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De la guerre civile au 15 Mai 2011 : les échos de la Commune de Paris qui ont atteint l’Espagne

De la guerre civile au 15 Mai 2011 : les échos de la Commune de Paris qui ont atteint l’Espagne
Les réminiscences du soulèvement français ont marqué une Espagne divisée : le mouvement cantonaliste, la persécution de l’Internationale, le symbolisme partagé et les commémorations de la révolution parisienne sont quelques-uns des marqueurs arrivés du pays frontalier.

Paris était un véritable bouillonnement de liberté et de ferveur patriotique. Cette révolution du 18 mars 1871 a mis en place le premier gouvernement de la classe ouvrière dans le monde. Cela dura peu de temps, 72 jours seulement, le temps qui s’écoulerait jusqu’à l’implacable répression qui en finirait avec les nouvelles lois inspirées du socialisme autogestionnaire.
La Commune de Paris a pris fin le 28 mai , et avec elle les décrets qui ont donné plus de pouvoir au peuple, entre autres : l’obligation des églises d’accueillir des assemblées de quartier, la laïcité, la création de crèches pour les enfants d’ouvriers, l’autogestion des usines abandonnée par leurs patrons et la suppression des intérêts sur les dettes.
En Espagne, la révolution est largement diffusée par la couverture médiatique des journaux de l’époque dans leurs différentes lignes éditoriales. « L’arc politique a été partagé entre ceux qui l’ont soutenue et ceux qui l’ont décriée, mais il y a des références explicites à La Commune jusqu’en 1937 », a commenté Marie-Angèle Orobon , professeure à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 (La Sorbonne), specialiste du sujet. 
 
 
Une France qui venait de sortir du chaudron de la guerre franco-prussienne et devint le principal héros de la presse Espagnole. « Les journaux républicains espagnols, très importants à l’époque, ont immédiatement souligné la légitimité de la réaction du peuple face à ce qu’ils ont considéré comme une attaque gouvernementale, tandis que les milieux monarchiques, libéraux, conservateurs et même les carlistes dénoncèrent l’anarchie et le desordre qui régnaient à Paris », explique madame Orobon. En Espagne, en plein dans sont mandat démocratique de six ans, (sexenio democratico) entre 1868 et 1874, les idées républicaines perçoivent la Commune comme le modèle d’un nouvel ordre social, allant jusqu’à la qualifier de «temple de la liberté, de l’égalité et de la fraternité» .   
Les premières conséquences de la révolution parisienne ne se font pas attendre «Les milieux internationalistes font preuve de prudence pour soutenir le soulèvement populaire, mais le 2 mai, date importante qui marque le début de la résistance anti-française, la section madrilène de l’Internationale organise une soirée fraternelle en soutien à la Commune; un évènement qui finit par être réprimé « , selon les termes de Marie Angèle Orobon.
Presque immédiatement après la révolution, on assiste à plusieurs  façons d’écrire cette histoire en Espagne. « Les républicains en Espagne n’appuyèrent pas la Commune de façon unanime, et par la suite certains d’entre eux écrivirent des ouvrages pour aider les citoyens afin de clarifier la compréhension de ce que fut le mouvement des communards », commente le professeur d’université .
 
 Illégalisation de l’Internationale
Cette première fois où les masses entrèrent dans l’histoire, eut des répercussions dans la société espagnole, là où les milieux sympathisant voyaient avec le soulèvement leurs idéaux se réaliser, bien que contrecarrés.

 En fait, quelques années plus tard, le mouvement cantonaliste espagnol s’inspirera de certaines des revendications portées par la Commune: « Antonio de la Calle participa à l’action dans le canton de Carthagène en 1873, il avait été aussi présent à Paris. S’il est vrai que le mouvement cantonal , surgi pendant la Première République espagnole, eu quelques corrélation avec la Commune, je ne crois pas qu’il en fut pour autant le produit des événements de Paris », précise M-A Orobon.  
La répression contre l’Internationale en Espagne fut une des conséquences directes que laissa le bref triomphe de la Commune Parisienne.  « Fin mai 1871, Mateo Sagasta , ministre de l’Intérieur de l’époque, réprima les membres de cette organisation par des persécutions et emprisonnements ; même les dirigeants de l’Internationale durent s’enfuir au Portugal. En Espagne, ils finirent par l’illégaliser en octobre 1871. Elle était considérée comme une organisation susceptible de mettre en danger la sécurité de l’État, alors que Fernando Garrido, Francisco Pi i Margall, Nicolás Salmerón et Emilio Castelar s’opposèrent à cette décision lors du débat au Congrès des députés », explique l’experte.  
Le pétrole : chaos et désordre
En conséquence la répression subie par le peuple parisien cristallisa les divergences qui couvaient dans les rangs républicains en Espagne. Les différences entre l’ouvriérisme et le républicanisme fédéral commençaient à devenir insurmontables , dès lors que les républicains espagnols étaient liés à cette France qui avait perpétré le massacre contre la Commune.  Les symboles laissés par la révolution parisienne furent très présents en Espagne. À titre d’exemple, le pétrole devient un symbole de désordre et de chaos 
 
 
C’est ainsi que l’explique M-A orobon, elle-même: «La Commune s’est terminée par un terrible incendie pendant la Semaine sanglante, quand elle fut abattue. Malgré le fait qu’il y ait eu nombre d’incendies, l’idée commença à circuler que presque tous étaient causés par des femmes, que l’on appelait Les Pétroleuses. 

On disait que les communards voulaient en finir avec Paris en la détruisant. Mais la vérité est que les premiers foyers ont commencé avec les bombes incendiaires lancées par les ennemis de la Commune. Cette symbolique, celle du pétrole, se propagea en Espagne depuis 1871jusqu’à la décennie des années 80 devenant ainsi un symbole intégré par le monde de la culture politique espagnole et reproduite de façon indépendante dans différentes caricatures publiées dans la presse de l’époque. »
De la commune à la guerre civile
L’Espagne n’oublia pas ce qui s’était passé, et encore moins ceux qui défendirent les idées qui avaient porté le peuple de la capitale française au pouvoir. Lors du premier anniversaire du soulèvement, des banquets et des fêtes eurent lieu dans diverses villes et au cours des années suivantes, les cercles socialistes et anarchistes ont commémoré la révolution comme une expression de la mémoire collective des travailleurs qui peu à peu se développe progressivement à la fin du 19e. siècle.  
Un militant en Catalogne, en 1887, disait déjà : « Ce que nous commémorons ici nous appartient, appartient au Parti socialiste ouvrier, car les idées qui ont donné à la Commune son véritable caractère révolutionnaire étaient les nôtres », une citation recueillie dans El Socialista sur 1er avril. Les cercles anarchistes organisent des soirées artistiques avec le même objectif, comme cela s’est produit avec le magazine mensuel catalan Acracia à l’occasion du 15e anniversaire de la Comuna dans un théâtre de Barcelone. L’entrée du XXe siècle n’a pas perturbé les réminiscences communales en Espagne. Ainsi, le théâtre Ensanche de Bilbao a creé le 18 mars 1904 la pièce La Grande Lutte , de Francisco Olabuénaga.       
 
 
Dans la guerre civile, l’expérience parisienne était encore chaude. Le 14 mars 1937, à Valence, la ministre anarchiste Federica Montseny a célébré l’insurrection avec une conférence intitulée La Commune de Paris et la Révolution espagnole . Dans cette intervention, la dirigeante libertaire fit le parallèle entre les aspirations de la Commune et de l’Espagne républicaine à cette époque. Orobon cite les paroles de Montseny: « Il y a toute une cause mondiale unie à la nôtre. La Commune vaincue déclencha la répression dans le monde entier . La révolution espagnole, vaincue, serait le début d’une agonie d’une révolution internationale en Europe et en Amérique. Le fascisme s’étendrait comme une tache d’huile.  »  
« Une prophétie qui s’est réalisée », fait remarquer la professeure de la Sorbonne. Au XXIe siècle, selon l’experte, quelque chose de La Commune pourrait aussi être vu dans le mouvement des indignés et du 15-Mai:  » Anti-système , comme on dit maintenant, mais aussi spontané, venant des bases populaires et avec une certaine projection internationale en dehors des partis politiques où se rassemblent différentes idéologies qui convergent vers l’autonomie sont les principaux aspects partagés ».  
Si la Commune fonctionne comme une sorte de mythe, dans lequel le mouvement spontané surgit des entrailles de la société et de ceux qui ne s’étaient jamais exprimés, il faut également voir cet évènement comme une révolution, comme le soutient notre experte. « Ce fut une révolution profondément sociale pour la défense de la République démocratique et sociale, qui fait appel à la République avec toutes ses conséquences», a conclu Orobon.   
 
traduction Luis Lopez

TEXTE EN ESPAGNOL tiré du journal Publico

De la Guerra Civil al 15M: los ecos de la Comuna de París que llegaron a España
Las reminiscencias del levantamiento francés impregnaron a una España que se dividió: el movimiento cantonalista, la persecución a La Internacional, la simbología compartida y las conmemoraciones de la revolución parisina fueron algunos de los hechos que llegaron del país fronterizo.

París era un hervidero de libertad y fervor patriótico. Aquella revolución del 18 de marzo de 1871 dio comienzo al primer gobierno de la clase obrera del mundo. Duraría poco, tan solo 60 días, el tiempo que trascurrió hasta que una implacable represión acabaría con la novedosa legislación vertebrada en torno al socialismo autogestionario.
La Comuna de París murió el 28 de mayo, y con ella los decretos que daban más poder al pueblo, entre otros: la obligación de las iglesias a acoger asambleas de vecinos, la laicidad del Estado, la creación de guarderías para los hijos de las obreras, la autogestión de las fábricas abandonadas por los patrones y la abolición de los intereses de las deudas.
En España, la revolución fue ampliamente difundida por la cobertura que hicieron los periódicos de la época con sus diferentes líneas editoriales. « El arco político se dividió entre aquellos que la apoyaron y los que la denostaban, pero hay referencias explícitas de La Comuna hasta 1937 », comenta Marie-Angèle Orobon, profesora en la Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 (La Sorbona) y estudiosa del tema.

Una Francia en el calderero que acaba de salir de la guerra franco-prusiana se convirtió en la protagonista de la prensa española. « Los diarios republicanos españoles, muy importantes en aquella época, recalcaron en seguida la legitimidad de la reacción del pueblo ante lo que consideraban un ataque gubernamental, mientras que los medios monárquicos, liberales, conservadores e incluso carlistas denunciaron la anarquía y el desorden que reinaba en París », explica Orobon. En España, inmersa en su sexenio democrático, el republicanismo percibe a La Comuna como un modelo de nuevo orden social, llegándolo a tildar de « templo de la libertad, igualdad y fraternidad ».
Las primeras consecuencias de la revolución parisina no se hacen esperar: « Los círculos internacionalistas son prudentes con el apoyo al levantamiento popular, pero el 2 de mayo, una fecha muy señalada al marcar el inicio de la resistencia antifrancesa, la sección madrileña de La Internacional organiza una velada de té fraternal en apoyo de La Comuna; un acto que terminó siendo reprimido », en los términos de Orobon.
Casi de forma inmediata a la revolución se produce una gran historiografía sobre la misma en España. « Los republicanos en España no apoyaron La Comuna de forma unánime, y después algunos de ellos escribieron algunas obras como un servicio a la ciudadanía para aclarar qué fue el movimiento comunal », comenta al respecto la profesora universitaria.

Ilegalización de La Internacional
La primera vez que las masas ascendieron a la historia repercutió en la sociedad española, donde los círculos adheridos al levantamiento vieron realizados sus ideales, aunque frustrados.

De hecho, un par de años después el movimiento cantonalista español bebería de algunas de las reivindicaciones efectuadas en La Comuna: « En el cantón de Cartagena de 1873 participó Antonio de la Calle, quien también había estado en París, pero aunque el movimiento cantonal surgido en la Primera República española tuviera cierta relación, no creo que sea producto de lo ocurrido en París », puntualiza Orobon.
La represión contra La Internacional en España fue una de las consecuencias directas que dejó el corto triunfo de La Comuna parisina. « A finales de mayo de 1871, Mateo Sagasta, Ministro de Gobernación en aquel momento, reprimió a sus miembros con persecuciones y encarcelamientos; incluso la cúpula de La Internacional tuvo que huir a Portugal. En España terminaron por ilegalizarla en octubre de 1871 al ser considerada como una organización que podía poner en peligro la seguridad del Estado, pese a que Fernado Garrido, Francisco Pi i Margall, Nicolás Salmerón y Emilio Castelar se hubieran pronunciado en contra de la decisión durante el debate en el Congreso de los Diputados », se explaya la experta.
El petróleo: caos y desorden
De esta forma, la represión que sufrió el pueblo de París fue la cristalización de la separación que ya se venía fraguando dentro de las filas republicanas en España. Las diferencias entre el obrerismo y el republicanismo federal empezaron a ser insalvables, ya que los republicanos españoles eran ligados a aquella Francia que había perpetrado la masacre anticomunera, parafraseando a Orobon. La simbología que dejó la revolución de París también tuvo gran presencia en España. Como ejemplo de ello, el petróleo se convirtió en un símbolo de desorden y caos

Así lo explica la propia Orobon: « La Comuna terminó con un incendio terrible durante la Semana Sangrienta, cuando la derrotan. Pese a que hubo muchos incendios, empezó a circular la idea de que casi todos ellos eran provocados por mujeres, a las que se denominó las petroleras. Se dijo que los comuneros querían arrasar París para destruirlo, pero en realidad los primeros fuegos empezaron con las bombas incendiarias que tiraron los enemigos de La Comuna. Este símbolo, el del petróleo, circuló por España desde 1871 hasta la década de los 80, llegando a ser un símbolo asimilado por la cultura política española debido a que ya era utilizado de forma independiente en diferentes caricaturas publicadas en la prensa de la época ».
De La Comuna a la Guerra Civil
Pero España no olvidaba lo ocurrido, y mucho menos lo hacían quienes defendían las ideas que habían aupado al poder al pueblo de la capital francesa. En el primer aniversario del levantamiento se celebraron banquetes y fiestas en varias ciudades y durante los próximos años, tanto los círculos socialistas como anarquistas, conmemoraron la revolución como una expresión de memoria colectiva obrera que poco a poco se va elaborando a finales del siglo XIX.
Un militante en Catalunya, ya en 1887, diría: « El hecho que aquí conmemoramos es puramente nuestro, del Partido Socialista Obrero, pues las ideas que dieron a la Commune verdadero carácter revolucionario fueron las nuestras », cita recogida en El Socialista el 1 de abril. Los círculos anarquistas organizan veladas artísticas con la misma vocación, como ocurrió con la revista mensual catalana Acracia con ocasión del XV aniversario de La Comuna en un teatro de Barcelona. La entrada del siglo XX no perturbó las reminiscencias comunales en España. Así, el teatro del Ensanche de Bilbao estrenó el 18 de marzo de 1904 la obra La gran lucha, de Francisco Olabuénaga.

En la Guerra Civil la experiencia parisina seguía candente. El 14 de marzo de 1937, en Valencia, la ministra anarquista Federica Montseny conmemoró el levantamiento con una conferencia denominada La Comuna de París y la Revolución española. En ella, la líder libertaria hizo un paralelismo entre las aspiraciones de la Comuna y la España republicana en aquel momento. Orobon cita las palabras de Montseny: « Hay toda una causa mundial unida a la nuestra. La Commune vencida, fue la represión en todo el mundo. La revolución española, vencida, sería el principio del fin de una revolución internacional en Europa y en América. El fascismo se extendería como una mancha de aceite ».
« Una profecía que sí se cumplió », puntualiza la profesora de La Sorbona. En el siglo XXI, según la experta, también se pudo ver algo de La Comuna en el movimiento de los indignados y el 15-M: « Antisistema, como se dice ahora, pero también espontáneo, procedente de las bases populares y con cierta proyección internacional al margen de partidos políticos en donde se aglutinaban diferentes ideologías distintas que convergían en la autonomía son los aspectos que comparten ».
Aunque La Comuna funciona como una especie de mito, en el que el movimiento espontáneo surgió de las entrañas de la sociedad y de los que siempre habían callado, hay que verla como una revolución, tal y como defiende la experta. « Fue una revolución profundamente social en defensa de la república democrática y social, lo que en aquel momento denominaban como la República con todas sus consecuencias », concluye Orobon.

France Navigation 5/5

1940 : Les nazis occupent le pays, Vichy s’installe, l’extrême droite pavane. France-Navigation a été mise en gérance, trois concurrents se partagent ses navires, la Transatlantique, les Chargeurs et Worms. La direction de la compagnie passe en procès en août, à Toulon. Il s’agit en fait de quatre de ses responsables dont Auguste Dumay et Simon Pozner (Georges Gosnat a été fait prisonnier sur le front belge par les Allemands en mai 40 et Allard/Ceretti a pu échapper à la police).
La presse collabo couvre largement le procès, elle parle de « compagnie étrange » qui se livrait à une « étrange activité ». Pourtant la justice a du mal à trouver la faille, et l’argent. Les preuves manquent, et l’avocat (Maître Moro-Giafferi, vedette du barreau et homme politique fameux) est bon. Les quatre dirigeants sont acquittés le 27 août 1940, et France-Navigation la rouge est blanchie, si l’on peut dire.
Mais l’affaire ne s’arrête pas là. La société suscite bien des appétits. Nombreux sont ceux qui veulent mettre la main sur les fonds de France-Navigation, des aventuriers en tout genre, trafiquants d’armes ou aigrefins, des affairistes vichystes et l’occupant allemand. Tous sont à la recherche des actions (30 000) et des actionnaires. Tous multiplient les enquêtes, les procédures. La Gestapo veille.
Dans les archives de France-Navigation, on peut lire les commentaires de l’administrateur judiciaire de la société, ces années-là ; il y est beaucoup question des investigations d’un officiel allemand, un certain Rosenchaft, gestapiste. Chargé de suivre le dossier, il se montre très actif ; pourtant, de procès en procès devant le tribunal de commerce de Paris, les choses n’avancent pas. « Rien ne semble pouvoir résoudre l’affaire », écrivent les auteurs de l’ouvrage Les brigades de la mer. Puis, coup de théâtre : les Allemands s’aperçoivent que Rosenchaft est en fait un rouge infiltré, un juif hollandais qui travaille pour l’Internationale ; il est arrêté, déporté. Le dossier de France-Navigation est au point mort. On bute sur des questions juridiques, de propriété, d’identité des actionnaires, de secret bien gardé.
Juin 44 : Paris se libère. Le même administrateur, qui tient toujours une sorte de journal de bord, décrit l’ambiance parisienne : « ça tire de partout ». Paniqué, et prudent, il s’enfuit.
1945, Georges Gosnat rentre du camp disciplinaire nazi de Lübeck. Il se retrouvera bientôt, on l’a dit, secrétaire d’État à l’Armement. Il récupère la société, re-identifie petit à petit les différents actionnaires (qu’on retrouve jusqu’en Suède…), remet la main sur les 30 000 actions (volées par un patron de presse indélicat). Et France-Navigation repart. Mais sur un mode marchand plus traditionnel. La compagnie sera vendue en 1953 ; celui qui s’occupe de cette transaction s’appelle Raymond Aubrac.
Pas de conclusion mais une remarque : lorsque les deux livres mentionnés plus haut sur l’histoire de « France-Navigation » sont sortis, dans les années 70, les médias de droite ou de gauche, du Figaro de Giscard au Matin de Mitterrand, ont réservé à ces ouvrages des critiques assez hargneuses. On ne discutait pas les faits, avérés, on traitait le dossier avec mépris. Pourquoi cette attitude ? Sans doute qu’il ne fallait pas créditer les communistes de cette histoire puissante. Ainsi fonctionnait à l’époque l’anticommunisme ambiant. N’empêche, les faits sont là, il reste une formidable histoire rouge.
Gérard Streiff

France Navigation 4/5

1937/1938 : Alors que l’Espagne du Front populaire est victime de la non-intervention, lâchée par Paris et Londres, les communistes mettent sur pied une compagnie maritime pour nourrir et armer les Républicains.

(Illustration : un Polikarpov I-16 aux couleurs des Républicains espagnols)
Dans l’histoire de France-Navigation s’amorce bientôt ce que Ceretti appelle la « deuxième période » où la compagnie pour l’essentiel va transporter de l’aide soviétique à l’Espagne. Paradoxalement cette phase est la moins risquée. Les navires de France-Navigation en effet montent s’approvisionner dans l’extrême nord russe, à Mourmansk, port important sur la mer de Barents, la plus grande ville au nord du cercle arctique. Là, ils embarquent des techniciens, des tankistes, des pilotes d’avion, des officiers, mais aussi du matériel de guerre : avions démontés, tanks, canons.
Ces cargaisons sont déchargées au Havre ou à Bordeaux puis acheminées par la route ou par le train vers Puigcerda et la Catalogne : « un flux continu qui dura des semaines et des mois ». Au troisième trimestre 1938, France-Navigation transfère ainsi 200 avions (en pièces détachées).
L’armée républicaine disposera au total de 276 exemplaires du Polikarpov, l’avion de chasse le plus rapide de l’époque. Il était surnommé « Mosca » (mouche) par les Républicains et les fascistes l’appelaient « Rata » (rat).
« Malheureusement cette aide précieuse venait avec un an de retard », constate Ceretti. Si la livraison d’armes tarde, c’est en raison, semble-t-il, de divergences entre républicains espagnols mais surtout, répétons-le, par la faute de la politique de « non-intervention », une politique de capitulation qui va conduire, en septembre 1938, aux accords de Munich.
Janvier 1939 : Barcelone tombe, le ravitaillement par la Catalogne est désormais impossible. Dans les cahiers de Georges Gosnat, une brève annotation, comme toujours écrite dans un style télégraphique, raconte en quelques mots ce drame. À Bordeaux, en effet, le navire Winnipeg, le plus gros des bateaux de France-Navigation, arrive de Mourmansk bourré d’armes. Mais on fait comprendre au capitaine qu’il ne faut pas débarquer le matériel ; il arrive trop tard, la frontière franco-espagnole est impraticable. L’équipage ne comprend pas, il y a de la castagne dans l’air ; finalement le matériel est réembarqué et Winnipeg repart vers le grand nord.
Au printemps, des navires de France-Navigation qui se trouvent en Méditerranée (ils font le trajet Marseille-Espagne-Oran) vont pouvoir aider l’évacuation de républicains à Valence, mais ils seront en échec à Alicante.
Été 1939 : Suite au pacte germano-soviétique, le PCF est dissout, la société France-Navigation est dans le collimateur des autorités ; elle est l’objet d’une perquisition dès le mois d’août. Pourtant on retrouve le Winnipeg en septembre 1939 à Bordeaux (Alain Ruscio raconte cet épisode dans l’Humanité du 3/9/2019). Ce navire va transporter 3 000 républicains vers le Chili du Front populaire, grâce à l’entremise du consul chilien à Paris, chargé de l’émigration espagnole : Pablo Neruda.
Gérard Streiff 
« France Navigation » disposera jusqu’à 22 navires (certaines sources parlent de 25 bâtiments) ; en dépit des dangers, aucun ne sera coulé. Un seul est arraisonné à Ceuta (Maroc espagnol) et un autre séquestré à Constanta, en Roumanie. Voici les noms de certains de ces navires : Lézardrieux, Ploubazlanec, Perros-Guirec, Cassidaigne, Trégastel, Daissiguernec, Nemours, Mostaganem, Île Rousse, Guilvinec, Lola, Biscarosse, Grand-Quevilly, Gravelines, Paimpol, Saint-Malo, Boujaroui, Aine El Turk, Navarissou, Cap Pinède, Winnipeg.

France Navigation 3/5

Avant de poursuivre notre récit sur la livraison d’armes par France-Navigation à la République espagnole, il faut évoquer une séquence particulièrement dramatique de l’histoire de la compagnie : l’évacuation de réfugiés de Bilbao. En juin 1937, la capitale du pays basque tombe aux mains des fascistes. Pour fuir, les réfugiés, femmes, enfants, malades, n’ont que la mer. France-Navigation dispose de bateaux (notamment le Ploubazlanec) qui pourraient évacuer une partie de cette population mais ils risquent de subir les attaques des franquistes. Solution ? il faudrait le soutien de la marine de guerre française.
Aussi, une nuit de juin 1937, une délégation du Comité international pour l’aide à l’Espagne se rend chez le premier ministre Léon Blum pour demander l’aide des militaires. Blum et son gouvernement, on le sait, ont opté pour « la non-intervention ». Telle est l’orientation officielle mais celle-ci, on va le voir, se heurte, au sein même de l’administration, à des réticences, des résistances. La délégation est composée du physicien Paul Langevin, d’Émile Dutilleul, trésorier du PCF, et de Giulio Ceretti, alias Pierre Allard. « À 22 heures, on tirait la sonnette Quai Bourbon au domicile du Président du Conseil. » Léon Blum les reçoit en compagnie de Max Dormoy, ministre de l’Intérieur du Front populaire. Blum écoute Langevin qui se fait l’avocat, avec beaucoup de force, d’une intervention de nature humanitaire à Bilbao. À la suite de Langevin, Ceretti intervient, il explique en détail le plan de sauvetage. Le ministre de l’Intérieur déclare alors : « Comme par le passé, le gouvernement n’ordonnerait pas d’enquête sur ces mouvements clandestins de bateaux ». Ce qui est déjà un signe. Ceretti apprécie mais il rappelle que ce qui est demandé, c’est une aide militaire de la France pour accompagner les bateaux de France-Navigation jusqu’au port basque.
Blum hésite. Dans ses Mémoires, Ceretti décrit le premier ministre marchant de long en large dans le salon. Paul Langevin insiste : « Il s’agit de sauver des enfants, Monsieur le Président. » Blum demeure encore tout un temps indécis, puis il assure qu’il va parler au ministre de la Marine et demande à la délégation d’aller tout de suite voir ce dernier. C’est le radical César Campinchi qui reçoit la même nuit le trio dans son ministère. Blum vient de lui téléphoner. Ceretti raconte : « Il ne posa aucune question mais il appela son chef de cabinet et l’ordre fut donné à tous les bâtiments se trouvant au large de Bordeaux d’appareiller et de se diriger rapidement sur Bilbao pour prendre sous protection de la France les bateaux de tout genre chargés de réfugiés basques. (…) Pour une fois, un ministre prenait ses responsabilités.»
Sur cette opération, la marine (l’amiral Tavera notamment) joue le jeu ; elle fait prévenir les bâtiments de guerre espagnols qu’elle attaquerait tout navire qui intercepterait les bateaux en provenance de Bilbao et transportant des enfants, des femmes, des malades.
« Nous avions gagné, écrit Ceretti. La caravane flottante, escortée par la marine militaire française, put rejoindre les ports les plus rapprochés de la côte atlantique. »
Cette séquence montre que si la volonté avait été là, dès 1936, une autre politique que la « non-intervention » aurait été possible, efficace. Elle indique aussi que la position communiste d’aide à la République espagnole est alors largement partagée à gauche (les meetings de l’époque, communistes mais aussi socialistes, résonnent du mot d’ordre « Des canons, des avions pour l’Espagne ! ») ; cette position a l’oreille de toute une partie de l’opinion, elle trouve un écho dans certains milieux dirigeants de l’État. Comme le dit le ministre de l’Intérieur, l’État n’ordonna pas d’enquête sur « ces mouvements clandestins de bateaux ». On peut ajouter que l’aide discrète d’une partie de l’administration française, même de la haute administration, on pense notamment aux douanes, aux transports, sera importante pour permettre d’acheminer à travers tout le territoire, sans trop de complications, de l’armement militaire vers l’Espagne. 
Gérard Streiff

France-Navigation – Une épopée rouge (2/5)

Trouver des bateaux, des capitaines avertis, des équipages motivés, cela ne s’improvise pas ; et puis cela coûte cher. En temps ordinaire, il faudrait prendre conseil, s’adresser aux autorités portuaires, jusqu’à Londres ou Amsterdam, pourquoi pas, suivre un protocole très précis, et surtout, pour pouvoir sortir des cargos, payer des assurances d’un montant pharamineux à la fameuse société britannique « Lloyd’s ».
Mais les temps ne sont pas ordinaires, il faut faire très vite, avec assez peu de moyens. Ceretti explique dans son livre (À l’ombre des deux T) comment l’aventure commence. « France-Navigation », qui aura son siège respectivement carrefour Richelieu-Drouot, rue Lamennais dans le 8e arrondissement parisien et 1 boulevard Haussmann, recrute des capitaines à la retraite, des commandants de sous-marins en chômage, « de véritables loups de mer ». Les marins viennent de différents ports, certains arrivent de Tunisie. La compagnie débute avec un, deux navires, qui prennent la mer sans être assurés. L’avantage, c’est qu’en évitant de payer des primes exorbitantes, elle fait de grosses économies qui lui permettent « d’acheter un bateau tous les trois voyages ». Pour déjouer les contrôles des douanes d’ici, des militaires franquistes là-bas, des espions de tout poil qui pullulent ces années-là, les navires de « France-Navigation » n’hésitent pas à user de méthodes de pirate, de la piraterie pour la bonne cause. Les bateaux de la compagnie sont capables durant leur trajet de changer d’identité et de se transformer du tout au tout. « Toutes les ruses étaient bonnes », dit Ceretti : par exemple, si un navire à une seule cheminée se savait signalé aux franquistes, il arrivait dans les eaux territoriales espagnoles avec deux cheminées, un autre nom, une immatriculation différente et peint d’une autre couleur… « Une fois il nous arriva même de changer de bateau en pleine mer et, en raison du danger de plus en plus menaçant, les transbordements furent désormais fréquents. »
Dans les cahiers de Georges Gosnat (cf. numéro précédent), qui est alors sans conteste le plus jeune dirigeant de compagnies maritimes au monde, on voit comment ce commerce avec l’Espagne se développe. Madrid a besoin de tout, et les échanges croissent à grande vitesse, la taille de la compagnie aussi puisqu’elle a, de fait, le monopole du ravitaillement.
On peut lire des brèves comme « 2/10/37, Bonifacio part ce soir 18h30, pièces détachées, tracteurs », ou « 12/4/38, Smith veut voir Pierre entre 5 et 6h » : on peut parier que Smith est un pseudo (pour un patronyme qui aurait peut-être un accent d’Europe centrale ?) et Pierre, c’est Pierre Allard, ou Giulio Ceretti, on l’a vu.
Si les méthodes de « France-Navigation » ne sont pas toujours très orthodoxes, la compagnie prend soin de se présenter sur le marché comme une société « normale ». Elle a le fonctionnement d’une société capitaliste, c’est une entreprise comme une autre.
On lit avec émotion, dans les cahiers en question, entre deux infos sur les transports des bateaux, les recommandations de Gosnat, écrites à la hâte, sur la marche à suivre : France-Navigation est une société par actions ; l’identité des actionnaires est régulièrement mentionnée : « Penser à la répartition des actions, à l’entrée de nouveaux administrateurs », est-il écrit. Il faut un conseil d’administration, des réunions régulières, des jetons de présence, une périodicité des réunions de direction (elles se tiennent le premier et troisième vendredi du mois…). Une bonne tenue de livres de compte est importante. On peut même lire cet avis : « Bien timbrer les délibérations des Assemblées générales ». C’est dire si on est méticuleux.
« France-Navigation » est donc juridiquement irréprochable. Dans ces années d’extrême tension, d’anticommunisme virulent, où la presse d’extrême droite (Action française, Gringoire) est à l’affut, cet aspect est tout à fait important et va expliquer – en partie – pourquoi cette société, on y reviendra, guettée de toutes parts, convoitée, jalousée, saura traverser (osons la métaphore) les pires tempêtes.
Bref, une compagnie rouge aux allures marchandes. On retrouve cette ambivalence dans certains papiers à en-tête de « France-Navigation ». Officiellement, son logo est un drapeau rouge bordé de bleu avec l’inscription Compagnie France Navigation. Mais un autre logo a aussi existé ; il ressemble un peu à la lettre grecque « phi » (oublions vite toute référence à l’actualité…), plus exactement il s’agissait d’un I majuscule traversant un O où les initiés pouvaient lire Internationale Ouvrière.
Gérad Streiff

SIGNEZ L’Appel des descendants et amis des républicains espagnols à Emmanuel Macron Président de la République

Bonjour veuillez prendre connaissance de notre appel à Emmanuel Macron
à l’occasion de sa rencontre avec Pedro Sanchez lundi 15 mars à Montauban

Rencontre de Pedro Sanchez et Emmanuel Macron: ASEREF lance un appel à cette occasion. Tous les signataires sont les bienvenus et seront ajoutés à l’appel ci-dessous. Transmettre par mail à: eloimartinez34@gmail.com

ASSOCIATION POUR LE SOUVENIR DE L’EXIL REPUBLICAIN ESPAGNOL EN FRANCE (ASEREF)

le 10 mars 2021

Rencontre d’Emmanuel Macron Président de la République française avec Pedro Sanchez Premier Ministre d’Espagne le 15 mars 2021 à Montauban (Tarn et Garonne). A cette occasion Les deux chefs d’Etats vont fleurir la tombe de Manuel Azaña Président de la République espagnole en exil et enterré dans cette ville.

Appel des descendants et amis des républicains espagnols

à Emmanuel Macron Président de la République

Guerre d’Espagne, camps de concentrations en France : Monsieur le Président de la République

· La France doit reconnaître la part de sa responsabilité de dans la chute de la République espagnole de par sa politique de non-intervention
· La France doit reconnaître son attitude indigne dans l’accueil des républicains espagnols en février 1939 internés dans des camps de concentration
· La France doit reconnaître le rôle des républicains espagnols dans les combats pour la libération de la France

En préambule, nous souhaitons la bienvenue à Pedro Sanchez chef du gouvernement d’Espagne, nous formulons le vœu que l’Espagne avance rapidement vers l’élimination de tous les symboles du franquisme et qu’elle mette fin à l’impunité des ses crimes, que les moyens soient donnés aux associations de récupération de la mémoire historique pour mener à bien les recherches des disparus assassiné par les franquistes et pour mettre à jour cette histoire largement occultée. Nous savons les obstacles qui se dressent en Espagne avec la résurgence grave de l’extrême droite mais c’est en affrontant sans concessions, fermement et démocratiquement les nostalgiques du franquisme qu’il sera possible d’éradiquer les idéologies nauséabondes.

L’appel au Président de la République française

Le 13 février 1941 le dictateur Franco rencontrait Philippe Pétain à Montpellier. Ce 15 mars 2021, 90 ans plus tard à Montauban Pedro Sanchez Premier Ministre et chef du gouvernement espagnol rencontre Emmanuel Macron Président de la république française.

Évidemment rien de comparable fort heureusement entre ces deux rencontres. Il s’agissait à Montpellier, entre Pétain et Franco deux vieux complices, de peaufiner les plans de répression à l’égard des républicains espagnols, les plans pour renvoyer en Espagne notamment les enfants réfugiés en France

Rien de comparable en effet, sauf le fait que cette rencontre de Montauban pourrait permettre, par la voix du Président de la République, de dire enfin la responsabilité historique de la France sur le déroulement de la guerre d’Espagne qui s’est conclue par la dictature de Franco et sa responsabilité pour la mort de milliers de républicains espagnols dans les camps de concentration français dès février 1939.

Ø Rappelons la décision du gouvernement de la France pour la non-intervention dès le début de la guerre d’Espagne de concert avec la Grande Bretagne, décision qui a laissé les mains libres à Hitler et Mussolini pour aider Franco à abattre la République espagnole.
Ø Rappelons le rôle héroïque des volontaires internationaux (venus de 53 pays) pendant la guerre d’Espagne dont près de 8500 français, 3000 d’entre eux sont morts au combat en terre d’Espagne pour défendre la République, pendant que dans les salons dorés de la finance française et anglaise, dans les coulisses de la politique gangrénée par ces derniers ont cherchait le moyen d’entraver la lutte de la république espagnole contre l’invasion fasciste.
Ø Rappelons, l’exil républicain espagnol en février 1939 et l’internement dans des camps de concentration français de plus de deux cent mille républicains espagnols, dès les premiers mois, sur les plages du Roussillon notamment (Argelès sur mer, Saint-Cyprien, le Barcarès…) des milliers sont morts dans ces camps, faute de soins et victimes de la répression.
Ø Rappelons que dès février 1939, le Président du Conseil Edouard Daladier et son gouvernement renvoyaient à Franco par convois entiers dans des trains réquisitionnés pour l’occasion des milliers d’espagnols qui à l’arrivée étaient emprisonnés, torturés, fusillés…
Ø Rappelons, l’esclavage qu’ont eu à subir les républicains espagnols lorsque la France en septembre 1939 payant ses fautes (non-intervention en Espagne, traité de capitulation à Munich…) devait entrer en guerre contre l’Allemagne nazi. Oui esclavage, car ces espagnols étaient sortis des camps pour remplacer à très bon marché la main d’œuvre française mobilisée pour la guerre. Ils étaient recrutés tel du bétail souvent en tâtant leurs muscles, les plus faibles étaient renvoyés dans les camps. L’indignité et l’humiliation.
Ø Rappelons que dans cette guerre de nombreux espagnols sortis des camps de concentration français, se sont engagés dans l’armée française et que nombre d’entre eux sont tombés au combat notamment à Sedan au début de l’avancée des forces nazis, la France les mettaient en première ligne comme de la chair à canon.
Ø Rappelons, que parmi les résistants, les espagnols et d’autres étrangers qui avaient été dans les brigades internationale sont été dans les premiers à prendre les armes pour combattre l’occupant nazi afin de libérer la France ce pays qui les avaient si mal accueillis en février 1939. Ils avaient derrière eux l’expérience militaire après près de trois ans de guerre en Espagne contre le même ennemi.
Ø Rappelons que nombreux se sont engagés dans la deuxième DB avec Leclerc et qu’ils participèrent aussi à la libération de Paris les 24 et 25 août 1944
Ø Rappelons, qu’après le gouvernement de la troisième République celui qui nomma Pétain ambassadeur de France auprès de Franco alors que la République espagnole n’avait pas encore chuté, Vichy a envoyé en déportation en Allemagne des milliers de républicains espagnols.
Ø Rappelons, qu’après la libération, la France a lâché une nouvelle fois les républicains espagnols qui voulaient pousser la victoire contre le fascisme jusqu’en Espagne.
Ø Rappelons la répression à l’encontre des républicains espagnols en France dans les années cinquante l’opération dénommée « Boléro Paprika »

Pour toutes ces raisons les descendants, amis, associations mémorielles de l’exil républicain espagnol signataires demandent au Président de la République Emmanuel Macron présent à Montauban le 15 mars 2021 de prendre position clairement sur la responsabilité historique de la France

• La France doit reconnaître la part de sa responsabilité de dans la chute de la République espagnole par sa politique de non-intervention

• La France doit reconnaître son attitude indigne dans l’accueil des républicains espagnols en février 1939 internés dans des camps de concentration

• La France doit reconnaître le rôle des républicains espagnols dans les combats pour la libération de la France

Eloy Martinez Monegal Président l’Association pour le Souvenir de l’Exil Républicain Espagnol en France (ASEREF)

Bien cordialement

Eloy Martinez Monegal
Président d’ASEREF

France-Navigation – Une épopée rouge 1/5

Un épisode mal connu de la guerre d’Espagne et de la solidarité des communistes français en 5 articles de Gérard Streiff, journaliste, écrivain.
Alors que l’Espagne du Front Populaire est victime de la non-intervention, lâchée par Paris et Londres, les communistes mettent sur pied une compagnie maritime pour nourrir et armer les Républicains.

Le service des archives de la ville d’Ivry (piloté par Michele Rault) possède un beau fonds Georges Gosnat (1914/1982), qui fut à la Libération sous-secrétaire d’État à l’Armement puis député, succéd·ant à Maurice Thorez (ainsi que trésorier du PCF). Dans ce fonds il y a un carton intitulé « France-Navigation », deux mots qui désignent une étonnante aventure. 
« France-Navigation » fut une compagnie maritime communiste qui se chargea d’alimenter et d’armer la République espagnole. Deux livres (au moins) racontent cette histoire : À l’ombre des deux T (Thorez et Togliatti), de Giulio Ceretti (Julliard, 1973) et Les brigades de la mer de Dominique Grisoni et Gilles Herzog (Grasset, 1979) ; le lecteur pourra s’y référer avec profit.
Le carton « France-Navigation » comprend notamment plusieurs cahiers grand format qui constituent une sorte de journal de bord de l’aventure de cette société. Des dizaines de pages remplies d’une foultitude de données, toutes inscrites là dans l’urgence, dans un apparent désordre. Ce sont autant d’éléments d’un puzzle dramatique : des noms de bateaux (leur port de départ, leur date d’arrivée, le type de cargaisons), des additions, des rappels, des notes, des pense-bêtes, des conseils à suivre, des rendez-vous à ne pas manquer. Une masse de phrases rapides du genre « Gravelines, 23 avril 38, débarquement terminé, grandes caisses pas par routes, mais tunnel affaissé, réponse du ch de fer demain ». Ce genre d’annotations courent tout au long des années 1937/1938.
Petit rappel : le Front populaire l’emporte en Espagne en février 1936. Cinq mois plus tard, le putsch de Franco marque le déclenchement de la guerre civile. Une coalition internationale menée par la Grande-Bretagne choisit la « non-intervention » en Espagne, la France du gouvernement Blum se plie à ce choix malgré la pression des milieux populaires. Une posture hypocrite alors que le camp fasciste, l’Italie de Mussolini et l’Allemagne de Hitler, va vite ouvertement soutenir les factieux. C’est en fait une manière d’abandonner, d’étrangler le Front populaire espagnol. Une politique lâche, suicidaire qui amorce le processus de la Seconde Guerre mondiale.
Les républicains espagnols appellent à l’aide. La solidarité internationale va se manifester de différentes formes, la plus spectaculaire étant la formation des Brigades internationales. Mais l’Espagne se retrouve victime d’un blocus ; des autorités républicaines souhaitent échapper à ce piège, notamment par la voie maritime. Ce n’est pas sans risque, les franquistes, à mesure qu’ils progressent, contrôlent ou ferment les ports. Et puis des navires de guerre allemands et italiens, des sous-marins surveillent certaines voies de passage. En même temps, l’opération n’est pas impossible non plus : on raconte alors qu’un bateau français vient de réussir à aller à Santander (en Cantabrie) au nez et à la barbe des fascistes.
L’appel de Madrid est entendu. À Paris, le communiste franco-italien -si l’on ose dire – Giulio Ceretti préside alors le Comité international pour l’aide à l’Espagne. Avec le soutien de la direction du PCF, de l’Internationale, il se voit chargé de cette mission : créer de toutes pièces une flottille de bateaux pour approvisionner l’Espagne, ce qui veut dire réunir des hommes, des équipages, des fonds, des technologies dans des délais incroyablement courts.
En deux ans, parti de zéro, la compagnie « France-Navigation » va compter 22 navires et 2 000 marins ; elle va effectuer un total de 227 voyages ! Et multiplier par trente son capital initial.
À l’origine de ce petit miracle, on trouve donc Giulio Ceretti (1903/1985), communiste italien chassé de son pays par le fascisme, militant de l’Internationale, devenu membre de la direction du PCF sous le nom de Pierre Allard (à la Libération de l’Italie, il deviendra ministre à Rome) ; Auguste Dumay (1888/1955) ex-secrétaire de la Fédération des marins de Marseille, chef mécanicien qui jouera un rôle clé dans l’armement des bateaux (voir sa longue bio dans le « Maîtron » où on dit de lui que c’était « un vieux militant de l’Internationale des marins, une tête de lard, un homme terrible mais un révolutionnaire ») ; Simon Pozner, qui apporte ses compétences d’homme d’affaires, intime du banquier rouge (et suédois) Olof Aschberg, qu’on dit lui proche des « finances soviétiques » et par ailleurs oncle de l’écrivain Vladimir Pozner (Simon Pozner trouvera la mort à Auschwitz) ; et Georges Gosnat (1914/1982), tout jeune officier qui devient secrétaire général (puis directeur) de France-Navigation ; il a 23 ans.
Gérard Streiff

République ou Monarchie : le peuple doit voter !

Affaire Juan Carlos :
l’ex-roi doit répondre de ses actes devant les Espagnols
République ou Monarchie : le peuple doit voter
Avec l’affaire Juan Carlos et ce qu’il faut appeler par son nom, à savoir une fuite, le cri
des associations mémorielles regroupant les descendants et amis des Républicains
espagnols, est plus que jamais d’actualité.
Ce cri, qui est aussi leur raison d’être, c’est « Vérité, justice et réparation ». Voilà
bien ce qui doit être appliqué aujourd’hui à l’endroit de l’ancien roi d’Espagne. Comme
nous réclamons que cela s’applique aussi au coup d’État du 18 juillet 1936 contre la 2ème
République issue d’un processus démocratique incontestable, à la Guerre d’Espagne et à
la longue et sanglante dictature de Franco.
Cette double exigence est d’autant plus légitime, pour l’Espagne et au regard de
l’Histoire, que Juan Carlos a été mis sur le trône par une décision unilatérale de Franco, à
la suite d’une interruption illégale-un coup d’Etat-du cours normal d’une démocratie. Dès
lors, de quelle légitimité Juan Carlos et la monarchie espagnole peuvent-ils se prévaloir ?
D’une décision découlant d’un acte antidémocratique, mais aussi et surtout illégal, prise
par l’auteur de cet acte illégal ?
Aujourd’hui, alors que des juges suisses et espagnols enquêtent notamment sur une
centaine de millions de dollars secrètement versés à Juan Carlos par l’Arabie saoudite,
l’ex-roi, soupçonné de corruption, quitte l’Espagne. Une décision indigne d’un ancien chef
d’État, dont on ne sait d’ailleurs quelle part y a pris son successeur et fils, l’actuel roi
Felipe VI. S’il respecte son pays, et ce qu’il doit encore considérer comme « son » peuple,
Juan Carlos doit répondre de ses actes en Espagne et devant tous les Espagnols.
Au-delà de ces aspects évidents, le judiciaire et celui de l’honneur d’un homme et d’un
pays, cette nouvelle affaire Juan Carlos, et sa fuite, venant après de multiples scandales
liés à l’ancien roi et à la monarchie, reposent la question de la légitimité de cette dernière.
Il est grand temps que les Espagnols, qui ont voté pour une République avant que le
processus ne soit illégalement stoppé par le coup d’État de juillet 1936, retournent aux
urnes pour redire, démocratiquement, s’ils veulent vivre dans une monarchie ou une
République. Eux qui ont dû livrer une terrible guerre face aux trois grands
fascismes/nazismes européens (Hitler, Mussolini et Salazar, alliés de Franco), puis subi
une dictature terrifiante pendant près de 40 ans, n’ont depuis jamais pu, à ce jour, se
prononcer sur cette question.
Caminar, coordination nationale des descendants et amis de l’Espagne
républicaine.

Quelques précisions sur « l’or de Moscou » par Jean Ortiz

L’OR DE MOSCOU

Lundi 27 Mai 2019

Jean Ortiz

Première partie.

L’expression a été usée jusqu’à la couenne pour discréditer les communistes. Inféodés à Moscou, ils n’auraient été, dans l’histoire, que des agents d’une puissance étrangère, diabolisée. Je ne sais pas si on l’a utilisée autant avant la Guerre d’Espagne, où elle a servi d’arme de division et de propagande anticommuniste lors de l’affaire dite de « l’or de  la République ».

Le 2 novembre 1936, à trois heures du matin, le convoi de l’or de la République espagnole (73% du total), qui avait pris la mer quelques jours plus tôt (le 25 octobre)[1], de Cartagena, accoste avec moult précautions, à Odessa, sur la côte soviétique de la Mer Noire. Trois bateaux : le « Neva », le « Kim » et le « Volgores ». Un quatrième, « l’Iruso », arrivera trois jours plus tard. C’est la huitième fois depuis leur évacuation de Madrid menacé, que sont déplacées ces 10.000 « cajas », les caisses au précieux chargement. Les cargaisons sont rapidement déchargées ; leur poids total de départ s’élevait à 510 079 529,3grammes.

Des caisses contenant une grande partie des réserves d’or de la Banque nationale d’Espagne, afin de les mettre à l’abri, les protéger au maximum des fascistes, mais pas seulement. Leur contenu est principalement destiné à financer la guerre contre les franquistes, et les énormes besoins immédiats de Républicains, victimes de la cruauté génocidaire des factieux, et d’une agression fasciste étrangère. Le camp fasciste reçoit, lui, des puissances de « l’Axe », une aide massive dès le premier jour, et qui devient régulière et largement supérieure à celle des « rouges ». L’aide va directement à Franco, général de confiance. Les franquistes disposent d’une supériorité militaire totale.

L’opération « transfert de l’or de la République espagnole » se déroule, sous haute protection, en présence de représentants des deux pays, de l’ambassadeur soviétique à Madrid, en contact permanent avec l’Ambassadeur de la République espagnole en URSS, le socialiste Marcelino Pascua. L’or était emballé dans des caisses de format standard, et placé dans des sacs sous scellés[2].

L’essentiel des réserves d’or du gouvernement espagnol (de Front populaire, avec deux ministres communistes), de la Banque d’Espagne accostent en secret, et entourées de mille précautions, au pays des soviets (même si un certain nombre de données avaient fuité) à bord de plusieurs navires. Un quatrième bateau arrive trois jours plus tard à Odessa. L’or sera entreposé à Moscou au Commissariat du peuple pour les Finances.

L’affaire paraît invraisemblable, mais elle permet de mesurer les motivations, les calculs, les engagements, des uns et des autres. Pour ses promoteurs, le socialiste Largo Caballero, président du Conseil, chef du gouvernement et son très impliqué ministre des Finances, le socialiste  Juan Negrin, qui portera jusqu’à sa mort l’accusation infondée « d’agent de l’Union soviétique ». Il restera longtemps « défiguré ». Désormais réhabilité par les siens, (le PSOE), Juan Negrin est considéré aujourd’hui par de nombreux historiens comme un chef d’Etat de grande envergure.

Le 21 juillet 1936, le gouvernement républicain modéré (de Giral) avait décidé de « mobiliser » les réserves d’or de la Banque d’Espagne.

Le comptage du contenu des 7 800 caisses convoyées fut long parce que minutieux et transparent . Il dura jusqu’au 24 janvier 1937. On a beaucoup brodé, menti, spéculé, fantasmé, sur cet or  de Moscou », l’or de la République espagnole, qui aurait été « volé », « séquestré », par les Soviétiques. Et d’en rajouter des louches… Depuis la fin des années 1960, des historiens sans a priori ont pourtant commencé à démolir ces mythes fondamentaux du franquisme, ces spéculations et mensonges qui ont encore la peau bien tannée. La littérature révisionniste telle que celle de Bartolomé Bennassar, Jonathan Beevor, etc. contribue à le répandre.

Celui qui m’apparaît comme l’un des historiens  les plus rigoureux, le professeur ÁNGEL VIÑAS, Professeur émérite de « la Complutense » de Madrid, n’a eu de cesse de réaliser un travail patient, acharné, critique, scrupuleusement documenté, notamment sur la question de « l’or de Moscou ». Ses recherches ont permis de commencer à démasquer, démonter, l’histoire officielle. Auteur d’une remarquable trilogie[3], il démolit le mythe passe-partout de « l’or de Moscou ». Le gouvernement de la IIe République espagnole avait, selon Largo Caballero et Juan Negrin, déposé l’or en Union soviétique en « dépôt de garantie » pour les achats en grande quantité d’armement soviétique, d’équipements etc. Madrid n’avait guère d’autre choix, et le réalisme l’emporta. Par contre on cache le plus souvent ce qui advint à « l’or de Mont-de-Marsan », laissé en dépôt en France, en 1931, par les Républicains espagnols. afin de couvrir une opération de crédit. Au nom toujours de la « non intervention », les autorités françaises refusèrent  de le rendre au gouvernement espagnol « rouge », mais s’empressèrent de l’offrir au pseudo gouvernement illégitime de Franco, à Burgos, un mois avant même la fin officielle de la guerre. (« Accords Bérard-Jordana » en février 1939).

Désormais, de nombreuses archives, notamment russes, se sont ouvertes et devenues accessibles aux chercheurs. Historiens et « grand public » disposent, au centime près, des dates, des prix, des échéanciers, des factures, des destinataires, du menu détaillé, des différentes opérations, transactions, réalisées (achat d’armement, de nourriture, d’équipements, change or en dollars, pesetas, livres, francs…) ainsi que les destinataires et destinations diverses. Aucun document, aucune archive, ne font référence à des « exigences soviétiques ». Une contre-vérité pourtant fort répandue. Pour l’historien VIÑAS le dépôt sera épuisé moins d’un an avant la fin de la guerre. Il aurait été dépensé intégralement en achats d’armement, de nourriture, etc., et les taux de change respectés. Rien n’accrédite donc la thèse d’une « escroquerie soviétique ». L’aide soviétique ne fut pas gratuite. Dans la situation de l’époque, l’Union Soviétique, engagée dans des efforts considérables d’industrialisation, de préparation à la guerre, n’avait pas les moyens d’aider gratuitement l’Espagne républicaine. Ce procès, nous semble-t-il, ne peut lui être fait. Par contre , il est vrai qu’au même moment où Madrid « tenait » et les modernes avions I-15 et I-16 (« chatos et « moscas ») contribuaient à sauver Madrid, redoublaient les grands procès de Moscou, et la sanglante répression stalinienne.

Ces premières semaines de l’été et de l’automne 1936 s’avèrent confuses mais décisives pour le gouvernement front-populiste de Largo Caballero.

[1] VIÑAS, Ángel, El escudo de la República: El oro de España, la apuesta soviética y los hechos de mayo de 1937, Ed. Crítica, Contrastes crítica, Barcelona, 2007, p. 253

[2] VIÑAS, Ángel, El escudo de la Repúblicaop. cit., Ed Crítica, Barcelona, 2007, p. 125

[3] VIÑAS, Ángel, La soledad de la República: El abandono de las democracias y el viraje hacia La Unión Soviética, Ed. Crítica, Contrastes critica, Barcelona, 2006.

El escudo de la República: El oro de España, la apuesta soviética y los hechos de mayo de 1937, Ed. Crítica, Contrastes crítica, Barcelona, 2007.

El honor de la República: Entre el acoso fascista, la hostilidad británica y la política de Stalin, Ed. Crítica Contrastes crítica, Barcelona, 2008.

Trilogie à laquelle on peut ajouter l’ouvrage suivant :

El oro de Moscú: Alfa y Omega de un mito franquista, Ed. Grijalbo, Barcelona, 1979.

L’OR DE MOSCOU

Mardi 28 Mai 2019

Jean Ortiz

Deuxième partie.

Le 21 juillet 1936, quelques heures après le coup d’Etat militaro-politique, d’une extrême violence, le plutôt mou gouvernement républicain (Giral) décide de « mobiliser » les réserves d’or de la banque d’Espagne (entité privée) afin de faire face aux besoins d’une situation convulse. A la mi-octobre, les fascistes sont aux portes de Madrid, qui menace de « tomber ». Pendant ce temps, le gouvernement français adopte et publie au J.O. une mesure interdisant le transit d’armes par son territoire. Au nom d’une « non intervention » en réalité fort interventionniste. Le gouvernement Blum n’ouvre pas ses arsenaux aux « front-populistes » espagnols, ne leur facilite pas le crédit, etc. Paris met des difficultés aux premières ventes et transactions républicaines, d’or converti en devises.

Le 14 septembre, le conseil (gouvernement) prend, en réunion « secrète », (vite fuitée) la décision d’évacuer de Madrid (vers la base navale de Cartagena) les réserves d’or de la Banque espagnole. Première étape d’un long et tourmenté périple  qui s’avèrera de plus très controversé. Dans son journal « Solidaridad Obrera » ; la CNT-FAI s’insurge contre cette « spoliation ». Les putschistes, à Burgos, sont sur les dents et veulent mettre à tout prix la main sur le « pactole ». Des remous agitent la fragile coalition gouvernementale.

L’Espagne possède d’importantes réserves d’or « mobilisables » : entre 715 et 719 millions de dollars de l’époque. Ce chiffre n’est pas secret.

La jeune République, agressée par Hitler, Mussolini, Salazar, lâchée par la France, confrontée à l’hostilité britannique, ne put compter, dès les premiers jours, sur l’aide militaire et financière qu’elle attendait de ses « alliés naturels » : l’Angleterre et surtout la France. Le « désengagement » de cette dernière renforce la solitude de Madrid. On peut se demander si, pour l’ensemble des  « démocraties » et des régimes fascistes, l’ennemi principal n’est pas en fait l’Union soviétique…. Le gouvernement républicain du socialiste Largo Caballero, que l’on appelait « le petit Lénine », isolé, en butte à mille obstacles, dut opérer un virage pragmatique vers l’Union Soviétique, surtout en termes financiers et militaires. Le dépôt de l’or apparait donc comme une « mesure de guerre » indispensable. Le 6 octobre se tient une réunion gouvernementale décisive qui parachève l’opération or. Il sera confié pour protection« à l’étranger »… Un document (voté à une forte majorité mandate Largo Caballero pour s’adresser par lettre (du 15 octobre), à Moscou, seul recours « de confiance » (qui accepte d’ouvrir ses arsenaux, ses comptoirs… La lettre demande au gouvernement soviétique (le « prie »), lui qui n’était ni informé ni demandeur, surpris, de recevoir et de protéger 780 caisses d’or de la Banque d’Espagne. « Mobilisées », converties, échangées en devises, dollars, pesetas-or ou simple pesetas, pesos divers, pour payer l’achat de tanks, d’avions, de fusils… La République disposera de 648 avions alors que les fascistes de 756, ainsi que d’équipements, de fournitures de toutes sortes, de facilités de crédit, de changes en devises…

 

On a aujourd’hui les factures à la peseta près de cette aide soviétique , massive, irrégulière, bien que très inférieure, malgré ce qu’assène la propagande franquiste, à la quantité d’armement que livrent Hitler et Mussolini  à Franco. On estime le poids de l’or fin envoyé en URSS à 460.516 851 grammes et à 1 586 222 D. sa valeur. Staline soutient les républicains mais ne souhaite pas une « République populaire » « avant la lettre » en Espagne. Il écrit à Largo Caballero que ses préférences, dans le contexte international de l’époque, vont à un régime parlementaire démocratique. Anxieux, préoccupé par la tournure prise par la guerre, il conteste même le slogan « no pasarán » parce que trop défensif selon lui.

Dans la « littérature révisionniste», y compris la plus récente ( Bennassar, Beevor, Payne…) ramènent l’affaire de l’or à des « visées expansionnistes » de l’URSS. La réécriture révisionniste demeure aveugle aux faits.

Selon l’historien Ángel Viñas, l’opération de vente de l’or républicain à Moscou ne peut être dissociée de la stratégie extérieure de la IIe République, de sa politique envers l’URSS[1].

Alors, « l’or de Moscou », non !, mais « l’or espagnol à Moscou », oui !, comme arme de guerre décidée par Madrid. Si la résistance dura près de trois ans, « l’aide de l’URSS », objet de mille spéculations et caricatures, de critiques tous azimuts, pas toutes infondées, y contribua, associée à l’héroïsme de tous les combattants antifascistes, à l’épopée des Brigades internationales et des volontaires par initiative personnelle, tous maillons du « no pasarán ». Et seule l’URSS, en tant que pays, malgré tous les malgré, répondit à l’appel internationaliste.

 

[1] VIÑAS, Ángel, Las armas y el oro. Palancas de la guerra, mitos del franquismo., Pasado & presente, Barcelona, 2013, p. 262.

 

Maldita historia de José de la Peña : Editions Amalthée

Il y a 80 ans‌ nous étions éjectés de notre propre pays par quelques militaires appuyés lourdement en armes et mercenaires par les pays totalitaires d’Hitler et Mussolini dans une agression  internationale inédite avec la complicité tacite des Etats démocratiques par leur laisser faire.
Ce livre a été écrit en se basant sur les souvenirs de ma famille et de moi-même. J’ai mis en exergue, sans être exhaustif, les faux clichés relayés par les médias.
Par exemple:
Comment imaginer qu’après la deuxième guerre mondiale des pays démocratiques aient protégé le régime fasciste de Franco?
Comment des partis politiques se revendiquant de la gauche aient sponsorisé un Roi imposé par Franco en lui ouvrant les portes du Marché Commun?
Par voie de conséquence le fait majeur de cette décision fut d’absoudre les crimes imprescriptibles contre l’humanité de type nazi commis par les franquistes. Ainsi sans contrainte les franquistes assassins et leurs descendants se sont renforcés et on eu tout loisir d’exhaler les odeurs malodorantes du fascisme. Cela crève les yeux aujourd’hui.
C’est ahurissant, lisez mon livre : EN ESPAGNE FRANCO SERAIT-IL IS BACK.

José de la Peña

Résumé : « Il revisite l’histoire familiale, ce qui forgera sa personnalité, à savoir la guerre, la Guerre d’Espagne, une guerre presque effacée de la mémoire de son pays de naissance, un pays qui a vécu sous la tutelle d’un dictateur pendant quatre décennies. Un pays où, pendant trop longtemps, seule pouvait être évoquée une mémoire réinventée par le vainqueur, laissant comme seule vérité le miroir du révisionnisme s’instituer aux côtés de la peur. » Préface de Carmen Negrín. Présidente du CIIMER Présidente d’honneur de la fondation Juan Negrin. Dans une République espagnole qu’on assassine lentement à l’ombre de la trahison, plus d’un demi-million d’Espagnols républicains deviennent apatrides, parias. À l’aube de la Seconde Guerre, c’est tout un peuple qui se voit privé de son droit fondamental de vivre et trouve refuge dans la terre de la « Liberté, Égalité, Fraternité ». Mais à quel prix ? Il y a exactement 80 ans, la famille de l’auteur a vécu cette tourmente, la guerre, la fuite, la peur. Une histoire banale qui ne saurait être effacée ni oubliée ; une histoire transmise de père en fils. L’Histoire de la honte qui se transforme en fierté. Notre histoire vers la liberté. À travers sa propre déchirure, cette saga familiale redonne vie aux héros oubliés de notre Histoire, à ces milliers de soldats et ces centaines de milliers d’exilés. Né à Barcelone lors du plus grand bombardement sur les civils en mars 1938, José de la Peña entre comme réfugié en France à l’âge de 11 mois avec la Retirada. Après des années à travailler sur les souvenirs de son père et son oncle au coeur de la Guerre d’Espagne, il retrace l’histoire de sa famille dans un récit poignant et cruellement réaliste.