Quatre-vingt-dix ans après la victoire du Front populaire : quand les urnes se sont dressées contre le fascisme.

Début 1936, la menace réactionnaire a poussé la gauche à former une grande alliance. Les historiens se remémorent, pour le journal « Público », un évènement historique où priorité a été donnée au dialogue, aux concessions et à une forte mobilisation sociale face à la montée du fascisme en Europe.

Traduit par mes soins, Luis Lopez, l’article du journal Publico
Laura Prieto Gallego,
14/02/2026.

Pour qu’une coalition réussisse, plusieurs facteurs doivent être rassemblés : un objectif commun justifiant la nécessité de gouverner, un programme minimum réaliste et concret, une répartition équilibrée des pouvoirs et des dirigeants capables de négocier. C’est un jeu où chacun doit avoir le sentiment d’avoir gagné, après avoir fait d’importantes concessions.

Tous ces éléments, et un peu de chance, ont permis la victoire du Front populaire, cette grande coalition de gauche qui remporta les élections du 16 février 1936, les dernières avant la Guerre Civile.

Quatre-vingt-dix ans se sont écoulés depuis, et il y a eu des tentatives comme les mouvements de cette semaine au sein de la gauche alternative.

« Je ne suis pas surpris que tout cela revienne dans l’actualité. Le contexte de 1936 était celui de la situation européenne et mondiale, marquée par la montée du fascisme. Aujourd’hui, la situation n’est guère différente. Le fascisme ou le néofascisme sont-ils en progression ? Sans aucun doute », affirme Carmelo Romero Salvador, docteur en histoire contemporaine et professeur émérite à la Faculté de philosophie et des lettres de l’Université de Saragosse, dans un entretien avec Público.

Ainhoa ​​Campos, docteure en histoire et archéologie de l’Université Complutense de Madrid, relève des similitudes entre le discours actuel et celui des Fronts populaires européens. « Le discours de Rufián ces derniers temps s’articule autour du danger que représente un gouvernement PP-Vox ; il y a 90 ans, ce danger était incarné par la CEDA », et elle ajoute: « Cette idée que “nous ne sommes pas d’accord sur tout, mais que nous sommes d’accord sur le fait qu’il faut stopper les extrémistes de droite” est la même chose que ce qui se disait dans les années 1930 en France, en Italie et en Espagne. »

La gauche s’est présentée à ces élections avec deux objectifs clairs. Le premier était précisément de préserver la démocratie de la vague réactionnaire. « En 1931, l’espoir nous unissait ; en 1936, c’était la peur », affirme Romero dans son essai récemment paru, *Le Front populaire de gauche (janvier-juillet 1936)*. Mais le second, à l’échelle nationale, était de libérer les prisonniers politiques de 1934. « L’amnistie fut généralisée. Des familles ouvrières, jusque-là peu engagées politiquement, comptaient au moins un membre en prison », explique Campos. Des centaines d’ouvriers avaient péri lors de la Révolutiion des mineurs asturiens, et jamais auparavant dans l’histoire espagnole un si grand nombre de prisonniers politiques n’avait été détenus : Companys, Azaña et Largo Caballero, entre autres.

À l’opposé de cette thèse du danger, Anna Pastor Roldán, collaboratrice d’EUROM et coordinatrice de *Ruta al Exilio* (Route de l’exil), propose une autre approche : la montée des mouvements d’extrême droite a avant tout conduit à s’organiser. « Les réseaux du mouvement politique populaire, l’action syndicale et les projets d’amélioration sociale qui se sont mis en action en témoignent », souligne-t-il.

Une question de chiffres

Lorsqu’une élection est perdue, ce qui est habituel consiste à rejeter la faute sur autrui. En 1933 (la « période biennale noire »), on a imputé l’échec à l’abstention des anarchistes et à l’approbation du suffrage féminin. « C’est un mythe de cette époque que certains historiens perpétuent encore. Les femmes n’ont ni provoqué la victoire de la droite, ni joué un rôle décisif dans cette élection », affirme Ana Martínez Rus, professeure d’histoire contemporaine à l’Université Complutense de Madrid. Cette défaite était davantage un échec de stratégie politique.

Il faut d’abord comprendre le fonctionnement du système électoral de la République, très similaire à celui qui régit le Sénat (espagnol) aujourd’hui. C’était un système majoritaire à listes ouvertes, exigeant qu’au moins un candidat obtienne 40 % des voix pour éviter un second tour. « Le vote des grands partis est surestimé », explique Carmelo Romero. Comme toute loi, ce système comportait des règles à respecter et favorisait les accords préélectoraux.

En 1931, les partis progressistes étaient unis, mais le pouvoir suscita divisions et dissensions, ce qui, selon l’historien spécialiste des systèmes électoraux, leur porta préjudice non seulement en termes de voix, mais les « désintégra finalement en termes de sièges ». Une fois dans l’opposition, en 1934, les premières discussions s’engagèrent. « Aujourd’hui encore, nous constatons que, dans certaines régions, la fragmentation nuit considérablement aux petits partis ou à ceux dont l’électorat est dispersé, comme l’IU ou Podemos », souligne-t-il, rappelant que, paradoxalement, tant en 1936 que dans les débats actuels, les initiatives émanent de l’ERC.

Pour Miguel Ángel del Arco Blanco, docteur en Histoire de l’Université de Grenade et professeur d’Histoire contemporaine, la clé résidait non seulement dans les instances officielles, mais aussi dans la rue : la mobilisation fut le facteur décisif. En février 1936, le taux de participation atteignit 71,3 %, soit quatre points de plus que lors des élections précédentes. « De nombreux anarchistes se sont rendus aux urnes, ce qui est inhabituel », souligne l’historien. Le scrutin s’est joué à deux, la gauche l’emportant de justesse (47,2 % contre 45,6 % pour la droite), effaçant pratiquement de la carte le centre politique.

Un leader pour soulever l’enthousiasme.

« Curieusement, Azaña n’a jamais voulu l’appeler le Front populaire, car il ne croyait pas aux partis ouvriers, même si l’histoire a fini par le nommer ainsi, à son grand regret », note Campos. Il fut le principal acteur de ces négociations et celui qui impulsa le programme électoral, une figure clé capable de jouer le rôle de médiateur entre l’aile la plus conservatrice et le bloc ouvrier. Azaña était, selon les mots de Paul Preston, « la République personnifiée ». Son arrestation lors de la Révolution de 1934 avait encore accru sa popularité. « Il était capable de remplir des meetings avec des milliers de personnes », explique Campos. La campagne électorale de 1936 fut l’une des premières à faire appel à la mobilisation des masses et à utiliser des techniques de propagande modernes : « Une immense affiche de Gil Robles avec des chars d’assaut en arrière-plan fut placée à la Puerta del Sol, imitant le style des Chemises brunes. » Le dirigeant de la CEDA est également parvenu à former une coalition contre-révolutionnaire, à une différence majeure près : il s’agissait d’un accord artificiel, fondé principalement sur des calculs électoraux, sans aucun accord préalable. « Tandis que la gauche s’unissait autour des prisonniers et de l’amnistie, la droite n’était unie que par la peur du communisme. Il lui manque ce ciment », explique Romero.
Entre socialistes et républicains, des moments de tensions ne manquèrent pas durant ces mois de négociations. De profondes divergences idéologiques existaient, et l’inclusion du PCE (Parti communiste d’Espagne) constituait le point qui déclenchait le plus de colères. « Largo Caballero les incita à ne pas partir seuls, et il a réussi, mais l’aile modérée était très réticente », se souvient Romero. La clé d’un accord réussi résidait dans un programme minimal et modéré, structuré comme « un contrat de mariage ». « Il s’agissait de forces très hétérogènes, aux points de vue différents, mais ils étaient cohérents, sincères et clairs. Le Parti socialiste et l’UGT (Union générale des travailleurs), par exemple, ont explicitement indiqué les points qu’ils soutenaient et ceux qu’ils rejetaient », affirme Martínez Rus. Pastor souligne que, loin de ce qui fut finalement convenu, « le manifeste ne comportait aucune mesure révolutionnaire et renforçait les idées de la bourgeoisie ». Ce qui est certain, c’est que dans les mois précédant le déclenchement de la guerre civile, les revendications sociales sont en hausse et que « le Front a partiellement soutenu ces revendications », comme l’accélération de la mise en œuvre de la réforme agraire ou le projet de sauvetage et de restitution des biens communaux.

Certaines élections sont contestées, d’autres non.

Parmi les dizaines d’élections organisées avant 1936, une seule fois celui qui convoqua le scrutin fut le vainqueur : les élections d’avril 1931. La même exception s’est produite cinq ans plus tard, laissant e état de choc les vaincus, qui tenaient la victoire pour acquise. Dans les deux cas, c’est la droite qui a cédé le pouvoir, et dans les deux cas, les résultats des urnes ont continué d’être contestés.

« Ce débat doit être replacé dans son contexte national et est largement dû, en grande partie, aux mythes que nous a légués le franquisme pour s’auto-légitimer », note Del Arco, rappelant que le récit de fraudes présumées a récemment été remis en question par l’historiographie. Les historiens partagent cette thèse, sans nier que des irrégularités locales ont été constatées de la part des deux partis, comme cela s’était produit deux ans auparavant, sans toutefois concerner un nombre significatif de sièges.

Quelle est l’origine de la théorie des élections truquées ? En 1938, alors que la guerre était déjà annoncée comme gagnée, Serrano Suñer chargea un comité de 29 membres, composé d’anciens ministres et de « caciques » locaux, de déclarer « illégales les élections de 1936 et 1931 ». « Le discours des franquistes, hier comme aujourd’hui, est le même : tenter de justifier le coup d’État », affirme Campos, une idée reprise par Pastor : « Ceux qui prétendent que ces élections ont créé le conflit et déclenché la guerre s’approprient le discours franquiste, qui cherchait à rendre responsable la gauche politique espagnole et les mouvements sociaux. »

La vérité est que, le 16 février, le bloc contre-révolutionnaire s’est retrouvé encore plus désemparé, fracturé et éloigné de la voie démocratique. Le nombre d’adhésions à la Phalange a explosé et le discours politique s’est radicalisé, en symbiose avec le climat de violence généralisée. « La République, à aucun moment, ils ne l’ont jamais laissé en paix », affirme Martínez Rus, en rappelant la tentative de coup d’État de Sanjurjo. « Dés le départ il y eut l’idée d’en finir avec ce régime par la violence de rue et par les actions de l’élite économique, entre autres », explique-t-il. Violence, chaos, menace révolutionnaire, démembrement de la nation… Les arguments qui sous-tendaient les complots ayant mené au coup d’État ont persisté des décennies plus tard et résonnent encore aujourd’hui. « Il ne faut pas oublier qu’un tiers de la population nous avons été éduqué sous le franquisme, et que chacun est le produit de son enfance. Nous avons grandi avec ces encyclopédies et ces manuels », conclut Carmelo Romero.

Laura Prieto Gallego
rédactrice en chef de la rubrique Logement et Mémoire historique. Auparavant, elle a travaillé au service des informations d’El Confidencial et dans les rédactions d’elDiario.es, d’infoLibre et de Cadena SER. Elle a étudié le journalisme, les sciences politiques et l’administration publique à l’URJC de Madrid.

Artículo diario Público

Noventa años de la victoria del Frente Popular: cuando las urnas se plantaron frente al fascismo

En los inicios de 1936, la amenaza reaccionaria empujó a las izquierdas a una gran alianza. Historiadores rememoran para ‘Público’ un hito histórico donde primó el diálogo, las cesiones y una fuerte movilización social ante el avance de los fascismos en toda Europa.

Laura Prieto Gallego
14/02/2026

Para que una coalición salga adelante tienen que cumplirse varios factores: un objetivo común que justifique la necesidad de gobernar, un programa de mínimos realista y concreto, un reparto de poder equilibrado y líderes capaces de negociar. Es un juego en el que todos tienen que sentirse ganadores habiendo cedido en mucho.
Todo ello, y algo de suerte, confluye para que salga adelante el Frente Popular, la gran coalición de izquierdas que ganó las elecciones el 16 de febrero de 1936, las últimas antes de la Guerra Civil. De eso han pasado ya 90 años e intentos como los movimientos de esta semana en la izquierda alternativa.

« No me extraña que todo esto vaya surgiendo. La coyuntura en 1936 es la situación europea y mundial, con el crecimiento del fascismo. Hoy no es muy diferente. ¿Está creciendo un fascismo o neofascismo? Sin duda », argumenta en conversaciones con Público Carmelo Romero Salvador, doctor en Historia Contemporánea y profesor titular jubilado de la Facultad de Filosofía y Letras de la Universidad de Zaragoza.
Ainhoa Campos, doctora en Historia y Arqueología por la Universidad Complutense de Madrid, encuentra similitudes entre los discursos actuales y los de los frentes populares europeos. « El discurso de Rufián estos días ha girado sobre el peligro de un gobierno de PP y Vox; y ese peligro hace 90 años era la CEDA », y añade: « Aquello de no estamos de acuerdo en todo, pero sí en que hay que parar a los ultras es lo mismo que se dijo en los años treinta en Francia, Italia o España ».

La izquierda se presentaba a estos comicios con dos objetivos claros. El primero era, precisamente, salvaguardar la democracia de la ola reaccionaria. « En el 31 unía la ilusión, en el 36 fue el miedo », sentencia Romero en su recién publicado ensayo El Frente Popular de Izquierdas (enero-julio 1936). Pero el segundo, en el plano nacional, eraliberar a los presos políticos del 34. « La amnistía era transversal. Familias obreras que hasta entonces no estaban especialmente politizadas tenían a alguien en la cárcel », cuenta Campos. En la revolución asturiana habían muerto centenares de obreros y nunca en la historia de España se había acumulado tal cantidad de presos políticos: Companys, Azaña o Largo Caballero, entre ellos.
Frente a la tesis del peligro, Anna Pastor Roldán, colaboradora de EUROM y coordinadora de Ruta al Exilio, propone un enfoque distinto: el auge de movimientos de extrema derecha provocó, sobre todo, organización. « Las redes del movimiento político popular, la acción sindical y los proyectos de mejoramiento social que se pusieron en marcha lo demuestran », subraya.

Cuestión de números
Cuando se pierden unos comicios, lo habitual es echar balones fuera. En 1933 (bienio negro) la diana se puso en la abstención anarquista y la aprobación del sufragio femenino. « Es un mito de la época que algunos historiadores todavía reproducen. Las mujeres ni hacen que gane la derecha ni son determinantes aquí », sentencia Ana Martínez Rus, profesora titular de Historia Contemporánea en la Universidad Complutense de Madrid. El descalabro fue más bien un fallo de estrategia política.
Lo primero que hay que entender es cómo funcionaba el modelo electoral de la República, muy similar al que hoy rige en el Senado. Se trataba de un sistema mayoritario de listas abiertas que exigía que, al menos, uno de los candidatos alcanzara el 40% de los votos para evitar la segunda vuelta. « Se sobredimensiona el voto de los partidos grandes », explica Carmelo Romero. Como todas las leyes, aquella tenía unas reglas con las que había que jugar y que beneficiaban los acuerdos preelectorales.

En 1931, las formaciones progresistas fueron unidas, pero el poder les abocó a la división y las disidencias, lo que, en palabras del historiador, experto en sistemas electorales, no solo les perjudicó en votos, sino que terminó por « fulminarlos en escaños ». Una vez en la oposición, ya en 1934, empezaron las primeras conversaciones. « Incluso hoy en día estamos viendo que hay zonas donde la fractura hace mucho daño a las formaciones pequeñas o con voto disperso, como IU o Podemos », apunta, recordando que paradójicamente tanto en el 36 como en los debates actuales las iniciativas surgen desde ERC.
Para Miguel Ángel del Arco Blanco,doctor en Historia por la Universidad de Granada y profesor titular de Historia Contemporánea, la clave no estuvo solo en los despachos, sino en la calle: lo determinante fue la movilización. En febrero de 1936, la participación escaló hasta el 71,3%, cuatro puntos más que en las anteriores elecciones. « Muchos anarquistas acudieron a las urnas, algo que no es habitual », apunta el historiador. Fueun duelo entre dos donde la izquierda se impuso por la mínima—un 47,2% frente al 45,6% de las derechas—, dejando un centro político prácticamente borrado del mapa.

Un líder que entusiasme
« Curiosamente Azaña nunca quiso llamarlo Frente Popular, porque él no creía en los partidos obreros, aunque es lo que acabó pasando a la historia, para su disgusto », apostilla Campos. Es el gran protagonista de estas negociaciones y el impulsor del programa electoral, una figura clave que podía actuar de mediadorentre el área más conservadora y el bloque obrero.
Azaña era, en palabras de Paul Preston, « la República personificada ». Su detención en la revolución del 34había disparado aún más su popularidad. « Era capaz de llenar mítines con miles de personas », dice Campos. La del 36 fue una de las primeras campañas electorales en las que se apela a la movilización masiva y se utilizan técnicas de propaganda modernas: « Se colocó en la Puerta del Sol un cartel gigante de Gil Robles con tanques de fondo, copiando el estilo de las camisas pardas ».
El líder de la CEDA también consiguió formar una coalición antirrevolucionaria, con una diferencia clave: era un acuerdo artificial por puro cálculo electoral, sin ningún preacuerdo. « Mientras la izquierda se unía en torno a los presos y la amnistía, a la derecha solo la cohesionaba el temor al comunismo. Les falta esa argamasa », explica Romero.

Entre socialistas y republicanos tampoco faltaron momentos de tensión en los meses que duraron las conversaciones. Había profundas diferencias ideológicas y la inclusión del PCE fue lo que más ampollas levantó. « Largo Caballeropresionó para que no fueran en solitario y lo consiguió, pero el ala moderada era muy reticente », recuerda Romero.

La clave para llegar a buen término fue un programa de mínimos, moderado, que se armó como « un matrimonio en separación de bienes ». « Eran fuerzas muy heterogéneas con puntos de vista distintos, pero fueron coherentes, sinceros y claros. El Partido Socialista y la UGT, por ejemplo, explicitaron qué puntos respaldaban y cuáles no », sostiene Martínez Rus.

Pastor resalta que, lejos de lo que se ha venido a firmar, « el manifiesto no incluyó medidas revolucionarias y fortalecía las ideas burguesas ». Lo que sí es cierto es que en los meses previos al estallido de la Guerra Civil las demandas sociales aumentan y « el Frente acompañó parcialmente esas reivindicaciones », como la aceleración de la implantación de la Reforma Agraria o el proyecto de rescate y restitución de bienes comunales.

Unas elecciones se cuestionan y otras no
En las decenas de contiendas electorales que se habían celebrado antes de 1936, sólo en una ocasión el ganador no era el convocante: las de abril de 1931. La misma excepción se dio cinco años después, dejando en shock a los derrotados, que daban la victoria por hecha. En ambos casos son sectores de la derecha quienes abandonan el poder y, en ambos casos también, sigue poniéndose en duda el resultado de las urnas.
« Este debate tiene que leerse en clave nacional y se debe, en gran parte, a los mitos que nos legó el franquismo para autolegitimarse », apunta Del Arco, recordando que la narrativa del supuesto fraude ha sido cuestionada recientemente por la historiografía. En esta tesis coinciden los historiadores, sin negar que se registraron irregularidades locales por parte de ambos partidos, como había sucedido en el anterior bienio, sin afectar a un número relevante de escaños.
¿Cuál es el origen de la teoría del pucherazo? En 1938, cuando la guerra ya se daba por ganada,Serrano Suñer encarga una comisión de 29 miembros, entre exministros y antiguos caciques, para dictaminar « la ilegalidad de las elecciones de 1936 y 1931 ». « El relato de los franquistas entonces y hoy es el mismo: tratar de justificar el golpe de Estado », sentencia Campos, una idea a la que Pastor se suma: « Quienes argumentan que estas elecciones crearon conflictividad y desencadenaron la guerra, compran el relato del franquismo, que buscó responsabilizar a la izquierdapolítica española y a los movimientos sociales ».

Lo cierto es que aquel 16 de febrero el bloque antirrevolucionario quedó aún más desconcertado, fracturado y alejado de la vía democrática. Las afiliaciones a Falange se dispararon y los discursos políticos se radicalizaron en sintonía con el ambiente de violencia generalizada. « A la República no la dejan en paz en ningún momento », sostiene Martínez Rus, recordando la Sanjurjada. « Ya había una idea de acabar con este régimen desde la violencia callejera y desde la élite económica, entre otras vías », explica.

Violencia, caos, amenaza revolucionaria, desmembramiento de la patria… Los argumentos que sobrevolaban las conspiraciones previas al golpe de Estado se mantuvieron décadas después y hoy siguen resonando. « No hay que olvidar que un tercio de la población nos educamos en el franquismo y cada uno es hijo de su infancia. Nos hemos criado en esas enciclopedias y esos textos », concluye Carmelo Romero.

Laura Prieto Gallego
Redactora de Vivienda y Memoria Histórica. Antes trabajó en el equipo de Mesa de El Confidencial y ha pasado por las redacciones de elDiario.es, infoLibre y Cadena SER. Ha estudiado Periodismo, Ciencia Política y Gestión Pública en la URJC de Madrid.

​ 16 février 1936 : ​ la victoire du Frente Popular en Espagne

La coalition électorale traduit un rassemblement des ouvriers, des paysans et des classes moyennes. Le 16 février 1936, l’alliance l’emporte avec une majorité en voix et en sièges.

Par Alexandre Fernandez
Historien

Le 16 février 1936, la coalition de Front populaire (Frente Popular)remporte les élections en Espagne. Un événement qui s’inscrit dans un large mouvement européen, voire mondial, d’alliance des classes populaires et des classes moyennes contre la menace fasciste.

Cependant, les conditions d’exercice du pouvoir présentent des traits spécifiques : à peine six mois en temps de paix, plombés par les effets de la crise économique et marqués par la dynamique des revendications sociales des travailleurs, d’une part, et, naturellement, par l’hostilité haineuse de la grande presse au service des classes possédantes et de l’Église catholique et, surtout, les bruits de complot de l’armée et de la droite extrême d’autre part.

Ce résultat du 16 février met fin à une période de plus de deux ans (depuis les élections de novembre 1933) de gouvernements de droite qui ont, autant que possible, annihilé les avancées sociales de 1931 et réprimé, plus que très sévèrement, la tentative révolutionnaire d’octobre 1934.

Ce Frente Popular regroupe deux formations républicaines (Gauche républicaine et Union républicaine), le Parti socialiste (PSOE) et la centrale syndicale qui lui était liée l’Union générale des travailleurs (UGT), les Jeunesses socialistes, le Parti communiste d’Espagne (PCE), le Parti ouvrier d’unification marxiste (Poum), et la Gauche républicaine catalane. Il n’a été constitué que quelques mois, voire, formellement, quelques semaines, plus tôt.

​ Surmonter les réticences 
En effet, il a fallu surmonter, tout à la fois, les réticences de l’UGT et de l’aile gauche du PSOE, représentées par Largo Caballero – partisans d’un « front ouvrier » excluant les organisations bourgeoises – et celles des républicains de gauche – qui, à l’inverse, ne souhaitaient pas l’inclusion des communistes dans une « alliance de gauche » conçue avec les seuls socialistes ; leur leader, Manuel Azaña, ne consentant à évoquer, du bout des lèvres, le Frente Popular que le jour de la signature de l’accord électoral le 15 janvier 1936.

La volonté du PCE, inscrite dans la stratégie du 7e congrès de l’Internationale (août 1935) et stimulée par l’exemple français (meeting du 14 juillet 1935), d’aller vers un rassemblement des ouvriers, des paysans et des classes moyennes (l’appel lancé aux militants pour le meeting d’Azaña le 20 octobre 1935 en témoigne), et de mettre celui-ci sous le signe de l’antifascisme, a été décisive. Les partis feront campagne sur leurs programmes respectifs, tout en s’accordant sur quelques points communs, notamment l’amnistie pour les prisonniers d’octobre 1934 : ce qui détermine la puissante confédération syndicale anarcho-syndicaliste (CNT) à ne pas prôner, cette fois-ci, l’abstention.

Le Frente Popular est le signe et le support de la victoire de la gauche. La majorité en voix est faible mais l’alliance électorale ayant bien fonctionné, la majorité en sièges est nette : 263 députés, dont 125 républicains, 99 socialistes et 20 communistes.

La reprise des réformes républicaines
Ni les communistes, ni même les socialistes (contrairement à 1931) ne participent au gouvernement dirigé par Azaña (en mai, celui-ci devient président de la République, il est remplacé à la tête du gouvernement par Santiago Casares Quiroga). Débordant l’enthousiasme populaire général, l’impatience des journaliers agricoles et de secteurs ouvriers encadre l’action du gouvernement.

Pour ce dernier, il s’agit de reprendre les réformes républicaines là où elles avaient été interrompues  avec la relance de la réforme agraire notamment. Le programme n’est, en aucun cas, d’ouvrir la porte à quelque révolution sociale que ce soit. Les organisations de gauche du Frente Popular ne confondent pas une énergique mobilisation pour des revendications sociales, voire politiques, et la véritable mobilisation révolutionnaire.
Confondre les deux, comme certaines analyses libérales ont tendance à le faire est, selon l’historien Martin Ramos, au mieux, un préjugé idéologique, voire de classe. Au pire, c’est céder à la rhétorique réactionnaire qui veut ainsi justifier, au nom d’une action préventive, le coup d’État des militaires factieux et la guerre civile qui s’ensuivit. À la plus grande satisfaction de l’extrême droite renaissante.

C’est oublier que, de longue date, et depuis mars 1936, de manière avérée et avec le soutien de l’Italie fasciste, des fractions de plus en plus importantes de la droite, sensibles aux sirènes de l’extrême droite, entendent substituer à la reconquête du pouvoir politique et social par les urnes, trop incertaine désormais, la prise de pouvoir par les armes. En aucun cas, on ne saurait déduire des difficultés, réelles et diverses, du Frente Popular, l’assassinat de la démocratie que sera le soulèvement militaire, réactionnaire et fasciste du 18 juillet.

Comment les étrangers ont-ils pris part à la Résistance ? En débat

Ils sont venus se réfugier dans le pays des Lumières, de Victor Hugo, du capitaine Dreyfus et de Robespierre. Après avoir fui les persécutions politiques et antisémites, ces femmes et ces hommes ont participé au combat de la Libération, parfois au prix de leur vie.

À l’heure où des discours de rejet et de haine des étrangers prennent partout le pouvoir dans le monde et menacent de le faire en France, cette rencontre entre deux historiennes et un élu de la République, petit-fils d’un dirigeant de la Résistance, permet de mesurer l’apport essentiel de ces femmes et de ces hommes. Ces étrangers, fuyant les persécutions antisémites et politiques, ont trouvé refuge en France.

L’échange entre trois points de vue savants et engagés sur cette réalité historique fait écho à la panthéonisation, il y a deux ans, de Missak et Mélinée Manouchian et de la reconnaissance des membres des résistants communistes du groupe de l’Affiche rouge.

Le 21 février 2024, Missak et Mélinée Manouchian entraient au Panthéon, quatre-vingts ans après l’exécution du groupe de l’Affiche rouge. Pourquoi cette reconnaissance est-elle si importante ?

Pierre Ouzoulias

Sénateur PCF des Hauts-de-Seine et membre du Comité pour la panthéonisation de Missak Manouchian

Ce combat pour la reconnaissance de la figure de Manouchian est engagé depuis 1951. Mon grand-père, Albert Ouzoulias, « colonel André », conseiller municipal de Paris, dépose alors un vœu devant le Conseil de Paris pour qu’une rue porte le nom de Missak Manouchian et du groupe de l’Affiche rouge. En 2024, au moment de la panthéonisation de Manouchian, des voix à gauche et à droite ont pourtant exprimé une vision critique de la façon dont le Parti communiste aurait oublié ses résistants étrangers. Selon eux, le PCF avait surtout mis en avant les Français.

C’est faux. Dès la Libération, le Parti communiste a honoré tous les étrangers qui s’étaient investis et étaient morts dans le combat libérateur. Manouchian au Panthéon, c’est le moment durant lequel la Résistance communiste trouve enfin sa place après une forme de rejet et de suspicion de principe sur la place des étrangers dans la Résistance. Il a fallu attendre ce moment exceptionnel d’unité nationale telle qu’on en voit peu. Durant cette période, je suis allé dans beaucoup de collèges et lycées.

Chez les jeunes, une interrogation revenait : « Pourquoi, quand on est un étranger, on meurt pour la France ? » À partir de cette question de fond, un débat tout à fait passionnant s’installait sur ce que c’est que la nation. La France, ce n’est pas le sang, ce n’est pas le sol, c’est le projet politique porté par la Révolution, par les Lumières et par Victor Hugo. Manouchian, à travers ses écrits, est un amoureux absolu de la culture française, mais aussi de ce que la France représente pour un certain nombre d’étrangers : la patrie des droits de l’homme et des Lumières.

Aujourd’hui, face à l’extrême droite, montrer que la France c’est d’abord un projet politique pour lequel des étrangers peuvent combattre et mourir, c’est une leçon tout à fait exceptionnelle et complètement d’actualité.

Ces résistants étaient des juifs des pays d’Europe centrale, des Italiens, des Espagnols, des Arméniens, etc. Manouchian, fusillé au Mont-Valérien avec ses camarades, est arménien. En quoi cette origine revêt-elle un écho particulier ?

Astrig Atamian

Historienne et autrice de Ceux de Manouchian

La figure de Missak Manouchian a été la porte d’entrée de mon intérêt pour les communistes arméniens de France. En me penchant sur son parcours, je me suis rendu compte que son engagement dans les Francs-tireurs et partisans-Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI) n’était pas le fruit d’une démarche individuelle mais s’inscrivait dans une histoire collective. Celle d’abord de la Main-d’œuvre étrangère (MOE), qui deviendra ensuite la MOI. La section française de l’Internationale communiste a très tôt organisé les étrangers. Les Arméniens étaient regroupés au sein d’un groupe de langues qui deviendra une sous-section arménienne.

Ces Arméniens étaient des rescapés du génocide perpétré dans l’Empire ottoman. Réfugiés en France, ils ont formé ce que l’on appelait la « colonie arménienne » très polarisée politiquement entre les partisans de l’indépendance de l’Arménie et les partisans de l’Arménie soviétique. En France, le Parti communiste commençait à encadrer les immigrés. De son côté, l’Arménie soviétique cherchait aussi à asseoir son influence sur les Arméniens dans le monde.

Arménien et français, il existe ce double horizon dans la Résistance étrangère. On peut même parler de double patriotisme. On peut avoir plusieurs identités qui ne rentrent pas en confrontation les unes les autres. Missak Manouchian était patriote. Il avait voulu devenir français et la nationalité lui avait été refusée à deux reprises. Il chérissait les valeurs de la République française.

Il était francophile comme la plupart des Arméniens issus de l’Empire ottoman. Et, en même temps, il chérissait ses racines arméniennes. Les identités ne rentrent pas en contradiction, elles se superposent. Ce double horizon a été un moteur fort du combat des résistants étrangers.

Zoé Grumberg

Historienne et autrice de Militer en minorité ?

Je réagis à l’interrogation évoquée par Pierre Ouzoulias de savoir pourquoi des étrangers vont mourir pour la France. D’abord, ils n’étaient pas tous des étrangers. Certains avaient des origines étrangères. Issus de l’immigration, ils avaient été naturalisés. Dans le cas des juifs que j’ai étudiés, je me suis demandé comment on peut être à la fois juif, communiste et français ?

Ce sont des identités solubles qui évoluent et ne sont pas antagonistes. Parfois, elles créent des conflits ou peuvent conduire à se désengager. Il y a des moments où ces identités deviennent plus fortes ensemble. Cela a été le cas de la période de la guerre et de l’Occupation où, paradoxalement, ces étrangers sont rejetés. Les Arméniens, les juifs sont traités de métèques, subissent une politique antisémite.

De surcroît, ils subissent une politique de persécution parce qu’ils sont communistes, mais ils ont envie de se battre pour la France et de devenir français. Par ailleurs, ils revendiquent leur identité arménienne ou juive. Ces trois identités, pendant la guerre et dans la Résistance, on peut dire qu’elles n’en forment qu’une, s’enrichissant les unes des autres. Elles renforcent même le combat pour une France qui accueille les étrangers.

D’où le titre de votre ouvrage Militer en minorité ?

Zoé Grumberg Oui, en effet. Il s’agit d’une minorité en France, au sein du Parti communiste et aussi au sein du monde juif. Et donc, comment fait-on quand on milite en minorité ? Est-ce qu’on milite que pour cette minorité ? La réponse est non. Le Parti communiste a organisé des groupes spécifiques pour les étrangers et les immigrés pour leur permettre de militer dans leur langue.

Mais ces groupes ne militent pas à part. Si les étrangers défendent les causes qui leur sont chères, ils adhèrent aux cellules du PCF et participent aux combats des Français. Le Front populaire va être un premier moment de ce creuset d’intégration dans la nation française. Ensuite, la Résistance vient renforcer ce mouvement. Après la création de l’Etat en 1948, Israël ne constituera pas une solution. Bien sûr, ils sont pour l’existence de l’État d’Israël mais, en aucun cas pour eux, il s’agit de s’y installer. Ils veulent vivre en diaspora. Ils défendent la création de l’État d’Israël car il faut bien que les juifs rejetés aillent quelque part. Personne n’en veut. En Amérique ou en Europe, il y a des quotas partout.

Qu’est-ce qu’on fait quand on est un juif polonais et qu’on se fait massacrer après être revenu d’Auschwitz ? On crée un État. Par contre, très vite, tout en soutenant l’existence de l’État, ils vont critiquer, voire s’opposer à la politique de l’État. C’est encore la position des juifs communistes aujourd’hui.

Au sein du mouvement ouvrier au début du XXe siècle, dans le PCF et la CGT, il s’agit de rassembler et d’organiser les immigrés. Quel est l’objectif ?

Zoé Grumberg Pour comprendre cette organisation, il faut revenir à l’URSS de Lénine. Le dirigeant bolchevique constate que, dans les républiques soviétiques, peu de gens parlent russe. Comment fait-on alors pour diffuser le socialisme ? Il va alors autoriser le fait de militer dans une autre langue. En fait, on diffuse le communisme par le biais des spécificités de chaque peuple. Et le Parti communiste français va donc engager dans l’entre-deux-guerres cette diffusion du communisme dans tous ces groupes linguistiques.

À la Libération, cela est maintenu, notamment chez les juifs. Le secteur juif du Parti communiste français maintient ou crée un certain nombre d’organisations (notamment l’UJRE et la CCE – NDLR), qui vont défendre la situation des victimes des persécutions, de la déportation et des spoliations. Tous ces groupes créent des organisations de masse. C’est le cas notamment des juifs, des Arméniens, des Italiens et d’autres.

Ces organisations de masse au sein du Parti communiste vont promouvoir une pénétration sociétale du communisme. Cette diffusion va s’opérer par le biais d’associations sociales ou culturelles. Lorsqu’on ouvre une cantine ou un dispensaire, le mot d’ordre, c’est que chaque personne qui y vient doit ressortir membre du parti. Cela ne marche pas toujours… On organise des chorales pour chanter ensemble en yiddish mais les chants sont tous révolutionnaires ! C’est un peu pareil, chez les Arméniens, même si, après guerre, c’est différent.

Astrig Atamian C’est vrai que le sentiment national est investi par les Arméniens communistes, ne serait-ce que pour combattre l’influence de leurs opposants nationalistes. Et en fait chez les Arméniens, les organisations de masse vont davantage s’organiser sous l’égide soviétique. À la Libération, seuls les « garmir » (« rouges »), communistes et prosoviétiques, honorent la mémoire de Manouchian.

Puis, à partir du moment où l’enjeu a été de faire reconnaître le génocide nié par la Turquie, la figure de Manouchian a été réinvestie par toutes les composantes de la diaspora pour faire avancer cette cause. Et même des Arméniens de droite se revendiquent de l’héritage de Manouchian. C’est le paradoxe, c’est une figure qui unit.

Pierre Ouzoulias Sur le plan historique, un lien très fort a alors été tissé entre les juifs et les Arméniens de France et les communistes. Cela s’est poursuivi très longtemps. Guy Ducoloné, député PCF des Hauts-de-Seine, déposera chaque année une proposition de loi pour la reconnaissance du génocide arménien.

De son côté, le communiste Jean-Claude Gayssot portera, lui, à l’Assemblée nationale, la loi qui pénalise la négation de la Shoah et des chambres à gaz. Quelque chose s’est noué pendant la Résistance qui se poursuit sur la longue durée.

Comment cette histoire peut-elle nous permettre de penser pour aujourd’hui une construction politique possible ?

Zoé Grumberg Tous les discours politiques de droite idéalisent le passé avec des étrangers, des immigrés qui devenaient français, parlaient français et quittaient leur religion, etc. Comme si c’était toujours mieux avant. En fait, on se rend compte que ce n’était pas possible de faire rentrer à marche forcée des gens dans un moule, et surtout qu’être français ne signifiait pas renoncer à ses origines, à sa langue et à sa culture. L’intégration prend du temps. Parler sa langue maternelle, cela ne veut pas dire qu’on ne s’intègre pas.

Continuer à pratiquer une religion ou avoir des rites spécifiques, cela ne signifie pas qu’on ne devient pas français. En définitive, nos deux ouvrages historiques, avec Astrig Atamian, montrent qu’il est possible d’être à la fois juif et français, ou encore arménien et français. Ces différentes identités ne s’excluent pas. C’est un appel à des identités multiples qui cohabitent et qui ne vont pas mettre en danger une identité nationale.

Quand on parle d’universalisme, on pense souvent à une norme blanche, catholique, hétérosexuelle. Et, en fait, l’universalité, c’est plutôt un creuset de différences.

Astrig Atamian Je rejoins complètement Zoé Grumberg. L’intégration, ce n’est pas de renoncer à son histoire, à sa culture d’origine, à la langue de ses parents ou de ses grands-parents. Au contraire, cette différence tend à enrichir le collectif national.

Pierre Ouzoulias Pour employer une formule : on peut et on doit être à la fois patriote et internationaliste. Patriote, c’est défendre sa patrie, quelle qu’elle soit. Et on peut participer pleinement à un projet collectif qui va beaucoup plus loin et traverse même les frontières nationales.

C’est quelque chose de fondamental dans la période actuelle où on a tendance à opposer les identités. L’addition des identités permet à terme de viser l’universalité. Ce qui nous manque, c’est une République qui défend les droits des femmes et des hommes à l’échelle planétaire. Pour cela, il faut dépasser ce que nous sommes pour penser une République universelle.

Table ronde réalisée par Pierre Chaillan

16 février 1936Victoire du Frente Popular

Le 13 février, Léon Blum est agressé et blessé par les Camelots du roi, la milice de l’Action française. Le directeur du Populaire quittait la Chambre des députés quand sa voiture est immobilisée, boulevard St-Germain, bloquée par le cortège funèbre de l’académicien royaliste Jacques Bainville. Les factieux reconnaissent le dirigeant socialiste, se mettent à crier « Blum à la Seine ! » et s’apprêtent à le lyncher ; il est sauvé par l’intervention d’ouvriers maçons travaillant dans les environs. Blum a été transporté à l’Hôtel-Dieu. Protestation indignée du PCF qui déplore la mansuétude du gouvernement à l’égard de l’extrême droite. « Le secrétariat du parti fait un devoir aux organisations du parti d’assurer la protection des militants », dit un communiqué. Une délégation de députés de gauche, dont Maurice Thorez, demande des mesures contre les ultras ; dans la soirée, l’Action française est mise hors-la-loi.
Une manifestation de protestation des organisations de gauche est organisée le dimanche 16, du Panthéon à la Nation; l’Humanité titre : « En prison, tous les chefs factieux sans exception ! Désarmement et dissolution de toutes les ligues fascistes ! » Plus d’un demi-million de Parisiens manifestent contre le fascisme assassin, titrera le lendemain le journal.
Toujours ce 16 février, victoire du Frente Popular en Espagne ; la coalition de gauche l’emporte avec 47,03 % des voix et 286 sièges (+ 186) devant le Bloc national, coalition des droites, 46,4 % (141 sièges, – 56). La coalition du Frente Popular inclut notamment le Parti communiste d’Espagne (PCE), le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), le Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM), des partis républicains et l’Union générale des travailleurs (UGT). Il est soutenu par les indépendantistes galiciens et catalans et par la CNT, Confédération nationale du travail (qui pour la première fois ne boycotte pas les élections).
Au programme du Frente Popular la libération des prisonniers politiques arrêtés après novembre 1933, réintégration des fonctionnaires suspendus ou licenciés pour des raisons politiques, révision de la loi sur l’ordre public, enquêtes sur les violences policières ; au plan économique extension de l’intervention de l’État dans les travaux publics. Notons que les femmes en Espagne ont le droit de vote depuis 1931.
Gérard Streiff

Sans Feu de la Cie TDC – Désirs partagés avec l’association Retirada 37

Sans Feu de la Cie TDC – Désirs partagés avec l’association Retirada 37. Un Spectacle au Château du Plessis de La Riche 37 Ce mardi 10 février à 19H30. « Sans Feu » nous parle des exils que produisent les temps de guerre. Son héros nous entraîne dans une errance en Espagne, en France et en Allemagne. Et ces « camps de misère » où la méchanceté côtoie la bonté, la dignité. Il s’agit encore et toujours de lutte contre l’oubli, de connaissance utile et nécessaire, et de transmission.
https://www.rfl101.fr/2026/01/31/sans-feu-au-plessis-37/

Marina Ginestà

★ Beaucoup d’années après ces événements, Marina a déclaré que le ton de l’interview entre Durruti et Kolstov était critique envers Staline et que ce fait aurait été la cause de leur mort…

Marina Ginestà est née le 29 janvier 1919 et est devenue symbolique de la résistance du peuple espagnol au fascisme, à cause de la photo prise par Juan Guzmán sur le toit de l’hôtel Colón, Barcelone lors du soulèvement militaire de juillet 1936 à Barcelone.

Elle était membre de la Juventudes Socialistas Unificadas (Jeunesse Socialiste), l’organisation de jeunesse principalement dirigée par le Partido Comunista de España (PCE, Parti communiste d’Espagne). Alors que la guerre éclate, elle a servi comme journaliste et traductrice assistant Mikhail Koltsov, correspondant du journal soviétique Pravda. Malgré son implication initiale, elle s’est rapidement désillusionnée par le chemin que les staliniens empruntaient.

Marina est restée militante pendant le reste de la guerre et a été attirée par d’autres groupes à cette époque comme le P.O.U.M anti-staliniste et le C.N.T. Anarchiste avant la fin de la guerre, Ginestà est blessé et évacué à Montpellier.

• Marina Ginestà et la guerre civile espagnole : déballer la photographie emblématique qui a défini une génération.


• Sur la photo : Marina Ginestà avec Mikhail Kolstov, correspondant soviétique et peut-être agent de Staline en Espagne. Et au centre, portant une casquette rouge et noire, l’anarchiste révolutionnaire, Buenaventura Durruti. Pendant la guerre civile, le PSUC a chargé Marina Ginestá d’être la traductrice de Mikhail Kolstov. Elle a facilité l’interview entre Durruti et Kolstov. Durruti est mort 3 mois plus tard, d’une « balle perdue ». Kolstov a été exécuté en URSS (purgé) par le régime de Staline en 1940. De nombreuses années après ces événements, Marina a déclaré que le ton de l’interview entre Durruti et Kolstov était critique envers Staline et que ce fait aurait été la cause de leur mort. Cette photo a été prise par Hans Gutmann (Juan Guzmán).

Dave Downes

Espagne : réactions syndicales « Contra el fascismo »

Article de Paco Audije dans la Vie Ouvrière, mensuel de la CGT de novembre 2025

Troisième force politique du pays, le parti ultranationaliste Vox donne de la voix, soutenu par nombre de responsables français, italiens, et d’ailleurs, de l’extrême droite

Presque un millier de personnes se sont réunies ce 28 septembre devant la délégation du gouvernement central (l’équivalent d’une préfecture en France). Elles demandaient l’interdiction de Galerna Fest, un festival néofasciste annuel qui programme des tables rondes et des concerts de musique. Des militants de l’ultradroite sont venus de toutes parts, des autres provinces d’Espagne, mais aussi d’autres pays européens.

Raphaël Ayma (Rafael Ferron Lagier, de son vrai nom) est présent. Il appartient à un groupuscule néofasciste d’Aix-en-Provence et a travaillé comme assistant
parlementaire pour le Rassemblement national (RN).

Surveillé par la police, le groupe d’extrême droite s’est rendu devant le siège local du PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) derrière une pancarte qui demandait la « remigración ». C’est Santiago Abascal, président de Vox, le parti frère du RN en Espagne, qui réclame cette « remigration » : l’expulsion dans leurs pays d’origine de plusieurs millions d’immigrés, y compris ceux qui ont été naturalisés. Abascal est député, il est proche de Marine Le Pen et de Jordan Bardella.

« C’est un danger de premier ordre, l’extrême droite utilise les instruments de la démocratie contre la démocratie », nous a dit Lucía, la quarantaine, rencontrée parmi les manifestants antifascistes de Santander. Féministe, syndicaliste de l’UGT (Union générale de travailleurs, syndicat proche des socialistes), Lucía milite aussi au sein de l’association Las calles contra el fascismo (Les rues contre le fascisme), qui se mobilise toujours contre les événements publics organisés par les groupes fascistes.

LES JEUNES, UNE CIBLE PRIORITAIRE

Des activistes du réseau Rock contra el fascismo étaient aussi présents. Environ 1 300 groupes de rock originaires de toute l’Espagne ont signé un manifeste pour s’opposer à la présence croissante d’expressions fascistes dans les rues. Ce manifeste de Rock contra el fascismo a été annoncé en juin 2021, au siège madrilène de la Confédération syndicale des Commissions ouvrières (CCOO), le premier syndicat du pays, avec la présence et le soutien d’Unai Sordo, le secrétaire général de CCOO.

« Nous n’avons pas de structures spécifiques contre l’extrême droite, mais nous organisons de séminaires pour créer d’instruments pédagogiques, par exemple sur les femmes ou sur la communication, dans les médias et sur les réseaux sociaux, contre ces discours démagogiques », déclare Luis Lombardo, responsable de communication des CCOO de Madrid. Ce dernier estime que l’action syndicale doit avant tout se concentrer dans la jeunesse. « C’est un espace qu’il faut gagner », insiste-t-il.

Selon un sondage récent publié par le quotidien El País, Vox progresse surtout chez les jeunes : 40 pour cent parmi les âgés de 18 à 34 ans sont prêts, à l’occasion des prochains rendez-vous électoraux, à voter Vox. Et ils sont les plus nombreux à suivre Abascal sur TikTok, le réseau social le plus utilisé par les plus jeunes.

Luis Ángel Cardín, ancien secrétaire général de l’UGT en Cantabrie, pense que la gauche au pouvoir –malgré quelques avancées sociales– s’est éloignée d’enjeux comme l’enseignement ou la santé, qui restent la compétence des gouvernements régionaux surtout dirigées par le PP (droite classique devenue très trumpiste) en coalition avec Vox.

TIRER LES ENSEIGNEMENTS DE L’HISTOIRE

Cardín souligne aussi qu’on n’a pas suffisamment expliqué aux jeunes que la dictature de Franco, qui s’est étalée de 1936 à 1975, avait forcé à l’exil cinq millions d’Espagnols. « Nous n’avons pas fait le récit de cette émigration forcée, ni de leur exil ni des dernières peines de mort qui ont été appliquées vers la fin du régime franquiste », estime Luis Ángel Cardín.

Les discours néo-franquistes marchent, donc, avec peu d’entraves, tandis que la présidente de la région de Madrid, Isabel Ayuso (PP), vient de décider la suppression d’une formation de professeurs sur le traitement historique du franquisme. En même temps, en Murcie (sud-est), le PP et Vox ont supprimés dans les écoles quelques cours d’arabe qui étaient cofinancés par le Maroc. Il y a six mois, la Confédération syndicale CCOO a présenté à Berlin –avec d’autres syndicats internationaux– un projet pour « faire
face aux extrêmes droites dans le monde du travail », pour combattre les discours néofascistes dans les espaces où se développe l’action syndicale.

En Espagne, les déclarations anti–gauche sont de plus en plus violentes. Abascal a, par exemple, déclaré au journal argentin Clarín que « le peuple espagnol voudra pendre un jour Pedro Sánchez [le Premier ministre espagnol, NDLR], par ses pieds. »

Des propos récents du secrétaire général du PP, Miguel Tellado, suggéraient également aux Espagnols de commencer à « creuser la fosse de Sánchez ». Une déclaration pour le moins choquante dans un pays qui compte encore, disséminées sur l’ensemble du territoire, des milliers de fosses communes où sont enfouis plus d’une centaine de milliers de morts, fusillés par les troupes Franco.

Saisi par le PSOE qui avait porté plainte, le Tribunal suprême espagnol a tranché : les propos sont « inacceptables du point de vue du discours » mais ne constituent pas un délit. Dans cette ambiance toxique, les journalistes d’extrême droite jouent les provocateurs par l’utilisation illégitime d’accréditations de presse délivrées en faveur de publications financés par la droite. Agressifs, ils agissent même à l’intérieur du Congrès des députés (chambre basse) en harcelant leurs collègues d’autres médias et les dirigeants de gauche.

CAMPAGNES DE HAINE INCÉSSANTES

Selon Agustín Yanel, président de la Fédération de syndicats de journalistes, « Vox refuse à leurs réunions aux journalistes qu’ils n’aiment pas, en même temps qu’ils lancent de campagnes de haine contre d’autres professionnels des médias ». Les associations et syndicats de journalistes ont réussi à faire modifier le règlement de la chambre basse pour que ces accréditations usurpatoires soient annulées.

Il y a bien un syndicat proche à Vox qui porte le nom de Solidaridad, mais à niveau national, il n’a reçu que 0,2 pour cent de bulletins de vote pendant les dernières élections syndicales Cela étant, selon le dernier sondage du Centre d’investigations sociologiques (CIS), Vox perd peu d’intentions de vote. Il reste troisième force politique –après le PSOE et le PP– avec 17,3 pour cent

« Ils sont minoritaires, d’accord, mais il y a toujours des travailleurs qui restent adhérents aux syndicats ouvriers sensibles aux sirènes néofascistes», conclut Luis Ángel Cardín.