Les rendez-vous de l’histoire à Blois

Jeudi 9 octobre
10h45 – 12h30

Accueillir en France ? La situation des exilé.e.s espagnol.e.s après la Retirada
Zone Halle aux GrainsINSPÉ – Salle 23

Conférencier·ère·s

Carole ESPINOSA Carole ESPINOSA
Académie de MontpellierProfesseure d’histoire-géographie, chargée de mission et formatrice académique.
Marie-Laure PICARD Marie-Laure PICARD
Académie de Montpellier. Professeure d’histoire-géographie
Grégory TUBAN Grégory TUBAN
Mémorial du camp de Rivesaltes, Responsable scientifique du Mémorial du camp de Rivesaltes

Modérateurs·rices

Benoit FALAIZE
Centre d’histoire de Sciences Po/Mémorial du Camp de RivesaltesMembre correspondant du Centre d’histoire de Sciences Po, président du comité pédagogique du Mémorial du Camp de Rivesaltes/Insepcteur général
Du camp d’Argelès au camp de Rivesaltes, comment aborder l’histoire de l’accueil et de l’internement des exilé.e.s espagnol.e.s dans la France des années 1938-1941 ? Terre d’accueil ou terre des « indésirables » ? Il s’agira d’interroger le substantif « indésirable », introduit dans la loi le 12 octobre 1938 et de questionner les différentes formes de rupture et de continuité dans l’internement des étrangers en France.
La table ronde s’articulera autour d’une présentation scientifique et didactique conjointe. La question de l’accueil des Espagnols sera abordée par M.Tuban, spécialiste de l’exil et des camps de la Retirada et directeur scientifique du MCR. Son intervention éclairera la proposition didactique bilingue, pour une 1° bachibac et une 3°, dans le cadre de la classe, ou d’ateliers au MCR, élaborée par Mme Espinosa, professeure de bachibac et Mme Picard, professeure au Service Éducatif du MCR. L’activité proposée s’appuiera sur l’étude d’archives variées du camp de Rivesaltes.

10:45 – 12:15
Les Républicains espagnols et la Libération : les oubliés de la victoire ?
Zone Halle aux Grains / réservation
L’Atelier pédagogique

Cet atelier vise à articuler histoire et mémoire des Républicains espagnols dans la Résistance, combattants antifranquistes qui participèrent notamment à la Libération de la France. ll s’agit d’explorer l’engagement de ces femmes et ces hommes – environ 10 000 – ayant intégré les Forces françaises Libres ou les réseaux de Résistance entre 1940 et 1945. Quel a été leur rôle et pourquoi a-t-il été minimisé ? Quelles mémoires laissent-ils derrière eux dans la construction d’un récit national français ?

Conseil Départemental – Salle Capitulaire

Samedi 11 octobre
CAFÉ LITTÉRAIRE HALLE AUX GRAINS / SALON DU LIVRE, 2, place Jean Jaurès.

La cause des enfants espagnols

CÉLIA KEREN, maîtresse de conférences en histoire contemporaine, vous êtes spécialiste de l’histoire des déplacements d’enfants en temps de guerre. Pourquoi avoir choisi de concentrer vos recherches sur l’enfance en particulier ?

Je voulais travailler sur l’impact des guerres sur les populations civiles. Mes premières recherches ont porté sur les violences pendant la conquête de l’Algérie, au XIX e siècle.
Mais dans le contexte colonial, la frontière entre civils et militaires était très floue, ne serait-ce que parce que les premiers colons étaient armés. À l’inverse, les enfants sont de « purs » civils. Tout le monde veut les exclure de la guerre et en même temps, ils en constituent un enjeu central. C’est ce paradoxe qui est fascinant.

Quels sont les acteurs mobilisés par la cause des 15 000 enfants évacués de la zone républicaine en France entre 1936 et 1939 et pourquoi sont-ils si nombreux ?

J’ai voulu comprendre pourquoi tant d’organisations, qui ne sont pas spécialisées dans l’hébergement d’enfants, s’investissent dans l’accueil des enfants espagnols : la CGT, le mouvement des coopératives, la franc-maçonnerie, des catholiques, y compris des évêques, mais aussi des intellectuels comme le philosophe Jacques Maritain, et même des féministes. A contrario, il y a des absents notables : le monde communiste est en retrait, de même que les chrétiens les plus à gauche. Pourquoi ? Si cette action est très populaire et médiatique, elle permet surtout de se placer sur un terrain humanitaire
supposément apolitique. Or, les groupes les plus engagés dans le soutien aux républicains ou aux franquistes n’ont pas besoin d’esquiver la politique.

La mémoire de ces évacuations est-elle encore vivace ? En France, en Espagne également ?

En France, c’est une histoire qui a été oubliée, car elle n’entre pas dans les récits canoniques de la guerre d’Espagne, de l’engagement antifasciste, de la révolution sociale, ou de la dénonciation de la non-intervention. Comme tout l’intérêt de l’aide à l’enfance était, à l’époque, de mettre ces questions brûlantes en sourdine, elle était et est restée une cause mineure par rapport à cette question majeure qu’était l’alternative entre la défense de la démocratie et la volonté illusoire de préserver la paix mondiale face aux politiques fascistes agressives. À l’inverse, en Espagne, depuis une vingtaine d’an-
nées, on parle beaucoup de l’histoire de la guerre civile et de ses victimes oubliées. Les « niños de la guerra », les « enfants de la guerre », comme on les appelle là-bas, entrent naturellement dans ce récit. Mais si le destin des 3 000 enfants envoyés en URSS sans leurs parents est bien connu, ce n’est pas le cas des 15 000 qui sont partis dans la France voisine. Ces derniers étaient pourtant bien plus nombreux, et pris en charge par la société et par des familles françaises ordinaires, contrairement à ceux envoyés en URSS, qui ont été confiés au Parti communiste.

10H15 – 11H15
LA CAUSE DES ENFANTS ESPAGNOLS.
HUMANITAIRE ET POLITIQUE

PENDANT LA GUERRE D’ESPAGNE
AVEC Célia KEREN et Jean VASSORT

18H30 – 19H30
SUR LES TRACES DES OUBLIÉS DE LA GUERRE D’ESPAGNE

Rencontre, en partenariat avec la revue L’Éléphant

MODÉRATION
Sophie DOUDET, de la revue L’Éléphant

INTERVENANTS
Léonor DE RÉCONDO, écrivaine,
Célia KEREN, maîtresse de conférences à Sciences Po Toulouse

DIMANCHE 12 OCT.

11H45-13H30

HOMMAGE À LA CATALOGNE DE FRÉDÉRIC GOLDBRONN

SALLE 3, CINÉMA LES LOBIS – GRATUIT

Documentaire, France, 2024, 1h08, Les Films d’Ici, Brouillon d’un rêve Scam, Grand Prix du Projet 2023, Sélection Cinéma du Réel 2025

À la poursuite de Georges Orwell et de son engagement dans la Guerre d’Espagne aux côtés des républicains en 1936-37, à travers les archives filmiques de la CNT, l’organisation anarchiste.

INTERVENANT

Frédéric GOLDBRONN,réalisateur

15h15-16h45

Site Chocolaterie de l’IUT, 15 Rue de la Chocolaterie

Quand l’internationalisme s’inscrit dans le paysage

Carte blanche

Depuis le XVIIIe siècle, des Français se sont engagés en faveur de mouvements politiques à l’étranger, et des étrangers se sont mobilisés dans notre pays pour défendre leurs idées. Ces solidarités par-delà les frontières ont laissé des traces dans l’espace public : noms de rues, bâtiments, monuments, plaques etc. qui rappellent que la France a été façonnée par des dynamiques transnationales. Mais que disent aux promeneurs d’aujourd’hui comme aux historiens ces traces d’engagements passés qui ont forgé nos identités collectives ? De quelles mémoires – ou de quels oublis – sont-elles porteuses ?

Notre but sera d’interroger l’histoire des traces des internationalismes politiques dans l’espace public, les reconfigurations mémorielles dont elles sont la marque et les processus de mémorialisation qu’elles catalysent. Nous prêterons notamment attention à ce qui est commémoré à travers ces traces: s’agit-il des internationalismes politiques, ou y a-t-il une nationalisation/patrimonialisation de la mémoire et de ses objets?

Les intervenants partiront de leurs terrains d’enquête et de leurs champs de spécialité: les solidarités royalistes et catholiques à travers l’Europe et l’Amérique au XIXe siècle; les femmes engagées dans la Première Internationale (1864-1876) et dans la Commune de Paris en 1871; les Brigades Internationales mobilisées en faveur de la République espagnole pendant la guerre civile de 136-1939; l’exil chilien en France à la suite du coup d’État de Pinochet en 1973.

Elisa MARCOBELLI
Maître de conférences
Université de Rouen-Normandie

Alexandre DUPONT
Maître de conférences à l’Université de Strasbourg
Université de Strasbourg/ IUF

Judith BONNIN

Maîtresse de conférences à l’Université Bordeaux Montaigne
Université Bordeaux Montaigne

Lola ROMIEUX
Doctorante et ATER
Université de Strasbourg / Sciences Po Toulouse

Edouard SILL
Docteur qualifié en Histoire et science politique
Institut catholique de Paris / UMR SIRICE

« La dictature c’est du terrorisme » : 50e anniversaire des cinq derniers exécutés par Franco

Les survivants des derniers tribunaux militaires du régime franquiste, les avocats qui y ont participé et des militants antifascistes rendent hommage dans un livre collectif à Xosé Humberto Baena Alonso, José Luis Sánchez-Bravo Solla, Ramón García Sanz, Ángel Otaegui Etxeberria et Jon Paredes Manot, « Txiki », le dernier exécuté par Franco, le 27 septembre 1975, il y a 50 ans.
Ces cinq jeunes hommes, âgés de 21 à 33 ans, militants du FRAP et de l’ETA, sont devenus des symboles historiques de la résistance antifasciste.

Ana María Pascual
Madrid
13/09/2025 20h15
Traduction Luis Lopez

« La dictature c’est du terrorisme », telle est la réflexion qui tourne autour de l’hommage rendu aux cinq derniers jeunes hommes exécutés par le régime franquiste, à l’occasion du 50e anniversaire de ces événements tragiques. L’autre devise est « La générosité de la résistance ». Le collectif de prisonniers de l’époque franquiste, de militants antifascistes, de survivants des quatre derniers tribunaux militaires, des avocats qui les ont défendus et des familles des personnes exécutées rend hommage à Xosé Humberto Baena Alonso, José Luis Sánchez-Bravo Solla, Ramón García Sanz, Ángel Otaegui Etxeberria et Jon Paredes Manot, dit « Txiki ». Ces cinq jeunes combattants antifranquistes furent exécutés à l’aube du 27 septembre 1975, alors que Franco agonisait dans son lit, et qu’il décéda deux mois plus tard.
Pour commémorer un anniversaire aussi important, et à un moment politique où l’extrême droite siège au Congrès des députés et se permet en collusion avec le PP de tenter d’annuler des lois de mémoire historique et démocratique en lançant des mots d’ordre de haine camouflées en lois perverses de concorde, la Plateforme Ouverte ‘Al alba’ [en allusion au poème devenu chanson de Luis Eduardo Aute] croit quant à elle que l’histoire doit être réécrite, en démontrant qu’en réalité il y a eu une lutte antifranquiste active et nourrie qui a tenté d’écarter du pouvoir celui qui l’a détenu illégitimement depuis 1939 et qui n’a pas hésité à exercer toutes sortes de violence pour le conserver.
Le livre « 27 septembre 1975 : Les dernières exécutions de la dictature franquiste » (El Garaje), édité par la plateforme « Al Alba », est un ouvrage collectif majeur qui aborde toutes les circonstances dans lesquelles ont eu lieu ces exécutions et présente des témoignages cruciaux, comme ceux des familles, qui relatent des années de lutte pour rouvrir les dossiers ou « laver » leurs noms. Les voix des survivants, de ceux qui ont été graciés et de ceux qui ont survécu aux tortures dans les commissariats ou aux tirs lors des charges policière, se font entendre tout au long de cet ouvrage de 383 pages, dans ce nécessaire souvenir émouvant des jours qui ont précédé les exécutions.

Aucune garantie de défense
Le livre rassemble des photographies, des coupures de presse internationales de l’époque, de la correspondance et le témoignage éclairant des avocats de la défense, qui n’ont rien pu faire lors de ces procès truqués où les juges militaires ont refusé d’admettre la moindre preuve à décharge. Gerardo Viada, l’avocat de Ramón García Sanz, l’explique avec force détails dans le livre : « D’un point de vue juridique, l’enquête était une pure escroquerie, truffée d’actes nuls et non avenus, avec des déclarations obtenues sous la torture et sans les garanties les plus élémentaires. »

Cet anniversaire commence par une bonne nouvelle : l’annulation de la condamnation à mort de Xosé Humberto Baena Alonso, membre du FRAP galicien. En août dernier, le Ministère de la Politique territoriale et de la Mémoire démocratique a adressé à Flor, sœur de Baena, un document de reconnaissance et de réparation personnelle, prévu par la Loi de la Mémoire démocratique, qui déclare « illégal et illégitime » le tribunal qui l’a jugé et condamné.

Les cours martiales
Les quatre dernières cours martiales tenues en Espagne, entre fin août et septembre 1975, aboutirent à un nombre ahurissant de 11 condamnations à mort, dont six furent commuées in extremis. Le dictateur refusa de céder aux nombreuses demandes internationales de clémence et ne fit preuve d’aucune pitié envers les cinq jeunes hommes condamnés ni leurs familles. Deux cours martiales se tinrent à la caserne de Goloso (Madrid) pour les meurtres du policier Lucio Rodríguez et du garde civil Antonio Pose contre des militants du FRAP (Front révolutionnaire antifasciste et patriotique). Le second de ces procès condamna à mort deux femmes, Concepción Tristán et María Jesús Dasca, qui furent finalement graciées pour grossesse. Un autre procès en cour martiale a eu lieu au siège du Gouvernement militaire de Barcelone contre Jon Paredes Manot, militant politico-militaire de l’ETA, pour un braquage de banque ayant entraîné la mort d’un policier. Un autre procès en cour martiale a également eu lieu à Burgos pour la mort d’un garde civil. Ángel Otaegui et José Antonio Garmendia (de l’ETA politico-militaire) ont été condamnés à mort, mais finalement graciés.
Malgré tous les efforts diplomatiques, la mobilisation sociale en Espagne et à l’étranger, les appels à la clémence de l’ONU, les appels du Pape et le rappel de leurs ambassadeurs par plusieurs pays (le Mexique a même interdit l’entrée sur son territoire aux citoyens espagnols), la dictature a procédé aux exécutions, démontrant que malgré l’agonie du dictateur, le régime franquiste était en pleine vigueur.

Xosé Humberto Baena Alonso, José Luis Sánchez-Bravo Solla et Ramón García Sanz, membres du FRAP, ont été fusillés au champ de tir militaire de Hoyo de Manzanares, à Madrid, par des escadrons de volontaires. Les autres exécutions ont eu lieu à Burgos et à Barcelone. Le livre comprend plusieurs documents essentiels, tels que les lettres d’adieu de Xosé Humberto Baena, 24 ans, et de Txiki Paredes, 21 ans.

Contexte de la dictature
La dictature a appliqué la loi antiterroriste aux derniers exécutés pour les condamner à mort. « Dans une situation de dictature, c’est la dictature qui est terroriste, et la résistance à la dictature est la lutte antiterroriste du peuple. En situation de tyrannie, la tyrannie est du terrorisme, et lutter contre la tyrannie est lutter contre le terrorisme », écrivent les auteurs dans le livre, relatant une année 1975 terrible, où la police a continué de réprimer par la force les manifestations de rue et les grèves ouvrières dans les usines. Elle a également simulé des suicides, comme celui de Diego Navarro Rico, un ouvrier du bâtiment de Tarragone, abattu après son arrestation et retrouvé pendu dans sa cellule le 9 août 1975.
Un meurtre impuni.
« Pour toute personne honnête et politiquement lucide, pour tout membre d’une organisation antifasciste, lorsque l’un des membre des forces de sécurité de l’État torturait ou tuait, c’était tous ses membres qui torturaient ou tuaient, car aucun d’entre eux ne se rebella contre ces ordres ; tous obéissaient, recevaient leurs médailles et percevaient leurs salaires et primes parce qu’ils obéissaient », affirme le livre, qui sera officiellement présenté ce mercredi 17 à la Fondation Anselmo Lorenzo (FAL) à Madrid, accompagné d’une intéressante exposition de photographies, de tracts et de publications d’époque retraçant la lutte antifranquiste et les dernières exécutions du régime franquiste.

Ana María Pascual
Journaliste d’investigation, responsable des reportages judiciaires chez Público. Elle a travaillé chez Interviú, où elle a enquêté sur la corruption politique et donné la parole aux victimes de violations des droits humains. Lauréate du Prix de la Coordinatrice des Associations de Bébés Volés, elle a été correspondante pour l’agence de presse publique mexicaine, consultante en communication et scénariste pour 360 Grados sur ETB. Son email est apascual@publico.
Traduction par Luis Lopez de l’article publié le 13 septembre 2025 de Ana María Pascual
https://www.publico.es/politica/tribunales/dictadura-terrorismo-50-aniversario-cinco-ultimos-fusilados-franquismo.html

Non à l’hommage français au dictateur Franco — Pour la cohérence, la mémoire, et la justice universelle

Comme beaucoup, j’ai appris que Francisco Franco, dictateur espagnol responsable de dizaines de milliers de morts, de disparus et d’exilés, est encore aujourd’hui décoré de la Légion d’honneur, plus haute distinction de la République française.

Cinquante ans après sa mort, cette décoration est un affront.
Un affront aux victimes du franquisme.
Un affront à l’histoire démocratique de la France.
Un affront à la cohérence de notre République.

Honorer Franco, c’est honorer un criminel.
Son régime fut une dictature sanglante, alliée objective des fascismes européens, réprimant les opposants, réduisant au silence les peuples, étouffant la liberté.

Honorer Franco, c’est cautionner l’oubli.
Alors même que des familles espagnoles cherchent encore à exhumer leurs morts dans des fosses communes, la France maintient le dictateur dans son panthéon officiel.

Honorer Franco, c’est trahir nos principes universels.
Car aujourd’hui, la France garde le silence face à d’autres formes de colonialisme et d’apartheid — en particulier l’entreprise coloniale israélienne en Palestine. Ce double discours affaiblit notre diplomatie et nourrit les révisionnismes.

Les grands textes l’avaient pourtant affirmé :
– La Déclaration universelle des droits de l’homme (ONU, 1948).
– La Charte des Nations unies et les Conventions de Genève.
– La Charte de l’environnement (Constitution française, 2005).

Toutes rappellent la nécessité de protéger la dignité humaine et de s’opposer à la colonisation, aux dictatures et aux crimes contre l’humanité.

En maintenant Franco décoré, la République viole l’esprit même de sa propre Constitution et de ses engagements internationaux.

Je m’oppose donc au maintien de la Légion d’honneur attribuée à Franco.

Par cette pétition, je demande :
– Son retrait immédiat ;
– Une réforme pour qu’aucun dictateur, criminel de guerre ou régime colonial ne puisse être honoré au nom de la République française ;
– L’ouverture d’un débat démocratique sur la mémoire coloniale et sur la cohérence de notre diplomatie en matière de droits humains.

Aujourd’hui j’écris seul·e, mais nous sommes des milliers à refuser que la République française continue à légitimer les dictatures d’hier et les colonialismes d’aujourd’hui.

Commission des affaires étrangères. S’inscrire ici : https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-3898


1937, la Tchéka stalinienne à l’œuvre en Espagne

À la Prison modèle.

Le dimanche 28 novembre, nous allâmes à la Prison modèle de Barcelone, et présentâmes nos autorisations au directeur de la prison des hommes. Il fut très courtois et nous conduisit chez le médecin de la prison. On nous apprit qu’il y avait dans cette prison 1 500 prisonniers, dont 500 antifascistes, 500 fascistes et 500 délinquants de droit commun.

C’était dimanche, et l’heure des visites, aussi nous nous trouvâmes en présence de 500 à 600 visiteurs demandant à entrer afin de voir leurs amis. Comme il convient, c’était l’aile gauche de la prison qui était attribuée aux prisonniers de gauche !

Nous entrâmes dans une grande salle par une immense porte de fer de 6 mètres de large sur 3,5 mètres de haut. Les prisonniers avaient appris que nous allions venir et nous firent une chaude réception. La difficulté était que c’était à qui nous parlerait le premier des brutalités qu’il avait endurées de la part de la Tchéka avant d’être entré dans cette prison-ci.

Un prisonnier italien nous fit une remarquable description des tortures qui lui avaient été infligées dans une cellule souterraine. Il fut attaché au mur, les mains au-dessus de la tête, avec deux gardes à ses côtés, baïonnette au canon, pendant qu’un jeune officier de la Tchéka tenait des papiers de la main gauche et de la main droite un revolver dirigé sur sa poitrine.

L’officier de la Tchéka le soumit à un interrogatoire du troisième degré prétendant qu’il avait de faux papiers, le sommant de dire où certains de ses camarades pourraient être trouvés, le menaçant de le tuer et de jeter son corps dans un égout qui passait dans la cellule. Cet Italien fut soumis à cette torture, durant cinq à six heures chaque fois, avant d’être finalement transféré à la Prison modèle.
Challaye et moi-même interrogeâmes également un Français, qui appartenait auparavant à l’armée française, et qui avait abandonné sa situation pour venir en Espagne combattre le fascisme. Il avait été nommé officier dans l’armée espagnole gouvernementale et avait combattu sur le front de Madrid pendant plus de cinq mois. La seule raison pour laquelle il se trouvait dans la Prison modèle était qu’il avait franchement exprimé son opinion sur le Comintern et les méthodes de la Tchéka. Il me donna l’impression d’un homme splendide.

Il ressentait comme un outrage effroyable d’avoir été gardé en prison pendant plus de quatre mois ; il insistait sur ceci : « Qu’on me fasse un procès si j’ai commis quelque faute ; sinon qu’on me rende ma liberté ! » Il y avait également un bon nombre de ces prisonniers qui avaient été blessés au cours des combats contre Franco, et cependant on les gardait en prison sous le prétexte qu’ils étaient des alliés de Franco !

Notre délégation fut spécialement bien accueillie par les prisonniers du Poum, et nous passâmes une heure dans la cellule de Gironella. Plusieurs prisonniers étaient d’ailleurs incarcérés dans cette même cellule. C’était une véritable Internationale de prisonniers que cette prison.

Il y en avait de France, de Grèce, d’Allemagne, d’Italie, d’Autriche, de Belgique, de Hollande, de Suisse et d’Amérique autant que d’Espagne. Tous ces prisonniers nous pressèrent de faire connaître les brutalités de la Tchéka, avec ses tortures, son troisième degré et ses meurtres des militants socialistes combattant en Espagne.

Lorsque nous décidâmes de quitter l’aile antifasciste de la prison, il y eut un rush spontané de tout le monde vers la porte. Les prisonniers chantèrent deux hymnes de la CNT, puis l’Internationale, et terminèrent avec des vivats à l’adresse de la CNT, de la FAI et du Poum.

Le délégué de l’ILP fut spécialement l’objet de la reconnaissance internationale ; enfin il y eut des cris de « À bas la Tchéka du Comintern ! » et, à son adresse, de violents sifflets. C’était une vue très émouvante que celle de ces 500 prisonniers antifascistes, la plupart jeunes, qui remplissaient les galeries, les escaliers et la grande salle, le poing fermé, l’œil brillant, la tête rejetée en arrière en une attitude de défi.

Notre dernière vision fut celle de centaines d’hommes applaudissant, de l’autre côté de l’immense porte de fer. Cette porte de fer était pour nous comme le symbole de la Tchéka du Comintern. C’est par des moyens pareils qu’elle entend supprimer le mouvement révolutionnaire en Espagne afin de substituer au mot d’ordre de « Pouvoir ouvrier » celui de « Démocratie bourgeoise ».

L’Internationale communiste et son organisation d’assassins sont en train de faire naître contre eux une haine formidable. Un jour, la tempête éclatera et détruira leur effroyable gangstérisme. Ce sera un désastre pour tous ceux qui y auront participé.

À la prison secrète de la Tchéka.

Notre dernière visite fut pour la prison secrète de la Tchéka à la place Junta : Adraine Bonanova. Nous avions été avisés de l’existence de cette prison par plusieurs bons camarades. Lorsque nous eûmes monté les marches qui mènent à la prison, nous trouvâmes le chemin barré par deux gardiens, armés de fusils et baïonnette au canon.

Nous présentâmes notre autorisation du directeur des prisons et du ministre de la Justice pour visiter les prisons et un mot fut envoyé à l’intérieur. Alors un officier apparut, qui regarda nos autorisations avec un mépris évident. Il nous informa qu’il ne recevait pas d’ordres du directeur des prisons ou du ministre de la Justice, car ce n’étaient pas là ses patrons.
Nous lui demandâmes alors qui était son patron, et il nous donna une adresse, celle du quartier général de la Tchéka. Son refus de nous permettre de visiter la prison et les prisonniers était total et définitif. Nous allâmes donc au quartier général de la Tchéka, Puerta del Angel 24.

Nous entrâmes dans une cour et par un couloir dans une pièce intérieure qui avait toute l’apparence d’un lieu de détention. Nous remarquâmes qu’il y avait sur la table un grand nombre de livres de propagande russes et de journaux communistes, et aucune autre sorte de livres ou de journaux. Après un court délai, une jeune femme entra, qui nous demanda ce que nous voulions. Elle ne nous cacha pas qu’elle savait qui nous étions, et qu’on l’avait prévenue, de la prison, que nous étions en train de venir. Elle prit les pièces qui nous autorisaient à visiter les prisons.

Ensuite apparurent deux jeunes hommes dont ni l’un ni l’autre n’étaient espagnols. Notre interprète, qui connaît un grand nombre de langues et de pays, fut convaincu par leur accent que l’un était Russe et l’autre Allemand.

Le Russe nous informa que nous ne pouvions ni voir l’intérieur de la prison ni causer avec les prisonniers. Je répondis que nous avions des autorisations du directeur des prisons et du ministre de la Justice, et nous demandâmes si notre interlocuteur était plus puissant que le gouvernement, en ajoutant que si on nous refusait l’entrée, nous serions obligés, comme de juste, d’en tirer des conclusions.

John Mac Govern

Le Monde libertaire n°228 (déc. 1976)

APRES LA DICTATURE FRANQUISTE EN ESPAGNE : LE SILENCE INSOUTENABLE !

« Après Franco, la peur a été remplacée par le silence » : rencontre avec les auteurs de la BD « l’Abîme de l’oubli »

Le bédéiste Paco Roca et le journaliste Rodrigo Terrasa signent « l’Abîme de l’oubli », roman graphique sur la quête des familles des victimes de la dictature franquiste encore ensevelies dans les fosses communes.

Paco Roca (l’illustrateur) et Rodrigo Terrasa (l’auteur), le 27 janvier 2025, à Paris, dans les locaux de la maison d’édition Delcourt.

Malgré un dédale d’obstacles, l’octogénaire Pepica Celda est parvenue à faire exhumer son père, exécuté par les franquistes en 1940 et jeté dans une fosse commune du cimetière de Paterna (Valence). Un demi-siècle après la mort de Franco, des milliers d’opposants politiques assassinés hantent encore l’Espagne. Dans un roman graphique touchant, le bédéiste Paco Roca et le journaliste Rodrigo Terrasa retracent la quête de Pepica dans un pays où la transition démocratique a confiné à l’oubli les victimes de la dictature. On y découvre également Leoncio Badia, condamné à être fossoyeur et qui prendra soin des dépouilles de ses compagnons d’infortune. L’Abîme de l’oubli est un îlot d’humanité et d’intelligence dans un pays qui n’a toujours pas soldé les crimes franquistes.

Votre ouvrage manie la microhistoire – Pepica Celda qui veut exhumer le corps de son père enfoui dans une fosse commune – et la macrohistoire, à savoir les crimes de la dictature franquiste. Comment êtes-vous parvenus à les faire cohabiter avec vos genres respectifs ?

Paco Rosa, bédéiste

Avec Rodrigo Terrasa, nous cherchions un projet qui puisse faire cohabiter les deux genres, le journalisme et la bande dessinée. La seule narration dramatique ne permet pas de nuances. Avec l’histoire de Pepica, tout s’emboîtait : émouvoir avec une narration et inviter à la réflexion grâce au discours journalistique qui nous permettait de développer les idées au-delà de simples dialogues.

Rodrigo Terrasa Journaliste

Ne touchez pas au 8 mai !

Le problème

Toucher au 8 mai en supprimant ce jour férié c’est contribuer à effacer des mémoires ce combat victorieux contre le nazisme, c’est dérouler le tapis à l’extrême droite, c’est être dans la lignée des traîtres qui signèrent le traité de Munich aux côtés d’Hitler, c’est enterrer la mémoire de tous les résistants français et étrangers , combattants et déportés qui sont morts par millions pour que nous puissions encore vivre libre aujourd’hui. Mobilisons nous pour empêcher la suppression du 8 mai comme jour férié créé pour commémorer la victoire sur le nazisme.

https://chng.it/SRr5wX47bz

Le 5 mai 1937 mourait assassiné Camillo Berneri

Le 5 mai 1937 mourait assassiné Camillo Berneri, professeur de philosophie, anarchiste militant, grand théoricien de l’anarchisme qui exigeait une évolution constante de la pensée libertaire ainsi qu’un effort critique pour sortir de ce qui avait déjà été pensé.

Né à Lodi, en Italie, le 20 juillet 1897. Sa mère, Adalgisa Fochi était enseignante, féministe et socialiste. Camillo a commencé son militantisme politique à la Fédération socialiste de la jeunesse de Reggio Emilia, où il a mené une intense activité culturelle et bouleversante. Trois ans plus tard, il quitterait le Parti et s’engagerait à l’anarchisme.

Dans «Lettre ouverte aux jeunes socialistes d’un jeune anarchiste», il dénonçait la dégradation du parti socialiste italien. Depuis lors, ses efforts ont été dirigés vers l’antimilitarisme. Il a été appelé en rang et quand ils ont rencontré ses idées, il a été confiné sur l’île de Piavosa jusqu’en 1919.

Berneri a initialement défendu la révolution russe, même si ses critiques se sont très vite accrues compte tenu de l’autoritaire du processus révolutionnaire soviétique. En 1922, il a terminé ses études à la faculté de philosophie et de lettres et a exercé le poste de professeur de l’enseignement secondaire entre 1923 et 1926.

Au cours de ces années, il a développé une activité publique intense en concentrant ses efforts sur la réorganisation du mouvement anarchiste et la lutte contre le fascisme.

Fin 1926, le régime de Mussolini a contraint les enseignants à prêter serment d’adhésion au régime. Berneri a refusé, ce qu’il ne pouvait plus enseigner et a commencé un exil dont il ne reviendrait pas.
Durant les dix prochaines années d’exil, il vivrait un siège constant de la part de l’espionnage fasciste italien, ce qui n’a pas fait diminuer sa production intellectuelle de collaboration dans divers journaux. Son obsession constante a été de concrétiser les propositions anarchistes en vue d’une éventuelle révolution en Italie. Il a également publié au cours de ces années plusieurs ouvrages de dénonciation sur le fascisme et son caractère répressif contre toute opposition.

Fin juillet 1936, jours après le soulèvement fasciste, Berneri arriva à Barcelone. Il s’est tout de suite chargé de regrouper et d’organiser les volontaires venant combattre le fascisme dans une colonne italienne qui allait bientôt partir vers le front d’Aragon.

En raison de divers problèmes physiques, il a dû quitter le front en se consacrant à Barcelone à un travail culturel et propagande, diffusé diverses émissions radio destinées aux bénévoles italiens et travaillé à l’édition du journal «Guerra di classe».

Dans sa «Lettre ouverte à la compagne Federica Montseny», elle censure l’intervention anarchiste dans le gouvernement républicain et réaffirme son désir de voir la révolution marcher parallèle à la victoire contre Franco.

Il s’est également consacré à l’analyse de la documentation des archives du consulat italien à Barcelone. Ses dernières interventions publiques, début mai 37, visaient à défendre le POUM face aux accusations du PSUC de collaboration avec le fascisme. Quelques jours plus tard, il serait sorti de son appartement avec son colocataire Francesco Barbieri par une patrouille de l’UGT et de la police.
Son corps apparaîtrait le lendemain, criblé de balles. Une autre victime de l’infamie stalinienne, un autre révolutionnaire internationaliste venu lutter contre le fascisme en Espagne et, paradoxalement, a été tué par ceux qui se prétendaient le combattre aussi.

Il faut souligner à Berneri son humanisme déclaré, qui le rapproche de Kropotkin qu’il cite tant dans ses écrits.

Il détestait la polémique sans autre but que de dénigrer l’adversaire, ce qui prouvait sa taille intellectuelle. Leur obsession continue était de libérer la pensée non seulement de l’autorité des institutions mais aussi de tout dogme ou apparence dogmatique. Berneri a abordé de façon complète toutes les discussions sur les questions clés du mouvement libertaire.

Une partie des problèmes qu’il a soulevés (communalisme libertaire, fédéralisme, organisation des groupes, participation électorale, ouvrier-idolâtrie) ne sont plus novateurs, d’autres sont encore en vilo.

Il ne croyait pas l’anarchiste italien en la bête humaine, il pensait que même chez la plus effrayante des gens il y avait un peu de chaleur si on touchait les bonnes touches, il méprisait aussi le manichéisme des classes et pensait que dans tout cercle social il y avait des qualités remarquables et que la disparition de les cours serait donné par la fusion de celles-ci.

En fin de compte, il défendait l’humanisme comme l’une des caractéristiques intrinsèques de l’anarchisme qui le poussait à se préoccuper du développement individuel de chaque personnalité et de l’émancipation finale de l’humanité tout entière sans distinction de classe.

Source : José María Fernández Paniagua (et quelques phrases de Frank Mintz).
CNT-AIT Puerto Real
Édité par Anarquismos