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Espagne : réactions syndicales « Contra el fascismo »

Article de Paco Audije dans la Vie Ouvrière, mensuel de la CGT de novembre 2025

Troisième force politique du pays, le parti ultranationaliste Vox donne de la voix, soutenu par nombre de responsables français, italiens, et d’ailleurs, de l’extrême droite

Presque un millier de personnes se sont réunies ce 28 septembre devant la délégation du gouvernement central (l’équivalent d’une préfecture en France). Elles demandaient l’interdiction de Galerna Fest, un festival néofasciste annuel qui programme des tables rondes et des concerts de musique. Des militants de l’ultradroite sont venus de toutes parts, des autres provinces d’Espagne, mais aussi d’autres pays européens.

Raphaël Ayma (Rafael Ferron Lagier, de son vrai nom) est présent. Il appartient à un groupuscule néofasciste d’Aix-en-Provence et a travaillé comme assistant
parlementaire pour le Rassemblement national (RN).

Surveillé par la police, le groupe d’extrême droite s’est rendu devant le siège local du PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) derrière une pancarte qui demandait la « remigración ». C’est Santiago Abascal, président de Vox, le parti frère du RN en Espagne, qui réclame cette « remigration » : l’expulsion dans leurs pays d’origine de plusieurs millions d’immigrés, y compris ceux qui ont été naturalisés. Abascal est député, il est proche de Marine Le Pen et de Jordan Bardella.

« C’est un danger de premier ordre, l’extrême droite utilise les instruments de la démocratie contre la démocratie », nous a dit Lucía, la quarantaine, rencontrée parmi les manifestants antifascistes de Santander. Féministe, syndicaliste de l’UGT (Union générale de travailleurs, syndicat proche des socialistes), Lucía milite aussi au sein de l’association Las calles contra el fascismo (Les rues contre le fascisme), qui se mobilise toujours contre les événements publics organisés par les groupes fascistes.

LES JEUNES, UNE CIBLE PRIORITAIRE

Des activistes du réseau Rock contra el fascismo étaient aussi présents. Environ 1 300 groupes de rock originaires de toute l’Espagne ont signé un manifeste pour s’opposer à la présence croissante d’expressions fascistes dans les rues. Ce manifeste de Rock contra el fascismo a été annoncé en juin 2021, au siège madrilène de la Confédération syndicale des Commissions ouvrières (CCOO), le premier syndicat du pays, avec la présence et le soutien d’Unai Sordo, le secrétaire général de CCOO.

« Nous n’avons pas de structures spécifiques contre l’extrême droite, mais nous organisons de séminaires pour créer d’instruments pédagogiques, par exemple sur les femmes ou sur la communication, dans les médias et sur les réseaux sociaux, contre ces discours démagogiques », déclare Luis Lombardo, responsable de communication des CCOO de Madrid. Ce dernier estime que l’action syndicale doit avant tout se concentrer dans la jeunesse. « C’est un espace qu’il faut gagner », insiste-t-il.

Selon un sondage récent publié par le quotidien El País, Vox progresse surtout chez les jeunes : 40 pour cent parmi les âgés de 18 à 34 ans sont prêts, à l’occasion des prochains rendez-vous électoraux, à voter Vox. Et ils sont les plus nombreux à suivre Abascal sur TikTok, le réseau social le plus utilisé par les plus jeunes.

Luis Ángel Cardín, ancien secrétaire général de l’UGT en Cantabrie, pense que la gauche au pouvoir –malgré quelques avancées sociales– s’est éloignée d’enjeux comme l’enseignement ou la santé, qui restent la compétence des gouvernements régionaux surtout dirigées par le PP (droite classique devenue très trumpiste) en coalition avec Vox.

TIRER LES ENSEIGNEMENTS DE L’HISTOIRE

Cardín souligne aussi qu’on n’a pas suffisamment expliqué aux jeunes que la dictature de Franco, qui s’est étalée de 1936 à 1975, avait forcé à l’exil cinq millions d’Espagnols. « Nous n’avons pas fait le récit de cette émigration forcée, ni de leur exil ni des dernières peines de mort qui ont été appliquées vers la fin du régime franquiste », estime Luis Ángel Cardín.

Les discours néo-franquistes marchent, donc, avec peu d’entraves, tandis que la présidente de la région de Madrid, Isabel Ayuso (PP), vient de décider la suppression d’une formation de professeurs sur le traitement historique du franquisme. En même temps, en Murcie (sud-est), le PP et Vox ont supprimés dans les écoles quelques cours d’arabe qui étaient cofinancés par le Maroc. Il y a six mois, la Confédération syndicale CCOO a présenté à Berlin –avec d’autres syndicats internationaux– un projet pour « faire
face aux extrêmes droites dans le monde du travail », pour combattre les discours néofascistes dans les espaces où se développe l’action syndicale.

En Espagne, les déclarations anti–gauche sont de plus en plus violentes. Abascal a, par exemple, déclaré au journal argentin Clarín que « le peuple espagnol voudra pendre un jour Pedro Sánchez [le Premier ministre espagnol, NDLR], par ses pieds. »

Des propos récents du secrétaire général du PP, Miguel Tellado, suggéraient également aux Espagnols de commencer à « creuser la fosse de Sánchez ». Une déclaration pour le moins choquante dans un pays qui compte encore, disséminées sur l’ensemble du territoire, des milliers de fosses communes où sont enfouis plus d’une centaine de milliers de morts, fusillés par les troupes Franco.

Saisi par le PSOE qui avait porté plainte, le Tribunal suprême espagnol a tranché : les propos sont « inacceptables du point de vue du discours » mais ne constituent pas un délit. Dans cette ambiance toxique, les journalistes d’extrême droite jouent les provocateurs par l’utilisation illégitime d’accréditations de presse délivrées en faveur de publications financés par la droite. Agressifs, ils agissent même à l’intérieur du Congrès des députés (chambre basse) en harcelant leurs collègues d’autres médias et les dirigeants de gauche.

CAMPAGNES DE HAINE INCÉSSANTES

Selon Agustín Yanel, président de la Fédération de syndicats de journalistes, « Vox refuse à leurs réunions aux journalistes qu’ils n’aiment pas, en même temps qu’ils lancent de campagnes de haine contre d’autres professionnels des médias ». Les associations et syndicats de journalistes ont réussi à faire modifier le règlement de la chambre basse pour que ces accréditations usurpatoires soient annulées.

Il y a bien un syndicat proche à Vox qui porte le nom de Solidaridad, mais à niveau national, il n’a reçu que 0,2 pour cent de bulletins de vote pendant les dernières élections syndicales Cela étant, selon le dernier sondage du Centre d’investigations sociologiques (CIS), Vox perd peu d’intentions de vote. Il reste troisième force politique –après le PSOE et le PP– avec 17,3 pour cent

« Ils sont minoritaires, d’accord, mais il y a toujours des travailleurs qui restent adhérents aux syndicats ouvriers sensibles aux sirènes néofascistes», conclut Luis Ángel Cardín.

Hugues Jallon, écrivain : « Sans les salauds, l’extrême droite n’y arriverait pas »

Le jeu des urnes ne suffit pas ; pour devenir réel, le délire fasciste a besoin de voix complices dites « raisonnables ». Dans un petit ouvrage affûté, l’écrivain et éditeur Hugues Jallon pointe ces politiques, patrons, figures intellectuelles et médiatiques qui participent à installer et normaliser les thèmes du RN. Une saine lecture de combat’.

Publié le 12 décembre 2025
L’Humanité magazine

Thomas Lemahieu

Le fond de l’air est brun. En politique aussi, le changement climatique menace. Tous les signaux sont là. Les fascistes reviennent avec, comme le prophétisait Orwell, « leur parapluie bien roulé sous le bras et le chapeau melon ». Et une part du beau linge fait mine d’admirer leur nouvel uniforme. « Comme ils ont changé ! », « Ils présentent mieux, non ? », « Puis qu’est-ce qu’ils parlent bien, jamais un mot plus haut que l’autre ! » L’extrême droite cogne à la porte, et maintenant d’autres viennent tambouriner à ses côtés.
Ceux-là, ce sont ces complices de recel ou de blanchiment qu’exhibe Hugues Jallon dans le Temps des salauds, comment le fascisme devient réel(éditions divergences). Dans ce petit essai très affûté – qu’il prolonge aujourd’hui avec de nouveaux fragments en ligne1 –, l’écrivain et éditeur, longtemps à la Découverte et au Seuil, dépeint les temps funestes où des dirigeants politiques, des patrons, des éditocrates ou des intellectuels médiatiques, tous plus « responsables » – ou « réalistes » – les uns que les autres, se liguent pour rendre les promesses du fascisme raisonnables et même désirables. Et pour hâter sa prise de pouvoir, toujours présentée comme inéluctable…

Votre livre est bâti sur un aphorisme, dont l’origine demeure indéterminée : « Le fascisme, ça commence avec les fous, ça se réalise grâce aux salauds et ça continue à cause des cons. » Qu’est-ce que cette formule nous dit d’aujourd’hui ?

Hugues Jallon
écrivain et éditeur
La citation s’est imposée à moi. Elle est lapidaire, drôle, mordante. C’est une phrase qui jette des mots crus sur l’époque. Pour l’écrivain que je suis, elle résonne en disant la vérité de notre temps. L’histoire, la sociologie, les sciences politiques nous enseignent sur les transformations profondes des sociétés, les tendances de fond de l’opinion qui rendent possible l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, en France et ailleurs. Si leur enseignement est riche, incontournable, elles nourrissent parfois un certain fatalisme, en décrivant une vague inéluctable, irrésistible, qui devient un tsunami emportant tout sur son passage…

Sans les nommer directement, vous cernez les acteurs qui pavent la voie au fascisme…

Les descriptions des sciences sociales sont trop souvent anonymes. Or, il y a des noms, des visages, des responsables, qui fabriquent cette situation. Seule avec sa « folie » propre, l’extrême droite n’y arriverait pas, il faut que des gens l’aident, ceux que j’appelle les « salauds », sans lesquels rien ne serait possible…
La gauche a les yeux fixés sur Bolloré, sur Stérin, sur Le Pen, sur les groupuscules fascistes, et c’est bien normal, et nécessaire. Mais l’objet du livre, c’est de mettre la lumière sur ceux qui s’activent à côté, ou derrière, pour accompagner le mouvement, et rendre crédible le scénario de l’extrême droite au pouvoir.

Je n’ai pas voulu simplement dresser des portraits acides – je le fais sur le modèle de La Bruyère et de ses « Caractères ». J’ai tenté aussi de saisir ce qui est en train de se passer sous nos yeux, d’écrire ce que Marx appelait une « histoire du présent », d’identifier qui reconfigure le paysage politique. « Les circonstances font tout autant les hommes que les hommes font les circonstances », écrivait-il.

Avant de revenir à ces « salauds », en quoi les « fous » sont-ils fous ?

On pourrait discuter de tous les critères qui servent à définir un parti ou un mouvement fasciste, mais dans son essence, le fascisme, c’est d’abord une « affaire de fous » pris dans un délire paranoïaque. Le fascisme consiste à faire délirer le réel : il prospère sur l’angoisse des citoyens de voir leur pays disparaître, des campagnes françaises d’être couvertes de minarets ou d’éoliennes, une population d’être remplacée par des migrants et des musulmans, etc.
Pour calmer les angoisses qu’il attise, le fascisme porte une promesse mensongère : la France va rester la France éternelle, fidèle à son histoire – une histoire mythifiée et largement fabriquée.
Dès lors, pour que ce qui n’est qu’un délire devienne concret, réaliste, pour qu’il paraisse même raisonnable, des gens viennent leur prêter main-forte. Au RN, ils en ont bien besoin, quand on voit qu’ils se sont montrés incapables de rendre éligible leur candidate. C’est alors qu’entre en scène François Bayrou qui parle de « submersion migratoire », ou Bruno Retailleau, avec ses promesses martiales de remise en cause de l’État de droit.

Comme vous l’écrivez à propos de ce même Retailleau, pour ne pas se soumettre à l’extrême droite, il suffit de reprendre ses idées…

Oui, il incarne la figure la plus exemplaire : celui qui se pose encore en adversaire de l’extrême droite, mais qui tient un discours plus radicalement d’extrême droite que l’extrême droite. À l’époque, on a souvent dit que les Français préféraient toujours l’original à la copie, c’est-à-dire le FN à ses imitateurs. Mais aujourd’hui, avec les logiciels de retouche d’image, on peut obtenir une copie bien meilleure que l’originale. Plus convaincante, c’est-à-dire plus réaliste. Et comme disait Bernanos, « le réalisme est le bon sens des salauds ».

Quelles sont les grandes catégories de « salauds » que vous passez en revue dans votre livre ?

Il y a d’abord ceux dont on vient de parler : les responsables politiques qui, avant tout, jouent leur survie – on pense aux LR, mais aussi à une bonne partie du bloc central. Les patrons, eux, veillent surtout à leurs intérêts, ceux de leurs entreprises et à leur propre fortune. Par peur ou par haine, ils préféreront toujours la droite la plus dure à la gauche la plus molle. Et face à un RN très « flottant » sur son programme économique, ils sont persuadés de pouvoir le « tenir en laisse ».
La dernière catégorie, ceux qui portent la responsabilité la plus forte, ce sont les intellectuels qui proclament leur « liberté de penser » partout, à la radio, à la télévision. Et quand ils disent que le RN n’est pas fasciste, que l’extrême droite respecte le jeu démocratique, ils savent qu’ils la normalisent et la banalisent.
Quelqu’un comme Alain Finkielkraut salue le juste constat d’Éric Zemmour sur les étrangers sans dire si oui ou non il partage ses solutions. Ces intellectuels-là n’ont aucune excuse : ils sont cultivés, ils ont fréquenté les meilleures écoles, ils connaissent l’histoire. Et, plus que les patrons et les politiques, ils ont une totale liberté de penser… autrement.

Entre libertariens et réactionnaires, par exemple, pourquoi les contradictions internes de ce fascisme n’explosent-elles pas ?

Ce qui caractérise le fascisme, aujourd’hui comme hier, c’est l’alliance apparemment contradictoire entre un hypertraditionalisme et un hypermodernisme. On le voit de manière éclatante aux États-Unis : d’un côté, on défend l’Amérique de toujours, la communauté religieuse, le drapeau et tout le folklore qui va avec ; de l’autre, on investit massivement dans un capitalisme toujours plus dévastateur, avec ses technologies mortifères et extractivistes. Cette formule fasciste contemporaine n’est pas au fond si éloignée des précédentes – Hitler, c’était la race et le sang allemands, mais aussi les tanks et les autoroutes.
Plus fondamentalement, le fascisme, c’est un « système de désangoissement » – j’emprunte la notion à l’historien du nazisme Christian Ingrao. Il faut comprendre que le néolibéralisme est de son côté un « système d’angoissement » social : précariser, insécuriser, détruire les cadres stables de la vie sociale, « réformer » l’État et la protection sociale, ce qui signifie toujours économiser, réduire, enlever des droits, supprimer des protections.
En somme, laisser les individus seuls face au marché. Avec le risque d’explosion sociale qui menace, et peut venir de n’importe où. C’est alors que le fascisme entre en scène, avec sa promesse de « désangoissement ». Pour continuer un travail d’angoissement social généralisé, il faut dans le même temps rassurer, calmer les peurs, ou encore attiser la haine sur ceux qui sont en dessous, les étrangers et les plus pauvres

Pour le dire en une phrase, la promesse fasciste, qui est de plus en plus celle de l’extrême centre néolibéral, c’est : « Vous ne serez pas remplacés par des migrants, mais on s’activera pour que vous le soyez par l’intelligence artificielle, on vous réservera à vous, Français, les prestations sociales, mais on se chargera d’en réduire les montants, etc. »

Comment expliquer que « fous » et « salauds » puissent aujourd’hui chaparder la notion même de résistance ?

Cet été, Bruno Retailleau a opposé la « France des salauds » à la « France des héros ». Voilà quelqu’un qui mobilise l’imaginaire de la Résistance (les héros) et de la collaboration (les salauds) et qui par ailleurs assume un discours brutalement réactionnaire qui ne se rattache guère aux valeurs de ceux qui ont résisté à l’occupant nazi.
Le pouvoir macroniste fait rentrer au Panthéon Simone Veil, les époux Manouchian et, bientôt, Marc Bloch. Il a une politique mémorielle hyperactive : ils honorent à tour de bras des figures dont ils trahissent « en même temps » toutes les valeurs. C’est vraiment la perversité de ce pouvoir-là.

Et c’est ainsi qu’apparaît cette notion, invraisemblable, d’« anti-antifascisme »…

Cette détestation absolue des antifascistes et de la gauche en général est très frappante chez ces intellectuels français qui travaillent à précipiter une victoire de l’extrême droite ; c’est ce qui a conduit l’un d’entre eux, Raphaël Enthoven, à interpréter le salut nazi de Musk comme un geste venu du cœur…
Cette détestation de l’antifascisme renvoie au fond à un mythe tenace, celui d’une « allergie française au fascisme », un mythe qui s’est construit dans l’après-guerre et a perduré longtemps. Aujourd’hui, il n’y a aucun doute que le pétainisme appartient à la « famille fasciste », qu’il en a été la formule française.
Et l’illusion selon laquelle Vichy n’aurait été qu’une anomalie n’ayant laissé aucune trace dans notre histoire politique a largement vécu. Aujourd’hui, Bardella, Zemmour ou encore de Villiers peuvent ouvertement se revendiquer de Maurice Barrès. L’héritage pétainiste et son slogan – « Travail, Famille, Patrie » – sont redevenus politiquement activables.

Le Temps des salauds, comment le fascisme devient réel, d’Hugues Jallon, Éditions Divergences, septembre 2025, 12 euros.

1. https://letempsdessalauds.substack.com/ ↩︎

Kast, le fantôme de Pinochet s’impose au Chili avec le soutien des USA.

Dimanche 14 décembre 2025 le Chili a replongé dans le fascisme, mais cette fois-ci par la voie électorale. Les mêmes ingrédients utilisés de par le monde pendant la campagne avec pour thèmes l’ insécurité provoquée par la criminalité et les migrants, les seconds étant assimilés aux premiers, mais aussi la lutte contre le droit à l’avortement et les libertés des collectifs LGBT ont permis la victoire retentissante de Kast,  ce fils d’officier de la Wehrmacht, appartenant au parti nazi et nostalgique de Pinochet  avec plus de 58 % contre 42 % pour Jeannette Jara, la communiste qui représentait l’ensemble de la gauche.

Ces évènements nous forcent à nous remettre en mémoire ces 17 années de dictature, de tortures, d’emprisonnement et de meurtres d’opposants et d’exil pour des centaines de milliers d’antifascistes, suite au coup d’État le 11 septembre 1973 contre Salvador Allende. On assiste aujourd’hui au retour de ceux-la même qui portaient cette idéologie. Suite à l’annonce de cette victoire le nom de Pinochet a été scandé ce dimanche dans les rues de Santiago et son portrait brandi selon l’AFP.

Les Chicago Boys néolibéraux ayant mis en oeuvre les politiques de Pinochet ne sont pas loin aujourd’hui. Avec Kast il ne s’agit pas seulement d’une mise en oeuvre des thématiques développées durant la campagne électorales, mais bien plus amplement d’une lutte de classe au bénéfice des intérêts des forces du grand capital qui veulent étendre leur emprise. C’est une remise en cause fondamentale des droits de l’homme et de la démocratie. C’est une attaque frontale contre les droits des travailleurs et du peuple chilien.

Les mêmes interventions militaires des USA comme en 1973 au Chili se répètent aujourd’hui dans la région. Trump déploie ses troupes navales au large du Vénézuela, au prétexte de la lutte contre la drogue, pour s’accaparer des gisements de pétrole en tentant de destituer Nicolas Maduro, comme Nixon le fit avec Salvador Allende. Comment comprendre alors que Trump,  ce prétendu combattant contre la drogue, ait libéré le 2 décembre dernier l’ancien président hondurien condamné à 45 ans de prison pour avoir introduit plus de 500 tonnes de cocaïne. On voit bien ici l’hypocrisie du personnage pour qui la lutte contre la drogue n’est qu’un prétexte.

Les mêmes menaces ciblent la Colombie et le Mexique pour qu’ils s’alignent aux exigences de Washington.
Des heures sombres s’annoncent avec le basculement récent vers l’extrême droite de nombreux pays d’Amérique latine après le libertarien Milei en Argentine, au Salvador avec Nayib Bukele ou encore en Équateur avec Daniel Noboa. On ne sait ce que deviendront l’année prochaine le Brésil et la Colombie… et en Europe, Quid de la France et de l’Espagne en 2027 ?

Le célèbre dicton rappelé dans l’interview d’Hugues Jalon dans l’Huma magazine  « Le fascisme, ça commence avec les fous, ça se réalise grâce aux salauds et ça continue à cause des cons. »  est-il d’actualité ?
A vérifier …je vous laisse le méditer et vous recommande la lecture de « Le Temps des salauds, comment le fascisme devient réel, d’Hugues Jallon, Éditions Divergences, septembre 2025, 12 euros. » et une bonne lecture de l’interview de son auteur qui sera publiée samedi

​ En Espagne, le combat de Javier Moreno ​ pour faire éclater la vérité ​ sur les crimes de la dictature franquiste

Le militant espagnol Javier Moreno se bat pour faire exhumer les corps des 6 000 fosses communes disséminées aux quatre coins du pays et exiger la reconnaissance des crimes de la dictature franquiste. Une démarche entreprise pour rendre hommage à son grand-père anarchiste, fusillé dans la capitale pendant la guerre.

Publié le 4 décembre 2025
Madrid (Espagne), envoyé spécial Humanité.
Antoine Portoles

Le rendez-vous est fixé à quelques encablures de la station de métro Goya, du nom du maestro de l’art romantique. Nous quittons le centre de la capitale espagnole sous une pluie battante, direction le cimetière de la Almudena. « Plus de 3 000 personnes ont été fusillées là-bas, lance Javier Moreno, au volant de sa voiture. On ne sait pas où se trouvent leurs restes. »
Ce constat macabre raisonne partout en Espagne. Cinquante ans après la mort de Franco, le pays aux 6 000 fosses communes est loin d’avoir achevé sa quête de reconstruction mémorielle. Le militant madrilène au béret gris vissé sur la tête fut un temps président du Foro por la memoria democratica, une association qui se bat pour faire exhumer des charniers et identifier les dizaines de milliers de républicains – syndicalistes, communistes, socialistes, anarchistes, régionalistes – victimes du franquisme.

Il a parcouru toute la péninsule de l’Andalousie aux Asturies, en passant par Castille-La Manche, pour honorer ces oubliés. Parmi eux, Joaquin Moreno Tormos. Son grand-père anarchiste, exécuté sommairement le 31 octobre 1939, à Madrid. « Il était militant à la CNT-FAI. Avant et pendant la guerre, il travaillait pour l’opérateur Telefonica. Nous ne l’avons jamais retrouvé. »

​ Un hommage attendu depuis huit décennies

Le 31 octobre 2025, quatre-vingt-six ans après sa disparition, son petit-fils lui a rendu hommage lors d’une cérémonie spéciale. À ses côtés, le ministre espagnol de la Mémoire démocratique, Angel Victor Torres, a convoqué sur scène le souvenir « de l’homme assassiné par les fascistes ». 

Le nom de Joaquin est désormais inscrit sur une lettre d’adieu, glissée avec tant d’autres – dont un poème de Miguel Hernandez – à même les troncs de plusieurs arbres calcinés, couchés par terre et entreposés au pied d’un monument aux morts, à la Almudena. Structure brutaliste un brin sinistre. 
Nous traversons les deux couloirs en pierre qui la composent dans un silence profond. Les innombrables épitaphes qui les recouvraient semblent avoir disparu mystérieusement. « Ce lieu a été bâti par l’ancienne majorité municipale de gauche, des socialistes et des communistes emmenés par Manuela Carmena. Mais il n’a jamais été inauguré, peste Javier. Lorsque la droite est revenue au pouvoir avec José Luis Martinez-Almeida, tous les noms inscrits ont été retirés. »

​ La droite prête à effacer la mémoire des victimes

Voilà un exemple criant de la fourberie à laquelle s’adonne le Parti populaire, celui-là même qui gouverne au côté du parti d’extrême droite Vox dans certaines communautés autonomes.Ces héritiers du franquisme bloquent tout processus de reconstruction de la mémoire historique, quitte à cracher au visage des familles de victimes. 
Dans la capitale, il suffit de se remémorer les cris d’orfraie qu’ils ont poussés lorsque le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez a décidé de transférer la sépulture de Franco d’el Valle de los Caidos – renommé Valle de los Cuelgamuros – au cimetière du Pardo. Preuve que, cinquante ans après la disparition du Caudillo, son fantôme et ses idées mortifères continuent de planer sur le pays. Pourtant, comme le rappelle Javier Moreno, « il me paraît normal que la mémoire ne soit pas considérée comme une revanche, mais comme un acte démocratique ».

Le militant exige que toute la lumière soit faite sur les crimes commis par les phalangistes durant la guerre de 1936-39, les trente-six ans de règne de terreur de Franco, puis la transition. « Il n’y a pas de justice. Les tribunaux n’interviennent pas. Les lois mémorielles participent au rétablissement de la vérité et à la réparation, mais lorsque nous exhumons des corps, même si nous les identifions eux et leurs familles grâce à l’ADN, aucun juge n’intervient pour établir la véracité de ces assassinats. »
La pluie a cessé de tomber au-dessus des tombes. Nous poursuivons notre chemin vers un autre monument, érigé sur le mur d’enceinte en briques rouges du cimetière, dédié à las Trece Rosas (les Treize Roses), treize résistantes âgées de 18 à 29 ans, fusillées ici même le 5 août 1939 par les franquistes. 

Une plaque commémorative devenue lieu de recueillement

La plupart de ces sœurs d’armes étaient membres des Jeunesses socialistes unifiées, organisation née de la fusion entre l’Union des jeunesses communistes de l’Espagne du PCE et les Jeunesses socialistes du PSOE. Javier Moreno a longtemps milité pour le Parti communiste espagnol et en reste très proche aujourd’hui.

Il se recueille face à la plaque commémorative ornée de fleurs aux couleurs chaudes et entourée de tags symbolisant le drapeau rouge, jaune et violet ; celui de la République espagnole. 
Une phrase y est inscrite en exergue, prononcée par l’une de ces femmes qui se sont battues pour la liberté : « Que mon nom ne soit pas effacé de l’histoire ».

Mark Bray ou la Retirada d’Amérique

Publié le 3 décembre 2025
L’Humanité

​ Mark Bray, l’historien qui a dû fuir les États-Unis d’un Donald Trump cherchant à « attiser une nouvelle peur du rouge »

Il fut un temps où l’on partait en Espagne pour combattre le fascisme. L’historien états-unien Mark Bray est venu s’y réfugier pour y fuir les menaces d’extrême droite dans son pays d’origine. Son crime ? Avoir écrit l’Antifascisme (publié en France chez Lux). Le 22 septembre, la vie de cet universitaire a basculé.
Dans la foulée de l’assassinat de l’influenceur ultranationaliste Charlie Kirk, le président Donald Trump a inscrit la mouvance « antifa » sur la liste des organisations terroristes. « Ce décret vise à attiser une nouvelle peur du rouge, une menace de gauche »,nous explique Mark Bray, rencontré en marge d’un colloque sur les menaces pesant sur les libertés académiques à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), le 12 novembre.
Selon Trump, qu’importe si rien ne relie le tueur à la mouvance antifa. Qu’importe encore pour ceux qui menacent Mark Bray que l’historien ne soit pas lui-même militant antifasciste. Cette mouvance est d’abord et surtout pour le chercheur un objet d’études. Et si un jour il a milité, c’est au sein du mouvement Occupy Wall Street ou contre les guerres en Afghanistan et Irak.

​ Exil et menaces

Le 2 octobre, une pétition a été mise en ligne afin d’exiger le renvoi de Mark Bray par l’association Tournant (« Turning Point »), qui sévit sur les campus. Ladite pétition est vite relayée par la très trumpiste chaîne Fox News. S’ensuivent de multiples menaces de mort contre l’universitaire. Puis « mon adresse a été diffusée sur les réseaux sociaux », raconte-t-il. En guise de protection, la police a juste promis quelques patrouilles supplémentaires dans son quartier.
Du jour au lendemain, Mark Bray, son épouse et leurs deux enfants décident de s’exiler. Depuis son arrivée en Espagne, il s’adapte à la vie locale, et répond aux demandes d’entretien. Les cours à destination de ses étudiants de l’université Rutgers, dans le New Jersey, sont enregistrés en vidéo, décalage horaire oblige. « Je corresponds avec mes étudiants par courriel », et parfois en visioconférence.

À 43 ans, il poursuit également ses travaux historiques sur un tout nouveau sujet : les escroqueries par courrier au XIXe siècle en Europe. Dans les années 2010, « je faisais des recherches sur l’anarchisme en Espagne » aux archives à Londres, « et en regardant les documents d’un ambassadeur britannique à Barcelone, j’ai vu que celui-ci se plaignait beaucoup des anarchistes, mais aussi de la fraude postale ». Ce détail est resté gravé dans un coin de sa tête pour mieux ressortir aujourd’hui. La mondialisation de la fin du XIXe siècle, avec la circulation des journaux, des télégrammes, « a facilité la création d’espaces pour cette sorte de délit moderne », précise l’historien.

​ « L’autodéfense est une partie essentielle de l’antifascisme depuis ses débuts »

L’ambiance dans son pays natal l’inquiète au plus haut point. Le décret du 22 septembre crée un climat fascisant. « Cela promeut dans la sphère publique la notion d’une gauche présentée comme terroriste, tout comme la protestation », dénonce-t-il. La gauche, les ONG sont estampillées « antifa ». « Ils blâment » même Georges Soros, en mobilisant des tropes antisémites, « d’avoir mis à disposition de l’argent (en soutien aux organisations progressistes – NDLR). C’est toujours la même histoire ».
Le monde universitaire est particulièrement ciblé. Et pour cause : « Selon Donald Trump, les problèmes du pays proviendraient du féminisme, du wokisme, de la lutte contre les discriminations ou en faveur des personnes transgenres. Le président considère que ces idées viennent des universités », se désole Mark Bray.

Aux États-Unis, il a été reproché à l’historien de ne pas condamner la violence des antifascistes. « L’autodéfense est une partie essentielle de l’antifascisme depuis ses débuts. Rappelons que le fascisme est une politique intrinsèquement violente, non seulement parce qu’il a fait preuve de violence, mais parce qu’il glorifie la violence », justifie-t-il, prenant son propre exemple : « Je suis juif. J’ai perdu une partie de ma famille à Treblinka. Je ne vois pas comment on peut parler de s’organiser contre le fascisme sans prendre en considération l’autodéfense. »
Une autodéfense déployée encore aujourd’hui, comme lorsque des citoyens s’organisent contre les déploiements du service de l’immigration et des douanes (ICE) dans les villes en vue de rafler les immigrés privés de papiers. Cette mobilisation « est une sorte de mouvement antifasciste », affirme Mark Bray.
Son œil d’historien tend à faire la différence entre antifascisme de ces dernières décennies et antifascisme des années 1930. Celui d’alors était un mouvement « bien plus massif. La gauche avait ses partis, ses syndicats, ses mouvements sociaux. Lors du Front populaire en France, des centaines de milliers de personnes descendaient dans la rue ». Rompre l’isolement est l’une des réponses de l’antifascisme.

L’Association pour la récupération de la mémoire historique (ARMH) exige la suppression des rues et autres éléments faisant référence à Juan Carlos Ier.

Article traduit du journal Publico du 27 octobre 2025

L’ARMH estime que, pour se conformer à la loi sur la mémoire démocratique, les références au père du roi Felipe VI doivent être éliminées car « elles constituent des glorifications d’un dirigeant de la dictature ».

L’Association pour la récupération de la mémoire historique a déposé lundi un document adressé au Secrétariat d’État à la mémoire exigeant la suppression de tous les éléments faisant référence à la figure de Juan Carlos de Bourbon, puisqu’il a été chef d’État sous la dictature de Franco à deux reprises : entre le 19 juillet et le 2 septembre 1974 et entre le 30 octobre et le 20 novembre 1975.

L’ARMH soutient que, pour se conformer à l’article 35 de la loi 20/2022 relative à la mémoire démocratique, toute référence à Juan Carlos de Bourbon doit être retirée des noms de rues, des bâtiments et de « tout autre élément ». Cet article stipule que « les bâtiments, constructions, armoiries, insignes, plaques et tout autre élément ou objet fixé à des édifices publics ou situé sur la voie publique, qui font référence de manière commémorative, à la gloire personnelle ou collective, du soulèvement militaire et de la dictature, de ses dirigeants, des participants au système répressif ou des organisations ayant soutenu la dictature, sont considérés comme des éléments contraires à la mémoire démocratique ».

« Juan Carlos a occupé la fonction de chef d’État sous la dictature, ce qui fait de lui un dirigeant du régime franquiste », explique Emilio Silva, président de l’ARMH (Association pour la récupération de la mémoire historique). « Il présidait les réunions du conseil des ministres alors que des personnes étaient détenues et torturées, que des milliers de républicains mouraient en exil sans pouvoir rentrer chez eux, que la culture et les médias étaient censurés et que les libertés fondamentales étaient bafouées », ajoute-t-il.

Par ailleurs, le point trois du même article stipule que « les administrations publiques, dans leurs juridictions et territoires respectifs, prendront les mesures appropriées pour le retrait de ces éléments ».

L’ARMH (Association pour la Récupération de la Mémoire Historique) déclare dans son communiqué de presse qu’à la lumière des commémorations gouvernementales du 50e anniversaire du retour de l’Espagne à la liberté, « il convient de rappeler que le 30 octobre prochain marquera le 50e anniversaire de l’accession de Juan Carlos de Bourbonn à la tête de l’État ». Il est ainsi devenu le chef de la dictature, comme Franco l’avait lui-même désigné en le choisissant comme successeur.

« Souvent, lorsqu’on évoque la loi d’amnistie de 1977, on pense qu’elle ne protège que les policiers tortionnaires et certains de leurs supérieurs, mais c’est une loi intouchable car elle garantit l’impunité à tous ceux qui ont participé à la dictature, de haut en bas et de bas en haut », conclut Silva.

Par conséquent, l’ARMH considère que « tout élément faisant référence à Juan Carlos de Bourbon glorifie un dirigeant de la dictature et doit être traité comme une atteinte à la mémoire démocratique, conformément à la loi ». Dans leur déclaration, ils exigent que « tous les outils soient utilisés, y compris la législation administrative contentieuse, pour garantir que chaque organisme l’applique (…) et que les mesures prévues par la législation soient prises pour sanctionner tout infraction »


​ La ARMH exige la eliminación de calles y otros elementos que hagan referencia a Juan Carlos I

www.publico.es / 27 de octubre de 2025

La ARMH considera que para cumplir con la Ley de Memoria Democrática se deben eliminar las referencias al padre del rey Felipe VI puesto que «son exaltaciones de un dirigente de la dictadura »
La Asociación para la Recuperación de la Memoria Histórica (ARMH) ha registrado este lunes un escrito dirigido a la Secretaría de Estado de Memoria reclamando que se retiren todos los elementos que hacen referencia a la figura de Juan Carlos de Borbón, ya que fue Jefe de Estado durante la dictadura franquista en dos ocasiones: entre el 19 de julio y el 2 de septiembre de 1974 y entre el 30 de octubre y el 20 de noviembre de 1975.  
La ARMH argumenta que para cumplir con el Artículo 35 de la Ley 20/2022 de Memoria Democrática deben eliminarse las referencias sobre Juan Carlos de Borbón en denominaciones de calles, edificios y «cualesquiera otros elementos». 
Este artículo estipula que «se consideran elementos contrarios a la memoria democrática las edificaciones, construcciones, escudos, insignias, placas y cualesquiera otros elementos u objetos adosados a edificios públicos o situados en la vía pública en los que se realicen menciones conmemorativas en exaltación, personal o colectiva, de la sublevación militar y de la Dictadura, de sus dirigentes, participantes en el sistema represivo o de las organizaciones que sustentaron la dictadura».
«Juan Carlos ocupó la jefatura de Estado de la dictadura y eso le convierte en dirigente del franquismo», explica Emilio Silva, presidente de la ARMH. «Presidió consejos de ministros mientras había detenidos y torturados, miles de republicanos muriendo en el exilio sin poder volver a sus casas, censura en la cultura y los medios de comunicación y falta de libertades fundamentales», añade.
Además, el punto tres del mismo artículo establece que «las administraciones públicas, en el ejercicio de sus competencias y territorio, adoptarán las medidas oportunas para la retirada de dichos elementos«.   
La ARMH dice en su comunicado que con motivo de los actos del Gobierno para la conmemoración de los 50 años de España en Libertad «conviene recordar que el próximo día 30 de octubre se cumplirán 50 años del día en el que Juan Carlos de Borbón asumió la jefatura del Estado«. De esta forma se convirtió en dirigente de la dictadura como había designado el propio Franco al elegirlo como su sucesor.
«Muchas veces cuando la gente piensa en la Ley de Amnistía de 1977 y cree que protege a policías torturadores y alguno de sus jefes pero es una ley intocable porque garantiza la impunidad a todas las personas que formaron parte de la dictadura, de arriba abajo y de abajo a arriba», concluye Silva.  
Por eso la ARMH considera que «todos aquellos elementos en los que figure el nombre de Juan Carlos de Borbón son exaltaciones de un dirigente de la dictadura y deben ser tratadas como elementos contrarios a la memoria democrática como especifica la ley». En su comunicado exigen que «se utilicen todas las herramientas, incluida la legislación contencioso-administrativa para que así lo cumplan todas y cada una de las entidades (…) y se tomen las medidas previstas en la legislación para sancionar su incumplimiento».

Belle soirée de réflexion au Studio autour du film Rostpaniers, les esclaves du nazisme.

80 personnes se rassemblaient ce vendredi 27 novembre 2025 au Cinéma le Studio à Tours à l’initiative de l’association Retirada37 à laquelle s’étaient joints le Mouvement de la Paix et le Monde diplomatique, pour participer au débat sur le film de Rafael Guerrero produit par l’Université de Tarragone. Bernard Lavallé Universitaire à la Sorbonne Nouvelle, répondait à toutes les questions suite au film.

Ce documentaire raconte à travers les témoignages des enfants, la vie de ces républicains espagnols qui fuyaient les atrocités du dictateur Franco, immédiatement contraints aux travaux forcés par les forces d’occupation nazies et le régime de Vichy. Ils avaient vécu les camps de concentration d’Argelès, du Vernet ou autres dans des conditions de vie infâmes et se retrouvaient en position d’esclaves.

Le but étaient de construire le mur de l’Atlantique, les bases sous-marines de Bordeaux, de Saint-Nazaire, Lorient, La Rochelle ou de Brest dans des conditions de travail plus qu’indécentes. Surnommés Rostpaniers par les Allemands et Espagnols « rouges » par l’administration française ils furent plus de 40 000 à être surexploités de la sorte. « Etrangers indésirables » ainsi nommés par Vichy, recrutés d’abord dans les GTE (groupement de travailleurs étrangers) ils furent dirigés manu militari vers les travaux forcés. Ce sont là les souffrances subies par ces Espagnols républicains qui avaient espéré autre chose de la République française.

Mais ces Espagnols furent aussi ceux qui libérèrent la France que ce soit dans le maquis des Glières ou avec la Nueve à Paris. Les témoignages de ces enfants de résistants étrangers montrent le peu de reconnaissance que leurs parents espagnols reçurent. Certains furent indemnisés par l’administration allemande pour avoir été victimes du nazisme, d’autres par la France décorés pour leurs actes de résistance. Mais peu étaient ceux qui en bénéficièrent étaient peu nombreux parce que mal informés.

Les éclaircissements donnés par Bernard Lavallé lors du débat ont été d’une grande qualité. Nombre de participants ignoraient beaucoup de cette période, d’autres témoignèrent de ce que vécurent leurs parents, certains s’interrogeaient sur le rôle des industriels français et étrangers complices du nazisme, évoquaient les difficultés d’existence des enfants de l’exil à travers un livre. Bernard Lavallé nous informait que c’était l’armée qui était chargée de « l’accueil » des Républicains espagnols  et non le ministère de l’intérieur… de multiples questions auxquelles Bernard Lavallé a répondu avec précision. Merci à lui, merci au cinéma le Studio, au CNP, merci à Rafael Guerrero, directeur du film, à Isidro Monreal de l’Université de Tarrargone pour cette soirée qui a montré, une fois de plus, l’utilité de notre association pour faire vivre les valeurs et les mémoires des Républicains espagnols exilés.

En Espagne, la bataille continue pour exhumer les 6000 fosses communes des victimes du franquisme

Cinq décennies après la mort du dictateur Franco, l’Espagne peine à faire face à son passé franquiste, entre impunité, fractures sociales et obstacles politiques, alors que la bataille pour exhumer les fosses communes et reconnaître les victimes continue.

Publié le 19 novembre 2025
Humanité
Belchite, Saragosse (Espagne), envoyé spécial.
Antoine Portoles

Il faut lever les yeux pour ne pas le rater. Un obus non explosé, planté dans la tour en briques de l’Église de San Agustin, au cœur des ruines de Belchite. À l’observer longuement, là où, jadis, des milliers de cadavres jonchaient les rues, on décèle derrière ce précieux vestige de la guerre d’Espagne le symbole d’une société qui est loin d’avoir refermé les blessures du franquisme. 

Ce n’est pas un hasard si le cinéaste mexicain Guillermo del Toro a posé sa caméra dans cet Oradour-sur-Glane d’outre-Pyrénées, pour filmer le Labyrinthe de Pan, tant il fut le théâtre d’atrocités dont les impacts de balles et les fosses communes sont les derniers témoins. Une cité ravagée de toute part que le dictateur Francisco Franco a durant son interminable règne (1939-1975) érigé en triomphe du fascisme sur la République.

​ L’impunité d’un dictateur contestée en Espagne

Voilà cinquante ans jour pour jour que le Caudillo est mort. À 50 km au nord du village martyr, dans le centre de Saragosse, cet anniversaire est synonyme d’impunité. « La dictature n’a pas été défaite, il n’aura jamais été jugé. Il est mort dans son lit et puis c’est tout, peste Adolfo Barrena, assis à la terrasse d’un café. En Allemagne, en Argentine, en Italie, le travail mémoriel a été mené. Chez nous, les fascistes ont gagné. »
Porte-parole de la plateforme d’action pour la mémoire en Aragon (Pama), il se bat pour reconstruire la mémoire historique de son pays. Défaire une à une les falsifications qui perdurent. Et puisque les crimes franquistes ont été enterrés, Adolfo Barrena s’attelle à faire exhumer les fosses communes : en Aragon, il y en a 1 246, d’après un dernier recensement local. La plupart n’ont toujours pas été ouvertes.
La tâche est pharaonique. Maria Dolores Albiac s’est attelée dès les années 1990 à retrouver la trace de trois de ses grands-oncles. Aucune information sur le premier. L’un des autres, séminariste, a été fusillé puis enterré avec 16 autres opposants, à Huesca. « À l’époque, jamais de la vie on aurait osé raconter qu’un homme d’Église avait été tué par les franquistes ! » ironise-t-elle.
L’ancienne journaliste nous guide jusqu’au cimetière de Saragosse, où se trouve le Monumento a los Caidos (monument à ceux qui sont tombés), un bâtiment froid et mal entretenu, surplombé d’une immense croix en pierre, à l’image de celui, bien plus imposant, de Madrid, bâti par des prisonniers républicains au prix du sang. Sa version miniature au sud de la ville aragonaise fut créée après la guerre par les franquistes, comme tous ceux qui ont proliféré dans le pays pour rendre hommage aux « martyrs de la croisade ». 

​ Droite et extrême droite sabrent les subventions mémorielles

Côté républicain, une structure rouge, située à quelques encablures, est entourée par plus de 3 543 poteaux en métal. Y sont inscrits les noms de tous ceux qui, professeurs, syndicalistes, militants communistes, anarchistes et socialistes, sont morts pour avoir défendu la liberté et la démocratie. Parmi eux, Antonio Alcolea Alcolea, exécuté sommairement à l’âge de 15 ans

« Dans la plupart des foyers, on ne parlait jamais de la guerre. Il a fallu attendre les années 2000 pour que la mémoire historique se développe », regrette Maria Dolores. Elle fait référence à la loi promulguée en 2007 par le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero. La première à rouvrir le dossier depuis l’inique loi d’amnistie de 1977, ce pacte de l’oubli comme on l’appelle dans la péninsule, pensé pour bloquer de fait tout processus mémoriel et renvoyer dos à dos franquistes et forces loyales à la République.
Reconnaissance officielle des victimes de la guerre de 1936-1939 et de la dictature, ainsi que du caractère illégitime des jugements prononcés par les tribunaux militaires et civils, identification des innombrables charniers, retrait des symboles franquistes… 
Quarante ans plus tard, sur le papier, un premier pas était effectué. Mais, comme le constate amèrement Enrique Gomez, président de l’Association pour la récupération de la mémoire historique en Aragon (Armha), « cette loi n’a jamais été appliquée, aucun budget n’a été alloué par les gouvernements de droite qui ont succédé à Zapatero ». 
Sous l’exécutif de Pedro Sanchez, le transfert de la dépouille de Franco de la crypte de Valle de los Caídos au cimetière du Pardo, à Madrid, en 2019, n’a pas suffi à contenter les partisans de la mémoire démocratique. Une nouvelle loi adoptée en 2022 était censée corriger les échecs de la précédente avec la création d’une banque d’ADN pour recenser les victimes, la protection des lieux mémoriels, la prise en charge des exhumations, l’interdiction de l’apologie de la dictature, etc.
 
​ Identifier les victimes, un combat contre l’oubli

Là encore, les résultats tardent à venir. À l’instar de Valence ou de la Castille-Leon, le gouvernement provincial aragonais, dirigé par le Parti populaire (droite) allié à Vox (extrême droite), tente d’abroger les textes mémorielsvotés antérieurement au niveau local et sabre les subventions aux organismes mémoriels. Raison pour laquelle la Pama et ses composantes manquent cruellement de moyens pour avancer.

L’entrée du local de l’Armha ne paye pas de mine. Un ancien poste de police, situé à l’angle d’une rue excentrée de la ville. Chaque semaine, 15 à 20 proches de victimes prennent contact avec ses membres, en quête de réponses. « Je ne connais pas d’expérience plus gratifiante que de déterrer le parent de quelqu’un en sa présence, cette personne qui a passé 40, 60, 70 ans emmurée dans le silence au point que son histoire devienne une légende familiale, et qui, tout à coup, fait face à la découverte du corps », s’émeut Enrique. 
La plus importante opération d’excavation menée en Aragon a commencé dès 2018 au nord de Saragosse, à Ejea de los Caballeros et a connu une grande avancée en octobre dernier. Dans cette fosse de 100 mètres de long, les chercheurs estiment que plus de 160 squelettes y seraient enfouis. Un massacre perpétré entre août et décembre 1936, dont la majorité des victimes a été tuée d’une balle dans la tête. Sur certains cadavres, d’infimes traces de violences laissent suggérer qu’ils étaient déjà à terre et inconscients lorsqu’ils ont été abattus.
Il a d’abord fallu enquêter sur la répression dans la zone, recouper les archives municipales, religieuses et militaires, rechercher les proches et enfin obtenir les autorisations. Pour les corps retirés un à un de la fosse, toute la difficulté consiste ensuite à les identifier.
 
​ La fracture sociale autour de la mémoire franquiste

« Les os sont nettoyés, le sexe, la taille, les pathologies, la cause du décès, sont déterminés, précise Javier Sumelzo, secrétaire de l’association pour la mémoire historique Cinco Villas, focalisée sur Ejea de los Caballeros. Puis tout est envoyé à des laboratoires où des tests ADN seront effectués pour vérifier s’ils correspondent à ceux d’un membre de la famille et pour identifier la victime. »
Parce que la banque nationale d’ADN prévue par la loi de 2022 n’est pas encore opérationnelle et que ces travaux de recherche ne sont toujours pas pris en charge financièrement par l’État, l’exhumation des fosses communes n’en est qu’à ses prémices.

À Ejea de los Caballeros, elle suit son cours. Arturo Arrieta Baron, espagnol réfugié à l’âge de 3 ans et demi en France, a depuis longtemps connaissance du destin tragique de sa mère Cirila, assassinée là-bas avec sa sœur. Après avoir effectué une prise de sang à distance en octobre, il espère que son lien avec elle soit enfin établi et que ce crime soit officiellement reconnu. « En attendant les résultats, nous sommes anxieux et émus, confie sa fille Jocelyne, la voix tremblotante. Pour moi et mon père, ces fouilles sont un cadeau. »
D’autres n’ont malheureusement pas eu cette chance. Adolfo Barrena, qui est également représentant local d’Izquierda Unida, s’inquiète de la lenteur du processus, car « nous en sommes déjà à la quatrième génération depuis la guerre ; plus le temps passe, et plus les gens meurent ». 

​ Le combat antifasciste pour la vérité historique

Selon les travaux menés par le sociologue et petit-fils de républicain Emilio Silva, sur les 6 000 fosses communes que compte la péninsule, plus de 114 000 personnes assassinées sont toujours portées disparues. Pour l’heure, seulement 9 000 d’entre elles ont été déterrées et… 70 identifiées et remis à leurs familles. Cette léthargie s’explique par le manque de volonté politique et du fait des profondes fractures qui subsistent dans la société espagnole. 
On peut dire que la population est divisée en trois blocs quasiment égaux : ceux qui, à gauche notamment, militent en faveur de l’excavation des charniers, ceux qui y sont viscéralement opposés, et les indifférents. Un mélange de citoyens nés pendant la période de la transition mais éduqués par des parents traumatisés par trente-six ans de terreur et de silence, ainsi que de nombreux jeunes ignorant tout du passé.
Ces derniers sont de plus en plus nombreux à être aveuglés par les mythes du franquisme, à commencer par celui d’une guerre fratricide entre Espagnols, d’une « guerre civile » plutôt qu’un coup d’État militaire et fasciste contre une République démocratique.
Pour les militants rencontrés, la bataille doit également être menée sur le plan sémantique, dans les écoles, les lieux culturels, et même au sein des partis politiques. Ils estiment impensable qu’un État digne de ce nom ne restaure pas sa mémoire historique. Comme le rappelle Enrique Gomez de l’Armha, les phalangistes, eux, ont bénéficié d’une loi « mémorielle », et ce dès 1940. Celle-ci dispose que les exhumations des personnes assassinées par les « hordes rouges » soient prises en charge par l’État. 
D’ailleurs, et contrairement à ce que prétendent la droite et l’extrême droite pour bloquer ce processus mémoriel, l’ouverture des charniers aux quatre coins de l’Espagne concernent tout le monde, les républicains bien sûr, mais aussi des victimes franquistes. Ils persistent à nier que « la dictature de Franco a été la pire chose qui soit arrivée au pays, insiste l’historienne Cristina Sanchez. Ce n’est que si l’on est antifasciste que l’on peut être démocrate. L’enjeu ne se résume pas seulement à “quelques os”, et la société a l’obligation mais aussi le droit de connaître son histoire ».

« La dictature c’est du terrorisme » : 50e anniversaire des cinq derniers exécutés par Franco

Les survivants des derniers tribunaux militaires du régime franquiste, les avocats qui y ont participé et des militants antifascistes rendent hommage dans un livre collectif à Xosé Humberto Baena Alonso, José Luis Sánchez-Bravo Solla, Ramón García Sanz, Ángel Otaegui Etxeberria et Jon Paredes Manot, « Txiki », le dernier exécuté par Franco, le 27 septembre 1975, il y a 50 ans.
Ces cinq jeunes hommes, âgés de 21 à 33 ans, militants du FRAP et de l’ETA, sont devenus des symboles historiques de la résistance antifasciste.

Ana María Pascual
Madrid
13/09/2025 20h15
Traduction Luis Lopez

« La dictature c’est du terrorisme », telle est la réflexion qui tourne autour de l’hommage rendu aux cinq derniers jeunes hommes exécutés par le régime franquiste, à l’occasion du 50e anniversaire de ces événements tragiques. L’autre devise est « La générosité de la résistance ». Le collectif de prisonniers de l’époque franquiste, de militants antifascistes, de survivants des quatre derniers tribunaux militaires, des avocats qui les ont défendus et des familles des personnes exécutées rend hommage à Xosé Humberto Baena Alonso, José Luis Sánchez-Bravo Solla, Ramón García Sanz, Ángel Otaegui Etxeberria et Jon Paredes Manot, dit « Txiki ». Ces cinq jeunes combattants antifranquistes furent exécutés à l’aube du 27 septembre 1975, alors que Franco agonisait dans son lit, et qu’il décéda deux mois plus tard.
Pour commémorer un anniversaire aussi important, et à un moment politique où l’extrême droite siège au Congrès des députés et se permet en collusion avec le PP de tenter d’annuler des lois de mémoire historique et démocratique en lançant des mots d’ordre de haine camouflées en lois perverses de concorde, la Plateforme Ouverte ‘Al alba’ [en allusion au poème devenu chanson de Luis Eduardo Aute] croit quant à elle que l’histoire doit être réécrite, en démontrant qu’en réalité il y a eu une lutte antifranquiste active et nourrie qui a tenté d’écarter du pouvoir celui qui l’a détenu illégitimement depuis 1939 et qui n’a pas hésité à exercer toutes sortes de violence pour le conserver.
Le livre « 27 septembre 1975 : Les dernières exécutions de la dictature franquiste » (El Garaje), édité par la plateforme « Al Alba », est un ouvrage collectif majeur qui aborde toutes les circonstances dans lesquelles ont eu lieu ces exécutions et présente des témoignages cruciaux, comme ceux des familles, qui relatent des années de lutte pour rouvrir les dossiers ou « laver » leurs noms. Les voix des survivants, de ceux qui ont été graciés et de ceux qui ont survécu aux tortures dans les commissariats ou aux tirs lors des charges policière, se font entendre tout au long de cet ouvrage de 383 pages, dans ce nécessaire souvenir émouvant des jours qui ont précédé les exécutions.

Aucune garantie de défense
Le livre rassemble des photographies, des coupures de presse internationales de l’époque, de la correspondance et le témoignage éclairant des avocats de la défense, qui n’ont rien pu faire lors de ces procès truqués où les juges militaires ont refusé d’admettre la moindre preuve à décharge. Gerardo Viada, l’avocat de Ramón García Sanz, l’explique avec force détails dans le livre : « D’un point de vue juridique, l’enquête était une pure escroquerie, truffée d’actes nuls et non avenus, avec des déclarations obtenues sous la torture et sans les garanties les plus élémentaires. »

Cet anniversaire commence par une bonne nouvelle : l’annulation de la condamnation à mort de Xosé Humberto Baena Alonso, membre du FRAP galicien. En août dernier, le Ministère de la Politique territoriale et de la Mémoire démocratique a adressé à Flor, sœur de Baena, un document de reconnaissance et de réparation personnelle, prévu par la Loi de la Mémoire démocratique, qui déclare « illégal et illégitime » le tribunal qui l’a jugé et condamné.

Les cours martiales
Les quatre dernières cours martiales tenues en Espagne, entre fin août et septembre 1975, aboutirent à un nombre ahurissant de 11 condamnations à mort, dont six furent commuées in extremis. Le dictateur refusa de céder aux nombreuses demandes internationales de clémence et ne fit preuve d’aucune pitié envers les cinq jeunes hommes condamnés ni leurs familles. Deux cours martiales se tinrent à la caserne de Goloso (Madrid) pour les meurtres du policier Lucio Rodríguez et du garde civil Antonio Pose contre des militants du FRAP (Front révolutionnaire antifasciste et patriotique). Le second de ces procès condamna à mort deux femmes, Concepción Tristán et María Jesús Dasca, qui furent finalement graciées pour grossesse. Un autre procès en cour martiale a eu lieu au siège du Gouvernement militaire de Barcelone contre Jon Paredes Manot, militant politico-militaire de l’ETA, pour un braquage de banque ayant entraîné la mort d’un policier. Un autre procès en cour martiale a également eu lieu à Burgos pour la mort d’un garde civil. Ángel Otaegui et José Antonio Garmendia (de l’ETA politico-militaire) ont été condamnés à mort, mais finalement graciés.
Malgré tous les efforts diplomatiques, la mobilisation sociale en Espagne et à l’étranger, les appels à la clémence de l’ONU, les appels du Pape et le rappel de leurs ambassadeurs par plusieurs pays (le Mexique a même interdit l’entrée sur son territoire aux citoyens espagnols), la dictature a procédé aux exécutions, démontrant que malgré l’agonie du dictateur, le régime franquiste était en pleine vigueur.

Xosé Humberto Baena Alonso, José Luis Sánchez-Bravo Solla et Ramón García Sanz, membres du FRAP, ont été fusillés au champ de tir militaire de Hoyo de Manzanares, à Madrid, par des escadrons de volontaires. Les autres exécutions ont eu lieu à Burgos et à Barcelone. Le livre comprend plusieurs documents essentiels, tels que les lettres d’adieu de Xosé Humberto Baena, 24 ans, et de Txiki Paredes, 21 ans.

Contexte de la dictature
La dictature a appliqué la loi antiterroriste aux derniers exécutés pour les condamner à mort. « Dans une situation de dictature, c’est la dictature qui est terroriste, et la résistance à la dictature est la lutte antiterroriste du peuple. En situation de tyrannie, la tyrannie est du terrorisme, et lutter contre la tyrannie est lutter contre le terrorisme », écrivent les auteurs dans le livre, relatant une année 1975 terrible, où la police a continué de réprimer par la force les manifestations de rue et les grèves ouvrières dans les usines. Elle a également simulé des suicides, comme celui de Diego Navarro Rico, un ouvrier du bâtiment de Tarragone, abattu après son arrestation et retrouvé pendu dans sa cellule le 9 août 1975.
Un meurtre impuni.
« Pour toute personne honnête et politiquement lucide, pour tout membre d’une organisation antifasciste, lorsque l’un des membre des forces de sécurité de l’État torturait ou tuait, c’était tous ses membres qui torturaient ou tuaient, car aucun d’entre eux ne se rebella contre ces ordres ; tous obéissaient, recevaient leurs médailles et percevaient leurs salaires et primes parce qu’ils obéissaient », affirme le livre, qui sera officiellement présenté ce mercredi 17 à la Fondation Anselmo Lorenzo (FAL) à Madrid, accompagné d’une intéressante exposition de photographies, de tracts et de publications d’époque retraçant la lutte antifranquiste et les dernières exécutions du régime franquiste.

Ana María Pascual
Journaliste d’investigation, responsable des reportages judiciaires chez Público. Elle a travaillé chez Interviú, où elle a enquêté sur la corruption politique et donné la parole aux victimes de violations des droits humains. Lauréate du Prix de la Coordinatrice des Associations de Bébés Volés, elle a été correspondante pour l’agence de presse publique mexicaine, consultante en communication et scénariste pour 360 Grados sur ETB. Son email est apascual@publico.
Traduction par Luis Lopez de l’article publié le 13 septembre 2025 de Ana María Pascual
https://www.publico.es/politica/tribunales/dictadura-terrorismo-50-aniversario-cinco-ultimos-fusilados-franquismo.html

L’Histoire peut elle se répéter ? Puede la Historia repetirse?

Bonjour mes amis, camarades de lutte, intéressés par cette histoire vécue par nos parents, nos grands-parents, pour les plus jeunes, et qui se répète aujourd’hui comme le raconte cet article d’Emilien Urbach dans le journal « l’Humanité » du vendredi 3 janvier, que j’ai traduit.
Notre association, RETIRADA37, créée il y a 10 ans pour « faire vivre les mémoires et les valeurs des républicains espagnols exilés », a encore plus d’importance aujourd’hui par ce que vivent les exilés qui quittent leurs terres africaines et viennent chercher leur vie en L’Europe, en passant par les mêmes chemins dans les Pyrénées. Avec eux, nous devons promouvoir la solidarité comme l’ont fait à d’autres époques les gens ordinaires qui ont accueilli les Républicains sur cette même frontière, d’une manière si différente de celle de l’État français qui les a envoyés dans les camps de concentration. Merci à ce journaliste de l’Humanité de nous rappeler aujourd’hui ce qu’ont vécu tant d’Espagnols en février 1939, comme mes parents et mon frère âgé de quelques mois.
​ A la frontière espagnole la fraternité est bafouée
​ « Une femme soldat m’a demandé si j’avais vu passer « des marrons » » : à la frontière franco-espagnole la répression raciste envers les exilés s’intensifie
Dans le village de Cerbère, l’accueil des exilés arrivant par les voies de chemin de fer fait partie du quotidien des habitants. L’intensification de la répression et des discours xénophobes nuisent à cette tradition héritée de la résistance au franquisme

Émilien Urbach

Publié le 2 janvier 2025
Cerbère (Pyrénées-Orientales), envoyé Spécial.
« Dans leur majorité, les familles de ce village sont issues de réfugiés républicains espagnols. Les actes de solidarité avec les exilés ont toujours été considérés comme normaux, mais depuis quelque temps la pression policière et la diffusion des idées xénophobes sont telles que ceux qui continuent d’agir se cachent. » C’est le constat que dresse Valentina*, membre du collectif Viva la costa, à la frontière orientale entre l’Espagne et la France.
Ici, les personnes qui tentent de passer pour demander l’asile ou pour poursuivre leur route le font par le tunnel du chemin de fer qui relie Portbou, en Espagne, à la première gare française de Cerbère. Selon les militants rencontrés sur place, on y observe de plus en plus de refoulements illégaux. Les trains en provenance d’Espagne sont systématiquement fouillés par la police aux frontières (PAF) et la présence militaire a été renforcée sur tous les sentiers jouxtant la voie ferrée.
​ Quand il s’agit d’étrangers, la loi semble flexible
« Sur le chemin qui mène chez moi, j’ai récemment été contrôlée par une patrouille, confie une personne élue au conseil municipal, qui a préféré conserver l’anonymat. Une femme soldat m’a demandé si j’avais vu passer « des marrons ». J’ai demandé des explications sur le terme employé tout en sortant ma carte d’élu. Le chef de la patrouille, bien embêté, a fait mettre ses hommes au garde-à-vous. »

L’affaire est arrivée aux oreilles du maire, divers gauche, du village qui a ensuite demandé à son élu de « faire plus attention » à ne pas mettre en défaut les militaires. Quand il s’agit d’étrangers, la loi semble flexible.
Ainsi, explique ce même élu, « deux jeunes exilés qui attendaient tranquillement le bus en direction de Perpignan se sont récemment fait verbalement agresser par des jeunes habitants du village. Lorsque la police est intervenue, les deux exilés ont été interpellés. Les jeunes, eux, visiblement en état d’ébriété, n’ont pas été inquiétés ».
​ « Même au syndicat, certains me demandent de rester plus discret »
Dans la gare de Cerbère, la plupart des locaux autrefois dédiés à la vie cheminote sont aujourd’hui occupés par la PAF. Et aux discours haineux qui gangrènent les médias s’ajoutent, ici, les drames humains dont sont victimes les exilés parfois directement vécus par les agents de la SNCF.
« Quand je croise une personne sur les rails, je lui dis « bienvenue en France », puis je leur donne des consignes de sécurité pour qu’ils puissent rapidement quitter les voies », confie, David Cerdan, secrétaire général CGT des cheminots de Cerbère. Mais ses gestes d’hospitalité ne sont pas du goût de tout le monde.

« J’ai récemment été mis à pied après avoir dénoncé les propos racistes d’un cadre de la SNCF, poursuit-il. Ils ont trouvé un collègue pour expliquer que mes accusations étaient diffamatoires. Du coup, même au sein du syndicat, certains me demandent de rester plus discret. »
Pour Valentina, ce climat est assorti du sentiment de déclassement social vécu par la population locale. Elle reste cependant mobilisée, comme David et d’autres militants, tous convaincus que la culture de l’accueil est une composante irréductible du patrimoine de ce village frontalier.

¿Puede la historia repetirse?
​ Hola amigos, compañeros de lucha, interesados por esta historia que vivieron nuestros padres, nuestros abuelos, para los más jóvenes, y que hoy se repite como lo cuenta este artículo de Emilien Urbach en el diario de «  l’Humanité »  del viernes 3 de enero que he traducido. Nuestra asociación, RETIRADA37, que ha sido creada hace 10 años para « dar vida a las memorias y a los valores de los republicanos españoles exiliados », tiene hoy en día todavía más importancia con lo que viven los exiliados que salen de sus tierras africanas y vienen a buscar su vida en Europa, pasando por los mismos caminos en los Pirineos. Con ellos tenemos que fomentar la solidaridad como lo hicieron en otros tiempos la gente de a pie que acogió a los republicanos en esa misma frontera, de manera tan diferente que el estado francés que los metió en los campos de concentración. Gracias a este periodista del Humanité por recordarnaos con la actualidad lo que vivieron tantos españoles en febrero del 1939 como mis padres y mi hermano con algunos meses.
En la fronetra española se pisotea la fraternidad
Una mujer soldado me preguntó si había visto pasar a « cimarrones »: en la frontera franco-española se intensifica la represión racista contra los exiliados.

En el pueblo de Cerbère, la acogida de los exiliados que llegan por ferrocarril forma parte de la vida a diario de los residentes. El incremento de la represión y el discurso xenófobo perjudican esta tradición heredada de la resistencia al franquismo

La mayoría de las familias de este pueblo proceden de refugiados republicanos españoles. Los actos de solidaridad con los exiliados siempre ha sido lo normal, pero desde hace algun tiempo la presión policial y la difusión de ideas xenófobas son tales que los que continúan lo hacen escondiéndose. » Esto es lo que averigua Valentina*, miembro del colectivo Viva la costa, en la frontera oriental entre España y Francia. Aquí, las personas que intentan cruzar para solicitar asilo o continuar su viaje lo hacen a través del túnel ferroviario que conecta Portbou, en España, con la primera estación francesa de Cerbère. Según los activistas encontrados allí , cada vez se asiste a más retornos ilegales. Los trenes procedentes de España son registrados sistemáticamente por la policía de fronteras (PAF) y se ha reforzado la presencia militar en todas las vías cerca del ferrocarril.

En lo que respecta a los extranjeros, la ley parece flexible. “Hace poco fui controlado por una patrulla de camino a mi casa”, confiesa un consejal del pueblo, que prefiere permanecer en el anonimato. Una mujer soldado me preguntó si había visto pasar “cimarrones”. Pedí una explicación del término utilizado al sacar mi tarjeta de concejal municipal. El jefe de la patrulla, muy molesto, hizo que sus hombres se pusieran firmes. » El asunto llegó a oídos del alcalde de este pueblo, de izquierdas, quien luego pidió a sus representantes que “tuvieran más cuidado” de no culpar a los militares.
Cuando se trata de extranjeros, la ley parece flexible.
Así, explica este mismo electo, “dos jóvenes exiliados que esperaban tranquilamente el autobús que los llevaría a Perpiñán fueron recientemente agredidos verbalmente por jóvenes vecinos del pueblo. Cuando intervino la policía, los dos exiliados fueron detenidos. Los jóvenes, obviamente ebrios, no fueron molestados.

Incluso en el mismo sindicato, algunos me piden que sea más discreto”. En la estación de Cerbère, la mayor parte de los refugios antiguamente dedicados a la vida ferroviaria están hoy ocupados por la PAF. Y a los discursos de odio que plagan los medios de comunicación se suman, aquí, las tragedias humanas de las que son víctimas los exiliados, a veces vividas directamente por los agentes de la SNCF. (RENFE francesa) ». Cuando me encuentro con una persona en las vías, le digo « bienvenido a Francia » y luego le doy instrucciones de seguridad para que pueda abandonar rápidamente las vías », afirma David Cerdan, secretario general de los trabajadores ferroviarios de la CGT de Cerbère. Pero sus gestos de hospitalidad no son del agrado de todos.
Hace poco me despidieron temporalmente tras denunciar las declaraciones racistas de un directivo de la SNCF”, continúa. Encontraron a un colega que les explicó que mis acusaciones eran difamatorias. Por eso, incluso dentro del sindicato, algunos me piden que sea más discreto. » Para Valentina, este clima va acompañado del sentimiento de degradación social que vive la población local. Sin embargo, sigue movilizada, como David y otros activistas, todos convencidos de que la cultura de la acogida es un componente irreductible del patrimonio de este pueblo fronterizo.