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Mémorial du camp de Rivesaltes : Céline Sala-Pons défend un « nœud mémoriel » crucial pour l’éducation à la citoyenneté

Un « laboratoire d’innovation pédagogique ». C’est ainsi que Céline Sala-Pons qualifie le mémorial du camp de Rivesaltes, camp militaire devenu camp d’internement pour les réfugiés espagnols dans les années 40, puis outil du régime de Vichy dans la déportation des Juifs et des Tsiganes avant d’accueillir les Harkis après la fin de la guerre d’Algérie.

Alors que le site vient de signer une convention unique en France avec l’Éducation nationale, sa directrice reconnaît un lieu crucial dans la formation de l’esprit critique et la transmission d’une histoire parfois instrumentalisée. Interview.
Le camp de Rivesaltes devient un site pilote de la politique d’éducation à la mémoire et à la citoyenneté. Que va permettre la signature de cette convention unique en France ?

Nous devenons un lieu de référence en Europe. Je vois cette signature comme une marque de confiance mutuelle. On va conforter ce qui est en place, mais aussi missionner un nouvel enseignant dès septembre, en plus des trois qui sont déjà à la tâche une journée par semaine.

On se projette donc sur les cinq prochaines années avec des ambitions renouvelées et amplifiées autour de quatre axes principaux. Déjà, le renforcement de l’inclusivité du lieu. Il faut qu’on puisse s’adresser à des publics en situation de handicap ou éloignés de la culture. Des classes d’enfants sourds, par exemple. Deuxième axe. Il faut rapprocher le mémorial des établissements qui ne peuvent pas s’y rendre. Nous avons l’ambition de structurer un service de ressources itinérantes, une sorte de mémobus, qui pourrait irriguer le territoire. Ce n’est qu’une piste de réflexion, pour l’heure, mais la perspective est exaltante. Il pourrait se déplacer dans les écoles, les médiathèques, sur les zones rurales comme le Vallespir ou la Cerdagne.

Troisième axe : la coopération. Il s’agit de favoriser les croisements entre établissements scolaires, artistes créateurs, mais aussi de s’ouvrir sur la société civile. Enfin, le quatrième point, c’est l’internationalisation. Nous voulons façonner des projets scolaires internationaux qui contribuent à la construction d’une identité et d’une citoyenneté européenne.
Plus de la moitié des visiteurs du mémorial ont moins de 18 ans. Depuis 3 ans, vous avez fait de l’accueil des écoles maternelle et élémentaire une priorité. Pourquoi ?

J’ai été pendant 17 ans formatrice, dans le cadre de l’Institut national de formation des professeurs des écoles. J’y ai appris que le vivre-ensemble s’acquiert. Et que les politiques de lutte contre les discriminations, contre les racismes et contre l’antisémitisme sont les plus efficaces avec de jeunes publics. Nous sommes en train de refondre l’exposition permanente. Un parcours leur sera dédié.
Comment transmettre des histoires telles que celle de l’antisémitisme ou des racismes à des enfants en si bas âges ?

On ne présente pas d’images violentes au mémorial. C’est un parti pris. L’idée, c’est de transmettre sans traumatiser. En maternelle, un enfant viendra assister à un spectacle, puis il reviendra à 8, 14 et 18 ans avec une autre entrée pédagogique, dans une forme de compagnonnage émotionnel et éducatif.

Nous faisons une immense confiance aux jeunes. Nous les considérons comme des ambassadeurs du mémorial, en leur remettant une carte qui leur permet d’inviter un adulte de leur famille pour une prochaine visite. On est dans une inversion des chaînes de transmission.
Aujourd’hui, l’histoire des migrations et des identités est régulièrement au centre du débat public. Comment le mémorial peut-il contribuer à lutter contre des instrumentalisations de l’histoire ?

À l’échelle du mémorial, nous n’observons pas de recrudescence du négationnisme ou de la falsification des faits de l’histoire. Cela s’explique d’abord par la présence du passé. On arrive sur le plus grand camp de l’Europe de l’Ouest, où les vestiges sont encore visibles. Nier ce qu’on a sous les yeux, c’est difficile. Mémoire des Espagnols, des nomades, des Tsiganes, des Juifs, des Harkis, des soldats coloniaux, des Guinéens jusqu’à, finalement, des étrangers en situation irrégulière. C’est un nœud mémoriel sans équivalent en Europe qui a été le théâtre des malheurs du 20ᵉ siècle.

Une autre explication réside dans l’approche universaliste de l’établissement. Elle est propice à la convergence et à l’apaisement mémoriel. On ne fait pas la leçon, mais on cherche à développer l’esprit critique et l’introspection.
En octobre dernier, la mémorial a été la cible d’attaques de l’extrême droite. Laurent Jacobelli, député du Rassemblement national, a qualifié le lieu de « temple du gauchisme » et du « wokisme »avec des positions « pro-migrants », fustigeant notamment la diffusion d’un documentaire sur les communautés LGBT fuyant l’Ouganda. Quelle position tient le mémorial face à ces invectives ?

Je crois que cette séquence est terminée. Elle a tourné court, avec une réponse des collectivités fondatrices. La force du lieu, sa crédibilité, c’est sa neutralité, ce millefeuille mémoriel. Ici, tout est sourcé. Cela repose sur la rigueur de notre conseil scientifique. C’est le seul axe possible dans le contexte actuel, contre la désinformation. La fréquentation a augmenté de 68% en quatre ans. On voit bien que le mémorial répond à une demande sociétale, un besoin de sortir des autres formes de médias pour penser par soi-même. C’est particulièrement exaltant pour nous d’amener une société à la réflexion. L’histoire du lieu le mérite.

Mona Bru,  » Made In Perpignan », 30 janvier 2026.

Hugues Jallon, écrivain : « Sans les salauds, l’extrême droite n’y arriverait pas »

Le jeu des urnes ne suffit pas ; pour devenir réel, le délire fasciste a besoin de voix complices dites « raisonnables ». Dans un petit ouvrage affûté, l’écrivain et éditeur Hugues Jallon pointe ces politiques, patrons, figures intellectuelles et médiatiques qui participent à installer et normaliser les thèmes du RN. Une saine lecture de combat’.

Publié le 12 décembre 2025
L’Humanité magazine

Thomas Lemahieu

Le fond de l’air est brun. En politique aussi, le changement climatique menace. Tous les signaux sont là. Les fascistes reviennent avec, comme le prophétisait Orwell, « leur parapluie bien roulé sous le bras et le chapeau melon ». Et une part du beau linge fait mine d’admirer leur nouvel uniforme. « Comme ils ont changé ! », « Ils présentent mieux, non ? », « Puis qu’est-ce qu’ils parlent bien, jamais un mot plus haut que l’autre ! » L’extrême droite cogne à la porte, et maintenant d’autres viennent tambouriner à ses côtés.
Ceux-là, ce sont ces complices de recel ou de blanchiment qu’exhibe Hugues Jallon dans le Temps des salauds, comment le fascisme devient réel(éditions divergences). Dans ce petit essai très affûté – qu’il prolonge aujourd’hui avec de nouveaux fragments en ligne1 –, l’écrivain et éditeur, longtemps à la Découverte et au Seuil, dépeint les temps funestes où des dirigeants politiques, des patrons, des éditocrates ou des intellectuels médiatiques, tous plus « responsables » – ou « réalistes » – les uns que les autres, se liguent pour rendre les promesses du fascisme raisonnables et même désirables. Et pour hâter sa prise de pouvoir, toujours présentée comme inéluctable…

Votre livre est bâti sur un aphorisme, dont l’origine demeure indéterminée : « Le fascisme, ça commence avec les fous, ça se réalise grâce aux salauds et ça continue à cause des cons. » Qu’est-ce que cette formule nous dit d’aujourd’hui ?

Hugues Jallon
écrivain et éditeur
La citation s’est imposée à moi. Elle est lapidaire, drôle, mordante. C’est une phrase qui jette des mots crus sur l’époque. Pour l’écrivain que je suis, elle résonne en disant la vérité de notre temps. L’histoire, la sociologie, les sciences politiques nous enseignent sur les transformations profondes des sociétés, les tendances de fond de l’opinion qui rendent possible l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, en France et ailleurs. Si leur enseignement est riche, incontournable, elles nourrissent parfois un certain fatalisme, en décrivant une vague inéluctable, irrésistible, qui devient un tsunami emportant tout sur son passage…

Sans les nommer directement, vous cernez les acteurs qui pavent la voie au fascisme…

Les descriptions des sciences sociales sont trop souvent anonymes. Or, il y a des noms, des visages, des responsables, qui fabriquent cette situation. Seule avec sa « folie » propre, l’extrême droite n’y arriverait pas, il faut que des gens l’aident, ceux que j’appelle les « salauds », sans lesquels rien ne serait possible…
La gauche a les yeux fixés sur Bolloré, sur Stérin, sur Le Pen, sur les groupuscules fascistes, et c’est bien normal, et nécessaire. Mais l’objet du livre, c’est de mettre la lumière sur ceux qui s’activent à côté, ou derrière, pour accompagner le mouvement, et rendre crédible le scénario de l’extrême droite au pouvoir.

Je n’ai pas voulu simplement dresser des portraits acides – je le fais sur le modèle de La Bruyère et de ses « Caractères ». J’ai tenté aussi de saisir ce qui est en train de se passer sous nos yeux, d’écrire ce que Marx appelait une « histoire du présent », d’identifier qui reconfigure le paysage politique. « Les circonstances font tout autant les hommes que les hommes font les circonstances », écrivait-il.

Avant de revenir à ces « salauds », en quoi les « fous » sont-ils fous ?

On pourrait discuter de tous les critères qui servent à définir un parti ou un mouvement fasciste, mais dans son essence, le fascisme, c’est d’abord une « affaire de fous » pris dans un délire paranoïaque. Le fascisme consiste à faire délirer le réel : il prospère sur l’angoisse des citoyens de voir leur pays disparaître, des campagnes françaises d’être couvertes de minarets ou d’éoliennes, une population d’être remplacée par des migrants et des musulmans, etc.
Pour calmer les angoisses qu’il attise, le fascisme porte une promesse mensongère : la France va rester la France éternelle, fidèle à son histoire – une histoire mythifiée et largement fabriquée.
Dès lors, pour que ce qui n’est qu’un délire devienne concret, réaliste, pour qu’il paraisse même raisonnable, des gens viennent leur prêter main-forte. Au RN, ils en ont bien besoin, quand on voit qu’ils se sont montrés incapables de rendre éligible leur candidate. C’est alors qu’entre en scène François Bayrou qui parle de « submersion migratoire », ou Bruno Retailleau, avec ses promesses martiales de remise en cause de l’État de droit.

Comme vous l’écrivez à propos de ce même Retailleau, pour ne pas se soumettre à l’extrême droite, il suffit de reprendre ses idées…

Oui, il incarne la figure la plus exemplaire : celui qui se pose encore en adversaire de l’extrême droite, mais qui tient un discours plus radicalement d’extrême droite que l’extrême droite. À l’époque, on a souvent dit que les Français préféraient toujours l’original à la copie, c’est-à-dire le FN à ses imitateurs. Mais aujourd’hui, avec les logiciels de retouche d’image, on peut obtenir une copie bien meilleure que l’originale. Plus convaincante, c’est-à-dire plus réaliste. Et comme disait Bernanos, « le réalisme est le bon sens des salauds ».

Quelles sont les grandes catégories de « salauds » que vous passez en revue dans votre livre ?

Il y a d’abord ceux dont on vient de parler : les responsables politiques qui, avant tout, jouent leur survie – on pense aux LR, mais aussi à une bonne partie du bloc central. Les patrons, eux, veillent surtout à leurs intérêts, ceux de leurs entreprises et à leur propre fortune. Par peur ou par haine, ils préféreront toujours la droite la plus dure à la gauche la plus molle. Et face à un RN très « flottant » sur son programme économique, ils sont persuadés de pouvoir le « tenir en laisse ».
La dernière catégorie, ceux qui portent la responsabilité la plus forte, ce sont les intellectuels qui proclament leur « liberté de penser » partout, à la radio, à la télévision. Et quand ils disent que le RN n’est pas fasciste, que l’extrême droite respecte le jeu démocratique, ils savent qu’ils la normalisent et la banalisent.
Quelqu’un comme Alain Finkielkraut salue le juste constat d’Éric Zemmour sur les étrangers sans dire si oui ou non il partage ses solutions. Ces intellectuels-là n’ont aucune excuse : ils sont cultivés, ils ont fréquenté les meilleures écoles, ils connaissent l’histoire. Et, plus que les patrons et les politiques, ils ont une totale liberté de penser… autrement.

Entre libertariens et réactionnaires, par exemple, pourquoi les contradictions internes de ce fascisme n’explosent-elles pas ?

Ce qui caractérise le fascisme, aujourd’hui comme hier, c’est l’alliance apparemment contradictoire entre un hypertraditionalisme et un hypermodernisme. On le voit de manière éclatante aux États-Unis : d’un côté, on défend l’Amérique de toujours, la communauté religieuse, le drapeau et tout le folklore qui va avec ; de l’autre, on investit massivement dans un capitalisme toujours plus dévastateur, avec ses technologies mortifères et extractivistes. Cette formule fasciste contemporaine n’est pas au fond si éloignée des précédentes – Hitler, c’était la race et le sang allemands, mais aussi les tanks et les autoroutes.
Plus fondamentalement, le fascisme, c’est un « système de désangoissement » – j’emprunte la notion à l’historien du nazisme Christian Ingrao. Il faut comprendre que le néolibéralisme est de son côté un « système d’angoissement » social : précariser, insécuriser, détruire les cadres stables de la vie sociale, « réformer » l’État et la protection sociale, ce qui signifie toujours économiser, réduire, enlever des droits, supprimer des protections.
En somme, laisser les individus seuls face au marché. Avec le risque d’explosion sociale qui menace, et peut venir de n’importe où. C’est alors que le fascisme entre en scène, avec sa promesse de « désangoissement ». Pour continuer un travail d’angoissement social généralisé, il faut dans le même temps rassurer, calmer les peurs, ou encore attiser la haine sur ceux qui sont en dessous, les étrangers et les plus pauvres

Pour le dire en une phrase, la promesse fasciste, qui est de plus en plus celle de l’extrême centre néolibéral, c’est : « Vous ne serez pas remplacés par des migrants, mais on s’activera pour que vous le soyez par l’intelligence artificielle, on vous réservera à vous, Français, les prestations sociales, mais on se chargera d’en réduire les montants, etc. »

Comment expliquer que « fous » et « salauds » puissent aujourd’hui chaparder la notion même de résistance ?

Cet été, Bruno Retailleau a opposé la « France des salauds » à la « France des héros ». Voilà quelqu’un qui mobilise l’imaginaire de la Résistance (les héros) et de la collaboration (les salauds) et qui par ailleurs assume un discours brutalement réactionnaire qui ne se rattache guère aux valeurs de ceux qui ont résisté à l’occupant nazi.
Le pouvoir macroniste fait rentrer au Panthéon Simone Veil, les époux Manouchian et, bientôt, Marc Bloch. Il a une politique mémorielle hyperactive : ils honorent à tour de bras des figures dont ils trahissent « en même temps » toutes les valeurs. C’est vraiment la perversité de ce pouvoir-là.

Et c’est ainsi qu’apparaît cette notion, invraisemblable, d’« anti-antifascisme »…

Cette détestation absolue des antifascistes et de la gauche en général est très frappante chez ces intellectuels français qui travaillent à précipiter une victoire de l’extrême droite ; c’est ce qui a conduit l’un d’entre eux, Raphaël Enthoven, à interpréter le salut nazi de Musk comme un geste venu du cœur…
Cette détestation de l’antifascisme renvoie au fond à un mythe tenace, celui d’une « allergie française au fascisme », un mythe qui s’est construit dans l’après-guerre et a perduré longtemps. Aujourd’hui, il n’y a aucun doute que le pétainisme appartient à la « famille fasciste », qu’il en a été la formule française.
Et l’illusion selon laquelle Vichy n’aurait été qu’une anomalie n’ayant laissé aucune trace dans notre histoire politique a largement vécu. Aujourd’hui, Bardella, Zemmour ou encore de Villiers peuvent ouvertement se revendiquer de Maurice Barrès. L’héritage pétainiste et son slogan – « Travail, Famille, Patrie » – sont redevenus politiquement activables.

Le Temps des salauds, comment le fascisme devient réel, d’Hugues Jallon, Éditions Divergences, septembre 2025, 12 euros.

1. https://letempsdessalauds.substack.com/ ↩︎

Kast, le fantôme de Pinochet s’impose au Chili avec le soutien des USA.

Dimanche 14 décembre 2025 le Chili a replongé dans le fascisme, mais cette fois-ci par la voie électorale. Les mêmes ingrédients utilisés de par le monde pendant la campagne avec pour thèmes l’ insécurité provoquée par la criminalité et les migrants, les seconds étant assimilés aux premiers, mais aussi la lutte contre le droit à l’avortement et les libertés des collectifs LGBT ont permis la victoire retentissante de Kast,  ce fils d’officier de la Wehrmacht, appartenant au parti nazi et nostalgique de Pinochet  avec plus de 58 % contre 42 % pour Jeannette Jara, la communiste qui représentait l’ensemble de la gauche.

Ces évènements nous forcent à nous remettre en mémoire ces 17 années de dictature, de tortures, d’emprisonnement et de meurtres d’opposants et d’exil pour des centaines de milliers d’antifascistes, suite au coup d’État le 11 septembre 1973 contre Salvador Allende. On assiste aujourd’hui au retour de ceux-la même qui portaient cette idéologie. Suite à l’annonce de cette victoire le nom de Pinochet a été scandé ce dimanche dans les rues de Santiago et son portrait brandi selon l’AFP.

Les Chicago Boys néolibéraux ayant mis en oeuvre les politiques de Pinochet ne sont pas loin aujourd’hui. Avec Kast il ne s’agit pas seulement d’une mise en oeuvre des thématiques développées durant la campagne électorales, mais bien plus amplement d’une lutte de classe au bénéfice des intérêts des forces du grand capital qui veulent étendre leur emprise. C’est une remise en cause fondamentale des droits de l’homme et de la démocratie. C’est une attaque frontale contre les droits des travailleurs et du peuple chilien.

Les mêmes interventions militaires des USA comme en 1973 au Chili se répètent aujourd’hui dans la région. Trump déploie ses troupes navales au large du Vénézuela, au prétexte de la lutte contre la drogue, pour s’accaparer des gisements de pétrole en tentant de destituer Nicolas Maduro, comme Nixon le fit avec Salvador Allende. Comment comprendre alors que Trump,  ce prétendu combattant contre la drogue, ait libéré le 2 décembre dernier l’ancien président hondurien condamné à 45 ans de prison pour avoir introduit plus de 500 tonnes de cocaïne. On voit bien ici l’hypocrisie du personnage pour qui la lutte contre la drogue n’est qu’un prétexte.

Les mêmes menaces ciblent la Colombie et le Mexique pour qu’ils s’alignent aux exigences de Washington.
Des heures sombres s’annoncent avec le basculement récent vers l’extrême droite de nombreux pays d’Amérique latine après le libertarien Milei en Argentine, au Salvador avec Nayib Bukele ou encore en Équateur avec Daniel Noboa. On ne sait ce que deviendront l’année prochaine le Brésil et la Colombie… et en Europe, Quid de la France et de l’Espagne en 2027 ?

Le célèbre dicton rappelé dans l’interview d’Hugues Jalon dans l’Huma magazine  « Le fascisme, ça commence avec les fous, ça se réalise grâce aux salauds et ça continue à cause des cons. »  est-il d’actualité ?
A vérifier …je vous laisse le méditer et vous recommande la lecture de « Le Temps des salauds, comment le fascisme devient réel, d’Hugues Jallon, Éditions Divergences, septembre 2025, 12 euros. » et une bonne lecture de l’interview de son auteur qui sera publiée samedi

Tours le 20 décembre A l’occasion de la Journée internationale des migrant·e·s Une journée d’arrêt, de lutte et de visibilité Une “Journée Sans Nous” : SI ON S’ARRÊTE, TOUT S’ARRÊTE !

Ensemble, faisons entendre nos voix et stoppons par une solidarité concrète vis-à-vis des minorités les plus exposées, la propagation des discours racistes relayés par les médias à la solde des capitalistes

Ce pays ne fonctionne pas sans immigré·es. Ce ne sont pas les personnes migrantes qui fragilisent le pays, mais les politiques menées, le racisme et les injustices.
A Tours le 20 décembre, aux côtés des travailleuses et travailleurs les plus précarisés — souvent sans papiers, invisibilisés, essentiels — nous marcherons dans les rues de la ville et procèderons à des arrêts « happening » pour rappeler une vérité simple :

« si on s’arrête, tout s’arrête !»

Avec ou sans papiers, immigré·e·s, enfants d’immigré·e·s, voisin·e·s, collègues, manifestant·e·s le 20 décembre, nous n’irons pas dans les commerces.

Rendez-vous : 14h30 – Place Anatole France

Parcours : Rue Nationale → Place Jean Jaurès → Gare (via rue de Bordeaux)

pour exiger :

L’abrogation de la loi Darmanin et de la circulaire Retailleau
L’égalité des droits : école, logement, santé, culture, travail
La régularisation des sans-papiers
La fermeture des centres de rétention (CRA)
La condamnation effective et systématique des discours racistes
La solidarité, l’égalité, la justice sociale, contre le racisme et le fascisme

A l’appel de : Table de Jeanne-Marie, RESF , UTOPIA 56, Collectif Jeunes Tours, Collectif Pas d’Enfants à La Rue, La CIMADE , LDH37, La P’tite Rouge, Collectif 37 notre santé en danger, chrétiens migrants, Greenpeace, FUIQP 37, Collectif soutien Palestine 37, FSU 37, SOLIDAIRES 37, Solidaires étudiant-e-s, PCOF 37, UCL 37, NPA 37, LFI37, Collectif soudanais, Retirada 37

​ En Espagne, le combat de Javier Moreno ​ pour faire éclater la vérité ​ sur les crimes de la dictature franquiste

Le militant espagnol Javier Moreno se bat pour faire exhumer les corps des 6 000 fosses communes disséminées aux quatre coins du pays et exiger la reconnaissance des crimes de la dictature franquiste. Une démarche entreprise pour rendre hommage à son grand-père anarchiste, fusillé dans la capitale pendant la guerre.

Publié le 4 décembre 2025
Madrid (Espagne), envoyé spécial Humanité.
Antoine Portoles

Le rendez-vous est fixé à quelques encablures de la station de métro Goya, du nom du maestro de l’art romantique. Nous quittons le centre de la capitale espagnole sous une pluie battante, direction le cimetière de la Almudena. « Plus de 3 000 personnes ont été fusillées là-bas, lance Javier Moreno, au volant de sa voiture. On ne sait pas où se trouvent leurs restes. »
Ce constat macabre raisonne partout en Espagne. Cinquante ans après la mort de Franco, le pays aux 6 000 fosses communes est loin d’avoir achevé sa quête de reconstruction mémorielle. Le militant madrilène au béret gris vissé sur la tête fut un temps président du Foro por la memoria democratica, une association qui se bat pour faire exhumer des charniers et identifier les dizaines de milliers de républicains – syndicalistes, communistes, socialistes, anarchistes, régionalistes – victimes du franquisme.

Il a parcouru toute la péninsule de l’Andalousie aux Asturies, en passant par Castille-La Manche, pour honorer ces oubliés. Parmi eux, Joaquin Moreno Tormos. Son grand-père anarchiste, exécuté sommairement le 31 octobre 1939, à Madrid. « Il était militant à la CNT-FAI. Avant et pendant la guerre, il travaillait pour l’opérateur Telefonica. Nous ne l’avons jamais retrouvé. »

​ Un hommage attendu depuis huit décennies

Le 31 octobre 2025, quatre-vingt-six ans après sa disparition, son petit-fils lui a rendu hommage lors d’une cérémonie spéciale. À ses côtés, le ministre espagnol de la Mémoire démocratique, Angel Victor Torres, a convoqué sur scène le souvenir « de l’homme assassiné par les fascistes ». 

Le nom de Joaquin est désormais inscrit sur une lettre d’adieu, glissée avec tant d’autres – dont un poème de Miguel Hernandez – à même les troncs de plusieurs arbres calcinés, couchés par terre et entreposés au pied d’un monument aux morts, à la Almudena. Structure brutaliste un brin sinistre. 
Nous traversons les deux couloirs en pierre qui la composent dans un silence profond. Les innombrables épitaphes qui les recouvraient semblent avoir disparu mystérieusement. « Ce lieu a été bâti par l’ancienne majorité municipale de gauche, des socialistes et des communistes emmenés par Manuela Carmena. Mais il n’a jamais été inauguré, peste Javier. Lorsque la droite est revenue au pouvoir avec José Luis Martinez-Almeida, tous les noms inscrits ont été retirés. »

​ La droite prête à effacer la mémoire des victimes

Voilà un exemple criant de la fourberie à laquelle s’adonne le Parti populaire, celui-là même qui gouverne au côté du parti d’extrême droite Vox dans certaines communautés autonomes.Ces héritiers du franquisme bloquent tout processus de reconstruction de la mémoire historique, quitte à cracher au visage des familles de victimes. 
Dans la capitale, il suffit de se remémorer les cris d’orfraie qu’ils ont poussés lorsque le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez a décidé de transférer la sépulture de Franco d’el Valle de los Caidos – renommé Valle de los Cuelgamuros – au cimetière du Pardo. Preuve que, cinquante ans après la disparition du Caudillo, son fantôme et ses idées mortifères continuent de planer sur le pays. Pourtant, comme le rappelle Javier Moreno, « il me paraît normal que la mémoire ne soit pas considérée comme une revanche, mais comme un acte démocratique ».

Le militant exige que toute la lumière soit faite sur les crimes commis par les phalangistes durant la guerre de 1936-39, les trente-six ans de règne de terreur de Franco, puis la transition. « Il n’y a pas de justice. Les tribunaux n’interviennent pas. Les lois mémorielles participent au rétablissement de la vérité et à la réparation, mais lorsque nous exhumons des corps, même si nous les identifions eux et leurs familles grâce à l’ADN, aucun juge n’intervient pour établir la véracité de ces assassinats. »
La pluie a cessé de tomber au-dessus des tombes. Nous poursuivons notre chemin vers un autre monument, érigé sur le mur d’enceinte en briques rouges du cimetière, dédié à las Trece Rosas (les Treize Roses), treize résistantes âgées de 18 à 29 ans, fusillées ici même le 5 août 1939 par les franquistes. 

Une plaque commémorative devenue lieu de recueillement

La plupart de ces sœurs d’armes étaient membres des Jeunesses socialistes unifiées, organisation née de la fusion entre l’Union des jeunesses communistes de l’Espagne du PCE et les Jeunesses socialistes du PSOE. Javier Moreno a longtemps milité pour le Parti communiste espagnol et en reste très proche aujourd’hui.

Il se recueille face à la plaque commémorative ornée de fleurs aux couleurs chaudes et entourée de tags symbolisant le drapeau rouge, jaune et violet ; celui de la République espagnole. 
Une phrase y est inscrite en exergue, prononcée par l’une de ces femmes qui se sont battues pour la liberté : « Que mon nom ne soit pas effacé de l’histoire ».