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Les combattants espagnols dans la Résistance

La Seconde Guerre mondiale éclate en septembre 1939. Les exilés espagnols vont s’engager dans toutes les unités combattantes et dans la Résistance. Tous les maquis de France auront dans leurs rangs des combattants républicains espagnols qui vont s’illustrer pas leur bravoure, au barrage de l’Aigle en Corèze, aux Glières en Haute-Savoie, dans l’Indre, en Bretagne … Ils formeront les jeunes maquisards qui fuient le STO (Service de travail obligatoire). Certains maquis seront même composés uniquement d’Espagnols dans le sud de la France, comme en Ariège, en Dordogne…
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Comment échapper à son destin ?

Passées les premières stupeurs et déceptions d’un « accueil » plutôt hostile et douteux, l’immense majorité des républicains espagnols s’organisent et recréent leurs partis et syndicats. Ils regardent atterrés le fascisme monté en Europe et se doutent qu’ils ne sont pas à l’abri de ce qui se prépare. Traités comme ennemis et parias par le régime pétainiste, ils s’engagent massivement dans la lutte armée contre l’occupant nazi. C’est une question de survie pour beaucoup d’entre eux.

Après la capitulation de l’État français le 22 juin 1940, les Espagnols participeront, naturellement, aux premiers mouvements de résistance. C’est dans cette résistance que vont avoir lieu les premiers contacts vrais avec les Français qui partagent les mêmes conditions de lutte. L’expérience de la guerre civile leur donne une certaine organisation, une endurance, une combativité qui forcent l’admiration des Français et c’est sur eux que ces derniers vont compter pour les actions armées. Beaucoup tiennent un rôle militaire primordial. Ils se préoccupent également d’organiser des maquis en Espagne même, dans le but de bloquer Franco, s’il lui venait des velléités d’aider les forces de l’Axe, mais aussi pour préparer leur retour à une Espagne républicaine.
Prendre le maquis est non seulement un acte de conviction mais aussi un acte de survie, les Espagnols sont pourchassés et assassinés par la milice française et par l’occupant nazi, de la Gestapo à la Wehrmacht, notamment les dirigeants des partis et syndicats de gauche, les élus de la République. La menace se fait pressante, en 1942 Berlin demande à Vichy de lui livrer les réfugiés espagnols et les antifascistes italiens, ce qui est encore une raison supplémentaire pour entrer en clandestinité.

Les maquis investis par les combattants espagnols

Ils 
s’intègrent à l’AS (Armée secrète), à l’ORA (Organisation de Résistance dans l’Armée) et relèvent des mouvements
« Combat », « Libération », « Franc-tireur » qui vont se regrouper dans les MUR (Mouvements Unis de Résistance) ou encore au sein des FTP-MOI (Francs tireurs partisans de la main-d’œuvre immigrée) d’obédience communiste comme Celestino Alfonso figure sur la fameuse « Affiche 
Rouge » aux côtés de Manouchian et Luis Fernandez qui commande la fameuse 35e brigade FTP-MOI, près de Toulouse, composé surtout de juifs, d’anciens d’Espagne, d’Italiens. Redoutable groupe composée de jeunes gens étrangers téméraires, et désireux d’anéantir le fascisme.

– Certains maquis, se composent exclusivement de combattants espagnols. Ils sont dans les premiers à s’organiser et à passer à l’action, tel le réseau Ponzán à Toulouse, sous l’impulsion de Francisco Ponzán, plus connu sous le nom de François Vidal. Militant de la CNT. À partir de mai 1939, Vidal organise un réseau de passeurs d’hommes dans les Pyrénées pour faire sortir d’Espagne les militants en danger. Dès le début de la guerre, le groupe se met au service de la résistance et travaille activement avec l’Intelligence Service anglais et le Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) de De Gaulle, mais aussi avec le réseau Sabot et le groupe Combat. Ce réseau permet l’évasion de 1 500 personnes dont plus de 700 aviateurs alliés et le passage de nombreux documents (sans compter tout ce qui sert la lutte antifranquiste). Le réseau couvre une zone qui va de Bruxelles à Lisbonne. Fait prisonnier en 1944 par la police française, Francisco Ponzán Vidal est livré aux Allemands et exécuté de manière à la veille de la libération.

– Ou encore le groupe de Ramon Villa Capdevilla, Caraquemada ou El Jabali. Militant de la CNT. Début 1939, il se réfugie en France, où il est interné au camp d’Argelès-sur-Mer. Il s’en échappe en 1940. Deux ans plus tard, il est de nouveau arrêté et interné dans la citadelle de Perpignan. Libéré, il met son expérience de spécialiste des explosifs au service de la Résistance, comme le 11 juin 1944, près de Périgueux où, avec deux cents maquisards, il s’empare d’un train blindé allemand. Il participe également, au sein du Batallón Libertad (composé en grande partie d’anarchistes espagnols) à la libération de Royan et de l’estuaire de la Gironde. Il est plus connu sous le surnom de « commandant Raymond ». Il commande deux cents résistants espagnols. Ce sont eux qui anéantissent la garnison Das Reich qui a massacré les habitants d’Oradour. Ramón Vila Capdevila meurt en 1963, lors d’une fusillade avec des franquistes, alors qu’il était un des meilleurs passeurs d’hommes de la CNT, membres des groupes d’action qui n’ont cessé de harceler le régime franquiste depuis 1945.

– Le groupe d’Arrau Saint Lary mené par José Cortés, comprend 60 hommes environ et s’unit aux FTP (Franc Tireurs Partisans). Ils s’organisent en unité de guérilla, héritée directement de l’armée républicaine comme la 9e brigade issue du 14e corps de guérilleros de l’armée républicaine, commandée par Ricardo Gonzalvo. Ces hommes comptent à leur actif de nombreux et importants actes de résistance.

– Voici une liste de maquis où la présence espagnole fut suffisamment importante voire majoritaire : le maquis de Dordogne, de la Montagne Noire, de Querigut (dans l’Aude), les maquis de l’Aveyron, du Pic Violent, de Savoie, les maquis du Lot, de Loches, de Belves, de l’Isère, de la Gouzette (Saint Girons), de Privas, les maquis du Cantal et de Corrèze, de Maleterne, de Bagnères, des Landes, du Rouergue, le Mont Mouchet, du Limousin, le maquis Bidon 5 et le maquis du Vercors et n’oublions pas le maquis du COFRA, du Barrage de l’Aigle, et Foix ; Les guérilleros de la 10e brigade, 2e Bataillon du maquis du « Col de Marie Blanque » Vallée d’Aspe, encerclement de Bedous. De nombreux antifascistes espagnols se trouvent aussi dans la résistance en Bretagne, en Gironde, dans le Massif central… Ils participèrent à la libération d’au moins 27 villes françaises (dont Annecy, Paris, Cahors, Foi, Bordeaux, Strasbourg, Périgueux, Royan, Toulouse…). Le bataillon Alsace Lorraine, commandée par le Colonel Berger (André Malraux) va être composé de beaucoup de combattants espagnols et d’anciens des brigades internationales : « Les 1 500 combattants volontaires, indisciplinés et équipés de vieilles Traction avant Citroën, de gazogènes et de GMC brinquebalants, vont faire souffler un vent d’Espagne sur cette brigade qui s’intègre dans la 1re Armée du général de Lattre de Tassigny qui la surnommera « la Brigade des trois cents pouilleux ». D’autres l’appelleront aussi « La Brigade très chrétienne du colonel Berger » en raison du grand nombre de prêtres, pasteurs et autres théologiens qui la composaient » .

– Le maquis du plateau des Glières en Haute Savoie (premier territoire français à se libérer le 19/08/1944)) où Les Républicains espagnols arrivent en 1940. Deux compagnies de travailleurs espagnols (515 et 517 CTE) affectés aux travaux des routes et assèchement des terrains, vont petit à petit s’égayer dans la nature. Ils vont aller clandestinement s’installer, avec des conditions très rudes, dans les chalets de montagne, pour échapper à la déportation en Allemagne. Ces hommes aguerris vont mettre leur connaissance de la Résistance au service de l’armée de l’ombre, sous la direction de Miguel Vera. Ils vont conquérir les cœurs et l’amitié de leurs compagnons, jusqu’aux chefs du 27e BCA qui leur accorderont une entière confiance. Ces « Diables d’Espagnols » vont avoir une place incontournable et prendre part aux combats les plus rudes. Leur implication sera importante, puisque Tom Morel le commandant du maquis du plateau décidera au 30 janvier 1944 de, monter avec 120 hommes, sur le plateau pour y réceptionner les parachutages d’armes de Londres. 56 de ces maquisards seront des Républicains espagnols.

À l’heure des comptes, les trahisons

Le 7 novembre 1942 à Toulouse sous la direction du PCE se crée l’UNE (Unión Nacional Española) pour prétend unir et diriger les maquisards espagnols, avec comme objectif, l’intervention contre le régime franquiste.

En contre pouvoir, le 9 septembre 1944, se crée l’ADE (Alianza democrática española), qui rassemble toutes les tendances politiques de l’exil, excepté les communistes, dont elle dénonce les exactions au sein de l’UNE. L’ADE conteste l’exclusivité de l’UNE et ses méthodes de disparitions et assassinats de maquisards espagnols d’autres tendances politiques (socialistes, anarchistes, POUM…).
À propos de la 35ème Brigade FTP-MOI, leurs actions étaient si intrépides et incontrôlables que le PCF les désavoua, leur préférant une histoire de la résistance plus… française.

Le colonel FFI Serge Ravanel, affirme que « la participation des Espagnols à la résistance fut considérable. Ils sont la part la plus importante de la résistance dans les Pyrénées orientales ». Pourtant il n’hésite pas à cautionner le transfert à l’UNE ou le désarmement d’unité de résistants espagnols comme les 350 hommes du commandant Santos du bataillon Libertad, qui refusent de rejoindre cette organisation, où ils risquent leur vie, par les pratiques courantes pour ceux qui contestent la ligne du PCE. En effet, ce groupe de résistants avertis a préféré sortir de l’UNE et intégrer les Forces françaises de l’intérieur (FFI).
Il faut souligner aussi le travail essentiel fait dans ce sens par José German Gonzalez, militant anarchiste de la région de Tarragone, commandant du maquis du Barrage de l’Aigle qui organisa, à travers les Groupes de travailleurs étrangers (GTE), l’entrée des cénétistes directement dans la résistance française

Monsieur Bénezech, membre du comité de la résistance, déclarera en reconnaissance aux résistants espagnols : « Combattants héroïques de la liberté, qui, partout, firent preuve du plus grand courage et payèrent un lourd tribu à la libération de notre pays » mais aucun responsable français ne tentera de leur apporter une aide pour libérer leur pays.

La Révolution s’arrêta en Mai

Printemps 1937, la guerre civile espagnole est à son apogée. L’armée républicaine et les milices des partis et des syndicats, luttent contre les troupes franquistes. À des centaines de kilomètres à l’arrière du front, le gouvernement ordonne l’assaut du Central téléphonique de Barcelone qui est géré par la CNT. Les anarchistes résistent et une grève générale éclate. C’est le début d’une guerre civile au sein de la Guerre civile. Cinq jours qui cèlent l’épitaphe de la révolution : http://demainlegrandsoir.org/spip.php?article1833

Retours sur la soirée concerts de Serge Utgé Royo et Véro LP.

Voir ci dessous l’article sur le site « info-Tours » du 24 février 2018,la vidéo réalisée par Claude et l’article de « la Nouvelle République » du 1 mars 2018 :

Clôture en beauté pour les 10 jours consacrés aux Brigades Internationales à Saint-Pierre-des-Corps avec le concert de Serge Utgé Royo et en première partie Véro LP.

Dans une salle pleine, Véro LP débute cette soirée consacrée à la mémoire des brigadistes mais pas que. En effet avec sa voix puissante et mélodieuse, Golondrina va nous entraîner dans les faubourgs de Séville, Buenos-Aires, au son du tango, la copla et autre milonga. Accompagnée de Romain Noël au piano, Jérôme Seguin à la basse acoustique et Hervé Duponcel aux percussions, l’hirondelle du faubourg annonçait avec talent la suite de cette soirée prometteuse avec Serge Utgé Royo en deuxième partie.

Après un changement de plateau rapide, devant le drapeau des Républicains espagnols Serge Utgé Roy est apparu, entouré de Léo au piano, Jack à la Basse, Gérard à la batterie. Fils d’exilés Républicains, il va, pendant tout son concert évoquer avec sa voix chaude, parfois nuancée de sanglots ce que fut la détresse de ces gens qui avaient fui la terrible oppression dont ils furent victimes et de faire un rapprochement avec ce que vivent aujourd’hui d’autres peuples.

Avec sa chanson « un nuage Espagnol » interprété avec Cristine, son épouse il va raconter l’histoire de ces républicains engagés dans la deuxième DB du général Leclerc et qui vont être les premiers libérateurs de Paris. Sous les applaudissements d’un public conquis il va terminer son récital en interprétant sa chanson fétiche, « Amis, dessous la cendre » et au salut final, en grand professionnel généreux il demandera à Véro LP de le rejoindre sur la scène et partager ainsi les bravos.

Roger Pichot

Serge Hutgé-Royo, le libertaire qui fait du bien

Serge Hutgé-Royo, en ambassadeur de la mémoire des exilés républicains espagnols.© Photo NR

Libertaire, humaniste, pacifiste, les qualificatifs sont légion pour qui vient à la rencontre de Serge Hutgé-Royo.

L’auteur-compositeur-interprète était de retour vendredi soir au centre culturel, pour clore la dizaine sur les Brigades internationales organisée par Retirada 37. Et on ne pouvait rêver mieux pour cette conclusion. Dans une salle très bien garnie, Serge Hutgé-Royo n’a pas failli dans son approche textuelle et musicale pleine d’humanité. Il était là pour « porter la mémoire des siens », lui le fils d’exilés catalans-castillans, il était là aussi pour distiller les chants populaires, ceux de la guerre d’Espagne ou encore pour mettre en exergue les poèmes espagnols des plus grands. Ce fut fait et bien fait avec la sincérité et la profondeur qui le caractérisent. « Les Pieds du vieux républicain », « Dessous la cendre », un clin d’œil à Ferré, sont là, entre autres, pour donner quelques « Gouttes de bonheur ». Et comme il a un cœur grand comme ça, le gentleman Serge invitera Véro LP (1re partie) pour le salut au public.

Collioure : Un bagne fasciste en France


Photo prise aux abords du port de pêche de Collioure, Pyrénées-Orientales, en 1890, devenu lieu d’internement pour combattants de la Brigade internationale en 1939 – source : WikiCommons

Au début de l’année 1939, un camp d’internement pour combattants républicains revenant de la Guerre d’Espagne est implanté sur le sol français. Sa découverte fait scandale.

Grégory Tuban vient de publier aux éditions du Nouveau Monde une imposante somme historique à propos des camps d’emprisonnement bâtis en France à la suite de la Guerre d’Espagne, et destinés en priorité aux combattants républicains, communistes, socialistes ou anarchistes.

Avec son aimable autorisation, nous publions aujourd’hui un chapitre tiré du livre Camps d’étrangers : Le contrôle des réfugiés venus d’Espagne (1939-1945) consacré au camp de Collioure, dans les Pyrénées-Orientales.

Le 14 mai 1939, le quotidien L’Humanité met Collioure à sa une. Sous le titre « Un bagne fasciste en France », le journal communiste révèle les dantesques conditions d’internement dans ce camp réservé aux « fortes têtes ». Plus de 350 étrangers, majoritairement des Espagnols, mais aussi d’ex-brigadistes internationaux, y sont détenus depuis le début du mois de mars 1939. Des hommes quasi séquestrés dans un fort, à l’abri des regards, sans droit de correspondance ni de visite. Si Collioure est connue comme la dernière demeure du poète Antonio Machado – mort d’épuisement le 22 février 1939 –, désormais, c’est le château royal surplombant ce petit port de pêche, situé à seulement une trentaine de kilomètres de la frontière, qui attire l’attention des derniers défenseurs de la République espagnole.

À quelques mois du 150e anniversaire de 1789, ils espèrent bien faire tomber cette « Bastille de Daladier », selon les mots de Jean Chauvet, secrétaire général du Secours populaire de France et des colonies. L’affaire des « séquestrés de Collioure » éclate grâce à la pugnacité d’un jeune avocat communiste présent à Perpignan pour le compte du Secours populaire. Pierre Brandon a découvert l’existence de ce « camp spécial » en rencontrant, clandestinement, des brigadistes italiens internés à Argelès-sur-Mer. C’est à leur contact qu’il a appris le départ de certains d’entre eux pour le château royal, notamment de Francesco Fausto Nitti. […]

C’est donc depuis le camp d’Argelès-sur-Mer, situé à seulement quelques kilomètres du château royal, qu’ont lieu les premiers transferts, avec l’envoi d’un premier contingent de 77 internés le 4 mars 1939. Le camp d’Argelès-sur-Mer enregistre pas moins de 167 départs vers Collioure en mars 1939. Ces transferts précèdent donc la circulaire de l’Intérieur du 5 mai 1939 sur la création de locaux disciplinaires. L’armée a ainsi anticipé les directives d’Albert Sarraut. La direction de la sûreté nationale est toutefois très vite informée de l’ouverture d’un tel site, pensé et conçu dès l’origine comme un espace d’isolement. Alors que les inspecteurs procèdent aux premières identifications des miliciens de la 26e division en Cerdagne, la Direction de la police du territoire et des étrangers semble attendre l’ouverture du camp spécial. Son directeur en fait part le 10 mars 1939 au préfet des Pyrénées-Orientales. Dans sa réponse, le préfet précise que le camp spécial de Collioure fonctionne depuis près d’une semaine déjà : « Par votre communication confidentielle, n° 3368, du 10 courant, vous avez bien voulu me demander de vous faire savoir à quel moment et dans quelles conditions il serait possible d’utiliser le centre de groupement spécial en voie d’organisation dans des locaux militaires de Collioure. J’ai l’honneur de vous faire connaître que ce centre fonctionne depuis quelques jours. »

Le camp de Collioure permet donc aux autorités compétentes dans les camps, tant civiles que militaires, d’emprisonner hors du circuit judiciaire.

Dans les premiers mois de fonctionnement du camp spécial, un « transfert d’autorité », pour reprendre la terminologie administrative, a valeur de punition. Les motifs des envois à Collioure ne sont toutefois étayés que par de courtes explications dans les dossiers consultés. Le lieutenant-colonel Marcelino Usatorre Royo et le commandant Isaias Alvarez Echaniz, internés à Saint-Cyprien, sont ainsi envoyés le 14 mars 1939 sur le camp spécial, après avoir été accusés d’avoir « facilité l’évasion de réfugiés communistes espagnols et manifesté des idées extrémistes », selon le commissaire spécial. […]

Les hommes transférés à Collioure proviennent de tous les camps. Un individu considéré comme « suspect » peut aussi être envoyé à Collioure afin d’être particulièrement surveillé. Une mesure préventive dont on retrouve les traces dans les archives. Ainsi, lorsque le contrôleur général Sallet demande fin mars 1939 au commissaire spécial d’Argelès-sur-Mer d’exercer une surveillance toute particulière à l’encontre de Manuel Rodríguez, il lui précise qu’il serait préférable, en concertation avec le chef du camp, d’envoyer ce dernier au camp de Collioure.

Les services de police et de gendarmerie procèdent eux aussi à l’envoi à Collioure de réfugiés espagnols arrêtés hors des camps et estimés « dangereux ». C’est le cas de Miquel Ferrer Sanxis, transféré à Collioure le 30 avril 1939. Cet ancien secrétaire catalan de l’Union générale des travailleurs, proche du Parti socialiste unifié de Catalogne, a pu éviter les camps au passage de la frontière et trouver refuge à Toulouse où, avec l’aide de la CGT locale, il organise une structure de mise en relation entre les internés des différents camps et leurs familles. Miquel Ferrer est interpellé puis transféré à Collioure. Un jeune membre du Parti nationaliste basque fait aussi partie de ce voyage. Les deux réfugiés arrivent de nuit, escortés par deux gendarmes, avant d’entreprendre une longue marche à pied jusqu’au château royal. […]

Tous les réfugiés transférés à Collioure sont conduits menottés au fort, avant d’être soumis à des mesures d’identification criminelle avec prises d’empreintes digitales et mesures anthropométriques. Immatriculés, rasés, vêtus d’un uniforme de prisonniers, ils sont ensuite affectés à différentes sections. À la notion de « dangerosité » supposée de ces hommes répond ainsi un strict règlement militaire. La surveillance des parties communes et des abords du fort est en partie confiée à des détachements du 24e régiment de tirailleurs sénégalais basé à Perpignan relayés, plus tard, par ceux du 15e régiment d’infanterie et du 21e régiment d’infanterie coloniale. Les gardes républicains mobiles de la 12e légion sont chargés, quant à eux, de la surveillance des internés, sous la direction d’un chef de camp, ex-légionnaire, dont l’aversion contre les « rouges » est avérée. On retrouvera d’ailleurs ce capitaine, promu colonel, à la tête en février 1944 d’un groupe mobile de réserve (unité paramilitaire créée par Vichy) engagé contre les maquisards des Glières.

Au printemps 1939, le château royal de Collioure s’apparente plus à un bagne qu’à un camp. Durant une douzaine d’heures par jour, les internés sont contraints de réaliser des travaux de force à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur du fort. Tous les espaces pouvant servir de zones d’internement, des souterrains aux remises, sont utilisés afin de faire entrer plus de 350 hommes dans l’ancien château médiéval réaménagé par Vauban en bastion militaire. Pourtant habitués aux conditions de vie spartiates des camps sur la plage, les internés de Collioure doivent s’accommoder de lieux humides et insalubres avec une paillasse en guise de couchage. Une fois la nuit tombée, ces cellules collectives, la plupart du temps sans fenêtres, sont fermées jusqu’au lendemain. Les hommes sont ainsi répartis par groupes dans différentes sections, dont une est réservée aux éléments jugés les plus dangereux. Dans cette dernière, dite « section spéciale », les internés sont soumis à un régime d’incarcération pénitentiaire avec l’interdiction de parler. Enfin, toute forme de rébellion, d’insoumission ou d’insubordination entraîne une mise au cachot. L’un d’eux ne permet pas aux punis de tenir debout. Les brimades sont ainsi quotidiennes. Les coups aussi, comme ce fut le cas pour Agustí Vilella, membre du PSUC, transféré à Collioure après s’être battu avec des gardiens au camp de Saint-Cyprien. Cette insoumission lui vaut, à son arrivée au fort, un tabassage en règle entraînant la perte d’un œil.

Les témoignages de mauvais traitements venant de Collioure sont nombreux. Les internés qui parviennent à sortir du camp accusent. D’autres entament des grèves de la faim. À la fin du mois de mars 1939, quatorze volontaires yougoslaves des Brigades internationales, qui ont refusé de s’alimenter, doivent être transférés vers l’hôpital de Perpignan. Un mois plus tard, une vingtaine d’Espagnols, de brigadistes bulgares et italiens tentent la même action. […]

Les autorités du camp décident de nourrir de force, à l’aide d’une sonde, les grévistes. Souffrant d’un ulcère à l’estomac, Mario Giudice est transféré de l’infirmerie du camp de Collioure à l’hôpital de Perpignan au 14e jour de sa grève de la faim, alors que sept de ses compagnons refusent toujours de s’alimenter. Il s’agit de membres du groupe libertaire Liberta o Morte dont une partie fut transférée depuis le camp d’Argelès-sur-Mer lors de la purge du camp des internationaux. Ainsi, dans la promiscuité du château, les militants anarchistes sont mêlés aux communistes les plus orthodoxes. Les anarcho-syndicalistes catalans de la CNT se retrouvent mélangés à une partie de la direction du PSUC, alors que seulement deux ans auparavant les deux camps s’affrontaient dans une bataille sanglante lors des journées de mai 1937 à Barcelone. […]

L’affaire de Collioure éclate au printemps 1939. La présence de nombreux ex-brigadistes et de cadres du Parti communiste espagnol et catalan, n’est pas étrangère à l’intérêt que porte le parti communiste au camp spécial. Le Komintern, à travers Pierre Brandon qui est épaulé par André Marty, s’empare de l’affaire de Collioure pour dénoncer le sort réservé aux réfugiés espagnols en France par le gouvernement d’Édouard Daladier et obtenir en même temps la libération de certains de ses cadres enfermés dans la citadelle. Pour dénoncer le caractère illégal de ce camp disciplinaire, le jeune avocat communiste s’appuie sur l’article 615 du code d’instruction criminelle qui prévoit que « quiconque aura connaissance qu’un individu est détenu dans un lieu qui n’a pas été destiné à servir de maison d’arrêt, de justice, ou de prison, est tenu d’en donner avis au juge de paix ».

Refoulé aux portes du camp, bien qu’accompagné du juge de paix du canton d’Argelès-sur-Mer, Pierre Brandon se lance alors dans une campagne de presse dans L’Humanité, sous le pseudonyme de Pierre Vergès, ainsi que dans La Défense pour le compte du Secours populaire. Il parvient à obtenir en avril 1939 la venue de la commission du Comité international de coordination et d’information pour l’aide à l’Espagne républicaine (Ciciear). Sous le titre « Le scandale de Collioure », Paul Bourgeois, le délégué du Ciciear, décrit sa visite à Collioure :

« Deux cents hommes environ revenaient du travail, des pelles et des pioches sur l’épaule. À six heures, sonnerie au drapeau ; les hommes se mirent à défiler un à un devant nous – j’en comptais 347 – sans un sourire, sans un mot, les yeux fixés sur le capitaine. Je ne parlerais pas de la situation matérielle.

La nourriture serait à peu près équivalente à celle des autres camps. Mais le défilé de ces 347 hommes, le silence que venait rompre le bruit des pas sur le pavé, témoignent de la terreur qui pèse sur ces hommes traités comme des criminels par des officiers qui ont sur eux un pouvoir illimité. »

Le rapport de Paul Bourgeois annonce la création du comité de défense juridique. Pierre Brandon prend alors la tête de l’Association pour la défense des séquestrés de Collioure, regroupant trente-trois avocats parisiens sous la présidence d’Henri Wallon, professeur au Collège de France. En écho à cette campagne orchestrée par le parti communiste, le « scandale de Collioure » va ainsi être dénoncé par une kyrielle d’organisations (Ligue des droits de l’homme et du citoyen, Amicale des volontaires de l’Espagne républicaine, Grande Loge de France, Centrale sanitaire internationale…), par des députés PCF et SFIO, et par la presse de gauche. Le camp devient ainsi le symbole de la politique la plus répressive à l’égard des réfugiés de la guerre d’Espagne. […]

La plainte mentionne cinq cas de mauvais traitements (deux Espagnols, dont Agustí Vilella, qui a perdu l’usage de son œil, et trois internationaux) et s’appuie sur de nombreux articles du code pénal et du code de procédure criminelle pour prouver l’illégalité d’un tel camp disciplinaire. Au mois de juillet 1939, la plainte est jugée irrecevable par le procureur général de Montpellier puisque, selon les termes de l’article 2 et 4 du code de justice militaire pour l’armée de terre, seuls les tribunaux militaires sont compétents pour juger cette affaire.

L’agitation autour du camp de Collioure porte toutefois ses fruits. Le préfet des Pyrénées-Orientales se rend sur place au mois de mai 1939 et fait état de sa visite auprès du ministre de l’Intérieur, alors que le général Lavigne autorise les visites d’organisations d’aide aux réfugiés, qui étaient jusqu’alors interdites. L’état-major déplace le capitaine, tout en lui adressant par courrier ses félicitations. 160 internés sortent du camp au mois de juin 1939. Il s’agit ici essentiellement de transferts vers d’autres camps et hôpitaux et, dans une moindre mesure, de départs vers le Mexique et d’engagements dans la Légion étrangère, accordés après l’examen attentif de chaque cas. Les sorties s’opèrent au compte-gouttes. En juin 1939, le député socialiste des Pyrénées-Orientales, Louis Noguères, passe par le préfet des Pyrénées-Orientales pour faire libérer cinq Espagnols internés au camp de Collioure. Ces réfugiés, fonctionnaires de police, auraient été assimilés à des membres du SIM, le service de contre-espionnage militaire, détenus aussi au château. […]

À partir du mois de mai 1939, les chefs de camp se montrent un peu plus prudents quant aux transferts au château royal, en raison notamment de l’instauration d’îlots disciplinaires. Ainsi, lorsqu’au début du mois de juin 1939 le commissaire spécial du camp d’Agde sollicite l’envoi à Collioure de six réfugiés soupçonnés d’influences politiques sur leurs camarades, le général Lavigne s’y oppose, en précisant qu’il n’y a pas lieu de transférer les intéressés sur ce « camp de représailles », tant que ces derniers n’ont pas commis à Agde d’actes contraires à la discipline. Le camp spécial de Collioure voit ainsi son effectif passer sous la barre des 200 internés au début de l’été.

Alors que les autorités annoncent sa fermeture, des Espagnols s’affairent toujours dans des travaux forcés au pied du château afin d’aménager le monument aux morts pour les commémorations du 150e anniversaire de 1789…



Camps d’étrangers : Le contrôle des réfugiés venus d’Espagne (1939-1945) de Grégory Tuban est publié aux éditions du Nouveau Monde.
https://www.retronews.fr/actualite/collioure-un-bagne-fasciste-en-france

Un nuage Espagnol

Un hommage aux Républicains espagnols de la « Nueve » par Serge Utgé-Royo, auteur-compositeur-interprète, fils d’exilés républicains de la guerre d’Espagne.
Ses chansons disent une réalité violente, absurde, révoltante ; elles évoquent l’Histoire des hommes et des femmes, ses utopies, ses horreurs aussi…
Son regard est celui d’un citoyen observant sa planète, qui vit, cherche à comprendre, rit, se moque, s’insurge, aime, chante…

 

No Pasaran !

Centre Culturel Communal
Saint-Pierre-des-Corps Vendredi 23 février 2018 à 20h
Concert – SERGE UTGE-ROYO 

Spectacle renouvelé à l’occasion de l’anniversaire : 1936-2016, dans lequel Serge Utgé-Royo, fils d’exilés catalan-castillan, revient aux sources et rassemble ses propres chansons portant la mémoire et les espoirs des siens, ainsi que des chants de la guerre d’Espagne et des poèmes (Hernandez, Celaya, Jara… des chansons de Llach, Ibañez…)

En première partie Véro LP chante Golondrina, la parole des poètes et l’effervescence d’un monde où la rue est le décor du grand théâtre de la vie, à travers un répertoire de chansons populaires d’Espagne et d’Amérique Latine : des tangos argentins aux coplas espagnoles.

Serge Utgé-Royo est compositeur- interprète, comédien, et traducteur. A son actif, plus de 200 chansons, une quinzaine d’albums, de nombreuses aventures discographiques collectives, avec, entre autres, Moustaki, Higelin, Théodorakis, Lluis Llach… Plusieurs recueils de poèmes ont été publiés, ainsi qu’un roman historique, un conte, des nouvelles… 

108 personnes ont assisté au débat animé par Édouard Sill ce vendredi 16 février 2018

Une assistance nombreuse s’est déplacée pour écouter l’historien Édouard Sill lors de sa conférence sur les volontaires anarchistes et révolutionnaires lors de la guerre/révolution en Espagne de 1936 à 1939. Le tout suivi par une intervention appréciée de la chorale « La P’tite Rouge de Touraine ».