Le 15 janvier 1978, plusieurs cocktails Molotov ont incendié la salle de fête Scala de Barcelone, tuant quatre personnes. L’incendie, les arrestations et la criminalisation de la CNT qui en ont résulté représentent l’un des cas les plus significatifs de guerre sale pendant la Transition : l’affaire Scala.
Ce jour-là, la CNT avait organisé une manifestation contre les Pactes de Moncloa, signés quelques mois auparavant, qui consolidaient le régime tout en attaquant les droits de la classe ouvrière. La manifestation s’est déroulée sans incident jusqu’à ce que des inconnus lancent plusieurs bombes incendiaires contre la salle de fête de l’Eixample à Barcelone.
La presse n’a pas tardé à désigner les anarcho-syndicalistes comme responsables de l’incendie et des morts. 48 heures plus tard, un communiqué de la police annonçait l’arrestation des auteurs présumés, qu’elle avait identifiés parmi plus de 10 000 personnes présentes à la manifestation. Le communiqué insistait sur l’affiliation des détenus à la CNT.
Les arrestations, près de 170, se sont poursuivies les jours suivants, accompagnées d’une campagne médiatique de discrédit de la CNT, qui comptait alors des dizaines de milliers d’adhérents et représentait une gêne pour les forces acceptant la transition. Le traitement de la presse a conduit une grande partie de l’opinion publique à croire au récit d’une organisation terroriste qui voulait déstabiliser le « fragile » processus de transition. Malgré les protestations et l’accusation de montage policier, de nombreux adhérents n’ont pas pu éviter les pertes.
La CNT et certains journalistes d’investigation ont rapidement commencé à mettre en lumière plusieurs points obscurs de cette affaire, tels que la préparation et la participation à l’attaque d’un infiltré de la police, Joaquín Gambín, qui a fini par avouer. De plus, le déroulement de l’incendie n’était pas cohérent. Des témoins ont affirmé qu’il avait commencé à l’arrière du bâtiment, très loin de l’endroit où les cocktails Molotov ont été lancés.
Pendant le procès, les avocats ont demandé la comparution de Joaquin Gambín et du ministre fasciste de la Gouvernance, Rodolfo Martín Villa. Le juge a rejeté la demande et a condamné les accusés à 18 ans d’emprisonnement.
Avec le temps, le rôle de l’infiltré, capturé par le service de la Gouvernance, a été révélé. Il avait dirigé l’attentat et désigné les personnes finalement condamnées. En 1981, il a été arrêté lors d’une fusillade à Valence et l’affaire Scala a été rouverte avec un second procès où il a été condamné à 7 ans d’emprisonnement. Bien que le montage policier ait été démontré, le mal était fait et la CNT n’aurait plus jamais le poids politique et syndical qu’elle avait avant les événements, avant de devenir victime de la répression et de la campagne médiatique impitoyable.