Considéré comme un héros par les gouvernements britannique, français et américain, il a coordonné depuis Toulouse un réseau clandestin qui a permis à des aviateurs alliés, des Juifs et des antifascistes de s’échapper en traversant les Pyrénées pendant la Seconde Guerre mondiale
Traduction de l’article de
Henrique Mariño
Madrid
Diario Público
27 juin 2026, 20 h 10
La vie extraordinaire de Francisco Ponzán Vidal est jalonnée d’exploits qui lui valent d’être honoré, ainsi que d’anecdotes révélatrices sur cet instituteur anarchiste contraint à l’action après le coup d’État franquiste. Considéré comme un héros par les gouvernements britannique, français et américain, il a coordonné depuis Toulouse, durant la Seconde Guerre mondiale, un réseau d’évasion ayant permis de sauver quelque 3 000 personnes persécutées par les nazis. Des années plus tôt, en mai 1936, il avait contré les projets du curé local à Camelle (La Corogne) en organisant un cortège laïque en guise d’alternative à la procession officielle du Saint-Esprit.
« Cela démontre qu’il était un homme doté d’un grand pouvoir de persuasion et préfigure les qualités de meneur dont il fera preuve par la suite », explique le professeur Narciso de Gabriel. Ce dernier a étudié la vie de Ponzán dans le cadre de ses recherches sur les enseignants persécutés par le régime franquiste, bien que le parcours de Francisco Ponzán diffère de celui des personnes mises à l’honneur dans son ouvrage *Os mestres mortos daquel verán* (éditions Galaxia). S’il a combattu Franco, il a finalement été victime des nazis. Néanmoins, en juin 1936, il exerçait le métier d’enseignant en Galice, sous contrat avec le ministère de l’Éducation.
Ce statut professionnel constitue le critère principal pour figurer parmi les dix hommes et deux femmes auxquels Narciso de Gabriel rend hommage ; l’auteur est convaincu que si Ponzán n’avait pas quitté Camelle — un village de la Costa da Morte, dans la commune de Camariñas —, il « aurait été une cible de la répression, car il figurait déjà sur les listes de surveillance de la police et de la Garde civile ». En effet, son dossier de contrôle politique le classe comme une « personne extrêmement dangereuse », un agitateur ouvrier et un militant de la FAI ayant « failli nous conduire vers un soviétisme libertaire local » — autant de « fruits amers » que les autorités ont observés « durant les quelques jours précédant le mouvement salvateur ».
C’était l’avis du prêtre de Ponte do Porto qui, dans un second rapport, reconnaissait que la *Sociedad de Oficios Varios* (Société des métiers divers) « lui obéissait aveuglément » et faisait allusion à l’incident cité par Narciso de Gabriel : « Cela fait exactement un an qu’il a mené une procession religieuse avec les habitants — au su et avec la tolérance des autorités — destinée à tourner en dérision la fête du Saint-Esprit de Camelle. » Son influence sur la population ouvrière — comme le souligne l’ouvrage *Os mestres mortos daquel verán* — semblait tout à fait remarquable ; après tout, « moins de trois mois après son arrivée à Camelle, il était parvenu à organiser et à diriger une parodie de procession, un exploit réservé à quelqu’un doté d’un charisme particulier. »
Il va sans dire que la Garde civile prétendait qu’il donnait ses cours en russe, tandis que le maire de Camariñas le considérait davantage comme « un ami des explosifs que des manuels scolaires ». On entendait même des propos plus extravagants encore. Il n’est guère surprenant — comme le suggère un professeur de l’université de La Corogne — qu’il ait senti que quelque chose se tramait en juillet 1936, ce qui lui permit de fuir à temps. « On pense qu’il se trouve désormais en Aragon, sa région d’origine, et la rumeur court qu’il est ministre de l’Éducation dans la petite république de Durruti », déclara le prêtre à deux membres de la Commission provinciale d’épuration. En réalité, toutefois, il avait déjà rejoint le *Servicio de Información Especial Periférico* (SIEP), une unité de renseignement opérant derrière les lignes ennemies.
Nous reviendrons plus tard sur cette étape de sa vie, car elle a préfiguré son action héroïque en France — une autre raison de sa présence dans l’ouvrage consacré aux enseignants galiciens —, puisqu’il incarne la continuité de la lutte antifasciste, d’abord contre Franco puis contre Hitler. « Militant de la CNT et dirigeant de l’Athénée culturel libertaire de Huesca, c’était un authentique révolutionnaire qui, dès son plus jeune âge, s’est engagé dans les grèves et les causes ouvrières », affirme Narciso de Gabriel, pour qui « son rôle n’a pas été suffisamment reconnu, pas plus que sa figure n’a été adéquatement mise en valeur ».
D’autres, toutefois, l’ont fait : sa sœur, Pilar Ponzán, auteure de *Lucha y muerte por la libertad* (Lutte et mort pour la liberté) ; Antonio Téllez dans *La red de evasión del grupo Ponzán* (Le réseau d’évasion du groupe Ponzán) ; et Josep Calvet dans *Las montañas de la libertad* (Les montagnes de la liberté). Par ailleurs, Juanarete et David Tapia lui ont consacré la bande dessinée *Frontera de Ordesa*, tandis qu’Ismael Gutiérrez a réalisé le documentaire *La red Ponzán* (Le réseau Ponzán).
« Le réseau britannique le plus connu opérant dans les Pyrénées catalanes est celui dit « Pat O’Leary ». Ses origines remontent à la fin de l’année 1940 à Marseille, lorsque plusieurs militaires britanniques entrèrent en contact avec Francisco Ponzán, un enseignant anarchiste espagnol installé à Toulouse. Ponzán disposait d’un groupe de soutien composé de guides aux convictions antifascistes affirmées, qui connaissaient parfaitement les cols pyrénéens et entretenaient de nombreux contacts de part et d’autre de la frontière. Le groupe de Ponzán, qui collaborait également avec les services de renseignement français et belges, était principalement chargé de faire passer la frontière — par divers itinéraires — aux aviateurs abattus au-dessus du territoire français », écrit Josep Calvet, qui estime qu’une centaine de membres du groupe Ponzán furent arrêtés par la Gestapo.
Un instituteur libertaire
Né par hasard dans les Asturies, il revint rapidement à Huesca pour y suivre sa formation à l’école normale d’instituteurs. C’est là qu’il rencontra l’anarchiste Ramón Acín, qui allait contribuer à forger son idéologie. Il enseigna dans sa région d’origine avant d’être affecté à Mazaricos, puis à Camelle, dans la province de La Corogne. « En mettant en pratique ses théories, l’instituteur dénonçait le clientélisme politique, l’exploitation de l’homme par l’homme, l’injustice et les salaires de misère […]. Tout en leur transmettant les bases de l’enseignement primaire, il leur insufflait l’espoir d’un monde meilleur et plus humain », écrit sa sœur. « Le seul qu’il pût concevoir. »
Toutefois, Mazaricos — où il s’était installé en juillet 1934 — se trouvait loin de La Corogne, ce qui rendait difficile tout contact avec ses camarades de la CNT. Il y parvint néanmoins après avoir rejoint le groupe de Noia, suite à sa prise de poste à Camelle en février 1936. En juillet, « alarmé par les nouvelles qui lui parvenaient », il écourta ses vacances pour rentrer à Huesca ; il y fut pris au dépourvu par le coup d’État, un soulèvement qu’il tenta, en vain, d’enrayer. « Ne fais pas le fou, Ponzán, tu vas tous nous faire tuer ! » lui lança son ami Ramón Acín alors qu’il cherchait à se procurer des armes. Son mentor et l’épouse de ce dernier furent tués peu de temps après.
Paco Ponzán — tel qu’il était également connu — se réfugia en zone républicaine, siégea au Conseil régional de défense d’Aragon et rejoignit le Service spécial d’information périphérique (SIEP) ; à la tête d’un détachement, il y franchissait les lignes ennemies pour recueillir des renseignements, mener des opérations de sabotage et exfiltrer des personnes. Le groupe *Liberador* fut le précurseur du groupe Ponzán, bien que la mission de ce dernier se soit concentrée sur l’évacuation, depuis la France, d’individus traqués par les Allemands via divers itinéraires à travers les Pyrénées. Si la plupart des personnes secourues étaient des pilotes britanniques, le groupe venait également en aide à toute personne menacée par les nazis ou le régime de Vichy, qu’il s’agisse de Juifs ou de personnalités politiques.
Auparavant, il était passé par le camp de réfugiés du Vernet, où il avait convaincu ses hommes de poursuivre la lutte contre Hitler. En réalité, son objectif était de renverser le régime franquiste — quitte à s’allier aux Britanniques, qui lui fournissaient ravitaillement et fonds — dans l’espoir que les Alliés remportent la Seconde Guerre mondiale et chassent Franco du pouvoir. Il commença alors à coordonner des opérations depuis Toulouse au sein du réseau d’évasion Pat O’Leary, qui guidait les fugitifs vers Lisbonne, Gibraltar ou les consulats britanniques.
Son réseau de guides et de passeurs joua un rôle crucial. Toutefois, à la fin de 1942, les nazis occupèrent l’ensemble de la France et commencèrent à sévir contre la Résistance. Son groupe fut infiltré, ce qui entraîna une vague de dénonciations et de trahisons. Il fut arrêté et emprisonné en 1943. Les Alliés n’étaient plus qu’à deux jours de libérer Toulouse lorsque la Gestapo l’emmena et l’exécuta — aux côtés d’une cinquantaine d’autres prisonniers — à Buzet-sur-Tarn. Les corps furent ensuite brûlés. « Francisco Ponzán Vidal était sans aucun doute un anarchiste dont la vie relevait véritablement du roman », conclut Narciso de Gabriel
Paco Ponzán, el anarquista español
que organizó desde Francia
la huida de miles de perseguidos
por el nazismo
Considerado un héroe por los gobiernos británico, francés y estadounidense, coordinó desde Toulouse una red secreta que ayudó a escapar por los Pirineos a aviadores aliados, judíos y antifascistas durante la Segunda Guerra Mundial.
Henrique Mariño
Madrid
Diario Público
27/06/2026
En la asombrosa vida de Francisco Ponzán Vidal hay gestas por las que merece ser recordado, pero también anécdotas que dicen mucho de un maestro anarquista forzado a pasar a la acción tras el golpe franquista. Considerado un héroe por los gobiernos británico, francés y estadounidense, durante la Segunda Guerra Mundial coordinó desde Toulouse una red de evasión que salvó a unos 3.000 perseguidos por el nazismo. Años atrás, en mayo de 1936, contraprogramó al cura de Camelle (A Coruña) con una procesión laica alternativa a la oficial del Espíritu Santo.
“Eso evidencia que se trataba de un hombre con una gran capacidad de persuasión y anticipa la capacidad de liderazgo que demostraría después”, explica el catedrático Narciso de Gabriel, quien ha estudiado su figura en el marco de los maestros represaliados por el franquismo, aunque la trayectoria de Francisco Ponzán no encaja con las de los homenajeados en su libro Os mestres mortos daquel verán(Galaxia). Él combatió a Franco, pero fue víctima del nazismo. Sin embargo, ejercía la docencia en Galicia en junio de 1936, a sueldo del Ministerio de Educación.
Ese es el principal requisito para ser uno de los diez hombres y dos mujeres homenajeados por Narciso de Gabriel, convencido de que si no hubiese abandonado Camelle, un pueblo de la Costa da Morte perteneciente al municipio de Camariñas, “habría sido un objetivo de la represión porque estaba fichado por la Policía y la Guardia Civil”. Efectivamente, en su expediente de depuración figura como una “persona peligrosísima”, un agitador obrero y un militante de la FAI que “estuvo a punto de llevarnos al sovietismo libertario local”, unos “amargos frutos” que las autoridades percibieron “en los pocos días que precedieron al movimiento salvador”.
Así lo creía el cura de Ponte do Porto, que en un segundo informe reconoce que la Sociedad de Oficios Varios lo “obedecía ciegamente” y alude al episodio citado por Narciso de Gabriel: “Hace ahora precisamente un año que sacó con el pueblo, a ciencia y paciencia de las autoridades, una procesión religiosa precedida por él en son de mofa del día del Espíritu Santo en Camelle”. Su ascendencia sobre los sectores populares, puede leerse en Os mestres mortos daquel verán, parecía muy notable, pues “con menos de tres meses de presencia en Camelle consiguió organizar y presidir un simulacro de procesión, lo que solo está al alcance de alguien dotado de un especial carisma”.
Huelga decir que la Guardia Civil aseguraba que impartía sus clases en ruso y que el alcalde de Camariñas consideraba que era “más amigo del explosivo que de los libros de texto para la enseñanza”. Hay comentarios todavía más disparatados. No extraña, como sugiere el catedrático de la Universidade de A Coruña, que algo se oliese en julio de 1936, lo que le permitió huir a tiempo. “Se le supone ahora en Aragón, su tierra, y se dice que es ministro de Instrucción en la republiquilla de Durruti”, le dijo el cura a dos miembros de la Comisión Depuradora Provincial. Sin embargo, entonces ya se había integrado en el Servicio de Información Especial Periférico (SIEP), que operaba en territorio enemigo.
Luego volveremos a esta etapa de su vida, porque supone un precedente de su heroica labor en Francia, otro de los motivos de su inclusión en el libro sobre los maestros gallegos, pues encarna la continuidad de la lucha antifascista, primero contra Franco y después contra Hitler. “Militante de la CNT y directivo del Ateneo Cultural Libertario de Huesca, fue un revolucionario auténtico que desde joven se comprometió con las huelgas y causas obreras”, afirma Narciso de Gabriel, quien considera que “su papel no ha sido suficientemente reconocido ni su figura especialmente reivindicada”.
Sí lo ha hecho su hermana, Pilar Ponzán, autora de Lucha y muerte por la libertad, así como Antonio Téllez en La red de evasión del grupo Ponzán y Josep Calvet en Las montañas de la libertad. Además, Juanarete y David Tapia le dedicaron el cómic Frontera de Ordesa e Ismael Gutiérrez, el documental La red Ponzán.
“La más conocida de las redes británicas que actuó en los Pirineos catalanes es la llamada Pat O’Leary. Sus orígenes se encuentran en Marsella a finales de 1940, cuando varios militares británicos entran en contacto con el maestro anarquista español, residente en Toulouse, Francisco Ponzán, que disponía de un grupo de apoyo formado por guías de firmes convicciones antifascistas, conocedores de los pasos pirenaicos y con numerosos contactos a ambos lados de la frontera. El grupo de Ponzán, que también trabajó para los servicios secretos franceses y belgas, se encargó fundamentalmente de pasar a aviadores abatidos en territorio francés a través de distintas rutas”, escribe Josep Calvet, quien calcula que un centenar de los miembros del grupo Ponzán fueron detenidos por la Gestapo.
Un maestro libertario
Nació casualmente en Asturias pero pronto regresó a Huesca, donde estudió en la Escuela Normal de Maestros. Allí conoció al anarquista Ramón Acín, quien perfilaría su ideología. Dio clases en su tierra y fue destinado a Mazaricos y luego a Camelle, en la provincia de A Coruña. “Aplicando sus teorías, el maestro condenaba el caciquismo, la explotación del hombre por el hombre, la injusticia, los salarios de miseria […]. A la par que les enseñaba las nociones elementales propias de una escuela primaria, les hacía acariciar la esperanza de un mundo mejor, más humano”, escribe su hermana. “El único que él concebía”.
Sin embargo, Mazaricos, donde se estableció en julio de 1934, estaba lejos de A Coruña y no le resultaba fácil relacionarse con sus compañeros de la CNT. Sí lo hizo, ya integrado en la agrupación de Noia, tras tomar posesión de su plaza en Camelle en febrero de 1936. En julio, “alarmado por las noticias que le llegaban”, adelantó las vacaciones y regresó a Huesca, donde lo sorprendió el golpe, que intentó frenar infructuosamente. “¡No seas loco, Ponzán, que nos pierdes!”, le dijo su amigo Ramón Acín cuando intentaba hacerse con armas. A su mentor y a su mujer los mataron poco después.
Paco Ponzán, como también era conocido, huye a la zona republicana, forma parte del Consejo Regional de Defensa de Aragón y se integra en el Servicio de Información Especial Periférico (SIEP), donde al frente de un destacamento cruza las líneas enemigas para buscar información, practicar sabotajes y rescatar a personas. El grupo Liberador fue el precedente del grupo Ponzán, aunque en este caso la tarea consistía en evacuar a los perseguidos por los alemanes desde Francia y a través de varias rutas que cruzaban los Pirineos. La mayoría eran pilotos de la aviación británica, pero también cualquier persona susceptible de estar en el punto de mira de los nazis y del Régimen de Vichy, desde judíos hasta políticos.
Antes pasó por el campo de refugiados de Vernet, donde convenció a sus hombres para seguir luchando contra Hitler. En realidad, pretendía derrocar el franquismo, aunque para ello tuviese que aliarse con los británicos, que lo proveían de suministros y dinero, esperando que los aliados ganasen la Segunda Guerra Mundial y apartasen a Franco del poder. Así, empezó a coordinar las operaciones desde Toulouse, en el marco de la red de evasión Pat O’Leary, que conducía a los huidos hasta Lisboa, Gibraltar o los consulados del Reino Unido.
Su red de guías y pasadores fue determinante. Sin embargo, los nazis toman toda Francia a finales de 1942 y comienzan a reprimir a la resistencia. Su grupo es infiltrado y comienzan los chivatazos y las traiciones. En 1943 es detenido y encarcelado. Faltan dos días para que los aliados liberen Toulouse, pero entonces se lo lleva la Gestapoy lo mata, junto a otro medio centenar de presos, en Buzet-sur-Tarn. Luego le prenden fuego a los cadáveres. “Sin duda, Francisco Ponzán Vidal era un anarquista que tuvo una trayectoria realmente novelesca”, concluye Narciso de Gabriel.





