« Cette histoire vibre en nous » : 90 ans après la guerre d’Espagne, une association continue de faire vivre la mémoire des exilés en Touraine

L’association tourangelle Retirada 37, majoritairement composée de fils et de filles de Républicains espagnols exilés, s’attache à valoriser leur mémoire en Indre-et-Loire.

« Cette histoire vibre en nous, j’en ai entendu parler toute mon enfance », explique Marie-Esther Parra. Comme Fernanda Lopez, elle est fille d’exilés espagnols. Ses parents ont fui le pays à la suite de la guerre civile qui a éclaté le 17 juillet 1936. « Si on n’écrit pas notre propre histoire, personne ne le fera », indique-t-elle.

Faire vivre la mémoire des exilés espagnols

Fondée en 2015, la Retirada 37 a pour but de « faire vivre toutes les mémoires des Républicains espagnols : celles des anarchistes, des communistes, des socialistes », détaille le président de l’association, Éric Sionneau. À la chute de Barcelone en 1939, nombre d’entre eux ont fui l’Espagne – c’est ce qu’on a appelé La Retirada – et « 14.000 sont arrivés en région Centre », explique-t-il. Impossible toutefois d’en connaître le nombre exact : « Ils ne devaient pas rester en Indre-et-Loire car le département devait servir de lieu de repli au gouvernement français, mais il y en a eu tout de même. »

« Mon père a traversé la frontière à Argelès en 1939, confie Fernanda Lopez. Il s’est retrouvé en France. La première chose qu’on lui a dite, c’est “ allez, allez, allez ”. On les a fait marcher jusqu’à Argelès-sur-Mer, en plein hiver, pieds nus. Ils sont arrivés sur une plage déserte et on les a parqués là. » L’histoire de son père, c’est presque comme si elle l’avait vécue, à force de la répéter encore et encore.

« On porte cette mémoire dans nos tripes »

Communiste convaincu tout comme sa mère, son père arrive à Tours (Indre-et-Loire) après la Seconde Guerre mondiale, un peu par hasard. Puis il doit s’éloigner de Toulouse (Haute-Garonne), où il est identifié politiquement. Cet exilé a toujours rêvé de revenir en Espagne. Quand Franco meurt en 1975, la famille y retourne. Mais leur vie est désormais en Touraine, où ils ont élevé leurs six enfants.

Fernanda Lopez a toujours vécu en France. Pourtant, elle est déchirée : « Ici, je me sens Espagnole. Là-bas, je me sens Française. Je navigue entre l’un et l’autre. À la maison, on parlait fragnol, un mélange de français et d’espagnol », se remémore-t-elle un sourire dans la voix. En tant que membre de la Retirada 37, elle continue de faire vivre cette histoire, toujours aussi vive 90 ans après. « C’est génétique, on porte cette mémoire dans nos tripes. »

Grâce à des passionnés, le sacrifice de Léon Cariot, mort pour l’Espagne, est sorti de l’oubli à Saint-Pierre-des-Corps

Trois membres de la Retirada 37 : Marie-Esther Parra, Fernanda Lopez et Éric Sionneau, le président de l’association. Ils ont participé à la restauration de la tombe de Léon Cariot, Corpopétrussien et brigadiste.© (Photo NR, Jeanne-Esther Eichenlaub)

Il y a 90 ans éclatait la guerre d’Espagne. Dans la foulée, des milliers de jeunes s’engagent dans les Brigades internationales pour venir en aide aux Républicains espagnols. Le Corpopétrussien Léon Cariot était l’un d’eux.

Dans le premier carré du cimetière de Saint-Pierre-des-Corps, allée C, sépulture 24, repose Léon Cariot. Comme des centaines d’autres tombes alentour, sa stèle en grès rose était laissée à l’abandon et son nom ne disait plus rien à personne. Jusqu’à ce qu’un historien local, Jany Moineau, ne découvre sa passionnante histoire.

Lors de sa mort, le jeune brigadiste est célébré par la commune. « Son cercueil avait été recouvert d’un drapeau de la République espagnole et exposé en mairie, il y avait même eu une veillée funèbre », décrit Jany Moineau, qui a retrouvé le nom du Corpopétrussien dans une coupure de presse de La Voix du Peuple. Depuis, son nom et son histoire s’étaient totalement effacés des mémoires. « C’était la tombe du brigadiste inconnu. »

« Sa stèle était devenue totalement illisible »

L’ancien cheminot et passionné d’histoire a soulevé un véritable pan d’histoire. Il y a 90 ans, le 17 juillet 1936 éclatait la guerre d’Espagne. Le pays est alors déchiré entre républicains et nationalistes. Ces derniers sont épaulés officieusement par des puissances étrangères fascistes : l’Italie de Mussolini et l’Allemagne d’Hitler. Pour aider les républicains espagnols, les Brigades internationales sont alors créées. « 40.000 jeunes de toutes les nations sont partis se battre. Le plus fort contingent était français. Sur les 9.000 qui sont partis, 3.000 sont revenus vivants », détaille Éric Sionneau, président de Retirada 37.

Pour honorer la mémoire de Léon Cariot, Jany Moineau décide de restaurer sa tombe et fait appel à cette association, qui œuvre à la mémoire de la guerre d’Espagne et des exilés espagnols en Indre-et-Loire. « Sa stèle était devenue totalement illisible. Il fallait qu’on s’en occupe. C’est le seul corps du cimetière de Saint-Pierre à avoir obtenu cette concession perpétuelle gratuite », souligne l’historien.

Au printemps 2026, la Retirada 37 nettoie la tombe, la désherbe, la remet en état et, le 13 juillet, « on a repeint la mention écrite ». Désormais, on peut clairement lire en lettres noires : « Léon Cariot, mort à l’âge de 27 ans, le 17 novembre 1937 pour son idéal : la République ». En octobre, pour commémorer le départ de jeune brigadiste sur le front espagnol, une cérémonie va être organisée, avec un dépôt de plaque, financée par l’Acer, l’association parisienne des Amis des combattants en Espagne républicaine.

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