Tous les articles par Eric Sionneau

Motion au regard du conflit en Ukraine

Le Conseil d’Administration de Caminar a adopté hier le principe et les orientations d’une motion au regard du conflit en Ukraine.

Vous trouverez ci-dessous le texte de cette motion.

Nous sommes descendants et amis des exilés de l’Espagne républicaine.

Nos parents, nos amis ont subi il y a 86 ans des interventions extérieures sans lesquelles un quarteron de généraux putschistes n’aurait pu imposer au peuple espagnol une dictature sanglante qui s’est prolongée pendant plus de quarante années.

A ce titre nous ne pouvons que condamner l’agression militaire décidée par le Président Poutine contre un État souverain, l’Ukraine.

C’est sous l’égide de l’O.N.U, dans le respect des principes du droit international et de la diversité des populations des États souverains constituant la communauté internationale, que doivent se résoudre les conflits éventuels et non par la guerre et l’occupation.

Descendants et amis de l’exil républicain, nous savons les souffrances engendrées par la guerre. Pour beaucoup des nôtres elle a été à l’origine d’un exil définitif.

Le France des droits humains a accueilli dans des conditions souvent inhumaines et indignes les exilés de la République espagnole.

Déjà par centaines de milliers des Ukrainiens, femmes et enfants, fuient les combats cherchant refuge dans des États limitrophes.

Nous exigeons que notre pays, la France, remplisse ses devoirs humanitaires et respecte enfin un droit d’asile malheureusement mis à mal à l’occasion des conflits récents du Moyen Orient et de l’Afrique.

CONCIERTO PARA LA MEMORIA

Juan Francisco Ortiz à la guitare
et David Ortiz au violoncelle


11 Mars

DÉSIRS PARTAGÉS AVEC LA RETIRADA 37

LE PLESSIS,
tiers-lieu culturel et humaniste
LA RICHE

19h – BAR-RESTAURATION – produits bios et circuits courts

20h – CONCERT – « Concierto para la memoria » Juan Francisco et David Ortiz
TARIF LIBRE

5€ mini (tarif minimas sociaux, enfants, scolaires, étudiants)

8€ mini (tarif partagé)

10€ mini (tarif solidaire)

Réservations au 02.47.38.29.29

ou info@plessis-tierslieu.fr

Entrée sur présentation d’un pass vaccinal.

19h – EXPOSITION – Jean Louis Maître, Alain Papillon, Maxime Leroy Guerlot, Julie Sillard, Josselyn David, Agathe Bordeau, Karin Opolko Gonin.

Pour donner un coup de projecteur sur la gouvernance partagée du nouveau
projet du Plessis, l’exposition du mois de février met à l’honneur le comité
des usagers. Ancrée dans le partage et la solidarité, la première Exposition
des usagers propose la découverte d’œuvres des artistes Maxime Leroy, Guerlot, Alain Papillon, Karin, Opolko Gonin et Julie Sillard autour de la photographie, Jean-Louis Maitre, autour d’un travail sur le papier, et Josselyn David et Agathe Bordeau à travers la peinture, notamment.

Un dialogue entre pratiques professionnelles et amateurs au cœur des droits culturels et du projet du Plessis, /ers-lieu culturel et humaniste.
+ BAR-RESTAURATION

Retrouvez nos produits bios et en circuit court ! Clubs sandwich, soupes, gâteaux, vins, jus et tisanes bios.

20h – « CONCIERTO PARA LA MEMORIA» – Juan Francisco et David Ortiz

Le musicien franco-espagnol rend hommage à son père à la guitare et son fils David à son grand-père au violoncelle, Francisco Ortiz, prisonnier 4252 à Mauthausen-Gusen (Autriche). Il s’agit aussi d’un hommage aux Espagnols qui furent déportés dans les camps d’extermination nazis. Ils jouent en duo avec son fils David Dans ce programme il évoque son père, le camp de Mauthausen et l’histoire d‘un drapeau républicain, œuvre composée par lui-même inspirée par l’escalier de la mort du camp : 190 marches que les prisonniers étaient obligés de monter avec des blocs de pierre de plus de cinquante kilos. « Beaucoup d’entre eux périrent succombant à l’épuisement » rappelle F. Ortiz. Il interprète également « El Emigrante » de Juanito Valderrama, un texte que son père “chantait beaucoup” en souvenir de l’Espagne perdue; une suite juive de trois morceaux ainsi qu’une en Yiddish ; une autre composition de sa création sur les Treize Roses, résistantes républicaines fusillées par les franquistes (Que mon nom ne s’efface pas), un hommage aux poètes Lorca, Machado et Hernandez, avant de terminer sur trois œuvres symboliques de la résistance : La liste de Schlinder, El Cants dels Ocells, et Bella Ciao.

Élève des maîtres Alexandre Lagoya et Andrés Segovia, il a partagé des festivals avec Paco de Lucia, Manolo Sanlucar et Carmen Linares.
Nommé Chevalier de l’Ordre des Palmes Académiques en janvier 1985, en mai 2001, il est récompensé par la Médaille d’Argent de l’Académie des Arts, Sciences et Lettres et en septembre il est décoré de la Croix d’Argent du Mérite et
Dévouement français. En 2003, il obtient pour son travail la récompense « 21st Century Award of Achievement » de l’Université de Cambridge (Angleterre).

David Ortiz a suivi depuis son enfance, des cours de formation musicale aux
conservatoires de Pau et de Perpignan jusqu’à atteindre la Master classe de
Violoncelle et de musique de Chambre. Il a également été professeur de violoncelle au conservatoire de musique de Prades. Il joue pour de nombreuses associations de Mémoire historique et souvent en duo avec son père Juan Francisco Ortiz.

Juan et David Ortiz jouent gracieusement pour cet hommage musical au Plessis.
Cette manifestation vous est proposée en partenariat avec l’association Retirada
37 qui a pour but de faire vivre les mémoires et les valeurs des Républicains
espagnols exilés à travers des expositions, des conférences, des débats mais aussi par un travail de recherche sur cette histoire.

La Retirada désigne l’exode des réfugiés espagnols en 1939 suite à la guerre civile remportée par Franco. « L’association est née suite aux retrouvailles d’un vieil ami qui faisait partie d’Europe de la Mémoire et qui m’a proposé de faire quelque chose ensemble sur les mémoires des Républicains espagnols » explique Luis Lopez, le président à la création de l’association la Retirada 37.

RAICES Y SEMILLAS

Hola tod@s. Je me permet de re partager ici aujourd’hui une chanson que j’ai écrite intitulée ABUELO. J’ai essayé d’y raconter le parcours de mi abuelo, Manuel Jimenez , militant andalou qui n’avait que 18 ans quand le coup d’état puis la guerre d’Espagne ont commencé. Après le front de Jarama, la défense de madrid … il s’est retrouvé comme tant d’autres prisonniers au camp d’argelès puis à la base sous marine de Bordeaux dont il s’évada pour rejoindre la résistance dans les Landes. C’est aussi pour lui rendre hommage que le groupe s’appelle EL COMUNERO. C’est ainsi que l’avaient surnommé ces camarades de lutte de la CNT pour railler son engagement communiste. A travers lui, c’est aussi aux centaines de milliers d’hommes et de femmes qui ont vécu ces événements que j’ai voulu rendre hommage. Depuis 13 ans maintenant, nous sillonnons avec le groupe les scènes de France et d’Espagne. Au delà des concerts, nous essayons de raconter et transmette cette histoire et les valeurs qu’elle véhicule aux plus jeunes en montant des projets en lycée et en collège, en travaillant avec des réalisateurs, des historiens, des témoins, des auteurs, des acteurs de théâtre etc, pour trouver d’autres façons de transmettre ce que nos abuel@s nous ont transmis. En ces temps troubles de surenchère populiste et néo fasciste, cela me parait plus que jamais nécessaire. Ce post un peu long pour vous expliquer aussi qu’étant donné les valeurs que nous défendons, nous n’intéressons pas les labels et producteurs, qui ne nous intéressent pas non plus d’ailleurs. Nous travaillons en totale indépendance et cela aussi colle aux valeurs que nous voulons porter. Nous avons enregistré un 5eme album qui doit sortir en septembre 2022. Il s’appellera RAICES Y SEMILLAS. Pour parvenir à le sortir et à boucler notre budget, nous avons monté un financement participatif. Chaque don donne droit à une contrepartie. Dès 10 euros vous pouvez précommander l’album en format numérique ici : https://www.helloasso.com/associations/tu%20veux%20qu%20on%20en%20parle/collectes/nouvel-album-de-el-comunero . Nous avons besoin de toute les bonnes volontés pour remplir l’objectif. Aussi un grand merci d’avance à celles et ceux qui pourront et voudront nous soutenir.

Un abrazo fraterno a todos.


SEGUIMOS LUCHANDO

extrait du 4eme album « 10 años de rebeldía.  » du groupe EL COMUNERO. Filmé et enregistré en live à la dynamo en mai 2018 à Toulouse. Sortie prévue en 2019. Images et montage, Fiasco Prod

La Retirada ou l’exil républicain espagnol d’après guerre

La guerre d’Espagne a entraîné le départ de plusieurs vagues de réfugiés vers la France, de 1936 jusqu’en 1939 où la chute de Barcelone provoque, en quinze jours, un exode sans précédent. Près d’un demi million de personnes franchissent alors la frontière des Pyrénées, dans de terribles conditions. C’est la Retirada.


1936-1939 : Un pays divisé par une guerre civile

À partir de la fin du XIXe siècle, les conflits sociaux et politiques se succèdent en Espagne et la proclamation de la Seconde République, le 14 avril 1931, vient nourrir l’espoir d’une société meilleure. Le gouvernement entreprend une série de réformes novatrices, au caractère progressiste, venant rompre avec les régimes et gouvernements précédents, fortement soutenus par l’Église et d’obédience plutôt conservatrice. Les changements opérés face au modèle séculier sont immédiats et radicaux : séparation de l’Église et de l’État, mariage et divorce civil, réformes de l’armée, de l’enseignement, réforme agraire, mesures sociales et professionnelles, statut d’autonomie pour la région catalane et de façon notable, droit de vote pour les femmes et droit à l’avortement.

Mais malgré des avancées, dans l’enseignement ou les droits des femmes notamment, la déception grandit et, petit à petit, les illusions s’évanouissent pour laisser place à l’expression du mécontentement populaire qui exacerbe les tensions sociopolitiques. Le 18 juillet 1936, le soulèvement militaire, préparé par les nationalistes, éclate, la guerre d’Espagne commence. Durant près de trois ans, le peuple espagnol se trouve divisé : d’un côté, les nationalistes, dirigés par le Général Francisco Franco et soutenus par l’Église et l’armée, de l’autre les Républicains qui comptent dans leurs rangs différentes tendances de gauche – marxistes, anarchistes, socialistes, communistes et républicains modérés. Souvent considérée comme un prélude à la Seconde Guerre mondiale, l’Espagne devient aussi le terrain de confrontations internationales. Dans le camp nationaliste, les troupes d’Hitler et de Mussolini s’entraînent et testent leur matériel. La République espagnole reçoit, de son côté, l’appui de milliers de volontaires étrangers.

Le début de l’exode

L’avancée des troupes franquistes oblige, dès 1936, de nombreux républicains à quitter provisoirement l’Espagne pour fuir les combats. Un exode intérieur jette également sur les routes des milliers d’Espagnols, qui trouvent progressivement refuge en Catalogne. Quand le 26 janvier 1939, Barcelone tombe aux mains du général Franco, la population catalane – et avec elle des milliers de républicains provenant de toute l’Espagne – se dirige vers la frontière française pour échapper à la répression et aux bombardements. Ces civils sont bientôt rejoints par une partie de l’armée républicaine en déroute. Cette retraite – la Retirada – entraîne dans l’exode des centaines de milliers de réfugiés. Le passage de la frontière se fait dans des conditions particulièrement pénibles : les populations sont affaiblies par trois ans de combats et de privations, les cols sont enneigés, l’aviation franquiste bombarde les réfugiés sur les routes catalanes. Civils et militaires sont le plus souvent partis précipitamment, avec peu d’affaires, et ils arrivent en France dans le dénuement le plus complet.

Partagé entre la crainte de voir des « hordes » de révolutionnaires « rouges » déferler sur le pays et le respect des valeurs républicaines qui accordent asile et hospitalité aux persécutés, le gouvernement français du radical Edouard Daladier décide finalement d’ouvrir la frontière le 28 janvier 1939, mais aux seuls réfugiés civils. Les hommes armés patientent quelques jours de plus sous les bombardements franquistes.

Le 5 février, la frontière est enfin ouverte aux soldats républicains. Du 28 janvier au 13 février, ce sont 475 000 personnes qui passent la frontière française, en différents points du territoire : Cerbère, Le Perthus, Prats de Mollo, Bourg-Madame, etc.

Un accueil mitigé

Ces réfugiés ne bénéficient pas d’un accueil optimal. En dépit du soutien de la gauche et des tenants d’une attitude humaniste, la France de 1939 est loin d’être pour les Espagnols la République sœur dont ils espéraient obtenir réconfort et soutien. Rongée par la crise économique, en proie aux sentiments xénophobes, repliée sur elle-même, la société française offre aux réfugiés un accueil plus que mitigé. Avant même la Retirada, plusieurs décrets-lois ont été édictés par le gouvernement Daladier, dont celui du 12 novembre 1938 qui prévoit l’internement administratif des étrangers « indésirables », c’est-à-dire susceptibles de troubler l’ordre public et la sécurité nationale. Les Espagnols sont les premiers à subir les conséquences de cette politique nouvelle en direction des populations allogènes.

Le gouvernement français avait envisagé l’afflux de réfugiés à sa frontière mais jamais dans de telles proportions et il se retrouve débordé par la situation. Les autorités déploient les troupes militaires aux différents points de passage. Les Espagnols, comme les volontaires étrangers, sont désarmés, fouillés, identifiés puis envoyés dans des centres de recueil dispersés le long de la frontière pour y être vaccinés et ravitaillés.

Dans l’urgence et face à la pression des réfugiés qui se pressent à la frontière, certaines opérations d’identification et de vaccination ne peuvent être menées à bien. Les familles sont séparées. Les femmes, les enfants et les vieillards sont envoyés en train vers les départements de l’intérieur de la France. Plus de 70 départements français accueillent ainsi des groupes de réfugiés civils, durant plusieurs mois, dans des structures d’hébergement diverses, mises à disposition par les municipalités. Les conditions de vie dans ces centres d’hébergement sont variables et dépendent en partie de l’accueil que leur réserve l’équipe municipale en poste et de la mobilisation de la population locale.

Les camps d’internement

Les hommes, eux, sont parqués dans des camps d’internement, montés à la hâte sur les plages du Roussillon et dans le sud-ouest de la France. Quelques groupes de femmes et d’enfants sont aussi du voyage, preuve de la désorganisation des autorités à la frontière. Les camps d’Argelès-sur-mer, du Barcarès et de Saint-Cyprien sont construits à même le sable, par les réfugiés, utilisés comme main d’œuvre par les autorités. Les camps du Vernet d’Ariège, de Septfonds, de Rieucros, de Gurs, de Bram et d’Agde viennent compléter ce dispositif d’internement. Ils sont pensés pour désengorger les camps du Roussillon où sont internés plusieurs dizaines de milliers d’hommes – 87 000 personnes pour le seul camp d’Argelès début mars 1939 (chiffre donné à la date du 6 mars 1939 – archives départementales des Pyrénées Orientales, 31W274).

Les conditions de vie dans ces camps, que les autorités françaises nomment elles-mêmes, en 1939, « camps de concentration », sont extrêmement précaires (début février 1939, à l’occasion d’une conférence de presse à propos du camp d’Argelès, le ministre de l’Intérieur Albert Sarraut s’exprime en ces termes : « le camp d’Argelès sur Mer ne sera pas un lieu pénitentiaire, mais un camp de concentration. Ce n’est pas la même chose », in Geneviève Dreyfus-Armand, Émile Temime, Les Camps sur la plage, un exil espagnol, Paris, éditions Autrement, 1995, 141 p.).

Les premières semaines, les hommes dorment à même le sable ou la terre, sans baraquement pour s’abriter. Les décès sont réguliers en raison du manque d’hygiène et des difficultés d’approvisionnement en eau potable et en nourriture. Les conditions de surveillance sont drastiques et assurées par les troupes militaires, tirailleurs sénégalais, spahis ou garde républicaine mobile.
Humiliés par cet accueil et les conditions de vie qu’ils subissent durant leurs premiers mois en France, les réfugiés tentent cependant d’améliorer leur quotidien dans les centres d’hébergement et dans les camps. En comptant parfois sur l’aide de différentes organisations internationales de soutien aux réfugiés espagnols, ils organisent différentes activités afin de ne pas sombrer dans la folie et la dépression. Jeux de cartes, parties d’échecs, rencontres sportives, cours scolaires de tous niveaux, rédaction de journaux ou de bulletins, conférences improvisées et discussions politiques constituent l’emploi du temps de la majorité des réfugiés.

Dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale

À la mi-juin 1939, 173 000 Espagnols sont encore internés dans les camps français. La situation, qui devait être temporaire, se prolonge. Les autorités favorisent les rapatriements en Espagne pour alléger la charge représentée par les réfugiés. Nombreux sont alors les Espagnols à retourner en terre franquiste, pas toujours volontairement. Des cas de rapatriements forcés sont signalés, notamment au départ des centres d’hébergement. Certains réfugiés essaient alors d’émigrer en Amérique latine, refusant le retour en Espagne tant que Franco est au pouvoir. Le Mexique accueille des réfugiés, mais les effectifs resteront limités. Alors que la guerre se profile, ceux qui restent deviennent pour le gouvernement français une possible main d’œuvre pour remplacer les appelés au front. Les Compagnies de Travailleurs Étrangers sont organisées dès le mois d’avril 1939 par un décret-loi et des milliers d’Espagnols, de sexe masculin et âgés de 20 à 48 ans, sont embauchés dans le but de fortifier les frontières et de participer à des travaux publics de grande envergure. Les autorités militaires proposent aussi aux réfugiés espagnols de rejoindre la Légion Étrangère ou le corps des Régiments de Marche de Volontaires Étrangers.

Durant la Seconde Guerre mondiale, des groupes de réfugiés espagnols s’organisent dans les maquis et entrent en résistance contre l’occupant nazi et le gouvernement de Vichy. La motivation des Espagnols est portée par l’espoir de renverser, avec l’aide des démocraties européennes, le régime de Franco. Or, les puissances alliées ne tiendront pas leurs promesses. Franco reste au pouvoir jusqu’en 1975, prolongeant ainsi l’exode des réfugiés qui deviendront des exilés politiques (à noter qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on compte 240 000 Espagnols en France, parmi lesquels 40% d’exilés républicains).

Aujourd’hui, plus de soixante-dix ans après la Retirada, de nombreux Espagnols – anciens réfugiés – sont toujours installés dans les régions françaises, notamment dans le Sud-Ouest. Leurs enfants et petits-enfants se chargent d’entretenir la mémoire de ceux qui, à leurs yeux, ont lutté jusqu’à la mort pour un idéal humaniste.

Dossier réalisé par Cindy Coignard et Maëlle Maugendre de l’Association Adelante

https://www.histoire-immigration.fr/dossiers-thematiques/caracteristiques-migratoires-selon-les-pays-d-origine/la-retirada-ou-l-exil »

La révolution espagnole étranglée par Staline

En 1937, en pleine guerre contre les forces franquistes, le Parti communiste espagnol, fort de l’appui soviétique, attaquait d’autres composantes de gauche – la CNT anarco-syndicaliste et le POUM léniniste antistalinien. Une offensive qui a signé l’amorce du démantèlement des collectivités libertaires de Catalogne et d’Aragon. Eclairage de Karel Bosco.

Barcelone est occupée par les troupes franquistes le 26 janvier 1939, Madrid-la-Courageuse le 28 mars. La terrible Guerre civile espagnole s’achève dans le fracas des armes – 600 000 à un million de morts. Mais elle va se poursuivre dans le silence. Déjà en 1939 ont été enfermées en camps de concentration 700 000 personnes, dont le travail forcé visera à redresser la situation économique catastrophique de la péninsule saccagée, puis à construire usines, casernes, prisons, barrages, aéroports et lignes ferroviaires, sans parler de l’exploitation de l’étain, du fer, du charbon. Entre 1939 et 1944, près de 200 000 personnes sont assassinées par les escadrons franquistes, sans compter les prisonniers morts de froid, de faim, d’épuisement et de maladies, ni ceux qui ont succombé sous les tortures ou qui ont préféré se suicider. En 1948, 20 mineurs du bassin asturien sont jetés dans un puits, attachés les uns aux autres et brûlés vifs par des unités de police. Entre 1947 et 1949, c’est la terreur de masse qui brise les ultimes résistances paysannes.

Ce système concentrationnaire et totalitaire devait durer jusqu’à la mort de son chef, en 1975, et les aménagements de surface – ainsi dans le domaine du tourisme – ne changèrent rien à sa nature criminelle, « lointain héritage de l’Etat-Eglise inquisitorial, esclavagiste et génocidaire du dénommé Siècle d’Or » (César Lorenzo).

Les divisions tragiques du camp républicain

Si Franco a écrasé la République et massacré tant de paysans et d’ouvriers, ce fut grâce à la complicité tacite des Etats européens, dont l’Angleterre – qui entraîna la France dans la désastreuse politique de « non-intervention » – et surtout grâce à l’appui militaire de Mussolini et d’Hitler. Mais on ne peut plus passer sous silence aujourd’hui les tragiques divisions qui minèrent et affaiblirent le camp républicain. Il s’agit d’un chapitre de l’histoire de la Guerre civile que les militants des gauches révolutionnaires ont gardé au cœur comme une flèche empoisonnée et que des historiens, d’abord peu nombreux, ont cherché à éclairer. Le grand public ne l’a vraiment découvert qu’à travers le film de Ken Loach, Land and Freedom (1995), libre adaptation du témoignage de l’écrivain engagé George Orwell, Hommage à la Catalogne (1938).

Trois ans avant le film de Loach, un téléfilm espagnol de haute qualité – diffusé en France par Arte – avait déjà jeté une lumière crue sur cet arrière-fond sordide : Opération Nikolaï, de Maria D. Genovés et Llibert Ferri. Une manière rigoureuse de confirmer ce qu’avaient rapporté Julian Gorkin, du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM), dans son livre rageur de 1941, Canibales Politicos : Hitler y Stalin en España, publié à Mexico, ou encore José Peirats dans la somme qu’il avait consacrée à la Confédération nationale du travail (CNT) en 1951-1953 – 1200 pages !

En 1961, les historiens Broué et Témime proposaient une première et monumentale synthèse en langue française, La Révolution et la Guerre d’Espagne (Ed. De Minuit). Depuis la mort de Franco, le retour difficile de l’Espagne à la démocratie et l’ouverture partielle des archives du KGB en Russie ainsi que celles des partis communistes en Occident, quantité d’études ont été publiées, notamment Le POUM : Révolution dans la guerre d’Espagne de Wilebaldo Solano, un ouvrage militant (Ed. Syllepse, 2002) et le très substantiel Mouvement anarchiste en Espagne – Pouvoir et révolution sociale de César M. Lorenzo (Ed. Libertaires, 2006).

En 1969, dans Le vif du sujet, Edgar Morin avait mis en évidence les arêtes de la problématique, sans détours ni litotes : « La guerre d’Espagne continue à être perçue comme épopée et non comme tragédie (…). Il y eut tragédie dès 1936, et la suite fut le pourrissement de cette tragédie. L’alternative franquisme-république continue à masquer des contradictions qui ont pourtant éclaté dans le sang. (…) A l’intérieur de la république, avant même [le putsch de Franco], le conflit entre la révolution et l’ordre bourgeois avait éclaté. Dans ce conflit, le stalinisme devait intervenir de plus en plus efficacement comme le tiers excluant, tuant la révolution et faisant progresser sa révolution sous le couvert de l’ordre. Il y eut une montée révolutionnaire culminant au partage des terres et des biens en Aragon [et en Catalogne] (…). Et ce furent les républicains, et non Franco, qui la brisèrent, et ce fut dans cette répression que se scella la belle et bonne alliance entre bourgeois républicains et communistes staliniens. L’actuelle mythologie antifasciste se fonde sur l’anéantissement des communes [libertaires] d’Aragon et de Catalogne ».

Des soi-disant contre-révolutionnaires soumis à la question

Il faut approfondir. Lorsque la révolution sociale éclate en Espagne en 1936, suite à la victoire électorale des forces de gauche rassemblées dans le Frente popular, et que le coup d’Etat de Franco va fracasser dans les conditions que l’on sait, les visages du changement et du renouveau sont multiples : les anarcho-syndicalistes de la CNT – près d’un million de militants – ; les socialistes divisés en une aile réformiste et une aile radicale ; le POUM léniniste mais violemment antistalinien et distant de Trotsky ; les divers courants républicains de gauche ; les militants des autonomies basque et catalane ; le Parti communiste espagnol, encore très minoritaire.

La révolution, en Catalogne et en Aragon, dans une certaine mesure en Estrémadure et en Andalousie, c’est, sous l’égide la CNT mais pas d’elle seule, le partage des terres et la socialisation des outils de production, celle-ci étant particulièrement visible à Barcelone, promue « capitale du prolétariat mondial », où les ouvriers gèrent eux-mêmes leurs entreprises, non sans difficultés. Sur le plan militaire, Staline apporte le soutien de la Russie soviétique, salué avec émotion et enthousiasme par le peuple qui doit affronter les armées de Franco, bien entraînées, bien équipées et parfois fanatisées.

Un soutien qui se paie : 500 000 kilos de lingots d’or – les deux tiers des réserves de la Banque d’Espagne – sont « mis en sûreté » en URSS par le gouvernement républicain (et ils ne seront jamais restitués) : Madrid était déjà assiégée, il est vrai, toutefois Barcelone ou Valence auraient pu abriter ce trésor, mais elles étaient sous le contrôle d’une CNT fort mal vue des autorités.

Fort de l’aide soviétique, le PC espagnol monte en puissance et passe à l’offensive en 1937. Sa volonté de mettre la main sur la centrale téléphonique de Barcelone, lieu stratégique occupé par les anarchistes, débouche sur un affrontement armé entre ses militants et ceux de la CNT et du POUM, qui coûtera la vie à 500 personnes. Un affrontement qui s’étendra à l’ensemble de la Catalogne et de l’Aragon, où les troupes « marteau et faucille » s’activeront à liquider les communes paysannes, qui assurent pourtant le ravitaillement des zones républicaines. Et cela alors que les milices révolutionnaires et que les volontaires des 70 nations engagés dans les Brigades internationales sont au feu face à la barbarie franquiste…

Non contents de détruire, les dirigeants du PC salissent et insultent, sur les conseils des agents du NKVD – la police secrète soviétique – infiltrés dans l’administration républicaine : les militants de la CNT et plus encore ceux du POUM, haïs de Staline, sont accusés de complicité active avec Franco, avec Hitler. Les tchekas, culs-de-basse-fosse du NKVD en Espagne, se remplissent de soi-disant contre-révolutionnaires soumis à la question. Andrès (Andreu) Nin du POUM, la figure la plus respectée et la plus prestigieuse de la révolution espagnole, est kidnappé, torturé et assassiné par les nervis staliniens, entre autres par le Hongrois Erno Gerö – ce qu’a révélé le téléfilm Opération Nikolaï.

La révolution est écrasée, la liberté recule partout en Espagne, les armés franquistes progressent inexorablement. Staline se retire sur la pointe des pieds – il a d’autres soucis, d’ordre diplomatique. Valence, Barcelone, Madrid tombent. La tentative de constituer une première « démocratie populaire » de style soviétique sur sol étranger a échoué. Et c’est tout un peuple qui a été massacré, et qui va subir le martyre durant près de quarante ans.

Pour une autre image du futur humain

Il est évident que l’histoire de la Guerre civile espagnole ne se réduit pas à cette seule tragédie, ni que l’engagement d’une bonne partie des militants du PC ne se limite aux pratiques criminelles de ses dirigeants sous influence, mais il est inconcevable de négliger, pire, d’oublier ces événements et leur profonde signification politique à l’heure où la mondialisation meurtrière des économies nous met au défi de penser et de développer une alternative solidaire et démocratique à caractère écologique et socialiste. L’expérience, même brève, même cassée, des communes libertaires et des usines autogérées de Catalogne et d’Aragon n’est pas un passé qui n’intéresserait que des universitaires. Elle peut être une des images possibles du futur humain.

Les efforts et les sacrifices inouïs qui furent ceux du peuple russe et de son armée durant la Seconde Guerre mondiale, et qui contribuèrent plus que largement à libérer l’Europe de l’hydre nazie, ne changèrent rien aux pratiques staliniennes une fois la victoire acquise : tortures et procès truqués dans les Etats satellisés par l’URSS – Bulgarie, Hongrie, Tchécoslovaquie notamment –, au cours desquels sont liquidés de vieux militants, des résistants à l’occupant allemand, des anciens combattants de la Guerre d’Espagne. Et la répression, sinon le feu, pour la classe ouvrière quand elle n’est plus docile : à Berlin-Est et dans les grandes villes de l’Allemagne communiste en 1953 ; en Hongrie en 1956 – face aux conseils d’usines – ; en Tchécoslovaquie en 1968 – toujours face aux conseils d’usines – ; en Pologne en 1970 – les forces armées tirent sur les ouvriers de la Baltique. Certaines bonnes leçons avaient été retenues : à Budapest, le 25 octobre 1956, le peuple défilait pacifiquement devant l’immeuble de la radio ; sur l’ordre du secrétaire du Parti, les agents de la police secrète ouvrent le feu, précipitant la violence. Le secrétaire ? Erno Gerö, l’assassin d’Andrès Nin.

* Historien, Genève.

https://lecourrier.ch/2017/09/11/la-revolution-espagnole-etranglee-par-staline/

Label Histoire – Les réfugiés Espagnols

Et vous, auriez-vous tendu la main aux réfugiés de la guerre d’Espagne ?

En février 1939, après la victoire de Franco, un demi-million d’espagnols traverse les Pyrénées pour chercher refuge en France. Ils n’ont plus rien. Juste faim et froid. Et fuient 3 ans de guerre civile qui les ont déjà épuisé.

Mais désignés comme des « étrangers indésirables », les réfugiés vont être traités comme du bétail, logés dans ce qu’on n’a pas peur d’appeler à l’époque « des camps de concentration » avant d’être emportés dans le tourbillon de ce qu’ils appellent la guerre de France, c’est-à-dire la seconde guerre mondiale !

Pourquoi Léon Blum n’a-t-il pas soutenu le Front Populaire espagnol ? La France a-t-elle trahi les républicains ? Et vous, auriez-vous tendu la main aux réfugiés de la guerre d’Espagne ?

Myriam Bounafaa et François Reynaert mènent l’enquête auprès de Cali, le chanteur, et ceux qui ont vécu le drame …

Guerre d’Espagne 1936-1939

La guerre civile espagnole, souvent considérée comme le prologue de la seconde guerre mondiale, a opposé, de juillet 1936 à avril 1939, le gouvernement républicain espagnol du Frente Popular élu en 1936 à une insurrection militaire et nationaliste dirigée par Francisco Franco, bénéficiant de l’aide — déterminante — d’Adolf Hitler et de Benito Mussolini. Malgré le soutien de l’URSS, de la Grande-Bretagne, de la France et surtout des Brigades internationales (35 000 volontaires de 50 nations), la défaite des républicains a permis l’établissement de la dictature de Francisco Franco, qui a duré jusqu’à sa mort en novembre 1975. Le conflit aura fait plus d’un million de victimes.

A consulter ici : https://www.monde-diplomatique.fr/index/sujet/guerredespagne

Disparition de Almudena Grandes

Bonjour à toutes et à tous,

La nouvelle est tombée samedi dernier dans l’après-midi : Almudena Grandes s’en est allée.

C’est comme si nous étions restés orphelins. Avec le cœur gelé.

Le 10 octobre, Almudena s’est excusée auprès de ses lecteurs d’avoir été absente à cause de sa maladie. Humble, oui elle l’était, pour demander pardon d’être malade et de ne pas pouvoir les accompagner. « Et m’excuser au passage, par avance, pour mon silence et mes absences futures. Car je ne voudrais pas que quelqu’un s’inquiète à nouveau de ne pas me retrouver dans un endroit où nous nous sommes rencontrés d’autres fois ». Elle a également remercié ses lecteurs pour leur liberté, « car grâce à votre soutien je peux écrire les livres que je veux écrire, et non ceux que les autres attendent de moi ».

Aujourd’hui est un jour triste, pour les amoureux de la littérature, de la littérature engagée auprès du peuple. La plus grande est partie, et nous a laissés orphelins.

A l’occasion de la venue de Pedro Sanchez à Montauban en février 2019, Almudena Grandes l’accompagnait, et nous avons eu l’honneur d’échanger avec elle quelques instants.

¡ Hasta siempre, Almudena !

Le bureau de Caminar

PS 1 : Voici un lien sur les funérailles de Almudena qui ont eu lieu aujourd’hui : https://www.youtube.com/watch?v=lFVcVUtmweo

PS 2 : Ci-dessous, vous trouverez un texte de Antón Castro, journaliste et écrivain de Zaragoza, intitulé « Un dialogo con Almudena Grandes ».
UN DIÁLOGO CON ALMUDENA GRANDES (1960-2021)

He entrevistado en bastantes ocasiones a Almudena Grandes. Conservo un gran recuerdo de una entrevista extensa que le hice en el hotel Palafox con motivo de la novela ‘El corazón helado’. La recupero aquí, el día en que Almudena Grandes, una poderosa narradora, acaba de fallecer a consecuencia de un cáncer. Esta mañana, en Alcañiz, una amiga suya me dijo que Almudena se había puesto muy malita. La foto es de otro gran amigo: Asís G. Ayerbe. Una de las consultas más surrealistas que he tenido en mi vida fue suya, por medio de Luis Alegre: quería saber cuántos títulos de Liga tenía su equipo del alma, el Atlético de Madrid. Debió ser hacia 2013-2014, cuando el equipo tenía diez títulos.

-« Me acordé de ‘Teruel Existe’ y me dije: la abuela Anita será de un pueblo de Teruel »
-« No he hecho una novela histórica. Es una novela de amor en el presente, de la memoria sentimental de España »
-« Ortega, cuando volvió a España, denunció ‘la indecencia generalizada, la corrupción’. También hablo de todo eso »
-« En ‘El corazón helado’ está la huella de Aub y de las ‘Crónicas del alba’ de Sender por su tono memorialístico »
Uno nunca sabe cuándo empieza la historia de una vocación. La de Almudena Grandes (Madrid, 1960) tal vez se remonte a finales de los años 60 y a una versión abreviada de Homero que le regaló su abuelo para su primera comunión. Luego, se hizo escritora bajo la sombra de Benito Pérez Galdós, al que reivindica sin parar (« algún día escribiré mis ‘Episodios Nacionales », dice), Marcel Proust, Jane Austen, « Mujercitas » (de este libro sentimental extrajo uno de sus credos: « Escribe de lo que conoces ») o de novelas que siempre recomienda como « Bella del Señor » de Albert Cohen. Mario Vargas Llosa es otra de sus predilecciones.

Libro a libro, Almudena Grandes se ha convertido en una narradora poderosa, casi apabullante, con un mundo propio que aspira « a ser coherente ». Declara una y otra vez que le encantan los folletones decimonónicos, las grandes historias de amor, la ambientación meticulosa, esos personajes complejos y trabajados en su psicología. Se siente ante todo « una contadora de historias », alguien que posee auténtica pasión por el lenguaje, por las palabras y sus matices, por la vida, de ahí que diga que « tengo una inclinación espontánea al desparrame. Y eso lo he percibido más que nunca en ‘El corazón helado’. Tenía tantas cosas que contar, había tantas historias y personajes que si no me hubiera contenido (me he ralentizado incluso en el erotismo), si no me hubiera sujetado, me habrían salido más de 3.000 páginas. Eso sí que me preocupaba durante la escritura. Habrían sido demasiadas páginas ».

Almudena Grandes mira al editor de Tusquets, su editorial de siempre, Juan Cerezo, y sonríe como ella lo hace: derramándose, con picardía y vitalidad, con esa carcajada y sonora que lo invade todo. Las más de 900 páginas de « El corazón helado » (Tusquets) seducen a miles de lectores.

Revela: « El corazón helado’ me ha llevado más de cuatro años de trabajo. Estuve documentándome durante año y medio. Leí libros de casi todo: de la Guerra Civil, de la II República, de la División Azul, y no sólo a los historiadores y especialistas que cito, sino muchas memorias y autobiografías que se publicaban en pequeños ayuntamientos, también aragoneses, porque ahí veía historias humanas maravillosas y emocionantes, y eso es algo que me interesa mucho. Y luego empleé dos años y medio más en la escritura. Eso sí, cuando me pongo a escribir ya sé cómo va a ser todo. Conozco todas las escenas, todos los personajes, como si fuera un plano de arquitectura. La estructura es muy importante en mis libros, y aquí era compleja por muchas razones ».

El amor y las sombras del pasado

Almudena Grandes es reflexiva y torrencial a la vez. Vive tanto sus libros, habla tanto de ellos, que parece tenerlos muy claros. Se asoma a sus ficciones como quien se inclina sobre un río diáfano y se refleja con nitidez en todos sus rasgos y pliegues, con las subtramas más íntimas de la invención y de la sangre. « Yo no quería hacer una novela histórica, aunque la historia de España sea muy importante aquí. Ésta es una novela sobre la memoria sentimental de España, una novela del presente cuyos personajes, para resolver y acotar mejor el momento en que viven, indagan en el pasado -subraya-. Entiendo que es una novela sobre la memoria, no es una novela política tan sólo, y mucho menos un panfleto. Lo tengo muy claro. No es por tanto una novela de la Guerra Civil española, o de la II República, o del exilio, o de las peripecias de la División Azul. Todo está ahí, forma parte de la vida de los personajes, pero yo creo que mi novela es sobre todo una historia de amor que se desarrolla en 2005 ».

Los dos personajes centrales, Álvaro y Raquel, indagan en los secretos de familia, desempolvan recuerdos, álbumes, fotos viejas, que es algo que resulta muy atractivo. Álvaro Carrión, el protagonista, pregunta, « necesita saber quién era su padre, y esa necesidad de saber es uno de los elementos novelescos fundamentales del libro ». También la escritora investigó en algunos secretos de su propia familia: la historia de su abuelo materno, capitán de Ingeniería, que se sumó a los golpistas del 18 de julio. « Una vez concluida la guerra, lo mandaron a Regiones Devastadas. Y estuvo allí un tiempo, pero un día, sin que se supiera la razón, dimitió de su cargo, abandonó el ejército y se marchó a trabajar a la empresa privada. Yo siempre he pensado que no pudo superar la corrupción que vio, la indecencia. Mi abuelo ha inspirado la creación del personaje Eugenio Sánchez Delgado ».

Recuerda la autora que otro tema fundamental de su novela « es algo que denunció José Ortega y Gasset cuando volvió a España: ‘La indecencia generalizada. La corrupción ». Almudena Grandes explica que ella no quería volver al tema de preguntarse quiénes eran los buenos y los malos. « Me molesta que algunos escritores contemporáneos se acerquen a la Guerra Civil con la mentalidad de hoy. Quieren aplicar la visión contemporánea de lo políticamente correcto y crean personajes que no se daban en la época, más radicales y con un alto nivel de militancia política y sindical, y acaben concluyendo que ‘todos fuimos culpables de la Guerra Civil’. Yo tengo clarísimo quiénes eran los ‘malos’. España era un país soberano, democrático, con las reglas claras y explícitas, un país que creía en la justicia, en la libertad, en la igualdad y en el progreso. Y contra eso se levantaron cuatro generales. Ahí están los malos. Y a mí me interesa contar cómo eran », señala.

Destellos de guerra en la paz

Recalca que se narran destellos de la violencia que se vivió, « de sobras conocida y contada, por eso no he querido ensañarme. No podemos olvidarnos que no existe ningún país que, en tiempos de paz, tuviese una represión física tan brutal como la del franquismo. Eso es algo que no se dio con tanta contundencia en la Alemania de Hitler en tiempos de paz. Y eso está en el novela, que es un libro de ficción, claro está, inventado por mí, una novela de la que soy responsable, pero muchas de las cosas que se cuentan ocurrieron de veras: el entierro de gente viva en Canarias, la historia de la madre de Rosana Torres: embarazada de cuatro meses -con dos hermanos fusilados, su marido condenado a muerte y sus padres en la cárcel- fue a su casa de Valencia, de la que se había adueñado el hombre que había denunciado a sus padres. Le pidió su propia máquina de coser para ganarse la vida. Le dijo que no. Pidió que le dejase llevarse su ropa, y le contestó que no. Pidió que le permitiese llevarse su ropa interior, ‘porque mis bragas no os las vais a poner, ¿verdad?’. Y volvió a decirle que no. Éste es un libro sobre nuestro patrimonio común ». Los hechos reales son glosados en un puñado de páginas de notas de autor, donde hay agradecimientos, evocaciones y algunos casos terribles.

A Almudena Grandes le gusta decir que cree mucho en la « trayectoria de autor. Más que escribir una novela histórica ahora, luego una policíaca, más tarde otra de otro tipo, que se puede hacer, claro está, a mí me preocupa que cada novela explique o justifique la anterior y a la vez sugiera o avance la sucesiva -matiza-. ‘El corazón helado’ está implícito en otros libros míos más o menos testimoniales, especialmente en ‘Los aires difíciles’ (Tusquets, 2002), que narra la historia de una niña que nace en 1947 y que crece en los años 50 y 60 ».

Todas sus novelas nacen de una imagen, « que busco, que persigo. En cuanto la tengo, empiezo a escribir ». En abril de 2002, un día de cielo azul y eléctrico, Almudena Grandes fue al cementerio de Las Rozas al entierro del padre del escritor Benjamín Prado. Vio, desde una leve distancia, dos estampas: la de los familiares del escritor, que combatían el frío, y la de los serranos que iban de manga corta. Las mujeres parecían haberse puesto una chaqueta sobre la bata. Y de repente, vio como una joven vestida de blanco, con botas, aparecía entre la gente. No habló con nadie y se fue.

« Aquella imagen me puso en marcha. Era algo muy literario. Empecé a pensar quién podía ser, imaginé que hablaba con el hijo del muerto y que conocía al muerto. Así ya tenía el triángulo de personajes principales. Y entonces, recordé también algo que me había contado mi amiga Laura García Lorca, sobrina del poeta y nieta de su padre Federico, que se marchó al exilio. Don Federico pidió a un amigo que se hiciera cargo de sus tierras, y lo estafaron. Le dejaron sin nada. Y eso me dio otra idea clave. El muerto de ficción era Julio Carrión, un hombre que había combatido en los dos bandos y en la División Azul, y que acabó convirtiéndose en rico tras traicionar a un amigo, en un auténtico hombre de negocios con una gran fortuna, tras traicionar a un amigo ».

El héroe, el seductor y Teruel existe

Ese amigo era Ignacio Fernández, el abuelo de la joven Raquel Fernández, la muchacha de blanco que cruzó el cementerio como una aparición, y está casado con Anita, nacida en Teruel. La relación entre Julio Carrión e Ignacio Fernández es fundamental en el libro: ambos encarnan a las dos Españas, dos formas de vida, son antagonistas. Julio es un seductor sin escrúpulos, un superviviente taimado, e Ignacio representa al « héroe a la fuerza, al héroe a su pesar ». Fueron amigos, pero uno de ellos traiciona al otro. « Éste es un libro de traiciones: la traición de Julio hacia Ignacio es determinante. Pero aquí hubo muchas traiciones: hubo traición a un sistema democrático legal, hubo traición a los combatientes antifascistas, que fueron traicionados por los aliados, posteriormente por los norteamericanos, por la propia España en la Transición democrática. Era lógico que, ante tantas adversidades, se preguntasen si no era España un país maldito ».

En la novela hay varios personajes aragoneses: la citada abuela Anita, esposa de Ignacio Fernández, « que nació en Teruel y que es el personaje al que todo le sale bien. Es de un pueblo, que no quiere recordar, de la sierra de Albarracín. A mí me gustan los apellidos sencillos: González, Fernández, Muñoz, Rodríguez, y además quería que hubiera gente de todo el país. Y entonces me acordé de aquello de ‘Teruel Existe’. y me dije: la abuela Anita será de Teruel. Y también está un compañero, Ansó, que huye con Ignacio del campo de Albatera. Y otro personaje que me gusta mucho es una madrina de guerra de Zaragoza. Me encantan las madrinas de guerra. Son criaturas muy literarias. Y hay por ahí algún otro aragonés de Zaragoza ».

También asegura que el libro reconoce la labor de los exiliados, cómo conservaron la idea de España y cómo fueron capaces de transmitirnos su cultura, sus creaciones. « Mantuvieron la identidad y su amor por España. Para un estudiante, Luis Cernuda es un poeta español. O Rafael Alberti. Y por supuesto Antonio Machado. A mí me gusta mucho Benito Pérez Galdós, claro, me gusta recuperarlo ahora que todo el mundo lo detesta. Pero es evidente que en ‘El corazón helado’ está la huella de Max Aub, de Paulino Massip o de las ‘Crónicas del alba’ de Sender, en la elección de tono memorialístico, en el repaso a toda una época convulsa de España ».

https://fr.wikipedia.org/wiki/Almudena_Grandes