MÉMOIRES BLESSEES

 De la concurrence des victimes au partage des mémoires

 Source :

Journées de la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité. Mémoires blessées. 

Théâtre Saint Gervais, 7-27 janvier 2009 – Rue du Temple 5 CH-1201 Genève

 

 

Tandis que s’estompent les grands récits nationaux proposant une histoire linéaire, téléologique de marche vers le progrès et de fabrication d’une identification à l’objet national, l’énonciation d’un discours unificateur devient difficile. La prolifération des petits récits de groupes sociaux, religieux ou politiques revendiquant l’inclusion de leur(s) mémoire(s) dans l’histoire nationale complique la définition d’une identité commune et d’une « vérité » historique. Cette multiplication des échelles rend plus complexes les polémiques à propos du passé.

Face à ces controverses, le discours des historiens apparaît comme une parole secondaire dans l’espace public. Il tend même à être instrumentalisé, le travail de l’historien pouvant à la fois servir d’outil de lutte ou de légitimation de groupes sociaux insatisfaits. La parole première est détenue par les médias et les témoins directs du passé, auxquels ces mêmes médias servent de tribune. Cette configuration met en tension la mémoire portée par les acteurs du passé et l’histoire en tant que récit interprétatif de ce même passé. Une des forces de l’histoire est pourtant de permettre une mise en dialogue pertinente des mémoires concurrentielles à propos du passé.

 

Travail d’histoire, travail de mémoire

 Qu’est-ce qui différencie l’histoire et la mémoire ? Pour l’historien Antoine Prost, quatre tensions sont identifiables entre les devoirs d’histoire et de mémoire : la mémoire porte a priori sur des faits précis et clairement désignés ; le devoir de mémoire semble proscrire l’oubli ; la demande de mémoire est largement affective ; elle correspond d’abord à la vision d’un groupe social particulier, dans une perspective identitaire. Il y a pourtant une interaction nécessaire entre l’histoire, qui tend à l’unité, et la mémoire, nécessairement plurielle et divisée. En outre, il ne s’agit pas de stigmatiser la mémoire pour valoriser la seule histoire : d’où l’idée de l’utilité d’un véritable travail de mémoire ; d’où aussi la pertinence de toujours tendre à remettre de l’histoire dans la mémoire pour nos perceptions du passé.

Gardons-nous cependant de confiner la mémoire dans des récits individuels. Il existe en effet des conditions de réception, des cadres sociaux de la mémoire qui concernent sa dimension collective. La mémoire collective, étudiée notamment par le sociologue Maurice Halbwachs, se situe au cœur de l’identité des sociétés.

Elle contribue à la consolidation du lien social en mettant en évidence dans l’espace public certains éléments particuliers du passé plutôt que d’autres. Son analyse mène à s’interroger sur certaines zones d’oubli, sur ce qui a justifié la mise en marge de pans entiers de l’histoire. Elle pose aussi la question du rapport entre la mémoire et le territoire, de la dimension universelle ou spécifique des contenus de cette mémoire collective.

Un autre aspect concerne la distance temporelle qui nous sépare des événements ramenés à notre mémoire. Il s’agit ainsi de distinguer la mémoire biographique que nous avons des événements les plus récents, ceux pour lesquels existent encore des témoins directs, voire leurs descendants immédiats, et la mémoire culturelle que nous avons des événements plus anciens, séparés de nous de plus d’un siècle, qui sont souvent des événements fondateurs ou des mythes d’origine. En ce qui concerne la mémoire biographique, c’est le rapport entre le témoin et le document qui est souvent interrogé, parfois dans des termes de complémentarité, parfois dans des termes de concurrence. Par ailleurs, la perspective de la disparition prochaine des témoins provoque une dramatisation de leur fonction, une intensification de leur présence dans l’espace public. C’est bien ce que nous vivons aujourd’hui par rapport à la Shoah. Là encore, le travail d’histoire permet de contextualiser les propos des témoins, de rappeler qu’ils n’ont pas tous été des victimes, que leurs actes ne sont pas tous à situer sur le même plan.

Qu’est-ce que l’histoire peut nous apprendre de notre présent ? À partir d’informations diverses sur ce qui s’est passé lors d’époques antérieures, la question se pose de savoir ce qui se répète d’une période à l’autre et ce qui doit être considéré comme différent. Ce travail de comparaison est au cœur même de la pensée historique. Il nous fait comprendre que les faits ne se répètent qu’en partie, mais qu’ils se déroulent dans des contextes qui les ont rendus possibles, ce que l’analyse historique peut nous aider à mettre en évidence.

Le plus important, si l’on se réfère à une histoire critique et honnête, c’est de bien reconstruire le présent du passé, c’est-à-dire de savoir rendre compte des incertitudes et des errements de ce passé. L’histoire s’intéresse en effet à des êtres et à des acteurs qui avaient leur propre expérience du passé, leur propre horizon d’attente tourné vers un avenir fait de craintes et d’espoirs, leur propre univers mental. Il s’agit donc de tenter de faire surgir ces rapports au passé et à l’avenir, de les reconstruire, pour contextualiser les choix et les gestes de ceux qui ont fait l’histoire, en tenant compte de la marge de manœuvre dont ils disposaient réellement, mais sans oublier que, contrairement à nous, ils ne connaissaient pas la suite des événements.

 

 

Travail de mémoire, travail d’histoire. Il s’agit d’abord de partir de la connaissance des faits, d’avoir la curiosité du passé et de prendre le temps de cette curiosité. Sans cela, des actes absurdes pourraient se reproduire sans conscience ; les mêmes questions pourraient se reposer à des êtres et à des acteurs enfermés dans leur présent. Au contraire, en étant inscrite dans une perspective historique, chaque situation de la vie sociale pourrait alors être abordée de manière plus ouverte, ou au moins plus lucide. Un temps de réflexion serait ainsi rendu possible en amont de l’action humaine.

Le travail de mémoire permet notamment la réminiscence de faits qui ont été oubliés, parfois occultés. Quant à l’histoire, elle sert à reconstruire, dans un récit synthétique, mais non moins centré sur des problèmes et des hypothèses, des aspects du passé qui donnent à voir sa complexité et ses grandes lignes de force.

Ce passé est si riche que l’éventail des questions que l’on peut lui poser est immense, sans cesse renouvelé. Ce qui permet d’aiguiser notre regard critique sur nos actions aujourd’hui.

Cette introduction reprend des textes de Nadine Fink & Charles Heimberg (2008), et de Nadine Fink (2008).

 

Quelques références bibliographiques

 Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou le métier d’historien, Paris, Armand Colin, 1993 (1949).

 Jean-Michel Chaumont, La concurrence des victimes. Génocides, identité, reconnaissance, Paris, La Découverte, 1997.

 Nadine Fink, Histoire et mémoire dans l’enseignement secondaire genevois. Témoignage oral et pensée historique scolaire à propos de la Seconde Guerre mondiale en Suisse, thèse de doctorat, Genève, Université de Genève, 2008.

 Nadine Fink & Charles Heimberg, « Transmettre la critique de la mémoire », in Carola Hähnel-Mesnard & al.(dir.), Culture et mémoire. Représentations contemporaines de la mémoire dans les espaces mémoriels, les arts du visuel, la littérature et le théâtre, PalaiseauÉditions de l’École Polytechnique, 2008, pp. 63-71.

 Maurice Halbwachs, Les cadres sociaux de la mémoire, Paris, Albin Michel, 1994 (1925).

 Maurice Halbwachs, La mémoire collective, Paris, Albin Michel, 1997 (1950).

 Charles Heimberg, Entendre des témoins et apprendre l’histoire de la Shoah, Cahier pédagogique du DVD Survivre et témoigner : rescapés de la Shoah en Suisse, Genève, Éditions IES/Haute École de Travail Social, 2007.

 Reinhart Koselleck, Le futur passé. Contribution à la sémantique des temps historiques, Paris, Éditions de l’ÉHÉSS, 1990 (1979).

 Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire, Paris, Seuil (points-Histoire), 1996.

 Antoine Prost, « Comment l’histoire fait-elle l’historien ? », Vingtième Siècle, n°65, Paris, Presses de Science Po, janvier-mars 2000, pp. 3-12.

 Enzo Traverso, Le passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique, Paris, La Fabrique, 2005.

 

Une autre ressource importante et utile : Monique Eckmann & Michèle Fleury (éd.), Racismes et citoyennetés. Un outil pour la réflexion et l’action, Genève, ies-éditions & Fondation pour l’éducation à la tolérance, 2005.

 

CONFÉRENCE DE SERGE BARBA, NÉ A LA MATERNITÉ D’ELNE

La « Retirada » rapproche Pézilla-la-Rivière (66) de la Catalogne sud.

Serge Barba, conférencier.

En une conférence et une expo à la veille de la journée de l’exil du 05 février, les pézillanais se sont replongés dans une des histoires les plus marquantes du département.
La « retirada » est le mot trouvé en catalogne nord pour qualifier cet exil de 500 000 réfugiés espagnols en Février 1939, affluant dans notre département en quinze jours. Un exil spécifique aux Pyrénées orientales, dont on aurait pu ressentir les prémices en 1936 et 1938, avec les premières petites vagues de migration. La France n’a pas accueilli les républicains de son gré, mais par la force des événements, même si les autorités pouvaient prévoir. Ce postulat brièvement posé, le conférencier dernièrement invité par la Médiathèque Ramon Llul, Serge Barba, professeur retraité, né en 1941 à la maternité d’Elne, auteur du livre (*) « De la frontière aux barbelés : les chemins de la retirada 1939», s’est ensuite attaché à relater le quotidien de ses réfugiés au travers de témoignages qui éclairent une grande histoire se jouant des destins familiaux.

La vérité des témoignages

Ainsi, ces intellectuels et parlementaires qui sont passés au mas Perxes d’Agullana avant de rejoindre le Perthus ou ils eurent barrière ouverte. Les soldats sénégalais garde-chiourme-frontière n’avaient pas les mêmes consignes pour tout le monde, et leur présence a profondément marqué les esprits. A Prats de Mollo, les habitants ont aidé comme ils le pouvaient les réfugiés pour ne pas les laisser dans le froid. Au Boulou, le barbier refuse d’encaisser sa prestation auprès d’un exilé, et la nouvelle se répand comme une traînée de poudre : « Au Boulou on rase gratis ». De petits actes de solidarité de la population qui pouvaient difficilement faire face à cet afflux, sans pouvoir compenser le manque d’anticipation des autorités françaises. Passé la frontière, femmes enfants et vieillards ont été séparés des hommes et dirigés sur 77 départements français. Les hommes sont « jetés dans des enclos » , les camps qu’ils doivent construire. A Argelès (100 000), st Cyprien (90 000) Le Barcarès (60 000), les attendent du sable et de la solitude entre mer et barbelés, du pain taillé à la baïonnette : » nous ne sommes plus des hommes, nous sommes une meute affamée » témoigne l’un d’entre eux. Petit à petit la vie va pourtant s’organiser dans les camps, et les correspondances s’échanger avec les familles disséminées un peu partout. On en retrouvera par exemple 72 qu’a adressé Marcelino à son épouse : sa vie au camp, les conseils pour les enfants, en des lettres régulières puis espacées dans le temps. La dernière arrivera du camp de Matthausen : il avait fui le franquisme et a été victime du fascisme.
340 000 réfugiés sont retournés en Espagne après cet épisode. Louis Aragon a ainsi résumé ces périples : « nous sommes traité comme des papiers ». C’est avec une grande justesse, s’appuyant sur quelques photos , que Serge Barba a lu ou évoqué ces témoignages devant une cinquantaine de personnes captivées par ce vécu de l’intérieur. Une approche simple et sans fard qui a su restaurer la réalité des faits dans les esprits.

Une convention avec la Catalogne Sud

Cette réalité, les Pézillanais l’ont approché un peu plus à travers les panneaux de l’exposition  » Fam i guerra 1936 1959″ prêtée par la Généralitat de Catalunya, qui traverse la frontière à l’inverse et décrit les conditions épouvantables de vie pendant la guerre civile en Espagne : la genèse d’un exil. Le vernissage qui a eu lieu le lendemain de la conférence, a été l’occasion pour le directeur de la Généralitat de Catalunya Josep Puigbert et Jean Paul Billes le maire de Pézilla de signer une convention de partenariat pour l’organisation conjointe de manifestations destinées à promouvoir la langue et la culture catalane. Au milieu des panneaux d’exposition, le maire a précisé qu’il était important de « transmettre aux jeunes et donner le réconfort ». Lui emboîtant la voix et après avoir mis en perspective la retirada à l’actualité, Josep Puigbert va présenter les trois angles de ces évènements : » La vision du sud : l’exil, des gens qui marchent; la vision du Nord : l’accueil; et la troisième, les effets de la guerre qui sont les mêmes au Nord et au sud ». La conclusion de cette commémoration sera musicale. Les membres du groupe « Llamp te Frigui » Philippe Dourou et Franck Sala, vont ainsi interpréter du Luis Llach, mais aussi « salut à Pézilla » ou encore « Papa Sarda » écrite par Raoul Sala, avant de conclure par l’incontournable « Estaca ». Franck et Raoul Sala sont les fils de Jaume et Carmen Sala que les Pézillanais connaissaient bien et qui ont vécu la retirada alors qu’ils étaient encore enfants.
Il a ainsi flotté comme un air de famille au cours de ces deux jours, oxygéné par un passé commun touchant des proches, de Pézilla ou de Catalogne Sud.
Source :
http://www.lindependant.fr/2017/02/19/la-retirada-rapproche-pezilla-de-la-catalogne-sud,2291952.php

 

(*) Barba, Serge, De la Frontière aux barbelés, Les chemins de la Retirada 1939, Canet ; Trabucaire, 2009, 255 p.
Une sérieuse référence sur La Retirada. De nombreuses illustrations.

 

 

 

L’afflux brutal des républicains espagnols fuyant la répression franquiste, afflux enregistré entre le 28 janvier et le 13 février 1939, a déjà inspiré de nombreuses études. Cette retraite où Retirada lança sur les chemins de l’exil quelque 500 000 personnes, combattants et civils, valides et blessés, femmes, enfants, vieillards. Rien n’était préparé pour accueillir les réfugiés, bien que les autorités françaises eussent envisagé la possibilité d’un tel exode. Aussi l’accueil, si l’on peut employer ce terme, s’effectua-t-il dans les plus mauvaises conditions : improvisation, méfiance inspirée par les arrivants, brutalité parfois.
Serge Barba, président de l’Association des fils et filles de républicains espagnols et enfants de l’exil (FFREEE), a voulu reconstituer les itinéraires suivis par les réfugiés entre leur passage de la frontière et leur arrivée dans les camps dits alors de « concentration ». Le livre se présente comme une sorte de chronique évoquant la vie quotidienne au long de chaque chemin. Le récit est nourri par de nombreux documents, cartes, rapports officiels, photos d’époque, articles de journaux, témoignages, dessins et œuvres d’art diverses laissés par les acteurs de l’exode.
Le premier lieu de passage se situe à Cerbère où l’on arrivait par mer et surtout par terre. Les témoignages initiaux évoquent une situation qui se renouvellera en chaque point de la frontière : « une population affolée », des « fuyards mal protégés par leurs haillons contre le froid », des lieux d’hébergement improvisés dans « des maisons inhabitées insalubres, des granges, des halles, des prisons désaffectées, d’anciens haras, d’anciens moulins… ». Puis sont passés en revue les autres points de passage, Banyuls, Port-Vendres où furent amenés des navires-hôpitaux, le Perthus, La Vajol-Las Illas, Saint-Laurent-de-Cerdans, Lamanère, Prats-de-Mollo, Py-Mantet, la Cerdagne. Beaucoup de relations mentionnent la brutalité des forces de l’ordre, surtout les Sénégalais et les Spahis, et la bonne volonté des élus locaux ainsi que celle de certains ecclésiastiques comme l’abbé Bousquet, curé de Saint-Laurent-de-Cerdans.
Après avoir été contrôlés, fouillés, désarmés et filtrés, les républicains étaient vivement invités à regagner leur pays. Ceux qui restaient, étudiés dans la deuxième partie du livre, se trouvaient « entre frontière et camp ». Ils étaient rassemblés à Arles-sur-Tech, tête de pont ferroviaire des évacuations, Amélie-les-Bains, Céret, le Boulou, Perpignan où s’installèrent nombre de hautes personnalités de la république espagnole défunte.
La troisième partie est consacrée aux camps, Argelès, Saint-Cyprien, le Barcarès, Collioure, le Vernet d’Ariège, Agde, Rivesaltes… Beaucoup de lieux se révélaient impropres à leur fonction : Argelès où furent enfermées quelque 100 000 personnes était situé sur une plage marécageuse. Des monographies mettent l’accent sur des lieux particuliers ; la maternité d’Elne, le centre spécial de Rieucros en Lozère, le château de Collioure où les réfugiés jugés les plus dangereux étaient rassemblés dans des conditions de détention très dures.
Le livre apporte peu de révélations sur les camps, déjà très étudiés. Mais il reconstitue avec émotion l’expérience douloureuse vécue au quotidien par les Espagnols, les efforts généralement consentis avec humanité par les communes frontalières, l’incurie des autorités supérieures et parfois la brutalité des forces de l’ordre. Ce livre dans son entier constitue lui-même une sorte de témoignage.

 

Source :

Ralph Schor, « Serge BARBA, De la frontière aux barbelés. Les chemins de la Retirada 1939 », Revue européenne des migrations internationales [En línea], vol. 26 – n°2 | 2010, Publicado el 08 diciembre 2010, consultado el 21 febrero 2017. URL : http://remi.revues.org/5164

MEMORIA HISTÓRICA VIVA

 » J’ai perdu un œil, j’ai perdu un bras… mais j’ai vaincu le fascisme. »

Originaire d’un petit village de la Manche dont il n’a pas oublié le nom, Manuel Gallego Nicasio vient de fêter ses cent ans. Il a participé à la bataille du Járama au sein de la XVè Brigade Internationale. Nombreuses sont ses blessures mais il est fier d’avoir combattu. « Ce n’est ni Franco ni son armée qui a gagné la guerre mais ceux qui l’ont aidé ».

Pendant quarante ans Manuel à dû se faire discret car il était surveillé.

Il profite maintenant de sa nombreuse famille. Il a six enfants, vingt-et-un petits-enfants, trente-deux arrières-petits-enfants, un arrière-arrière-petit-fils, deux sont à venir…

Source :

http://www.nuevatribuna.es/articulo/espana/sacaron-ojo-cortaron-brazo-gane-fascismo/20170221175902136978.html?amp;reply_comment_id=1282296028516553&comment_id=1282291208517035

 

 

“Me sacaron un ojo, me cortaron un brazo… pero gané al fascismo”

Acaba de cumplir cien años. Está orgulloso de haber luchado por la República, la libertad y la democracia contra el fascismo, que quería acabar con ellas.

 

 

 

Acaba de cumplir cien años. Es uno de los últimos combatientes republicanos de la guerra civil española. Está orgulloso de haber luchado por la República, por la libertad, y por la democracia contra el fascismo, que quería acabar con ellas. Es socialista de corazón -cada vez que pronuncia esta palabra, se toca el lado izquierdo con la única mano que le queda, la izquierda-. Estuvo en los frentes más duros, y no pudo esquivar tanta barbarie sin salir ileso. Es uno de los últimos mártires de una guerra fratricida de la que es memoria viva. Su nombre: Manuel Gallego-Nicasio, natural y vecino de Herencia, en la famosa Mancha de Don Quijote. Se casó en plena guerra, mientras se reponía de sus graves heridas, con Agustina Gómez-Calcerrada, fallecida hace poco. Nació el 17 de febrero de 1917.

Se alistó voluntario en cuanto estalló la contienda. Su bautismo de sangre fue junto a la XV Brigada Internacional en la batalla del Jarama, ensayo, como luego se demostró, de la Segunda Guerra Mundial. Una de las batallas más cruentas de la guerra civil, caían a diario mil combatientes de uno y otro bando, cerca de 20.000 muertos en el tiempo que duró, del 5 al 17 de febrero del 37. Uno de los peores frentes en los que se sucedieron las confusiones, tanto de idiomas, por la variedad de países que participaron, como de armamento, hasta el punto de tener que construir las mujeres bombas y explosivos con latas de conserva y botellas.

Nuestro “cumplesiglo”, herido en esa batalla en un oído, hoy perdido, fue destinado luego a otros frentes, donde fue dejando partes de su cuerpo, hasta integrarse en la leva que Federica Montseny calificó como “la Quinta del Biberón”, añadida a la XV Brigada Internacional; jovencitos menores de edad, entre 17 y 20 años, reclutados de 1938 al final de la contienda. No solamente en el bando republicano echaron mano de menores, también el bando nacional hizo lo mismo, desde los inicios del levantamiento, en su avance de sur a norte por Extremadura. Estas levas de menores se convirtieron en reclutamientos normales con Hitler, que cuando se veía perdido, mandó al frente a niños de doce años, y así ha seguido en otras muchas guerras; todavía hoy, niños de 7 a 16 años siguen luchando en los frentes de batalla… Hasta este extremo hemos degenerado.

Mutilado, símbolo de la España que predijo el insigne Unamuno en Salamanca, contrarrestando el paradójico grito de ¡viva la muerte! de Millán Astray, fundador de la Legión y amigo íntimo de Franco, nuestro combatiente tuvo que buscarse la vida en una España rota, temerosa, miserable y muerta. Venciendo dificultades, hambres y miedos, ha llegado a los cien años. Todo un siglo de guerras, persecuciones y avatares, agravadas en su caso por haber perdido la contienda entre el fascismo y la libertad. “Pero al final, gané -matiza-. Me sacaron un ojo, me cortaron el brazo derecho y perdí un dedo de la mano izquierda, aparte de la metralla que llevo adentro, pero estaba convencido de que íbamos a ganar, que ese era el precio de la lucha por las ideas, y al final, gané. ¡Aquí me tienes! El “chaparrito” (por Franco) murió, y ha vuelto la democracia, aunque no sea cual la que deseábamos, pero hoy podemos hablar y pensar sin que nos dirijan la vida, ni nos marquen el pensamiento. Me siento orgulloso de haber luchado y haber ganado al fascismo, después de 40 años… Otros 40 años llevamos sin él y eso demuestra que nuestra lucha no fue en vano. Y como yo, tantos otros, media España…” .

 

 

 

 

La dura y larga posguerra

Tiene 6 hijos (2 varones y 4 mujeres), 21 nietos, 32 bisnietos, 1 tataranieto, y otros dos en camino. Acabada la guerra, no lo fusilaron porque su mujer tenía amistades “nacionales”, pero tuvo que vivir casi escondido en una finca perdida en el campo, hasta la llegada de la democracia, retirado de la sociedad, sin ninguna ayuda económica. Segregado socialmente por rojo, como los perdedores en una guerra que no tienen otra salida que el exilio o la clandestinidad, tuvo que buscarse la vida pese a sus deficiencias físicas. Con tesón, sacrificio y voluntad, sacó adelante a su prole que la semana pasada celebró por todo lo alto su siglo de existencia con todas sus facultades intelectuales y físicas intactas, salvo lo dicho. Nunca se rindió, y mal que bien, en la dura y larga posguerra, pudo mantener a su numerosa familia. A pesar de las heridas, de la guerra, y de la dura y penosa posguerra, que para él parecía no acabar nunca (perseguido y vigilado), se mantuvo firme, y mantiene todavía sus ideales: “Nací socialista, sigo siendo socialista y moriré socialista… Ni la guerra entonces, ni luego Franquito, pudieron conmigo”, afirma orgulloso. “Ahora, con todo este siglo mío encima, me he afianzado en mi idea: Nos ganaron la guerra, no Franco, ni su ejército, sino quienes le ayudaron… pero al final, las ideas por las que luchamos han permanecido y he podido disfrutarlas rodeado de mi numerosa familia. Cuarenta años casi escondido por un régimen nefasto y asesino, y otros cuarenta años con la alegría que da el ser libre. No hay mayor tesoro que la libertad. Esto lo compensa todo”.

En la posguerra, las pasó mal, siempre al acecho. En las llanuras manchegas, es difícil buscar un escondite cuando sorprende a alguien la guardia civil o los guardas jurados que vigilan el campo, y se dedicaban a perseguir rojos, maquis, maleantes, vagabundos, malhechores y bandoleros. Pero se sabe que el ser humano se aplica y se acomoda a lo que le ofrece su entorno para lograr sobrevivir. Si en la sierra o los montes los escondites y refugios aparecen por doquier y resulta fácil escapar de dicha vigilancia, en las llanuras de esta meseta de cereales y viñedos, la sagacidad del perseguido le lleva a inventar otro remedio para no dejarse sorprender: la vista de sombras. Ante la escasa densidad de población, controlar la que hay, segadores, pastores, arrieros, y distinguir en la distancia las aparición en la lejanía de dos sombras que avanzan a la par, bien en mula o a pie, es la primera medida de vigilancia para escapar. “Yo tenía sólo un ojo, pero, gracias a Dios, bien desarrollado; en cuanto veía las dos sombras a lo lejos, pensaba, “la pareja, ahí viene la pareja”, y pocas veces me equivocaba, así que me daba tiempo a alejarme del lugar y evitar que me pillaran como a un inocente pichón. En aquellos años la guardia civil era cruel, disparaba, y luego preguntaba. Era otra guerra soterrada”.

Después de la guerra, durante años, hubo una terrible persecución y represión sobre los que habían combatido en el bando republicano, no sólo milicianos, sino esposas, familiares, amigos, hasta vecinos, que por el mero hecho de conocerse, eran llevados al calabozo. Otros fueron delatados. Muchos murieron fusilados. “Por eso yo digo –añade el centenario socialista- que si la guerra fue mala, la posguerra fue peor, no solo por el hambre y la miseria, sino por el desprecio y la delación de los vencedores. Era el imperio del miedo. Un miedo que yo creo que hoy perdura, por eso el pueblo, ante lo que está sucediendo en la actualidad, no quiere sacar las cosas de quicio, ni montar esas huelgas y revoluciones que harían  falta, para que nuestros gobernantes cambien de actitud y miren un poco por la igualdad de todos, acaben con los abusos de las clases dominantes, y consigan el deseado bienestar para todos… Y por supuesto -concluye- que no haya más guerras, ni aquí, ni en ninguna parte del mundo”.

Después de la fiesta, y del “cumplesiglo feliz”, el centenario Manuel, se retira a descansar orgulloso, rodeado de su familia y de sus ideas, aunque un pelín achacoso, por haberse caído dos días antes de un resbalón en su casa. “No ha sido nada –dice-, más duro fue en el Jarama. Entre el galimatías de lenguas y disparos, caía la gente como conejos. Total, para qué. Fue una guerra internacional, de todos los países había soldados”.

 

 

Mientras se retira, recuerda una canción con aires célticos, y a los compañeros de uno y otro bando que junto a él lucharon y cayeron:

“ …Nuestro batallón era el Lincoln,
luchando por defender Madrid
con el pueblo hermanados peleamos
los de la Quince Brigada allí.
Lejos ya de ese valle de lágrimas
su recuerdo nadie borrará.
Y así, antes de despedirnos,
recordemos quién murió allá”.

Feliz cumpleaños a este luchador y a otros tantos como él, que este año llegan a su centenario. Son historia viva de una memoria que no debemos olvidar. Un país que no tiene en cuenta su pasado, es un país sin futuro. Un siglo, una conquista al alcance  de muy pocos. Hay que dejar que la vida siga. Que nadie pueda romperla ni con guerras ni con persecuciones. En la Tierra cabemos todos. Y todos tenemos derecho a vivir en paz. ¡Paz y larga vida!

 

LA FRONTIÈRE EXISTE-T-ELLE POUR LES HISTORIENS ?

La frontière franco-espagnole au 20e siècle

 

Jean-François Berdah

Université Toulouse II-Le Mirail

 

Source :

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00143933

 

A golfer hits a tee shot as African migrants sit atop a border fence during an attempt to cross into Spanish territories between Morocco and Spain’s north African enclave of Melilla October 22, 2014. Around 400 migrants attempted to cross the border into Spain, according to local media. Picture taken October 22, 2014. REUTERS/Jose Palazon (SPAIN – Tags: SPORT GOLF SOCIETY IMMIGRATION TPX IMAGES OF THE DAY) – RTR4BABH

 

La frontière existe-t-elle pour l’historien ? Question délicate qu’on ne saurait trancher de façon probante d’une simple affirmation ou négation. Les débats actuels qui portent sur les limites de l’Europe montrent bien combien la frontière demeure un objet polémique, notamment dans le cas de la Turquie qui pour beaucoup ne pourrait intégrer l’Union européenne en raison de son appartenance au continent asiatique ou proche-oriental. Cette analyse repose pout l’essentiel sur l’existence de « frontières naturelles », notion qui s’est imposée à la Renaissance par le biais de la cartographie, celle de Mercator notamment, à des fins politiques et militaires. Politiques, en fixant, par exemple, les limites théoriques de la monarchie française, celle des Bourbons, et militaires, en justifiant par avance les conquêtes visant à préserver le « pré carré », c’est-à-dire le territoire légitime et « naturel » garant de l’harmonie intérieure du royaume 1.

A l’évidence, la frontière est donc une création humaine qui a pour objet de définir et de distinguer ces constructions politiques et territoriales que sont les États modernes. Contrairement à ce que l’on a longtemps cru ou affirmé, la notion de « frontière naturelle » n’exprime donc pas une réalité intangible, celle d’une limite géographique qui s’imposerait d’elle-même et constituerait du même coup le critère infaillible des politiques nationales. Pourtant, la question mérite d’être posée dans le cas des massifs montagneux comme les Alpes et les Pyrénées, notamment dans ce dernier cas en raison du cloisonnement qu’ils semblent créer entre la France et l’Espagne, et de l’obstacle apparent qu’ils semblent représenter aux échanges humains de part et d’autre de la frontière.

Apparent est bien le mot, car il serait facile de démontrer que les Pyrénées n’ont jamais représenté cette extrémité, ces marges infranchissables comme on pourrait le penser, et ce depuis les temps les plus reculés. Qu’il soit permis de rappeler, que les Pyrénées offrent de nombreux points de passage entre la France et l’Espagne, tout d’abord les plaines côtières du Pays basque et de la Catalogne, mais aussi les cols de montagne qui empruntent des vallées toutes orientées, à quelques exceptions près, selon un axe nord- sud, et que les exemples historiques depuis les Wisigoths et les Vandales jusqu’aux temps les plus récents abondent qui démontrent que loin d’avoir été une frontière imperméable, les Pyrénées ont toujours été considérés comme un espace de peuplement et de transition. Cela est d’autant plus vrai que les raisons de franchir cette « frontière naturelle » dans un sens ou dans l’autre n’ont pas manqué, ne saurait-ce qu’à l’époque contemporaine depuis le début du 19e siècle. Raisons politiques tout d’abord avec l’émigration vers la France des libéraux espagnols sous le règne de Ferdinand VII de 1814 à 1833, puis celle des carlistes opposés à la jeune reine Isabelle II lors des première et seconde guerre carliste (1833- 1839, 1846-1848) et encore au lendemain de la troisième guerre carliste (1873-1875) lors de la Restauration des Bourbons. Il faudrait aussi ajouter le premier exil des républicains sous la Restauration en 1874, et surtout le second de 1923 à 1930 sous la dictature de Manuel Primo de Rivera qui devait profondément influer sur le devenir de l’Espagne au cours des années trente 2. Raisons économiques également, à cela près qu’au cours du 19e siècle le courant migratoire est orienté nord-sud, c’est-à-dire de la France vers l’Espagne, en provenance notamment d’Auvergne 3.

Si, comme on a pu le voir, la frontière franco- espagnole a été amenée à jouer un rôle prépondérant dans les relations entre les deux États riverains depuis fort longtemps, c’est toutefois avec la fin de la guerre civile espagnole que celle-ci va devenir un enjeu crucial pour les populations concernées pour au moins trois raisons. Tout d’abord, parce que la guerre d’Espagne fut à l’origine d’un exil de population massif à partir de 1939, et surtout durant l’hiver 1939, un exil politique qui a eu en France de profondes répercussions du point de vue politique et économique. Ensuite, parce que cette frontière va constituer une ligne de démarcation idéologique entre la dictature du général Franco et la troisième République finissante. Enfin parce que la frontière devient un enjeu stratégique durant la Seconde Guerre mondiale pour la résistance intérieure et les forces alliées tandis que la France et l’Espagne sont dominées par deux régimes dictatoriaux.

 

 

De toutes les tragédies humaines que l’Europe a traversées au cours du 20e siècle, la guerre d’Espagne figure hélas en bonne place parmi celles qui ont le plus fortement marqué notre destin collectif. Plus que tout autre pays, la France a fait l’expérience indirecte de ce drame historique en devenant la terre d’accueil de quatre vagues migratoires successives entre 1936 et 1939. De ces quatre vagues la plus importante numériquement et la plus lourde de conséquences fut la dernière. Elle se produisit lors de l’effondrement final du front de Catalogne en décembre 1938 quand les possibilités de résister étaient presque épuisées pour des raisons matérielles, financières et politiques, ou encore par suite du pessimisme ambiant.

Entre la fin janvier et le début de février 1939 ce sont près de 465 000 réfugiés qui entrent en France, dont 170 000 civils et 295 000 militaires, affamés, dépourvus de tout, parfois sans chaussures ni couvertures au cœur de l’hiver, une population chassée toujours plus loin par les forces rebelles du général Franco qui n’a d’autre choix en définitive que de franchir les Pyrénées par tous les moyens et quels qu’en soient les risques. Cette réalité terrible entraîne une remise en question immédiate de la politique gouvernementale pratiquée à l’égard des républicains espagnols. De fait, l’idéal de solidarité du Front populaire défendu par Léon Blum n’avait pas tardé à voler en éclat lors de l’adoption de mesures administratives strictes au mois d’avril 1937 qui avaient eu pour conséquence le renforcement des contrôles sur la frontière pyrénéenne et surtout le rétablissement du visa consulaire, qui autorisait le refoulement des personnes qui en sont dépourvues. Un mois plus tard, en mai, l’adoption de l’instruction sur l’hébergement des réfugiés espagnols allait durcir la politique d’accueil de la troisième République en introduisant des limitations certaines à l’exercice de cette liberté individuelle. On affirmait certes toujours la volonté de l’État de « remplir complètement ses devoirs d’humanité », mais aussi celle de « maintenir strictement l’ordre public sur son territoire », d’interdire la libre mobilité des populations hors des départements d’accueil, notamment vers l’un des départements frontaliers, et de refuser le financement officiel des camps d’hébergement 4. Cette politique de durcissement ne se ralentit pas avec le changement de gouvernement, bien au contraire, car ce dernier n’affecta pas le ministre de l’Intérieur en poste, Marx Dormoy, ni ses orientations restrictives. Ainsi, le « rapatriement obligatoire de

tous les réfugiés espagnols, les malades exceptés », c’est-à-dire non plus seulement les hommes, mais aussi les femmes et les enfants, fut -il mis en œuvre le 29 septembre 1937 sans attendre. L’explication tient sans doute au nombre élevé de républicains espagnols installés en France, de 50 à 60 000 au début de l’automne, dont au moins 10 000 enfants, qui représentent une lourde charge pour l’État français et les municipalités chargées d’accueillir de gré ou de force ces réfugiés. Déjà 13 millions de francs avaient été débloqués par le gouvernement Blum en faveur des républicains espagnols auxquels s’ajoutèrent 55 millions supplémentaires au cours de l’année 1937 5. Toutefois, les réactions d’hostilité à un tel recul des principes républicains venus des rangs pro-gouvernementaux contribuent à adoucir ces mesures radicales grâce à une nouvelle directive, en date du 27 novembre, qui autorise les réfugiés à résider en France sous réserve qu’ils disposent de ressources pécuniaires suffisantes ou soient recueillis par des personnes tierces, « exception faite toutefois pour les femmes, les enfants, les vieillards et les malades qui peuvent encore être hébergés aux frais des collectivités publiques. » 6

Ce drame aurait-il pu être évité ? Sans doute pas ; mais les souffrances qu’il généra auraient pu être atténuées avec un minimum d’anticipation. Les mises en garde répétées du gouvernement républicain de Barcelone n’avaient pas manqué, en effet, depuis 1938, ainsi que des offres de financement pour l’hébergement des réfugiés. De sorte que l’impréparation des autorités françaises face au déluge humain ne peut s’expliquer que par un choix délivéré du gouvernement, celui de ne pas heurter une opinion publique de plus en plus ouvertement xénophobe et hostile à l’accueil des populations étrangères, attitude qui d’ailleurs n’est pas spécifique à la France puisque les autres pays européens et les États-Unis n’étaient pas disposés à partager le poids d’une immigration si massive, à l’exception des enfants qui purent être rapatriés vers l’Angleterre, la Suisse, la Belgique ou la Russie grâce à des organismes de secours ou le soutien direct des pays concernés.

Il n’est pas utile d’insister ici sur les conséquences désastreuses de cet exil forcé pour la population espagnole, surtout pour les militaires séparés des autres réfugiés qui terminèrent leur voyage dans des camps d’internement ou de concentration, selon la terminologie officielle, improvisés 7. En réalité, nombre de ces Républicains n’avaient pas d’autre choix que de rester en France, même si le gouvernement français faisait tout son possible pour forcer leur retour en Espagne, en particulier parce qu’une mort immédiate attendait tous ceux dont les responsabilités politiques ou l’engagement idéologique avaient un lien quelconque avec le Frente popular, avec le camp des “rouges”.

Ce qu’il importe de dire ici, c’est que toute la politique frontalière de la France fut remise en cause par cette avalanche humaine. La norme en vigueur, depuis le 14 avril 1862, était dictée par le traité bilatéral signé entre Napoléon III et Isabelle II, à propos des frontières et des échanges de population, dont le contenu était finalement assez vague puisque ce dernier ne faisait pas explicitement référence ni aux ouvriers agricoles et industriels, de loin les plus nombreux parmi les réfugiés espagnols, ni aux exilés politiques. Cependant, la France avait souscrit au cours des décennies suivantes plusieurs engagements internationaux qui lui enjoignaient d’accueillir les ressortissants étrangers et de surseoir à toute mesure de refoulement ou d’expulsion, ce que les premières instructions envoyées aux préfets des départements frontaliers les 20 juillet et 6 août 1936 avaient d’ailleurs confirmé.

En réalité, comme le note Javier Rubio, ces premiers pas réglementaires permirent au gouvernement français de fixer dès les premières semaines les deux principes fondamentaux auxquels la politique d’accueil des réfugiés espagnols sera soumise au cours des années ultérieures. Le premier visait à favoriser le plus possible le retour en Espagne de tous celles et ceux qui le désiraient, en leur laissant même la liberté de choisir l’endroit par lequel s’effectuera le franchissement de la frontière. Mais la possibilité de résider provisoirement en France était aussi garantie par ce même principe pour des raisons humanitaires et parce qu’il devait être tenu compte des non combattants, notamment les femmes, les enfants et les vieillards, extérieurs, si l’on peut dire, à la guerre civile. Le second principe, qui rappelle la jurisprudence en application depuis les guerres carlistes, visait à éloigner les populations réfugiées de la zone frontalière pour des raisons à la fois politiques et matérielles. En effet, la présence d’opposants politiques aux portes de l’Espagne, qu’il s’agisse des partisans de Don Carlos au 19e siècle 8, des républicains et anarchistes espagnols jusqu’en 1931 ou maintenant des combattants du Front populaire, tout devait être fait pour éviter le moindre différent avec les autorités espagnoles en place ou toute implication directe dans le conflit. Mais l’éloignement de la frontière répondait aussi tout bonnement à des considérations pratiques, principalement la nécessité de distribuer plus équitablement le poids de l’exil espagnol pour éviter que les départements frontaliers assument seuls cette charge nouvelle 9.

 

 

Plus tard, c’est la signature des accords de Nyon, le 14 septembre 1937, qui entraîne un nouveau changement de stratégie vis-à-vis de la frontière. En effet, la crise provoquée par le bombardement du croiseur allemand Leipzig, les 15 et 18 juin précédents, qui faillit entraîner l’Allemagne nazie dans une guerre ouverte contre la Républiques espagnole et du même coup provoquer un enchaînement guerrier incontrôlable, pousse les grandes puissances à neutraliser, ou plus exactement à circonscrire, la guerre civile espagnole, et à éviter que violations répétées du droit international en Méditerranée ne conduisent à une déflagration mondiale 10. Or, si ce « plan méditerranéen » a surtout des implications maritimes, il est clair que la contrebande de guerre et le passage de volontaires s’effectuent aussi par voie terrestre, ce qui conduit dès le mois de novembre à l’installation d’un véritable plan de barrage destiné, selon son promoteur Marx Dormoy, à assurer la plus parfaite étanchéité des frontières. Dans le cas de l’Ariège, directement concerné par cette mesure, les autorités militaires et civiles se répartissent les rôles pour garantir l’efficacité des décisions ministérielles avec la mobilisation des gardes républicains mobiles, des unités d’infanterie et des réserves mobiles au sein d’un réseau maillé profond de 80 kilomètres 11.

Le problème des réfugiés espagnols ne va pas cependant trouver de remède au cours de l’année 1937, ni même l’année suivante en 1938, en dépit des reconduites à la frontière forcées ou imposées. On peut d’ailleurs s’interroger sur l’attitude des autorités françaises. Peut-elle se justifier, comme le pense Bartolomé Bennassar, par la liberté de passage de la frontière ou parce que « l’issue du conflit demeure très incertaine » [sic] 12 ? Cela reste très discutable, notamment à lire les intentions de Marx Dormoy qui affirme en septembre 1937 : « J’ai décidé de les mettre en demeure de quitter notre territoire ». Au reste, il n’était pas nécessaire le plus souvent de forcer les choses tant l’esprit combatif était encore présent chez la plupart des hommes, notamment les éléments révolutionnaires les plus actifs et aussi les plus indésirables. Par ailleurs, le passage de la frontière ne s’avère pas si facile depuis que le gouvernement républicain pratique un strict contrôle des entrées destiné à éradiquer la cinquième colonne » nationaliste :

À la sortie comme à l’entrée, il faut franchir maintenant cinq ou six barrages avec de multiples vérifications douanières, administratives, policières, etc. Dans une zone de vingt kilomètres depuis la frontière française, la population a été évacuée. Nul n’a le droit de circuler sans les justifications les plus complètes et sous peine des sanctions les plus graves. Le départ de l’Espagne des ressortissants espagnols est pratiquement interdit. L’entrée des étrangers est subordonnée à de multiples enquêtes et des instructions presque prohibitives ont été adressées aux ambassades et aux consulats. À la sortie, l’on doit se présenter maintenant au commissariat général des ports et des frontières cinq jours avant la date de départ proposée, et, uniquement pour toute l’Espagne, à Barcelone. » 13

 

 

La “question espagnole” reste donc entière au début de l’année 1938, non seulement parce que les volontaires étrangers ne peuvent quitter la zone républicaine, mais aussi parce qu’il serait périlleux de les pousser à partir tandis que les Allemands et les Italiens n’ont aucune intention d’agir de même… si ce n’est après la victoire finale de Franco ! Plus grave encore, l’offensive qui se produit en Aragon à partir de l’hiver 1937 et culmine avec la bataille de Teruel en janvier- février 1938 14 conduit à une troisième vague d’exode vers la France de la part d’une partie de l’armée républicaine, notamment la 43e division rejetée dans la poche de Bielsa par l’armée nationaliste qui compte près de 7 000 hommes. En contradiction avec les ordres officiels qui imposent toujours le barrage de la frontière, les solidarités s’organisent côté français pour venir en aide aux soldats et surtout aux populations civiles de la vallée de la Cinca, notamment au sein de l’union départementale de la CGT. Des convois sont organisés pour expédier en territoire espagnol denrées alimentaires et médicaments, mais les bombardements perpétrés par l’aviation franquiste poussent finalement miliciens et civils à se réfugier dans les Hautes-Pyrénées françaises, notamment à Arreau, Argelès-Gazost et Luz-Saint-Sauveur 15.

C’est pourtant dans ce contexte (ou plutôt en raison de ce dernier) que le gouvernement de Front populaire accepte le 17 mars de réouvrir la frontière à la demande du président du Conseil socialiste, Juan Negrín, venu plaider la cause de l’Espagne républicaine.

La frontière avait été fermée par Camille Chautemps après le départ des ministres socialistes et la constitution d’un nouveau cabinet le 19 janvier 1938, et l’on pouvait mesurer clairement les conséquences catastrophiques de cette décision sur la capacité de résistance de

l’armée républicaine en Aragon dès lors que les livraisons d’armes en provenance d’Union soviétique se trouvaient brutalement taries 16. Le revirement surprenant des autorités françaises s’expliquait fondamentalement par le retour de Léon Blum à la tête du   gouvernement depuis le 13 mars et la volonté exprimée par ce dernier de répondre à la politique expansionniste de l’Allemagne nazie par un geste de solidarité à l’égard de l’Espagne. En d’autres termes, s’il était trop tard pour sauver l’Autriche, il était encore possible de faire quelque chose pour l’Espagne et la Tchécoslovaquie, également menacée 17.

L’ouverture de la frontière n’eut pas d’effets concrets ni durables. D’une part, parce que l’approvisionnement en armes des forces légalistes ne s’améliora nullement, d’autre part, parce que la seconde expérience Blum était vouée à l’échec dès le départ – le président Lebrun n’avait- il pas exprimé son désir de mettre un terme final au Front populaire dès le mois de janvier ? – et que ces jours étaient comptés. De fait, la pression sociale grandissante, les divisions politiques et l’hostilité manifeste du Sénat à l’égard des projets financiers de Léon Blum allaient précipiter sa chute le 10 avril et ouvrir la voie à un second gouvernement Daladier deux jours plus tard 18.

Cette nouvelle crise gouvernementale, outre qu’elle mit fin de façon définitive à l’expérience du Front populaire, annonçait un net revirement d’attitude vis-à-vis de la République espagnole avec la disparition des éléments socialistes au sein du nouveau cabinet et le déplacement de son centre de gravité vers la droite. La nomination de Georges Bonnet à la tête du ministère des Affaires étrangères ne fit que confirmer les appréhensions légitimes de Barcelone à ce propos, car son antipathie peu douteuse pour le Front populaire alliée à la conviction de la faiblesse française face à l’Allemagne ne pouvaient qu’induire des décisions contraires aux intérêts de la République 19. En outre, la signature des accords anglo-italiens du 16 avril 1938 signifiant la reconnaissance de jure de l’annexion italienne de l’Éthiopie et la présence en zone nationaliste d’un agent diplomatique britannique depuis le mois de novembre 1937 20 ne pouvaient qu’encourager le ministre radical à suivre cet exemple. La rupture territoriale du camp républicain depuis le 14 avril, avec l’arrivée à Vinaroz de l’avant-garde nationaliste, permet justement d’envisager discrètement l’abandon de la République espagnole au bénéfice d’un rapprochement avec l’Espagne de Franco.

 

 

Dans ces conditions, et pratiquement accusé par Londres, « de prolonger inutilement une guerre cruelle avec toutes ses terribles conséquences » 21, le gouvernement français, en la personne de Daladier et Bonnet, devait décider la fermeture de la frontière franco-espagnole le 26 mai. Concrètement, celle-ci ne devint complètement étanche que le 13 juin suivant, par crainte de réactions hostiles de l’opinion publique et aussi parce qu’il était peu concevable « que la France fût seule à agir si l’Italie ne prenait pas elle-même des mesures établissant clairement sa bonne foi et son intention de renoncer définitivement à son emprise sur l’Espagne. » 22 ; mais le mal était fait, et comme l’envisageait le consul Lamastres la chute du front de Catalogne et de Barcelone, sans approvisionnements extérieurs en armes, n’était plus qu’une question de semaines. En prenant une telle décision, le gouvernement Daladier s’exposait pourtant à un autre risque, celui de voir le camp républicain se replier en masse vers ses frontières et d’engendrer ainsi un mouvement de population sans précédent. Déjà le 19 avril l’ambassadeur de France, Erik Labonne, avait conclu que :

« Si donc une telle lutte devait se dérouler à nos portes, si l’incendie devait faire rage à quelques kilomètres de notre frontière, les risques que la France a déjà encourus dans l’affaire espagnole n’en seraient point diminués, non plus que les possibles complications internationales. De même si la lutte devait prendre un tel caractère, les exodes de population et de troupes, qui ont eu lieu déjà dans les Hautes-Pyrénées et dans l’Ariège, se reproduiraient sans doute dans les Pyrénées-Orientales et sur une tout autre échelle. » 23

Le préfet des Pyrénées-Orientales ne dit pas autre chose le 23 avril lorsqu’il évoque « l’exode en masse qui se produira vers la frontière française », ajoutant « que l’exode sera massif » et son ampleur « difficile d’évaluer d’avance » 24. On sait pourtant ce qu’il advint de telles mises en garde et du manque de préparation criant qui caractérisa la politique française en janvier-février 1939. Dès le 27 janvier, ce sont des milliers de personnes qui se présentent aux postes-frontière, mais les ordres sont appliqués de manière absolue et toute entrée en territoire français reste prohibée par un double rideau composé de gardes mobiles et de tirailleurs sénégalais, notamment à Cerbère et au Perthus. Devant la masse de civils qui s’agglutine à la frontière, le ministre de l’Intérieur, Albert Sarraut, n’a d’autre choix que de laisser passer les civils, soit « 60 000 femmes, 13 000 enfants et 2 000 hommes âgés de plus de cinquante-cinq ans » 25. Au total, selon les chiffres officiels, ce sont en fait 114 000 réfugiés qui franchissent la frontière entre le 27 et le 31 janvier 1939 par Cerbère, Le Perthus, le col d’Ares et Bourg-Madame, et encore 126 000 personnes entre le 2 et le 4 février 26.

La grande question demeure cependant celle des militaires. Dans un rapport en date du 30 janvier, le lieutenant-colonel Morel s’interroge sur l’importance des forces républicaines qu’il estime entre 50 et 100 000 hommes, et surtout sur le risque de voir ces troupes franchir de force la frontière sous l’effet de la terreur et des bombardements ennemis ; risque auquel il faut se préparer quitte soit à « engager une véritable bataille pour leur interdire le passage », soit à « laisser entrer en France des détachements armés. » 27 La dégradation de la situation est telle cependant le 5 février que le reflux de l’armée républicaine vers la France devient inévitable et c’est sur le constat attristé d’Álvarez del Vayo que Georges Bonnet donne finalement l’ordre d’ouvrir la frontière aux soldats espagnols, non sans avoir négocié au préalable la libération de quelque 800 prisonniers nationalistes détenus à Olot et Figueras 28. Encore faut-il dire que la générosité française se veut très provisoire dans la mesure où l’on escompte un rapatriement rapide des soldats républicains dans la zone Centre où les combats doivent se poursuivre. Par ailleurs, l’état-major espagnol est très optimiste quand il « n’évalue les effectifs susceptibles de passer en France qu’à 60 ou 80 000 ». Il n’en demeure pas moins que l’hébergement forcé de l’armée républicaine tombe au plus mal lors même que l’envoyé du gouvernement, Léon Bérard, se trouve déjà sur place depuis le 3 février pour négocier l’accréditation d’un agent général sur le modèle britannique, c’est-à-dire une reconnaissance de facto du gouvernement de Burgos 29. On comprend dès lors pourquoi Jules Henry, l’ambassadeur de France à Barcelone, insiste autant auprès d’Álvarez del Vayo pour obtenir la libération des prisonniers nationalistes, condition sine qua non à l’entrée des troupes républicaines sur le territoire français 30.

Très concrètement, le passage de la frontière, tout d’abord des populations civiles, ensuite des militaires, marquait non pas la fin d’une tragédie, mais le début d’un nouveau calvaire, celui de l’emprisonnement dans les camps d’internement ou de concentration improvisés par les autorités françaises, après des opérations de contrôle et de tri humiliantes et une marche forcée qui s’étire parfois sur vingt-cinq kilomètres ou plus. Ce sera tout à bord le cas à Argelès, puis à Saint- Cyprien et au Barcarès, quelques kilomètres au sud de Perpignan, où sont érigés des sortes de camps qui n’ont de camps que le nom 31.

 

 

Dans les semaines et les mois qui vont suivre, concrètement jusqu’à l’effondrement militaire de la France en mai 1940, la frontière sera traversée en sens inverse par près de 340 000 des 465 000 réfugiés espagnols, bon gré mal gré, pour la plupart des femmes, des enfants et des civils non impliqués politiquement, mais aussi tous ceux qui ont cru sincèrement à l’appel de Franco les invitant à rentrer sans crainte en Espagne. Mais désormais la frontière demeure une zone très sensible, étroitement surveillée de part et d’autre. Car comme l’écrit Émilienne Eychenne, « Franco ne laisse pas la montagne seule surveiller la frontière », non seulement parce que ce dernier n’a aucune confiance dans le gouvernement de la Troisième République qui a, selon lui, largement contribué à prolonger la durée de la guerre civile en soutenant la république espagnole, mais aussi parce que la France est devenue la terre d’acueil de centaines de milliers d’opposants politiques et qu’il convient de contrôler tous les cols pyrénéens afin d’éviter les infiltrations d’agents ennemis 32. Les craintes de Franco ne sont pas infondées, car même si la plupart des républicains espagnols sont internés dans les camps du sud-ouest et que beaucoup d’autres n’aspirent qu’à retrouver un semblant de normalité en s’intégrant par le travail, certains combattants de la guerre d’Espagne n’ont aucune intention de déposer les armes. C’est le cas notamment de Francisco Ponzán, militant anarcho-syndicaliste de la première heure et membre du groupe Libertador de la 127e brigade de guerrilleros internés au camp du Vernet d’Ariège en février 1939, qui met sur pied « les premiers groupes d’action qui retournèrent en Espagne pour combattre le régime franquiste et sauver des compagnons en danger de mort. » 33 C’est à Varilhes en Ariège, là où il travaille – officiellement – après avoir été libéré en août 1939, qu’il installe sa base d’action et organise les premières opérations d’infiltration en territoire espagnol via l’Aragon. Quelques semaines plus tard, il entre en contact avec le service action de l’Intelligence Service en France par le biais d’un agent britannique installé près de Foix (Ariège), un certain Marshall, alors que la menace d’un rapprochement militaire entre Franco et Hitler se fait de plus en plus sentir. Ce que les agents britanniques cherchent à obtenir, ce sont des renseignements sur l’Espagne et sa capacité à intervenir dans le conflit européen, mais l’effondrement militaire de la France en juin 1940 contraint ces derniers à quitter le territoire français et à rejoindre Londres au plus vite. L’important toutefois, c’est que des contacts ont été pris entre les républicains espagnols et l’IS, et qu’ils pourront être réactivés dans un autre contexte, celui de la lutte contre l’Allemagne nazie et la France de Vichy. Aux dires des services secrets français, informés par les Britanniques, ces derniers « avaient recruté les éléments les plus irréductibles et les plus idéalistes des réfugiés antifascistes espagnols », des éléments qui « étaient décidés à continuer la lutte contre Franco et disposés à ruiner par tous les moyens les activités des nazis en France et en Espagne, et par conséquent [qui] pouvaient leur être très utiles. » 34

 

 

 C’est à l’été 1940, précisément au mois d’août, après une incursion en Andorre, que les résistants français prennent contact avec Ponzán, dit François Vidal, par l’intermédiaire du lieutenant Tessier qui opère à partir de Toulouse où s’organise peu à peu l’opposition à l’occupation allemande et au gouvernement de Vichy 35. Après Marseille, où fut créé le premier réseau d’évasion en décembre 1940, sous l’égide de Ian Garrow, c’est Toulouse qui devient la principale plaque tournante des évasions pour des centaines de pilotes alliés tombés en France, pour les Juifs persécutés et menacés de déportation, pour les agents de la France libre et de très nombreux jeunes désireux de rejoindre le combat contre l’Allemagne nazie. Le maître d’œuvre en est Pat O’Leary, de son vrai nom Albert-Marie Guérisse, capitaine-médecin belge qui fait du réseau toulousain», comme l’écrit Robert Belot, l’un « des plus grands réseaux d’évasion vers l’Espagne. » 36 Ce qui est moins connu, c’est que le groupe Ponzán, suspendu par l’IS en avril 1941, est réactivé par ce biais au printemps 1941 et devient l’élément fondamental de ce réseau d’évasion 37.

Mais pour un Ponzán, combien de républicains espagnols anonymes qui ont servi de passeurs tout au long de la guerre et tout le long des Pyrénées. Certes, tous n’ont pas le même idéal que ce dernier et beaucoup, Espagnols comme Français, n’hésitent pas à monnayer leurs services contre des sommes parfois très substantielles. « Croire que la chose serait gratuite pendant la guerre – écrit Émilienne Eychenne – alors que, si elle était découverte par les autorités, elle allait vous conduire pour deux ou trois mois en prison, avec une belle amende par dessus le marché, relève, et relevait d’une magnifique utopie. » 38 Cela ne vaut pourtant que pour les passeurs français, les passeurs espagnols risquant, quant à eux, d’être internés dans les camps du sud de la France, voire d’être déportés vers le Reich allemand, à Mauthausen ou Buchenwald, ou livrés à la police de Franco. Faute d’une étude exhaustive ou synthétique de la question 39, on doit s’en tenir aux rares témoignages qui ont pu être recueillis, souvent très tardivement. Ce sont encore les républicains espagnols qui jouent un rôle moteur dans le réseau Vic dirigé par le Catalan Josep Rovira, organisateur et commandant de la 29e brigade en Aragon et ancien responsable du POUM (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste) . C’est à l’automne 1941 qu’il est contacté par René Jeanson, dit « René » dans le but de faciliter son retour vers Londres après une mission d’information sur l’état des forces ennemies en France. Grâce aux militants restés en Espagne et à ceux opérant en exil, Rovira va mettre sur pied le groupe Martin chargé d’assurer un passage régulier à travers les Pyrénées pour les résistants, parachutistes et aviateurs alliés et français désireux ou contraints de rejoindre la Grande-Bretagne. Ce groupe demeurera actif tout au long de la guerre, en dépit des tentatives de noyautage de la Gestapo, notamment à l’automne 1943 40.

 

 

Si ces groupes de passeurs, ces résistants espagnols ont pu s’organiser et se structurer au cours de la guerre, ils le doivent paradoxalement à la politique d’internement et d’encadrement des républicains mise en œuvre par le gouvernement Daladier en mars-avril 1939. Cette politique, qui affecte tous les ressortissants étrangers et plus particulièrement les réfugiés espagnols en raison de leur nombre, résulte pour partie du coût considérable des dépenses financières consenties par l’État français depuis 1936, une somme estimée à 88 millions de francs en décembre 1938 et surtout de la nécessité de compenser la mobilisation partielle, puis totale des Français en prévision de la guerre contre l’Allemagne, soit plus de 4,7 millions d’hommes sous les drapeaux en septembre 1939.

Autant de considérations qui amènent les autorités françaises à trouver une solution alternative à l’accueil en masse des réfugiés espagnols sur le territoire national 41. En réalité, il s’agit tout autant de faire participer les réfugiés de gré et souvent de force au coût d’entretien de plus en plus élevé de leur hébergement en France que de surveiller des populations que l’on considère par essence dangereuse. De s’agit-il pas là pour la plupart d’ « éléments dangereux », de « Rouges espagnols » dont on peut craindre le pire ? C’est dans cet esprit que sont créées les premières structures destinées à encadrer la main-d´oeuvre étrangère dès le 12 avril 1939 par un décret-loi qui élargit les mesures obligatoires liées au service militaire à tous les hommes de nationalité étrangère âgés de 20 à 48 ans bénéficiaires du droit d´asile, mais sans revêtir pour autant un caractère obligatoire, de sorte que cette politique demeura globalement inefficace 42. Ce n’est qu’avec la déclaration de guerre contre l’Allemagne et la mobilisation de l’armée française en septembre 1939 que le recrutement des volontaires espagnols fut fortement encouragé par les autorités civiles. En quelques mois, les camps d’internement se vidèrent au profit des Compagnies de Travailleurs Étrangers (CTE) Au total, 227 compagnies avec 15.000 volontaires et 40.000 incorporés parmi les miliciens espagnols voient le jour jusqu’au juin 1940 (soit 55 000 environ), encadrés par des Gendarmes mobiles et soumises à une discipline militaire43.

 

 

Ce qu’il importe de souligner ici, c’est que si une certaine partie des réfugiés espagnols est mobilisée dans les régiments de prestataires dans le nord de la France comme au service des entreprises travaillant pour la défense nationale, sur les chantiers de la ligne Maginot, la plupart des Espagnols sont versés dans des compagnies de travailleurs destinées à soutenir l’effort économique de guerre soit dans l’agriculture, soit dans le cadre des entreprises minières et industrielles, soit encore dans l’exploitation forestière. C’est le cas par exemple des compagnies de travailleurs de l’Ariège, la CTE n°558 de Tarascon-sur-Ariège, ainsi que les CTE n°721 et 145 créées à Saint-Jean-de-Verges, entre Foix et Pamiers, et à Quérigut qui se situent très près de la frontière pyrénéenne 44. De manière générale 45, et surtout dans les Pyrénées, les CTE vont créer les conditions idéales au regroupement des républicains espagnols et à l’organisation des premiers noyaux de résistance. La disparition des CTE en juin 1940, après l’effondrement militaire de la France, signifiait certes « le retour au statut administratif qui avait été le leur lors de leur entrée en France et plus concrètement leur réinternement dans les camps » 46, mais « le concept des CTE est repris officiellement en septembre 1940 de façon à répondre aux exigences de la « Révolution nationale », c’est-à-dire au redressement de la France, et à limiter la mainmise de l’Allemagne sur la main d’œuvre étrangère » 47. La conséquence en est que la structure d’encadrement des CTE est tout bonnement remplacée par celle des GTE (Groupements ou Groupes de Travailleurs Étrangers) dès septembre 1940 et que les camps se vident à nouveau au profit de l’économie nationale. Une grande partie des réfugiés espagnols échappe cependant à l’internement par le biais des contrats de travail individuels qui, comme on l’a vu pour Francisco Ponzán, permettent parfois, grâce aux solidarités locales, d’échapper au contrôle strict des forces de police de Vichy.

Même si d’autres nationalités sont représentées au sein des GTE (Polonais, Russes, Tchèques, Roumains, etc.), les Espagnols constituent de très loin l’effectif le plus nombreux, comme dans les CTE, au point que l’on pourrait évoquer leur caractère “mononational” 48. Souligner ce fait, c’est expliquer par anticipation le rôle prépondérant que les GTE vont jouer partir de 1941 dans la résistance, d’une part dans le cadre de la réquisition forcée au service de l’Organisation Todt sur la côte atlantique, avec le sabotage du matériel et des installations techniques, par exemple à La Pallice, près de La Rochelle, et à Bordeaux, où ils participent à la construction des bases sous-marines, et plus encore dans les zones montagneuses, notamment dans les Pyrénées, en servant de noyaux à la création des maquis 49. Dans ce contexte, et plus encore après le déclenchement de l’opération Barbarossa en juin 1941, les luttes clandestines se développent dans tous les camps d’internement, ainsi que dans les GTE, en raison de l’engagement communiste désormais acquis à la lutte antinazie. La création de la Unión Nacional Española (UNE) est en effet directement liée à l’entrée en guerre de l’URSS, la stratégie allemande en Méditerranée et bien sûr aux menaces qui pèsent sur les républicains espagnols, notamment la réquisition forcée dans la zone occupée ou pire encore en Allemagne. L’objectif de la UNE est simple, il consiste à grouper « tous les Espagnols, depuis les royalistes et catholiques jusqu’aux anarchistes et communistes » de manière à constituer un front commun contre toute alliance de l’Espagne avec l’Allemagne et s’opposer par tous les moyens au travail forcé en Allemagne avec ce slogan « Pas un homme, pas une arme, pas un grain de blé pour Hitler » 50.

 

 

Si les débuts de la résistance espagnole sont caractérisés, comme dans les autres groupements clandestins, par la réalisation et la diffusion de tracts et de journaux clandestins, notamment l’organe des guérilleros Reconquista de España, les actions de sabotage se développent en zone sud à partir de l’été 1941 dans le cadre d’organisations autonomes et parfois aussi dans des réseaux français par refus de la suprématie communiste au sein de l’UNE 51. Les chantiers de bûcherons et les exploitations forestières constituent alors autant de couvertures légales aux groupes de résistance espagnols, à l’image de l’entreprise de José Antonio Valledor d’abord implantée dans l’Aude puis transférée dans l’Ariège en août 1942 52. Les postes de commandement des guérilleros sont en étroite liaison avec les GTE dans ce qui devient la région R4 des FFI, notamment sur la ligne des Pyrénées (Ariège, Hautes-Pyrénées, Haute-Garonne notamment). C’est de là que partent les opérations armées les plus importantes contre les forces d’occupation allemandes, mais aussi les infiltrations en Espagne, qui permettent de transférer hommes et matériel vers les maquis de l’intérieur de l’Espagne. C’est le cas par exemple de Jesús Monzón, l’un des membres fondateurs de la UNE, qui quitte la France pour s’installer à Madrid dès 1943 afin de mettre sur pied la résistance clandestine contre Franco et organiser son bras armé : l’Ejército Guerrillero 53.

Il n’est pas dans notre propos d’évoquer plus avant l’action des républicains espagnols dans la Résistance en France, sujet important qui a fait l’objet de plusieurs publications récentes 54. On ne peut pourtant négliger le fait que les maquis espagnols ont servi de centres d’accueil pour nombre de réfractaires du STO cherchant à échapper aux réquisitions de l’Allemagne et surtout de bases de formation pour tous ceux, républicains espagnols ou non, qui, au lendemain de la zone sud par les forces allemandes, en novembre 1942, décident de rejoindre la lutte armée. C’est le cas notamment des réfugiés espagnols isolés ou regroupés dans la 526e GTE affectée au chantier de construction de la centrale hydro-électrique de la vallée d’Ossau dans le Béarn, autre région frontalière, qui s’organisent au sein du 14e corps des guérilleros en août 1942 55. C’est ce même 14e corps qui se transforme en mai 1944 pour devenir la Agrupación de Guerrilleros Españoles (AGE), sous le commandement de Luis Fernández et Joan Blásquez, qui soutient la libération du Sud-ouest aux côtés des FFI. C’est lui encore qui envisage la reconquête de l’Espagne en septembre 1944 après avoir rallié plusieurs milliers de résistants espagnols. L’opération militaire vise à franchir les Pyrénées dans le Val d’Aran, puis d’y installer une base arrière où l’UNE espère établir une enclave républicaine susceptible d’abriter le gouvernement républicain en exil. Cette manœuvre audacieuse ne fait pas l’unanimité parmi les chefs de l’AGE, y compris le lieutenant-colonel Vicente López Tovar chargé de commander les guérilleros, mais elle a tout de même lieu pour des raisons politiques et stratégiques. Le 19 octobre, plusieurs milliers d’hommes armés franchissent les cols pyrénéens en plusieurs endroits et occupent plusieurs villages, mais la résistance des forces franquistes, bien informées et préparées, la fragilité logistique de l’opération et la passivité des populations libérées, peu enclines à revivre une guerre civile, contraignent les guérilleros à se replier et à abandonner le terrain conquis 56. La fin de la Seconde Guerre mondiale annonce des temps difficiles pour les républicains espagnols et la fin de leurs illusions quant à un rapide effondrement du régime franquiste. Les nouvelles autorités françaises, celle du GPRF, bien que très reconnaissantes en raison des services rendus lors de la Libération, n’entendent pas tolérer une force armée, qui plus est composée de communistes et d’anarchistes espagnols, opérer à partir de son territoire et mettre à mal ses relations déjà très difficiles avec l’État franquiste. Comme l’écrit Jean Chauvel, le 15 décembre 1944 : « Les autorités locales françaises ont fait montre de sympathie pour les maquis espagnols qui s’inspirent du même idéal démocratique que notre peuple. Elles n’entendent pas pour autant favoriser la multiplication d’incidents de nature à compromettre les relations que nous entretenons avec l’Espagne gouvernementale. Si la France n’a aucune raison de favoriser le maintien du régime du général Franco, elle ne désire pas non plus que se crée à sa frontière un foyer de troubles chroniques. » 57

L’isolement international de la dictature espagnole, le développement des maquis en Espagne, l’appel croissant d’une partie de l’opinion à s’opposer par tous les moyens à Franco et surtout l’exécution d’un des chefs historiques de la résistance espagnole en France, Cristino García et de plusieurs autres guérilleros, en février 1946, entraînent cependant la décision officielle de fermer la frontière avec l’Espagne. Décision de courte durée et sans grande conséquence, puisque la frontière sera réouverte deux ans plus tard, en février 1948, sous la pression des intérêts économiques et des élus locaux frontaliers, autrement dit par “réalisme”, avec le secret espoir, très vite déçu, de voir la démocratie enfin triompher de l’autre côté des Pyrénées. L’amertume sera vive chez les républicains espagnols, parce que de provisoire leur exil devient progressivement définitif, mais aussi pour une grande partie de l’opinion, de gauche notamment, qui condamne la politique de courte vue d’un gouvernement obsédé par le communisme et à la remorque des Etats-Unis 58. Reste que l’ouverture de la frontière pyrénéenne traduit la normalisation à venir des relations franco-espagnoles et la reprise des échanges de personnes et de marchandises à travers les Pyrénées. Il faudra attendre la libéralisation de la politique économique franquiste dans les années 1950, le développement du tourisme en Espagne et l’essor de l’immigration économique en France dans les années 1960, et enfin l’intégration de l’Espagne à l’Union Européenne lors de la transition démocratique en 1985 pour que cette « frontière naturelle » disparaisse réellement et ouvre la voie à la construction d’espaces ou d’organismes transpyrénéens, à l’exemple de la Communauté de Travail des Pyrénées (CTP) qui réunit aujourd’hui les régions frontalières françaises et espagnoles dans un esprit de concertation et de coopération.

 

 

 


 

1 Voir le livre désormais classique de Yves Lacoste, La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, Paris, Maspero, 1976 (rééd. La Découverte, 1985) et Alfred Fierro-Domenech, Le pré carré. Géographie historique de la France, Paris, Robert Laffont, 1986.

2 Voir Rafael Sánchez-Montero, “L’émigration politique en France pendant le règne de Ferdinand VII”, Exil politique et migration économique. Espagnols et Français aux XIXe-XXe siècles, Éditions du CNRS, Paris, 1991, pp. 17-29 ; Louis Urrutia, “Les Espagnols carlistes ou isabelinos au Pays basque français”, Ibid., pp. 53- et surtout Vicente LLorens, La emigración republicana, Vol. 1, Madrid, Taurus, 1976, pp. 41-94.

3 Rose Duroux, Les Auvergnats de Castille : renaissance et mort d’une migration au XIXe siècle, Clermont-Ferrand, APFLC, 1992, 479 p.

4 Pierre-Jean Deschodt et François Huguenin, La république xénophobe, 1917-1939. De la machine d’État au « crime de bureau » : les révélations des archives, Jean-Claude Lattès, Paris, 2001, p.146.

Javier Rubio, “La politique française d’accueil : les camps d’internement”, Exils et migration. Italiens et Espagnols en France, 1938-1946 (Pierre Milza et Denis Peschanski, Ed.), L’Harmattan, Paris, 1994, p. 114 ; Geneviève Dreyfus-Armand, L’exil des républicains espagnols en France. De la Guerre civile à la mort de Franco, Albin Michel, Paris, 1999, p.38-39.

6 Deschodt et Huguenin, op. cit., p. 150.

 7 On se reportera à l’ouvrage essentiel de Geneviève Dreyfus-Armand, ibid, pp. 41-101 et à Denis Peschanski, La France des camps. L’internement, 1938-1946, Paris, Gallimard, 2002, pp. 36-71. Pour une vision synthétique des choses voir aussi Jean-François Berdah, “L’exil des républicains espagnols durant et après la guerre civile (1936-1945), Réfugiés espagnols dans l’Aude 1939-1940, Actes du colloque international de Carcassonne, Archives départmentales de l’Aude, Carcassonne, 2005, pp. 35-43.

8 La loi promulguée par Louis-Philippe en juillet 1839 interdisait précisément l’installation des Carlistes dans vingt-huit départements du sud de la France. Seule une partie des réfugiés espagnols avaient eu l’autorisation de « se rapprocher des départements de deuxième et de troisième ligne des Pyrénées ». Gérard Noiriel, ibid., p. 54.

9 Rubio, op. cit., pp. 113-114.

 10 Berdah, La démocratie assassinée. La république espagnole et les grandes puissances, 1931-1939, Berg International, Paris, 2000, pp. 314-315 ; L’Illustration, 18 septembre 1937.

 11 François Martin, Les Républicains espagnols en Ariège (1939-1945), Maîtrise, Université de Toulouse II-Le Mirail, 1999, pp. 11-14.

12 Bartolomé Bennassar, La guerre d’Espagne et ses lendemains, Perrin, Paris, 2004, p. 360.

13  DDF, Tome VIII, 12 février 1938, document n°150, p. 311.

 14 César Vidal, La guerra de Franco. Historia militar de la guerra civil española, Planeta, Barcelone, 1996, pp. 307-324.

 15 José Cubero, Les Républicains espagnols, Cairn, Pau, 2003, pp. 37, 40-42.

 16 Édouard Bonnefous Histoire politique de la Troisième République T.6. Vers la guerre : Du Front populaire à la conférence de Munich (1936-1938), PUF, Paris, 1965, p. 213-229, 236-246.

17 Le chef des informations au Quai d’Orsay, Pierre Comert, alla jusqu’à dire publiquement : « Nous vengerons l’Autriche en Espagne ». Cité dans Hugh Thomas, La guerre d’Espagne, Robert Laffont “Bouquins”, Paris, 1985, p. 617.

18 Bonnefous, op. cit., pp. 289-305.

 19 Berdah, op. cit., pp. 384-386.

 20 Berdah, op. cit., pp. 287-289 ; 386-387.

 21 Ángel Viñas, “Las relaciones hispano-francesas, el gobierno Daladier y la crisis de Munich”, Españoles y Franceses en la primera mitad del siglo XX, CSIC, Madrid, 1986, p. 175.

 22 Berdah, op. cit., pp. 395-396 ; DDF, Tome IX, 31 mai 1938, document n°490.

23 DDF, Tome IX, 19 avril 1938, document n°205.

 24 Jordi Planes, “Les Français jugés par les réfugiés catalans”, Les Français et la guerre d’Espagne. Actes du colloque de Perpignan (Jean Sagnes et Sylvie Caucanas, Ed.), CREPF, Université de Perpignan, 1990, p. 392.

 25 L’Illustration, 11 février 1939.

 26 Emmanuelle Salgas, “L’opinion publique et les représentations des réfugiés espagnols dans les Pyrénées-Orientales (janvier-septembre 1939)”, Les Français et la guerre d’Espagne. Actes du colloque de Perpignan, op. cit., p. 186-187.

 27 DDF, Tome XIII, 30 janvier 1939, document n°463.

 28 DDF, Tome XIV, 5 février 1939, document n°41.

 29oir la longue note de voyage rédigée par Léon Bérard entre le 3 et le 6 février 1939 dans DDF, Tome XIV, 7 février 1939, document n°74. Léon Bérard était sénateur des Basses-Pyrénées (Pyrénées-Atlantiques aujourd’hui), « n’avait pas d’ennemis », selon Georges Bonnet, et « était aussi très connu et estimé en Espagne. » Georges Bonnet, Fin d’une Europe. De Munich à la guerre, Bibliothèque du Cheval Ailé, Genève, 1948, p. 84.

 30DF, Tome XIV, 7 février 1939, document n°53.

31 Voir notamment Geneviève Dreyfus-Armand et Émile Témime, Les Camps sur la plage, un exil espagnol, Autrement, Paris, 1995 ; Denis Peschanski, La France des camps. L’internement, 1938-1946, Gallimard, Paris, 2003.

32 Émilienne Eychenne, Pyrénées de la liberté. Les évasions par l’Espagne, 1939-1945, Toulouse, Privat, 1998, p. 43-44.

33 Antonio Téllez Sola, “Francisco Ponzán Vidal dir François Vidal (1911-1944), Républicains espagnols en Midi-Pyrénées. Exil, histoire et mémoire, PUM, Toulouse, 2004, rééd. 2005, p. 164 et du même auteur, La Red de evasión del grupo Ponzán. Anarquistas en la guerra secreta contra el franquismo y el nazismo (1936-1944), Barcelone, Virus, 1996 ; Dreyfus-Armand, op. cit., pp. 159-161.

34 Cité in Téllez Solá, op. cit., p. 165.

 35oir Jean-Louis Cuvelliez, “Les débuts de la Résistance à Toulouse et dans la région”, Mémoire et Histoire : la Résistance (Jean-Marie Guillon et Pierre Laborie, Eds.), Privat, Toulouse, 1995, pp. 121-136.

 36obert Belot, Aux frontières de la liberté. Vichy-Madrid-Alger-Londres. S’évader de France sous l’Occupation, Paris, Fayard, 1998, p. 107.

37 Téllez Solá, ibid.

 38    Eychenne, op. cit., p. 147.

 39 Ce que soulignait déjà Émile Témime en 1996. Émile Témime, “Les Espagnols dans la Résistance. Revenir aux réalités ?”, Mémoire et Histoire : la Résistance, ibid., p. 106.

 40 Dreyfus-Armand, op. cit., p. 162.

41 Thomas, op.cit., p. 671.

 42 «  Article 3 : Les étrangers sans nationalité et les autres étrangers bénéficiaires du droit d´asile, sont soumis à toutes les obligations imposés aux Français (…). Journal officiel, Décret-loi du 12 avril 1939.

 43 L’étude des Compagnies de Travailleurs Étrangers (CTE) et des Groupes de Travailleurs Étrangers (GTE) fait partie d’une recherche en cours.

44 Jean-François Berdah, “L’Ariège et la question espagnole, 1936-1945”, Républicains espagnols en Midi-Pyrénées, op. cit., pp. 281-282.

45 Les CTE se répartissent sur tout le territoire de la France dite libre et sont particulièrement nombreux dans les départements du Midi pyrénéen ou méditerranéen.

46 Berdah, ““L’Ariège et la question espagnole…”, ibid.

47 Jean-François Berdah, “Le Gers et les réfugiés espagnols”, Républicains espagnols en Midi-Pyrénées, op. cit., pp. 304.

 48elon un rapport officiel en date du mois de juin 1943, plus de 30 000 des 36 000 travailleurs engagés dans les GTE, soit 84% du total sont d’origine espagnole. AN AJ72 1262, Rapport spécial n°4 du 24 juin 1943 de l’inspection de la commission allemande d´armistice, p. 10. Voir aussi Émile Témime, Exils et migration…, op. cit., p. 29, qui donne des chiffres assez similaires sur la base d’un autre document.

49 La Haute-Vienne, la Haute-Savoie, le Massif-Central seront des zones priviliégiées de l’action résistante sous l’égide des Républicains espagnols dès 1940.

50 Cité dans François Martin, op. cit., p. 119.

 51 C’est le cas dans le Gers avec l’intégration des guerrilleros espagnols commandés par Tomas Guerrero Ortega, plus connu sous le pseudonyme de “Camilo”, qui se rallient au bataillon de l’Armagnac du capitaine Maurice Parisot. Cf. Berdah, “Le Gers et les réfugiés espagnols”, op. cit., pp. 307-308.

 52 Geneviève Dreyfus-Armand, “Les Espagnols dans la Résistance : incertitude et spécificités”, Mémoire et Histoire : la Résistance, op. cit., p. 224.

53 Sur ce personnage important de la résistance espagnole voir Manuel Martorell, Jesús Monzón, el líder comunista olvidado por la Historia, Pampelune, Pamiela., 2000.

 54 Voir par exemple Sixto Agudo, Los Españoles en la Resistencia Francesa, Saragosse, Unaluna, 2003 ; Narcis Falguera (Ed.), Guérilleros en terre de France : Les républicains espagnols et la Résistance française, Amicale des Anciens Guérilleros et LeTemps des cerises, Pantin, 2000 ; Eduardo Pons Prades, Republicanos españoles en la Segunda Guerra mundial, Madrid, La Esfera de los Libros, 2003.

 55 José Cubero, La Résistance à Toulouse et dans la Région 4, Bordeaux, Éditions Sud-Ouest, 2005, pp. 115-116.

 56 Sur l’opération du Val d’Aran voir par exemple Francisco Moreno Gómez,Agustí Ferrán Sánchez, Maquis y Pirineos, la gran invasión (1944-1945), Lérida (Lleida), Milenio, 2003.

57 Cité dans Anne Dulphy, La politique de la France à l’égard de l’Espagne de 1945 à 1955. Entre ideologie et réalisme, Paris, Direction des Archives, Ministère des Affaires étrangères, 2002, p. 35.

 58 Sur la question de l’ouverture et de la fermeture de la frontière voir Dulphy, op. cit., pp. 235-262, 373-376.

 

 

El PP se niega a condenar a los responsables del bombardeo de Gernika

Le Parti Populaire (PP) refuse de condamner officiellement les responsables du bombardement de Guernica.

Quatre-vingts ans après le massacre le sénat, grâce à la majorité de droite, refuse de reconnaître officiellement la responsabilité des franquistes dans l’attaque opérée par l’aviation nazie.

La rhétorique du déni employée par les sénateurs du PP est toujours la même : refus « de chercher des coupables » dans ce « conflit entre les deux camps qui sont tous deux responsables »; bien que qualifié de « répugnant et injuste » il faut préférer »le pardon collectif »; à la fausse version des franquistes (« ce sont les rouges qui ont incendié la ville ») on oppose que « c’était la guerre et les deux camps ont menti ».

L’Allemagne a reconnu sa propre responsabilité en 1997.

El PP se niega a condenar a los responsables del bombardeo de Gernika
Se cumplen 80 años del bombardeo nazi-franquista a la localidad vasca.
En puertas del ochenta aniversario del bombardeo de Gernika, la villa se quedó ayer sin un gesto de reconocimiento en el Senado y sin una declaración que admitiera oficialmente la responsabilidad del bando franquista en el ataque ejecutado por las aviaciones alemana e italiana.
El PP utilizó su mayoría absoluta para tumbar la moción del PNV, que había incorporado enmiendas de prácticamente todos los partidos y que, incluso, ofreció a los populares aceptar la suya siempre y cuando reconocieran la participación franquista en el ataque. Se da la circunstancia de que fue el vasco Iñaki Oyarzábal el encargado de defender la posición del PP y, aunque reconoció de viva voz la vinculación del ejército golpista con el bombardeo en una breve alusión al inicio de su intervención, no se prestó a plasmarlo sobre el papel y dedicó prácticamente todo su discurso a rechazar “buscar culpables” y caer en la dinámica de los bandos.
En una intervención que fue calificada de “demencial” y “vergüenza” desde otras bancadas, acusó al PNV de intentar que vaya calando entre los jóvenes vascos la idea de que la guerra fue un conflicto de España contra Euskadi para aplastar sus libertades, y que el Estado es heredero del franquismo. Según dijo, Gernika no fue atacada por simbolizar las libertades vascas, sino por ser leal a la república.
Oyarzábal se apoyaba en que la redacción inicial de la propuesta, defendida por el portavoz Jokin Bildarratz, pedía al Gobierno español que reconociera “la responsabilidad del Estado” en el bombardeo y se disculpara. Alemania ya lo hizo en 1997, aunque su Gobierno democrático no fuera heredero del nazismo. Desde la bancada de EH Bildu, Jon Iñarritu trajo a colación ese ejemplo para preguntarse por qué España no hace lo mismo y por qué el PP no está dispuesto a reconocer que la masacre fue perpetrada por el fascismo.
La propuesta jeltzale se enriqueció con enmiendas de los valencianos de Compromís, que pedían aludir a otros municipios estatales devastados, y también del PSOE, Unidos Podemos, ERC y el Grupo Mixto, que apostaban por que el Gobierno reconociera la responsabilidad del ejército sublevado y del posterior Gobierno franquista, y no tanto la responsabilidad del Estado. El resultado fue una propuesta de mínimos, pero el PP planteó una enmienda de sustitución que no aludía al bando franquista y se limitaba a recordar el horror sufrido y reafirmarse en la defensa de los principios democráticos frente a los totalitarios.
Bildarratz dijo que el objetivo de la moción no era enfrentar, sino entender el dolor de los que sufrieron. Oyarzábal respondió que el ataque a Gernika fue “repugnante e injusto”, pero rechazó buscar culpables y propuso un “perdón colectivo”. En un momento llegó a disculpar la versión falsa difundida por el franquismo porque “era una guerra y todos los bandos mentían”. A su juicio, todos cometieron atrocidades, al igual que el Gobierno de Aguirre “cuando permitía ataques a las cárceles” o contra los monárquicos. “Para el PP, la muerte de una mujer en Gernika es igual de injusta que la de un sacerdote en Bilbao. Debemos reivindicar ambas historias”, zanjó. Después introdujo a ETA en la ecuación. Aseguró que “algunos se rasgan las vestiduras”, y luego aceptan homenajes a “terroristas asesinos” en sus pueblos y hablan de bandos para legitimar el terror sembrado en democracia.
El socialista Tontxu Rodríguez pidió al PP que votara a favor porque no se trata de pasar facturas a nadie, sino de reconocer que unos defendían la libertad y otros se alzaron en armas. “Lo dice un vasco que está legitimado para decírselo”, zanjó.
Míriam Vázquez | Diario de Gipuzkoa

 

 


PICASSO, Guernica, Paris 1937

La victoire de Guernica

 

I
Beau monde des masures
De la nuit et des champs

II
Visages bons au feu visages bons au fond
Aux refus à la nuit aux injures aux coups

III
Visages bons à tout
Voici le vide qui vous fixe
Votre mort va servir d’exemple

IV
La mort cœur renversé

V
Ils vous ont fait payer le pain
Le ciel la terre l’eau le sommeil
Et la misère
De votre vie

VI
Ils disaient désirer la bonne intelligence
Ils rationnaient les forts jugeaient les fous
Faisaient l’aumône partageaient un sou en deux
Ils saluaient les cadavres
Ils s’accablaient de politesses

VII
Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde

VIII
Les femmes les enfants ont le même trésor
De feuilles vertes de printemps et de lait pur
Et de durée
Dans leurs yeux purs

IX
Les femmes les enfants ont le même trésor
Dans les yeux
Les hommes le défendent comme ils peuvent

X
Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges
Dans les yeux
Chacun montre son sang

XI
La peur et le courage de vivre et de mourir
La mort si difficile et si facile

XII
Hommes pour qui ce trésor fut chanté
Hommes pour qui ce trésor fut gâché

XIII
Hommes réels pour qui le désespoir
Alimente le feu dévorant de l’espoir
Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l’avenir

XIV
Parias la mort la terre et la hideur
De nos ennemis ont la couleur
Monotone de notre nuit
Nous en aurons raison.

Paul Eluard, Cours naturel, 1938

LA PRIMERA REPÚBLICA

République éphémère :  seulement onze mois d’existence et quatre présidents de la république ! Estanislao Figueras, Francisco Pi i Margall, Nicolás Salmerón y Emilio Castelar se sont succédés. Période troublée par la guerre coloniale de Cuba,  la troisième guerre carliste, le mouvement cantonaliste, le déchirement entre unitaires et fédéralistes…

La deuxième est lâchée en pâture aux dictatures…

La troisième sera la bonne ! Elle ne peut être que fédéraliste…

A la tercera la vencida.

 

 

(Affiche de 1931)

 

Eco Republicano

El 11 de febrero de 1873, las Cortes proclaman la República

El 11 de febrero de 1873, las Cortes proclaman la República
El 11 de febrero de 1873 nacía la Primera República, una etapa histórica fundamental, al tratarse de la primera experiencia republicana y democrática en España.
Ante la abdicación del rey Amadeo I el 10 de enero de 1873, las Cortes, en sesión conjunta del Congreso y Senado, proclamaron la República por 285 votos contra 32 al día siguiente, pero este hecho no consiguió estabilizar la agitada vida política española, ya que a los problemas heredados – levantamiento carlista y guerra de Cuba-, se añadió en el seno del republicanismo la división entre unitarios y federalistas. Por otro lado, se agudizaron las diferencias entre los federalistas más moderados y los intransigentes a la hora de establecer el federalismo, ya fuera desde arriba, ya desde abajo. En esta etapa, además, hay que tener en cuenta la presión social que asociaba la República a la necesidad de reformas importantes en favor de las clases populares, como serían la eliminación de los consumos -impuestos indirectos-, o el sistema de quintas, sin olvidar las cuestiones salariales y de limitación de la jornada laboral. Fuera del ámbito republicano y democrático, los sectores contrarios al establecimiento de un sistema político plenamente democrático trabajaban para liquidar la República, ya fuera desde el extremismo carlista, ya desde las posiciones monárquicas alfonsinas.
La República tuvo cuatro presidentes: Estanislao Figueras, Francisco Pi i Margall, Nicolás Salmerón y Emilio Castelar.
En el período de Figueras se dio un pronunciamiento por parte de los radicales, aunque fracasó. Este hecho motivó que Martos y Serrano huyeran a Francia. En mayo se celebraron elecciones a Cortes Constituyentes en las que triunfaron los republicanos federalistas con una aplastante mayoría de 344 diputados sobre 391. En la primera votación se proclamó la República Democrática Federal.
Pi i Margall accedió a la presidencia de la República el día 11 de junio. El nuevo presidente fracasó a la hora de establecer desde arriba una estructura federal de forma ordenada. La insurrección cantonalista se extendió con gran rapidez en gran parte del este y sur peninsulares. Los cantones serían unidades políticas inferiores a partir de las cuales se debería formar la federación española, es decir, era un movimiento que pretendía montar la estructura federal desde la base. El cantonalismo tuvo un evidente componente social reivindicativo, por lo que debe ser entendido, a su vez, como una reacción ante la posible derechización de la República. Alcoy y Cartagena fueron las principales ciudades que se proclamaron cantones. Fue muy complicado reprimir el cantonalismo, no sólo por su extensión, sino, también porque coincidió con la presión carlista. Estos levantamientos provocaron la dimisión de Pi i Margall, a pesar de que intentó frenar el movimiento a través de una avanzada legislación social: regulación del trabajo infantil, abolición de la esclavitud en Cuba y un proyecto de reorganización del ejército.
Pi i Margall presentó a las Cortes un proyecto de Constitución para la República federal, aunque la discusión parlamentaria no comenzó hasta agosto, con Salmerón en el poder, cuando casi todos los cantones habían sido derrotados. Pero los graves problemas del período alargaron mucho el proceso constituyente. La Constitución de 1873 recogía una estructura federal del Estado: España se organizaría en municipios, estados regionales y el Estado federal o Nación. Además, se establecía la soberanía popular con sufragio universal. Por vez primera, se proclamaba la separación entre la Iglesia y el Estado. Esta Constitución nunca entró en vigor, pero tiene una gran trascendencia histórica porque diseñaba una democracia y un modelo de organización territorial no centralista.
Salmerón se convirtió en presidente en el mes de julio. Su objetivo fue restablecer el orden y envió el ejército para sofocar el movimiento cantonalista. La represión fue intensa. En agosto casi todos los cantones se rindieron, aunque Málaga resistió hasta mediados de septiembre y Cartagena hasta enero de 1874. Con Salmerón, la República inició un viraje hacia posiciones más moderadas. Pero no duró mucho en su cargo porque dimitió por problemas de conciencia al no querer firmar sentencias de muerte impuestas por la autoridad militar.
Castelar alcanzó la presidencia en septiembre, representando el triunfo de la República conservadora. Aunque fue el presidente que terminó el proyecto constitucional federal, era defensor de una República centralista, por lo que postergó la discusión y aprobación del texto. Movilizó a los reservistas para intentar acabar con las últimas resistencias cantonalistas y las guerras cubana y carlista. Además, firmó las penas de muerte que Salmerón había rechazado, y permitió el regreso al país de los dirigentes de los partidos radical y constitucional, Serrano entre ellos. El final de la República se precipitó cuando se reanudaron las sesiones de las Cortes el 2 de enero de 1874. Ese día, Castelar debía rendir cuentas de su labor de gobierno desarrollada desde su toma de posesión. El presidente defendió la importancia de separar la Iglesia del Estado pero no aludió a la necesidad de que se aprobase el proyecto constitucional. La cámara negó la confianza a Castelar y, por consiguiente, dimitió. La posibilidad de que el poder recayese de nuevo sobre los federalistas ofreció un pretexto para el golpe de estado de Pavía, capitán general de Madrid, que en la madrugada del día 3 ocupó el Congreso y disolvió la cámara. De esta manera se puso fin al régimen republicano, aunque oficialmente España siguió siendo una República hasta finales de año.
El general Serrano presidió un nuevo gobierno provisional (dictadura) que tuvo como objetivo restablecer el orden público, controlar a los carlistas y continuar la guerra en Cuba. En diciembre de 1874, el general Martínez Campos se sublevó en Sagunto y proclamó rey a Alfonso XII, hijo de Isabel II. Los intereses de la oligarquía española habían triunfado, aunque no a través del método que había diseñado Cánovas del Castillo para que regresara la monarquía a España.
 
Eduardo Montagut
Doctor en Historia Moderna y Contemporánea (UAM)

Cathy FELIX : les écrivains et la mémoire

La guerre d’Espagne a été une guerre emblématique et des journalistes et des écrivains venus du monde entier se sont engagés aux côtés des Républicains contre le fascisme. Comment ces écrivains ont-ils contribué à forger la mémoire de la Guerre Civile pendant que la dictature muselait les écrivains en Espagne ? Après la mort de Franco, comment les écrivains espagnols ont-ils contribué au réveil d’une mémoire massacrée ?

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