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Anarquista, pionera y revolucionaria: radiografía de Federica Montseny, la primera ministra de la historia de España

La periodista Ariadna García Chas repasa en laSexta Clave la vida y obra de Montseny, anarcosindicalista que alcanzó la cartera de Sanidad en 1936, en plena Guerra Civil. Planteó medidas tan revolucionarias como el primer proyecto de ley del aborto de España.

En la semana del 90 aniversario de la proclamación de la II República laSexta Clave fija su mirada en Federica Montseny. Hace 90 años, su ejemplo cambió la historia de España: fue dirigente anarquista y figura destacada del movimiento obrero, y en 1936, durante el Gobierno de Largo Caballero, se convirtió en la primera mujer ministra de España: ministra de Sanidad y Asistencia Social. Aguantó medio año dirigiendo la cartera, en medio de la Guerra Civil.

Montseny se crió en el seno de una familia anarcosindicalista, y eso influyó en su personalidad. Sin embargo, pocos años antes de morir confesó en una entrevista que hubo otro evento histórico que marcó esa vena activista: la gran huelga de mujeres de 1918 en Barcelona. Durante dos semanas, las mujeres paralizaron la ciudad: fábricas, tiendas y comercios. Todo para protestar por la subida de precios de productos básicos después de la Primera Guerra Mundial.

En ese momento, Montseny tenía 13 años. A los 15 ya era activista ‘practicante’, y unos años después se afilió a la CNT, convirtiéndose en una figura muy relevante y visible de la organización. Tanto que los niños la llamaban ‘la mujer que habla’. Así mismo lo contó ella en una entrevista realizada en 1991: « Los chicos, cuando entrábamos en los pueblos, empezaban a gritar: ¡Ahí va, ahí va la mujer que habla y el hombre que la acompaña! Que era un compañero que venía conmigo ». En 1936, en plena Guerra Civil, Largo Caballero la convirtió en ministra. ¿Cómo llegó a ocupar esta cartera siendo anarquista?

Fue una decisión difícil. De hecho, ella no quería aceptar el cargo al principio. Sus padres también se mostraron en contra, afirmando que era dar la espalda a su pasado anarquista. Pero un sector de la CNT la convenció de esta forma que ella misma manifestó: « Vencer todas las resistencias íntimas y las resistencias familiares, y aceptar diciendo lo que me decía siempre Mariano Vázquez, que era el secretario de la CNT que sustituyó a Horacio Prieto: ‘Hazte cargo que estás movilizada’. En lugar de ir al frente, vas al Ministerio ».

Así se convirtió Montseny durante medio año en una de las líderes de España. Y durante seis meses intentó reformas muy relevantes y revolucionarias desde el Ministerio. Por ejemplo, los liberatorios de la prostitución, que eran casas de acogida para mujeres que querían abandonar esa profesión para buscar otro trabajo. También intentó desarrollar el primer proyecto de ley del aborto en la historia de España. Lo redactó, aunque el Consejo de Ministros no lo aprobó. De hecho, ella misma reconoció no estar tampoco a favor, pero entendió que era un « mal menor ».

« Largo Caballero, entre otros ministros, era adverso a la práctica del aborto. Yo también era adversa, pero lo aceptamos como un mal menor en los casos en donde llevar a término un embarazo representara un problema social, médico o personal para la mujer que era víctima de esa situación de hecho », argumentó Montseny en aquella entrevista de 1991. Cabe resaltar que durante la guerra, apostó por la evacuación por miles de niños de España a Francia, México o la Unión Soviética. Fue parte de su labor, pero también su gran arrepentimiento.

Lo hizo, junto a otros dirigentes, con la intención de salvar a los niños de la guerra, pero con la perspectiva de los años se dio cuenta de que había enviado a muchos de ellos a la orfandad, y de muchos no volvió a saberse nunca nada. Cuando Franco y los golpistas vencen en la Guerra Civil, Montseny acaba en el exilio, como otros cientos de miles de republicanos. Cruzó la frontera hacia Francia acompañada de su madre, que estaba enferma y a la que transportaron en una camilla, aunque finalmente murió a los pocos días de llegar. Unos años después, cuando los nazis entran en Francia, es arrestada por orden del franquismo.

ESPAGNE 1937

https://www.cinearchives.org/Catalogue-d-exploitation-ESPAGNE-1937-494-47-0-2.html

Recueil de documents évoquant chronologiquement et schématiquement l’avènement du Front populaire espagnol, son soutien parmi les masses, l’agression étrangère et la résistance militaire et civile de la République, du 6 février 1936 au second semestre 1937. Les images et le commentaire écrit et dit en français insistent sur la discipline et le courage de l’armée, l’héroïsme et le calvaire de la population madrilène bombardée, le rôle déterminant des commissaires politiques, la mobilisation des paysans travaillant dans les champs l’arme à l’épaule et celle des femmes travaillant dans les usines.
Les efforts pour la culture et l’instruction, y compris sur la ligne de front y sont rappelés. Les bombardements de Durango, Guernica et Bilbao ne sont mentionnés que par la simple inscription de leur nom derrière un rideau de flamme. (Plan d’une affiche de Charlot sur les murs de Madrid bombardée). L’identité des agresseurs étrangers n’est pas précisée (sauf par un plan de carton de munitions italien) et aucune allusion n’est faite aux profondes divergences politiques au sein des forces soutenant la République.

Cette version destinée à l’opinion française présente la plupart des positions du P.C.F. sur le conflit espagnol. L’évocation des « agitateurs suspects » et des « provocateurs » déclenchant des grèves selon un plan minutieux est très certainement dirigée contre les anarchistes ou les poumistes alors amalgamés aux rebelles franquistes. Il est en outre précisé que les rebelles ne respectent ni les églises ni les monuments historiques. Souvent attribué à Luis Bunuel (à ce moment commissaire culturel de la République à Madrid), Espagne 1937 fut postérieurement revendiqué par Jean-Paul Dreyfus (Jean-Paul Le Chanois) qui eut certainement une part déterminante dans sa réalisation.

Images de : Roman Karmen, Alain Douarinou et opérateurs espagnols
Montage : Jean-Paul Le Chanois (Jean-Paul Dreyfus)
Commentaire : Pierre Unik (commentaire espagnol : Juan Vicens*)
Chef de production : Luis Bunuel
Production : Alianza de Intelectuales Antifascistas para Film Popular, Madrid-Paris (Parti Communiste Espagnol)
Distribution française : Ciné-Liberté
Musique : Fragments des Symphonies 7 et 8 de Beethoven.
Personnalités : Alcala Zamora (président de la République avant la victoire du Front populaire), Martinez Barrio (président provisoire de la République), Companys (président de la généralité de Catalogne), Manuel Azana (président de la République), général Miaja, (Francisco) Anton (commissaire politique).
Lieux et monuments : Madrid (Cortès), Brihuega, Tolède (Alcazar), Trijuegue.

Note :

Ce film a été régulièrement confondu avec un autre titre « Espagne 1936 ». la réalisation en était attribuée indistinctement à Jean-Paul Le Chanois, Pierre Unik et Luis Bunuel.
Le film « Espagne 1936 » réalisé par Jean-Paul Le Chanois et supervisé par Luis Bunuel, entre la fin de 1936 et le début de 1937 fut projeté pour la première fois le 6 avril 1937**. il est plus connu et a été davantage diffusé que le film « Espagne 1937 ». D’après Roman Gubern, celui-ci a été réalisé entre novembre 1937 et février 1938 (déduction faite de sa sortie française la deuxième semaine de février 1938). 
De grandes similitudes esthétiques et narratives existent entre les deux films, à commencer par leur lien avec le sous-secrétariat à la propagande de la République Espagnole à l’ambassade de Paris dirigé par Luis Bunuel.
Cependant, certaines différences sont notables entre les deux films, dues pour partie à l’évolution de la guerre. Ainsi, selon Marien Gomez Rogriguez***, Espagne 1936 contient des passages d’une grande charge poétique, notamment un final poignant dénonçant l’atrocité de la guerre (cadavres d’enfants). 
A la différence d' »Espagne 1937″ qui ne contient aucune image de cadavre et dont le ton plus précipité évoque avec insistance le dénuement militaire tout en tenant bon la corde de l’espoir. 
La guerre ayant pris un tour très dur (luttes hégémoniques entre forces politiques au sein du camp républicain et mise en faiblesse des forces républicaines), ces partis-pris différents cherchaient sans doute alors à éviter toute atteinte au moral des troupes tout en appelant à la solidarité internationale en faveur des Républicains.

* D’après Roman Gubern (in : « GUBERN, Roman ; HAMMOND, Paul. Los años rojos de Luis Buñuel. Catedra. 2009 »)

** ORY, Pascal. La belle Illusion. Culture et politique sous le signe du front Populaire, 1935-1938. Plon. Paris, 1994.p.563


*** GOMEZ ROGRIGUEZ Marien. La Guerre civile espagnole à travers les archives de Ciné-Archives. Sous la direction de Jean-Pierre Bertin-Maghit, Janvier 2012

Lieux de consultation : Ciné-Archives, Archives Françaises du Film, Archives départementales de la Seine-Saint-Denis, Forum des images.

L’enfer des républicains espagnols exilés en Afrique du Nord

Aux derniers jours de la guerre d’Espagne (1936-1939), des milliers de républicains trouvaient refuge dans le Maghreb colonial. Internés puis convertis aux travaux forcés sous le régime de Vichy, ils ont vécu une histoire aussi tragique que méconnue.

Photo prise au camp de Bouarfa (Maroc) en 1940.
Archives personnelles Eliane Ortega Bernabeu

Mars 1939. Depuis plus d’un mois, la Catalogne est entre les mains des forces franquistes. Près d’un demi-million de réfugiés républicains espagnols prennent la fuite par le nord, pour ce qui reste aujourd’hui encore la plus importante migration jamais observée à une frontière française. Mais la retirada n’est pas l’ultime chapitre de la guerre d’Espagne : dans le sud-est de la péninsule ibérique, les derniers bastions républicains tombent les uns après les autres. Les hostilités se terminent dans « l’entonnoir » d’Alicante. Ne pouvant fuir ni par Valence ni par le sud de l’Espagne déjà aux mains des franquistes, miliciens et civils républicains sont contraints de prendre la mer.

Depuis Alicante, plusieurs milliers embarquent en catastrophe en direction du port le plus proche, Oran. La flotte républicaine en provenance de Carthagène accoste elle à Alger, avant d’être déroutée, avec 4 000 personnes à son bord, vers Bizerte en Tunisie. Au total, ce sont probablement entre 10 000 et 12 000 Espagnols — peut-être plus selon certains témoignages — qui arrivent sur les côtes d’Afrique du Nord en quelques jours.

Si une poignée de républicains sont accueillis par des proches à Oran — qui possède une forte communauté hispanique — dès le 10 mars 1939, le gouvernement de la IIIe République qui administre l’Afrique du Nord met un frein à leur arrivée. Depuis un an, les décrets-lois Daladier encadrent la venue de réfugiés : on parle de triage entre la « partie saine et laborieuse de la population étrangère et les indésirables », d’assignations à résidence, de centres d’internements… Un schéma qui va être reproduit en Algérie, au Maroc et en Tunisie.

Pendant que le maire d’Oran célèbre en grande pompe la victoire franquiste, une partie des républicains sont maintenus de force dans des embarcations converties en bateaux-prisons. Ceux qui peuvent débarquer sont placés dans des « guitounes », notamment sur le quai éloigné de Ravin blanc. Eliane Ortega Bernabeu, dont le grand-père était à bord de l’un de ces bateaux, le Ronwyn, raconte :

 » Ils étaient totalement isolés, tenus à l’écart des habitants. Malgré cela, certains Oranais leur sont venus en aide, en amenant de la nourriture, qu’ils hissaient à bord des navires grâce à des cordes. En revanche, une autre partie de la population ne voulait pas recevoir ces Espagnols, inquiets de leur nombre. Le maire de la ville, l’abbé Lambert, était un ami de Franco. Il a grandement contribué à créer un climat de peur chez ces habitants « .

En Tunisie, les marins et les civils de la flotte républicaine sont eux aussi tenus à l’écart de la population. Rapidement, ils sont acheminés en train vers le centre du pays et des camps d’internement, notamment celui de Meheri Zebbeus. En Algérie également, une fois débarqués, les réfugiés sont placés dans des camps : « Il y avait des civils, des ouvriers, des syndicalistes, enfermés derrière des barbelés, et sous la menace constante de baïonnettes », explique Eliane Ortega Bernabeu.

Dans les nombreux camps — dont la majorité se situe sur le territoire algérien —, la même législation qu’en métropole est appliquée. Peter Gaida, historien allemand et auteur de plusieurs ouvrages sur les camps de travaux forcés et les républicains, explique :

 » Les exilés sont considérés comme dangereux pour la défense nationale, ils sont contraints de fournir des prestations en échange de l’asile : une partie part dans les camps d’internement, l’autre dans les compagnies de travailleurs étrangers, les CTE. Des prestations légales dans la mesure où la France était en guerre, et les Français étaient aussi réquisitionnés « .

En Algérie, les femmes, les enfants, ainsi que des invalides sont envoyés dans différents camps : Carnot (Orléansville) ou Molière, pour les plus connus ; les combattants, eux, rejoignent ceux de Boghar et Boghari où ils sont enrôlés pour satisfaire aux besoins en main-d’œuvre de la puissance occupante. Ils sont employés notamment à rénover des routes dans la région de Constantine, et à exploiter les mines de charbon et de manganèse dans le sud oranais.

Le transsaharien, vieux rêve colonial

Les dirigeants de la IIIe République française décident alors de relier les mines de Kenadsa, situées au sud d’Oran, aux chemins de fer marocains. Deux mille républicains espagnols et membres des Brigades internationales intègrent la Compagnie générale transsaharienne, afin d’entretenir les pistes dans le désert. Dans son ouvrage Camps de travail sous Vichy (à paraître en juin 2021 aux éditions Les Indes savantes), Peter Gaida publie le témoignage de l’un d’entre d’eux, interné au camp de Colomb-Béchard, en Algérie :

«  On nous envoya à quatre kilomètres de l’oasis pour enlever le sable d’une énorme dune pétrifiée de plus de 2 000 mètres de longueur. La température était étouffante, plus de 40° à l’ombre et l’eau rare et chaude. C’est là qu’ont commencé les dysenteries, les crises de paludisme, les vomissements et les forts maux de tête « .

Après l’armistice du 22 juin 1940, le gouvernement de Vichy au pouvoir remet au goût du jour un vieux rêve colonial : l’édification d’une ligne de chemin de fer stratégique, le transsaharien, autrement appelé « Méditerranée-Niger ». L’idée est de relier les colonies d’Afrique du Nord à celles d’Afrique occidentale :

 » En réalité, les capitales des deux empires coloniaux français, Alger et Dakar. Vichy entreprend donc la construction d’une liaison ferroviaire de 3 000 kilomètres, en plein désert. Mais l’objectif est multiple : en plus du prestige colonial, il s’agit aussi de transporter des troupes militaires, du matériel et du charbon exploité au Maroc. Il y a également un projet en Afrique occidentale qui consiste à irriguer le Niger et de créer une culture du coton gigantesque, qui permettrait de rendre la France indépendante des Britanniques. Pour cela, il leur faut un chemin de fer qui puisse relier Alger « .

Le chantier, colossal, se divise en trois phases : la construction d’un axe Oran-Gao, en longeant le Niger, un second menant de Gao à Bamako, et un troisième censé relier la ligne à Dakar.

L’horreur des camps

La main-d’œuvre est toute trouvée : les Groupements de travailleurs étrangers (GTE, qui ont succédé aux CTE), disposent d’un cadre législatif répressif, subtile alliance du colonialisme et du fascisme. Un certain nombre de camps sont érigés et répartis entre le Maroc, la Tunisie, et l’Algérie. Mais les républicains espagnols ne sont pas les seuls à être affectés sur les différents chantiers : « Des anarchistes et communistes français, des membres de Brigades internationales, et des personnes aux profils très divers vont être déportés des camps français, comme celui de Vernet, vers ceux d’Afrique du Nord en bateau. Pour Vichy, ce sont “des bouches inutiles et des bras qui manquent” », explique Peter Gaida.

En outre, plusieurs milliers de juifs sont exclus de l’armée française, et placés dans des Groupements de travailleurs israélites (GTI). « Dans les camps, il y également des Nord-Africains, notamment ceux les leaders des mouvements nationalistes en Tunisie et en Algérie. Il y a donc une population très mixte, on trouve même la trace de juifs allemands et de Yougoslaves », commente Gaida.

Dans la région d’Oran, les détenus politiques considérés comme dangereux sont internés dans les camps de Djelfa, de Djenien Bou Rezg ou de Hadjerat M’Guil. « Il y a en tout six camps dédiés à la répression, poursuit Eliane Ortega Bernabeu. Des camps de la mort, comme les appelaient les républicains internés. Entre 1940 et 1942, à Berrouaghia, tous les indices que nous avons pu recueillir démontrent qu’au moins 750 y sont décédés, de faim, de froid, ou de sévices. »

Les pensionnaires subissent punitions, brimades, et torture. « Le camp de Meridja [en Algérie] ferme après que les républicains aient entamé une grève de la faim, afin de protester contre des actes de torture. En réalité, il est rouvert par Vichy un peu plus au nord, sous le nom d’Aïn el-Ourak », poursuit Eliane Ortega Bernabeu. Le chantier du transsaharien, lui, s’enlise : à peine 62 kilomètres de voies seront achevés.

En Tunisie, les conditions dans les camps semblent à peine plus clémentes qu’en Algérie ou au Maroc. La moitié des 4 000 personnes arrivées en 1939 est déjà repartie en Espagne, suite à une promesse d’amnistie formulée par Franco. Victoria Fernandez, fille de républicain espagnol exilé en Tunisie, raconte :

 » D’après mes recherches, au moins 25 ont été fusillés en Espagne dès leur arrivée, et les autres ont vécu dans des conditions extrêmement difficiles. Quant aux 2 000 qui sont restés en Tunisie, une partie importante est envoyée dans des camps dans la région de Kasserine, où ils s’occupent de plantations maraichères, d’arbres fruitiers, ou travaillent pour diverses entreprises « .

De nombreuses informations sur les maltraitances sont rapportées, notamment dans la région de Gabès. « En plus de cela, 300 marins républicains sont envoyés dans le désert, au sud du pays. Politisés et réfractaires, ils étaient encore plus indésirables que les autres », poursuit Victoria Fernandez. Parallèlement, environ 5 000 hommes tunisiens de confession juive seront enrôlés aux travaux forcés, dans des camps distincts, près des lignes de front.

Libération de la France, aide au FLN

Le débarquement des Alliés en Afrique du Nord en novembre 1942 connu sous le nom de « l’opération Torch » rebat les cartes : un flottement s’installe dans l’administration française, les généraux Henri Giraud et Charles de Gaulle se disputant le contrôle de l’Algérie et du Maroc. En Tunisie, la Wehrmacht fait son entrée, elle y restera six mois : « Durant cette période d’occupation allemande, une partie des républicains espagnols fuient vers l’Algérie, les autres essaient de dissimuler leur identité. Tous ceux qui sont attrapés sont envoyés dans les GTE, dans la région de Kasserine », explique Victoria Fernandez.

Depuis l’Algérie et le Maroc, d’autres républicains font le chemin inverse. Peter Gaida :

 » On leur propose de signer un contrat de travail, de rentrer, ou de prendre les armes. Donc beaucoup s’engagent dans les forces reliées à la France libre, et attaquent les forces allemandes en Tunisie. Après le départ de la Wehrmacht du pays, certains débarquent en Sicile et on retrouve leur trace aux côtés des forces de la France libre en Provence. Après avoir été réfugiés de la guerre d’Espagne, internés par la IIIe République, et travailleurs forcés sous Vichy, ils combattent pour la libération de la France. Un destin trop peu mis en valeur, où ils sont à la fois des victimes et des héros « .

En 1943, une partie des républicains espagnols part pour Casablanca, avant d’embarquer pour le Mexique ou pour l’Amérique du Sud. « D’autres sont restés, comme ma famille. En réalité, ils pensaient que Franco finirait par être chassé, ils dormaient avec la valise sous le lit », reprend Eliane Ortega Bernabeu. Sa naissance à Oran en 1954 coïncide avec le début de la guerre de libération nationale en Algérie :

 » Je ne suis pas pied-noir, déjà parce que c’est un terme colonial, mais également, parce que je ne suis pas française. Je suis une Espagnole d’Oran. Les républicains portaient des valeurs démocratiques, ils étaient donc fermement opposés au colonialisme. L’exploitation d’un peuple par un autre était pour eux une horreur. Beaucoup plus tard, je me suis rendu compte que mon père payait sa cotisation au FLN. Lui et les autres voyaient la pauvreté des indigènes, l’exploitation, la torture. Automatiquement, ils ont adhéré à leur combat « .

Les Espagnols restés en Tunisie finissent par partir, principalement à cause de problèmes économiques. La dernière vague quittera le pays à la mort de Franco, quand l’Espagne a reconnu leur service dans la marine.

Du passage des républicains au Maghreb, il reste des pierres tombales, bien peu de textes, beaucoup de zones d’ombre à éclaircir. Peter Gaida, Eliane Ortega Bernabeu, Victoria Fernandez et bien d’autres continuent inlassablement de recoller les fragments de cette histoire. Une manière de donner aux victimes de ces camps une reconnaissance qui, 80 ans après, se fait toujours attendre.

Laurent Perpigna Iban

Journaliste et photographe indépendant, passionné par le Proche-Orient où il se rend régulièrement.

Source : https://orientxxi.info/magazine/l-enfer-des-republicains-espagnols-exiles-en-afrique-du-nord,4624?fbclid=IwAR1DQyjTcLqHemIVTT_rMs1Q7Ux5D42MJe54XwgRQ7gN_TqJPU9q9IJ2HnE

90 ans de la 2e République espagnole

14 avril 1931-14 avril 2021

90 ans de la 2e République espagnole

L’association 24 août 1944
vous invite à une soirée spéciale projection:

Espagne/ L’espoir 1931/1936

suivi de

Je demande la parole

le mercredi 14 avril à 20h30

Si l’empreinte de cette mémoire continue à provoquer tant d’intérêt et de passion, c’est surtout parce qu’elle est synonyme d’avenir.

Ce 14 avril 2021 marque les 90 ans de la seconde république espagnole. Celle pour laquelle tant de personnes sont mortes, pour la défendre contre un coup d’état militaire.

Malgré la situation sanitaire pour le moins difficile dans le monde cette année encore, nous ne voulons pas cesser nos activités. Il est important pour l’avenir de marquer cet anniversaire. Il représente la première pierre posée par le peuple espagnol pour la conquête de ses droits sociaux, pour l’émancipation de la femme, pour le partage des richesses…… Il s’agit d’un projet social sans précédent dans ce monde féodal qu’est l’Espagne de 1930.

C’est pour toutes ces avancées que la République fut si durement attaquée et balayée par les forces fascistes, bourgeoises, et réactionnaires de toute l’Europe voire du monde.

Le « travail de mémoire » doit essentiellement servir l’avenir, empêcher le retour de dictateurs en éclairant la vérité historique sans complaisance. Nous devons parvenir à regarder en face le déroulement de l’histoire et que chacun reconnaisse ses actes, louables ou condamnables.

Il ne suffit pas de crier Viva la república ! encore faut-il savoir quelle république nous voulons, celle de 1933–1934, qui exerça une répression féroce contre les ouvriers, les mineurs, les paysans et les syndicalistes qui les représentaient ou celle de 1936–1937, qui fit naitre une expérience sociale révolutionnaire jamais renouvelée ?

Ne pas avoir cette démarche vers demain c’est condamner leur révolution à une momification. C’est aussi falsifier l’histoire en omettant de transmettre les raisons et les difficultés de leur combat.

C’est pour cela que notre association 24 août 1944 a décidé de ne pas rester silencieuse sous les consignes de confinement mais de partager avec vous :

Un petit documentaire sur cette République qui a tant fait parler d’elle qu’on en parle encore en 2021:

La conquête démocratique en Espagne/ L’espoir 1931/1936 (11,48’) par le collège André Malraux.avec les intervenants suivants:

Jean-Pierre Amalric, historien;
José Martinez Médecin/historien;
Jorge Semprun, écrivain;
Francisco Solano, protagoniste et maire de Moutiers-en-Puisaye pendant 30 ans(Yonne);
Lise London, militante communiste de l’époque.

Et le premier volet du film: Un autre futur, 1ère partie: Je demande la parole de Richard Prost 1990.

Auteurs : Aimé Marcellan, Angel Carballeira, Floréal Samitier, Alain Doboeuf.

Remarque : Le syndicat du cinéma a été aussi collectivisé en 1936. Les extraits de films utilisés dans la première partie proviennent du fond de la CNT spectacle. (43′). Il nous explique comment est née la puissante lutte sociale en Espagne et ce qu’elle a affronté

En attendant de pouvoir à nouveau se rencontrer dans le monde réel:

Rejoignez nous pour cette projection,

mercredi 14 avril 2021 à 20h30

Sans inscription

cermi association et 24 août 1944 vous invitent à une réunion Zoom planifiée.

Sujet : 14 avril 1931-14 avril 2021 La 2e république espagnole

Heure : 14 avr. 2021 08:30 PM Paris

Participer à la réunion Zoom
https://us02web.zoom.us/j/85473590593?pwd=ci9mb0hhTFByZlNBWms2YzhuREkxdz09

ID de réunion : 854 7359 0593

Code secret : 296825

Le dernier grand trésor photographique de la guerre civile espagnole

Retrouvées dans deux boîtes rouges au fond d’un garage, 5 000 photos cachées du photographe Antoni Campañà, prises durant la guerre civile espagnole, sont dévoilées pour la première fois.

On dit des photographes qui ont couvert la guerre d’Espagne (1936-1939) qu’ils ont été les pionniers du photojournalisme. A l’époque, cette guerre civile enflamme le pays. Elle oppose le camp des républicains espagnols composé de loyalistes à l’égard du gouvernement légalement établi, de communistes, de léninistes, d’anarchistes à celui des nationalistes et rebelles putschistes dirigés par le général Franco. Robert Capa, David Seymour, Gerda Taro ont photographié le conflit. Leurs images ont fait le tour du monde.

On pense alors avoir tout vu de cette guerre avant qu’en 2018, près de Barcelone, lors de la démolition d’une maison ayant appartenu au photographe catalan Antoni Campañà apparaissent, au fond d’un garage, deux boîtes rouges. Elle contiennent plus de 5 000 photos, des négatifs pour la plupart, mais également plusieurs centaines de tirages, le tout réalisé durant les trois années d’affrontements. Selon le quotidien catalan La Vanguardia, il s’agit « du dernier grand trésor photographique de la guerre civile espagnole ».

Mais qui est Antoni Campañà ? Dans le très beau texte d’introduction du livre La boîte rouge (Seuil) qui revient sur cette histoire et a été codirigé par le journaliste Plàcid Garcia-Planas, l’historien Arnau Gonzàlez Vilalta et le photographe David Ramos, la question est posée. « Qui fut Antoni Campañà Bandranas ? Un artiste, un photojournaliste de sport, un reporter de la vie politique et de la guerre, un représentant de commerce pour Leica et Contax, un éditeur de cartes postales ? Ou encore un saxophoniste de l’Iberian Orchestra, qui se produisait dans les années 1930 à Barcelone ? En guise de réponse, on pourrait dire que (…) Campañà fut un parfait homme-orchestre de la photographie. » Fils et petit-fils d’entrepreneurs dans le domaine de la construction, issu d’une famille aisée, Campañà décide très jeune de faire de la photographie sa vie. À douze ans, il vend déjà ses positifs. À quatorze ans, il réalise un reportage « graphique » sur le roi Alphonse XIII, publié dans une revue espagnole. Dès lors, l’appareil photo devient un inséparable compagnon.

Campañà a trente ans quand débute la guerre civile espagnole. Républicain, catalaniste et fervent catholique, le photographe manifestera très peu de prises de position politiques publiques, affirmant simplement être du côté de ceux « qui gouverneront, s’ils me plaisent ». Il adopte en quelque sorte la position d’un diplomate, et cette diplomatie lui permet de photographier les uns et les autres sans distinction : « De la Ligue de Cambò ou la gauche républicaine de Catalogne de Companys de février et mars 1936, puis, quelques mois plus tard, les révolutionnaires anarchistes et les franquistes victorieux, puis les fascistes et les nazis en 1939. »

Ses images, aussi exposées en ce moment au Musée national d’art de Catalogne, dépeignent une réalité tragique pleine de nuances et de contrastes douloureux. Elles sont une découverte incroyable sur la guerre civile espagnole, une véritable fresque allant du coup d’état de Franco, à la « Barcelone soviétique », jusqu’aux portraits des miliciens antifascistes se rendant au front. Campañà observe ce qui l’entoure, se soucie de son prochain et il se rend partout où il peut aller. Il photographie parfois au Leica, parfois au Rolleiflex, tout ce qu’il considère comme important, en particulier des évènements qui l’ont profondément heurté ou marqué : des églises victimes des révolutionnaires iconoclastes aux portraits d’attirants combattants libertaires, des protestations de rues aux conséquences misérables de la guerre.Retour ligne automatique

Car c’est de cela qu’il s’agit dans ces images cachées et retrouvées près de trente ans après la mort du photographe : de l’histoire d’un homme meurtri de voir son pays détruit. « Campañà a photographié la guerre civile espagnole avec amertume et tristesse, cet état d’âme a guidé son refus de diffuser ses photographies », écrit la commissaire d’exposition Marta Gili. Le photographe n’a pourtant pas aimé photographier la pauvreté, comme il l’a confié à ses enfants. Ainsi son fils Antoni se rappelle-t-il que son père « n’a jamais voulu que l’on sache qu’il avait réalisé des images de la guerre ». A qui se destinaient alors ces photos ? Nul ne le sait mais comme il est joliment écrit sur la quatrième couverture du livre La boîte rouge : « Aujourd’hui, par bonheur, elles nous sont offertes. »

Par Sabyl Ghoussoub

P.-S.

Né à Paris en 1988 dans une famille libanaise, Sabyl Ghoussoub est un écrivain, chroniqueur et commissaire d’exposition. Son deuxième roman Beyrouth entre parenthèses est sorti aux éditions de l’Antilope en août 2020.

https://www.blind-magazine.com/fr/stories/1276/Le-Dernier-Grand-Tresor-Photographique-De-La-Guerre-Civile-Espagnole

A posteriori

Regards croisés sur notre compagnon Emilio Marco et François. Emilio est né en 1921 à Falset (Catalogne).Il combattra dans la centurie de Juan Peñalver, cénétiste de Sant Feliu de Llobregat pendant la Guerre d’Espagne. Il passe la frontière en 1939 et sera, comme beaucoup de compagnons, interné dans de nombreux camps. Anti-fasciste convaincu, il s’engagera rapidement dans la Résistance. A la fin de la Seconde guerre mondiale, il s’intégrera petit à petit dans la société française et finira à Saint-Pierre-des-Corps où il militera jusqu’à sa mort le 30 janvier 2013.

Documentaire de Mickaël Foucault et Maëlle Maugendre

Disparition de Colette Flandrin-Dronne

Suite à la disparition de Colette Flandrin-Dronne, Mar y Luz Carino, fille d’un combattant de La Nueve, membre de Retirada 37 – association membre de Caminar – qui connaissait très bien Colette, a souhaité s’exprimer dans un texte que vous trouverez ci-dessous.

Le bureau de Caminar

C’est avec beaucoup d’émotion et une grande tristesse que j’ai appris le décès de Colette Flandrin-Dronne, la fille de celui qui est resté pour toutes et tous le capitaine de La Nueve, son père Raymond Dronne.

Fidèle et infatigable, Colette était toujours présente lors des commémorations ou divers évènements à Paris, Madrid, Ecouché ….

Pour évoquer les hommes de La Nueve, elle s’est toujours investie, en particulier auprès des jeunes, pour transmettre leur mémoire et leur combat.

Elle avait des souvenirs et des anecdotes qui les rendaient vivants.

Bien souvent, elle parlait plus des hommes de La Nueve que de son père, et ainsi elle pense avoir plus appris sur son père grâce à eux, en mettant toujours en avant le lien si particulier qui les unissait.

Elle était de ces personnes dont on pensait qu’elle serait toujours là pour eux.

Comme une évidence, presque toujours ses interventions se concluaient par : « Que voulez-vous, ils étaient ma famille ».

Elle va terriblement manquer aux descendants de cette famille.

Mar y Luz Cariño

A propos du film JOSEP, l’histoire amnésique

Le succès du film « Josep »remet en mémoire occultation de la révolution espagnole, le Poum dont Bartoli était un commissaire ,la propagande ,rouleau compresseur stalinienne.

Le film « Josep » que l’association 24 aout 1944 a présenté le 29 septembre, date de sa sortie sur les écrans en compagnie du réalisateur Aurel, « aux sept parnassiens », et qui a été sélectionné à Cannes, vient de recevoir le « Bayard spécial du jury » au festival de Namur. En quinze jours, il a enregistré 120 000 entrées. Chiffre considérable pour un film d’animation, sur un sujet quasi inconnu du public français : « La RETIRADA », du nom de l’épisode tragique de l’exil en France des républicains espagnols en 1939. Le catalan BARTOLI et ses dessins, reconnu mondialement, disparu en 1995, l’est tout autant, et cette découverte de l’homme, de l’œuvre, et d’une histoire oubliée ou volontairement tue, est le grand mérite d’Aurel et du scénariste de « Marius et jeannette » Jean Louis Milési .

Aurel a voulu, dit-il, partir d’un homme, et de son œuvre pour déboucher sur une page d’Histoire, qu’il ignore qu’il veut connaitre, et qu’ainsi il met au jour.
BARTOLI, dessinateur estimé est aussi un militant révolutionnaire. « LA RETIRADA » telle que nous la restitue Aurel, c’est son histoire, celles des 500 000 républicains espagnols réfugiés en France en janvier-février 1939, celle de la guerre d’Espagne et de la révolution.
Josep BARTOLI, commissaire politique du POUM (parti ouvrier d’unification marxiste) franchit les Pyrénées dans une colonne sous commandement anarchiste. Il fuit comme tous, les armées franquistes mais également parce que révolutionnaire et poumiste, les tueurs de la GPU, comme tous ses camarades de parti et bon nombre des militants « des amis de Durruti, » .Pour cela, il a dû rejoindre et s’y incorporer, l’armée dite régulière du gouvernement Négrin, exigée par Staline. Combattre les fascistes et être à l’abri d’un assassinat des hommes de main de Staline, nécessite de trouver un bataillon dont le commandement leur échappe, lui ce sera celui qui porte le nom du cénétiste, révolutionnaire ASCASO. C’est dans ses rangs qu’il entrera en France.

C’est la RETIRADA pour tous les républicains espagnols, mais leur lutte contre le fascisme n’est pas terminée, pour un grand nombre, ils la reprendront les armes à la main, dans les maquis, l’armée de Leclerc, la légion étrangère ou le

subiront dans les camps de la morts, quand prisonniers des allemands dans l’armée française, ils seront remis aux nazis et déclarés apatrides.

Pour tous, femmes enfants vieillards, ce seront, dès leur arrivée de ce côté des Pyrénées, les camps de concentration du gouvernement Daladier. Cependant qu’en Espagne se multiplient les bagnes, les exécutions, qu’on se prépare à assassiner plus de cent mille « rouges », souvent sans sépulture, comme en témoignent les centaines de fosses qu’on ne cesse encore de découvrir.

LA GUERRE D’ESPAGNE, LA REVOLUTION ? CONNAIT PAS

Pendant des dizaines d’années on a occulté la guerre d’Espagne, d’avantage encore la révolution

*La guerre au cinéma, quelques exceptions notables, « mourir à Madrid », « la guerre est finie »…

*La révolution : il a fallu attendre Ken Loach « Land and freedom », ( terre

et liberté).

*Le sort réservé aux 500 000 exilés, réfugiés en France, l’existence des camps de concentration de la troisième république de Daladier sur les plages et le long des Pyrénées (le camps du Vernet dans « la lie de la terre » d’Arthur Koestler). Au début des années 90, les travaux de Geneviève Dreyfus Armand..

*La retirada, une allusion lors d’hommages tardifs à Antonio Machado…

*La résistance : « le roman des Glières » de Véronique Salou, qui a eu le prix littéraire de la Résistance pour connaitre le rôle des républicains espagnols dans le maquis de Haute Savoie (2007).

L’histoire de la « nueve » composée de républicains espagnols sous le commandement du capitaine Dronne , de l’armée Leclerc , et qui arrive à paris Le 24 aout1944 , émerge peu à peu grâce à l’association « 24 aout 1944 » dont la présidente est Véronique Salou.

*L es 9000 républicains espagnols dont la quasi-totalité appartenant aux compagnies de travailleurs, sous commandement français et qui seront après les accords Pétain, Hitler,Franco déclarés apatrides et déportés à Mauthausen

Grace aux archives de la FEDIP, l’ouvrage en français et en espagnol de Pierre et Véronique Salou « les républicains espagnols dans le camp de concentration nazi de Mauthausen ».

L’HISTORIOGRAPHIE AMNESIQUE

Et puis la chape de plomb sur l’historiographie, qui obéit à la nécessité de ne pas traiter des raisons de la défaite, taire la révolution qui s’est dressée pour faire face au coup d’état fasciste.

Pendant des dizaines d’années les historiens, ont regardé ailleurs, trop avaient un fil à la patte et certains depuis 1936. Le souci qui domine, évacuer la révolution, est tellement partagé .La révolution, les collectivisations spontanées ont été au cœur de la prise de position pendant la guerre de trop de protagonistes, encore puissants. Il s’agit de ne pas en parler, car si par malheur elle avait été déterminante dans l’histoire de ce qu’on préfère appeler une guerre civile.

Il y a ceux qui dès le 19 juillet 1936, l’ont craint puis tuée. Et tout d’abord staline et les républicains de droite qui réussiront à s’imposer grâce à lui avec Négrin, le dernier président du conseil, quand la contre révolution prend le dessus et les responsables du POUM, et de la CNT, éliminés des centres de décisions du pouvoir central.

Et puis les fils spirituels des dirigeants des démocraties occidentales qui ne veulent pas chercher les raisons de la non intervention, socialistes, qui ont fait de Blum une icône, et radicaux ,mais aussi le parti communiste qui préfère qu’on laisse ,ignorée, la position de Staline favorable en 1936 à la non –intervention.

Paradoxalement les amis français de Franco qui présente le pronunciamiento comme une croisade, un sursaut de l’occident chrétien contre Moscou, dans une période où avec la guerre froide, il ne peut y avoir que deux camps, dont les capitales sont Moscou et Washington. Il convient donc de renforcer l’idée, comme dans la propagande franquiste, que les ennemis, les seuls combattants républicains étaient les communistes. Exit le POUM, la confédération nationale du travail (CNT), les anarchistes .Il n’y a jamais eu de révolution en Espagne. Cela convient à tout le monde.

CELA A COMMENCE DES 1937

Des 1937 la propagande stalinienne déroule le rouleau compresseur de sa puissante propagande. avec agents qui travaillent avec le NKVD comme l’envoyé spécial de l’Humanité en Espagne, Georges Soria qui deviendra après-guerre, un historien du mouvement ouvrier et de la Révolution française, au-dessus de tout soupçon. Il est à ce moment en 1937, le complice d’Alexandre Orlow, agent du NKVD (GPU) chargé d’éliminer les communistes anti staliniens ,et qui organisera l’assassinat d’Andreu Nin, le dirigeant du POUM en mai 1937.Il écrit une brochure contre le POUM, si évidemment mensongère qu’on lui préférera , le titre « l’espionnage trotskyste en Espagne. » Mais il faut quand même viser coute que coute le POUM, et il n’hésitera pas dans un des articles de « Ce soir » à l’intituler « le POUM organisation de terrorisme et d’espionnage au service de Franco »

CE SOIR : Staline a demandé à Thorez de produire un journal, grand public. Thorez en confie la direction à Aragon qui s’entoure des meilleures plumes, certaines honnêtes comme Louis Guilloux qui comprenant qu’il s’agit d’un instrument stalinien de propagande, s’en ira, mais discrètement, sans esclandre. Ce soir atteindra les 240000 exemplaires, distillant la vérité vraie, stalinienne aux militants ouvriers et a toute la très grande communauté espagnole, qui n’auront que le son de cloche sur ce qui se passe en Espagne , celui d’Aragon qui sait faire, il le prouvera quand il écrira « les communistes » et qu’ après Thorez qui l’aura traite de flic, il fera de Nizan un traitre. Tous les compagnons de route ne s’appellent pas Guilloux, même quand on est Malraux, tout le monde n’est pas Gide ou Panait Istrati. Les compagnons de route suivent .Il n’y aura donc chaque jour qu’une version officielle. Elle va perdurer des dizaines d’années. Que pourront cénétistes et poumistes après-guerre ?

Faute d’explication, on ne pourra que constater que la communauté espagnole aura intégré cette vérité sur la défaite, qui fait l’affaire de tout le monde « nous oui hélas, les espagnols on n’est bons qu’à se battre entre nous » Bref des immatures.

DONC CONCERNANT LE POUM, IL N’EXISTE PAS

Qui a accès à Orwell, Victor Serge, David Rousset, Daniel Guérin, Dos Passos, Marceau Pivert, Fred Zeller encore moins Benjamin Perret… qui a lu Arthur Koestler, et « la lie d la terre » et « le testament espagnol » décrété agent de l’impérialisme après « le zéro et l’infini » ?

Edgar Morin, après la résistance, attendra comme beaucoup d’autres 1956 Budapest et le rapport Kroutchev, il rencontrera le secrétaire des jeunesses du POUM Wilebaldo Solano dont il deviendra l’ami, pour accéder pleinement à cette histoire que les relais français de Staline, y compris à l’université, comme Soria auront tout fait pour occulter. Il faudra attendre Broué, Temine , leur histoire de la guerre et de la révolution en Espagne.

Le lien très fort entre la culture et la révolution continue à vivre porté comme en Espagne par le monde libertaire. Confiné, interdit d’expression grand public,

Ni lui ni le POUM n’ont d’existence visible. Hommage à la Catalogne d’Orwell devra attendre le film fidèle de Ken Loach « land and freedom ».

Qui connaissait le révolutionnaire du POUM, Bartoli, reconnu du monde des arts, comme l’était TOSQUELLES de celui de la médecine et de la psychiatrie ? Il faut du temps pour se libérer de la chape de plomb.

Tosquelles , est membre du POUM, il est catalan lui aussi de Reus dans la province de Tarragone, à deux pas du Vendrell d’Andreu Nin.

Frances Tosquelles, psychiatre, psychanalyste, est un des inventeurs de la psychanalyse institutionnelle. Membre du BOC, le bloc ouvrier et paysan de MAURIN, il participe à la création du POUM en septembre 1935. Quand en France on accueille les antis fascistes allemands ou d’Europe centrale en les enfermant dans des camps comme celui du Vernet où fut Koestler au début de la guerre, Barcelone en 1936 devient « une petite Vienne » Mais en même temps il combat dans les milices du POUM en Andalousie. Lors de la Retirada lui sera interné au camp de Septfonds en septembre 1939. Plus tard en Lozère, il dirige l’hôpital psychiatrique de San Alban où il développe sa pratique de la lutte contre l’aliénation sociale et les thèses de Lacan. C’est aussi un lieu de résistance. Il contribue à la formation de Frantz Fanon.

Ces hommes Bartoli, Tosquelles allient leur soif de culture et leur idéal révolutionnaire. Et ce n’est pas par hasard que Bartoli se retrouve au Mexique au sein du groupe Frida Kahlo, Rivéra, Vlady, le fils de Victor Serge, qui signe à la place de Trotsky , avec André Breton, « le manifeste pour un art révolutionnaire » . Pourquoi ? Parce que c’est le règne du « réalisme socialiste » entendons, stalinien et que pour reprendre l’expression de Victor Serge « il est minuit dans le siècle ».

Bartoli, Tosquelles, Orwell, Victor Serge, Benjamin Perret (le plus entêté, le plus fidèle, après Breton au surréalisme) .Le plus intransigeant aussi. En désaccord avec la direction du POUM, et de la CNT il préféra se battre et rejoindre la colonne DURRUTI, dans le bataillon « Makhno ».

L’art, la science, l’esprit au service de l’idéal révolutionnaire, on est forcément très loin du franquisme et du stalinisme et après la guerre du ronron social-démocrate qui va couvrir les camps qu’il a ouvert en 1939 d’Argeles ,de Septfonds, d’Agde, du Vernet…

LA REPRESSION CONTRE LE POUM, C’EST AUSSI LA DEFAITE DE LA CNT, LA CONTRE REVOLUTION VOULUE PAR STALINE, SOUHAITEE PAR LES REPUBLICAINS DE DROITE

Orwell ,engagé dans les combats sur le front d’Aragon, dans une colonne du POUM, après sa blessure découvre après les combats qu’ont menés vainement les comités d’ouvriers ,sur les barricades, le 4 mai 1937 pour défendre « la téléfonica » contre les gardes d’assaut gouvernementaux ,les communistes et les membres du PSUC encadrés par les agents de Staline, concrètement le reflux de l’esprit révolutionnaire .Les femmes désormais ne portaient plus de fusils écrit –il dans « hommage à la Catalogne », elle sont redevenues cantinières ou infirmières.

Fred Zeller, un moment secrétaire de Trotsky, et qui deviendra grand maître du Grand Orient écrit « Partout la révolution sociale accompagne la guerre civile. Pour écraser le fascisme, les travailleurs s’emparent des terres, des usines et les font marcher après avoir chassé les capitalistes et face au vieil état bourgeois, construisent leur propre état ouvrier » et il pose la question suivante « Quel était le programme politique de Staline-Négrin pour l’Espagne sinon restaurer la société capitaliste en torpillant la révolution ».

Alors bien sûr, ceux qui ne se plieront pas aux plans de Staline seront pourchassés et exterminés, ceux du POUM, de la CNT, de la FAI. Les comités ouvriers qui se sont spontanément créés dès le 19 juillet1936 doivent être démantelés, les terres et les usines collectivisées restituées dans le respect de la propriété privée.

Cette stratégie était dénoncée dans le journal du POUM, « la Batalla » le 15 novembre 1936 qui résume l’option de Moscou « ce qui intéresse vraiment Staline ce n’est pas le sort du prolétariat espagnol ou international, c’est la défense de son propre pouvoir, suivant la politique des pactes conclus par des états ,face à d’autres états et d’ailleurs le parti communiste espagnol, après avoir proclamé en mars 1936, « qu’il fallait lutter pour un gouvernement ouvrier et paysan, s’appuyant sur les alliances ouvrières et paysannes » En juin 1936déclare que son seul but est « la défense de l’ordre républicain dans le respect de la propriété »

Staline après s’être rallié dans un premier temps à la non-intervention de Paris et de Londres, comprend qu’une telle politique laisse le champs libre aux communistes anti- staliniens du POUM et aux anarchistes, et surtout à la révolution dont il ne veut à aucun prix.

Le PCE, pratiquement inexistant il lui faut démontrer qu’il maitrise le prolétariat espagnol.

L’envoi d’armes en quantité et qualité dérisoire, contre le rapt des neuf dixièmes des réserves d’or espagnol, l’Espagne possède à ce moment-là, la troisième des réserves mondiales, doivent lui procurer la sympathie du camp républicain complétement démuni.

Cette stratégie implique la main mise sur les rouages de l’Etat, et sur les brigades internationales qui se sont formées spontanément et qu’il doit diriger.
Marty entre autre sera à la hauteur de la tâche que contrôlent les agents envoyés par Staline. Il gagnera le surnom « de boucher d’Albacete ».Les talents d’oratrice de la pasionaria permettront de s’approprier une des plus belles des pages de la solidarité ouvrière et démocratique, la lutte héroïque en particulier des brigades dans la défense de Madrid.

Devant la réaction ouvrière et paysanne, les collectivisations, les premiers soviétiques engagés, pourraient espérer « un octobre espagnol »,ils seront perçus au moments ou se multiplient à Moscou ,les procès , comme d’éventuels opposants. Rappelés, ils seront fusillés.

Une politique qui convient à la bourgeoisie républicaine, aux sociaux-démocrates anglais et francais. Marceau Pivert propose à Blum de libérer Abd el Krim, assigné à résidence en France, pour soulever le Maroc espagnol, Blum refuse .David Rousset fait la même proposition au gouvernement espagnol et à Compagnys président de la généralité catalane. C’était la défaite assurée de Franco en le prenant en tenaille .Il reçoit la même réponse. Un tel soulèvement, serait insupportable aux anglais, ce serait un signal pour les colonies.

La stratégie de Staline ne peut que trouver un échos favorable chez la bourgeoise républicaine, prête a s’offrir, c’est ce que fera Négrin qui exigera après les évènement du 4 mai à Barcelone, des magistrats qui hésitent ,la condamnation des dirigeants du POUM, alors que des milliers de ses militants sont au front.

Staline n’a-t-il pas déjà déclaré le 20 mars1937, a la veille de l’attaque de « la téléfonica » et de la persécution des militants du POUM :

« Il faut dire au peuple et au monde entier : le peuple espagnol, n’est pas en état d’accomplir la révolution prolétarienne. La situation intérieure et surtout internationale n’est pas favorable »

Pourtant les collectivisations, au Levant, en Aragon, En catalogne, sur le plan économique, et commercial sont un succès total, productions et échanges sont supérieurs à ceux d’avant-guerre. Partout le pouvoir échappe au contrôle d’un parti ou d’un syndicat institué, partout la démocratie est directe. Dans les milices les officiers sont élus.

A partir de mai 1937, la répression va prendre les formes voulues par les envoyés de Staline. Andreu Nin est enlevé, par les tueurs d’Orlow, .A la question des militants du POUM, placardée sur les murs : « a donde esta Nin », la réponse des agents du Kominterm est « A Salamanca o à Berlin ». La torture doit obtenir que NIN dise qu’il est un agent nazi, selon la pratique employée contre Zinoviev et Kamenew. Pour justifier une répression totale et rapide du POUM.

Les mêmes calomnies qui pourvoient le goulag sont désormais ouvertement à l’œuvre en Espagne.

Quant aux collectivités, elles doivent résister aux assauts des agents gouvernementaux, et des responsables du parti communiste, c’est le cas en Aragon où le général communiste Lister, n’a de cesse de restituer les terres et les fabriques aux anciens propriétaires.

L’aliance Negrin –Staline peut enfin répondre totalement à ce que demandait Santiago Carillo dès janvier 1937 quand le POUM fut écarté du gouvernement de la généralité en Catalogne « les revendications révolutionnaires et socialistes constituent un obstacle pour l’unité de toute la jeunesse, les dirigeants du POUM sont des agents de Franco et de Mola .Il faut s’orienter vers la création d’une alliance nationale de la jeunesse espagnole, sans distinction de classe ni d’opinion.

Lors de la formation du gouvernement Négrin, « le Temps »indique la réelle signification de la chute du socialiste Largo Caballero au profit de Négrin et du bloc stalino-bourgeois : « le gouvernement de Valence (donc officiel) a atteint le point où il doit prendre une décision. Il ne peut plus longtemps demeurer dans l’ambiguïté dans laquelle, il s’est tenu jusqu’ici. Il doit choisir entre la démocratie et la dictature du prolétariat. Entre l’ordre et l’anarchie.

Jean Estivill

bibliographie

Louis Gil: George Orwell, de la guerre civile espagnole à 1984

Ma guerre d’espagne à moi de Mika Etchebehere (seule femme commandant de

milices , elle est du poum)

Antoine Gimenez, collect ,les « gimenologues » , Les fils de la nuit »

Libertalia

ma guerre d’espagne, les brigades internationales ,Sygmund Stein, seuil

(la mainmise sur les brigades par les staliniens et le GPU)

Bien sur G.Orwell qui fut dans les brigades : « hommage à la Catalogne » et le film de Ken Loach qui s’en est inspiré « Land and Freedom » terre et liberté

Pierre Broué et Emile Témine :la révolution et la guerre d’Espagne, 1961 Editions de Minuit

Godicheau ; la guerre d’Espagne : république et révolution en Catalogne

Wilebaldo Solano : Le POUM, Révolution dans la guerre d’Espagne Syllepses

Un témoignage : Guerre, exil et prison d’un anarcho syndicaliste CIPRIANO MERA ,les Coquelicots.

Les mouvements d’émancipation nationale d’ ANDREU NIN Syros

Julien Blanc « le temps des hommes » roman auto biographique ( sur l’engagement de l’immense écrivain, au côté de la république)

Et un formidable roman historique ,meilleure vente, plusieurs mois en Espagne en 2015 de Padura qui dévoile le parcours de Mercader l’assassin de Trotsky ,organisé par le GPU en Espagne des 1936 : « L’homme qui aimait les chiens »

Association 24 aout 1944

https://www.24-aout-1944.org/L-association-24-aout-1944

Les cahiers du CTDEE, centre toulousain de documentation sur l’exil espagnol( treize numéros parus.

Les camps sur la plage,un exil espagnol Geneviève Dreyfus-Armand. Emile Témine .Autrement.