Archives de catégorie : Actualités

France Navigation 4/5

1937/1938 : Alors que l’Espagne du Front populaire est victime de la non-intervention, lâchée par Paris et Londres, les communistes mettent sur pied une compagnie maritime pour nourrir et armer les Républicains.

(Illustration : un Polikarpov I-16 aux couleurs des Républicains espagnols)
Dans l’histoire de France-Navigation s’amorce bientôt ce que Ceretti appelle la « deuxième période » où la compagnie pour l’essentiel va transporter de l’aide soviétique à l’Espagne. Paradoxalement cette phase est la moins risquée. Les navires de France-Navigation en effet montent s’approvisionner dans l’extrême nord russe, à Mourmansk, port important sur la mer de Barents, la plus grande ville au nord du cercle arctique. Là, ils embarquent des techniciens, des tankistes, des pilotes d’avion, des officiers, mais aussi du matériel de guerre : avions démontés, tanks, canons.
Ces cargaisons sont déchargées au Havre ou à Bordeaux puis acheminées par la route ou par le train vers Puigcerda et la Catalogne : « un flux continu qui dura des semaines et des mois ». Au troisième trimestre 1938, France-Navigation transfère ainsi 200 avions (en pièces détachées).
L’armée républicaine disposera au total de 276 exemplaires du Polikarpov, l’avion de chasse le plus rapide de l’époque. Il était surnommé « Mosca » (mouche) par les Républicains et les fascistes l’appelaient « Rata » (rat).
« Malheureusement cette aide précieuse venait avec un an de retard », constate Ceretti. Si la livraison d’armes tarde, c’est en raison, semble-t-il, de divergences entre républicains espagnols mais surtout, répétons-le, par la faute de la politique de « non-intervention », une politique de capitulation qui va conduire, en septembre 1938, aux accords de Munich.
Janvier 1939 : Barcelone tombe, le ravitaillement par la Catalogne est désormais impossible. Dans les cahiers de Georges Gosnat, une brève annotation, comme toujours écrite dans un style télégraphique, raconte en quelques mots ce drame. À Bordeaux, en effet, le navire Winnipeg, le plus gros des bateaux de France-Navigation, arrive de Mourmansk bourré d’armes. Mais on fait comprendre au capitaine qu’il ne faut pas débarquer le matériel ; il arrive trop tard, la frontière franco-espagnole est impraticable. L’équipage ne comprend pas, il y a de la castagne dans l’air ; finalement le matériel est réembarqué et Winnipeg repart vers le grand nord.
Au printemps, des navires de France-Navigation qui se trouvent en Méditerranée (ils font le trajet Marseille-Espagne-Oran) vont pouvoir aider l’évacuation de républicains à Valence, mais ils seront en échec à Alicante.
Été 1939 : Suite au pacte germano-soviétique, le PCF est dissout, la société France-Navigation est dans le collimateur des autorités ; elle est l’objet d’une perquisition dès le mois d’août. Pourtant on retrouve le Winnipeg en septembre 1939 à Bordeaux (Alain Ruscio raconte cet épisode dans l’Humanité du 3/9/2019). Ce navire va transporter 3 000 républicains vers le Chili du Front populaire, grâce à l’entremise du consul chilien à Paris, chargé de l’émigration espagnole : Pablo Neruda.
Gérard Streiff 
« France Navigation » disposera jusqu’à 22 navires (certaines sources parlent de 25 bâtiments) ; en dépit des dangers, aucun ne sera coulé. Un seul est arraisonné à Ceuta (Maroc espagnol) et un autre séquestré à Constanta, en Roumanie. Voici les noms de certains de ces navires : Lézardrieux, Ploubazlanec, Perros-Guirec, Cassidaigne, Trégastel, Daissiguernec, Nemours, Mostaganem, Île Rousse, Guilvinec, Lola, Biscarosse, Grand-Quevilly, Gravelines, Paimpol, Saint-Malo, Boujaroui, Aine El Turk, Navarissou, Cap Pinède, Winnipeg.

France Navigation 3/5

Avant de poursuivre notre récit sur la livraison d’armes par France-Navigation à la République espagnole, il faut évoquer une séquence particulièrement dramatique de l’histoire de la compagnie : l’évacuation de réfugiés de Bilbao. En juin 1937, la capitale du pays basque tombe aux mains des fascistes. Pour fuir, les réfugiés, femmes, enfants, malades, n’ont que la mer. France-Navigation dispose de bateaux (notamment le Ploubazlanec) qui pourraient évacuer une partie de cette population mais ils risquent de subir les attaques des franquistes. Solution ? il faudrait le soutien de la marine de guerre française.
Aussi, une nuit de juin 1937, une délégation du Comité international pour l’aide à l’Espagne se rend chez le premier ministre Léon Blum pour demander l’aide des militaires. Blum et son gouvernement, on le sait, ont opté pour « la non-intervention ». Telle est l’orientation officielle mais celle-ci, on va le voir, se heurte, au sein même de l’administration, à des réticences, des résistances. La délégation est composée du physicien Paul Langevin, d’Émile Dutilleul, trésorier du PCF, et de Giulio Ceretti, alias Pierre Allard. « À 22 heures, on tirait la sonnette Quai Bourbon au domicile du Président du Conseil. » Léon Blum les reçoit en compagnie de Max Dormoy, ministre de l’Intérieur du Front populaire. Blum écoute Langevin qui se fait l’avocat, avec beaucoup de force, d’une intervention de nature humanitaire à Bilbao. À la suite de Langevin, Ceretti intervient, il explique en détail le plan de sauvetage. Le ministre de l’Intérieur déclare alors : « Comme par le passé, le gouvernement n’ordonnerait pas d’enquête sur ces mouvements clandestins de bateaux ». Ce qui est déjà un signe. Ceretti apprécie mais il rappelle que ce qui est demandé, c’est une aide militaire de la France pour accompagner les bateaux de France-Navigation jusqu’au port basque.
Blum hésite. Dans ses Mémoires, Ceretti décrit le premier ministre marchant de long en large dans le salon. Paul Langevin insiste : « Il s’agit de sauver des enfants, Monsieur le Président. » Blum demeure encore tout un temps indécis, puis il assure qu’il va parler au ministre de la Marine et demande à la délégation d’aller tout de suite voir ce dernier. C’est le radical César Campinchi qui reçoit la même nuit le trio dans son ministère. Blum vient de lui téléphoner. Ceretti raconte : « Il ne posa aucune question mais il appela son chef de cabinet et l’ordre fut donné à tous les bâtiments se trouvant au large de Bordeaux d’appareiller et de se diriger rapidement sur Bilbao pour prendre sous protection de la France les bateaux de tout genre chargés de réfugiés basques. (…) Pour une fois, un ministre prenait ses responsabilités.»
Sur cette opération, la marine (l’amiral Tavera notamment) joue le jeu ; elle fait prévenir les bâtiments de guerre espagnols qu’elle attaquerait tout navire qui intercepterait les bateaux en provenance de Bilbao et transportant des enfants, des femmes, des malades.
« Nous avions gagné, écrit Ceretti. La caravane flottante, escortée par la marine militaire française, put rejoindre les ports les plus rapprochés de la côte atlantique. »
Cette séquence montre que si la volonté avait été là, dès 1936, une autre politique que la « non-intervention » aurait été possible, efficace. Elle indique aussi que la position communiste d’aide à la République espagnole est alors largement partagée à gauche (les meetings de l’époque, communistes mais aussi socialistes, résonnent du mot d’ordre « Des canons, des avions pour l’Espagne ! ») ; cette position a l’oreille de toute une partie de l’opinion, elle trouve un écho dans certains milieux dirigeants de l’État. Comme le dit le ministre de l’Intérieur, l’État n’ordonna pas d’enquête sur « ces mouvements clandestins de bateaux ». On peut ajouter que l’aide discrète d’une partie de l’administration française, même de la haute administration, on pense notamment aux douanes, aux transports, sera importante pour permettre d’acheminer à travers tout le territoire, sans trop de complications, de l’armement militaire vers l’Espagne. 
Gérard Streiff

Disparition de Colette Flandrin-Dronne

Suite à la disparition de Colette Flandrin-Dronne, Mar y Luz Carino, fille d’un combattant de La Nueve, membre de Retirada 37 – association membre de Caminar – qui connaissait très bien Colette, a souhaité s’exprimer dans un texte que vous trouverez ci-dessous.

Le bureau de Caminar

C’est avec beaucoup d’émotion et une grande tristesse que j’ai appris le décès de Colette Flandrin-Dronne, la fille de celui qui est resté pour toutes et tous le capitaine de La Nueve, son père Raymond Dronne.

Fidèle et infatigable, Colette était toujours présente lors des commémorations ou divers évènements à Paris, Madrid, Ecouché ….

Pour évoquer les hommes de La Nueve, elle s’est toujours investie, en particulier auprès des jeunes, pour transmettre leur mémoire et leur combat.

Elle avait des souvenirs et des anecdotes qui les rendaient vivants.

Bien souvent, elle parlait plus des hommes de La Nueve que de son père, et ainsi elle pense avoir plus appris sur son père grâce à eux, en mettant toujours en avant le lien si particulier qui les unissait.

Elle était de ces personnes dont on pensait qu’elle serait toujours là pour eux.

Comme une évidence, presque toujours ses interventions se concluaient par : « Que voulez-vous, ils étaient ma famille ».

Elle va terriblement manquer aux descendants de cette famille.

Mar y Luz Cariño

France-Navigation – Une épopée rouge (2/5)

Trouver des bateaux, des capitaines avertis, des équipages motivés, cela ne s’improvise pas ; et puis cela coûte cher. En temps ordinaire, il faudrait prendre conseil, s’adresser aux autorités portuaires, jusqu’à Londres ou Amsterdam, pourquoi pas, suivre un protocole très précis, et surtout, pour pouvoir sortir des cargos, payer des assurances d’un montant pharamineux à la fameuse société britannique « Lloyd’s ».
Mais les temps ne sont pas ordinaires, il faut faire très vite, avec assez peu de moyens. Ceretti explique dans son livre (À l’ombre des deux T) comment l’aventure commence. « France-Navigation », qui aura son siège respectivement carrefour Richelieu-Drouot, rue Lamennais dans le 8e arrondissement parisien et 1 boulevard Haussmann, recrute des capitaines à la retraite, des commandants de sous-marins en chômage, « de véritables loups de mer ». Les marins viennent de différents ports, certains arrivent de Tunisie. La compagnie débute avec un, deux navires, qui prennent la mer sans être assurés. L’avantage, c’est qu’en évitant de payer des primes exorbitantes, elle fait de grosses économies qui lui permettent « d’acheter un bateau tous les trois voyages ». Pour déjouer les contrôles des douanes d’ici, des militaires franquistes là-bas, des espions de tout poil qui pullulent ces années-là, les navires de « France-Navigation » n’hésitent pas à user de méthodes de pirate, de la piraterie pour la bonne cause. Les bateaux de la compagnie sont capables durant leur trajet de changer d’identité et de se transformer du tout au tout. « Toutes les ruses étaient bonnes », dit Ceretti : par exemple, si un navire à une seule cheminée se savait signalé aux franquistes, il arrivait dans les eaux territoriales espagnoles avec deux cheminées, un autre nom, une immatriculation différente et peint d’une autre couleur… « Une fois il nous arriva même de changer de bateau en pleine mer et, en raison du danger de plus en plus menaçant, les transbordements furent désormais fréquents. »
Dans les cahiers de Georges Gosnat (cf. numéro précédent), qui est alors sans conteste le plus jeune dirigeant de compagnies maritimes au monde, on voit comment ce commerce avec l’Espagne se développe. Madrid a besoin de tout, et les échanges croissent à grande vitesse, la taille de la compagnie aussi puisqu’elle a, de fait, le monopole du ravitaillement.
On peut lire des brèves comme « 2/10/37, Bonifacio part ce soir 18h30, pièces détachées, tracteurs », ou « 12/4/38, Smith veut voir Pierre entre 5 et 6h » : on peut parier que Smith est un pseudo (pour un patronyme qui aurait peut-être un accent d’Europe centrale ?) et Pierre, c’est Pierre Allard, ou Giulio Ceretti, on l’a vu.
Si les méthodes de « France-Navigation » ne sont pas toujours très orthodoxes, la compagnie prend soin de se présenter sur le marché comme une société « normale ». Elle a le fonctionnement d’une société capitaliste, c’est une entreprise comme une autre.
On lit avec émotion, dans les cahiers en question, entre deux infos sur les transports des bateaux, les recommandations de Gosnat, écrites à la hâte, sur la marche à suivre : France-Navigation est une société par actions ; l’identité des actionnaires est régulièrement mentionnée : « Penser à la répartition des actions, à l’entrée de nouveaux administrateurs », est-il écrit. Il faut un conseil d’administration, des réunions régulières, des jetons de présence, une périodicité des réunions de direction (elles se tiennent le premier et troisième vendredi du mois…). Une bonne tenue de livres de compte est importante. On peut même lire cet avis : « Bien timbrer les délibérations des Assemblées générales ». C’est dire si on est méticuleux.
« France-Navigation » est donc juridiquement irréprochable. Dans ces années d’extrême tension, d’anticommunisme virulent, où la presse d’extrême droite (Action française, Gringoire) est à l’affut, cet aspect est tout à fait important et va expliquer – en partie – pourquoi cette société, on y reviendra, guettée de toutes parts, convoitée, jalousée, saura traverser (osons la métaphore) les pires tempêtes.
Bref, une compagnie rouge aux allures marchandes. On retrouve cette ambivalence dans certains papiers à en-tête de « France-Navigation ». Officiellement, son logo est un drapeau rouge bordé de bleu avec l’inscription Compagnie France Navigation. Mais un autre logo a aussi existé ; il ressemble un peu à la lettre grecque « phi » (oublions vite toute référence à l’actualité…), plus exactement il s’agissait d’un I majuscule traversant un O où les initiés pouvaient lire Internationale Ouvrière.
Gérad Streiff

SIGNEZ L’Appel des descendants et amis des républicains espagnols à Emmanuel Macron Président de la République

Bonjour veuillez prendre connaissance de notre appel à Emmanuel Macron
à l’occasion de sa rencontre avec Pedro Sanchez lundi 15 mars à Montauban

Rencontre de Pedro Sanchez et Emmanuel Macron: ASEREF lance un appel à cette occasion. Tous les signataires sont les bienvenus et seront ajoutés à l’appel ci-dessous. Transmettre par mail à: eloimartinez34@gmail.com

ASSOCIATION POUR LE SOUVENIR DE L’EXIL REPUBLICAIN ESPAGNOL EN FRANCE (ASEREF)

le 10 mars 2021

Rencontre d’Emmanuel Macron Président de la République française avec Pedro Sanchez Premier Ministre d’Espagne le 15 mars 2021 à Montauban (Tarn et Garonne). A cette occasion Les deux chefs d’Etats vont fleurir la tombe de Manuel Azaña Président de la République espagnole en exil et enterré dans cette ville.

Appel des descendants et amis des républicains espagnols

à Emmanuel Macron Président de la République

Guerre d’Espagne, camps de concentrations en France : Monsieur le Président de la République

· La France doit reconnaître la part de sa responsabilité de dans la chute de la République espagnole de par sa politique de non-intervention
· La France doit reconnaître son attitude indigne dans l’accueil des républicains espagnols en février 1939 internés dans des camps de concentration
· La France doit reconnaître le rôle des républicains espagnols dans les combats pour la libération de la France

En préambule, nous souhaitons la bienvenue à Pedro Sanchez chef du gouvernement d’Espagne, nous formulons le vœu que l’Espagne avance rapidement vers l’élimination de tous les symboles du franquisme et qu’elle mette fin à l’impunité des ses crimes, que les moyens soient donnés aux associations de récupération de la mémoire historique pour mener à bien les recherches des disparus assassiné par les franquistes et pour mettre à jour cette histoire largement occultée. Nous savons les obstacles qui se dressent en Espagne avec la résurgence grave de l’extrême droite mais c’est en affrontant sans concessions, fermement et démocratiquement les nostalgiques du franquisme qu’il sera possible d’éradiquer les idéologies nauséabondes.

L’appel au Président de la République française

Le 13 février 1941 le dictateur Franco rencontrait Philippe Pétain à Montpellier. Ce 15 mars 2021, 90 ans plus tard à Montauban Pedro Sanchez Premier Ministre et chef du gouvernement espagnol rencontre Emmanuel Macron Président de la république française.

Évidemment rien de comparable fort heureusement entre ces deux rencontres. Il s’agissait à Montpellier, entre Pétain et Franco deux vieux complices, de peaufiner les plans de répression à l’égard des républicains espagnols, les plans pour renvoyer en Espagne notamment les enfants réfugiés en France

Rien de comparable en effet, sauf le fait que cette rencontre de Montauban pourrait permettre, par la voix du Président de la République, de dire enfin la responsabilité historique de la France sur le déroulement de la guerre d’Espagne qui s’est conclue par la dictature de Franco et sa responsabilité pour la mort de milliers de républicains espagnols dans les camps de concentration français dès février 1939.

Ø Rappelons la décision du gouvernement de la France pour la non-intervention dès le début de la guerre d’Espagne de concert avec la Grande Bretagne, décision qui a laissé les mains libres à Hitler et Mussolini pour aider Franco à abattre la République espagnole.
Ø Rappelons le rôle héroïque des volontaires internationaux (venus de 53 pays) pendant la guerre d’Espagne dont près de 8500 français, 3000 d’entre eux sont morts au combat en terre d’Espagne pour défendre la République, pendant que dans les salons dorés de la finance française et anglaise, dans les coulisses de la politique gangrénée par ces derniers ont cherchait le moyen d’entraver la lutte de la république espagnole contre l’invasion fasciste.
Ø Rappelons, l’exil républicain espagnol en février 1939 et l’internement dans des camps de concentration français de plus de deux cent mille républicains espagnols, dès les premiers mois, sur les plages du Roussillon notamment (Argelès sur mer, Saint-Cyprien, le Barcarès…) des milliers sont morts dans ces camps, faute de soins et victimes de la répression.
Ø Rappelons que dès février 1939, le Président du Conseil Edouard Daladier et son gouvernement renvoyaient à Franco par convois entiers dans des trains réquisitionnés pour l’occasion des milliers d’espagnols qui à l’arrivée étaient emprisonnés, torturés, fusillés…
Ø Rappelons, l’esclavage qu’ont eu à subir les républicains espagnols lorsque la France en septembre 1939 payant ses fautes (non-intervention en Espagne, traité de capitulation à Munich…) devait entrer en guerre contre l’Allemagne nazi. Oui esclavage, car ces espagnols étaient sortis des camps pour remplacer à très bon marché la main d’œuvre française mobilisée pour la guerre. Ils étaient recrutés tel du bétail souvent en tâtant leurs muscles, les plus faibles étaient renvoyés dans les camps. L’indignité et l’humiliation.
Ø Rappelons que dans cette guerre de nombreux espagnols sortis des camps de concentration français, se sont engagés dans l’armée française et que nombre d’entre eux sont tombés au combat notamment à Sedan au début de l’avancée des forces nazis, la France les mettaient en première ligne comme de la chair à canon.
Ø Rappelons, que parmi les résistants, les espagnols et d’autres étrangers qui avaient été dans les brigades internationale sont été dans les premiers à prendre les armes pour combattre l’occupant nazi afin de libérer la France ce pays qui les avaient si mal accueillis en février 1939. Ils avaient derrière eux l’expérience militaire après près de trois ans de guerre en Espagne contre le même ennemi.
Ø Rappelons que nombreux se sont engagés dans la deuxième DB avec Leclerc et qu’ils participèrent aussi à la libération de Paris les 24 et 25 août 1944
Ø Rappelons, qu’après le gouvernement de la troisième République celui qui nomma Pétain ambassadeur de France auprès de Franco alors que la République espagnole n’avait pas encore chuté, Vichy a envoyé en déportation en Allemagne des milliers de républicains espagnols.
Ø Rappelons, qu’après la libération, la France a lâché une nouvelle fois les républicains espagnols qui voulaient pousser la victoire contre le fascisme jusqu’en Espagne.
Ø Rappelons la répression à l’encontre des républicains espagnols en France dans les années cinquante l’opération dénommée « Boléro Paprika »

Pour toutes ces raisons les descendants, amis, associations mémorielles de l’exil républicain espagnol signataires demandent au Président de la République Emmanuel Macron présent à Montauban le 15 mars 2021 de prendre position clairement sur la responsabilité historique de la France

• La France doit reconnaître la part de sa responsabilité de dans la chute de la République espagnole par sa politique de non-intervention

• La France doit reconnaître son attitude indigne dans l’accueil des républicains espagnols en février 1939 internés dans des camps de concentration

• La France doit reconnaître le rôle des républicains espagnols dans les combats pour la libération de la France

Eloy Martinez Monegal Président l’Association pour le Souvenir de l’Exil Républicain Espagnol en France (ASEREF)

Bien cordialement

Eloy Martinez Monegal
Président d’ASEREF

France-Navigation – Une épopée rouge 1/5

Un épisode mal connu de la guerre d’Espagne et de la solidarité des communistes français en 5 articles de Gérard Streiff, journaliste, écrivain.
Alors que l’Espagne du Front Populaire est victime de la non-intervention, lâchée par Paris et Londres, les communistes mettent sur pied une compagnie maritime pour nourrir et armer les Républicains.

Le service des archives de la ville d’Ivry (piloté par Michele Rault) possède un beau fonds Georges Gosnat (1914/1982), qui fut à la Libération sous-secrétaire d’État à l’Armement puis député, succéd·ant à Maurice Thorez (ainsi que trésorier du PCF). Dans ce fonds il y a un carton intitulé « France-Navigation », deux mots qui désignent une étonnante aventure. 
« France-Navigation » fut une compagnie maritime communiste qui se chargea d’alimenter et d’armer la République espagnole. Deux livres (au moins) racontent cette histoire : À l’ombre des deux T (Thorez et Togliatti), de Giulio Ceretti (Julliard, 1973) et Les brigades de la mer de Dominique Grisoni et Gilles Herzog (Grasset, 1979) ; le lecteur pourra s’y référer avec profit.
Le carton « France-Navigation » comprend notamment plusieurs cahiers grand format qui constituent une sorte de journal de bord de l’aventure de cette société. Des dizaines de pages remplies d’une foultitude de données, toutes inscrites là dans l’urgence, dans un apparent désordre. Ce sont autant d’éléments d’un puzzle dramatique : des noms de bateaux (leur port de départ, leur date d’arrivée, le type de cargaisons), des additions, des rappels, des notes, des pense-bêtes, des conseils à suivre, des rendez-vous à ne pas manquer. Une masse de phrases rapides du genre « Gravelines, 23 avril 38, débarquement terminé, grandes caisses pas par routes, mais tunnel affaissé, réponse du ch de fer demain ». Ce genre d’annotations courent tout au long des années 1937/1938.
Petit rappel : le Front populaire l’emporte en Espagne en février 1936. Cinq mois plus tard, le putsch de Franco marque le déclenchement de la guerre civile. Une coalition internationale menée par la Grande-Bretagne choisit la « non-intervention » en Espagne, la France du gouvernement Blum se plie à ce choix malgré la pression des milieux populaires. Une posture hypocrite alors que le camp fasciste, l’Italie de Mussolini et l’Allemagne de Hitler, va vite ouvertement soutenir les factieux. C’est en fait une manière d’abandonner, d’étrangler le Front populaire espagnol. Une politique lâche, suicidaire qui amorce le processus de la Seconde Guerre mondiale.
Les républicains espagnols appellent à l’aide. La solidarité internationale va se manifester de différentes formes, la plus spectaculaire étant la formation des Brigades internationales. Mais l’Espagne se retrouve victime d’un blocus ; des autorités républicaines souhaitent échapper à ce piège, notamment par la voie maritime. Ce n’est pas sans risque, les franquistes, à mesure qu’ils progressent, contrôlent ou ferment les ports. Et puis des navires de guerre allemands et italiens, des sous-marins surveillent certaines voies de passage. En même temps, l’opération n’est pas impossible non plus : on raconte alors qu’un bateau français vient de réussir à aller à Santander (en Cantabrie) au nez et à la barbe des fascistes.
L’appel de Madrid est entendu. À Paris, le communiste franco-italien -si l’on ose dire – Giulio Ceretti préside alors le Comité international pour l’aide à l’Espagne. Avec le soutien de la direction du PCF, de l’Internationale, il se voit chargé de cette mission : créer de toutes pièces une flottille de bateaux pour approvisionner l’Espagne, ce qui veut dire réunir des hommes, des équipages, des fonds, des technologies dans des délais incroyablement courts.
En deux ans, parti de zéro, la compagnie « France-Navigation » va compter 22 navires et 2 000 marins ; elle va effectuer un total de 227 voyages ! Et multiplier par trente son capital initial.
À l’origine de ce petit miracle, on trouve donc Giulio Ceretti (1903/1985), communiste italien chassé de son pays par le fascisme, militant de l’Internationale, devenu membre de la direction du PCF sous le nom de Pierre Allard (à la Libération de l’Italie, il deviendra ministre à Rome) ; Auguste Dumay (1888/1955) ex-secrétaire de la Fédération des marins de Marseille, chef mécanicien qui jouera un rôle clé dans l’armement des bateaux (voir sa longue bio dans le « Maîtron » où on dit de lui que c’était « un vieux militant de l’Internationale des marins, une tête de lard, un homme terrible mais un révolutionnaire ») ; Simon Pozner, qui apporte ses compétences d’homme d’affaires, intime du banquier rouge (et suédois) Olof Aschberg, qu’on dit lui proche des « finances soviétiques » et par ailleurs oncle de l’écrivain Vladimir Pozner (Simon Pozner trouvera la mort à Auschwitz) ; et Georges Gosnat (1914/1982), tout jeune officier qui devient secrétaire général (puis directeur) de France-Navigation ; il a 23 ans.
Gérard Streiff

Visages de femmes rebelles et solidaires. L’engagement des femmes espagnoles pour la Liberté

L’association 24 août 1944 vous convie à l’exposition :

Visages de femmes rebelles et solidaires

L’engagement des femmes espagnoles pour la Liberté …

26 portraits peints par l’artiste Juan Chica-Ventura, pour illustrer le combat des femmes espagnoles pour la Liberté.

Le mois de la solidarité ouvre ses portes place des fêtes dans le 19e arrondissement. Malgré la pandémie, vous pourrez déambuler dans les couloirs du Centre Paris’Anim de la Place des Fêtes. Vous y rencontrerez ces femmes au destin exceptionnel, ces mères courage, ces filles volontaires, ces êtres décidées à conquérir, à sauvegarder, la grandeur de leur dignité. Elles ont imposé leurs droits à décider de leur vie, en défendant leur liberté et celle de tous contre les fascistes, les oppresseurs, les dictateurs, les capitalistes, les exploiteurs……

Elles sont nées dans les milieux les plus pauvres ou dans des cercles favorisés mais elles ont tout donner et abandonner pour leur idéal, qu’elles ont jugé plus important que leur propre existence.

Elles sont nos mères, nos sœurs, celles qui nous ont ouvert le chemin de la Liberté et de la résistance, elles sont celles qui nous ont éduqués, en nous apprenant à réfléchir et à penser par nous-mêmes.

Venez nombreux prendre pied

sur le rivage de leur vie.

Exposition du samedi 2 mars au samedi 31 mars

Centre Paris’Anim ; Place des Fêtes

2/4 rue des Lilas 75019 Paris

(métro ligne 11 : Place des Fêtes)

Entrée gratuite :

Mardi et vendredi 10h-17h30 (pause 13h-14h),

Mercredi et samedi 10h-17h30 (sans pause)

VOTE INCOMPRÉHENSIBLE DU CONSEIL REGIONAL Occitanie – Pyrénées – Méditerranée

Motion du Conseil régional Occitanie – Pyrénées – Méditerranée
du 19 novembre 2020

VOTE INCOMPRÉHENSIBLE DU CONSEIL REGIONAL

Le vote de ce texte dénote une totale méconnaissance des élus régionaux quant aux composantes de la Résistance des réfugiés espagnols dans notre région. Il s’adresse aux autorités de l’Etat et demande :

1. Que soit abrogé l’arrêté prononçant la dissolution de l’Amicale des Anciens FFI et résistants espagnols, pris le 7 octobre 1950 par le ministre de l’intérieur, paru au Journal Officiel de la République Française le 11 octobre 1950 ;

2. Que, dans un devoir d’honneur et de justice, des excuses soient officiellement présentées par la République Française aux personnes et aux familles qui ont eu à souffrir de ces sanctions indignes ;

3. Que soit réouverte, à titre exceptionnel, la procédure d’examen des demandes d’homologation des unités combattantes de guérilleros espagnols qui sont restées en instance d’examen pour cause de forclusion, notamment dans l’Aude, le Gers et les Pyrénées Orientales ;

4. Que l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre soit chargé d’une campagne d’information quant à la contribution spécifique des formations de guérilleros espagnols à la Résistance intérieure, en lien avec le Mémorial du camp de Rivesaltes.

QUELS SONT LES FAITS HISTORIQUES ?

L’exigence de la vérité historique devrait être le souci majeur des associations qui composent Caminar. La pluralité de la Résistance espagnole est une réalité, même si le PCE a été le seul mouvement engagé en tant que parti.
Les trois premiers points peuvent s’entendre. Mais dans son point N° 4, le texte adopté par le Conseil régional est inacceptable.

L’AAGEF-FFI entend mener une action d’information en lien avec l’ONAC-VG et le Mémorial de Rivesaltes en écartant tous les autres acteurs associatifs réprésentatifs du paysage mémoriel français pour la mémoire de l’Espagne républicaine… Cela n’a rien de surprenant mais dans le cadre de la « recherche d’allié », nous sommes en droit de nous demander si cette action est la mission essentielle du camp de Rivesaltes ?

Dans cette requête, la contribution des guérilleros espagnols n’est pas spécifique mais exclusive. Ils occupent toute la place dans la Résistance intérieure sans qu’il soit fait la moindre allusion aux nombreux autres combattants non-communistes. Ainsi :

1. Elle oublie les réseaux de passage clandestins des Pyrénées, la première Résistance espagnole active, et composés de libertaires, de poumistes et de nationalistes basques.

2. Elle oublie aussi les Espagnols qui ont préféré rejoindre des mouvements français plutôt que de rejoindre la UNE.

3. Elle oublie aussi les socialistes, les anarchistes ou les républicains qui ont pu rejoindre la UNE pendant un temps…

C’est comme si on disait que la Résistance française était uniquement l’œuvre du PCF… Personne aujourd’hui n’oserait le prétendre, mais de « bons élus » régionaux – qui ne connaissent rien à l’histoire et veulent faire plaisir à l’Amicale qui fait un intense lobbying que Caminar a peu pratiqué – pensent que les guérilleros étaient les SEULS résistants espagnols…

Il faut les réveiller… alors que ces faits sont établis depuis une vingtaine d’années au moins.

INFLUENCE POLITIQUE ET MEMORIELLE DE CAMINAR

Cette motion adoptée par le Conseil régional cautionne, dans son quatrième point, une manipulation partisane de l’histoire par des historiens autoproclamés.

Après réflexion, nous vous adressons la lettre qui reprend dans son esprit celle que José IBARZ a envoyée, à titre personnel, au C.R. Occitanie.

Ne pensez-vous pas que ce type de démarche est un devoir de vérité pour Caminar ? Qu’elle fait partie intégrante de la mission de la coordination de rendre justice à tous ces républicains espagnols engagés dans la résistance en France, totalement ignorés et méprisés pour le seul motif qu’ils n’étaient pas communistes.

Nous vous rappelons l’un de nos engagements pris dans la charte de Caminar : « Demeurer vigilants et nous opposer à toute réécriture falsificatrice de l’Histoire de la Seconde République, de la Guerre d’Espagne, de la révolution sociale et de l’Exil espagnol ».

L’influence politique et mémorielle de Caminar au plan régional et national relative à la participation des espagnols dans la Résistance en France, ne semble pas vraiment préoccuper notre coordination même quand notre « non-intervention » devant les mensonges de l’Histoire constitue une faute grave. Caminar chemine peut-être, mais trop lentement et sélectivement. Pendant ce temps, la requête initiée par l’AAGEF-FFI auprès de l’instance régionale a débouché sur une motion votée par le Conseil régional Occitanie – Pyrénées – Méditerranée et adressée au gouvernement.

C‘est pourquoi les signataires mentionnés ci-dessous, soucieux d’une certaine vérité historique des faits contre la vérité d’opinion, s’indignent du vote du Conseil régional. Il nous aurait semblé plus judicieux de prendre l’avis des historiens authentiques et non celui des historiens autoproclamés.
Devons-nous rappeler que la seule résistance des républicains espagnols ne se résumait pas au seul combat des guérilleros ? Loin s’en faut… A Toulouse, comme bien souvent ailleurs (barrage de l’Aigle, nombreux maquis d’Auvergne, du Limousin, de Dordogne, etc.), le premier acte de résistance est effectué par des libertaires. Ils n’ont pas attendu le mois de juin 1941 que Staline en appelle à la résistance des communistes à la suite de l’opération Barbarossa.
Nous regrettons vivement que par cette décision, le Conseil régional ne conforte la volonté de l’Amicale qui s’évertue à effacer de l’histoire tous les actes de résistance qui n’émanent pas de sa mouvance en la faisant apparaître comme la seule force combattante espagnole contre le nazisme. C’est une forme de négationnisme intolérable.

Comment occulter d’un trait de plume la participation de toute la composante républicaine non communiste dans la Résistance française ? A-t-on consulté le comité scientifique du camp ? Qu’en dit-il ?

Pour la recherche de la vérité historique, il est heureux que des historiens à l’abri des pressions politiques nous livrent des travaux sérieux et précis, si souvent décriés par ceux-là même qui réclament aujourd’hui justice et réparation.
Le point numéro 2 nous interpelle : « Que, dans un devoir d’honneur et de justice, des excuses soient officiellement présentées par la République Française aux personnes et aux familles qui ont eu à souffrir de ces sanctions indignes ».

Comme nous l’avons dit supra, si la démarche paraît légitime, ceux qui demandent réparation pour l’interdiction officielle des organisations communistes et apparentées en 1950 seraient bien inspirés de ne pas occulter les pages sombres de l’histoire afin de tenter de réparer l’irréparable.
Près de 200 personnes ont été éliminées en Midi-Pyrénées et en Languedoc Roussillon en 1944 par des commandos de Guérilleros : le tort des victimes était de refuser de se soumettre au diktat de la UNE. À Lacazace (ou Lacazasse aujourd’hui), près de Castelnau Durban (Ariège), le 15 juillet 1944, toute une famille, y compris un bébé de 15 jours dans son landau, est abattue. Le mari était un libertaire qui refusait de céder aux pressions staliniennes. A Toulouse, Benito Auxiliano le responsable des Jeunesses Socialistes est assassiné… par un guérillero. Il n’y a pas de soleil sans ombre. Il faut avoir le courage de tout assumer.

Bibliographie : Ouvrages faisant référence à la tuerie de Lacazace, par ordre de date de parution :

– Borrás José, Políticas de los exilados españoles 1944-1950, éd. Ruedo Ibérico, Paris, 1976 (page 21).

– Pike Wingeat David, Jours de gloire, jours de honte / Le Parti communiste d’Espagne en France depuis son arrivée en 1939 jusqu’à son départ en 1950, éd. Sedes, Histoire et Liberté, Paris 1984 (page 79-80).

– Groupe Puig Antich, 1944, Les dossiers noirs d’une certaine Résistance, éd. CES, Perpignan, 1984, pages 101-102.

– Dargein Marie-Christine, La Résistance en Ariège11, Mémoire de maîtrise sous la direction de Pierre Laborie, Toulouse, 1989, page 75.

– Rafaneau-Boj Marie-Claude, Odyssée pour la Liberté, éd. Médiations Denoël, Paris, 1993, page 296.

– Dreyfus-Armand Geneviève, L’exil des républicains espagnols en France, éd. Albin Michel, Paris, 1999, page 177.

Pouvons-nous espérer qu’un jour « dans un devoir d’honneur et de justice, des excuses soient officiellement présentées par le P.C.E. et l’AAGEF-FFI aux familles des victimes qui ont eu à souffrir de ces exactions innommables ? ».
Nous osons espérer que vous mesurez la portée de cette déviance opportuniste. Puissent ces quelques lignes vous en faire sentir l’importance.

Emmanuel Dorronsoro – Domingo Fernandez – Jean Vaz

Co- fondateurs de CAMINAR

IRIS, Mémoires d’Espagne – Memoria andando – Présence Manuel Azaña

Teresa Urraca Jean Vaz José Ibarz

CI-DESSOUS, LA DELIBERATION EN QUESTION :

Assemblée Plénière du 19 novembre 2020

Délibération N°2020/AP-NOV/25

ASSEMBLEE PLENIERE DU 19 NOVEMBRE 2020

VOEU N 3 POUR UN GESTE DE JUSTICE DE REPARATION ET DE GRATITUDE ENVERS LES ESPAGNOLS RESISTANTS FFI

DELIBERATION :

LE CONSEIL REGIONAL OCCITANIE

Vu le Code Général des Collectivités Territoriales,
Le sujet du voeu porte d’évidence sur une question relative à l’intérêt régional, vu que :

1) – La reconnaissance due à la Résistance, ses acteurs et son Histoire, est une préoccupation constante de la Région qui s’est par ailleurs récemment fortement impliquée dans les commémorations de la Retirada qui fut, sur son sol, un des terribles préludes de la seconde guerre mondiale ;

2) – La contribution des Républicains espagnols à la Libération de la France – et
singulièrement à celle de l’Occitanie – est patente, ce qui est explique que c’est dans cette région que des dizaines d’associations sont aujourd’hui toujours fédérées autour de ce devoir de mémoire ;

3) – De nombreux résistants espagnols ont souffert dans les camps et prisons d’Occitanie, d’où beaucoup furent déportés vers les camps pétainistes d’Afrique du Nord ou hitlériens du Reich allemand ;

4) – C’est à Toulouse, capitale occitane souvent désignée comme la « Capitale de l’exil républicain espagnol » qu’a été formée, en avril 1945, l’Amicale des Anciens FFI et Résistants Espagnols, unique association spécifique de ce type ;
5) – Ce sont les départements d’Occitanie qui ont été, de loin, les plus concernés par les sévères mesures administratives – sans jugement – de répression politique que la police déploya à partir du 7 septembre 1950, sous le nom de : « Opération Boléro-Paprika », à l’égard d’associations et publications qui dérangeaient le régime franquiste ; des centaines de familles de notre région furent touchées par les détentions – sans motif signifié – puis par les
assignations sine die hors métropole ;

6) – En raison de ces poursuites et durables privations de droits fondamentaux (de réunion, d’association, d’expression) plusieurs notables unités combattantes de notre région n’ont pu être homologuées dans les temps impartis ; tel est le cas de la 1e Brigade de guérilleros des Pyrénées Orientales, la 5e Brigade de l’Aude, la 35e Brigade du Gers. Les villages de Valmanya (66), Alet-les-Bains (11) et Castelnau-sur-l’Auvignon (32) où elles s’illustrèrent étant des hauts-lieux de la Résistance, l’Occitanie a donc un devoir spécifique de mémoire, de justice et de réparation à leur égard ;

7) – Depuis 1976, date à laquelle elle a pu se constituer après 26 ans d’empêchements réitérés, l’Amicale des Anciens Guérilleros Espagnols en France – Forces Françaises de l’Intérieur (AAGEF-FFI), dont le siège national est à Toulouse, demande que soit rapporté l’arrêté ministériel du 7 octobre 1950 qui a dissous l’Amicale des Anciens FFI et Résistants Espagnols ; ces dernières années, de nombreux élus d’Occitanie (parlementaires, maires, etc.)

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Délibération N°2020/AP-NOV/25

se sont associés aux démarches nationales en ce sens (appel public, questions écrites ou orales, voeux adressés aux ministres concernés).
Par ailleurs, le présent voeu remplit en tout point les exigences juridiques de recevabilité portées à l’article 20 du Règlement Intérieur de l’Assemblée.
Dès lors l’intérêt de ses habitant/es, de ses territoires et de leur mémoire, légitime une prise de position du Conseil Régional d’Occitanie.

Exposé des motifs

Le 16 septembre 1944, à Toulouse, à l’hôpital de La Grave, le Général de Gaulle s’est adressé à Pedro García Calero, Espagnol blessé lors de la Libération de l’Ariège, en ces termes : « Guérillero espagnol, je salue en toi tes vaillants compatriotes. Pour votre courage, par le sang versé pour la liberté et pour la France, par tes souffrances, tu es un héros espagnol et français ». Ces paroles sont gravées sur le Monument National des Guérilleros à Prayols
(Ariège).
Dans les 13 départements d’Occitanie, 13 brigades de guérilleros ont combattu, certainesformées dès le début de 1942 ; nombreux sont les lieux de la région où des stèles, des monuments – et des cérémonies chaque année – témoignent des sacrifices subis ; le Monument National des Guérilleros, se trouve près de Foix, libérée le 19 août 1944 par la 3e Brigade de Guérilleros d’Ariège.
Le 31 mars 1945, les 11 Bataillons de Sécurité Espagnols cantonnés dans le Sud-Ouest de la France, qui comptaient de l’ordre de 11 000 hommes sous l’autorité des Forces Françaises de l’Intérieur, furent démobilisés. En avril 1945 fut fondée l’Amicale des Anciens FFI et Résistants Espagnols, reconnue par arrêté ministériel du 7 mai 1946. Elle était présidée par deux généraux FFI, Luis Fernández Juan et Joan Blázquez Arroyo, qui avaient personnellement participé à l’organisation des premiers maquis en Ariège et dans l’Aude, ainsi qu’à l’organisation des premiers attentats antinazis en Haute-Garonne.
Le 7 septembre 1950, le gouvernement français déclencha « L’Opération Boléro-Paprika » :au nom d’un prétendu intérêt national, il s’agissait d’assigner hors de métropole plusieurs centaines d’étrangers. Le volet « Boléro » de l’opération visait des Espagnols, le volet « Paprika » ciblait des ressortissants d’Europe de l’Est. Les archives policières dénombrent 288 arrestations au 9 septembre, dont 177 Espagnols, la plupart de ceux-ci arrêtés dans l’actuelle Occitanie. 61 Espagnols furent dirigés vers la Corse, 84 vers l’Algérie, 32 vers « les frontières de l’Est ». Peu avant la rafle, le gouvernement avait déclaré dissoutes diverses organisations de l’exil républicain espagnol, notamment le Parti Communiste d’Espagne, le Parti Socialiste Unifié de Catalogne, le Parti Communiste d’Euskadi et interdit leurs publications.

Cette répression choquante suscita de nombreuses manifestations d’indignation de la part de ceux qui demeuraient reconnaissants à l’égard des étrangers qui avaient combattu pour la libération de la France. Néanmoins, le 7 octobre 1950, le ministre de l’intérieur prit un arrêté portant dissolution de l’Amicale des Anciens FFI et Résistants Espagnols et l’enjoignant de liquider ses biens (dont l’historique Hôpital Varsovie, installé à Toulouse rue Varsovie, aujourd’hui Hôpital Joseph Ducuing). Nombre de ses militants avaient déjà été détenus et
bannis. Cet arrêté indigne était particulièrement infâmant : les résistants espagnols mis en cause et maltraités en 1950 n’avaient pas trahi la France ; au contraire, pour sa liberté ils avaient lutté, subi la prison, la déportation, les blessures…
Il est établi que les mesures visant les Espagnols furent décidées sous la pression du gouvernement franquiste qui bénéficia de la confusion occasionnée par la Guerre Froide. Peu après Boléro-Paprika, les relations diplomatiques entre Paris et Madrid furent rétablies.

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Délibération N°2020/AP-NOV/25

L’Espagne franquiste fut admise à l’UNESCO (1953) puis à l’ONU (1955) tandis que ses opposants en France étaient muselés ou réduits à la clandestinité.
Jusqu’au décès du dictateur Franco (1975), soit pendant plus d’un quart de siècle, les gouvernements français successifs ont empêché les résistants espagnols d’exercer le droit d’association, au préjudice de leurs intérêts moraux et matériels, sans égard pour leurs souffrances et mérites. En 1976, les survivants furent enfin autorisés à former l’Amicale des Anciens Guérilleros Espagnols en France (Forces Françaises de l’Intérieur),

Rapporter l’arrêté du 7 octobre 1950, comme le demande celle-ci, aurait une haute
signification politique et morale. Cette demande a été publiquement soutenue en 2016 par 44 parlementaires issus de tout l’arc républicain et de nombreux autres élus, tels, par exemple, les maires d’Alençon, Dieppe, Hendaye, Toulouse, les Présidents des conseils départementaux de l’Aude et de la Seine Saint-Denis, le Conseil départemental de la Haute-Garonne unanime.
Cette requête est également appuyée par les dizaines d’associations qui ont constitué le Centre d’Investigation et d’Interprétation de la Mémoire de l’Espagne Républicaine (CIIMER) installé depuis 2012 à Borredon (Montalzat, Tarn-et-Garonne).
Reprendre les procédures d’homologation des unités combattantes espagnoles, injustement entravées, est une exigence fréquemment rappelée dans les cérémonies patriotiques de notre région.
À l’heure où des mouvements xénophobes s’affirment en Europe, il importe de mieux
connaître et divulguer ce que la France doit à ceux qui, après avoir lutté contre le fascisme européen coalisé en Espagne, ont continué la lutte au nord des Pyrénées. En ce sens, il est très positif que l’ONAC-VG (Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre) ait créé en 2016 et promu via ses délégations locales, une exposition au sujet des volontaires des Brigades Internationales « de la Guerre d’Espagne à la Résistance en France » ; une
initiative semblable serait particulièrement bienvenue au sujet des guérilleros espagnols.
C’est pourquoi, le Conseil Régional d’Occitanie, réuni en Assemblée plénière le 19 novembre 2020 demande aux Autorités de l’État :

– 1) Que soit abrogé l’arrêté prononçant la dissolution de l’Amicale des Anciens FFI et Résistants Espagnols, pris le 7 octobre 1950 par le ministre de l’intérieur, paru au Journal Officiel de la République Française le 11 octobre 1950 ;

– 2) Que, dans un devoir d’honneur et de justice, des excuses soient officiellement présentées par la République Française aux personnes et aux familles qui ont eu à souffrir de ces sanctions indignes ;

– 3) Que soit ré-ouverte, à titre exceptionnel, la procédure d’examen des demandes d’homologation des unités combattantes de guérilleros espagnols qui sont restées en instance d’examen pour cause de forclusion, notamment dans l’Aude, le Gers et les Pyrénées Orientales ;

– 4) Que l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre soit chargé d’une campagne d’information quant à la contribution spécifique des formations de guérilleros espagnols à la Résistance intérieure en lien avec le Mémorial du Camp de Rivesaltes.

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Délibération N°2020/AP-NOV/25

La Présidente

Carole DELGA

Acte Rendu Exécutoire :

 Date de transmission à la Préfecture : 23 novembre 2020
 Date d’affichage légal : 23 novembre 2020

Pour extrait conforme,

La Présidente,
CAROLE DELGA

Calendrier 2021 de SIA

Vous trouverez ci-joint un aperçu du calendrier 2021 de SIA (Solidarité Internationale Antifasciste).

Le thème de cette année : les murs dans le monde et une couverture illustrée par le dessinateur Aurel.

Si vous souhaitez vous en procurer, vous pouvez contacter SIA par courrier électronique : sia-toulouse@riseup.net.