Archives de catégorie : Témoignages et récits

SOUVENIR D’UNE TENTATIVE DE COUP D’ETAT

Le 23 février 1981 eut lieu en Espagne une tentative de coup d’Etat. Ce jour-là, deux cents gardes civils, menés par le lieutenant-colonel Antonio Tejero, un abruti total qui servit d’idiot utile aux véritables responsables de ce putsch raté, pénétraient au sein du congrès des députés, à Madrid, tiraient à la mitraillette dans les plafonds, obligeant les élus à se planquer derrière leurs pupitres.
A Valence, le général Jaime Milans del Bosch, franquiste jusqu’à la moelle, qui avait combattu dans les rangs de la sinistre Division Azul, corps de volontaires dans les rangs de la Wermacht sur le front de l’Est, fit sortir les chars dans les principales artères de la ville, tandis qu’à Madrid le général Alfonso Armada se proclamait chef d’une junte opposée à la transition démocratique.

A l’époque, je vivais en Espagne, à Saragosse. J’avais passé la journée à traduire une brochure, sans écouter la radio ni voir personne. Je n’avais pas non plus le téléphone dans le petit appartement que j’occupais. Si bien que je n’étais absolument pas au courant des événements qui étaient en train de se produire. En fin d’après-midi, on sonna à ma porte. C’était une amie, prénommée Carmen. Elle avait le téléphone et j’avais fourni son numéro à ma mère, à Paris, au cas où… Et cette amie venait précisément me dire que ma mère l’avait appelée et souhaitait que je la rappelle car elle était inquiète. Je demandai alors à cette amie si ma mère avait précisé pourquoi elle était inquiète. Mon amie se mit à rire en s’apercevant que je tombais des nues alors que toute l’Espagne était plongée dans la peur, figée devant la télévision ou la radio en se demandant comment allaient tourner les événements.

Après le départ de cette amie, je suis sorti pour téléphoner à ma mère depuis une cabine située sur l’avenue principale de Saragosse, habituellement très animée et bruyante. Je garderai toujours le souvenir de cette vision de fin du monde d’une avenue complètement déserte, sans personne, sans voitures qui circulent, et moi tout seul dans cette cabine parlant à ma mère en regardant cette ville morte.

Je me suis rendu ensuite au local de la CNT, le syndicat libertaire, où étaient présents plusieurs amis et camarades. Nous nous sommes partagés en deux groupes et, en voiture, avons fait le tour des casernes pour voir si les militaires restaient calmes ou montraient des signes de nervosité. Mais rien ne s’est passé.

Floréal Melgar

Marina Ginestà

★ Beaucoup d’années après ces événements, Marina a déclaré que le ton de l’interview entre Durruti et Kolstov était critique envers Staline et que ce fait aurait été la cause de leur mort…

Marina Ginestà est née le 29 janvier 1919 et est devenue symbolique de la résistance du peuple espagnol au fascisme, à cause de la photo prise par Juan Guzmán sur le toit de l’hôtel Colón, Barcelone lors du soulèvement militaire de juillet 1936 à Barcelone.

Elle était membre de la Juventudes Socialistas Unificadas (Jeunesse Socialiste), l’organisation de jeunesse principalement dirigée par le Partido Comunista de España (PCE, Parti communiste d’Espagne). Alors que la guerre éclate, elle a servi comme journaliste et traductrice assistant Mikhail Koltsov, correspondant du journal soviétique Pravda. Malgré son implication initiale, elle s’est rapidement désillusionnée par le chemin que les staliniens empruntaient.

Marina est restée militante pendant le reste de la guerre et a été attirée par d’autres groupes à cette époque comme le P.O.U.M anti-staliniste et le C.N.T. Anarchiste avant la fin de la guerre, Ginestà est blessé et évacué à Montpellier.

• Marina Ginestà et la guerre civile espagnole : déballer la photographie emblématique qui a défini une génération.


• Sur la photo : Marina Ginestà avec Mikhail Kolstov, correspondant soviétique et peut-être agent de Staline en Espagne. Et au centre, portant une casquette rouge et noire, l’anarchiste révolutionnaire, Buenaventura Durruti. Pendant la guerre civile, le PSUC a chargé Marina Ginestá d’être la traductrice de Mikhail Kolstov. Elle a facilité l’interview entre Durruti et Kolstov. Durruti est mort 3 mois plus tard, d’une « balle perdue ». Kolstov a été exécuté en URSS (purgé) par le régime de Staline en 1940. De nombreuses années après ces événements, Marina a déclaré que le ton de l’interview entre Durruti et Kolstov était critique envers Staline et que ce fait aurait été la cause de leur mort. Cette photo a été prise par Hans Gutmann (Juan Guzmán).

Dave Downes

Centre de la Résistance de la Déportation et de la Mémoire : LES RENDEZ- VOUS

Exposition Du 07/01 au 01/03 au Centre de la résistance, de la Déportation et de la Mémoire à Blois.

« Jorge Semprun. Écrire et combattre. La Peste réveille encore ses rats »Conçue en collaboration avec Jorge Semprun, cette exposition porte sur les nombreux engagements dans l’écriture et la vie de cet humaniste qui fut tour à tour acteur, victime et témoin des deux grandes idéologies du XXe siècle (nazisme et communisme).

À partir d’éléments biographiques et d’extraits de ses œuvres littéraires, le visiteur est invité à découvrir le parcours de Jorge Semprun, celui d’un homme politique, écrivain mais aussi scénariste, profondément marqué par son expérience concentrationnaire. Cette exposition nous permet aussi de réfléchir à la question du Mal en l’Homme et dans l’Histoire.

Association Confluences


Spectacle « Le Grand Voyage » par la Compagnie La BAM, le 29 janvier à 19h.

Adaptée du roman autobiographique « Le Grand Voyage » de Jorge Semprun, cette lecture théâtralisée et musicale raconte le voyage de Semprun, lors de sa déportation au camp de Buchenwald. Il témoigne autant
de l’horreur que de la solidarité et parle de résistance et d’enrôlement en présentant des
réflexions sur l’engagement pour la liberté.

Cette lecture rappelle les actes comme la pensée de l’idéologie fasciste et nazie et permet une prise de conscience grâce à la véracité des faits, la charge émotionnelle et la réflexion déconstruisant les stéréotypes.

Ce spectacle participe au travail de mémoire tout en étant très proche de notre actualité.
Au CRDM Conception et réalisation : Association Confluences, à l’Espace Jorge-Semprun.

Gratuit, sans réservation (places limitées). À partir de 12 ans

Projection-débat, « La plume au poing », de Patrick ROTMAN, (documentaire, 2023, 52 min, Cinétévé). Le 10 février, à 18h30.

À l’auditorium Samuel-Paty de la bibliothèque Abbé-Grégoire.
En présence de Stéphane Michonneau, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Paris-Est Créteil, spécialiste des mémoires espagnoles, auteur de Franco, le temps et la légende (2025, Flammarion).

Proposé par les Rendez-vous de l’histoire (CEPH)
Gratuit sans réservation

RAMON RUFAT LLOP : « DANS LES PRISONS D’ESPAGNE ».

Ramón Rufat Llop (Maella, 28 décembre 1916 – Villanueva et Geltrú, 3 novembre 1993) était un anarchosyndicaliste, agent des services secrets républicains et combattant antifranquiste.

Fils d’un maçon aragonais, sa mère est morte de la grippe de 1918 quand il avait 20 mois. En 1926, il a été envoyé pour suivre l’enseignement gratuit à Calanda (Teruel). Peu avant les élections de février 1936, il adhère à la jeunesse libertaire.

Au début de la guerre civile, il s’est rendu à Barcelone en juillet 1936 pour rejoindre la colonne DURRUTI des miliciens de la Confédération nationale du travail (CNT) avec le projet de libération de Saragosse. Il a été l’un des fondateurs, en octobre 1936, de « Los Fijos de la Nuit » – un groupe spécial devenu en 1937 le Service d’information spéciale périphérique (SIEP) sur les fronts de l’Aragon -, étant l’un des membres les plus éminents.

Entre octobre 1936 et décembre 1938, il a effectué plus de 50 missions de pénétration profonde derrière les lignes ennemies en Aragon et en Catalogne. Il recueille des informations en se faisant passer pour un officier du camp révolté. Petit à petit, il constitue et anime un vaste réseau d’agents. Ses informations ont contribué aux tentatives d’assassinat de Francisco Franco à Salamanque en janvier 1937 et aux funérailles d’Emilio Mola en juin 1937. Sur le front de Levante, les informations qu’il a fournies à l’armée républicaine ont été cruciales pour les offensives de Saragosse (octobre 1936 et août 1937), la bataille de Belchite (septembre 1937), la bataille de Teruel (décembre 1937), l’offensive d’Aragon (mars 1938), puis la Bataille de l’Èbre (juillet 1938).

Il a été dénoncé et capturé par les troupes franquistes alors qu’il traversait le fleuve Turia (Guadalaviar) dans la Sierra de Albarracín au début de l’offensive de Catalogne le 18 décembre 1938.
Le 4 mars 1939, il a été condamné à deux condamnations à mort, l’une pour « espionnage » et l’autre pour « perversité » en raison de son activité politique. En septembre 1940, la Croix-Rouge belge a fourni à l’Espagne un bateau de nourriture en échange d’une liste de 100 personnes à pardonner. Rufat était en haut de la liste et sa sentence a été changée à perpétuité. Après avoir traversé plusieurs camps de concentration tels que Santa Eulalia del Campo, Calatayud, Torrero, Yeserías et exercices d’exécution, Rufat réussit à falsifier son dossier carcéral et à sortir de prison le 10 août 1944.

Le même jour, il s’est rendu directement au Comité national du CNT, avec lequel il avait été en contact pendant son incarcération. Il est immédiatement nommé vice-secrétaire du Mouvement libertaire (ML), organisme de coordination regroupant la Confédération nationale du travail (CNT), la Fédération anarchiste ibérique (FIA) et la Fédération ibérique des jeunes libertaires (FIJL).

Également responsable de la propagande, il a relancé les publications clandestines de la résistance interne du Mouvement libertaire et du CNT, notamment Solidarité Ouvrière, Fragua Sociale et Terre et Liberté, qui avaient été interdites. En juillet 1945, le CNT-ML (intérieur) organise son congrès national à Carabaña (autour de Madrid) avec de nombreux délégués régionaux et réaffirme la ligne d’union antifasciste. Cela se reflète dans sa participation à l’Alliance nationale des forces démocratiques (ANFD) et la désignation d’Horacio Prieto et de José Exposito Leiva comme représentants du CNT au gouvernement républicain en exil de José Giral. C’est l' »âge d’or » de la résistance anarchiste au régime de Franco, avec une large diffusion de la presse clandestine dans toutes les régions, les premières grèves importantes en 1945 à Barcelone puis à Vizcaya, les premières manifestations, puis la reprise de la guérilla urbaine, notamment avec des attaques de banque.

Après l’arrestation de Siegfrido Catalá Tineo, Rufat est élu secrétaire général du CNT. La lutte révolutionnaire dans la clandestinité s’est poursuivie jusqu’à ce qu’il soit arrêté en même temps que la majorité du neuvième Comité national du CNT le 6 octobre 1945 à Madrid par la Brigade Politico-Sociale franquiste.

Rufat a été condamné par la cour martiale du 21 mars 1947 à 20 ans de prison. Il a été interrogé et torturé à Madrid puis emprisonné dans les prisons d’Alcalá de Henares, Ocaña, puis 11 ans à El Dueso. Jusqu’à sept comités nationaux successifs du CNT seront simultanément emprisonnés à la prison d’Ocaña. La résistance anarchiste continue de s’organiser de l’intérieur des prisons franquistes. Obtenant sa liberté provisoire en 1958, 20 ans après son arrestation en 1938, il s’est échappé pour commencer une nouvelle vie en France.

En France, il a travaillé pour l’Office des réfugiés politiques (OFPRA) du Ministère des affaires étrangères. A participé à la création des revues Polémica et Anthropos et publié dans plusieurs autres revues en français et espagnol. De retour à Barcelone en 1976, après la mort de Franco, il découvre que selon les archives, il avait été fusillé deux fois, en 1938 et 1940. Il aurait du mal à faire reconnaître aux nouvelles institutions démocratiques qu’il est toujours en vie malgré ses activités clandestines. Cela l’a amené à consacrer la fin de sa vie à écrire « l’histoire des vaincus », notamment en collaboration avec la Bibliothèque internationale de documentation contemporaine (BDIC) de l’Université de Nanterre. Beaucoup de ses manuscrits, textes et mémoires restent inédits ou non traduits, bien qu’il ait remporté le premier prix Juan García Durán en 1986.

1937, la Tchéka stalinienne à l’œuvre en Espagne

À la Prison modèle.

Le dimanche 28 novembre, nous allâmes à la Prison modèle de Barcelone, et présentâmes nos autorisations au directeur de la prison des hommes. Il fut très courtois et nous conduisit chez le médecin de la prison. On nous apprit qu’il y avait dans cette prison 1 500 prisonniers, dont 500 antifascistes, 500 fascistes et 500 délinquants de droit commun.

C’était dimanche, et l’heure des visites, aussi nous nous trouvâmes en présence de 500 à 600 visiteurs demandant à entrer afin de voir leurs amis. Comme il convient, c’était l’aile gauche de la prison qui était attribuée aux prisonniers de gauche !

Nous entrâmes dans une grande salle par une immense porte de fer de 6 mètres de large sur 3,5 mètres de haut. Les prisonniers avaient appris que nous allions venir et nous firent une chaude réception. La difficulté était que c’était à qui nous parlerait le premier des brutalités qu’il avait endurées de la part de la Tchéka avant d’être entré dans cette prison-ci.

Un prisonnier italien nous fit une remarquable description des tortures qui lui avaient été infligées dans une cellule souterraine. Il fut attaché au mur, les mains au-dessus de la tête, avec deux gardes à ses côtés, baïonnette au canon, pendant qu’un jeune officier de la Tchéka tenait des papiers de la main gauche et de la main droite un revolver dirigé sur sa poitrine.

L’officier de la Tchéka le soumit à un interrogatoire du troisième degré prétendant qu’il avait de faux papiers, le sommant de dire où certains de ses camarades pourraient être trouvés, le menaçant de le tuer et de jeter son corps dans un égout qui passait dans la cellule. Cet Italien fut soumis à cette torture, durant cinq à six heures chaque fois, avant d’être finalement transféré à la Prison modèle.
Challaye et moi-même interrogeâmes également un Français, qui appartenait auparavant à l’armée française, et qui avait abandonné sa situation pour venir en Espagne combattre le fascisme. Il avait été nommé officier dans l’armée espagnole gouvernementale et avait combattu sur le front de Madrid pendant plus de cinq mois. La seule raison pour laquelle il se trouvait dans la Prison modèle était qu’il avait franchement exprimé son opinion sur le Comintern et les méthodes de la Tchéka. Il me donna l’impression d’un homme splendide.

Il ressentait comme un outrage effroyable d’avoir été gardé en prison pendant plus de quatre mois ; il insistait sur ceci : « Qu’on me fasse un procès si j’ai commis quelque faute ; sinon qu’on me rende ma liberté ! » Il y avait également un bon nombre de ces prisonniers qui avaient été blessés au cours des combats contre Franco, et cependant on les gardait en prison sous le prétexte qu’ils étaient des alliés de Franco !

Notre délégation fut spécialement bien accueillie par les prisonniers du Poum, et nous passâmes une heure dans la cellule de Gironella. Plusieurs prisonniers étaient d’ailleurs incarcérés dans cette même cellule. C’était une véritable Internationale de prisonniers que cette prison.

Il y en avait de France, de Grèce, d’Allemagne, d’Italie, d’Autriche, de Belgique, de Hollande, de Suisse et d’Amérique autant que d’Espagne. Tous ces prisonniers nous pressèrent de faire connaître les brutalités de la Tchéka, avec ses tortures, son troisième degré et ses meurtres des militants socialistes combattant en Espagne.

Lorsque nous décidâmes de quitter l’aile antifasciste de la prison, il y eut un rush spontané de tout le monde vers la porte. Les prisonniers chantèrent deux hymnes de la CNT, puis l’Internationale, et terminèrent avec des vivats à l’adresse de la CNT, de la FAI et du Poum.

Le délégué de l’ILP fut spécialement l’objet de la reconnaissance internationale ; enfin il y eut des cris de « À bas la Tchéka du Comintern ! » et, à son adresse, de violents sifflets. C’était une vue très émouvante que celle de ces 500 prisonniers antifascistes, la plupart jeunes, qui remplissaient les galeries, les escaliers et la grande salle, le poing fermé, l’œil brillant, la tête rejetée en arrière en une attitude de défi.

Notre dernière vision fut celle de centaines d’hommes applaudissant, de l’autre côté de l’immense porte de fer. Cette porte de fer était pour nous comme le symbole de la Tchéka du Comintern. C’est par des moyens pareils qu’elle entend supprimer le mouvement révolutionnaire en Espagne afin de substituer au mot d’ordre de « Pouvoir ouvrier » celui de « Démocratie bourgeoise ».

L’Internationale communiste et son organisation d’assassins sont en train de faire naître contre eux une haine formidable. Un jour, la tempête éclatera et détruira leur effroyable gangstérisme. Ce sera un désastre pour tous ceux qui y auront participé.

À la prison secrète de la Tchéka.

Notre dernière visite fut pour la prison secrète de la Tchéka à la place Junta : Adraine Bonanova. Nous avions été avisés de l’existence de cette prison par plusieurs bons camarades. Lorsque nous eûmes monté les marches qui mènent à la prison, nous trouvâmes le chemin barré par deux gardiens, armés de fusils et baïonnette au canon.

Nous présentâmes notre autorisation du directeur des prisons et du ministre de la Justice pour visiter les prisons et un mot fut envoyé à l’intérieur. Alors un officier apparut, qui regarda nos autorisations avec un mépris évident. Il nous informa qu’il ne recevait pas d’ordres du directeur des prisons ou du ministre de la Justice, car ce n’étaient pas là ses patrons.
Nous lui demandâmes alors qui était son patron, et il nous donna une adresse, celle du quartier général de la Tchéka. Son refus de nous permettre de visiter la prison et les prisonniers était total et définitif. Nous allâmes donc au quartier général de la Tchéka, Puerta del Angel 24.

Nous entrâmes dans une cour et par un couloir dans une pièce intérieure qui avait toute l’apparence d’un lieu de détention. Nous remarquâmes qu’il y avait sur la table un grand nombre de livres de propagande russes et de journaux communistes, et aucune autre sorte de livres ou de journaux. Après un court délai, une jeune femme entra, qui nous demanda ce que nous voulions. Elle ne nous cacha pas qu’elle savait qui nous étions, et qu’on l’avait prévenue, de la prison, que nous étions en train de venir. Elle prit les pièces qui nous autorisaient à visiter les prisons.

Ensuite apparurent deux jeunes hommes dont ni l’un ni l’autre n’étaient espagnols. Notre interprète, qui connaît un grand nombre de langues et de pays, fut convaincu par leur accent que l’un était Russe et l’autre Allemand.

Le Russe nous informa que nous ne pouvions ni voir l’intérieur de la prison ni causer avec les prisonniers. Je répondis que nous avions des autorisations du directeur des prisons et du ministre de la Justice, et nous demandâmes si notre interlocuteur était plus puissant que le gouvernement, en ajoutant que si on nous refusait l’entrée, nous serions obligés, comme de juste, d’en tirer des conclusions.

John Mac Govern

Le Monde libertaire n°228 (déc. 1976)

🌄 Sucaina, dignité et mémoire

Ce dimanche nous avons participé au 4ème Hommage au combattants républicains à Sucaina (Alt Millars), un acte plein d’émotion, de conscience et d’engagement pour la mémoire historique.

Se souvenir de ceux qui ont lutté contre le fascisme n’est pas seulement un devoir moral : c’est un acte de justice. Nous sommes réunis pour honorer les combattants libertaires, antifascistes et révolutionnaires qui, avec courage et solidarité, ont défendu la liberté de tous

🛑 Il faut le dire clairement : les restes de la guerre civile ne sont pas des ressources touristiques. Ce sont des espaces de mémoire traumatisante, des lieux qui demandent respect, silence et pédagogie. On ne peut pas banaliser la douleur ou transformer la barbarie en décoration.

📚 Pour cette raison, sans pédagogie il n’y a ni mémoire ni démocratie. Si nous n’expliquons pas ce qui s’est passé, si nous ne mettons pas des noms, des voix et du contexte aux événements, nous sommes condamnés à les répéter. Ce n’est qu’avec une mémoire critique que nous pouvons construire un avenir juste.

Merci aux organisations, famille et collègues qui rendent cet acte nécessaire possible chaque année. La mémoire est une tranchée qui doit encore être défendue.

✊ Ni oublier ni pardonner. Mémoire, dignité et combat.

#MemòriaHistòrica #Sucaina #MontañasDeLibertad #SensePedagogiaNoHiHaDemocràcia #EspaisDeMemòria #Antifeixisme
@montanasdelibertadzucaina

La Maleta Mexicana

L’association 24 août 1944 vous invite

à la projection

du documentaire :

La Maleta Mexicana

Un film de Trisha Ziff (2011, 86’, VOST)

le jeudi 26 juin 2025

à 19h.

Pour notre dernière séance avant l’été :

La Valise mexicaine est le nom que l’on donne à un ensemble de trois boîtes contenant environ 4 500 négatifs de photographies de la Guerre civile espagnole prises par Robert Capa, Gerda Taro et David Seymour.

Les pellicules disparaissent à Paris en 1939. Elles ont vraisemblablement été rangées dans les trois boîtes avant le départ de David Seymour le 23 mai pour le Mexique à bord du SS Sinaia, un navire embarquant des réfugiés espagnols. En octobre de la même année, Capa lui-même part pour New York et laisse les négatifs dans son studio parisien du 37, rue Froidevaux, à la garde d’un compatriote hongrois, photographe également, Emérico Weisz alias Csiki. Dans une lettre de 1975, Weisz déclarera les avoir confiés à un Chilien rencontré dans la rue afin qu’il dépose le paquet à son consulat. Leur trace se perd alors pendant plus d’un demi-siècle.

C’est en 1995, à Mexico, lors d’une exposition consacrée à la Guerre civile espagnole, que le cinéaste Benjamin Tarver adresse à Jérald R. Green, professeur à Queens College, une lettre contenant la description détaillée de deux mille images figurant dans une collection de négatifs hérités de sa tante ; cette dernière les a elle-même reçus d’un parent, le général Aguilar Gonzalez, ambassadeur mexicain à Vichy en 1941-1942.

En 2006, l’espoir d’y retrouver le négatif de la célèbre photographie Mort d’un soldat républicain, dont l’authenticité fait polémique, pousse Richard Weelan, spécialiste de Capa, et Brian Wallis, conservateur en chef de l’International Center of Photography, à convaincre Tarver de les leur transmettre.

Le contenu des trois boîtes peut alors être inventorié : la verte et la rouge contiennent du film enroulé ; la troisième, brune, abrite des enveloppes refermant des pellicules coupées. La collection complète est rendue en 2007 au frère de Robert Capa, Cornell ; Cynthia Young, conservatrice des Archives Robert et Cornell Capa, l’a présentée au public dans une exposition internationale, The Mexican Suitcase. The Rediscovered Spanish Civil War Negatives of Capa, Chim and Taro, inaugurée à New York en septembre 2010.

Et bien sûr toujours notre petite table de presse pour vous présenter nos ouvrages, et susciter votre soutien à nos activités. Cette fois-ci nous aurons le grand plaisir de vous présenter le catalogue de notre exposition : Républicains espagnols, premiers déportés de France et la FEDIP

Le tout suivi d’un débat.

Le jeudi 26 juin 2025 à 19h

Paris’Anim ; Centre Place des Fêtes

2/4 rue des Lilas

75019 Paris

Entrée gratuite

Pour ceux qui ont assisté à la dernière projection sur Himmler, Didier, notre conférencier avait promis une liste d’ouvrages à lire sur le sujet. Vous la trouverez ci-joint. Même ceux qui n’étaient pas là peuvent la consulter : https://www.24-aout-1944.org/newsletter/Livres-sur-les-nazis.pdf