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Anarquista, pionera y revolucionaria: radiografía de Federica Montseny, la primera ministra de la historia de España

La periodista Ariadna García Chas repasa en laSexta Clave la vida y obra de Montseny, anarcosindicalista que alcanzó la cartera de Sanidad en 1936, en plena Guerra Civil. Planteó medidas tan revolucionarias como el primer proyecto de ley del aborto de España.

En la semana del 90 aniversario de la proclamación de la II República laSexta Clave fija su mirada en Federica Montseny. Hace 90 años, su ejemplo cambió la historia de España: fue dirigente anarquista y figura destacada del movimiento obrero, y en 1936, durante el Gobierno de Largo Caballero, se convirtió en la primera mujer ministra de España: ministra de Sanidad y Asistencia Social. Aguantó medio año dirigiendo la cartera, en medio de la Guerra Civil.

Montseny se crió en el seno de una familia anarcosindicalista, y eso influyó en su personalidad. Sin embargo, pocos años antes de morir confesó en una entrevista que hubo otro evento histórico que marcó esa vena activista: la gran huelga de mujeres de 1918 en Barcelona. Durante dos semanas, las mujeres paralizaron la ciudad: fábricas, tiendas y comercios. Todo para protestar por la subida de precios de productos básicos después de la Primera Guerra Mundial.

En ese momento, Montseny tenía 13 años. A los 15 ya era activista ‘practicante’, y unos años después se afilió a la CNT, convirtiéndose en una figura muy relevante y visible de la organización. Tanto que los niños la llamaban ‘la mujer que habla’. Así mismo lo contó ella en una entrevista realizada en 1991: « Los chicos, cuando entrábamos en los pueblos, empezaban a gritar: ¡Ahí va, ahí va la mujer que habla y el hombre que la acompaña! Que era un compañero que venía conmigo ». En 1936, en plena Guerra Civil, Largo Caballero la convirtió en ministra. ¿Cómo llegó a ocupar esta cartera siendo anarquista?

Fue una decisión difícil. De hecho, ella no quería aceptar el cargo al principio. Sus padres también se mostraron en contra, afirmando que era dar la espalda a su pasado anarquista. Pero un sector de la CNT la convenció de esta forma que ella misma manifestó: « Vencer todas las resistencias íntimas y las resistencias familiares, y aceptar diciendo lo que me decía siempre Mariano Vázquez, que era el secretario de la CNT que sustituyó a Horacio Prieto: ‘Hazte cargo que estás movilizada’. En lugar de ir al frente, vas al Ministerio ».

Así se convirtió Montseny durante medio año en una de las líderes de España. Y durante seis meses intentó reformas muy relevantes y revolucionarias desde el Ministerio. Por ejemplo, los liberatorios de la prostitución, que eran casas de acogida para mujeres que querían abandonar esa profesión para buscar otro trabajo. También intentó desarrollar el primer proyecto de ley del aborto en la historia de España. Lo redactó, aunque el Consejo de Ministros no lo aprobó. De hecho, ella misma reconoció no estar tampoco a favor, pero entendió que era un « mal menor ».

« Largo Caballero, entre otros ministros, era adverso a la práctica del aborto. Yo también era adversa, pero lo aceptamos como un mal menor en los casos en donde llevar a término un embarazo representara un problema social, médico o personal para la mujer que era víctima de esa situación de hecho », argumentó Montseny en aquella entrevista de 1991. Cabe resaltar que durante la guerra, apostó por la evacuación por miles de niños de España a Francia, México o la Unión Soviética. Fue parte de su labor, pero también su gran arrepentimiento.

Lo hizo, junto a otros dirigentes, con la intención de salvar a los niños de la guerra, pero con la perspectiva de los años se dio cuenta de que había enviado a muchos de ellos a la orfandad, y de muchos no volvió a saberse nunca nada. Cuando Franco y los golpistas vencen en la Guerra Civil, Montseny acaba en el exilio, como otros cientos de miles de republicanos. Cruzó la frontera hacia Francia acompañada de su madre, que estaba enferma y a la que transportaron en una camilla, aunque finalmente murió a los pocos días de llegar. Unos años después, cuando los nazis entran en Francia, es arrestada por orden del franquismo.

L’enfer des républicains espagnols exilés en Afrique du Nord

Aux derniers jours de la guerre d’Espagne (1936-1939), des milliers de républicains trouvaient refuge dans le Maghreb colonial. Internés puis convertis aux travaux forcés sous le régime de Vichy, ils ont vécu une histoire aussi tragique que méconnue.

Photo prise au camp de Bouarfa (Maroc) en 1940.
Archives personnelles Eliane Ortega Bernabeu

Mars 1939. Depuis plus d’un mois, la Catalogne est entre les mains des forces franquistes. Près d’un demi-million de réfugiés républicains espagnols prennent la fuite par le nord, pour ce qui reste aujourd’hui encore la plus importante migration jamais observée à une frontière française. Mais la retirada n’est pas l’ultime chapitre de la guerre d’Espagne : dans le sud-est de la péninsule ibérique, les derniers bastions républicains tombent les uns après les autres. Les hostilités se terminent dans « l’entonnoir » d’Alicante. Ne pouvant fuir ni par Valence ni par le sud de l’Espagne déjà aux mains des franquistes, miliciens et civils républicains sont contraints de prendre la mer.

Depuis Alicante, plusieurs milliers embarquent en catastrophe en direction du port le plus proche, Oran. La flotte républicaine en provenance de Carthagène accoste elle à Alger, avant d’être déroutée, avec 4 000 personnes à son bord, vers Bizerte en Tunisie. Au total, ce sont probablement entre 10 000 et 12 000 Espagnols — peut-être plus selon certains témoignages — qui arrivent sur les côtes d’Afrique du Nord en quelques jours.

Si une poignée de républicains sont accueillis par des proches à Oran — qui possède une forte communauté hispanique — dès le 10 mars 1939, le gouvernement de la IIIe République qui administre l’Afrique du Nord met un frein à leur arrivée. Depuis un an, les décrets-lois Daladier encadrent la venue de réfugiés : on parle de triage entre la « partie saine et laborieuse de la population étrangère et les indésirables », d’assignations à résidence, de centres d’internements… Un schéma qui va être reproduit en Algérie, au Maroc et en Tunisie.

Pendant que le maire d’Oran célèbre en grande pompe la victoire franquiste, une partie des républicains sont maintenus de force dans des embarcations converties en bateaux-prisons. Ceux qui peuvent débarquer sont placés dans des « guitounes », notamment sur le quai éloigné de Ravin blanc. Eliane Ortega Bernabeu, dont le grand-père était à bord de l’un de ces bateaux, le Ronwyn, raconte :

 » Ils étaient totalement isolés, tenus à l’écart des habitants. Malgré cela, certains Oranais leur sont venus en aide, en amenant de la nourriture, qu’ils hissaient à bord des navires grâce à des cordes. En revanche, une autre partie de la population ne voulait pas recevoir ces Espagnols, inquiets de leur nombre. Le maire de la ville, l’abbé Lambert, était un ami de Franco. Il a grandement contribué à créer un climat de peur chez ces habitants « .

En Tunisie, les marins et les civils de la flotte républicaine sont eux aussi tenus à l’écart de la population. Rapidement, ils sont acheminés en train vers le centre du pays et des camps d’internement, notamment celui de Meheri Zebbeus. En Algérie également, une fois débarqués, les réfugiés sont placés dans des camps : « Il y avait des civils, des ouvriers, des syndicalistes, enfermés derrière des barbelés, et sous la menace constante de baïonnettes », explique Eliane Ortega Bernabeu.

Dans les nombreux camps — dont la majorité se situe sur le territoire algérien —, la même législation qu’en métropole est appliquée. Peter Gaida, historien allemand et auteur de plusieurs ouvrages sur les camps de travaux forcés et les républicains, explique :

 » Les exilés sont considérés comme dangereux pour la défense nationale, ils sont contraints de fournir des prestations en échange de l’asile : une partie part dans les camps d’internement, l’autre dans les compagnies de travailleurs étrangers, les CTE. Des prestations légales dans la mesure où la France était en guerre, et les Français étaient aussi réquisitionnés « .

En Algérie, les femmes, les enfants, ainsi que des invalides sont envoyés dans différents camps : Carnot (Orléansville) ou Molière, pour les plus connus ; les combattants, eux, rejoignent ceux de Boghar et Boghari où ils sont enrôlés pour satisfaire aux besoins en main-d’œuvre de la puissance occupante. Ils sont employés notamment à rénover des routes dans la région de Constantine, et à exploiter les mines de charbon et de manganèse dans le sud oranais.

Le transsaharien, vieux rêve colonial

Les dirigeants de la IIIe République française décident alors de relier les mines de Kenadsa, situées au sud d’Oran, aux chemins de fer marocains. Deux mille républicains espagnols et membres des Brigades internationales intègrent la Compagnie générale transsaharienne, afin d’entretenir les pistes dans le désert. Dans son ouvrage Camps de travail sous Vichy (à paraître en juin 2021 aux éditions Les Indes savantes), Peter Gaida publie le témoignage de l’un d’entre d’eux, interné au camp de Colomb-Béchard, en Algérie :

«  On nous envoya à quatre kilomètres de l’oasis pour enlever le sable d’une énorme dune pétrifiée de plus de 2 000 mètres de longueur. La température était étouffante, plus de 40° à l’ombre et l’eau rare et chaude. C’est là qu’ont commencé les dysenteries, les crises de paludisme, les vomissements et les forts maux de tête « .

Après l’armistice du 22 juin 1940, le gouvernement de Vichy au pouvoir remet au goût du jour un vieux rêve colonial : l’édification d’une ligne de chemin de fer stratégique, le transsaharien, autrement appelé « Méditerranée-Niger ». L’idée est de relier les colonies d’Afrique du Nord à celles d’Afrique occidentale :

 » En réalité, les capitales des deux empires coloniaux français, Alger et Dakar. Vichy entreprend donc la construction d’une liaison ferroviaire de 3 000 kilomètres, en plein désert. Mais l’objectif est multiple : en plus du prestige colonial, il s’agit aussi de transporter des troupes militaires, du matériel et du charbon exploité au Maroc. Il y a également un projet en Afrique occidentale qui consiste à irriguer le Niger et de créer une culture du coton gigantesque, qui permettrait de rendre la France indépendante des Britanniques. Pour cela, il leur faut un chemin de fer qui puisse relier Alger « .

Le chantier, colossal, se divise en trois phases : la construction d’un axe Oran-Gao, en longeant le Niger, un second menant de Gao à Bamako, et un troisième censé relier la ligne à Dakar.

L’horreur des camps

La main-d’œuvre est toute trouvée : les Groupements de travailleurs étrangers (GTE, qui ont succédé aux CTE), disposent d’un cadre législatif répressif, subtile alliance du colonialisme et du fascisme. Un certain nombre de camps sont érigés et répartis entre le Maroc, la Tunisie, et l’Algérie. Mais les républicains espagnols ne sont pas les seuls à être affectés sur les différents chantiers : « Des anarchistes et communistes français, des membres de Brigades internationales, et des personnes aux profils très divers vont être déportés des camps français, comme celui de Vernet, vers ceux d’Afrique du Nord en bateau. Pour Vichy, ce sont “des bouches inutiles et des bras qui manquent” », explique Peter Gaida.

En outre, plusieurs milliers de juifs sont exclus de l’armée française, et placés dans des Groupements de travailleurs israélites (GTI). « Dans les camps, il y également des Nord-Africains, notamment ceux les leaders des mouvements nationalistes en Tunisie et en Algérie. Il y a donc une population très mixte, on trouve même la trace de juifs allemands et de Yougoslaves », commente Gaida.

Dans la région d’Oran, les détenus politiques considérés comme dangereux sont internés dans les camps de Djelfa, de Djenien Bou Rezg ou de Hadjerat M’Guil. « Il y a en tout six camps dédiés à la répression, poursuit Eliane Ortega Bernabeu. Des camps de la mort, comme les appelaient les républicains internés. Entre 1940 et 1942, à Berrouaghia, tous les indices que nous avons pu recueillir démontrent qu’au moins 750 y sont décédés, de faim, de froid, ou de sévices. »

Les pensionnaires subissent punitions, brimades, et torture. « Le camp de Meridja [en Algérie] ferme après que les républicains aient entamé une grève de la faim, afin de protester contre des actes de torture. En réalité, il est rouvert par Vichy un peu plus au nord, sous le nom d’Aïn el-Ourak », poursuit Eliane Ortega Bernabeu. Le chantier du transsaharien, lui, s’enlise : à peine 62 kilomètres de voies seront achevés.

En Tunisie, les conditions dans les camps semblent à peine plus clémentes qu’en Algérie ou au Maroc. La moitié des 4 000 personnes arrivées en 1939 est déjà repartie en Espagne, suite à une promesse d’amnistie formulée par Franco. Victoria Fernandez, fille de républicain espagnol exilé en Tunisie, raconte :

 » D’après mes recherches, au moins 25 ont été fusillés en Espagne dès leur arrivée, et les autres ont vécu dans des conditions extrêmement difficiles. Quant aux 2 000 qui sont restés en Tunisie, une partie importante est envoyée dans des camps dans la région de Kasserine, où ils s’occupent de plantations maraichères, d’arbres fruitiers, ou travaillent pour diverses entreprises « .

De nombreuses informations sur les maltraitances sont rapportées, notamment dans la région de Gabès. « En plus de cela, 300 marins républicains sont envoyés dans le désert, au sud du pays. Politisés et réfractaires, ils étaient encore plus indésirables que les autres », poursuit Victoria Fernandez. Parallèlement, environ 5 000 hommes tunisiens de confession juive seront enrôlés aux travaux forcés, dans des camps distincts, près des lignes de front.

Libération de la France, aide au FLN

Le débarquement des Alliés en Afrique du Nord en novembre 1942 connu sous le nom de « l’opération Torch » rebat les cartes : un flottement s’installe dans l’administration française, les généraux Henri Giraud et Charles de Gaulle se disputant le contrôle de l’Algérie et du Maroc. En Tunisie, la Wehrmacht fait son entrée, elle y restera six mois : « Durant cette période d’occupation allemande, une partie des républicains espagnols fuient vers l’Algérie, les autres essaient de dissimuler leur identité. Tous ceux qui sont attrapés sont envoyés dans les GTE, dans la région de Kasserine », explique Victoria Fernandez.

Depuis l’Algérie et le Maroc, d’autres républicains font le chemin inverse. Peter Gaida :

 » On leur propose de signer un contrat de travail, de rentrer, ou de prendre les armes. Donc beaucoup s’engagent dans les forces reliées à la France libre, et attaquent les forces allemandes en Tunisie. Après le départ de la Wehrmacht du pays, certains débarquent en Sicile et on retrouve leur trace aux côtés des forces de la France libre en Provence. Après avoir été réfugiés de la guerre d’Espagne, internés par la IIIe République, et travailleurs forcés sous Vichy, ils combattent pour la libération de la France. Un destin trop peu mis en valeur, où ils sont à la fois des victimes et des héros « .

En 1943, une partie des républicains espagnols part pour Casablanca, avant d’embarquer pour le Mexique ou pour l’Amérique du Sud. « D’autres sont restés, comme ma famille. En réalité, ils pensaient que Franco finirait par être chassé, ils dormaient avec la valise sous le lit », reprend Eliane Ortega Bernabeu. Sa naissance à Oran en 1954 coïncide avec le début de la guerre de libération nationale en Algérie :

 » Je ne suis pas pied-noir, déjà parce que c’est un terme colonial, mais également, parce que je ne suis pas française. Je suis une Espagnole d’Oran. Les républicains portaient des valeurs démocratiques, ils étaient donc fermement opposés au colonialisme. L’exploitation d’un peuple par un autre était pour eux une horreur. Beaucoup plus tard, je me suis rendu compte que mon père payait sa cotisation au FLN. Lui et les autres voyaient la pauvreté des indigènes, l’exploitation, la torture. Automatiquement, ils ont adhéré à leur combat « .

Les Espagnols restés en Tunisie finissent par partir, principalement à cause de problèmes économiques. La dernière vague quittera le pays à la mort de Franco, quand l’Espagne a reconnu leur service dans la marine.

Du passage des républicains au Maghreb, il reste des pierres tombales, bien peu de textes, beaucoup de zones d’ombre à éclaircir. Peter Gaida, Eliane Ortega Bernabeu, Victoria Fernandez et bien d’autres continuent inlassablement de recoller les fragments de cette histoire. Une manière de donner aux victimes de ces camps une reconnaissance qui, 80 ans après, se fait toujours attendre.

Laurent Perpigna Iban

Journaliste et photographe indépendant, passionné par le Proche-Orient où il se rend régulièrement.

Source : https://orientxxi.info/magazine/l-enfer-des-republicains-espagnols-exiles-en-afrique-du-nord,4624?fbclid=IwAR1DQyjTcLqHemIVTT_rMs1Q7Ux5D42MJe54XwgRQ7gN_TqJPU9q9IJ2HnE

A posteriori

Regards croisés sur notre compagnon Emilio Marco et François. Emilio est né en 1921 à Falset (Catalogne).Il combattra dans la centurie de Juan Peñalver, cénétiste de Sant Feliu de Llobregat pendant la Guerre d’Espagne. Il passe la frontière en 1939 et sera, comme beaucoup de compagnons, interné dans de nombreux camps. Anti-fasciste convaincu, il s’engagera rapidement dans la Résistance. A la fin de la Seconde guerre mondiale, il s’intégrera petit à petit dans la société française et finira à Saint-Pierre-des-Corps où il militera jusqu’à sa mort le 30 janvier 2013.

Documentaire de Mickaël Foucault et Maëlle Maugendre

Le Maquis en Catalogne (1939 – 1963)

De Jaume Serra i Fontelles

Catalogne – 1988

Catalan sous-titré en français

Un documentaire, en sept chapitres, qui traite de l’histoire du mouvement de guérilla antifranquiste en Catalogne, de la fin de la guerre civile jusqu’à sa fin dans les années 1960.

Ch. 1 : L’émergence du Maquis

Le 1er avril 1939, la guerre se termine par la victoire des forces franquistes. Quelques semaines auparavant, environ un demi-million de personnes avaient entamé le chemin de l’exil vers la France.
Mais beaucoup d’entre elles n’ont pas accepté la défaite. Certaines choisissent de continuer à se battre dans la résistance française contre l’occupation nazie, et d’autres s’infiltrent, au sud des Pyrénées, pour rejoindre les maquis catalans, dans les villes ou les campagnes, qui ont été actifs dès 1939.
Ces maquis se sont créés pour se défendre et résister contre une terrible répression qui a frappé toute la Catalogne pendant les premières années du régime franquiste.

Ch. 2 : L’invasion du Val d’Aran

La libération d’une grande partie de la France, à l’été 44, et la retraite des Allemands ont provoqué une euphorie chez les guérilleros et les réfugiés qui ont cru que les jours du franquisme étaient comptés.
C’est alors que la plateforme politique de l’UNE (Union nationale espagnole) du PCE, a commencé à préparer l’opération « Reconquête de l’Espagne » qui consistait à faire passer des Pyrénées basques aux Pyrénées catalanes huit ou dix mille guérilleros. La zone de pénétration la plus importante devait être le Val d’Aran.
De juin à septembre, l’état-major général de la guérilla a envoyé plusieurs groupes de l’autre côté des Pyrénées afin d’explorer le terrain et de savoir si la population était prête à soutenir le soulèvement armé contre le régime de Franco.

Ch. 3 : Essor et défaite du maquis urbain

Domènec Ibars, surnommé “El Rosset”, qui avait lutté en France à la tête de 35 résistants catalans, se trouvait par hasard à Hendaye. Quand il a appris, que ce jour-là aurait lieu la rencontre historique entre le “Caudillo” et le “Führer”, il a décidé de mener la première d’une série d’actions toujours occultées par le régime franquiste : les tentatives d’assassinats du général Franco.
Domènec Ibars, a attendu en vain son partenaire; il n’est jamais arrivé parce qu’il avait été détenu. La station était prise militairement. Déterminé à agir seul, armé de suffisamment d’explosifs pour tuer les deux dictateurs, « El Rosset » s’est dirigé vers la gare d’Hendaye. Malgré le contrôle militaire, il a réussi à passer un point de contrôle et à s’approcher du quai.
Mais il ne pouvait pas aller plus loin. Il a dû faire demi-tour, impuissant. De là où il était, il était impossible d’attaquer.

Chap. 4 : Marcellino Massana

Bien que la guérilla urbaine de Barcelone soit la plus connue, car elle concentrait ses actions sur la ville et ses alentours, il existait une importante activité de guérilla dans de nombreuses régions de Catalogne.
Le groupe du maquis rural le plus connu était celui de Marcel·lí Massana, alias “Pancho” dans le maquis. Dans la région du Bages et surtout du Berguedà et ses alentours, pendant plus de six ans, le groupe de Massana a tenu la dragée haute au régime franquiste.
Né à Berga le 3 octobre 1918, 8 rue du Révérend Huch, Marcel.li Massana était le plus jeune de trois frères. Il a perdu sa mère quand il avait sept jours. À cette époque, sa mère adoptive était Filomena Solé, « La dida », pour laquelle il a toujours eu une grande estime et pour laquelle il a pris le risque de lui rendre visite à de nombreuses reprises à Berga, pendant les années du Maquis.

Chap. 5 : José Luis Facerías

José Luis Facerias, plus connu sous le nom de « Face » ou « Petronio » par ses plus proches amis et compagnons, était, avec Quico Sabater, l’un des principaux représentants de la guérilla urbaine en Catalogne dans les années quarante et cinquante.
Il était physiquement un homme bien bâti, élégant, un vrai « Dandy ».
Homme d’action intrépide, il se distingue par son talent et sa lucidité exceptionnels, devenant l’un des plus compétents organisateurs du maquis libertaire urbain de l’époque. Il occupe bientôt des postes à responsabilité au sein du mouvement libertaire clandestin catalan.
Né à Barcelone le 6 janvier 1920, il adhère, en 1936, au syndicat du bois de la CNT et aux Jeunesses libertaires de Poble Sec (quartier de Barcelone).

Ch. 6 : Quico Sabaté Llopart

Fin décembre 1959, Quico Sabaté, avec quatre autres guérilleros, entame ce qui sera son dernier voyage. Bien qu’il connaisse l’échange d’informations entre les polices espagnole et française. Quico a traversé la frontière par Cuscoià. La Garde civile était stationnée sur tous les passages de la frontière par groupes de trois et de nombreuses patrouilles écumaient continuellement la région.
De 1945 à 1960, les groupes d’action de Quico Sabaté ont participé à de nombreuses actions : transport d’armes d’un côté des Pyrénées à l’autre, attentats politiques, hold-up et autres actes de propagande antifranquiste.

Ch. 7 : Ramón Vila « Caracremada ».

Ramón Vila Capdevila, également connu sous les noms de « Pasos Largos » ( Grands pas), « Caracremada » (Face brûlée) et « Capitaine Raymond » dans la résistance française, était l’un des guérilleros les plus remarquables du maquis catalan.
D’un courage personnel et d’une bravoure extraordinaires, il n’a jamais toléré le fascisme, qu’il a combattu jusqu’à la mort. L’autre chef de la guérilla du Bergadà, Marcelino Massana, a dit de lui : « Ramón était, sans aucun doute, le meilleur d’entre nous ».
C’était un homme grand, avec une grande force physique. Il avait un corps large, un visage énergique, des yeux vifs, un front large avec un air entre sauvage et timide. Il était simple et modeste, avec une grande agilité.
Né dans le petit village de Pequera, dans le Bergadà, en 1908, il était appelé « El Maroto », du nom de la ferme où il vivait.

Visages de femmes rebelles et solidaires. L’engagement des femmes espagnoles pour la Liberté

L’association 24 août 1944 vous convie à l’exposition :

Visages de femmes rebelles et solidaires

L’engagement des femmes espagnoles pour la Liberté …

26 portraits peints par l’artiste Juan Chica-Ventura, pour illustrer le combat des femmes espagnoles pour la Liberté.

Le mois de la solidarité ouvre ses portes place des fêtes dans le 19e arrondissement. Malgré la pandémie, vous pourrez déambuler dans les couloirs du Centre Paris’Anim de la Place des Fêtes. Vous y rencontrerez ces femmes au destin exceptionnel, ces mères courage, ces filles volontaires, ces êtres décidées à conquérir, à sauvegarder, la grandeur de leur dignité. Elles ont imposé leurs droits à décider de leur vie, en défendant leur liberté et celle de tous contre les fascistes, les oppresseurs, les dictateurs, les capitalistes, les exploiteurs……

Elles sont nées dans les milieux les plus pauvres ou dans des cercles favorisés mais elles ont tout donner et abandonner pour leur idéal, qu’elles ont jugé plus important que leur propre existence.

Elles sont nos mères, nos sœurs, celles qui nous ont ouvert le chemin de la Liberté et de la résistance, elles sont celles qui nous ont éduqués, en nous apprenant à réfléchir et à penser par nous-mêmes.

Venez nombreux prendre pied

sur le rivage de leur vie.

Exposition du samedi 2 mars au samedi 31 mars

Centre Paris’Anim ; Place des Fêtes

2/4 rue des Lilas 75019 Paris

(métro ligne 11 : Place des Fêtes)

Entrée gratuite :

Mardi et vendredi 10h-17h30 (pause 13h-14h),

Mercredi et samedi 10h-17h30 (sans pause)

Bande dessinée. Une vie de combat contre le franquisme

Une biographie dessinée est dédiée à la mémoire du communiste Miguel Nuñez.

Résistant pendant la guerre d’Espagne, il connaît de longues années de détention, la torture et la clandestinité. Le scénariste Pepe Galvez, lui aussi rescapé des geôles franquistes et le dessinateur Alfonso Lopez ont conçu leur œuvre comme un présent à leur ami Miguel.

MILLE VIES DE PLUS, MIGUEL NUÑEZ,

Pepe Galvez, Alfonso Lopez

Éditions Otium

« Le changement qu’appelle le moment présent, pour qu’il soit un succès, exige, en quelque sorte, des retrouvailles avec nous-même mais sous des formes inédites. » Ces mots ont été écrits par Miguel Nuñez, communiste toute sa vie, dans La Révolution et le Désir. Cette bande dessinée réalisée avec tout le savoir-faire de la coopérative ouvrière Envie de lire, du nom de la librairie ivryienne où il a été conçu, vient s’ajouter aux autres chefs-d’œuvre du 9e art que la guerre d’Espagne a inspirés. Aux côtés de Christin et Bilal, de Bertrand Galic, Kris et Cuvillier, et de l’immense Carlos Gimenez et de son Paracuellos, il faut désormais ajouter cette biographie dessinée de Miguel Nuñez. Seule la couverture affiche les trois couleurs du drapeau républicain, rouge, jaune et violet, couleurs mythiques d’une seconde république dont l’effondrement annonça la catastrophe de la Seconde Guerre mondiale. Le reste de l’ouvrage, superbement dessiné par Alfonso Lopez, offre des noir et blanc d’une grande élégance, sobre, parfaitement à l’unisson du titre. Lopez est un grand artiste et n’impose jamais son style, mais le fond toujours au récit de Nuñez, scénarisé par Galvez et qui valut au livre de recevoir le prix national de la culture en Catalogne, avant de se voir enrichi de 38 planches pour l’édition française. Poétique, strident, expressif, suggestif, réaliste, cauchemardesque, le dessin évoque les lignes du destin de cet homme, entre la clandestinité et l’enfermement les plus sombres, ou bien la liberté et les jours de victoires les plus lumineux. Né en 1920, Miguel était déjà un combattant de Madrid encerclé, et participa à la bataille au corps à corps livré dans la Cité universitaire au mois de novembre 1936, symbole de la résistance héroïque du peuple de gauche d’Espagne face aux armées de Franco.

Pour Miguel Nuñez, la guerre ne s’est pas terminée en 1939, mais en 1975 avec la mort du dictateur. Pendant toutes ces années, entre cachettes en France, planques à Barcelone, entrecoupées de dix-sept années de prison, jamais Miguel ne rendit les armes ni ne faiblit dans sa résistance au franquisme. Les planches sont superbes, celles de la torture sont d’une justesse à peine soutenable, mais essentielles pour comprendre comment s’est forgée la volonté de cet homme, et comment s’est construite sa force à endurer la douleur et narguer ses bourreaux. C’est dans l’enfer carcéral franquiste que se scellent les amitiés pour toujours.

Il y a aussi des instants de bonheur, empreints d’une grande sérénité dans le trait. Et puis la libération avec la mort du sinistre vieillard et la renaissance en 1977 du Parti communiste d’Espagne. Miguel Nuñez est même élu député, mais la politique n’est pas son métier et il s’en détache en 1982 pour aider le Nicaragua. Jamais inactif, il fonde en 2002 l’association Mémoire sociale et démocratique pour faire revivre l’histoire des combattants de l’ombre. Quant aux dernières planches qui racontent le grand départ à 88 ans, après mille vies, le lecteur se retrouve dans une féerie entre un conte lumineux de Saint-Exupéry et toute la poésie du vent, celle de l’exil espagnol, de Rafael Alberti à Arturo Serrano. Toute violence a été bannie. Miguel Nuñez peut partir tranquille. Il a accompli son destin. Derrière cette existence d’un petit Madrilène devenu catalan de cœur, par-delà ce parcours individuel, il est rendu hommage aux 192 000 prisonniers qui moururent dans les geôles de Franco, aux 150 000 disparus dans les fosses encore à découvrir, et aux dizaines de milliers de réfugiés dont le rêve républicain fut brisé. Le dossier offre un complément remarquable pour s’y reconnaître dans l’ensemble des petits partis anarcho-syndicalistes, socialistes et communistes des années 1930 du XXe siècle, pour éclairer les biographies, pour expliquer les événements tournants de cette vie, avec une bibliographie commentée qui permettra d’aller toujours plus loin dans la connaissance de cette guerre d’Espagne dont le fantôme n’a pas fini de hanter l’histoire des révolutions et des républiques avortées… À Miguel Nuñez la conclusion, lucide et combative de cet ouvrage remarquable : « Car l’humanité, à défaut de transformer radicalement le système qui la gouverne, court inéluctablement vers son autodestruction. »

Mardi 23 Février 2021

Pierre Serna

Bruno Loth, le dessinateur d’Ermo.

Bruno Loth est un auteur de bande dessinée français. Avant de devenir scènariste et déssinateur, Bruno Loth a travaillé dans la publicité. Il s’est lancé définitivement dans l’aventure des bulles, avec la série Ermo qu’il a lui-même éditée faute d’éditeurs intéréssés par son projet en fondant sa propre maison d’édition Libre d’images. Ses bandes déssinées comme Ermo, Apprenti ou Ouvrier racontent à travers des personnages souvent fictifs l’histoire d’un des membres de sa famille lors d’évènements qui ont marqué l’Histoire comme la Guerre d’Espagne ou encore la Seconde Guerre Mondiale. En effet, Apprenti raconte les mémoires d’avant guerre de son père, ses débuts sur les chantiers navals bordelais en 1935, l’arrivée du Front Populaire en 1936 qui amène dans ses valises quinze jours de congés payés pendant lesquels son père peut partir randonner avec ses amis de l’auberge de jeunesse. Apprenti s’achève en 1937 avec la mise à flot de l’Indochinois fraichement sorti du chantier naval. Ouvrier continu de conter les aventures du père de l’auteur mais celui-ci a ôté sa blouse d’apprenti pour celle d’ouvrier des chantiers navals et est le témoin de l’occupation allemande sur Bordeaux où la vie suit son cours malgré tout.

En 6 volumes : https://www.bedetheque.com/serie-14403-BD-Ermo.html

Carlos Gimenez : une enfance difficile sous la dictature franquiste.

Carlos Gimenez est né le 16 mars 1941 dans le quartier des ambassades de Madrid. Après une enfance difficile passée au sein d’organismes religieux très stricts de la dictature franquiste, sa carrière débute lorsqu’il rencontre le dessinateur Lopez Blanco. En 1959, il devient alors son assistant sur « Las Aventuras del F.B.I. ». En même temps, il réalise quelques récits intitulés ‘Curiosidas » pour l’éditeur Ibergraf. En 1961, il dessine quelques épisodes de la série policière « Drake & Drake » ainsi que quelques récits de guerre pour Maga. En 1962-63, il travaille sur « Buck Jones » (Buck John en France chez Impéria) pour le marché français. De 1963 à 1967, il collabore le temps de 24 épisodes de 20 pages avec Manuel Medina sur Gringo pour le compte de l’agence Selecciones Ilustradas de Barcelone. C’est d’ailleurs pour mieux suivre des paiements ayant tendance à prendre du retard qu’il décide d’aller habiter dans la capitale catalane. Gringo est la première oeuvre importante de Gimenez. D’abord conçu pour l’export (dont la France dans Totem (2e série)), cette série connaitra de nombreuses rééditions dans son pays d’origine. En 1967, Gimenez forme «el grupo de La Floresta» avec ses compères Adolfo Usero, Esteban Maroto, Luís García et Suso Peña avec qui il réalise «Alex, Khan y Khamar» pour l’agence José Ortega, une bande à destination du marché allemand. A la même époque, il dessine aussi quelques épisodes de Delta 99 sur une idée de José Toutain et un scénario de Jesús Flores Thies (puis de Victor Mora) que l’on peut lire chez nous dans Vick et Safari. Il multiplie alors ses travaux comme des épisodes de Tom Berry et Kiko 2000 pour le marché allemand, il crée Copo Loco y Cómputo (1969) une série de SF humoristique ou dessina Dani Futuro (1970) avec Victor Mora. En 1971, il récidive avec Mora sur Ray 25. Dans le début des années 70, il adapte l’Odyssée d’Homère ou L’île au trésor ou illustre des encyclopédies. En 1975, il adapte une novella de Brian Aldiss Hom qui sortira en album. Il adapte encore Jack London avec Koolau el leproso en 1978 et dessine pour Pif « Un animal doué de raison » sur scénario de Mora (1979) pour qui il dessinera aussi Tequila Bang! contra el Club Tenax . Au début des années 80, il dessine Paracuellos ou Los Profesionales (Les Professionnels). Il est devenu un dessinateur reconnu publiant dans les plus grandes revues dans le monde entier que ce soit FLUIDE GLACIAL ou PILOTE en France, TOTEM, COMIX INTERNATIONAL, MADRIZ. On le voit sur des BD érotiques comme des histoires de SF, des bandes adultes ou plus enfantines tandis que sa production d’albums ne faiblit pas avec notamment le 4e volet de Paracuellos en 2000.

Paracuellos : Œuvre essentielle, autobiographique et multirécompensée : Alfred du meilleur album 1981 et Prix du Patrimoine Angoulême 2010. Récit poignant, violent, tendre et sensible, de la vie dans les foyers d’Auxilio Social (Secours Social) dans l’après-guerre civile espagnole, des orphelinats franquistes qui recueillaient les orphelins de guerre, des enfants des républicains non baptisés, et des enfants dont les parents n’étaient pas en mesure de les garder avec eux. Carlos Giménez était l’un de ces enfants, orphelin de père, et mère dans un sanatorium pour soigner une tuberculose. Paracuellos est le nom de l’un de ces foyers.

Un commentaire parmi tant d’autres, celui de de Vincent Bernière dans La Bédéthèque Idéale (éd. Revival) publiée en novembre 2018 :« On a peine aujourd’hui à imaginer le choc que fut la publication dans Fluide Glacial des premiers épisodes de Paracuellos. Tranchant sur le reste du journal, ils semblaient n’avoir aucun lien avec les BD voisines : dramatiques, tragiques, terribles, ces histoires vraies faisaient froid dans le dos – bizarre dans un magazine d’humour. Mais Giménez racontait le pire avec un humour noir radical. « C’est tellement marrant qu’on a hésité longtemps avant de les publier dans Fluide, parce qu’on avait la trouille de vexer les autres dessinateurs » avouera Gotlib. »

Carlos Giménez transcende et dépasse son cas particulier pour atteindre l’universel. Il utilise un paradoxe terrible : faire rire avec des choses qui font pleurer. L’art est difficile, et ce que produit Carlos Giménez est du grand art.

La saga Paracuellos compte 8 albums à ce jour :

Premier cycle : les 3 premiers albums (1-3). La base scénaristique est posée d’emblée, dès le 1er album. Les thèmes principaux sont, d’une part la maltraitance infligée aux enfants, punitions, sévices, brimades, faim et soif, et d’autre part certains des ressorts psychologiques du franquisme tels que sadisme, frustration sexuelle, et alibi religieux.
– Le premier album est publié en 1977 et traduit en 1980 par Gotlib. Il reçut le Prix du meilleur album à Angoulême en 1981.
– Le second album : Auxilio Social, fut élaboré en 1980-1981 sur la lancée du premier. Le dessin y est simplifié et trouve son identité quasi définitive. Carlos Giménez abandonne en particulier le hachurage et les ombres comme élément de décor ou de réalisme.
– Le troisième album fut publié en 1999. Carlos Giménez atteint son sommet graphique définitif, en accentuant l’aspect caricatural. Quoique publié près de 20 ans après le second opus, il est en dans l’esprit des deux premiers albums. Il fut consacré par le Salón del Comic de Barcelona, l’évènement BD le plus important en Espagne.

Deuxième cycle : les 3 albums suivants (4-6). Le scénario met dorénavant l’accent sur les relations entre enfants. La maltraitance infligée par le système franquiste s’efface derrière cette petite société reconstituée chez les enfants, espiègle et brutale, avec tous les défauts des adultes. Dans ce cycle, les BD (les petits formats) prennent une importance de premier plan, au travers en particulier de la projection dans sa vocation future de l’avatar de Carlos Giménez enfant ; la BD devient même un acteur à part entière.

Troisième cycle : les 2 derniers albums (7-8). Carlos Giménez entreprend ces deux derniers volumes 15 ans après la publication de l’opus 6. Ces deux derniers albums sont anecdotiques et n’apportent rien à la saga.

Pour ce qui me concerne, ce sont les 3 premiers albums qui me passionnent. Ils constituent un sommet indépassable.

Il est intéressant de noter la convergence de Paracuellos avec en particulier les films de Carlos Saura dans les années 1960-1970. Faute de pouvoir attaquer frontalement le régime franquiste, Carlos Saura l’attaquait de biais sous l’angle de ses valeurs. Je pense par exemple à Ana et les loups, charge lourde et brutale qui révélait les ressorts profonds de la société franquiste : domination sadique, refoulement sexuel, hypocrisie religieuse, incarnés dans les représentants des trois piliers du régime : armée, famille, église. Je pense aussi et surtout à Cria Cuervos, film subtil qui traitait de la peur de l’abandon et de la solitude de l’enfant qui a perdu ses parents, surtout sa mère, de sa souffrance et de son sentiment de culpabilité dans un univers étouffant, métaphore politique de la souffrance de l’Espagne sous le franquisme.

PS : Les Cahiers de la Bande Dessinée consacrent un article à Carlos Giménez dans leur dernière livraison, le numéro 13 janvier-mars 2021.