Journal Publico
26 avril 2026
par Juan Tortosa
Traduit par Luis Lopez
La semaine dernière, une centaine de personnes ont célébré la IVème Marxa de la Retirada (Quatrième marche de la Retirada). Cette année, nous sommes partis de Montjuïc, où, en 1936, une Olympiade populaire était envisagée comme alternative éthique aux Jeux de Berlin. Elle n’a jamais eu lieu, le coup d’État du 18 juillet ayant tout interrompu. Nous avons bien sûr rendu hommage à Lluís Companys. La deuxième étape a suivi le sentier côtier jusqu’à Mataró. Ce tronçon est connu sous le nom de Camí del Nord (chemin du Nord), un itinéraire emprunté par des milliers de personnes de la région de Maresme fuyant les troupes de Franco. Nous sommes ensuite montés jusqu’à Camprodon et Prats de Molló, puis avons continué jusqu’à Argelès-sur-Mer. Il y a quatre-vingt-sept ans, un demi-million d’Espagnols, principalement des Catalans, mais aussi des Aragonais, des Andalous et des Castillans, ont traversé les Pyrénées pour fuir la terreur après l’arrivée des fascistes à Barcelone. Il s’agissait de la quatrième marche commémorant ce que l’on appelle la Retirada. Tout comme lors de La Desbanda de Malaga à Almería, que nous célébrons également chaque année en février, nous exigeons ici la vérité, la justice et des réparations.
Le dernier tronçon de la Route de la Retirada, qui traverse Collioure et s’achève à Portbou, est profondément émouvant. La tombe d’Antonio Machado, symbole de l’exil intellectuel et émotionnel, et celle de Walter Benjamin, incarnant la tragédie européenne et le désespoir de ceux qui fuyaient les nazis, sont deux exemples qui convergent vers un même point : la nécessité, et l’obligation, de ne pas oublier. C’était en plein hiver que le demi-million de personnes qui ont fui vers la France entre le 28 janvier et le 13 février 1939 l’ont fait à pied, n’emportant que leurs vêtements, dans la neige et la peur. Plus d’un tiers d’entre elles étaient des femmes, des enfants et des personnes âgées.
Tous ces gens en plein désespoir traversèrent Le Perthus, Cerbère, Bourg-Madame ou Prats de Molló et arrivèrent de l’autre côté des Pyrénées, épuisés, affamés et humiliés. Peu après, ils découvriront qu’un autre enfer les attendrait dans le pays voisin après l’occupation allemande : des camps de concentration comme Argelès-sur-Mer, Saint-Cyprien ou Bram ; des plages barricadées ; des trous creusés dans le sable pour dormir ; le froid, la dysenterie et le mépris. Nombre de ces républicains finiront dans les camps nazis ou rejoindront la Résistance française. D’autres, comme ceux qui avaient atteint la Catalogne après avoir survécu à La Desbandà deux ans plus tôt, portaient déjà en eux le parfum d’un exil définitif.
Pendant des décennies, ni la Retirada ni la Desbanda ne furent évoqués. Un silence absolu régnait dans les écoles, dans les rues, entre voisins, et même au sein des foyers. Rares étaient les familles à parler de ce qui nous était arrivé. Après la mort du dictateur, un autre pacte de silence, conclu pendant la Transition pour « éviter de rouvrir les plaies », a maintenu plusieurs générations sans connaître les raisons de tant de peur et de silence. Le franquisme n’a pas seulement tué et exilé, il est aussi parvenu à effacer une partie de notre Histoire. Comment est-il possible que des générations entières n’aient jamais entendu parler de la Retirada ni de la Desbanda ? Quelle sorte de récit collectif avons-nous construit pour que ces épisodes soient relégués à la marge ?
Voilà pourquoi ces marches sont importantes : elles sont une forme de pédagogie vivante, parce qu’elles sont une façon de le raconter aux nouvelles générations, et à celles qui suivent, ce qui nous est arrivé : un coup d’État contre un gouvernement légitime qui a coûté la vie à des centaines de milliers de personnes en trois ans, suivi d’une répression systématique qui a duré quatre décennies. Ceux qui ont choisi de fuir lors de la Retirada ou de la Desbanda étaient des enseignants, des ouvriers, des intellectuels ou des paysans qui croyaient en une Espagne moderne, laïque et juste. Ce n’étaient absolument pas des « rouges » sans cœur, soyons clairs.
Je crois que marcher en hommage aux victimes de cette ignominie les rend plus dignes. À Argelès, il y a un cimetière pour les Espagnols, un monument sur la plage, un mémorial. Là, on dépose des fleurs et on lit des noms ; on leur rend la dignité que leur ont refusée les camps de concentration français et l’oubli espagnol, et on résiste ainsi à la propagande négationniste des descendants de ces criminels – nombre d’entre eux étant aujourd’hui les agitateurs et dirigeants des groupes fascistes qui corrompent au quotidien notre coexistence. Non, le négationnisme n’a pas disparu, loin de là. Il y a encore ceux qui relativisent, qui mettent sur le même plan, qui parlent des « deux camps » comme si le coup d’État fasciste et la tragédie qu’il a engendrée étaient un match de football. Eh bien non !
La mémoire démocratique est le fondement sur lequel nous devons bâtir une société qui refuse de répéter les erreurs du passé. Ce n’est pas un caprice de la gauche ; ça suffit de mentir. La Loi sur la Mémoire Démocratique le reconnaît, mais les lois seules ne suffisent pas. La Retirada et la Desbanda doivent continuer d’être commémorés chaque année jusqu’à ce que la mémoire des victimes soit pleinement restaurée. Il reste beaucoup à faire, car la résistance persiste et l’engagement politique des institutions est faible et insuffisant. Contrairement à ce que beaucoup craignent, je veux croire que les fascistes ne gouverneront pas notre pays, qu’ils ne gagneront pas les prochaines élections. Quoi qu’il arrive, la menace demeurera, c’est pourquoi nous devons mener ces combats avec la plus grande urgence afin que, s’ils accèdent un jour au pouvoir, ils constatent que tout le travail de réparation a déjà été accompli.
Qu’aucune rue ne porte le nom de ceux qui ont assassiné tant d’innocents, mais que les noms des criminels responsables de ces massacres soient répétés sans cesse afin que leurs crimes soient connus, afin qu’ils ne restent pas impunis. Que les familles des victimes reçoivent la reconnaissance publique qu’elles méritent. Que personne, lorsqu’on évoque La Desbandá ou La Retirada, ne hausse les épaules en demandant : « Mais c’est quoi ça ? » parce que les moyens de diffuser cette information restent rares. Que le grand public prenne pleinement conscience de la gravité des événements et que la majorité exige des excuses publiques des institutions. Nous avons pris du retard, beaucoup de retard.
Juan Tortosa, journaliste
La Retirada que nunca nos contaron
Diario Publico
26/04/2026 21:00
Por Juan Tortosa
Durante esta última semana, un centenar de personas hemos celebrado la IV Marxa de La Retirada. Este año la iniciamos en Montjuic, donde en 1936 se proyectó una Olimpiada Popular que pretendía ser la alternativa ética a los Juegos de Berlín. No llegó a celebrarse porque el golpe de Estado del 18 de julio lo truncó todo. Homenajeamos, por supuesto, a Lluís Companys. La segunda etapa la realizamos siguiendo el camino de la costa hasta Mataró. Este tramo se conoce como el Camí del Nord, una ruta que miles de personas de la comarca del Maresme recorrieron en su huida de las tropas de Franco. Subimos después a Camprodón y Prats de Molló y continuamos hasta recalar en Argelès-sur-Mer. Hace 87 años, medio millón de españoles en total, catalanes en su mayoría pero también aragoneses, andaluces y castellanos, cruzaron los Pirineos huyendo del terror tras la llegada de los fascistas a Barcelona. Ha sido la IV Marxa en memoria de lo que se conoce como La Retirada. Igual que se hace en La Desbandá de Málaga a Almería, que cada febrero homenajeamos también, aquí se reclama verdad, justicia y reparación.
El tramo final de La Retirada, donde se pasa por Colliure y se termina en Portbou, es conmovedor. La tumba de Antonio Machado, símbolo del exilio intelectual y emocional, y la de Walter Benjamin, que encarna el drama europeo y la desesperación de quienes huían de los nazis, son dos casos que convergen en un mismo punto, la necesidad, y la obligación, de no olvidar. Era pleno invierno cuando el medio millón de personas que escapó hacia Francia entre el 28 de enero y el 13 de febrero de 1939 lo hizo caminando a pie con lo puesto, bajo la nieve y el miedo. Más de la tercera parte eran mujeres, niños y ancianos.
Aquellas gentes desesperadas cruzaron por Le Perthus, Cerbère, Bourg-Madame o Prats de Molló y llegaron al otro lado de los Pirineos exhaustos, famélicos y humillados. Poco después descubrirían que en el país vecino les esperaba otro infierno tras la ocupación alemana. Campos de concentración de Argelès-sur-Mer, Saint-Cyprien o Bram, playas cercadas con alambre de espino, agujeros cavados en la arena para dormir, frío, disentería y desprecio. Muchos de aquellos republicanos acabarían en los campos nazis o luchando en la Resistencia francesa. Otros, como quienes habían llegado hasta Catalunya tras sobrevivir a La Desbandá dos años antes, llevaban ya en sus carnes el aroma del exilio permanente.
Durante décadas apenas se habló ni de La Retirada ni de La Desbandá. Silencio absoluto en los colegios, en la calles, entre los vecinos y también dentro de casa. En muy pocas familias se hablaba de lo que nos pasó. Tras la muerte del dictador otro pacto de silencio, el enhebrado en la Transición para “no remover heridas”, ha mantenido a varias generaciones sin conocer la razón de tanto miedo y tanto silencio. El franquismo no solo mató y exilió, sino que consiguió también borrar parte de nuestra historia ¿Cómo es posible que haya generaciones enteras que no hayan oído hablar nunca de La Retirada o de La Desbandá? ¿qué tipo de relato colectivo hemos construido para que estos episodios queden al margen?
Por eso estas marchas importan, porque son pedagogía viva, porque son la forma de contarle a las nuevas generaciones, y a las no tan nuevas, lo que nos pasó, un golpe de Estado contra un gobierno legítimo que acabó en tres años con la vida de cientos de miles de personas y al que siguió una represión sistemática que duró cuatro décadas más. Quienes decidieron huir en La Retirada o en La Desbandá eran maestros, obreros, intelectuales o campesinos que creyeron que España podía ser moderna, laica y justa. No eran en absoluto unos « rojos » desalmados, ya está bien.
Creo que caminar para homenajear a quienes fueron víctimas de aquella ignominia les dignifica. En Argelès hay un cementerio de españoles, un monolito en la playa, un memorial. Allí se depositan flores y se leen nombres, se les devuelve la dignidad que les negaron los campos de concentración franceses y el olvido español y se planta cara a la propaganda negacionista de los descendientes de aquellos criminales, muchos de ellos instigadores y cuadros hoy día de las formaciones fascistas que encanallan a diario nuestra convivencia. No, el negacionismo no ha desaparecido ni mucho menos. Continúan existiendo quienes relativizan, quienes equiparan, quienes hablan de « ambos bandos » como si el golpe de Estado fascista y la tragedia que este provocó hubiera sido un partido de fútbol. ¡Pues no!
La memoria democrática es el suelo sobre el que hay que construir una sociedad que no quiere repetir errores, no es un capricho de la izquierda, ya está bien de mentir. La Ley de Memoria Democrática así lo reconoce, pero las leyes solas no bastan. La Retirada y La Desbandá tienen que seguir recordándose cada año hasta que la memoria de las víctimas esté reparada por completo. Queda mucho trabajo, porque las resistencias continúan siendo muchas y el compromiso político de las instituciones es débil y escaso. Al contrario de lo que muchos temen, quiero pensar que los fascistas no van a gobernar en nuestro país, que no van a ganar las próximas elecciones. Ocurra lo que ocurra, la amenaza continuará estando ahí, por eso las peleas hay que darlas con la mayor urgencia posible para que, si alguna vez llegaran a gobernar, se encuentren con todo el trabajo de reparación hecho.
Que no quede ni una calle con el nombre de quienes asesinaron a tantos y tantos inocentes, pero que se repitan una y otra vez los nombres y apellidos de los criminales responsables de aquellas masacres para que se conozcan sus crímenes, para que no queden impunes. Que los familiares de las víctimas reciban el reconocimiento público que ellos y sus familias merecen. Que no haya nadie que cuando se le hable de La Desbandá o de La Retirada se encoja de hombros y te pregunte « ¿eso qué es? » porque los canales para divulgarlo continúen siendo pocos y escasos. Que el común de la ciudadanía adquiera verdadera conciencia de la dimensión de todo aquello y que de una manera mayoritaria se exija a las instituciones que pidan públicamente perdón. Vamos tarde, vamos muy, muy tarde.
Juan Tortosa
Periodista























