Hugues Jallon, écrivain : « Sans les salauds, l’extrême droite n’y arriverait pas »

Le jeu des urnes ne suffit pas ; pour devenir réel, le délire fasciste a besoin de voix complices dites « raisonnables ». Dans un petit ouvrage affûté, l’écrivain et éditeur Hugues Jallon pointe ces politiques, patrons, figures intellectuelles et médiatiques qui participent à installer et normaliser les thèmes du RN. Une saine lecture de combat’.

Publié le 12 décembre 2025
L’Humanité magazine

Thomas Lemahieu

Le fond de l’air est brun. En politique aussi, le changement climatique menace. Tous les signaux sont là. Les fascistes reviennent avec, comme le prophétisait Orwell, « leur parapluie bien roulé sous le bras et le chapeau melon ». Et une part du beau linge fait mine d’admirer leur nouvel uniforme. « Comme ils ont changé ! », « Ils présentent mieux, non ? », « Puis qu’est-ce qu’ils parlent bien, jamais un mot plus haut que l’autre ! » L’extrême droite cogne à la porte, et maintenant d’autres viennent tambouriner à ses côtés.
Ceux-là, ce sont ces complices de recel ou de blanchiment qu’exhibe Hugues Jallon dans le Temps des salauds, comment le fascisme devient réel(éditions divergences). Dans ce petit essai très affûté – qu’il prolonge aujourd’hui avec de nouveaux fragments en ligne1 –, l’écrivain et éditeur, longtemps à la Découverte et au Seuil, dépeint les temps funestes où des dirigeants politiques, des patrons, des éditocrates ou des intellectuels médiatiques, tous plus « responsables » – ou « réalistes » – les uns que les autres, se liguent pour rendre les promesses du fascisme raisonnables et même désirables. Et pour hâter sa prise de pouvoir, toujours présentée comme inéluctable…

Votre livre est bâti sur un aphorisme, dont l’origine demeure indéterminée : « Le fascisme, ça commence avec les fous, ça se réalise grâce aux salauds et ça continue à cause des cons. » Qu’est-ce que cette formule nous dit d’aujourd’hui ?

Hugues Jallon
écrivain et éditeur
La citation s’est imposée à moi. Elle est lapidaire, drôle, mordante. C’est une phrase qui jette des mots crus sur l’époque. Pour l’écrivain que je suis, elle résonne en disant la vérité de notre temps. L’histoire, la sociologie, les sciences politiques nous enseignent sur les transformations profondes des sociétés, les tendances de fond de l’opinion qui rendent possible l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, en France et ailleurs. Si leur enseignement est riche, incontournable, elles nourrissent parfois un certain fatalisme, en décrivant une vague inéluctable, irrésistible, qui devient un tsunami emportant tout sur son passage…

Sans les nommer directement, vous cernez les acteurs qui pavent la voie au fascisme…

Les descriptions des sciences sociales sont trop souvent anonymes. Or, il y a des noms, des visages, des responsables, qui fabriquent cette situation. Seule avec sa « folie » propre, l’extrême droite n’y arriverait pas, il faut que des gens l’aident, ceux que j’appelle les « salauds », sans lesquels rien ne serait possible…
La gauche a les yeux fixés sur Bolloré, sur Stérin, sur Le Pen, sur les groupuscules fascistes, et c’est bien normal, et nécessaire. Mais l’objet du livre, c’est de mettre la lumière sur ceux qui s’activent à côté, ou derrière, pour accompagner le mouvement, et rendre crédible le scénario de l’extrême droite au pouvoir.

Je n’ai pas voulu simplement dresser des portraits acides – je le fais sur le modèle de La Bruyère et de ses « Caractères ». J’ai tenté aussi de saisir ce qui est en train de se passer sous nos yeux, d’écrire ce que Marx appelait une « histoire du présent », d’identifier qui reconfigure le paysage politique. « Les circonstances font tout autant les hommes que les hommes font les circonstances », écrivait-il.

Avant de revenir à ces « salauds », en quoi les « fous » sont-ils fous ?

On pourrait discuter de tous les critères qui servent à définir un parti ou un mouvement fasciste, mais dans son essence, le fascisme, c’est d’abord une « affaire de fous » pris dans un délire paranoïaque. Le fascisme consiste à faire délirer le réel : il prospère sur l’angoisse des citoyens de voir leur pays disparaître, des campagnes françaises d’être couvertes de minarets ou d’éoliennes, une population d’être remplacée par des migrants et des musulmans, etc.
Pour calmer les angoisses qu’il attise, le fascisme porte une promesse mensongère : la France va rester la France éternelle, fidèle à son histoire – une histoire mythifiée et largement fabriquée.
Dès lors, pour que ce qui n’est qu’un délire devienne concret, réaliste, pour qu’il paraisse même raisonnable, des gens viennent leur prêter main-forte. Au RN, ils en ont bien besoin, quand on voit qu’ils se sont montrés incapables de rendre éligible leur candidate. C’est alors qu’entre en scène François Bayrou qui parle de « submersion migratoire », ou Bruno Retailleau, avec ses promesses martiales de remise en cause de l’État de droit.

Comme vous l’écrivez à propos de ce même Retailleau, pour ne pas se soumettre à l’extrême droite, il suffit de reprendre ses idées…

Oui, il incarne la figure la plus exemplaire : celui qui se pose encore en adversaire de l’extrême droite, mais qui tient un discours plus radicalement d’extrême droite que l’extrême droite. À l’époque, on a souvent dit que les Français préféraient toujours l’original à la copie, c’est-à-dire le FN à ses imitateurs. Mais aujourd’hui, avec les logiciels de retouche d’image, on peut obtenir une copie bien meilleure que l’originale. Plus convaincante, c’est-à-dire plus réaliste. Et comme disait Bernanos, « le réalisme est le bon sens des salauds ».

Quelles sont les grandes catégories de « salauds » que vous passez en revue dans votre livre ?

Il y a d’abord ceux dont on vient de parler : les responsables politiques qui, avant tout, jouent leur survie – on pense aux LR, mais aussi à une bonne partie du bloc central. Les patrons, eux, veillent surtout à leurs intérêts, ceux de leurs entreprises et à leur propre fortune. Par peur ou par haine, ils préféreront toujours la droite la plus dure à la gauche la plus molle. Et face à un RN très « flottant » sur son programme économique, ils sont persuadés de pouvoir le « tenir en laisse ».
La dernière catégorie, ceux qui portent la responsabilité la plus forte, ce sont les intellectuels qui proclament leur « liberté de penser » partout, à la radio, à la télévision. Et quand ils disent que le RN n’est pas fasciste, que l’extrême droite respecte le jeu démocratique, ils savent qu’ils la normalisent et la banalisent.
Quelqu’un comme Alain Finkielkraut salue le juste constat d’Éric Zemmour sur les étrangers sans dire si oui ou non il partage ses solutions. Ces intellectuels-là n’ont aucune excuse : ils sont cultivés, ils ont fréquenté les meilleures écoles, ils connaissent l’histoire. Et, plus que les patrons et les politiques, ils ont une totale liberté de penser… autrement.

Entre libertariens et réactionnaires, par exemple, pourquoi les contradictions internes de ce fascisme n’explosent-elles pas ?

Ce qui caractérise le fascisme, aujourd’hui comme hier, c’est l’alliance apparemment contradictoire entre un hypertraditionalisme et un hypermodernisme. On le voit de manière éclatante aux États-Unis : d’un côté, on défend l’Amérique de toujours, la communauté religieuse, le drapeau et tout le folklore qui va avec ; de l’autre, on investit massivement dans un capitalisme toujours plus dévastateur, avec ses technologies mortifères et extractivistes. Cette formule fasciste contemporaine n’est pas au fond si éloignée des précédentes – Hitler, c’était la race et le sang allemands, mais aussi les tanks et les autoroutes.
Plus fondamentalement, le fascisme, c’est un « système de désangoissement » – j’emprunte la notion à l’historien du nazisme Christian Ingrao. Il faut comprendre que le néolibéralisme est de son côté un « système d’angoissement » social : précariser, insécuriser, détruire les cadres stables de la vie sociale, « réformer » l’État et la protection sociale, ce qui signifie toujours économiser, réduire, enlever des droits, supprimer des protections.
En somme, laisser les individus seuls face au marché. Avec le risque d’explosion sociale qui menace, et peut venir de n’importe où. C’est alors que le fascisme entre en scène, avec sa promesse de « désangoissement ». Pour continuer un travail d’angoissement social généralisé, il faut dans le même temps rassurer, calmer les peurs, ou encore attiser la haine sur ceux qui sont en dessous, les étrangers et les plus pauvres

Pour le dire en une phrase, la promesse fasciste, qui est de plus en plus celle de l’extrême centre néolibéral, c’est : « Vous ne serez pas remplacés par des migrants, mais on s’activera pour que vous le soyez par l’intelligence artificielle, on vous réservera à vous, Français, les prestations sociales, mais on se chargera d’en réduire les montants, etc. »

Comment expliquer que « fous » et « salauds » puissent aujourd’hui chaparder la notion même de résistance ?

Cet été, Bruno Retailleau a opposé la « France des salauds » à la « France des héros ». Voilà quelqu’un qui mobilise l’imaginaire de la Résistance (les héros) et de la collaboration (les salauds) et qui par ailleurs assume un discours brutalement réactionnaire qui ne se rattache guère aux valeurs de ceux qui ont résisté à l’occupant nazi.
Le pouvoir macroniste fait rentrer au Panthéon Simone Veil, les époux Manouchian et, bientôt, Marc Bloch. Il a une politique mémorielle hyperactive : ils honorent à tour de bras des figures dont ils trahissent « en même temps » toutes les valeurs. C’est vraiment la perversité de ce pouvoir-là.

Et c’est ainsi qu’apparaît cette notion, invraisemblable, d’« anti-antifascisme »…

Cette détestation absolue des antifascistes et de la gauche en général est très frappante chez ces intellectuels français qui travaillent à précipiter une victoire de l’extrême droite ; c’est ce qui a conduit l’un d’entre eux, Raphaël Enthoven, à interpréter le salut nazi de Musk comme un geste venu du cœur…
Cette détestation de l’antifascisme renvoie au fond à un mythe tenace, celui d’une « allergie française au fascisme », un mythe qui s’est construit dans l’après-guerre et a perduré longtemps. Aujourd’hui, il n’y a aucun doute que le pétainisme appartient à la « famille fasciste », qu’il en a été la formule française.
Et l’illusion selon laquelle Vichy n’aurait été qu’une anomalie n’ayant laissé aucune trace dans notre histoire politique a largement vécu. Aujourd’hui, Bardella, Zemmour ou encore de Villiers peuvent ouvertement se revendiquer de Maurice Barrès. L’héritage pétainiste et son slogan – « Travail, Famille, Patrie » – sont redevenus politiquement activables.

Le Temps des salauds, comment le fascisme devient réel, d’Hugues Jallon, Éditions Divergences, septembre 2025, 12 euros.

1. https://letempsdessalauds.substack.com/ ↩︎

Kast, le fantôme de Pinochet s’impose au Chili avec le soutien des USA.

Dimanche 14 décembre 2025 le Chili a replongé dans le fascisme, mais cette fois-ci par la voie électorale. Les mêmes ingrédients utilisés de par le monde pendant la campagne avec pour thèmes l’ insécurité provoquée par la criminalité et les migrants, les seconds étant assimilés aux premiers, mais aussi la lutte contre le droit à l’avortement et les libertés des collectifs LGBT ont permis la victoire retentissante de Kast,  ce fils d’officier de la Wehrmacht, appartenant au parti nazi et nostalgique de Pinochet  avec plus de 58 % contre 42 % pour Jeannette Jara, la communiste qui représentait l’ensemble de la gauche.

Ces évènements nous forcent à nous remettre en mémoire ces 17 années de dictature, de tortures, d’emprisonnement et de meurtres d’opposants et d’exil pour des centaines de milliers d’antifascistes, suite au coup d’État le 11 septembre 1973 contre Salvador Allende. On assiste aujourd’hui au retour de ceux-la même qui portaient cette idéologie. Suite à l’annonce de cette victoire le nom de Pinochet a été scandé ce dimanche dans les rues de Santiago et son portrait brandi selon l’AFP.

Les Chicago Boys néolibéraux ayant mis en oeuvre les politiques de Pinochet ne sont pas loin aujourd’hui. Avec Kast il ne s’agit pas seulement d’une mise en oeuvre des thématiques développées durant la campagne électorales, mais bien plus amplement d’une lutte de classe au bénéfice des intérêts des forces du grand capital qui veulent étendre leur emprise. C’est une remise en cause fondamentale des droits de l’homme et de la démocratie. C’est une attaque frontale contre les droits des travailleurs et du peuple chilien.

Les mêmes interventions militaires des USA comme en 1973 au Chili se répètent aujourd’hui dans la région. Trump déploie ses troupes navales au large du Vénézuela, au prétexte de la lutte contre la drogue, pour s’accaparer des gisements de pétrole en tentant de destituer Nicolas Maduro, comme Nixon le fit avec Salvador Allende. Comment comprendre alors que Trump,  ce prétendu combattant contre la drogue, ait libéré le 2 décembre dernier l’ancien président hondurien condamné à 45 ans de prison pour avoir introduit plus de 500 tonnes de cocaïne. On voit bien ici l’hypocrisie du personnage pour qui la lutte contre la drogue n’est qu’un prétexte.

Les mêmes menaces ciblent la Colombie et le Mexique pour qu’ils s’alignent aux exigences de Washington.
Des heures sombres s’annoncent avec le basculement récent vers l’extrême droite de nombreux pays d’Amérique latine après le libertarien Milei en Argentine, au Salvador avec Nayib Bukele ou encore en Équateur avec Daniel Noboa. On ne sait ce que deviendront l’année prochaine le Brésil et la Colombie… et en Europe, Quid de la France et de l’Espagne en 2027 ?

Le célèbre dicton rappelé dans l’interview d’Hugues Jalon dans l’Huma magazine  « Le fascisme, ça commence avec les fous, ça se réalise grâce aux salauds et ça continue à cause des cons. »  est-il d’actualité ?
A vérifier …je vous laisse le méditer et vous recommande la lecture de « Le Temps des salauds, comment le fascisme devient réel, d’Hugues Jallon, Éditions Divergences, septembre 2025, 12 euros. » et une bonne lecture de l’interview de son auteur qui sera publiée samedi

« OPÉRATION CARCHUNA » : OPÉRATION AUDACE ET SPECTACULAIRE DE COMMANDEMENT DE L’ARMÉE RÉPUBLICAINE, DANS laquelle 300 CAMARADES ONT LIBÉRÉ.

C’était l’opération Carchuna, commandée par un couple de Fernández, les lieutenants José et Joaquín, et exécutée, entre autres, par les brigadistes internationaux Irving Goff (un juif brigué dans les rues de Brooklyn lors de combats contre des gangs antisémites) et William Aalto, également New Yorkais, poète, communiste et homosexuel (plus tard leurs compagnons d’armes le trahissent au chef de l’OSS, prédécesseur de la CIA, en dénonçant sa condition sexuelle. Aalto aux côtés de camarades brigadistes formaient des agents secrets dans l’Europe occupée par les nazis. Malheureusement, les supérieurs le transférent dans un camp d’entraînement aux États-Unis. Et là une recrue retire, par inadvertance, la goupille de sécurité d’une grenade et la laisse tomber. Aalto l’intercepte mais avant que je puisse la lancer, elle explose : elle perdra sa main et une partie de son avant-bras. Sa vie est digne d’être emmenée au cinéma, après de nombreuses vicissitudes il meurt en 1958 de leucémie 43 ans).

L’opération Carchuna était une incursion républicaine derrière les lignes du camp national sur la côte Grenadine, à quelques kilomètres de Motril. Là-bas, la nuit et avec des bateaux, un groupe de soldats de ce qui serait aujourd’hui considéré comme un commando des opérations spéciales, ont infiltré le château de Carchuna, alors transformé en prison, ont tué quatre geôliers cruels (« pour justice poétique », semble-t-il avoir déclaré l’un des assaillants) et ont libéré les quelque 300 Asturiens là-bas prisonniers, plus huit soldats du camp national qui ont profité de l’occasion pour changer d’armée. C’est cette opération, indépendamment de la couleur politique, la plus audacieuse et cinématographique d’une armée espagnole à l’arrière de l’ennemi et pourtant, c’est une action pendant près de 70 ans réduite au silence, jusqu’à ce qu’un groupe d’historiens tirés et d’autres simplement amateurs (Jesus Castillo, Txema Prada et Floren Dimas, entre autres) l’ont repêchée il y a environ 10 ans et ont réussi à trouver même des survivants de ce sauvetage, comme Marcelino Diaz : « C’était une chose spectaculaire, une manœuvre éclair avec laquelle ils ont réussi à nous sortir de la prison. Nous étions des centaines de personnes et nous en sommes sortis vivants… Et que personne ne se souvienne de nous aujourd’hui. »

Les préparatifs qui n’ont duré que 48 heures, du groupe de 35 soldats d’un corps auquel le Gouvernement de la République allouait 200 000 pesetas par mois sur ordre de Francisco Largo Caballero pour encourager le désordre dans la zone ennemie, parfois de manière inouïe, comme l’a fait un certain Currito, dans une autre mission, lorsqu’il a été pris en uniforme de légionnaire et ainsi déguisé, il s’est faufilé à Saragosse pour obtenir des informations sur ce qui se préparait à l’arrière-garde fasciste. Ce qu’il y a de bien dans son cas, presque Berlanguiano, c’est que pour ne pas être découvert, il a séjourné pendant des semaines dans un bordel, un moment qui a peut-être été le plus heureux de sa vie.

Selon Castillo et ses collègues, l’Espagnol a été la première armée à disposer de manière régulière d’une unité de commandos comme celle qui serait ensuite les Bérets verts américains ou les Rats du désert britannique.

Irving Goff, né à New York en 1900 au sein d’une famille juive originaire d’Odessa, avant de partir pour l’Espagne, a compatible ses emplois de danseur, acrobate de cirque et vigile des plages de Coney Island, avec des combats de gang contre des groupes antisémites des rues de Brooklyn. C’est la source la plus riche de l’opération Carchuna, puisqu’il conserve des enregistrements qui relèvent en détail de sa participation. Il a également été responsable pendant la guerre civile d’une mission de capture d’un groupe d’officiers fascistes sur le front de Serós (Segrià) et de l’explosion d’un pont stratégique à Albarracín, une action dont ils sont supposés s’inspirer, avec plus de sirop qu’il n’en fallait les scénaristes qui ont adapté pour qui sonne les cloches d’Ernest Hemingway au cinéma Si Ingrid Bergman avait été là – a-t-elle blagué des années plus tard Goff – il n’aurait pas quitté l’Espagne. À Carchuna, Goff a dirigé un des commandos. Un autre a été dirigé par son bon ami de bataille William Aalto, né dans le Bronx mais d’origine finlandaise.

Un autre, comme Alex Kunslich, polyglotte, docker de New York, un homme cultivé, mais avec moins d’histoire, parce que son histoire a été interrompue à Cordoba, où il a été capturé par les troupes fascistes, mais n’a pas participé au sauvetage de Carchuna, qui, à ce stade, mérite d’être rappelé.

Le château de Carchuna a été élevé en 1777 près de la plage pour défendre la zone des attaques pirates. Lorsque le front de guerre a été bloqué à l’est de cette fortification, entre Castell de Ferro et Calahonda, le camp national l’a transformé en pénal pour travaux forcés. Il y a emmené trois centaines de prisonniers républicains asturiens, car il était supposé que certains d’entre eux brigés dans les mines étaient parfaits pour le dur labeur d’aménager les environs du château comme piste d’atterrissage de la Légion Condor.

Le fait est que quatre officiers détenus à Carchuna (Joaquín Fernández Canga, Secundino Alvarez Torres, Esteban Alonso García et Candido Adolfo Muriel López) se sont évadés et ont traversé les lignes républicaines à la recherche d’un refuge. Il n’a pas été facile de convaincre les dirigeants d’où ils venaient et qui ils étaient, mais, surmontés les craintes, une mission de sauvetage a été organisée en moins de 48 heures et confiée à Los Niños de la Nuit, ce qui est le nom des membres de cette unité de commande. Les quatre évadés ont non seulement donné des données précises et précieuses pour organiser la mission, mais aussi à la question de « Êtes-vous prêts à retourner en enfer ? », se sont mis aux ordres de Goff et Aalto, entre autres.

Après une première tentative ratée, l’opération Carchuna a commencé la nuit du 23 mai comme prévu, par mer, non pas avec des bateaux pneumatiques, mais avec des bateaux de pêcheurs. Les assaillants portaient leurs sous-fusils shmeisser (ils étaient la seule unité républicaine ayant ce privilège) et des dizaines de grenades à main pour donner ensuite aux prisonniers, au cas où leur évasion se compliquerait. Une fois au sol, une montre suisse n’aurait pas mieux fonctionné. Les gardiens ont été pris au dépourvu, quatre d’entre eux sont morts, les armes disponibles ont été réparties et, silencieusement, le chemin du retour vers la zone républicaine a été lancé, d’où une attaque d’artillerie a été lancée pour semer l’ennemi. À la hauteur de Calahonda, les évadés ont eu une petite bagarre avec les gardes civils d’une caserne, qui se sont écrasés par le lancement de grenades. Seulement à la fin, l’opération a eu des revers, car quatre des commandos se sont décrochés du groupe et ont dû retourner à la nage. Le reste, pendant que, est arrivé à destination comme prévu. Ils chantaient joyeuses Asturies, chère patrie.

Nous savons déjà que la guerre est écrite par les vainqueurs, mais il est impardonnable que la totale méconnaissance de l’action et de la vie de ces braves, qui donneraient pour plus d’un scénario de cinéma.

https://www.elperiodico.com/es/sociedad/20180328/operacion-carchuna-los-malditos-bastardos-de-la-guerra-civil-espanola-6713759?fbclid=IwY2xjawOo7SVleHRuA2FlbQIxMABzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEeNZuqpqT_OpuW81t-CZBWUX0Ql-rV0MPmZKqqgf7oURs8AMkyPrCjLedXAq4_aem_QLqT9yfXqQ6CKCYru7zUvQ

Tours le 20 décembre A l’occasion de la Journée internationale des migrant·e·s Une journée d’arrêt, de lutte et de visibilité Une “Journée Sans Nous” : SI ON S’ARRÊTE, TOUT S’ARRÊTE !

Ensemble, faisons entendre nos voix et stoppons par une solidarité concrète vis-à-vis des minorités les plus exposées, la propagation des discours racistes relayés par les médias à la solde des capitalistes

Ce pays ne fonctionne pas sans immigré·es. Ce ne sont pas les personnes migrantes qui fragilisent le pays, mais les politiques menées, le racisme et les injustices.
A Tours le 20 décembre, aux côtés des travailleuses et travailleurs les plus précarisés — souvent sans papiers, invisibilisés, essentiels — nous marcherons dans les rues de la ville et procèderons à des arrêts « happening » pour rappeler une vérité simple :

« si on s’arrête, tout s’arrête !»

Avec ou sans papiers, immigré·e·s, enfants d’immigré·e·s, voisin·e·s, collègues, manifestant·e·s le 20 décembre, nous n’irons pas dans les commerces.

Rendez-vous : 14h30 – Place Anatole France

Parcours : Rue Nationale → Place Jean Jaurès → Gare (via rue de Bordeaux)

pour exiger :

L’abrogation de la loi Darmanin et de la circulaire Retailleau
L’égalité des droits : école, logement, santé, culture, travail
La régularisation des sans-papiers
La fermeture des centres de rétention (CRA)
La condamnation effective et systématique des discours racistes
La solidarité, l’égalité, la justice sociale, contre le racisme et le fascisme

A l’appel de : Table de Jeanne-Marie, RESF , UTOPIA 56, Collectif Jeunes Tours, Collectif Pas d’Enfants à La Rue, La CIMADE , LDH37, La P’tite Rouge, Collectif 37 notre santé en danger, chrétiens migrants, Greenpeace, FUIQP 37, Collectif soutien Palestine 37, FSU 37, SOLIDAIRES 37, Solidaires étudiant-e-s, PCOF 37, UCL 37, NPA 37, LFI37, Collectif soudanais, Retirada 37

​ En Espagne, le combat de Javier Moreno ​ pour faire éclater la vérité ​ sur les crimes de la dictature franquiste

Le militant espagnol Javier Moreno se bat pour faire exhumer les corps des 6 000 fosses communes disséminées aux quatre coins du pays et exiger la reconnaissance des crimes de la dictature franquiste. Une démarche entreprise pour rendre hommage à son grand-père anarchiste, fusillé dans la capitale pendant la guerre.

Publié le 4 décembre 2025
Madrid (Espagne), envoyé spécial Humanité.
Antoine Portoles

Le rendez-vous est fixé à quelques encablures de la station de métro Goya, du nom du maestro de l’art romantique. Nous quittons le centre de la capitale espagnole sous une pluie battante, direction le cimetière de la Almudena. « Plus de 3 000 personnes ont été fusillées là-bas, lance Javier Moreno, au volant de sa voiture. On ne sait pas où se trouvent leurs restes. »
Ce constat macabre raisonne partout en Espagne. Cinquante ans après la mort de Franco, le pays aux 6 000 fosses communes est loin d’avoir achevé sa quête de reconstruction mémorielle. Le militant madrilène au béret gris vissé sur la tête fut un temps président du Foro por la memoria democratica, une association qui se bat pour faire exhumer des charniers et identifier les dizaines de milliers de républicains – syndicalistes, communistes, socialistes, anarchistes, régionalistes – victimes du franquisme.

Il a parcouru toute la péninsule de l’Andalousie aux Asturies, en passant par Castille-La Manche, pour honorer ces oubliés. Parmi eux, Joaquin Moreno Tormos. Son grand-père anarchiste, exécuté sommairement le 31 octobre 1939, à Madrid. « Il était militant à la CNT-FAI. Avant et pendant la guerre, il travaillait pour l’opérateur Telefonica. Nous ne l’avons jamais retrouvé. »

​ Un hommage attendu depuis huit décennies

Le 31 octobre 2025, quatre-vingt-six ans après sa disparition, son petit-fils lui a rendu hommage lors d’une cérémonie spéciale. À ses côtés, le ministre espagnol de la Mémoire démocratique, Angel Victor Torres, a convoqué sur scène le souvenir « de l’homme assassiné par les fascistes ». 

Le nom de Joaquin est désormais inscrit sur une lettre d’adieu, glissée avec tant d’autres – dont un poème de Miguel Hernandez – à même les troncs de plusieurs arbres calcinés, couchés par terre et entreposés au pied d’un monument aux morts, à la Almudena. Structure brutaliste un brin sinistre. 
Nous traversons les deux couloirs en pierre qui la composent dans un silence profond. Les innombrables épitaphes qui les recouvraient semblent avoir disparu mystérieusement. « Ce lieu a été bâti par l’ancienne majorité municipale de gauche, des socialistes et des communistes emmenés par Manuela Carmena. Mais il n’a jamais été inauguré, peste Javier. Lorsque la droite est revenue au pouvoir avec José Luis Martinez-Almeida, tous les noms inscrits ont été retirés. »

​ La droite prête à effacer la mémoire des victimes

Voilà un exemple criant de la fourberie à laquelle s’adonne le Parti populaire, celui-là même qui gouverne au côté du parti d’extrême droite Vox dans certaines communautés autonomes.Ces héritiers du franquisme bloquent tout processus de reconstruction de la mémoire historique, quitte à cracher au visage des familles de victimes. 
Dans la capitale, il suffit de se remémorer les cris d’orfraie qu’ils ont poussés lorsque le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez a décidé de transférer la sépulture de Franco d’el Valle de los Caidos – renommé Valle de los Cuelgamuros – au cimetière du Pardo. Preuve que, cinquante ans après la disparition du Caudillo, son fantôme et ses idées mortifères continuent de planer sur le pays. Pourtant, comme le rappelle Javier Moreno, « il me paraît normal que la mémoire ne soit pas considérée comme une revanche, mais comme un acte démocratique ».

Le militant exige que toute la lumière soit faite sur les crimes commis par les phalangistes durant la guerre de 1936-39, les trente-six ans de règne de terreur de Franco, puis la transition. « Il n’y a pas de justice. Les tribunaux n’interviennent pas. Les lois mémorielles participent au rétablissement de la vérité et à la réparation, mais lorsque nous exhumons des corps, même si nous les identifions eux et leurs familles grâce à l’ADN, aucun juge n’intervient pour établir la véracité de ces assassinats. »
La pluie a cessé de tomber au-dessus des tombes. Nous poursuivons notre chemin vers un autre monument, érigé sur le mur d’enceinte en briques rouges du cimetière, dédié à las Trece Rosas (les Treize Roses), treize résistantes âgées de 18 à 29 ans, fusillées ici même le 5 août 1939 par les franquistes. 

Une plaque commémorative devenue lieu de recueillement

La plupart de ces sœurs d’armes étaient membres des Jeunesses socialistes unifiées, organisation née de la fusion entre l’Union des jeunesses communistes de l’Espagne du PCE et les Jeunesses socialistes du PSOE. Javier Moreno a longtemps milité pour le Parti communiste espagnol et en reste très proche aujourd’hui.

Il se recueille face à la plaque commémorative ornée de fleurs aux couleurs chaudes et entourée de tags symbolisant le drapeau rouge, jaune et violet ; celui de la République espagnole. 
Une phrase y est inscrite en exergue, prononcée par l’une de ces femmes qui se sont battues pour la liberté : « Que mon nom ne soit pas effacé de l’histoire ».

Commémorer la mémoire de Léon CARIOT

A Service Etat-Civil
Mairie de Saint-Pierre-des-Corps
à l’attention de Mme Laurène Goulet

objet : sépulture de Léon CARIOT ( 1 C 24)
demande d’autorisation de nettoyage et de réfection de la stèle
Madame Goulet,

Par délibération prise le 18 décembre 1937 sur proposition de Robespierre Hénault, maire, le conseil municipal a accordé au citoyen Léon CARIOT, décédé le 17 novembre 1937 des suites de ses blessures reçues en Espagne Républicaine, une concession perpétuelle à titre gratuit. Le même conseil a pris à la charge de la commune la part des pauvres dans le prix habituel d’une telle concession.
Nos recherches généalogiques pour trouver d’éventuels descendants vivants directs ou indirects n’ont pu aboutir.

La situation de cette tombe nécessite aujourd’hui un travail de nettoyage et de réfection afin de rendre à cette tombe la lisibilité des inscriptions portées en creux sur la stèle.
C’est une démarche qui touche pleinement à l’histoire locale et à l’histoire mémorielle de la commune de Saint-Pierre-des-Corps.

Bien que et parce que l’actuelle municipalité, sollicitée dès novembre 2023 par courrier en ce sens s’est refusée à participer à cette démarche, nos deux associations locales, Association pour l’Etude de l’Histoire et la Vie Sociale de Saint-Pierre-des-Corps et RETIRADA-37 ont décidé ensemble de réhabiliter ce lieu d’histoire et de mémoire.

L’année qui vient, 2026, sera celle du 90ème anniversaire de la création des Brigades Internationales.
Nos deux associations entendent à cette occasion commémorer la mémoire de Léon CARIOT, enfant de la commune, engagé volontaire en novembre 1936 dans ces Brigades pour lutter contre le fascisme.
Nous entreprendrons sous peu, avec votre autorisation, des travaux de nettoyage et de remise en état des inscriptions d’identité qui y ont été portées en 1937. De même nous y déposerons à l’occasion d’une cérémonie que nous organiserons à l’automne une plaque offerte par l’ACER (Association des Amls des Combattants en Espagne Républicaine), identique à toutes celles que l’ACER réserve aux tombes des anciens Brigadistes, qu’ils soient décédés lors de la guerre d’Espagne ou depuis ces événements.

Je reste à votre disposition pour tous renseignements que vous jugeriez utiles de me demander.

Recevez, Madame, mes salutations respectueuses

P/ les deux associations citées plus haut

Jany MOINEAU

Vice-Président de l’Association de pour l’Etude de l’Histoire de Saint-Pierre-des-Corps

Mark Bray ou la Retirada d’Amérique

Publié le 3 décembre 2025
L’Humanité

​ Mark Bray, l’historien qui a dû fuir les États-Unis d’un Donald Trump cherchant à « attiser une nouvelle peur du rouge »

Il fut un temps où l’on partait en Espagne pour combattre le fascisme. L’historien états-unien Mark Bray est venu s’y réfugier pour y fuir les menaces d’extrême droite dans son pays d’origine. Son crime ? Avoir écrit l’Antifascisme (publié en France chez Lux). Le 22 septembre, la vie de cet universitaire a basculé.
Dans la foulée de l’assassinat de l’influenceur ultranationaliste Charlie Kirk, le président Donald Trump a inscrit la mouvance « antifa » sur la liste des organisations terroristes. « Ce décret vise à attiser une nouvelle peur du rouge, une menace de gauche »,nous explique Mark Bray, rencontré en marge d’un colloque sur les menaces pesant sur les libertés académiques à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), le 12 novembre.
Selon Trump, qu’importe si rien ne relie le tueur à la mouvance antifa. Qu’importe encore pour ceux qui menacent Mark Bray que l’historien ne soit pas lui-même militant antifasciste. Cette mouvance est d’abord et surtout pour le chercheur un objet d’études. Et si un jour il a milité, c’est au sein du mouvement Occupy Wall Street ou contre les guerres en Afghanistan et Irak.

​ Exil et menaces

Le 2 octobre, une pétition a été mise en ligne afin d’exiger le renvoi de Mark Bray par l’association Tournant (« Turning Point »), qui sévit sur les campus. Ladite pétition est vite relayée par la très trumpiste chaîne Fox News. S’ensuivent de multiples menaces de mort contre l’universitaire. Puis « mon adresse a été diffusée sur les réseaux sociaux », raconte-t-il. En guise de protection, la police a juste promis quelques patrouilles supplémentaires dans son quartier.
Du jour au lendemain, Mark Bray, son épouse et leurs deux enfants décident de s’exiler. Depuis son arrivée en Espagne, il s’adapte à la vie locale, et répond aux demandes d’entretien. Les cours à destination de ses étudiants de l’université Rutgers, dans le New Jersey, sont enregistrés en vidéo, décalage horaire oblige. « Je corresponds avec mes étudiants par courriel », et parfois en visioconférence.

À 43 ans, il poursuit également ses travaux historiques sur un tout nouveau sujet : les escroqueries par courrier au XIXe siècle en Europe. Dans les années 2010, « je faisais des recherches sur l’anarchisme en Espagne » aux archives à Londres, « et en regardant les documents d’un ambassadeur britannique à Barcelone, j’ai vu que celui-ci se plaignait beaucoup des anarchistes, mais aussi de la fraude postale ». Ce détail est resté gravé dans un coin de sa tête pour mieux ressortir aujourd’hui. La mondialisation de la fin du XIXe siècle, avec la circulation des journaux, des télégrammes, « a facilité la création d’espaces pour cette sorte de délit moderne », précise l’historien.

​ « L’autodéfense est une partie essentielle de l’antifascisme depuis ses débuts »

L’ambiance dans son pays natal l’inquiète au plus haut point. Le décret du 22 septembre crée un climat fascisant. « Cela promeut dans la sphère publique la notion d’une gauche présentée comme terroriste, tout comme la protestation », dénonce-t-il. La gauche, les ONG sont estampillées « antifa ». « Ils blâment » même Georges Soros, en mobilisant des tropes antisémites, « d’avoir mis à disposition de l’argent (en soutien aux organisations progressistes – NDLR). C’est toujours la même histoire ».
Le monde universitaire est particulièrement ciblé. Et pour cause : « Selon Donald Trump, les problèmes du pays proviendraient du féminisme, du wokisme, de la lutte contre les discriminations ou en faveur des personnes transgenres. Le président considère que ces idées viennent des universités », se désole Mark Bray.

Aux États-Unis, il a été reproché à l’historien de ne pas condamner la violence des antifascistes. « L’autodéfense est une partie essentielle de l’antifascisme depuis ses débuts. Rappelons que le fascisme est une politique intrinsèquement violente, non seulement parce qu’il a fait preuve de violence, mais parce qu’il glorifie la violence », justifie-t-il, prenant son propre exemple : « Je suis juif. J’ai perdu une partie de ma famille à Treblinka. Je ne vois pas comment on peut parler de s’organiser contre le fascisme sans prendre en considération l’autodéfense. »
Une autodéfense déployée encore aujourd’hui, comme lorsque des citoyens s’organisent contre les déploiements du service de l’immigration et des douanes (ICE) dans les villes en vue de rafler les immigrés privés de papiers. Cette mobilisation « est une sorte de mouvement antifasciste », affirme Mark Bray.
Son œil d’historien tend à faire la différence entre antifascisme de ces dernières décennies et antifascisme des années 1930. Celui d’alors était un mouvement « bien plus massif. La gauche avait ses partis, ses syndicats, ses mouvements sociaux. Lors du Front populaire en France, des centaines de milliers de personnes descendaient dans la rue ». Rompre l’isolement est l’une des réponses de l’antifascisme.