus connu sous le surnom de « commandant Raymond ». Il commande deux cents résistants espagnols. Ce sont eux qui anéantissent la garnison Das Reich qui a massacré les habitants d’Oradour. Ramón Vila Capdevila meurt en 1963, lors d’une fusillade avec des franquistes, alors qu’il était un des meilleurs passeurs d’hommes de la CNT, membres des groupes d’action qui n’ont cessé de harceler le régime franquiste depuis 1945.

– Le groupe d’Arrau Saint Lary mené par José Cortés, comprend 60 hommes environ et s’unit aux FTP (Franc Tireurs Partisans). Ils s’organisent en unité de guérilla, héritée directement de l’armée républicaine comme la 9e brigade issue du 14e corps de guérilleros de l’armée républicaine, commandée par Ricardo Gonzalvo. Ces hommes comptent à leur actif de nombreux et importants actes de résistance.

– Voici une liste de maquis où la présence espagnole fut suffisamment importante voire majoritaire : le maquis de Dordogne, de la Montagne Noire, de Querigut (dans l’Aude), les maquis de l’Aveyron, du Pic Violent, de Savoie, les maquis du Lot, de Loches, de Belves, de l’Isère, de la Gouzette (Saint Girons), de Privas, les maquis du Cantal et de Corrèze, de Maleterne, de Bagnères, des Landes, du Rouergue, le Mont Mouchet, du Limousin, le maquis Bidon 5 et le maquis du Vercors et n’oublions pas le maquis du COFRA, du Barrage de l’Aigle, et Foix ; Les guérilleros de la 10e brigade, 2e Bataillon du maquis du « Col de Marie Blanque » Vallée d’Aspe, encerclement de Bedous. De nombreux antifascistes espagnols se trouvent aussi dans la résistance en Bretagne, en Gironde, dans le Massif central… Ils participèrent à la libération d’au moins 27 villes françaises (dont Annecy, Paris, Cahors, Foi, Bordeaux, Strasbourg, Périgueux, Royan, Toulouse…). Le bataillon Alsace Lorraine, commandée par le Colonel Berger (André Malraux) va être composé de beaucoup de combattants espagnols et d’anciens des brigades internationales : « Les 1 500 combattants volontaires, indisciplinés et équipés de vieilles Traction avant Citroën, de gazogènes et de GMC brinquebalants, vont faire souffler un vent d’Espagne sur cette brigade qui s’intègre dans la 1re Armée du général de Lattre de Tassigny qui la surnommera « la Brigade des trois cents pouilleux ». D’autres l’appelleront aussi « La Brigade très chrétienne du colonel Berger » en raison du grand nombre de prêtres, pasteurs et autres théologiens qui la composaient » .

– Le maquis du plateau des Glières en Haute Savoie (premier territoire français à se libérer le 19/08/1944)) où Les Républicains espagnols arrivent en 1940. Deux compagnies de travailleurs espagnols (515 et 517 CTE) affectés aux travaux des routes et assèchement des terrains, vont petit à petit s’égayer dans la nature. Ils vont aller clandestinement s’installer, avec des conditions très rudes, dans les chalets de montagne, pour échapper à la déportation en Allemagne. Ces hommes aguerris vont mettre leur connaissance de la Résistance au service de l’armée de l’ombre, sous la direction de Miguel Vera. Ils vont conquérir les cœurs et l’amitié de leurs compagnons, jusqu’aux chefs du 27e BCA qui leur accorderont une entière confiance. Ces « Diables d’Espagnols » vont avoir une place incontournable et prendre part aux combats les plus rudes. Leur implication sera importante, puisque Tom Morel le commandant du maquis du plateau décidera au 30 janvier 1944 de, monter avec 120 hommes, sur le plateau pour y réceptionner les parachutages d’armes de Londres. 56 de ces maquisards seront des Républicains espagnols.

À l’heure des comptes, les trahisons

Le 7 novembre 1942 à Toulouse sous la direction du PCE se crée l’UNE (Unión Nacional Española) pour prétend unir et diriger les maquisards espagnols, avec comme objectif, l’intervention contre le régime franquiste.

En contre pouvoir, le 9 septembre 1944, se crée l’ADE (Alianza democrática española), qui rassemble toutes les tendances politiques de l’exil, excepté les communistes, dont elle dénonce les exactions au sein de l’UNE. L’ADE conteste l’exclusivité de l’UNE et ses méthodes de disparitions et assassinats de maquisards espagnols d’autres tendances politiques (socialistes, anarchistes, POUM…).
À propos de la 35ème Brigade FTP-MOI, leurs actions étaient si intrépides et incontrôlables que le PCF les désavoua, leur préférant une histoire de la résistance plus… française.

Le colonel FFI Serge Ravanel, affirme que « la participation des Espagnols à la résistance fut considérable. Ils sont la part la plus importante de la résistance dans les Pyrénées orientales ». Pourtant il n’hésite pas à cautionner le transfert à l’UNE ou le désarmement d’unité de résistants espagnols comme les 350 hommes du commandant Santos du bataillon Libertad, qui refusent de rejoindre cette organisation, où ils risquent leur vie, par les pratiques courantes pour ceux qui contestent la ligne du PCE. En effet, ce groupe de résistants avertis a préféré sortir de l’UNE et intégrer les Forces françaises de l’intérieur (FFI).
Il faut souligner aussi le travail essentiel fait dans ce sens par José German Gonzalez, militant anarchiste de la région de Tarragone, commandant du maquis du Barrage de l’Aigle qui organisa, à travers les Groupes de travailleurs étrangers (GTE), l’entrée des cénétistes directement dans la résistance française

Monsieur Bénezech, membre du comité de la résistance, déclarera en reconnaissance aux résistants espagnols : « Combattants héroïques de la liberté, qui, partout, firent preuve du plus grand courage et payèrent un lourd tribu à la libération de notre pays » mais aucun responsable français ne tentera de leur apporter une aide pour libérer leur pays.

La Révolution s’arrêta en Mai

Printemps 1937, la guerre civile espagnole est à son apogée. L’armée républicaine et les milices des partis et des syndicats, luttent contre les troupes franquistes. À des centaines de kilomètres à l’arrière du front, le gouvernement ordonne l’assaut du Central téléphonique de Barcelone qui est géré par la CNT. Les anarchistes résistent et une grève générale éclate. C’est le début d’une guerre civile au sein de la Guerre civile. Cinq jours qui cèlent l’épitaphe de la révolution : http://demainlegrandsoir.org/spip.php?article1833

Faire vivre les mémoires et les valeurs des Républicains espagnols exilés

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