Aurore nous a quitté, Aurora pour beaucoup d’entre nous.

Je viens de recevoir la nouvelle par Maryse Rivière, une camarade de Fac, Aurore est décédée…dans la plus grande discrétion le 2 juillet dernier. «  Aurore a fait don de son corps à la science et il n’y a pas eu d’obsèques seulement une réunion familiale… Elle était fatiguée depuis un bon moment jusqu’au jour où elle ne mangeait plus ils ont fait des examens et le résultat terrible est tombé. Heureusement elle a bénéficié de l’hôpital à domicile et avec la morphine elle ne souffrait plus elle est partie tout doucement. »
Nous avions fait connaissance à l’Université à Tours où nous étions inscrits en Fac d’Espagnol en 1967 il y a aujourd’hui presque 60 ans. Aurore Bourreau, à l’époque Aurore Gramatikoff, fille d’un anarchiste bulgare et d’une mère espagnole. La famille habitait rue des Cerisiers, dans le quartier des Halles, là où se trouvaient tous les immigrés, aujourd’hui devenu quartier chic. Je fis la connaissance de ses parents, des gens au grand coeur comme tous ces anti-franquistes qui traversèrent, en luttant, les deux guerres, celle d’Espagne et la deuxième guerre mondiale qui en était la suite, pauvres économiquement mais d’une richesse culturelle immense. Je me souviens de sa sœur Primavera que je revis lors de l’inauguration du monument aux Brigades internationales à la gare d’Austerlitz.

En 1968 nous fûmes désignés Aurore et moi comme moniteurs à la fac d’Espagnol, elle ayant en charge la bibliothèque qu’elle créa et moi le laboratoire de langues. Cette période estudiantine agitée fit que nous nous trouvions dans ce mouvement avec des positions différentes, mais avec Aurore tout se réglait avec un sourire et très souvent par des rires. Echanges d’idées mais toujours de façon respectueuse. Et puis rappelons nous 1967, 1968 le franquisme était toujours vivace, répressif. Les fils de réfugiés espagnols que nous étions étaient sous surveillance de la police française, j’en fis moi-même l’expérience. Mais rien ne nous empêchait de participer activement à ce mouvement étudiant. Dans nos familles on ne nous avait pas enseigné la peur, la prudence oui.

De son départ à la fac d’Espagnol dans les préfabriqués de Grandmont elle fit une belle carrière à l’Université en terminant avec le grade d’ingénieur me dit elle avec un poste clef au département d’études hispaniques et portugaises sur le site des Tanneurs. Ayant pris d’autres chemins professionnels nos parcours nous séparèrent pour nous retrouver en 2014 avec ce qui nous unissait, nos origines familiales, l’exil de nos parents, notre mémoire, nos mémoires pour créer l’association Retirada37. Aurore était là le premier jour et sa fidélité à ces valeurs d’humanité, de progrès, de liberté fit qu’elle resta un des piliers de notre association, membre du conseil d’administration, toujours discrète, toujours présente. Je me souviendrai des soirées culturelles qui se terminaient par des partages gastronomiques avec ce que chacun apportait. Aurore et ses gougères qu’elle nous confectionnait, de sa confiture à l’orange, de ses bouquets aux couleurs de la République.
Aurore tu resteras marquée dans nos coeurs pour toujours. Ta gentillesse, ta discrétion, ta façon d’intervenir toujours de façon constructive resteront pour nous une ligne de conduite à suivre pour faire vivre les mémoires et les valeurs des républicains espagnols exilés, portées par notre association Retirada37 que tu as fait vivre de ton côté. Nous ne t’oublierons pas Aurora.
Luis Lopez
Madrid le 11juillet 2026

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