LE MAÎTRE QUI A PROMIS LA MER

Ici, à Bureba Bainuelos, il y avait une école où un enseignant a promis la mer.
Dans une Espagne qui sentait encore la terre aride et l’analphabétisme, la République a apporté des maîtres et des livres là où ils n’étaient jamais arrivés auparavant.
Entrer ici, ce n’est pas juste entrer dans une école. C’est retrouver le cœur d’une pédagogie révolutionnaire.

Antoni Benaiges a enseigné ici.

Un professeur qui ne parlait pas d’obéissance mais d’avenir. Qui a non seulement appris aux enfants à écrire, mais aussi à quelque chose de bien plus dangereux : à penser. Imaginez la mer sans jamais l’avoir vue.

Ici, on éduquait dans la liberté, quand la liberté était encore possible.
Et c’est pour ça qu’il a été tué.

Parce qu’il n’est pas mort au combat. Ce n’était pas une erreur.

Antoni Benaiges est allé chercher. Ils l’ont retiré de son école. Ils l’ont humilié. Ils l’ont torturé. Et tué en juillet 1936.
Pour avoir appris à lire.
Pour avoir appris à penser.

Parce qu’un maître libre est une menace pour tout régime bâti sur la peur.
Parce que la violence du franquisme n’était pas un excès : c’était la méthode.

Et ici, à Bureba Bains, non seulement une promesse a été brisée : ici, on a essayé de briser l’avenir.
Mais ils n’ont pas réussi. Parce que même si le corps d’Antoni est toujours introuvable, sa mémoire est de plus en plus vivante chaque jour : dans les livres, dans les films, dans cette école de nouveau ouverte…
Parce que sa mémoire est la seule chose que ses bourreaux n’ont pas pu fusiller.

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