PACO IBAÑEZ ALLUME UN PHARE DE RÉSISTANCE CONTRE LA BARBARIE
À 91 ans, l’artiste – une légende vivante de la résistance espagnole au fascisme – a montré que le temps peut abîmer ses articulations et le forcer à monter sur scène au bras de son guitariste inséparable Mario Mas, mais qu’il est incapable de lui voler un brin d’engagement politique ni de fléchir sa confiance dans les êtres humains.
« C’est pourquoi je le dis encore une fois : que personne ne pense ou ne crie “Je n’en peux plus et je reste ici”. Mieux vaut les regarder en face et dire haut et fort : “Dégagez, fils de hyènes, nous sommes des millions et la planète n’est pas à vous” » : c’est par ces mots enregistrés du poète José Agustín Goytisolo, que le concert a débuté. Ensuite, le chanteur-compositeur a donné des noms à ceux qui pensent que le monde leur appartient et a qualifié le président Donald Trump de « satrape américain » et de « bêtes sauvages” les dirigeants Israéliens qui attaquent le peuple palestinien.
Paco Ibáñez, qui dans ses concerts donne généralement sa voix à des poètes de différentes latitudes et langues, a chanté en espagnol, basque et galicien. Les poètes hispanophones des deux côtés de l’Atlantique ont été les plus présents, d’Antonio Machado à Federico García Lorca, en passant par Fanny Rubio et Nicolás Guillén.
De ce dernier, il a interprété « Soldadito boliviano », une chanson dont le vers « Un frère ne tue pas son frère » (qui fait référence à Che Guevara) a été largement applaudi.
Puis Soleá Morente, fille du célèbre chanteur flamenco Enrique Morente, est entrée en scène, qui a montré art et lignée dans son interprétation de “Nana de la mora” de José Ángel Valente et de “Dolor” d’Alfonsina Storni, mis en musique par Paco Ibañez. “Quelle chance la vie m’a donnée d’hériter de mon père ses amis magiques !” a dit la chanteuse avant de céder la place à l’accordéoniste Joxan Goikoetxea et à l’inventeur d’instruments Pep Pascual.
L’un des moments les plus émouvants du concert a été lorsque le public qui remplissait le Teatro Real a repris à l’unisson, avec Paco Ibáñez, “Andaluces de Jaén”, le poème de Miguel Hernández [mort pendant la guerre civile].
Mais les applaudissements les plus longs et l’ovation la plus sincère sont allés à « A galopar », de Rafael Alberti, où Paco Ibañez a été rejoint au chant par Soleá Morente, Joxan Goikoetxea, Pep Pascual et l’ensemble des spectateurs, dans une catharsis collective qui rappelait beaucoup un passé commun, mais tenait aussi de l’espoir d’un avenir meilleur.
Paco Ibáñez donne de moins en moins de concerts, et ne reste plus debout deux heures d’affilée avec la guitare posée sur sa jambe comme il l’a fait depuis soixante-dix ans ; il chante désormais assis la plupart du temps et a besoin de lunettes pour lire les partitions, mais sa voix continue d’être essentielle pour beaucoup.
« Jusqu’à toujours !” a-t-il lancé en guise d’au revoir, laissant la scène vide mais éclairée avec cette phrase en arrière-plan : “Il nous reste la parole” [Nos queda la palabra], accompagnée des photographies des poètes universels qu’il a mis en musique.
(Par Rosa Díaz, EFE)
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– Andaluces de Jaen (Miguel Hernandez) : https://youtu.be/_azN-kqU7nE
– Ya no hay locos (Il n’y a plus fous en Espagne, Léon Felipe) : https://youtu.be/oAbs5Ksn8ck
– Me queda la palabra (Blas de Otero) :
https://youtu.be/DQUTYlwfBFk
– La mala reputación (Brassens) : https://youtu.be/gosi6_vR6eE