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Espagne : réactions syndicales « Contra el fascismo »

Article de Paco Audije dans la Vie Ouvrière, mensuel de la CGT de novembre 2025

Troisième force politique du pays, le parti ultranationaliste Vox donne de la voix, soutenu par nombre de responsables français, italiens, et d’ailleurs, de l’extrême droite

Presque un millier de personnes se sont réunies ce 28 septembre devant la délégation du gouvernement central (l’équivalent d’une préfecture en France). Elles demandaient l’interdiction de Galerna Fest, un festival néofasciste annuel qui programme des tables rondes et des concerts de musique. Des militants de l’ultradroite sont venus de toutes parts, des autres provinces d’Espagne, mais aussi d’autres pays européens.

Raphaël Ayma (Rafael Ferron Lagier, de son vrai nom) est présent. Il appartient à un groupuscule néofasciste d’Aix-en-Provence et a travaillé comme assistant
parlementaire pour le Rassemblement national (RN).

Surveillé par la police, le groupe d’extrême droite s’est rendu devant le siège local du PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) derrière une pancarte qui demandait la « remigración ». C’est Santiago Abascal, président de Vox, le parti frère du RN en Espagne, qui réclame cette « remigration » : l’expulsion dans leurs pays d’origine de plusieurs millions d’immigrés, y compris ceux qui ont été naturalisés. Abascal est député, il est proche de Marine Le Pen et de Jordan Bardella.

« C’est un danger de premier ordre, l’extrême droite utilise les instruments de la démocratie contre la démocratie », nous a dit Lucía, la quarantaine, rencontrée parmi les manifestants antifascistes de Santander. Féministe, syndicaliste de l’UGT (Union générale de travailleurs, syndicat proche des socialistes), Lucía milite aussi au sein de l’association Las calles contra el fascismo (Les rues contre le fascisme), qui se mobilise toujours contre les événements publics organisés par les groupes fascistes.

LES JEUNES, UNE CIBLE PRIORITAIRE

Des activistes du réseau Rock contra el fascismo étaient aussi présents. Environ 1 300 groupes de rock originaires de toute l’Espagne ont signé un manifeste pour s’opposer à la présence croissante d’expressions fascistes dans les rues. Ce manifeste de Rock contra el fascismo a été annoncé en juin 2021, au siège madrilène de la Confédération syndicale des Commissions ouvrières (CCOO), le premier syndicat du pays, avec la présence et le soutien d’Unai Sordo, le secrétaire général de CCOO.

« Nous n’avons pas de structures spécifiques contre l’extrême droite, mais nous organisons de séminaires pour créer d’instruments pédagogiques, par exemple sur les femmes ou sur la communication, dans les médias et sur les réseaux sociaux, contre ces discours démagogiques », déclare Luis Lombardo, responsable de communication des CCOO de Madrid. Ce dernier estime que l’action syndicale doit avant tout se concentrer dans la jeunesse. « C’est un espace qu’il faut gagner », insiste-t-il.

Selon un sondage récent publié par le quotidien El País, Vox progresse surtout chez les jeunes : 40 pour cent parmi les âgés de 18 à 34 ans sont prêts, à l’occasion des prochains rendez-vous électoraux, à voter Vox. Et ils sont les plus nombreux à suivre Abascal sur TikTok, le réseau social le plus utilisé par les plus jeunes.

Luis Ángel Cardín, ancien secrétaire général de l’UGT en Cantabrie, pense que la gauche au pouvoir –malgré quelques avancées sociales– s’est éloignée d’enjeux comme l’enseignement ou la santé, qui restent la compétence des gouvernements régionaux surtout dirigées par le PP (droite classique devenue très trumpiste) en coalition avec Vox.

TIRER LES ENSEIGNEMENTS DE L’HISTOIRE

Cardín souligne aussi qu’on n’a pas suffisamment expliqué aux jeunes que la dictature de Franco, qui s’est étalée de 1936 à 1975, avait forcé à l’exil cinq millions d’Espagnols. « Nous n’avons pas fait le récit de cette émigration forcée, ni de leur exil ni des dernières peines de mort qui ont été appliquées vers la fin du régime franquiste », estime Luis Ángel Cardín.

Les discours néo-franquistes marchent, donc, avec peu d’entraves, tandis que la présidente de la région de Madrid, Isabel Ayuso (PP), vient de décider la suppression d’une formation de professeurs sur le traitement historique du franquisme. En même temps, en Murcie (sud-est), le PP et Vox ont supprimés dans les écoles quelques cours d’arabe qui étaient cofinancés par le Maroc. Il y a six mois, la Confédération syndicale CCOO a présenté à Berlin –avec d’autres syndicats internationaux– un projet pour « faire
face aux extrêmes droites dans le monde du travail », pour combattre les discours néofascistes dans les espaces où se développe l’action syndicale.

En Espagne, les déclarations anti–gauche sont de plus en plus violentes. Abascal a, par exemple, déclaré au journal argentin Clarín que « le peuple espagnol voudra pendre un jour Pedro Sánchez [le Premier ministre espagnol, NDLR], par ses pieds. »

Des propos récents du secrétaire général du PP, Miguel Tellado, suggéraient également aux Espagnols de commencer à « creuser la fosse de Sánchez ». Une déclaration pour le moins choquante dans un pays qui compte encore, disséminées sur l’ensemble du territoire, des milliers de fosses communes où sont enfouis plus d’une centaine de milliers de morts, fusillés par les troupes Franco.

Saisi par le PSOE qui avait porté plainte, le Tribunal suprême espagnol a tranché : les propos sont « inacceptables du point de vue du discours » mais ne constituent pas un délit. Dans cette ambiance toxique, les journalistes d’extrême droite jouent les provocateurs par l’utilisation illégitime d’accréditations de presse délivrées en faveur de publications financés par la droite. Agressifs, ils agissent même à l’intérieur du Congrès des députés (chambre basse) en harcelant leurs collègues d’autres médias et les dirigeants de gauche.

CAMPAGNES DE HAINE INCÉSSANTES

Selon Agustín Yanel, président de la Fédération de syndicats de journalistes, « Vox refuse à leurs réunions aux journalistes qu’ils n’aiment pas, en même temps qu’ils lancent de campagnes de haine contre d’autres professionnels des médias ». Les associations et syndicats de journalistes ont réussi à faire modifier le règlement de la chambre basse pour que ces accréditations usurpatoires soient annulées.

Il y a bien un syndicat proche à Vox qui porte le nom de Solidaridad, mais à niveau national, il n’a reçu que 0,2 pour cent de bulletins de vote pendant les dernières élections syndicales Cela étant, selon le dernier sondage du Centre d’investigations sociologiques (CIS), Vox perd peu d’intentions de vote. Il reste troisième force politique –après le PSOE et le PP– avec 17,3 pour cent

« Ils sont minoritaires, d’accord, mais il y a toujours des travailleurs qui restent adhérents aux syndicats ouvriers sensibles aux sirènes néofascistes», conclut Luis Ángel Cardín.

Mémorial du camp de Rivesaltes : Céline Sala-Pons défend un « nœud mémoriel » crucial pour l’éducation à la citoyenneté

Un « laboratoire d’innovation pédagogique ». C’est ainsi que Céline Sala-Pons qualifie le mémorial du camp de Rivesaltes, camp militaire devenu camp d’internement pour les réfugiés espagnols dans les années 40, puis outil du régime de Vichy dans la déportation des Juifs et des Tsiganes avant d’accueillir les Harkis après la fin de la guerre d’Algérie.

Alors que le site vient de signer une convention unique en France avec l’Éducation nationale, sa directrice reconnaît un lieu crucial dans la formation de l’esprit critique et la transmission d’une histoire parfois instrumentalisée. Interview.
Le camp de Rivesaltes devient un site pilote de la politique d’éducation à la mémoire et à la citoyenneté. Que va permettre la signature de cette convention unique en France ?

Nous devenons un lieu de référence en Europe. Je vois cette signature comme une marque de confiance mutuelle. On va conforter ce qui est en place, mais aussi missionner un nouvel enseignant dès septembre, en plus des trois qui sont déjà à la tâche une journée par semaine.

On se projette donc sur les cinq prochaines années avec des ambitions renouvelées et amplifiées autour de quatre axes principaux. Déjà, le renforcement de l’inclusivité du lieu. Il faut qu’on puisse s’adresser à des publics en situation de handicap ou éloignés de la culture. Des classes d’enfants sourds, par exemple. Deuxième axe. Il faut rapprocher le mémorial des établissements qui ne peuvent pas s’y rendre. Nous avons l’ambition de structurer un service de ressources itinérantes, une sorte de mémobus, qui pourrait irriguer le territoire. Ce n’est qu’une piste de réflexion, pour l’heure, mais la perspective est exaltante. Il pourrait se déplacer dans les écoles, les médiathèques, sur les zones rurales comme le Vallespir ou la Cerdagne.

Troisième axe : la coopération. Il s’agit de favoriser les croisements entre établissements scolaires, artistes créateurs, mais aussi de s’ouvrir sur la société civile. Enfin, le quatrième point, c’est l’internationalisation. Nous voulons façonner des projets scolaires internationaux qui contribuent à la construction d’une identité et d’une citoyenneté européenne.
Plus de la moitié des visiteurs du mémorial ont moins de 18 ans. Depuis 3 ans, vous avez fait de l’accueil des écoles maternelle et élémentaire une priorité. Pourquoi ?

J’ai été pendant 17 ans formatrice, dans le cadre de l’Institut national de formation des professeurs des écoles. J’y ai appris que le vivre-ensemble s’acquiert. Et que les politiques de lutte contre les discriminations, contre les racismes et contre l’antisémitisme sont les plus efficaces avec de jeunes publics. Nous sommes en train de refondre l’exposition permanente. Un parcours leur sera dédié.
Comment transmettre des histoires telles que celle de l’antisémitisme ou des racismes à des enfants en si bas âges ?

On ne présente pas d’images violentes au mémorial. C’est un parti pris. L’idée, c’est de transmettre sans traumatiser. En maternelle, un enfant viendra assister à un spectacle, puis il reviendra à 8, 14 et 18 ans avec une autre entrée pédagogique, dans une forme de compagnonnage émotionnel et éducatif.

Nous faisons une immense confiance aux jeunes. Nous les considérons comme des ambassadeurs du mémorial, en leur remettant une carte qui leur permet d’inviter un adulte de leur famille pour une prochaine visite. On est dans une inversion des chaînes de transmission.
Aujourd’hui, l’histoire des migrations et des identités est régulièrement au centre du débat public. Comment le mémorial peut-il contribuer à lutter contre des instrumentalisations de l’histoire ?

À l’échelle du mémorial, nous n’observons pas de recrudescence du négationnisme ou de la falsification des faits de l’histoire. Cela s’explique d’abord par la présence du passé. On arrive sur le plus grand camp de l’Europe de l’Ouest, où les vestiges sont encore visibles. Nier ce qu’on a sous les yeux, c’est difficile. Mémoire des Espagnols, des nomades, des Tsiganes, des Juifs, des Harkis, des soldats coloniaux, des Guinéens jusqu’à, finalement, des étrangers en situation irrégulière. C’est un nœud mémoriel sans équivalent en Europe qui a été le théâtre des malheurs du 20ᵉ siècle.

Une autre explication réside dans l’approche universaliste de l’établissement. Elle est propice à la convergence et à l’apaisement mémoriel. On ne fait pas la leçon, mais on cherche à développer l’esprit critique et l’introspection.
En octobre dernier, la mémorial a été la cible d’attaques de l’extrême droite. Laurent Jacobelli, député du Rassemblement national, a qualifié le lieu de « temple du gauchisme » et du « wokisme »avec des positions « pro-migrants », fustigeant notamment la diffusion d’un documentaire sur les communautés LGBT fuyant l’Ouganda. Quelle position tient le mémorial face à ces invectives ?

Je crois que cette séquence est terminée. Elle a tourné court, avec une réponse des collectivités fondatrices. La force du lieu, sa crédibilité, c’est sa neutralité, ce millefeuille mémoriel. Ici, tout est sourcé. Cela repose sur la rigueur de notre conseil scientifique. C’est le seul axe possible dans le contexte actuel, contre la désinformation. La fréquentation a augmenté de 68% en quatre ans. On voit bien que le mémorial répond à une demande sociétale, un besoin de sortir des autres formes de médias pour penser par soi-même. C’est particulièrement exaltant pour nous d’amener une société à la réflexion. L’histoire du lieu le mérite.

Mona Bru,  » Made In Perpignan », 30 janvier 2026.

Hugues Jallon, écrivain : « Sans les salauds, l’extrême droite n’y arriverait pas »

Le jeu des urnes ne suffit pas ; pour devenir réel, le délire fasciste a besoin de voix complices dites « raisonnables ». Dans un petit ouvrage affûté, l’écrivain et éditeur Hugues Jallon pointe ces politiques, patrons, figures intellectuelles et médiatiques qui participent à installer et normaliser les thèmes du RN. Une saine lecture de combat’.

Publié le 12 décembre 2025
L’Humanité magazine

Thomas Lemahieu

Le fond de l’air est brun. En politique aussi, le changement climatique menace. Tous les signaux sont là. Les fascistes reviennent avec, comme le prophétisait Orwell, « leur parapluie bien roulé sous le bras et le chapeau melon ». Et une part du beau linge fait mine d’admirer leur nouvel uniforme. « Comme ils ont changé ! », « Ils présentent mieux, non ? », « Puis qu’est-ce qu’ils parlent bien, jamais un mot plus haut que l’autre ! » L’extrême droite cogne à la porte, et maintenant d’autres viennent tambouriner à ses côtés.
Ceux-là, ce sont ces complices de recel ou de blanchiment qu’exhibe Hugues Jallon dans le Temps des salauds, comment le fascisme devient réel(éditions divergences). Dans ce petit essai très affûté – qu’il prolonge aujourd’hui avec de nouveaux fragments en ligne1 –, l’écrivain et éditeur, longtemps à la Découverte et au Seuil, dépeint les temps funestes où des dirigeants politiques, des patrons, des éditocrates ou des intellectuels médiatiques, tous plus « responsables » – ou « réalistes » – les uns que les autres, se liguent pour rendre les promesses du fascisme raisonnables et même désirables. Et pour hâter sa prise de pouvoir, toujours présentée comme inéluctable…

Votre livre est bâti sur un aphorisme, dont l’origine demeure indéterminée : « Le fascisme, ça commence avec les fous, ça se réalise grâce aux salauds et ça continue à cause des cons. » Qu’est-ce que cette formule nous dit d’aujourd’hui ?

Hugues Jallon
écrivain et éditeur
La citation s’est imposée à moi. Elle est lapidaire, drôle, mordante. C’est une phrase qui jette des mots crus sur l’époque. Pour l’écrivain que je suis, elle résonne en disant la vérité de notre temps. L’histoire, la sociologie, les sciences politiques nous enseignent sur les transformations profondes des sociétés, les tendances de fond de l’opinion qui rendent possible l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, en France et ailleurs. Si leur enseignement est riche, incontournable, elles nourrissent parfois un certain fatalisme, en décrivant une vague inéluctable, irrésistible, qui devient un tsunami emportant tout sur son passage…

Sans les nommer directement, vous cernez les acteurs qui pavent la voie au fascisme…

Les descriptions des sciences sociales sont trop souvent anonymes. Or, il y a des noms, des visages, des responsables, qui fabriquent cette situation. Seule avec sa « folie » propre, l’extrême droite n’y arriverait pas, il faut que des gens l’aident, ceux que j’appelle les « salauds », sans lesquels rien ne serait possible…
La gauche a les yeux fixés sur Bolloré, sur Stérin, sur Le Pen, sur les groupuscules fascistes, et c’est bien normal, et nécessaire. Mais l’objet du livre, c’est de mettre la lumière sur ceux qui s’activent à côté, ou derrière, pour accompagner le mouvement, et rendre crédible le scénario de l’extrême droite au pouvoir.

Je n’ai pas voulu simplement dresser des portraits acides – je le fais sur le modèle de La Bruyère et de ses « Caractères ». J’ai tenté aussi de saisir ce qui est en train de se passer sous nos yeux, d’écrire ce que Marx appelait une « histoire du présent », d’identifier qui reconfigure le paysage politique. « Les circonstances font tout autant les hommes que les hommes font les circonstances », écrivait-il.

Avant de revenir à ces « salauds », en quoi les « fous » sont-ils fous ?

On pourrait discuter de tous les critères qui servent à définir un parti ou un mouvement fasciste, mais dans son essence, le fascisme, c’est d’abord une « affaire de fous » pris dans un délire paranoïaque. Le fascisme consiste à faire délirer le réel : il prospère sur l’angoisse des citoyens de voir leur pays disparaître, des campagnes françaises d’être couvertes de minarets ou d’éoliennes, une population d’être remplacée par des migrants et des musulmans, etc.
Pour calmer les angoisses qu’il attise, le fascisme porte une promesse mensongère : la France va rester la France éternelle, fidèle à son histoire – une histoire mythifiée et largement fabriquée.
Dès lors, pour que ce qui n’est qu’un délire devienne concret, réaliste, pour qu’il paraisse même raisonnable, des gens viennent leur prêter main-forte. Au RN, ils en ont bien besoin, quand on voit qu’ils se sont montrés incapables de rendre éligible leur candidate. C’est alors qu’entre en scène François Bayrou qui parle de « submersion migratoire », ou Bruno Retailleau, avec ses promesses martiales de remise en cause de l’État de droit.

Comme vous l’écrivez à propos de ce même Retailleau, pour ne pas se soumettre à l’extrême droite, il suffit de reprendre ses idées…

Oui, il incarne la figure la plus exemplaire : celui qui se pose encore en adversaire de l’extrême droite, mais qui tient un discours plus radicalement d’extrême droite que l’extrême droite. À l’époque, on a souvent dit que les Français préféraient toujours l’original à la copie, c’est-à-dire le FN à ses imitateurs. Mais aujourd’hui, avec les logiciels de retouche d’image, on peut obtenir une copie bien meilleure que l’originale. Plus convaincante, c’est-à-dire plus réaliste. Et comme disait Bernanos, « le réalisme est le bon sens des salauds ».

Quelles sont les grandes catégories de « salauds » que vous passez en revue dans votre livre ?

Il y a d’abord ceux dont on vient de parler : les responsables politiques qui, avant tout, jouent leur survie – on pense aux LR, mais aussi à une bonne partie du bloc central. Les patrons, eux, veillent surtout à leurs intérêts, ceux de leurs entreprises et à leur propre fortune. Par peur ou par haine, ils préféreront toujours la droite la plus dure à la gauche la plus molle. Et face à un RN très « flottant » sur son programme économique, ils sont persuadés de pouvoir le « tenir en laisse ».
La dernière catégorie, ceux qui portent la responsabilité la plus forte, ce sont les intellectuels qui proclament leur « liberté de penser » partout, à la radio, à la télévision. Et quand ils disent que le RN n’est pas fasciste, que l’extrême droite respecte le jeu démocratique, ils savent qu’ils la normalisent et la banalisent.
Quelqu’un comme Alain Finkielkraut salue le juste constat d’Éric Zemmour sur les étrangers sans dire si oui ou non il partage ses solutions. Ces intellectuels-là n’ont aucune excuse : ils sont cultivés, ils ont fréquenté les meilleures écoles, ils connaissent l’histoire. Et, plus que les patrons et les politiques, ils ont une totale liberté de penser… autrement.

Entre libertariens et réactionnaires, par exemple, pourquoi les contradictions internes de ce fascisme n’explosent-elles pas ?

Ce qui caractérise le fascisme, aujourd’hui comme hier, c’est l’alliance apparemment contradictoire entre un hypertraditionalisme et un hypermodernisme. On le voit de manière éclatante aux États-Unis : d’un côté, on défend l’Amérique de toujours, la communauté religieuse, le drapeau et tout le folklore qui va avec ; de l’autre, on investit massivement dans un capitalisme toujours plus dévastateur, avec ses technologies mortifères et extractivistes. Cette formule fasciste contemporaine n’est pas au fond si éloignée des précédentes – Hitler, c’était la race et le sang allemands, mais aussi les tanks et les autoroutes.
Plus fondamentalement, le fascisme, c’est un « système de désangoissement » – j’emprunte la notion à l’historien du nazisme Christian Ingrao. Il faut comprendre que le néolibéralisme est de son côté un « système d’angoissement » social : précariser, insécuriser, détruire les cadres stables de la vie sociale, « réformer » l’État et la protection sociale, ce qui signifie toujours économiser, réduire, enlever des droits, supprimer des protections.
En somme, laisser les individus seuls face au marché. Avec le risque d’explosion sociale qui menace, et peut venir de n’importe où. C’est alors que le fascisme entre en scène, avec sa promesse de « désangoissement ». Pour continuer un travail d’angoissement social généralisé, il faut dans le même temps rassurer, calmer les peurs, ou encore attiser la haine sur ceux qui sont en dessous, les étrangers et les plus pauvres

Pour le dire en une phrase, la promesse fasciste, qui est de plus en plus celle de l’extrême centre néolibéral, c’est : « Vous ne serez pas remplacés par des migrants, mais on s’activera pour que vous le soyez par l’intelligence artificielle, on vous réservera à vous, Français, les prestations sociales, mais on se chargera d’en réduire les montants, etc. »

Comment expliquer que « fous » et « salauds » puissent aujourd’hui chaparder la notion même de résistance ?

Cet été, Bruno Retailleau a opposé la « France des salauds » à la « France des héros ». Voilà quelqu’un qui mobilise l’imaginaire de la Résistance (les héros) et de la collaboration (les salauds) et qui par ailleurs assume un discours brutalement réactionnaire qui ne se rattache guère aux valeurs de ceux qui ont résisté à l’occupant nazi.
Le pouvoir macroniste fait rentrer au Panthéon Simone Veil, les époux Manouchian et, bientôt, Marc Bloch. Il a une politique mémorielle hyperactive : ils honorent à tour de bras des figures dont ils trahissent « en même temps » toutes les valeurs. C’est vraiment la perversité de ce pouvoir-là.

Et c’est ainsi qu’apparaît cette notion, invraisemblable, d’« anti-antifascisme »…

Cette détestation absolue des antifascistes et de la gauche en général est très frappante chez ces intellectuels français qui travaillent à précipiter une victoire de l’extrême droite ; c’est ce qui a conduit l’un d’entre eux, Raphaël Enthoven, à interpréter le salut nazi de Musk comme un geste venu du cœur…
Cette détestation de l’antifascisme renvoie au fond à un mythe tenace, celui d’une « allergie française au fascisme », un mythe qui s’est construit dans l’après-guerre et a perduré longtemps. Aujourd’hui, il n’y a aucun doute que le pétainisme appartient à la « famille fasciste », qu’il en a été la formule française.
Et l’illusion selon laquelle Vichy n’aurait été qu’une anomalie n’ayant laissé aucune trace dans notre histoire politique a largement vécu. Aujourd’hui, Bardella, Zemmour ou encore de Villiers peuvent ouvertement se revendiquer de Maurice Barrès. L’héritage pétainiste et son slogan – « Travail, Famille, Patrie » – sont redevenus politiquement activables.

Le Temps des salauds, comment le fascisme devient réel, d’Hugues Jallon, Éditions Divergences, septembre 2025, 12 euros.

1. https://letempsdessalauds.substack.com/ ↩︎

Kast, le fantôme de Pinochet s’impose au Chili avec le soutien des USA.

Dimanche 14 décembre 2025 le Chili a replongé dans le fascisme, mais cette fois-ci par la voie électorale. Les mêmes ingrédients utilisés de par le monde pendant la campagne avec pour thèmes l’ insécurité provoquée par la criminalité et les migrants, les seconds étant assimilés aux premiers, mais aussi la lutte contre le droit à l’avortement et les libertés des collectifs LGBT ont permis la victoire retentissante de Kast,  ce fils d’officier de la Wehrmacht, appartenant au parti nazi et nostalgique de Pinochet  avec plus de 58 % contre 42 % pour Jeannette Jara, la communiste qui représentait l’ensemble de la gauche.

Ces évènements nous forcent à nous remettre en mémoire ces 17 années de dictature, de tortures, d’emprisonnement et de meurtres d’opposants et d’exil pour des centaines de milliers d’antifascistes, suite au coup d’État le 11 septembre 1973 contre Salvador Allende. On assiste aujourd’hui au retour de ceux-la même qui portaient cette idéologie. Suite à l’annonce de cette victoire le nom de Pinochet a été scandé ce dimanche dans les rues de Santiago et son portrait brandi selon l’AFP.

Les Chicago Boys néolibéraux ayant mis en oeuvre les politiques de Pinochet ne sont pas loin aujourd’hui. Avec Kast il ne s’agit pas seulement d’une mise en oeuvre des thématiques développées durant la campagne électorales, mais bien plus amplement d’une lutte de classe au bénéfice des intérêts des forces du grand capital qui veulent étendre leur emprise. C’est une remise en cause fondamentale des droits de l’homme et de la démocratie. C’est une attaque frontale contre les droits des travailleurs et du peuple chilien.

Les mêmes interventions militaires des USA comme en 1973 au Chili se répètent aujourd’hui dans la région. Trump déploie ses troupes navales au large du Vénézuela, au prétexte de la lutte contre la drogue, pour s’accaparer des gisements de pétrole en tentant de destituer Nicolas Maduro, comme Nixon le fit avec Salvador Allende. Comment comprendre alors que Trump,  ce prétendu combattant contre la drogue, ait libéré le 2 décembre dernier l’ancien président hondurien condamné à 45 ans de prison pour avoir introduit plus de 500 tonnes de cocaïne. On voit bien ici l’hypocrisie du personnage pour qui la lutte contre la drogue n’est qu’un prétexte.

Les mêmes menaces ciblent la Colombie et le Mexique pour qu’ils s’alignent aux exigences de Washington.
Des heures sombres s’annoncent avec le basculement récent vers l’extrême droite de nombreux pays d’Amérique latine après le libertarien Milei en Argentine, au Salvador avec Nayib Bukele ou encore en Équateur avec Daniel Noboa. On ne sait ce que deviendront l’année prochaine le Brésil et la Colombie… et en Europe, Quid de la France et de l’Espagne en 2027 ?

Le célèbre dicton rappelé dans l’interview d’Hugues Jalon dans l’Huma magazine  « Le fascisme, ça commence avec les fous, ça se réalise grâce aux salauds et ça continue à cause des cons. »  est-il d’actualité ?
A vérifier …je vous laisse le méditer et vous recommande la lecture de « Le Temps des salauds, comment le fascisme devient réel, d’Hugues Jallon, Éditions Divergences, septembre 2025, 12 euros. » et une bonne lecture de l’interview de son auteur qui sera publiée samedi

Tours le 20 décembre A l’occasion de la Journée internationale des migrant·e·s Une journée d’arrêt, de lutte et de visibilité Une “Journée Sans Nous” : SI ON S’ARRÊTE, TOUT S’ARRÊTE !

Ensemble, faisons entendre nos voix et stoppons par une solidarité concrète vis-à-vis des minorités les plus exposées, la propagation des discours racistes relayés par les médias à la solde des capitalistes

Ce pays ne fonctionne pas sans immigré·es. Ce ne sont pas les personnes migrantes qui fragilisent le pays, mais les politiques menées, le racisme et les injustices.
A Tours le 20 décembre, aux côtés des travailleuses et travailleurs les plus précarisés — souvent sans papiers, invisibilisés, essentiels — nous marcherons dans les rues de la ville et procèderons à des arrêts « happening » pour rappeler une vérité simple :

« si on s’arrête, tout s’arrête !»

Avec ou sans papiers, immigré·e·s, enfants d’immigré·e·s, voisin·e·s, collègues, manifestant·e·s le 20 décembre, nous n’irons pas dans les commerces.

Rendez-vous : 14h30 – Place Anatole France

Parcours : Rue Nationale → Place Jean Jaurès → Gare (via rue de Bordeaux)

pour exiger :

L’abrogation de la loi Darmanin et de la circulaire Retailleau
L’égalité des droits : école, logement, santé, culture, travail
La régularisation des sans-papiers
La fermeture des centres de rétention (CRA)
La condamnation effective et systématique des discours racistes
La solidarité, l’égalité, la justice sociale, contre le racisme et le fascisme

A l’appel de : Table de Jeanne-Marie, RESF , UTOPIA 56, Collectif Jeunes Tours, Collectif Pas d’Enfants à La Rue, La CIMADE , LDH37, La P’tite Rouge, Collectif 37 notre santé en danger, chrétiens migrants, Greenpeace, FUIQP 37, Collectif soutien Palestine 37, FSU 37, SOLIDAIRES 37, Solidaires étudiant-e-s, PCOF 37, UCL 37, NPA 37, LFI37, Collectif soudanais, Retirada 37