Photographies et travail humanitaire avec Les Réfugiés de la Guerre d’Espagne

Exposition « Philippe Gaussot.

Du 28 octobre 2023 au 18 février 2024

Vernissage : samedi 28 octobre à 12h

Adresse : Carrer Major, 43, 17700 La Jonquera, Girona

Horaire: du mardi au samedi, de 10 à 18h, ainsi que les dimanches et jours fériés de 10 à 14h.

Fermé le lundi

Commissaire de l’exposition: Felip Solé

Collaboration : Famille Gaussot et Association 24 d’Aôut 1944 (Paris)

Le photographe et militant humanitaire français Philippe Gaussot (Belfort, 1911- Chamonix, 1977) a joué, témoin avec son appareil photo, de différents épisodes de la guerre d’Espagne liés à l’aide humanitaire, comme l’organisation de camps d’enfants en France et le soutien aux réfugiés entrant en France. en février 1939.

A la fin de la guerre civile espagnole, aidé par plusieurs camarades catalans et basques, il traverse souvent la frontière pour ravitailler les républicains embourbés dans les désastres de la guerre. En février 1939, il effectue son dernier voyage clandestin et revient dans un camion chargé d’enfants et de femmes : « Notre dernier voyage fut à Puigcerdà, où j’ai conduit un camion de sept tonnes, avec l’aide de deux miliciens, dans des rues minées ». Déjà en France, Philippe Gaussot et le Comité National Catholique animent plusieurs camps de concentration et contribuent à la création d’établissements pour accueillir femmes et enfants. Lorsqu’éclate la Seconde Guerre mondiale, ne pouvant être mobilisé en raison de problèmes de santé, il est nommé délégué national du Comité où il est chargé de la reconversion des exilés. Il transformait ainsi des avocats ou des commerçants en tourneurs ou en experts en sinistres. Il participe également activement à la résistance contre les nazis et s’engage dans les F.F.I (Forces françaises de l’intérieur). A la fin de la guerre, Philippe Gaussot s’installe dans les Alpes, à Chamonix, où il travaille comme journaliste à Le Dauphiné Libéré jusqu’à sa mort.

L’exposition présente une sélection de photographies de Philippe Gaussot découvertes par son fils Jean-Philippe Gaussot dans une valise après la mort de son père.

Par l’intermédiaire de Felip Solé, réalisateur et cinéaste, les négatifs furent confiés à l’association 24 Août 1944 à Paris. Toute cette équipe, avec la complicité de l’historien Gregory Tuban, a travaillé avec le MUME pour pouvoir montrer pour la première fois en Catalogne cette sélection de près d’une centaine de photographies.

L’exposition est divisée en deux parties. D’une part, la série de photos Philippe Gaussot et les camps d’enfants du Comité national catholique (1937-1940) représente l’accueil des enfants basques et catalans envoyés en France pour échapper aux horreurs de la guerre. Loin du bruit des fusils, ils ont pu retrouver le sourire sur les bancs de l’école ou en effectuant des tâches et des jeux collectifs. D’autre part, La Retirada i les camps (1939) montre les chemins et les circonstances difficiles de l’exil des réfugiés républicains. Gaussot a suivi pas à pas l’exode, en plein mois de février, sur des sentiers de montagne enneigés, pour atteindre un hypothétique refuge en France. L’accueil sera très décevant puisque, notamment les militaires de l’Armée populaire de la République, devront dormir sur les plages glacées des camps de concentration de Roussillon, fermés par des barbelés, gardés par des militaires armés, des spahis sénégalais, algériens et des gendarmes.

Ces négatifs représentent un témoignage exceptionnel et ont la qualité photographique des meilleurs photographes de l’époque. Malgré sa fonction de témoignage, relative à l’œuvre humanitaire liée au Comité national catholique, organisation d’aide religieuse dont il était représentant et délégué, ils transmettent au public non seulement le désordre de l’exode ou l’inquiétude et l’angoisse de ces gens, mais aussi la fierté, la dignité et surtout la combativité.

Plus d’information sur Philippe Gaussot:

Web Gaussot (Jean-Philippe Gaussot) https://www.gaussot.eu/

Une Mémoire Démocratique pour une Démocratie en Danger

Le manifeste adopté à l’occasion des XIe Rencontres Transfrontalières des Associations de mémoire historique, démocratique et antifasciste se terminait sur l’engagement des participants aux groupes de travail à « agir au sein des sociétés dans lesquelles elles vivent et se développent » car « elles ne peuvent ni ne doivent rester silencieuses face à la dégradation de la démocratie dans leurs pays (tant en France qu’en Espagne) et dans le monde. » En ce sens, le manifeste souligne que la mémoire démocratique est « le vaccin qui immunisera notre société d’aujourd’hui contre le virus de la haine dont l’extrême droite a besoin pour grandir et triompher ».
En France les groupes d’extrême droite et nazis n’hésitent plus à se montrer, diffusent de la propagande antisémite et tentent de profaner les camps comme ce fut le cas pour le camp de Gurs. L’intervention de la gendarmerie a permis d’éviter la profanation. Les mesures adoptées par le gouvernement Macron affectent les couches les plus pauvres du pays y compris les classes moyennes ou la jeunesse étudiante, dont une grande partie est contrainte d’abandonner ses études ou, comme le démontrent les statistiques, doit se limiter à un seul repas par jour en raison de l’inflation (46 %). Tout cela constitue désormais un terreau favorable à la réception du discours de Marine Le Pen qui, avec 89 sièges sur les 577 que compte l’Assemblée Nationale, s’affiche comme la seule personnalité capable de battre Emmanuel Macron aux élections pour la Présidence de la République de 2027. Cependant, alors qu’à l’intérieur elle adopte un discours trompeur et se présente comme une force respectable, modérée et au profil social, (sur la base cependant d’un État providence réservé aux seuls nationaux du pays) dans le but de susciter et de recueillir le vote des secteurs les moins politisés, habituellement abstentionnistes, à l’extérieur, au contraire, pour les élections au Parlement européen prévues en 2024, elle montre son vrai visage et cherche des alliances avec d’autres forces de l’extrême droite européenne telles la Ligue de Salvini dont elle partage le même discours xénophobe, raciste et anti-immigrés.
Parallèlement l’extrême droite prend le contrôle de publications et de médias audiovisuels et y installe des journalistes affidés chargés de vulgariser sa propagande révisionniste dans le but de neutraliser l’antifascisme.

L’Espagne, de son côté, si elle a enregistré quelques nouvelles positives avec un rapport du parquet favorable à l’admission de la plainte déposée par Carles Vallejo à la suite des tortures subies lors de sa détention au début des années 70, ou avec la première audition de Julio Pacheco par un juge sur les tortures dont il a été victime en 1975 après son arrestation par la police secrète de Franco, a vu malheureusement s’affirmer une forte présence électorale de l’extrême droite.
Et, ce qui est bien pire, l’extrême droite a réussi à contaminer une partie de la société avec son discours de haine et d’exclusion et à amener d’autres formations comme le P.P à calquer leur agenda et leurs propositions sur les siens jusqu’à s’associer à VOX pour gouverner de nombreuses communautés autonomes.
Heureusement, la mobilisation de la gauche lors des élections générales de juillet a empêché, au moins pour l’instant, qu’ils puissent gouverner ensemble le pays. Ils ont conclu des accords prévoyant des mesures, développées avant et après les élections, qui, en plus de vouloir restreindre les droits fondamentaux des femmes, nient la diversité sexuelle, favorisent les plus riches et les plus puissants à travers une politique fiscale qui réduit (et parfois élimine) les impôts qui taxent la richesse. Ils veulent récupérer ce qu’ils considèrent comme l’essence de l’hispanité. Ils veulent en finir avec la Mémoire Démocratique en abrogeant les lois promulguées en ce domaine ou en les laissant sans application, tout en prônant un discours qu’ils fondent sur ce qu’ils appellent la concorde et la réconciliation, mais qui n’est rien d’autre que l’oubli et le silence.
La Mémoire Démocratique ne peut être tributaire du gouvernement en place. Elle constitue un axe central de l’État lui-même, pour autant qu’il soit défini comme démocratique. Les politiques de mémoire publique sont une obligation dont le respect ne peut dépendre de la volonté de gouvernants car elles constituent une partie inaltérable de l’héritage démocratique de la société. L’élimination de la mémoire démocratique sape les fondations sur lesquelles l’État démocratique s’est construit et se soutient. Il ne s’agit pas, comme le prétend à tort la droite espagnole, d’imposer un récit historique partisan mais de transmettre une série de valeurs démocratiques apprises de nos expériences en tant que société et qui doivent être communes aux citoyens car elles constituent le noyau de la conscience démocratique nécessaire à la construction de celle-ci. En définitive, il s’agit de récupérer, réhabiliter et reconnaître le patrimoine commun et universel de tous ceux qui ont lutté pour la démocratie dans le passé.

Pour cette raison, au moment où la démocratie est menacée, la protéger implique de revendiquer la Mémoire Démocratique et, par conséquent, de défendre les groupes et les entités qui se consacrent à sa promotion et à sa diffusion. Ces derniers sont devenus des ennemis à abattre car, tant qu’ils résistent, l’extrême droite ne pourra imposer sa vision sociale et politique d’exclusion absolue. Notre rôle revêt par conséquent une importance particulière et, comme nous l’avons vu tout au long de ces XIIe Rencontres Transfrontalières des associations de mémoire historique, démocratique et antifasciste organisées à Villeneuve-sur-Lot (France), nous devons mettre en place une grande diversité d’ actions et propositions pour faire face au défi qui nous est posé, ce qui nécessite également que nous nous dotions des outils et des instruments qui nous permettent de toucher le plus grand nombre possible de nos concitoyens.
Comme l’a déclaré Enzo Traverso, qui a inauguré ces XIIe Rencontres, « nous sommes au milieu d’un processus de transition dont les résultats sont encore inconnus et ouverts soit à un New Deal du XXIe siècle, capable d’affronter le changement climatique et d’inverser les transformations produites par quarante ans de néolibéralisme soit à un virage à l’extrême droite qui jettera notre planète dans la catastrophe annoncée. Dans le contexte actuel, les deux résultats sont parfaitement possibles ».
C’est la raison pour laquelle les associations de mémoire et chacune des personnes qui s’y impliquent activement, constituent un barrage défensif contre cette marée noire et pestilentielle de haine et d’exclusion.
Mais nous devons aussi être des agents actifs dans la bataille pour l’hégémonie culturelle en opposant à sa conception du monde un modèle de société dans lequel les valeurs propres à notre Mémoire Démocratique assurent la liberté et la coexistence pacifique de tous ses membres. Car une société n’est démocratique que si elle garantit les droits fondamentaux de chacune des personnes qui la composent.
Cela étant dit, nous entendons affirmer :
PREMIÈREMENT : En matière éducative, il est essentiel de souligner les aspects positifs du changement de cadre légal qui oblige désormais à « la connaissance de l’histoire et de la mémoire démocratique espagnole et de la lutte pour les valeurs et libertés démocratiques », même si cela peut être affecté par la charge de travail administratif importante du personnel enseignant et des ratios par classe très élevés. Quoi qu’il en soit, l’étude de l’Histoire doit sans aucun doute se relier aux principes de vérité, de justice, de réparation et de garantie de non-répétition.

Pour y parvenir, la présence des entités et associations mémorielles est essentielle ainsi que la nécessité d’incorporer d’autres acteurs de la communauté éducative comme les associations familiales. Et cela non seulement dans les écoles publiques, ce qui est notre engagement sans équivoque, mais aussi en essayant d’atteindre les élèves des écoles sous contrat et privées tant qu’elles existeront.
D’autre part, nous devons nous intégrer aux réseaux académiques et chercher à les étendre au niveau transfrontalier, mais avec la volonté de favoriser les échanges, dans un dialogue enrichissant et permanent, afin que la contribution des entités et associations mémorielles soit effective et assure leur participation active à la tâche cruciale de l’éducation.
Mais la mémoire n’est éloignée ni du présent ni du futur et il ne faut donc pas oublier de lier l’apprentissage de l’Histoire et de la mémoire aux débats actuels sur les luttes des femmes, les droits sexuels, l’immigration, les réfugiés ou autres.
Concernant la terminologie utilisée, le débat lexical est ouvert et questionne l’utilisation du terme « guerre civile » qui ne reflète pas pleinement ce qui s’est passé en Espagne (persécutions politiques, répression et extermination). La terminologie « guerre civile ne prend pas en compte le contexte que fut le conflit contre le fascisme, prélude à la Seconde Guerre mondiale.
Enfin, la formation des enseignants universitaires doit inclure la Mémoire Démocratique dans ses programmes, comme cela se fait déjà, par exemple, en Navarre.
DEUXIÈMEMENT : Concernant l’actuelle loi 20/2022 du 19 octobre sur la Mémoire Démocratique, nous reconnaissons qu’elle contient des avancées importantes même s’il y a aussi certains aspects qui pourraient être améliorés.
Mais il est évident qu’elle va au-delà de la loi de 2007, en intégrant des éléments fondamentaux comme, par exemple, la condamnation affirmée du coup d’État ou la déclaration d’illégalité du régime franquiste. Cependant, nous sommes préoccupés par le retard opéré dans la mise en œuvre des nombreuses propositions contenues dans ce texte qui sont dans l’attente de l’approbation de la norme réglementaire correspondante. En effet, à l’heure actuelle, aucun texte réglementaire n’a été promulgué et le seul projet de texte qui avait été élaboré se trouve suspendu en raison des échéances électorales. Cela signifie qu’un non-respect des délais peut survenir générant des situations indésirables ou une perte de droits. Il est essentiel, en ce sens, de mettre en place un cadre institutionnel qui garantisse le respect des dispositions légales, afin que la loi ne se cantonne pas à être purement déclarative mais permette réellement de mener à bien des politiques et des actions concrètes sur lesquelles il ne soit pas possible de revenir ensuite.

Pour mettre en exergue cette problématique, il est proposé d’adresser aux forces politiques avec représentation institutionnelle un modèle de motion à approuver dans l’institution correspondante dans laquelle il est demandé le respect et le développement de la Loi dans tous ses aspects.
En outre, il est proposé que les associations et entités de mémoire, tant françaises qu’espagnoles, signent une demande d’inscription au Registre des entités prévu à l’article 59 de la loi, dont l’élaboration réglementaire est encore en attente, afin qu’elle serve de moyen de pression sur le gouvernement pour qu’il prenne les dispositions réglementaires adéquates et installe le Conseil de la Mémoire Démocratique.
Enfin, un appel est formé contre le risque de privatisation et de marchandisation de la mémoire, qui en ferait un business lucratif au lieu d’un outil de sensibilisation. En ce sens, l’État doit prévoir les mécanismes juridiques appropriés pour garantir que l’objectif prévu par la Loi de Mémoire soit atteint, en s’appuyant dans cette tâche sur les associations mémorielles.
TROISIÈMEMENT : Il est nécessaire que le travail des entités et associations mémorielles, avec toutes les ressources qu’elles ont pu générer, les documents qu’elles ont produits, ainsi que les expériences qui ont façonné leurs actions (travail avec les écoles, les ciné-clubs, les expositions, etc.), soit rendu public et valorisé. Pour ce faire, il est proposé de partager mutuellement tout ce bagage au travers d’une base de données dans laquelle seront répertoriés matériels, expositions, ressources pédagogiques… qui pourront ensuite être utilisés non seulement par les différentes associations, mais aussi par d’autres types de publics : chercheurs, membres de la famille, etc., afin de générer des dynamiques permettant la transmission efficace de la mémoire et l’incorporation de nouveaux membres. Ainsi, un groupe de travail permanent est créé afin de faire avancer le développement de la plateforme télématique qui sert d’outil pour réaliser cet objectif, en évaluant notamment comment assurer la conservation à long terme de ce matériel (transfert aux archives, numérisation …).
QUATRIÈMEMENT : Nous devons intégrer et reconnaître la trajectoire et la mémoire du féminisme tout au long du XXe siècle, dans sa lutte pour les valeurs démocratiques et l’égalité, d’autant plus maintenant que ses acquis et ses conquêtes sont en danger, menacés par les discours et les pratiques de l’extrême droite, suivis par ceux de la droite traditionnelle.

En outre, la montée de la violence contre les femmes nous oblige à chercher des solutions, en analysant, comme cela a été fait lors de ces XIIe Rencontres, la construction de politiques d’égalité et de luttes contre la violence de genre en France et en Espagne, et les risques actuels de régression. Le déni des violences sexistes ou la montée des violences sexuelles sont des réalités qui deviennent aussi des champs de bataille pour les entités mémorielles et les associations.

La fin de ces XIIe Rencontres Transfrontalières des associations de mémoire historique, démocratique et antifasciste coïncide avec le début d’une nouvelle période de défense d’une démocratie que l’extrême droite assiège et cherche à remplacer par un monde de rejet et d’exclusion dans lequel prédomineraient l’autoritarisme, le déni et le suprématisme. C’est la raison pour laquelle les associations mémorielles et leurs membres renouvellent, ici et maintenant, leur engagement en faveur de la Mémoire Démocratique et, avec elle, leur engagement sans équivoque en faveur de la tolérance, du respect et de l’inclusion de tous dans notre idéal d’un monde meilleur, authentiquement libre, égalitaire et fraternel, c’est-à-dire antifasciste.

Agen le 1er octobre 2023.

ENTITÉS SIGNATAIRES :

AFFNA 36, Ay Carmela, Brigadas Internacionales de Catalunya, Associacio Catalana Ex presos Politics del Franquisme, Caminar, Fundación 14 de abril, La Barranca, MER 47, MER 64, TML, Txinparta RMC, Instituto Navarro de la Memoria, Circulo Republicano Huesca, Amarres (Association Mémorielle Auvergnate Réfugiés Républicains Espagnols), MHRE 89, Asociación de Memoria Histórica “Los Barracones”, M.R.A.S.T (Mémoire Résistance en Ariège – Solidarité Transfrontalière), Fundación Domingo Malagón, Asociación Sobrarbense la Bolsa, Ateneu de Memoria Popular.

Ces femmes qui ont pris les armes pendant la guerre d’Espagne

La participation des femmes à la guerre civile espagnole entre 1936 et 1939 demeurait un angle encore peu étudié par les chercheurs. Comme une représentation de la misogynie de la société masculine de l’époque.

S’ajoutent à cela les particularités des combats en Espagne, des milices transformées en armée régulière jusqu’à l’interdiction totale de la présence des femmes sur le front le 1er décembre 1936. Si Ken Loach avait, dans son film Land and Freedom, évoqué cet aspect, peu d’éléments permettaient d’en comprendre réellement les enjeux et l’importance. Deux ouvrages viennent utilement combler cette lacune.

«Les Combattantes», la puissance des femmes espagnoles

Les Combattantes, de Gonzalo Berger et Tània Balló est un livre passionnant, écrit par deux spécialistes de la participation des femmes dans la guerre civile espagnole. Leur propos est centré sur la Catalogne, dans une remarquable synthèse des informations existantes.

L’historien et l’autrice commencent par analyser l’organisation de femmes libertaires espagnoles Mujeres libres. Ce groupe, fondé en 1933, était d’abord une structure féministe avant de se transformer, en 1936, après la victoire du Frente Popular, en organisation politique. Son but était d’obtenir l’émancipation des femmes par l’alphabétisation –l’Espagne comptait alors plus de 50% d’illettrées– par la dénonciation du capitalisme, la lutte contre la prostitution et, enfin, par la recherche de l’égalité entre les sexes.

Ces femmes qui ont pris les armes pendant la guerre d’Espagne

Particulièrement active en Catalogne et à Madrid, l’organisation a également appelé à rejoindre le front et à combattre. Mais cet espoir égalitaire a été de courte durée: lors de la militarisation des groupes de volontaires en octobre 1936, elles ont été renvoyées à l’arrière. Le groupe Mujeres libres n’a jamais été reconnu comme l’un des noyaux centraux du mouvement libertaire espagnol.
Les deux spécialistes se penchent ensuite sur la participation des femmes à la bataille de Barcelone (du 29 juin au 3 juillet 1642), faisant apparaître le caractère quasi légendaire de certaines combattantes, à l’image de Marina Ginestà, immortalisée le fusil à l’épaule, dominant Barcelone.

Exhumant le poids des femmes dans les familles politiques, Gonzalo Berger et Tània Balló passent en revue les quelques dizaines de communistes engagées: des figures comme la sous-lieutenante Rosa Domènech ou la combattante Maricruz Carrasco, les 160 combattantes de la colonne Durruti en Catalogne, ou les 109 militantes du Parti ouvrier d’unification marxiste (le POUM) de Barcelone. Ils évoquent enfin les femmes victimes de la répression franquiste fusillées à Montjuïc, la prison militaire de Barcelone, en 1939.

Les Combattantes–L’histoire oubliée des miliciennes antifascistes dans la guerre d’Espagne

Cette lecture peut être complétée par celle de ¡Solidarias!, ouvrage coordonné par l’historien Édouard Sill. Le livre est né d’un colloque consacré aux volontaires étrangères et à la solidarité internationale féminine durant la guerre d’Espagne, organisé par les Amis des combattants en Espagne républicaine. Il privilégie quatre thèmes: le retour sur l’histoire et le traitement de la question de la présence féminine; la place des volontaires; la solidarité féminine à l’étranger; et le rôle des intellectuelles. Les contributions rassemblées se penchent sur ce champ méconnu du soutien à la République espagnole.

L’engagement des femmes dans la solidarité internationale –dans les organisations de soutien aux anarchistes ou au groupe marxiste du POUM, dans les Brigades internationales–, bien que faible sur un plan numérique (un peu plus de 600 engagées sur quelque 40.000 volontaires), recouvre plusieurs aspects.

Ces femmes qui ont pris les armes pendant la guerre d’Espagne© Fournis par Slate
La division sexuée du conflit faisait que les femmes étaient renvoyées à des métiers spécifiques comme celui d’infirmière. La consultation du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, fondé par l’historien Jean Maitron, montre que sur 9.000 Français partis en Espagne, il y avait 96 femmes. L’immense majorité était présente à l’arrière; seules quelques militantes, surtout dans les premiers mois, ont participé aux combats.

Ce cas de figure se retrouve également chez les volontaires américaines: dans la Brigade Abraham Lincoln, les femmes étaient surtout vouées au rôle d’infirmière. C’est Fredericka Martin, infirmière de formation, qui coordonnait l’envoi puis le placement des 116 volontaires (sur les quelque 3.000 combattants nord-américains) dans les dispensaires. Il en est de même pour les Pays-Bas: sur plus de 700 volontaires, 22 femmes se sont rendues en Espagne, principalement pour travailler en tant qu’infirmières. Et sur les 3.500 volontaires italiens, 55 femmes ont participé aux soins.

La photographe Gerda Taro, compagne de Robert Capa, a porté une attention toute particulière à l’engagement des combattants.

L’ouvrage souligne également que les femmes avaient des qualifications plus élevées que leurs homologues masculins, appartenant pour le quart d’entre elles à des groupes sociaux privilégiés, ce qui a conduit à les écarter du front pour qu’elles servent ailleurs –dans le domaine médical déjà évoqué, ou au sein de services de traduction ou de rédaction.

La solidarité internationale organisée depuis l’étranger est aussi analysée. L’étude de l’organisation libertaire Solidarité internationale antifasciste et de celle contrôlée par le Parti communiste français, le Secours rouge, vient souligner la faible visibilité des femmes, à l’exception de quelques figures souvent mises en avant dans ces organisations: Paula Feldstein pour la maison d’enfants de la Solidarité internationale antifasciste; et Agnès Dumay dans le cas du Secours rouge, devenu populaire, morte sous les bombes franquistes en décembre 1938, alors qu’elle organisait le départ d’enfants.

Le rôle des intellectuelles et des artistes parties en Espagne est également abordé dans ¡Solidarias!. L’engagement de la photographe Gerda Taro, alors compagne de Robert Capa, est mis en valeur, l’ouvrage soulignant l’attention toute particulière qu’elle a portée à l’engagement des combattants. Certaines de ses photos sont aujourd’hui devenues iconiques. Sa mort près de la ligne de front en 1937 a encore renforcé la légende.

Sylvain Boulouque

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ACTIVITÉS & INTERVENTIONS DE L’AMICALE DU CAMP DE CONCENTRATION DU VERNET D’ARIÈGE OCTOBRE-NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2023

• PARTENARIAT avec l’association IBERIA CULTURA de Pamiers :

CONFÉRENCE le samedi 14 octobre de 14h à 16h, à la salle Iberia Cultura à côté de la salle du Jeu du Mail : « Voyage dans le curieux pays du Vernet » Le croirez-vous, cette conférence a été présentée pour la première fois au printemps 1940 dans le camp de concentration du Vernet d’Ariège par Sandor GARAÏ et Ewald ZWEIG !!! Imaginée par ces deux internés, elle s’articule autour d’une pièce de théâtre, « La grande illusion », & d’un carnet de dessins, « Voyage dans le curieux pays du Vernet » Les dessins du carnet & les décors de la pièce ont été réalisés par un autre interné Vladimir MAKAROFF.

C’étaient des Étrangers Indésirables, dénomination officielle de l’époque… Ils avaient choisi de résister à l’absurde inhumanité & à la violence du système concentrationnaire français mis en place par la Troisième République Française & amplifié par l’État Français Fasciste de Pétain.

Cette résistance s’est exprimée par le théâtre et le dessin empreints d’un humour noir profond…

EXPOSITIONS le samedi 14, le mardi 17, le mercredi 18 octobre de 14h à 18h à la salle Iberia Cultura à côté de la salle du Jeu du Mail :
Une exposition présentera l’histoire du camp de concentration du Vernet d’Ariège, l’autre, la vie des républicains Espagnols à Pamiers.

HISTOIRES DE SE RENCONTRER au Mas d’Azil : EXPOSITION : ÉTRANGERS INDÉSIRABLES 1939 1944 à la salle des fêtes du Mas d’Azil du 19 au 22 octobre :
Cette exposition présente une sélection de notre fonds iconographique riche de 800 dessins concentrationnaires. Tous ceux qui sont exposés ont été réalisés par les artistes pendant leur internement. Nous pouvons l’affirmer car la plupart sont datés & portent la mention manuscrite des artistes, Vernet ou Camp du Vernet.

Ces dessins peuvent avoir plusieurs lectures artistique, émotionnelle, historique. Chacune/chacun appréciera ces œuvres avec son ressenti personnel. Le talent des artistes, l’émotion provoquée par les dessins, le côté historique feront vibrer votre cœur.

Vous pourrez en apprendre un peu plus sur ces artistes internés grâce aux biographies quand nous avons pu les réaliser avec le concours de leurs familles ou de leurs proches. Vous verrez aussi les fiches d’internement des artistes ou des personnes qu’ils ont dessinées. La plupart de ces documents ont été trouvés dans les Archives Départementales de l’Ariège à Foix. Les cotes indiquées attestent de l’authenticité de ces documents.

Ces dessins ont été sortis du camp de concentration du Vernet d’Ariège par les
internés eux-mêmes ou par des gardiens avec qui ils avaient sans doute effectué du troc. Tous ces originaux nous ont été donnés par leurs familles ou leurs proches. 279 dessins encadrés sont rangés dans des caisses compartimentées équipées de roulettes, ce qui permet de les protéger & de les déplacer facilement pour les expositions.

Les autres dessins sont rangés dans des enveloppes en attente de financement pour
leur offrir un écrin qui assurera leur pérennité.

Visite commentée de l’exposition le vendredi 20 octobre à 19h.
Visites de groupes scolaires ou non sur réservation au 06 79 90 30 48
Programme complet sur : www.rencontretheatraleducarlabayle.wordpress.com

CONFÉRENCE : « Des anarchistes face au franquisme » par Joël Ruiz, le 26 octobre à 20h30, salle Espalioux à Pamiers.

CÉRÉMONIE « LES OUBLIÉS DE LA TOUSSAINT » au cimetière Le 1er novembre à 11h, nous nous retrouverons pour cette cérémonie afin d’honorer LA MÉMOIRE DES COMBATTANTS
ANTIFASCISTES CONNUS OU INCONNUS MORTS POUR LA LIBERTÉ DES PEUPLES.

Après les prises de parole devant la stèle les personnes présentes seront invitées à participer activement à la cérémonie :

• D’abord en lisant les noms de tous les internés décédés à cause de leurs conditions d’internement

• Puis, il faudra déposer une fleur sur chaque tombe afin qu’ils ne tombent pas dans l’oubli.

• Ensuite il s’agira de dévoiler des médaillons sur certaines tombes : ce sont nos recherches qui nous ont permis de découvrir ces photos des internés & ainsi les sortir un peu plus de leur anonymat. Ci-contre, une photo d’Antonio Guirau.

• Nous partagerons ensuite le pot de l’Amicalitié.

HISTOIRE DE MÉMOIRE & MÉMOIRE DE L’HISTOIRE à Pailhès

o Salle des fêtes de Pailhès, le vendredi 24 novembre à 20h : SPECTACLE : « Quand je pense à elle » Avec Délia Escuer et Clara Declercq (en voix off)

L’exil des Républicains espagnols à travers trois générations de femmes dans un « seule en scène », la comédienne interprète tour à tour le rôle de sa mère et son
propre rôle. Elle voyage entre Madrid et Paris au rythme des musiques et de la voix off de sa petite fille. Pour seul décor, unfauteuil dans lequel elle fait revivre ses personnages. Un spectacle émouvant à ne pas manquer.

o Salle des fêtes de Pailhès, le vendredi 1er décembre à 20h :

CONFÉRENCE « Voyage dans le curieux pays du Vernet »
Le croirez-vous, cette conférence a été présentée pour la première fois au
printemps 1940 dans le camp de concentration du Vernet d’Ariège par Sandor GARAÏ EtEwald ZWEIG !!!

Imaginée par ces deux internés, elle s’articule autour d’une pièce de théâtre, « La grande illusion », & d’un carnet de dessins, « Voyage dans le curieux pays du Vernet » Les dessins du carnet & les décors de la pièce ont été réalisés par
un autre interné Vladimir MAKAROFF.

C’étaient des Étrangers Indésirables, dénomination officielle de l’époque… Ils avaient choisi de résister à l’absurde inhumanité & à la violence du système concentrationnaire français mis en place par la Troisième République Française & amplifié par l’État Français Fasciste de Pétain. Cette résistance s’est exprimée par le théâtre et le dessin empreints d’un humour noir profond…

Dimanche 30 juin 2024 : cérémonie pour commémorer les 80 ans de la fermeture du camp de concentration du Vernet d’Ariège sur le parvis de la gare. 1716 RUBANS de MÉMOIRE seront accrochés aux grilles de l’Espace Gare-Wagon lors de cette cérémonie. Nous comptons sur votre présence pour nous aider à réaliser ce projet.
Dimanche 1er décembre 2024, 80ème anniversaire de la création de notre Amicale.

A consulter ici : Inscriptions RTF 2023

L’abrogation par PP et Vox de la loi de la mémoire provoque une réaction massive et sans précédent de la société civile cantabrique « contre le négationnisme historique »

La Plateforme pour la mémoire et la démocratie de Cantabrie est créée en 48 heures, à laquelle 800 personnes ont déjà adhéré individuellement, ainsi que 65 organisations, y compris des syndicats et des partis tels que PRC, PSOE et Podemos, ainsi que des collectifs du reste du pays.

PP et Vox stoppent la récupération de la mémoire historique en Cantabrie : « Ils veulent perpétuer l’oubli que le franquisme a établi »

La décision du PP et de Vox d’abroger au Parlement de Cantabrie la loi sur la mémoire historique approuvée il y a quelques mois a déclenché un mouvement citoyen contre cela, en un temps record de 48 heures, a signifié la création d’une plate-forme à laquelle 800 citoyens de la Communauté ont déjà adhéré, ainsi que des partis, des syndicats et des collectifs, également d’autres autonomies du pays.

Il n’y a pas de démocratie sans mémoire

La Plate-forme Mémoire et Démocratie de Cantabrie a été présentée ce mercredi lors d’une conférence de presse tenue dans l’espace critique La Vorágine de Santander, où un manifeste a été rendu public dans lequel l’attitude du Parti populaire et de Vox est censurée, tandis que la mémoire des victimes de la guerre civile et du franquisme est revendiquée. La plate-forme reçoit des adhésions continues et ces jours-ci, elle continuera à être structurée pour mener des initiatives de protestation et de sensibilisation.

Parmi les partis qui ont rejoint la plate-forme figurent le PSOE, Podemos, Izquierda Unida et le PRC de Miguel Ángel Revilla. Les principaux syndicats de Cantabrie ont également été intégrés.

« La tentative de Vox et du PP de mettre fin à la loi de la mémoire historique et démocratique active un réseau sans précédent avec des dizaines de collectifs de mémoire, d’organisations, d’associations, de syndicats et de partis politiques dans la région », ont rapporté les promoteurs de cette initiative. « La Plateforme est née autour d’un manifeste dans lequel ils annoncent une réponse plurielle, diverse et profondément démocratique aux tentatives de récupérer les discours qui légitiment le coup d’État de 1936 et la dictature, « dont nous subissons encore les conséquences ».

Le PP a approuvé le 25 septembre une initiative de Vox par laquelle le Parlement cantabrique a exhorté l’exécutif régional (PP) à présenter « dès que possible » un projet de loi abrogeant la loi sur la mémoire historique et démocratique de Cantabrie approuvée lors du dernier mandat par le PRC et le PSOE. Au cours du débat de l’initiative, les régionalistes et les socialistes ont défendu que cette norme cherche la « justice » et donne une couverture juridique « à tous ceux qui ont souffert » dans la période qui va de la guerre civile jusqu’à l’entrée en vigueur de la Constitution de 1978, car « elle ne parle pas de partis, de vainqueurs ou de vaincus ».

Les partis de la droite cantabrique, cependant, continuent de maintenir leur position péjorative, comme l’a récemment déclaré le porte-parole du PP, Juan José Alonso, qui, dans une interview à ce média, a considéré que la législation qui doit être abrogée est sectaire. « Je ne comprends pas que la position du Parti populaire soit surprenante », a-t-il déclaré. La dernière législature le PP a rejeté cette loi parce qu’elle la considérait sectaire et partisane, quand elle différenciait les victimes d’un côté et de l’autre, alors que le PP a toujours défendu une loi d’unité. »

En toile de fond, il y a le caractère unique de la Cantabrie sur la carte régionale nationale: le PP gouverne seul sans donner accès au gouvernement de María José Sáenz de Buruaga à Vox, ce qui ne l’a pas empêché d’être un « pionnier » dans l’abrogation des lois régionales qui développent la législation sur la mémoire démocratique.

La mobilisation citoyenne, sans précédent dans l’histoire récente de la Communauté, est une réaction contre « le négationnisme d’une partie de l’arc politique sur la nécessaire mémoire historique, démocratique et collective face à la répression exercée par les putschistes et leurs complices, ainsi que par la dictature franquiste depuis des décennies », indique le manifeste.

En réaction, cette « large, diverse et suppose l’alliance de dizaines d’organisations et de citoyens » a émergé, dont l’objectif est « d’approfondir une démocratie juste et crédible et de corriger la dette historique honteuse de ce pays avec les victimes de la violation systématique des droits de l’homme qui dure depuis plus de quatre décennies.

La Plateforme articulera une « réponse plurielle, diverse et profondément démocratique aux tentatives de récupération des discours qui légitiment le coup d’État et la dictature, dont nous subissons encore les conséquences ».
Dans la plate-forme se trouvent les principales associations de mémoire historique et de victimes du franquisme en Cantabrie, mais il y a aussi des organisations populaires, des collectifs culturels, des syndicats (CCOO, UGT, STEC ou CGT, entre autres) ou des partis politiques (PSOE de Santander, PRC, Gauche unie, Podemos, Anticapitalistas, entre autres). De plus, le manifeste a déjà reçu le soutien de 31 organisations de mémoire du reste du pays et avait été signé, jusqu’à 8 heures du matin le 4 octobre, par 756 citoyens. Tant le manifeste que la Plateforme Mémoire et Démocratie de Cantabrie laissent les portes ouvertes à l’incorporation d’organisations et de groupes et à l’adhésion des citoyens.

La Plate-forme est née avec l’intention de promouvoir une forte campagne pédagogique dans la communauté autonome pour sensibiliser à l’importance de la mémoire historique « pour construire sur la reconnaissance de la vérité historique un avenir digne dans lequel le passé n’est pas un désert de mémoire ou une forêt de silences honteux ».

Manifeste

« Les organisations, collectifs, groupes et citoyens soussignés, avant :

• La négation d’une partie de l’arc politique sur la nécessaire mémoire historique, démocratique et collective face à la répression exercée par les putschistes et leurs complices, ainsi que par la dictature franquiste depuis des décennies,

• L’invisibilité des victimes de torture, d’emprisonnements illégaux, de procès « sommaires », de bombardements de civils sans défense, de camps de concentration, de travail forcé, de disparitions forcées, d’exécutions extrajudiciaires, de déportations, de stigmatisation, d’expropriation illégale de biens, de violences sexuelles comme outil de harcèlement et de terreur, d’exil politique, etc.,

• Le déni de la répression systématique contre les femmes, du vol de bébés et des structures verticales de domination et d’enfermement des femmes qui étaient opérationnelles jusqu’à il y a quelques décennies,

• L’insistance à dissimuler que la plupart de ces violations des droits de l’homme ont eu lieu après la fin de la guerre,

• La dette historique de notre système politique actuel envers ces victimes qui se traduit par une absence quasi totale de vérité, de justice, de réparation et de garanties de non-répétition,

• La tentative fallacieuse d’assimiler les victimes ou de présenter des revendications de vérité et de justice à des actes de vengeance,

• La légitimation et l’acceptation des auteurs et des avantages qu’ils ont obtenus par le travail réduit en esclavage ou le pillage des biens et des biens des victimes de la répression,

• Le silence sur le rôle complice avec l’appareil répressif de l’Église catholique officielle, ainsi que d’autres structures sociales qui étaient fonctionnelles au système,

• La réduction de la mémoire à la période de guerre et de dictature, ignorant que tout ne s’est pas terminé le 20 novembre 1975 mais, dans ce cadre, des violations des droits de l’homme ont été enregistrées pendant la « Transition » et à l’époque coloniale espagnole, et que tout fait partie de la mémoire historique nécessaire,

• Le déficit démocratique et l’affront à la dignité de notre société qui font que les auteurs matériels et intellectuels de ces violations des droits de l’homme n’ont pas été traduits en justice,

• Les dénonciations permanentes de l’ONU sur les violations commises par l’État espagnol qui, comme l’explique Fabián Salvioli, Rapporteur spécial des Nations Unies pour la vérité, la justice, la réparation et les garanties de non-répétition, se traduisent par une « tentative absurde d’établir une politique d’oubli forcé ».

Et avant l’approbation par le Parlement de Cantabrie d’une proposition non législative visant à abroger la loi de mémoire historique et démocratique de Cantabrie, basée sur des mensonges historiques, sur un récit d’équidistance et défendue agressivement envers les organisations de victimes du franquisme, nous déclarons que:

• La société civile, et en particulier les organisations de victimes, a joué un rôle clé dans l’approbation de la loi sur la mémoire historique et démocratique de Cantabrie qui, bien qu’insuffisante, constituait un premier pas vers la justice,

• Nous nous constituons dans la Plateforme Mémoire et Démocratie de Cantabrie,

• Cette plate-forme est large, diversifiée et implique l’alliance de dizaines d’organisations et de citoyens conscients que si nous voulons approfondir une démocratie juste et crédible, il est essentiel de corriger la dette historique honteuse de ce pays avec les victimes de la violation
systématique des droits de l’homme qui dure depuis plus de quatre décennies,

• La Plateforme articulera une réponse plurielle, diverse et profondément démocratique aux tentatives de récupération des discours qui légitiment le coup d’État et la dictature, dont nous subissons encore les conséquences.
Nous invitons les citoyens à rejeter la déformation de notre histoire et les messages qui nient, minimisent ou légitiment un régime de terreur qui a fait des dizaines de milliers de victimes et à se mobiliser pour construire sur la reconnaissance de la vérité historique un avenir digne dans lequel le passé n’est pas un désert de mémoire ou une forêt de silences honteux.