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« No pasarán », guerre d’Espagne et solidarité antifasciste internationale
Dans l’Espagne des années 1930, les mouvements antifascistes s’organisent face à la montée du fascisme et à l’influence du parti phalangiste. En Europe, pendant la guerre civile espagnole, la presse de gauche affirme son soutien aux républicains et les armes traversent discrètement les frontières.
Castelnau-Durban (Ariège), La Casace [Casasse], massacre d’Espagnols adultes de la mouvance anarchiste et d’enfants par des « guérilleros » (15 juillet 1944
Le 15 juillet au soir, des guérilleros de l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles), dépendant de l’UNE (Unión nacional española) ont massacré sept personnes dans une ferme du hameau de la Casace. Une famille d’anarchistes espagnols fêtait la naissance, la semaine précédente, d’une petite fille. Des amis étaient présents. Les guérilleros, sans doute venus du maquis proche de La Crouzette, reprochaient à Ricardo Roy Escribano de refuser d’intégrer les rangs de l’UNE et ceux de son bras armé, l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles)
Un massacre occulté :
Le massacre de La Casace [orthographe adoptée par l’IGN, « Massat, pic des tTois seigneurs, PNR des Pyrénées ariégeoises », carte TOP 25 2047 ET, 2018 ; écrit aussi Lacazace, La Casasse, Lacasasse, Lacasace], un hameau située à environ 2 km au sud du village de Castelnau-Durban, aurait dû frapper les mémoires. Une des maisons de La Casace fut le théâtre d’une tragédie : cette tuerie spectaculaire qui décima en premier lieu la famille Roy, quatre des sept victimes dont deux fillettes, l’une d’entre elles âgée d’à peine une semaine, a été occultée. Pourtant, connue au-delà des limites communales de Castelnau-Durban dès l’automne 1944, elle fut bientôt oubliée, surpassée dans la mémoire locale par le drame de la destruction de Rimont, village proche de Castelnau-Durban le 21 août 1944, et le combat décisif livré par la Résistance contre le Marschgruppe allemand composé en majorité de supplétifs turkestanais, qui pendant son repli avait semé la terreur à Saint-Girons (Voir Castelnau-Durban et Durban-sur-Arize (Ariège), 22 août 1944). Neuf maquisards et deux civils furent alors tués lors de l’affrontement contre les troupes d’occupation. Toutefois, la tuerie de la Casace demeura présente dans la mémoire de républicains espagnols, anarchistes, socialistes ou autres, qui, en 1944-1945 s’étaient opposés à la tentative du Parti communiste d’Espagne (PCE) de revendiquer l’hégémonie politique et d’imposer leurs organisations « de masse », Unión nacional española et Agrupación de guerrilleros españoles comme étant les représentants exclusifs des Espagnols ayant participé à la Résistance en France. Mais, localement, la mémoire valorisa la « geste » des maquisards de l’AGE et des FTPF de la Crouzette, et cette « bavure » criminelle s’ajoutant à d’autres, on a tout fait pour l’oublier et en faire disparaître les traces.
En effet, ce tragique événement n’avait pas échappé aux républicains espagnols opposés à l’action du PCE et de ses organisations satellites dans la France de 1944. Dans un document de la Junta española de Liberación (JEL, fondée le 25 novembre 1943 par la plupart des forces politiques républicaines — mais non les forces syndicales — qui contestaient la volonté d’hégémonie du PCE à travers l’UNE) adressée le 4 novembre 1944 aux autorités françaises, le massacre de la Cazace était dénoncé et décrit dans ses grandes lignes. Le texte rapporté par José Borras (op. cit., p. 21) en donnait les raisons : « D’après ses [Ricardo Roy Escribano] déclarations, on lui avait enjoint à plusieurs reprises l’ordre de rejoindre la UNE, comme il a refusé, on l’a menacé de mort et les hommes de la UNE ont perpétré le crime que nous dénonçons ». Le Mouvement libertaire espagnol (MLE) adressa aussi une lettre au PCE dans laquelle il était évoqué.
Des historiens ont, par la suite, évoqué le massacre de La Casasse dans plusieurs ouvrages (cités dans les sources de cette notice) : José Borras, 1976 ; David Wingeate Pike, 1984 [Paris] ; Esteve Ballester, Martine Boury, Marcel Gélis, Marcel Langand, Henri Melich, Edward Sarboni, Carolina Benito, Amapola Gracia, Dominique Grein, 1984 [Perpignan] ; Marie-Christine Dargein, 1989 (dans un remarquable travail pionnier, elle a bien vu, la première, parmi les historiens, comment s’est établi le processus d’occultation des affrontements entre résistants espagnols en Ariège, la répression menée par l’UNE et l’AGE contre les anarchistes) ; Marie-Claude Raffaneau-Boj, 1993 ; Geneviève Dreyfus-Armand, 1999 ; José Cubero, 2005 ; D. Bueno, 1999 ; ouvrage collectif, 2012. Le travail collectif publié à Perpignan en 1984, livre des témoignages décisifs, ceux de José Arisó (18 octobre 1910, Albalate de Cinca, province de Huesca, Aragon, Espagne ; 15 décembre 1998, Villefranche-de-Lauragais, Haute-Garonne) et de Francisco Subirats, d’une part ; celui d’Umberto Marzocchi, d’autre part. En 2020, enfin, Ángel Carballeira a rouvert le dossier et a effectué une minutieuse enquête complémentaire qui permet de mieux connaître certains détails du drame de La Casace. Claude Delpla n’en parle pas dans son ouvrage posthume (op. cit., 2019), mais il l’avait évoqué implicitement — et minimisé — en 2006 (op. cit., p. 163) : « Un d’entre eux [parmi les libertaires espagnols du Couserans] refuse d’aller au maquis [de l’AGE, localisé à la Crouzette] malgré plusieurs sommations. La sanction est terrible. Il est exécuté (15 juillet 1944) ». Remarquons au passage que le libertaire évoqué par Delpla, Ricardo Roy, a échappé à l’exécution qui le visait et que les victimes innocentes de la tuerie sont ignorées.
Un autre historien ariégeois, Jean-Jacques Pétris a mentionné le massacre de la Casace dans ses notes mises en ordre et tapuscrites déposées aux archives départementales à Foix. Il a bien identifié et cerné Ricardo Roy Escribano présenté comme anarchiste. Il a indiqué que le nombre de victimes était bien au nombre de sept parmi les quelles il a identifié sa femme, ses deux filles de six ans et huit jours, un ami et, à tort, son beau-père qui ne se trouvait pas dans la maison. Il fait erreur aussi sur la date : pour lui le massacre a eu lieu le 13 juillet 1944. À notre connaissance, il n’a pas fait part du massacre dans ses publications imprimées ou électroniques ou, du moins, dans celles que nous avons consultées.
Le contexte :
De l’été 1944, avant même la Libération, jusqu’à la première moitié de 1945, les divergences de vue entre les deux tendances des « républicains espagnols » réfugiés en France, les communistes et tous les autres, débouchèrent sur des « liquidations » physiques. Elles sont bien documentées dans plusieurs départements : Ariège, Aude, Pyrénées-Orientales, Haute-Garonne, Aveyron, Lot, Corrèze. Elles furent le fait de communistes, porte-paroles de l’UNE, qui s’en prirent à des militants qui refusaient de rallier les maquis de l’AGE. Il faut savoir, par ailleurs, que, hormis des militants qui rallièrent l’UNE et/ou l’AGE à titre purement individuel, les socialistes du PSOE, les anarchistes, les militants du POUM, les nationalistes catalans participèrent en général à la Résistance dans le cadre des mouvements français non communistes : Mouvements unis de la Résistance (MUR) et leur organisation militaire, l’Armée secrète (AS) ; réseaux français ou contrôlés par les puissances alliées (Cf. par exemple Ponzán Francisco).
En ce qui concerne le contexte local, on sait que les meurtres de la Casace furent commis par des membres de l’UNE, dans la soirée du 15 juillet 1944. Or, les membres actifs de l’UNE les plus proches du hameau se trouvaient à quelques kilomètres dans le maquis de la Crouzette, dans commune voisine de Castelnau-Durban, Esplas-de-Sérou (Voir Esplas-de-Sérou (Ariège), col de la Crouzette (1244 m) et col de Rille (938 m) ; Castelnau-Durban (Ariège), Rivèrenert (Ariège), 19 juin-21 juillet 1944). Ce maquis rassemblait deux formations militaires distinctes, de l’AGE et des FTPF (Francs-tireurs et partisans français). Le 15 juillet 1944, au moment même où se déroulait le drame de la Casace, des maquisards descendirent de leur nid d’aigle et vinrent enlever des collaborationnistes, ou supposés tels, pour les traduire devant un « tribunal du peuple » autoproclamé. Une terrible méprise coûta la vie à un innocent, Joseph Pédoya, abattu par un des maquisards qui avait pénétré chez lui. Si nous n’avons pas la preuve que les membres de la UNE qui entrèrent au domicile du militant libertaire Ricardo Roy Escribano à la Casace, venaient du maquis de la Crouzette, il y a néanmoins de très fortes probabilités — une quasi certitude — que ce fut le cas. La coïncidence de date (15 juillet, nuitamment) est pour le moins troublante. Rappelons que les maquisards de la Crouzette vinrent, au même moment, « visiter » d’autres maisons de Castelnau-Durban. Les affiliés de l’UNE/AGE étaient selon toute vraisemblance venus chercher Ricardo Roy pour l’amener au col de Rille où siégeait le « tribunal du peuple » des maquis de la Crouzette, comme d’autres guerrilleros et/ou maquisards FTPF étaient en train de faire dans d’autres maisons de Castelnau-Durban, Montseron ou Rimont. Constatant son absence, ils auraient décidé d’exercer des représailles sur les présents, ne tenant même pas compte de leur âge et considérant comme certaine l’adhésion des adultes des deux sexes à des engagements qui étaient aussi ceux de Ricardo Roy.
Plus tard, Àngel Carballeira (op. cit., 2020) a par la suite pu interroger une villageoise de Castelnau-Durban, témoin direct, qui confirma les récits déjà publiés et apporta des précisions complémentaires. Son enquête a été complétée par des recherches d’archives, municipales à Castelnau-Durban, départementales à Foix et à Manresa (Catalogne, Espagne).
Les circonstances du massacre :
Le libertaire José Arisó (1910-1998) était un ami de Ricardo Roy. Il habitait à Mirepoix (Ariège) à une quarantaine de kilomètres à l’est de Castelnau-Durban, et fut la première personne à qui Ricardo Roy, l’un des deux rescapés du massacre, raconta ce qui s’était passé. Quarante ans plus tard, il livra son témoignage (Op. cit., 2004, Perpignan). Le libertaire italien, Umberto Marzocchi livra aussi un témoignage (Op. cit., Perpignan, 1984) où il évoqua la tuerie de la Casace. Ancien volontaire « international » en Espagne républicaine, après avoir intégré peu de temps le maquis des FTPF cantonné au col de la Crouzette (Voir René Plaisant), au-dessus de Castelnau-Durban, il fit partie, avec d’autres anarchistes du maquis « Bidon 5 » de l’Armée secrète, fondé par des résistants socialistes ou proches de ce parti issus pour beaucoup d’entre eux de l’industrie pétrolière du Comminges.
Cette unité de l’AS, centrée sur le village pyrénéen du Comminges, Arbas (Haute-Garonne), avait une implantation dans des villages du Couserans, proches de la limite avec la Haute-Garonne plus particulièrement Cazavet (Ariège). Elle accueillit des anarchistes espagnols (mais également un Italien comme Marzocchi) souvent domiciliés dans le Couserans — ils appartenaient au groupe de Saint-Girons de la CNT clandestine en France — qui refusaient d’intégrer l’AGE. Ils formaient au sein de ce maquis une « unité particulière » se réclamant, après la Libération de l’Ariège et de la Haute-Garonne de l’Alliance démocratique espagnole (ADE) fondée le 9 septembre 1944 et regroupant toutes les tendances républicaines de l’exil espagnol, à l’exception des seuls communistes (la JEL prit ensuite le relais de l’ADE). Cette « unité » du maquis Bidon 5 de l’AS était commandée par Eduardo Vizcaya, alias « Del Rio », né en 1910.
Les Espagnols affiliés à la UNE entrèrent armés au domicile de Ricardo Roy, en contact, comme ses amis, avec la Résistance. Ils furent surpris lorsqu’ils se rendirent compte qu’une fête familiale y était organisée afin de célébrer la naissance, le 8 juillet 1944, d’Isabelle fille de Ricardo Roy et de son épouse Palmira Tomàs. Neuf personnes, membres de la famille et amis, étaient présentes. Les membres de l’UNE discutèrent et furent finalement invités à participer aux agapes. Ils demandèrent à leurs hôtes s’ils disposaient d’armes et s’ils savaient les utiliser. Ils sortirent alors les leurs et les manipulèrent. Vers 22 heures 30, l’un d’entre eux éteignit la lumière et les maquisards tirèrent. Les victimes de la tuerie n’étaient pas identifiées dans les témoignages de 1944 et de 1984 utilisés entre temps par quelques historiens. La maison où furent perpétrés ces meurtres fut ensuite brûlée. Au Service historique de la Défense à Vincennes, Ángel Carballeira (op. cit., 2020, p. 31) a retrouvé, à la date du 18 juillet 1944, dans les registres de la brigade de gendarmerie de Saint-Girons (cote 9 E 179, rubrique « Incendies », p. 378, photographie du document dans l’article cité) la note suivante : « Dans la nuit du 15 au 16-7-44 incendie de la ferme de Cazace commune de Castelnau-Durban par des terroristes avec cinq espagnols à l’intérieur qui ont péri (rapport n° 58/4 du 18-7-44) ». Il n’est pas dit que, au préalable, que ces personnes (cinq au lieu des six ou sept finalement comptabilisées) avaient été criblées de balles. Dans le jugement du tribunal civil de première instance de Foix rendu le 9 septembre 1954, analysé en détail plus bas, il est dit que l’enquête a permis de savoir que l’incendie de la Casace avait fait sept victimes. Mais les sept victimes périrent très vraisemblablement par balles. Le feu n’a sans doute été mis par les assassins que pour tenter de faire disparaître les traces de leur crime.
Le bilan :
Remarquons, en premier lieu, que José Arisó, ami proche de Ricardo Roy, a indiqué qu’il y avait eu huit victimes, six adultes et deux enfants. L’enquête d’Ángel Carballeira (op. cit., 2020) permet de dresser, en produisant des arguments probants, le bilan macabre de ce massacre. Il a établi à sept (six, selon lui dans le cas où l’on considère que « Garcia » et « Gracia » auraient pu être une seule et même personne) le nombre probable de victimes de la tuerie. Mais, finalement, nous avons eu la preuve (voir ci-dessous) qu’il y a eu sept victimes, ce qui permet de conclure que Garcia et Garcia était selon toute vraisemblance deux personnes différentes. Deux personnes purent échapper au massacre.
Cinq d’entre elles étaient connues avant le travail de recherches d’Ángel Carballeira : Isabelle Roy, née à La Casace, commune de Castelnau-Durban, le 8 juillet 1944. Son acte de naissance figure dans le registre de l’état civil de la commune ; Prosperitat Roy i Tomàs née à Manresa (province de Barcelone) le 8 octobre 1937. L’acte de naissance rédigé en catalan figure dans l’état civil de cette ville ; Palmira Tomàs i Pérez (orthographe catalane du patronyme consignée dans son acte de mariage, état civil de Manresa), née à Súria, localité industrielle au nord de Manresa, le 17 avril 1916, mariée avec Ricardo Roy Escribano le 11 octobre 1937 ; Garcia, ami de la famille, père de deux filles, Carmen et Anita, habitait Castelnau-Durban au moins depuis1943 ; Evaristo Soler Crivellé, né le 18 octobre 1887 à la Torre de l’Espanyol (province de Tarragone), village de la rive gauche de l’Èbre, demeurant en 1944 à La Bastide de-Sérou (Ariège), entre Castelnau-Durban et Foix. Il n’y a pas d’acte de décès le concernant. Le tribunal civil de Foix, dans un jugement du 9 septembre 1954, indiqua que sa disparition « causée pour faits de guerre » a bien été le résultat de sa mort au cours de l’incendie la maison Estaque à la Casace, commune de Castelnau-Durban. Pour des raisons qui nous échappent ce jugement ayant valeur d’acte de décès fut transcrit non pas sur l’état civil de Castelnau-Durban sur le registre l’état civil de sa commune de résidence, La Bastide-de-Sérou.
On peut s’interroger sur l’attitude des magistrats de Foix qui en ordonnant la transcription du décès sur l’état civil d’une commune où il est avéré qu’il n’a pas eu lieu, n’ont pas appliqué strictement la loi. Par ailleurs, comme, dix ans après le crime n’était pas prescrit, n’auraient-ils pas dû ordonner une enquête ? D’autant plus que l’arrêt rendu reconnaissait l’existence de six autres victimes. En rendant ce jugement, on peut penser qu’ils ont subi la pression de groupes politiques influents présents en Ariège. Ou, du moins, qu’ils n’ont pas voulu les mécontenter. D’où ce jugement en demi-teinte qui, cependant, établissait de façon définitive la réalité du massacre du 15 juillet 1944 à la Casace.
Deux autres victimes non consignées dans les récits antérieurs à l’enquête d’Àngel Carballeira : Rosario Pérez Rodríguez, mère de Palmira Tomàs, née à Monforte de Lemos (province de Lugo, Galice, Espagne) ; Gracia dont le nom figure dans le document de la JEL faisant état du massacre de la Casace. Mais peut-être se confond-il avec le « Garcia » de la liste précédente ? Une métathèse est toujours possible lors d’une transcription.
Deux personnes ont réussi à échapper à la tuerie : Ricardo Roy Escribano, le seul visé par une « liquidation » physique par les guérilleros de l’AGE, né le 9 février 1902 à Borobia (province de de Soria, Espagne), un des habitants de la maison de la Casace, lieu de la tuerie. Il était absent lorsque les hommes de l’UNE tuèrent les occupants de sa maison. Étant donné la longueur des journées de l’été, peut-être n’était-il pas encore revenu du travail et découvrit-il avec horreur le drame à son retour en observant la bâtisse en train de brûler ? Peut-être, aussi, avait-il été mis au courant des menaces qui pesaient sur lui et s’était-il abstenu, un samedi soir, lendemain d’un 14 juillet, de participer à une fête familiale et amicale qui, à n’en point douter, lui tenait à coeur ? ; Lourtadon, un ami, sans doute de nationalité française, bien connu du témoin interrogé par Ángel Carballeira. Ayant échappé au mitraillage, il réussit à s’échapper par fenêtre qui était ouverte et à se réfugier dans une maison voisine.
On ne sait ce qui devinrent ces deux hommes qui fuirent Castelnau-Durban, traumatisés par le massacre et peu désireux de réapparaître à Castelnau-Durban où ils auraient peut-être été à leur tour « liquidés ». Comme on l’a vu, Roy alla à Mirepoix chez Arisó, mais qu’advint-il de lui par la suite ?
Sépultures et état civil :
Les victimes de la tuerie de la Casace, d’après les divers témoignages furent inhumées dans le cimetière communal. Mais leurs tombes ont disparu. Furent-ils enterrés dans la fosse commune ? D’ailleurs, l’état civil de Castelnau-Durban n’a pas enregistré les décès des victimes. Seul, celui d’Evaristo Soler le fut, dix ans plus tard, à La Bastide-de-Sérou à la date du 15 juillet 1944. Pourquoi le maire de Castelnau-Durban n’a-t-il pas fait transcrire les décès des victimes sur l’état civil communal, alors même que les gendarmes de Saint-Girons avaient signalé au moins cinq victimes dans l’incendie de la maison de La Casace ? Craignait-il quelques représailles ? Le jugement du tribunal civil de première instance de Foix (Ariège) rendu le 9 septembre 1954 est une preuve supplémentaire — décisive — de la tuerie de la Casace du 15 juillet 1944, même si elle n’évoque que des décès provoqués par le feu, ignorant la mort préalable par fusillade. Dans ce jugement, il est bien dit que l’incendie a été provoqué « par un autre groupe d’Espagnols » et qu’il avait fait sept victimes. Ordonné à la demande du ministre des Anciens combattants de des victimes de guerre, il ne concerna, plus de dix ans après le drame, que le seul Evaristo Soler Crivellé. Pourquoi les autres victimes ne figurent-elles pas sur un registre d’état civil, tout comme Soler ? Pour davantage de détails sur ce jugement, se reporter à la notice d’Evaristo Soler Crivellé.
Tout semble, en effet, avoir été fait afin de cacher et de faire oublier un horrible massacre. Nous savons par Claude Delpla (op. cit., 2006, p. 163) que les guérilleros de l’AGE considéraient que des « groupes armés indépendants se présentant comme libertaires » (…), « des vrais ou faux anarchistes [terrorisaient] les paysans ». Il fait sienne l’idée colportée par l’UNE que « ces maquis « noirs » justifient la propagande vichyssoise et allemande répétant que les maquisards [de l’AGE, des FTPF] sont des « bandits rouges », des « terroristes » qui « attaquent les fermes, pillent, volent au nom de la Résistance ». Et, évoquant le maquis espagnol de la Crouzette, il écrit que si les libertaires « refusent de se battre [avec l’AGE] et continuent de dévaliser les paysans, le maquis « noir » [anarchiste] sera détruit comme un groupe ennemi » pour préciser qu’un « réfractaire » — peut-être parle-t-il de Ricardo Roy qui finalement ne fut pas exécuté parce qu’absent de son domicile ? — a été exécuté par des membres de ce maquis le 15 juillet 1944. Pourtant, les libertaires espagnols qui participaient à Résistance n’avaient rien à voir avec des délinquants qui se faisaient passer pour des maquisards afin de rançonner les populations civiles. Refusant, pour la grande majorité d’entre eux, d’intégrer les rangs de l’UNE/AGE, ils participaient aux réseaux des services français ou alliés (Voir par exemple Ester Josep, Ponzán Francisco) ou participaient aux activités de mouvements de la Résistance française et des maquis de l’AS : ainsi les anarchistes du Couserans étaient-ils devenus pour nombre d’entre eux des combattants de l’AS (maquis Bidon 5 d’Arbas, Haute-Garonne, et Cazavet (Ariège).
Les victimes :
GARCIA (GARCIA NARVÁEZ José ?)
GRACIA
PÉREZ RODRÍGUEZ Rosario
ROY Isabelle
ROY i TOMÀS Prosperitat
TOMÀS i PÉREZ Palmira
SOLER CRIVELL֤É Evaristo
Les survivants :
LOURTADON
ROY ESCRIBANO Ricardo
SOUVENIR D’UNE TENTATIVE DE COUP D’ETAT
Le 23 février 1981 eut lieu en Espagne une tentative de coup d’Etat. Ce jour-là, deux cents gardes civils, menés par le lieutenant-colonel Antonio Tejero, un abruti total qui servit d’idiot utile aux véritables responsables de ce putsch raté, pénétraient au sein du congrès des députés, à Madrid, tiraient à la mitraillette dans les plafonds, obligeant les élus à se planquer derrière leurs pupitres.
A Valence, le général Jaime Milans del Bosch, franquiste jusqu’à la moelle, qui avait combattu dans les rangs de la sinistre Division Azul, corps de volontaires dans les rangs de la Wermacht sur le front de l’Est, fit sortir les chars dans les principales artères de la ville, tandis qu’à Madrid le général Alfonso Armada se proclamait chef d’une junte opposée à la transition démocratique.

A l’époque, je vivais en Espagne, à Saragosse. J’avais passé la journée à traduire une brochure, sans écouter la radio ni voir personne. Je n’avais pas non plus le téléphone dans le petit appartement que j’occupais. Si bien que je n’étais absolument pas au courant des événements qui étaient en train de se produire. En fin d’après-midi, on sonna à ma porte. C’était une amie, prénommée Carmen. Elle avait le téléphone et j’avais fourni son numéro à ma mère, à Paris, au cas où… Et cette amie venait précisément me dire que ma mère l’avait appelée et souhaitait que je la rappelle car elle était inquiète. Je demandai alors à cette amie si ma mère avait précisé pourquoi elle était inquiète. Mon amie se mit à rire en s’apercevant que je tombais des nues alors que toute l’Espagne était plongée dans la peur, figée devant la télévision ou la radio en se demandant comment allaient tourner les événements.
Après le départ de cette amie, je suis sorti pour téléphoner à ma mère depuis une cabine située sur l’avenue principale de Saragosse, habituellement très animée et bruyante. Je garderai toujours le souvenir de cette vision de fin du monde d’une avenue complètement déserte, sans personne, sans voitures qui circulent, et moi tout seul dans cette cabine parlant à ma mère en regardant cette ville morte.
Je me suis rendu ensuite au local de la CNT, le syndicat libertaire, où étaient présents plusieurs amis et camarades. Nous nous sommes partagés en deux groupes et, en voiture, avons fait le tour des casernes pour voir si les militaires restaient calmes ou montraient des signes de nervosité. Mais rien ne s’est passé.
Floréal Melgar
La guerre civile en Espagne. Documentaire en Anglais.
A partir de sources filmographiques Anglaise et Espagnoles
Marina Ginestà
★ Beaucoup d’années après ces événements, Marina a déclaré que le ton de l’interview entre Durruti et Kolstov était critique envers Staline et que ce fait aurait été la cause de leur mort…
Marina Ginestà est née le 29 janvier 1919 et est devenue symbolique de la résistance du peuple espagnol au fascisme, à cause de la photo prise par Juan Guzmán sur le toit de l’hôtel Colón, Barcelone lors du soulèvement militaire de juillet 1936 à Barcelone.
Elle était membre de la Juventudes Socialistas Unificadas (Jeunesse Socialiste), l’organisation de jeunesse principalement dirigée par le Partido Comunista de España (PCE, Parti communiste d’Espagne). Alors que la guerre éclate, elle a servi comme journaliste et traductrice assistant Mikhail Koltsov, correspondant du journal soviétique Pravda. Malgré son implication initiale, elle s’est rapidement désillusionnée par le chemin que les staliniens empruntaient.
Marina est restée militante pendant le reste de la guerre et a été attirée par d’autres groupes à cette époque comme le P.O.U.M anti-staliniste et le C.N.T. Anarchiste avant la fin de la guerre, Ginestà est blessé et évacué à Montpellier.
• Marina Ginestà et la guerre civile espagnole : déballer la photographie emblématique qui a défini une génération.

• Sur la photo : Marina Ginestà avec Mikhail Kolstov, correspondant soviétique et peut-être agent de Staline en Espagne. Et au centre, portant une casquette rouge et noire, l’anarchiste révolutionnaire, Buenaventura Durruti. Pendant la guerre civile, le PSUC a chargé Marina Ginestá d’être la traductrice de Mikhail Kolstov. Elle a facilité l’interview entre Durruti et Kolstov. Durruti est mort 3 mois plus tard, d’une « balle perdue ». Kolstov a été exécuté en URSS (purgé) par le régime de Staline en 1940. De nombreuses années après ces événements, Marina a déclaré que le ton de l’interview entre Durruti et Kolstov était critique envers Staline et que ce fait aurait été la cause de leur mort. Cette photo a été prise par Hans Gutmann (Juan Guzmán).
Dave Downes
Discours de Juan Garcia Oliver à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Durruti
Novembre 1937, à Barcelone.
Centre de la Résistance de la Déportation et de la Mémoire : LES RENDEZ- VOUS
Exposition Du 07/01 au 01/03 au Centre de la résistance, de la Déportation et de la Mémoire à Blois.
« Jorge Semprun. Écrire et combattre. La Peste réveille encore ses rats »Conçue en collaboration avec Jorge Semprun, cette exposition porte sur les nombreux engagements dans l’écriture et la vie de cet humaniste qui fut tour à tour acteur, victime et témoin des deux grandes idéologies du XXe siècle (nazisme et communisme).
À partir d’éléments biographiques et d’extraits de ses œuvres littéraires, le visiteur est invité à découvrir le parcours de Jorge Semprun, celui d’un homme politique, écrivain mais aussi scénariste, profondément marqué par son expérience concentrationnaire. Cette exposition nous permet aussi de réfléchir à la question du Mal en l’Homme et dans l’Histoire.
Association Confluences
Spectacle « Le Grand Voyage » par la Compagnie La BAM, le 29 janvier à 19h.
Adaptée du roman autobiographique « Le Grand Voyage » de Jorge Semprun, cette lecture théâtralisée et musicale raconte le voyage de Semprun, lors de sa déportation au camp de Buchenwald. Il témoigne autant
de l’horreur que de la solidarité et parle de résistance et d’enrôlement en présentant des
réflexions sur l’engagement pour la liberté.
Cette lecture rappelle les actes comme la pensée de l’idéologie fasciste et nazie et permet une prise de conscience grâce à la véracité des faits, la charge émotionnelle et la réflexion déconstruisant les stéréotypes.
Ce spectacle participe au travail de mémoire tout en étant très proche de notre actualité.
Au CRDM Conception et réalisation : Association Confluences, à l’Espace Jorge-Semprun.
Gratuit, sans réservation (places limitées). À partir de 12 ans
Projection-débat, « La plume au poing », de Patrick ROTMAN, (documentaire, 2023, 52 min, Cinétévé). Le 10 février, à 18h30.
À l’auditorium Samuel-Paty de la bibliothèque Abbé-Grégoire.
En présence de Stéphane Michonneau, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Paris-Est Créteil, spécialiste des mémoires espagnoles, auteur de Franco, le temps et la légende (2025, Flammarion).
Proposé par les Rendez-vous de l’histoire (CEPH)
Gratuit sans réservation
Retour sur l’incendie de la Scala de Barcelone.
Le 15 janvier 1978, plusieurs cocktails Molotov ont incendié la salle de fête Scala de Barcelone, tuant quatre personnes. L’incendie, les arrestations et la criminalisation de la CNT qui en ont résulté représentent l’un des cas les plus significatifs de guerre sale pendant la Transition : l’affaire Scala.
Ce jour-là, la CNT avait organisé une manifestation contre les Pactes de Moncloa, signés quelques mois auparavant, qui consolidaient le régime tout en attaquant les droits de la classe ouvrière. La manifestation s’est déroulée sans incident jusqu’à ce que des inconnus lancent plusieurs bombes incendiaires contre la salle de fête de l’Eixample à Barcelone.
La presse n’a pas tardé à désigner les anarcho-syndicalistes comme responsables de l’incendie et des morts. 48 heures plus tard, un communiqué de la police annonçait l’arrestation des auteurs présumés, qu’elle avait identifiés parmi plus de 10 000 personnes présentes à la manifestation. Le communiqué insistait sur l’affiliation des détenus à la CNT.
Les arrestations, près de 170, se sont poursuivies les jours suivants, accompagnées d’une campagne médiatique de discrédit de la CNT, qui comptait alors des dizaines de milliers d’adhérents et représentait une gêne pour les forces acceptant la transition. Le traitement de la presse a conduit une grande partie de l’opinion publique à croire au récit d’une organisation terroriste qui voulait déstabiliser le « fragile » processus de transition. Malgré les protestations et l’accusation de montage policier, de nombreux adhérents n’ont pas pu éviter les pertes.
La CNT et certains journalistes d’investigation ont rapidement commencé à mettre en lumière plusieurs points obscurs de cette affaire, tels que la préparation et la participation à l’attaque d’un infiltré de la police, Joaquín Gambín, qui a fini par avouer. De plus, le déroulement de l’incendie n’était pas cohérent. Des témoins ont affirmé qu’il avait commencé à l’arrière du bâtiment, très loin de l’endroit où les cocktails Molotov ont été lancés.
Pendant le procès, les avocats ont demandé la comparution de Joaquin Gambín et du ministre fasciste de la Gouvernance, Rodolfo Martín Villa. Le juge a rejeté la demande et a condamné les accusés à 18 ans d’emprisonnement.
Avec le temps, le rôle de l’infiltré, capturé par le service de la Gouvernance, a été révélé. Il avait dirigé l’attentat et désigné les personnes finalement condamnées. En 1981, il a été arrêté lors d’une fusillade à Valence et l’affaire Scala a été rouverte avec un second procès où il a été condamné à 7 ans d’emprisonnement. Bien que le montage policier ait été démontré, le mal était fait et la CNT n’aurait plus jamais le poids politique et syndical qu’elle avait avant les événements, avant de devenir victime de la répression et de la campagne médiatique impitoyable.
Quand Cuba flirtait avec Franco
Les relations entre le régime des frères Castro et l’Espagne, tant à l’époque de Franco qu’à l’époque de la démocratie, ont été marquées par des hauts et des bas. Lunes de miel et de fiel se sont succédé les unes après les autres.
Le régime fasciste de Francisco Franco avait un regard ambivalent sur Fidel Castro, il rejetait l’alliance de Cuba avec le bloc de l’Est et les nationalisations des propriétés appartenant à des émigrants espagnols qui avaient fait fortune. Mais l’Espagne de Franco n’a jamais rompu les relations diplomatiques et commerciales avec la Cuba castriste, alors que parallèlement elle ne maintenait pas de relations avec l’URSS ou le Mexique du PRI, le Parti révolutionnaire institutionnel, un pays qui hébergeait le gouvernement républicain en exil.
Même s’il y eut des moments de tension entre les deux régimes, comme l’incident au cours duquel l’ambassadeur espagnol Juan Pablo Lojendio prit la parole à la télévision pour réfuter les accusations contre l’Espagne de Fidel Castro, le régime de Franco, en pleine guerre froide, n’a jamais soutenu le blocus de Cuba décrété par les États-Unis. À la mort de Franco en 1976, Cuba décréta trois jours de deuil national durant lesquels les drapeaux sur les sites officiels restèrent en berne.
Qu’avaient en commun Franco et Castro ? Un catholique et un fasciste fervent et un national-communiste athée ? Leurs origines galiciennes et leur goût pour le caudillisme et l’autoritarisme peuvent être un début d’explication. On peut expliquer aussi ce respect mutuel, par le ressentiment qu’éprouvait le dictateur Franco vis-à-vis de l’administration américaine, en raison de la victoire des États-Unis lors de la guerre de Cuba en 1898, ce qui signifia la perte de la dernière colonie espagnole en terres américaines et la faillite d’un système socio-économique féodal qui maintint au pouvoir en Espagne la monarchie et l’aristocratie foncière. Dans ce conflit, les Espagnols ne se battirent pas contre le peuple cubain, mais contre les Nord-Américains. Cette même année, l’Espagne perdit également sa seule colonie asiatique, les Philippines. Il s’ensuivit que tout acte de « vengeance historique » contre les Américains était bien accueilli par Franco et les militaires espagnols. Franco appréciait Castro et il demanda à ses subalternes de ne pas toucher au galleguito, le petit Galicien. Même si le régime fasciste espagnol, à la fin des années 1950, devint un allié des États-Unis et laissa s’installer des bases militaires américaines sur son territoire.
Les Cubains purent à Noël, jusqu’aux années 1970, déguster les turrones de Jijona, les nougats espagnols, grâce à leurs amis espagnols, avant que les frères Castro décident de supprimer les fêtes de fin d’année. C’est aussi grâce à Franco que les petites filles cubaines se virent offrir des poupées espagnoles. Poupées pour lesquelles les mères cubaines faisaient la queue durant des heures nuit et jour. Car il faut dire que les autorités franquistes et castristes ne pouvaient pas garantir la quantité suffisante de poupées pour que chaque petite Cubaine puisse recevoir le jour de la fête des rois une poupée espagnole. Et puis vint le moment où Castro supprima la fête des rois.
Des années plus tard, Manuel Fraga Iribarne, l’un des ministres galiciens de Franco et le créateur de l’actuel Parti populaire, se déplaça à Cuba. Mais avant il avait invité son ami Fidel à visiter Láncara, le village du patriarche de la famille Castro. Ce n’était plus Manuel Fraga Iribarne, le ministre et censeur de l’information espagnol durant la dictature fasciste, il était depuis longtemps devenu, avec la démocratie espagnole et par la grâce d’un désir de croissance économique, le promoteur d’une nouvelle économie basée sur le tourisme. Et c’est ainsi qu’il expliquait son rapprochement avec Cuba. Le fait est que les visites que ces deux personnages se rendaient mutuellement sur leur terre d’origine (Fraga était né à Cuba) et d’enfance se déroulèrent, selon les observateurs cubains et espagnols, dans une atmosphère émouvante (sic), entre queimadas, un vin chaud de Gallice, tartes galiciennes et autres délices du terroir.
Et ce ne fut pas la seule fois où ils se réunirent, il y eut aussi une rencontre historique avec le roi Juan Carlos, dans le pavillon de l’Espagne, à l’Exposition universelle de Séville, dans la moiteur du mois de juillet 1992, la chaleur n’étant pas seulement lié à la température andalouse mais aussi à la rencontre chaleureuse qui unit alors le Parti communiste de Cuba, la monarchie et l’ancienne droite fasciste devenue démocratique. Les représentants de toutes ces tendances politiques se réunirent lors d’un banquet et d’un échange de blagues et de plaisanteries, sans aucun type de réflexion historique, sans parler du passé mais du présent et de l’avenir, avec un objectif commun : le développement de l’économie touristique cubaine avec l’apport de sociétés touristiques espagnoles. Cependant, malgré les tentatives frustrées dans les années 1990 de Fraga pour faire de Cuba un solide allié économique de l’Espagne, Fidel et lui restèrent amis. La maison des parents de Castro fut restaurée par le gouvernement galicien présidé par Fraga et le village galicien où naquit le père de Fidel accueillit celui-ci comme un héros. Fraga se donna pour tâche personnelle la restauration de la société espagnole Rosalia de Castro, le Centre culturel galicien de La Havane. L’université de l’Est décerna à cet ancien ministre d’un État fasciste le titre de docteur honoris causa et il fut déclaré hôte illustre de la ville de Santiago de Cuba. Castro appela à cette occasion Fraga « compagnon », et tous les convives continuèrent à rire, heureux d’entendre les meilleures histoires pour « les enfants, les adultes et les handicapés mentaux », comme l’écrivait Lydia Cabrera.
Ces actes politiques peuvent paraître au départ inexplicables. Cette histoire aurait pu être écrite par Ramón María Valle-Inclán, le célèbre auteur surréaliste galicien, et des faits tragi-comiques comme l’attentat aux explosifs perpétré par la CIA contre des bateaux espagnols remplis de turrones de Jijona ou la visite en 1959 de Che Guevara à Madrid et sa présence lors d’une corrida aux arènes de cette ville auraient pu faire partie d’une de ses œuvres.