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Jean Ortiz nous a quitté

Nous avons la tristesse d’apprendre le décès de Jean Ortiz. Ami de notre association Retirada37 il était venu à Saint-Pierre-des-Corps en février 2018 nous parler avec la passion qui le caractérisait des Brigades internationales et de bien autres choses. Il avait présenté en juin 2016 avec émotion son film Compañeras réalisé avec Dominique Gauthier. José Manuel Cano López touché par ce film, nous a raconté dans sa pièce de théâtre documentaire « Romancero des ombres » la vie de ces « femmes aujourd’hui âgées qui ont été plongées dans les horreurs de la guerre, ont connu la disparition d’êtres chers, l’exil vers la France. Ces témoignages bouleversants sont tirés du commentaire « Companeras » de Jean Ortiz et Dominique Gautier. »

l’Article dans l’Huma
Disparition : Jean Ortiz, rouge passion
Spécialiste de l’Espagne républicaine et de l’Amérique latine, l’ancien correspondant de l’Humanité à Cuba s’est éteint, samedi, à l’âge de 74 ans.
Publié le
Dimanche 23 juillet 2023
Patrick Apel-Muller314091.
«  L’ennemi s’est infiltré », disait-il de sa maladie et de ce « diable de scanner qui a marqué un avant et un après », rendant plus épisodiques ses textes sur son blog de l’humanite.fr. Mais, bien conscient de la « défaite à venir », Jean Ortiz était de ces « insomniaques qui guettent angoissés l’aurore afin de reprendre la marche, chaque jour plus claudicante ». Pour ce « rojo, fils de rojo », une retirada n’interrompait pas le combat. Il s’est éteint, samedi, à l’âge de 74 ans.

De l’histoire tragique de l’Espagne qui avait marqué sa famille, comme de la Résistance dans laquelle son père avait combattu dans l’Aveyron, Jean Ortiz tirait une leçon de courage et se faisait un devoir par ses livres d’enquêtes historiques et ses documentaires de rétablir l’ampleur du crime franquiste avec ses massacres, ses enfants volés, ses tombes effacées. En 2010, il avait vigoureusement appuyé le juge Garzon qui voulait que les crimes des partisans du Caudillo soient jugés, malgré la loi d’amnistie de 1977.

« Je suis du pays de Jaurès, disait aussi Jean Ortiz, du pays des prolétaires du textile, de la sidérurgie, de la mine »

« Je suis du pays de Jaurès, disait aussi Jean Ortiz, du pays des prolétaires du textile, de la sidérurgie, de la mine. » Cet enracinement de classe l’avait naturellement conduit à l’engagement communiste. Il fut même candidat du PCF à deux reprises, lors d’élections législatives dans ses terres tarnaises à Castres (1973), puis en 9 e position dans le Sud-Ouest lors des élections européennes de 2009.

« Être révolutionnaire, affirmait-il, c’est contribuer à faire de l’humanité le moteur d’une vie. » Il tissait son militantisme de tout ce qui faisait son être singulier – pouvait-il faire autrement ? –, de ses passions, de ses « provocations jamais gratuites », de son verbe enfiévré, de ses colères parfois injustes sur lesquelles il savait revenir, de ce sentiment d’urgence qui ne le quittait pas et qui le conduisait à téléphoner au beau milieu de la nuit au directeur de la rédaction de l’Humanité. Comment lui en vouloir de partager ses insomnies ? Sa sensibilité à vif mettait souvent le doigt sur une arête de l’actualité, sur le revers d’un fait ou une information incomplète.

Devenu correspondant de l’Humanité à Cuba de 1977 à 1981 – il succédait à José Fort et précédait Maité Pineiro –, Jean Ortiz réalise aussi de grands reportages en Amérique latine. Il est ainsi au cœur de la révolution au Nicaragua et accompagne une colonne de guérilleros sandinistes jusqu’à la prise de Managua. Épopée inoubliable.

Après un bref passage parisien comme collaborateur du comité central du PCF sur l’Amérique latine, il quitte le journalisme pour une carrière d’enseignant, même si l’écriture d’un « papier » le démangeait toujours et qu’il y revenait comme à une féconde addiction.

En 1982, Jean Ortiz soutient une thèse de troisième cycle et le jeune agrégé d’espagnol devient maître de conférences à l’université de Pau.

CulturAmerica, un festival devenu vite incontournable

Ses passions l’y accompagnent et il crée un festival, CulturAmerica, dont il fait un pont avec l’Amérique latine, accueillant les personnalités progressistes et les intellectuels du continent, questionnant les expériences citoyennes qui y naissent et nouant des amitiés, avec Evo Morales notamment.

Le rendez-vous devient vite incontournable pour les chercheurs comme pour les amoureux de cette région du monde. Devenu un spécialiste reconnu de l’Amérique centrale et du Sud, il produit plusieurs ouvrages – dont l’un consacré à Che Guevara (2) – et secoue les consciences sur les crimes de Pinochet avec l’avocat chilien, son ami, Eduardo Contreras.

Producteur d’articles universitaires, Jean Ortiz touche à de multiples domaines, scénariste et metteur en scène avec son ami Dominique Gautier (3), mais également aficionado averti. Dans l’Humanité, il rédige plusieurs articles de défense de la corrida et publie un ouvrage de référence, Tauromachie et représentation du monde en Amérique latine (éditions Atlantica, 2005).

Les équipes de l’Humanité expriment leurs condoléances et leur amitié à la famille de Jean et à ses proches.

(1) Lire notamment chez Atlantica : Mi guerra civil (2005) ; Rouges. Maquis de France et d’Espagne. les guérilleros (2006) ; Guérilleros en Béarn. Étranges « terroristes » étrangers(2007) ; chez la Librairie des territoires : Franco n’est pas mort culo al sol ! (2019). (2) Le Socialisme à la cubaine, avec Georges Fournial (Éditons sociales, 1983) ; Fulgencio Batista et les communistes. Qui a trompé le diable ? (l’Harmattan, 1998) ; Vive le Che ! (Arcane 17, 2017) ; Julio Antonio Mella, l’ange rebelle. Aux origines du communisme cubain (l’Harmattan, 1999). (3) Rouge miroir(2005) ; Le Cri du silence (2007) ; Confidences cubaines (2007) ; Paroles d’anciens (2008) ; Fils de rojo (2009).

Poema a Jean Ortiz

Fallecido el 22 de julio de 2023.

Rojo camarada Juan Ortiz,

Rojo como la sangre de España.

Rojo como la solidaridad obrera,

La tuya, siempre con la mano tendida.

Con Eloi y el Comandante Robert

Quisiste echarnos una mano amiga,

Desde Pau hasta París.

Gracias, Rojo camarada indisciplinado Jean Ortiz.

Tu guerra civil fue la nuestra.

Rojos maquis de Francia y de España

Los Guerrilleros,

Rojas vidas, rojas memorias.

Rojo audaz de todos los combates,

Sindicales, universitarios,

Sociales, culturales, políticos

Sin olvidar al humilde obrero,

A tu padre Enrique, obrero,

Al mío, Daniel, obrero también,

Quienes en España,

En Francia soñaron con Lenin.

Tus nobles ideales : Cuba y el Che,

Chile, Evo Morales, Hugo Chaves,

Cecilio Gordillo, la reforma agraria en Andalucía.

Hijo de rojo, allez, allez !

Compañeras, Dominique Gautier.

La République est de retour

S í, como no, ya vuelve la Niña Bonita

Para tí, su gran paladín,

Para todos los rojos, para hombres nuevos, de ideales nuevos.

Rêvons, c’est pour bientôt, camarade Jean Ortiz.

Duerme en paz, camarada, amigo Juan Ortiz,

¡ Aquí, con nosotros, con la Tricolor,

Para siempre estás !

Rose-Marie Serrano

(Amis des Républicains Espagnols de RP, París 25/07/23).

Une vídeo de Jean Ortiz prise par Elizabeth Maugars lors de son passage à la bibliothèque de Saint-Pierre-des-Corps le 20 février 2018 à l’invitation de Retirada37 :

Douzièmes rencontres transfrontalières des associations de la Mémoire historique, démocratique et antifasciste

L’antidote de la Mémoire – Un peuple qui oublie son passé est condamné à le
revivre.

Programme des Rencontres Transfrontalières 2023

Vendredi 29 septembre 2023 :

Maison de la Vie Associative de Villeneuve sur Lot – GPS: 44.400909, 0.702389
10 heures : Ouverture des Rencontres

Avec les interventions des associations Caminar, MER 47, ACEPF (Expresos
Politics del Franquisme) et La Barranca- La Rioja.

12 heures : Présentation et visite guidée de l’exposition – «Cuarteles que
cuentan – La Mujer en la Guerra de España » par Luis Arduña Lapetra de la
Fondation 14 Avril

13 heures : Repas au restaurant Le Terminus à Villeneuve sur Lot

15 heures : Conférence d’Enzo Traverso, historien, professeur à l’université de
Cornell aux Etats Unis (New York) sur le fascisme, l’extrême droite, son histoire, ses stratégies et sa résurgence aujourd’hui.

Présentation et modération :

– Anélie Prudor, Docteure en anthropologie sociale et historique de l’Université
Toulouse-Jean Jaurès

– Luis Arduña Lapetra, militant de la Mémoire et élu ayant participé à
l’élaboration de la loi de Mémoire Démocratique d’Aragon, commissaire de
l’exposition «Cuarteles que cuentan – La Mujer en la Guerra de España ».

18 heures : Cérémonie devant le monument départemental de l’exil
républicain, à Villeneuve-sur-Lot. Dépôt de gerbe.

La Base au Temple sur Lot- GPS : 44.224715, 0.312809

20 heures : Repas au restaurant de La Base

21 heures 30 : Présentation et visite guidée de l’exposition « Libertad – La
Gironde et la Guerre d’Espagne – 1936-1939 » par Bernard Lavallé, professeur
de civilisation hispano-américaine à l’université de la Sorbonne Nouvelle et
commissaire scientifique de l’exposition.

Lecture de poèmes.

Samedi 30 septembre 2023 : La Base au Temple sur Lot
10 heures : réunion des trois groupes de travail

– Transmission de la Mémoire et éducation

– La loi de mémoire démocratique

– Communiquer la mémoire, stratégies et moyens – Des outils pour
parler de la République, de l’exil républicain et de la guerre d’Espagne.

13 heures : Repas au restaurant de La Base

15 heures : Table ronde sur le féminisme

“Evolution des politiques d’égalité de genre depuis la transition espagnole »
Analyse des législations française et espagnole. Pratiques institutionnelles.
Par :

• Maria Freixanet Mateo,Licenciée en sciences politiques de l’université Pompeo Fabra.

• Christine Roul, avocate à la Cour d’Appel d’Agen

Présentation et modération : Consol Hernández García, vice-présidente de
l’Amical de las Brigadas Internacionales de Catalunya-ABIC et Pascale Perez,
secrétaire de MER 47

18 heures : Restitution et propositions des trois groupes de travail

20 heures : Repas au restaurant de La Base – Temple sur Lot

21 heures 30 : Projection du documentaire « François Tosquelles – Une
politique de la folie » consacré à Francesc Tosquelles, psychiatre initiateur de lapsychothérapie institutionnelle. Chargé des services de psychiatrie de l’armée
républicaine en Extremadure et Aragon, il a créé après la retirada un service de
psychiatrie au sein du camp de concentration de Septfonds. Il a ensuite rejoint
l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban en Lozère puis a terminé sa carrière à
Agen en Lot et Garonne (près du lieu des RTF).

Dimanche 1er octobre 2023 :

Hôtel du Département à Agen- GPS: 44. 192635, 0.614782
10 heures : réunion plénière pour l’actualisation du Manifeste sur la base des
conclusions des trois groupes de travail.

12 heures 30 : Clôture des Rencontres et cocktail déjeunatoire.

EXPOSITIONS

– «Cuarteles que cuentan – La Mujer en la Guerra de España » à la Maison de la
Vie Associative de Villeneuve sur Lot

– «Libertad ! La Gironde et la Guerre d’Espagne » à La Base – Temple sur Lot.
– « Vivre debout : des femmes au camp de Gurs » à La Base – Temple sur Lot.
Participent à l’organisation des Rencontres : AFFNA 36, Ay Carmela, Brigadas
Internacionales de Catalunya, Associacio Catalana Ex presos Politics del
Franquisme, Caminar , Fundación 14 de abril – Huesca, La Barranca – La Rioja,
MER 47, MER 64, TML, Txinparta RMC.L’antidote de la Mémoire – Un peuple qui oublie son passé est condamné à le revivre.

Formulaire d’inscription à charger ici :Inscriptions RTF 2023

« Cerdos: La guerre n’est pas finie”

« 1939 : entre 25 000 et 30 000 soldats républicains espagnols sont déportés vers le camp de concentration français de « Judes » à Septfonds, situé dans le Tarn-et-Garonne, à 60 km de Toulouse.

2019 : le projet d’extension d’un élevage intensif, porté à 6 500 porcs par an, voit le jour sur l’emplacement de l’ancien camp.

Ce documentaire tente de faire le lien entre les faits qui construisirent le passé et ceux qui construisent le présent. »

bande-annonce:

https://vimeo.com/manage/videos/830349027

Les dons se feront, sur le compte bancaire de La jetée films (IBAN: FR76 1027 8022 8100 0203 9040 292 – BIC : CMCIFR2A).

A partir de 15€, les donateurs se verront attribuer des contreparties dont le détail figure en pièce jointe.

Merci de diffuser le plus largement possible cette information afin que ce projet d’intérêt général voie le jour.

« Verdad Justicia y Reparación »

Communiqué de Caminar

Les résultats des récentes élections municipales et autonomes en Espagne permettent aujourd’hui au PP allié à VOX de gouverner les plus grandes villes d’Espagne et l’essentiel des communautés autonomes.

Cela sera de nature à entraver la mise en œuvre de la récente loi de mémoire démocratique qui repose pour une part importante, notamment en matière éducative, sur les communautés autonomes.

En effet, dès la publication au BO du 20 octobre dernier de la Loi de Mémoire Démocratique, le nouveau chef de l’opposition, Núñez Feijóo, avait déclaré qu’elle était un hymne à « l’oubli démocratique » et s’était engagé à l’abroger dès son arrivée au gouvernement avec la complicité de son partenaire VOX qui, de son côté, la considérait comme un « révisionnisme historique plus typique des régimes totalitaires ».

Pedro Sanchez vient par ailleurs d’annoncer que des élections législatives anticipées se dérouleront le 23 juillet prochain.

Une des premières conséquences de la dissolution anticipée des Cortes est que la « Ley de bebés robados » dont l’examen avait déjà été différé depuis plusieurs mois ne pourra être votée dans le cadre de la présente législature.

Caminar regrette que trop d’atermoiements et de pertes de temps aient conduit à une telle situation.

Caminar réaffirme sa volonté d’agir en coordination avec les associations mémorielles espagnoles pour que les avancées contenues dans la loi de Mémoire démocratique du 20 octobre 2022 ne soient pas remises en cause quelles que soient les alternances politiques et que cette loi puisse effectivement trouver une application concrète sur tout le territoire espagnol et pour ceux de l’exil républicain.

Les Rencontres Transfrontalières, qui réuniront du 29 septembre au 1er octobre prochain les associations mémorielles espagnoles et françaises, seront l’occasion d’affirmer que rien n’arrêtera l’action de ceux qui demandent, au travers de leur lutte, « Verdad Justicia y Reparación » .

¡ Democracia real ya !

Le Bureau de Caminar

L’opération Bolero-Paprika

Un « Bolero » très anti-communiste
7 septembre 1950 , nom de code : « Opération Bolero-Paprika ». Une rafle du gouvernement Pleven, socialistes et « radicaux » entre autres, contre les « communistes étrangers » réfugiés en France… essentiellement espagnols.
Mercredi 8 août 2018
Jean Ortiz

Les guérilleros… A la Libération, nombre d’entre eux furent décorés pour leur contribution à la victoire sur le nazisme. Mais pour eux, guérilleros antifascistes espagnols, pas d’euphorie ; la guerre n’était pas terminée. La lutte frontale pour chasser Franco, ils la poursuivaient… Et seuls. Quasiment seuls. Le parti communiste d’Espagne, le front « Union Nationale » (UNE) et la « Agrupación de guerrilleros españoles (AGE-UNE-FFI)  », préparaient l’opération armée « Reconquista » (« Reconquête ») de l’Espagne. Bouter Franco à la mer ! Le contexte, celui de la victoire sur le fascisme, selon le PCE , s’y prêtait. L’initiative n’était donc pas insensée. Son échec a servi cependant à régler de nombreux comptes, internes et externes au PCE. « Il n’existe à ce jour, aucun document, aucun témoignage de l’époque, attestant du désaccord de quelque dirigeant communiste (espagnol) que ce soit avec l’opération»[1].
 
OPERATION « RECONQUISTA »
 
Du 19 au 29 octobre 1944, 3000 guérilleros espagnols pénètrent en Espagne, au Val d’Aran, qu’ils occupent. A « l’attentisme », à la « stratégie diplomatique » , les guérilleros opposent « le volontarisme ».
Les gouvernements français, anglais et américain, considèrent, eux, que « l’Espagne ne les concerne pas », et ils se drapent dans une sorte de nouvelle « non-intervention », en réalité tout à fait interventionniste. Les combattants antifascistes espagnols se retrouvent une nouvelle fois lâchés par les « démocraties occidentales » et même persécutés, des deux côtés de la frontière. Non seulement ils entrent au Val d’Aran dans de mauvaises conditions, mais on les abandonne, et on poursuivra même ultérieurement des militants qui ont pris pourtant leur part de sang à la Libération du pays qui les expulse. L’échec des « invasions » militaires provoque dans le PCE (et hors PCE) d’interminables controverses et manipulations.
 
Santiago Carrillo « en profite » pour écarter de la direction l’homme de la reconstruction autonome du PCE, dès le début de 1939, et artisan de l’Union Nationale Espagnole, Jesús Monzón. Deux ouvrages analysent cette période et notamment le rôle de Monzon…[2] La CIA jette de l’huile sur le feu. A posteriori, le 2 décembre 1948, elle le confirme en publiant un rapport dans lequel elle affirme que la direction du PCE aurait délibérément envoyé au casse-pipe les meilleurs des guérilleros »[3]. Des historiens avaient déjà plus ou moins suggéré cette hypothèse, non établie, propagandistique, et relevant plutôt d’une « littérature du ressentiment »[4].
La situation internationale a pesé dans l’échec… Dès mai 1944, un message de Churchill indiquait : l’ESPAGNE, affaire des Espagnols. Au moment où les guérilleros pénètrent, une note des RG indique que « Franco a le soutien de la presse occidentale et des Anglo-Américains »[5].
 
COMPRENDRE LE CONTEXTE
 
La résistance postérieure à 1945 était en Espagne majoritairement communiste ; (quelques groupes libertaires s’organisèrent en maquis surtout urbains), mais le PCE était le seul parti espagnol à porter cette ligne de lutte armée insurrectionnelle antifranquiste ; et il l’abandonnera en 1948. Sur « ordre » de Staline, a-t-on trop souvent écrit. Rien à ce jour ne permet de le fonder vraiment. Le PCE a « infiltré » des centaines de militants armés en Espagne, dans le cadre de sa stratégie de « Reconquista », d’insurrection nationale…
 
Dès l’automne 1944, les autorités françaises déclarent la frontière « zone interdite ». Le 27 juillet 1945, elles en éloignent les guérilléros, afin qu’ils ne puissent plus la franchir. Le capitalisme espagnol soutient plus que jamais son camp, qu’il a grassement financé : la dictature . Et Franco, « sentinelle de l’occident », multiplie les gages envers la France  (et vice-versa), pour un rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays.
 
Les brigades de guérilleros, dissoutes le 31 mars 1945 par le  gouvernement provisoire de libération, pour s’en débarrasser, deviennent des « bataillons de sécurité ». Par la suite, De Gaulle invitera les guérilleros espagnols à partir combattre en Indochine, dans une sale guerre coloniale.
 
Au pied des Pyrénées, pour beaucoup d’ antifascistes espagnols d’alors, la « Guerre froide » commence dès l’automne 1944. Objectif principal des « Alliés »: isoler le PCE, consolider plus ou moins discrètement Franco. Le PCE a construit en France un appareil clandestin, (surveillé de près par la DST) pour soutenir ses « maquis » de l’intérieur : guérilleros, passeurs, agents de liaison, dépôts d’armes… Franco souhaite normaliser rapidement les relations avec Paris, à condition que la France « nettoie » le grand sud-ouest, en élimine les « rouges », présentés en Espagne comme exagérément influents en France. Depuis 1948, les rapports se dégèlent lentement entre la dictature franquiste et le gouvernement français. La « Guerre froide » va faire du communisme le mal absolu. « L’opération Boléro-Paprika  va porter un coup sérieux au PCE mais au-delà, aux autres organisations antifascistes, à la France progressiste et à la cause républicaine, qui n’avait pas besoin de cela…
Le gouvernement français (22 ministres) socialistes et radicaux, (on dirait aujourd’hui de « centre-gauche »), en place depuis juillet 1950 et présidé par René Pleven, réprime sans ménagement les grandes grèves ouvrières… Le gouvernement comporte 9 ministres MRP, 8 Radicaux dont Edgar Faure, 4 PRL (Antoine Pinay) trois UDSR Union Démocratique, socialiste, de la Résistance. (Pleven, Mitterrand (secrétaire d’Etat), Claudius Petit ), etc.
Le 7 septembre 1950, à 5h du matin, commence brutalement « l’Opération Boléro-Paprika » ; des portes volent en éclats. A l’aide de gros moyens, la rafle apparaît comme l’une des plus importantes de la « Guerre froide »[6] L’Opération Boléro-Paprika vise des dizaines de militants exilés en France, communistes espagnols (« boléro ») 13 Italiens, et quelques autres militants d’Europe de l’est : 59 Polonais, 4 Roumains, 14 Soviétiques (« Paprika »)… Au total la rafle, cette page noire, cette honteuse persécution de « héros », sépare des familles, accentue la dureté des conditions de vie de l’exil et des « doublement déportés » (une soixantaine en Corse)… Capturés, 288 militants (selon les archives policières) dont 177 communistes espagnols, sont déportés, placés en résidence surveillée, en Corse (61), en Algérie, et même en « Allemagne de l’Est », en Tchécoslovaquie, assignés à résidence, ou en France métropolitaine, par décret (toujours pas abrogé), loin de chez eux. Ces anciens guérilleros font valoir leurs états de service… Rien ne dissuade Paris. Les intérêts de classe priment sur tout le reste. La « Guerre froide » percute de plein fouet un exil très investi contre Franco…
La presse espagnole, « Arriba », « La Vanguardia »… exulte. Peu avant l’opération, le PCE et le PSUC (communistes catalans) et leurs organisations féminines, de jeunesse, syndicales… proches, leurs journaux et publications : « Mundo Obrero », « Lluita » (organe du PSUC), « Nuestra Bandera » (revue théorique), « El Obrero español », « Solidaridad española » avaient été interdits le 26 août et le premier septembre les organisations communisantes illégalisées.
 
La plupart des hauts dirigeants du PCE (Líster, Carrillo, Claudín, Mije, Uribe, Antón, Luis Fernández…)° échappent à l’arrestation. La direction communiste du puissant PCF parvint à les informer afin qu’ils puissent se cacher…
 
(fin de la première partie)
 
 
[1] « Rouges. Maquis de France et d’Espagne. Les guérilleros », coord Jean Ortiz, Biarritz, ed. Atlantica, 2006, p. 260
 
[2] AZCARATE, Manuel (ancien dirigeant communiste) « Derrotas y esperanzas… », Tusquets ed., Barcelona, 1994) et MARTORELL, Manuel, (journaliste et historien) Jesús Monzón, el líder comunista olvivado por la historia » (Pamiela ed., Pamplona, 2000)
 
[3] Rapport CIA, 2/12/ 1948, Barcelona, La Vanguardia, 17/11/2005
 
[4] ARASA, Daniel, “Años 40: los maquis y el PCE”, Barcelona, ed. Argos Vergara, 1984, MORÁN, Gregorio, “Miseria y grandeza del PCE, 1939-1985”, Barcelona, ed. Planeta, 1986
 
[5] Note des RG, Préfecture des Basses Pyrénées, 2 oct. 1944, n 5249, Pau, ADPA, 1031W237
 
[6] Archives nationales, Paris, F.7 161114

UN « BOLERO » TRÈS ANTI-COMMUNISTE . 2ème partie
Le général communiste Enrique Líster a joué un rôle de premier plan dans l’organisation et la direction des « maquis » espagnols.
Mercredi 8 août 2018
Jean Ortiz

L’opération « Reconquista de España» supposait également qu’un hôpital de l’arrière, en France et pas loin de la frontière, serve de « retaguardia » médicale (arrière-garde) aux guérilleros blessés. Le PCE et « l’Amicale des anciens FFI et résistants espagnols » aménagent à Toulouse, quartier Saint-Cyprien, un vieux bâtiment qui devient « l’Hôpital Varsovie », au 15 de la rue du même nom, un hôpital de qualité, solidaire, militant, qui peu à peu opère et soigne bien au-delà des guérilleros. La plupart des médecins sont militants du PCE ou proches de lui.
 
L’hôpital sera lui aussi, impitoyablement, victime du déploiement policier du gouvernement de « centre-droit et gauche », de l’ Opération de  « Guerre froide »  « Boléro-Paprika » ; « el hospital de los guerrilleros », véritablement décapité, et ses médecins espagnols arrêtés, déportés eux aussi, ou assignés à résidence, etc. Dans la journée même, des médecins communistes français prennent le relais, et l’hôpital prendra le nom de « Joseph Ducuing » en hommage à celui qui reprit la direction et le flambeau. La grande rafle suscite peu de réactions en France de l’époque. Plus il est gros et répété, mieux le mensonge passe… « L’Humanité », la CGT, le PCF, la Ligue des Droits de l’Homme… mènent une campagne de dénonciation et de solidarité. Le chef d’accusation finalement unique appliqué à tous les détenus, au-delà du grotesque : « intelligence avec une puissance étrangère », c’est l’accusation « d’appartenance communiste », et de surcroît étrangère.
 
Léon Blum vole au secours des « boléristes » et lance : « le communisme international a déclaré la guerre à la démocratie »[1].
 
Les militants espagnols, intégrés aux syndicats français, luttent avec leurs camarades. Les autorités françaises, de droite, gaullistes, socialistes, radicales, de « troisième force », haïssent ces « rouges espagnols » révolutionnaires, « bouffeurs de curés », et de patrons. Une belle « union sacrée » ! Le 29 octobre 1948, le président du gouvernement, en pleine grève minière, accuse « la foule criminelle des communistes espagnols » d’avoir « attaqué les forces de l’ordre… ». Il fait porter aux Espagnols la responsabilité des affrontements sanglants, fruits de sa terrible répression contre les puits d’Alès, de Saint-Etienne, du Nord… et les mineurs grévistes. A partir de 1947, la France tourne le dos totalement aux Républicains espagnols et se place ouvertement sous la tutelle des Etats-Unis.
 
La presse française, « Le Figaro » en tête, accusent, eux-aussi, « la cinquième colonne » qui préparerait une « invasion soviétique » du sud de la France. Un danger mortel, totalement fantasmé, mais matraqué jusqu’à plus soif. Une telle parano , il faut le faire ! Ces propos sont repris par le très référentiel « Le Monde », et même « Le Populaire », journal du PS, « France Soir »… « L’Humanité » s’insurge contre l’arrestation de 300 antifranquistes, et le gouvernement qui cède aux pressions de Madrid[2], maltraite des héros de la Résistance, veut « nettoyer » de leur présence le grand sud de la France.
 
Peu à peu, la lutte des classes reprend ouvertement son cours normal. « Mieux vaut Franco que le ‘frente crapular’ ! ». Les socialistes jouent l’attentisme ; en septembre 1945, le plenum du PSOE condamnait l’organisation « de révoltes et d’incidents » qui pourrait légitimer, au plan international, l’existence d’un gouvernement de fait en Espagne »[3]. Le premier août 1950, le sénat nord-américain avait autorisé l’octroi d’un prêt de 62,5 millions de dollars à l’Espagne franquiste. Le 4 novembre 1950, l’ONU revient sur sa résolution du 12 décembre 1946 et autorise désormais ses membres à rétablir les relations diplomatiques avec l’Espagne. Décembre 1951, en ce qui concerne la France… Quelques semaines après « Boléro-Paprika ». Tout est là. Le 8 mai 1948, et le 14 juin 1949, la France et l’Espagne avaient déjà signé des accords commerciaux et financiers.
 
Le 23 septembre 1953, le président Eisenhower paraphe à Madrid avec Franco, en grande pompe, les « Accords de Madrid », en toute « cohérence » : reconnaissance diplomatique du fascisme espagnol contre soutien économique et militaire de Washington, et quatre bases militaires.
 
Comme Somoza, Franco était un « fils de pute », mais c’était « notre fils de pute », comme le déclara, un jour d’inhabituelle lucidité, le président nord-américain.
 
 
[1] DENOYER Aurélie, « Résonances françaises de la guerre d’Espagne », HAL, Archives ouvertes, ed. D’Albray, 2011, p. 295-312.
 
[2] Archives nationales, Paris, f 7/16114, Boléro-Paprika
 
[3] SERRANO Segundino, « Maquis », Madrid, ed. Temas de hoy, 2001, p. 145.

Le dernier grand trésor photographique de la guerre civile espagnole

Retrouvées dans deux boîtes rouges au fond d’un garage, 5 000 photos cachées du photographe Antoni Campañà, prises durant la guerre civile espagnole, sont dévoilées pour la première fois.

On dit des photographes qui ont couvert la guerre d’Espagne (1936-1939) qu’ils ont été les pionniers du photojournalisme. A l’époque, cette guerre civile enflamme le pays. Elle oppose le camp des républicains espagnols composé de loyalistes à l’égard du gouvernement légalement établi, de communistes, de léninistes, d’anarchistes à celui des nationalistes et rebelles putschistes dirigés par le général Franco. Robert Capa, David Seymour, Gerda Taro ont photographié le conflit. Leurs images ont fait le tour du monde.

On pense alors avoir tout vu de cette guerre avant qu’en 2018, près de Barcelone, lors de la démolition d’une maison ayant appartenu au photographe catalan Antoni Campañà apparaissent, au fond d’un garage, deux boîtes rouges. Elle contiennent plus de 5 000 photos, des négatifs pour la plupart, mais également plusieurs centaines de tirages, le tout réalisé durant les trois années d’affrontements. Selon le quotidien catalan La Vanguardia, il s’agit « du dernier grand trésor photographique de la guerre civile espagnole ».

Mais qui est Antoni Campañà ? Dans le très beau texte d’introduction du livre La boîte rouge (Seuil) qui revient sur cette histoire et a été codirigé par le journaliste Plàcid Garcia-Planas, l’historien Arnau Gonzàlez Vilalta et le photographe David Ramos, la question est posée. « Qui fut Antoni Campañà Bandranas ? Un artiste, un photojournaliste de sport, un reporter de la vie politique et de la guerre, un représentant de commerce pour Leica et Contax, un éditeur de cartes postales ? Ou encore un saxophoniste de l’Iberian Orchestra, qui se produisait dans les années 1930 à Barcelone ? En guise de réponse, on pourrait dire que (…) Campañà fut un parfait homme-orchestre de la photographie. » Fils et petit-fils d’entrepreneurs dans le domaine de la construction, issu d’une famille aisée, Campañà décide très jeune de faire de la photographie sa vie. À douze ans, il vend déjà ses positifs. À quatorze ans, il réalise un reportage « graphique » sur le roi Alphonse XIII, publié dans une revue espagnole. Dès lors, l’appareil photo devient un inséparable compagnon.

Campañà a trente ans quand débute la guerre civile espagnole. Républicain, catalaniste et fervent catholique, le photographe manifestera très peu de prises de position politiques publiques, affirmant simplement être du côté de ceux « qui gouverneront, s’ils me plaisent ». Il adopte en quelque sorte la position d’un diplomate, et cette diplomatie lui permet de photographier les uns et les autres sans distinction : « De la Ligue de Cambò ou la gauche républicaine de Catalogne de Companys de février et mars 1936, puis, quelques mois plus tard, les révolutionnaires anarchistes et les franquistes victorieux, puis les fascistes et les nazis en 1939. »

Ses images, aussi exposées en ce moment au Musée national d’art de Catalogne, dépeignent une réalité tragique pleine de nuances et de contrastes douloureux. Elles sont une découverte incroyable sur la guerre civile espagnole, une véritable fresque allant du coup d’état de Franco, à la « Barcelone soviétique », jusqu’aux portraits des miliciens antifascistes se rendant au front. Campañà observe ce qui l’entoure, se soucie de son prochain et il se rend partout où il peut aller. Il photographie parfois au Leica, parfois au Rolleiflex, tout ce qu’il considère comme important, en particulier des évènements qui l’ont profondément heurté ou marqué : des églises victimes des révolutionnaires iconoclastes aux portraits d’attirants combattants libertaires, des protestations de rues aux conséquences misérables de la guerre.Retour ligne automatique
Rescapés de la furie aérienne. Le Passeig Nacional à la Barceloneta, 29 mai 1937. © Antoni Campaña

Car c’est de cela qu’il s’agit dans ces images cachées et retrouvées près de trente ans après la mort du photographe : de l’histoire d’un homme meurtri de voir son pays détruit. « Campañà a photographié la guerre civile espagnole avec amertume et tristesse, cet état d’âme a guidé son refus de diffuser ses photographies », écrit la commissaire d’exposition Marta Gili. Le photographe n’a pourtant pas aimé photographier la pauvreté, comme il l’a confié à ses enfants. Ainsi son fils Antoni se rappelle-t-il que son père « n’a jamais voulu que l’on sache qu’il avait réalisé des images de la guerre ». A qui se destinaient alors ces photos ? Nul ne le sait mais comme il est joliment écrit sur la quatrième couverture du livre La boîte rouge : « Aujourd’hui, par bonheur, elles nous sont offertes. »

Par Sabyl Ghoussoub

P.-S.

Né à Paris en 1988 dans une famille libanaise, Sabyl Ghoussoub est un écrivain, chroniqueur et commissaire d’exposition. Son deuxième roman Beyrouth entre parenthèses est sorti aux éditions de l’Antilope en août 2020.

1969, Paco Ibáñez : l’Espagnol d’Aubervilliers

Le 2 décembre 1969 le chanteur en exil donnait à l’Olympia un concert devenu légendaire, incarnation fervente de la résistance au franquisme. 50 ans plus tard et avant de ressusciter cette prestation le 24 janvier prochain au Casino de Paris, il revient sur cette histoire. Né en 1934 à Valence, fils d’anarchiste, forcé par la guerre civile à s’exiler au pays basque puis à Perpignan, Paco Ibáñez débarque à Paris en 1952. Sa rencontre, quelques années plus tard avec Georges Brassens consacre sa révélation pour la poésie. Dès lors, il n’aura de cesse que de mettre en musique les plus grands poètes de langue espagnole (Rafael Alberti, Gabriel Celaya, Antonio Machado, Pablo Neruda, José Agustín Goytisolo etc). Vivant à Aubervilliers, il fréquente de nombreux artistes espagnols ou latino-américains et publie deux albums en 1964 puis 1967. En 1968, il assiste aux événements de mai à Paris et, profitant d’un assouplissement temporaire du régime espagnol, se produit pour la première fois en Catalogne et à Madrid. Pourtant début 1969, Franco resserre la vis et instaure l’état d’exception : contraint de retourner à Paris, Paco Ibáñez se produit cette année-là dans la cour de la Sorbonne puis à l’Olympia, au cours de deux soirées restées dans les mémoires en raison de la communion entre le chanteur et son public. A l’occasion du concert qu’il donnera le 24 janvier prochain au Casino de Paris, recréation de la performance de l’Olympia (augmentée d’autres chansons) Juke-Box modifie sa formule habituelle et reçoit le chanteur espagnol pour une interview exceptionnelle.

Les Brigades internationales : un « grand récit » fondateur, une épopée nécessaire aujourd’hui

Les BI (53 pays, environ 32.000-35.000 volontaires, la plupart jeunes et ouvriers) sont un patrimoine héroïque de l’histoire des communistes et de celle de tous les révolutionnaires, de tous les antifascistes, de tous les progressistes…
Les classes dominantes voudraient nous dépouiller de notre histoire, celle des combats émancipateurs de classe, des luttes populaires… Raison de plus pour la brandir, l’assumer, l’étudier, la faire vivre concrètement dans le monde actuel… En être fiers. Fiers de valeurs à réactiver, du travail de l’ACER, les Amis des combattants en Espagne républicaine présidée par notre chère Claire, fille de ROL et de Cécile, entourée d’autres internationalistes d’aujourd’hui, passionnés, généreux, et qui font honneur à la cause qu’ils portent et perpétuent.
Les BI ne sont pas « l’armée du Kominterm » mais « une armée et un  univers communistes », aime à répéter l’historien spécialiste Rémy Skoutelsky. Le contingent français était le plus nombreux (un tiers) et comptait entre 50% et 60% de communistes encartés. Pourquoi tant de bave aujourd’hui pour décommuniser les Brigades ? Pourquoi tant d’acharnement à les dénigrer : Brigadistes, tous « staliniens », donc tous mercenaires sanguinaires!! Les autres brigadistes non membres du PCF étaient des ouvriers antifascistes, des syndicalistes, des militants de gauche, des idéalistes, des républicains, une minorité d’anarchistes, de socialistes…
Les BI (53 pays, environ 32.000-35.000 volontaires, la plupart jeunes et ouvriers) sont un patrimoine héroïque de l’histoire des communistes et de celle de tous les révolutionnaires, de tous les antifascistes, de tous les progressistes…
La rentrée 2016 (septembre, octobre, novembre) marquera le 80e anniversaire de leur création par l’Internationale communiste et leur arrivée en novembre sur un front de Madrid sur le point de tomber… « No pasarán ! » Et les fascistes n’ont pas pris Madrid ! Ne nous loupons pas ! Ne nous laissons pas déposséder !
Un ouvrage collectif évènement politico-littéraire de rentrée, un documentaire (30 minutes), prêt fin septembre sur ce qu’il reste aujourd’hui de cette épopée, tourné à Albacete (base des BI), seront en plein dans le mille d’une célébration qui doit être vivante, historique, politique, festive, liée aux enjeux de 2016. Nous avons ô combien besoin des valeurs que portaient ces hommes : justice sociale ; solidarité internationaliste, socialisme, engagement total, désintéressé…
Il ne s’agit pas ici de rentrer dans l’analyse, les contradictions, les conflits, les motivations, la composition des BI… cela sera fait ultérieurement. Précisons seulement qu’avant la création des BI, dès que le « golpe » éclate, des centaines de militants anarchistes, communistes français, des socialistes, des trotskystes, des immigrés antifascistes réfugiés en France, traversent les Pyrénées, partent individuellement combattre aux côtés des milices antifranquistes…
Que se lèvent les internationalistes d’aujourd’hui ! « Vous êtes le mythe, vous êtes la légende » (Dolores). Douleur et fierté. « ¡Se siente, se siente, las Brigadas están presentes ! »
Jean Ortiz
12 AOÛT 2016

Recherche de descendants de Gabriel Álvarez Arjona

Ci-dessous un échange de messages pour la recherche de descendants de Gabriel Alvarez Arjona en France. Janine Molina de Ay Carmela de Bordeaux nous donne de premières pistes. Nous sommes preneurs d’autres informations pour aboutir à cette recherche

S y R
Luis

Reçu d’Isabel de Madrid

Hola, buenas noches.
Jesús y yo queremos pediros un favor.
Estamos buscando descendientes de Gabriel Álvarez Arjona, natural de Madrid, estuvo en el campo de concentración de Neuengamme. Sobrevivió y se quedó a vivir en Francia.
En Arolsen hay algunas pertenencias suyas y nos gustaría que sus familiares pudiesen recuperarlas.
Hemos localizado una rama de la familia aquí en Madrid y otra en Australia. Pero querríamos descartar que hubiese tenido hijos y hubiese una rama más directa.
Si podéis averiguar algo os lo agradecemos.”

Adressé à TML
Bonjour 
Je me présente Luis Lopez je réside en Touraine et suis membre de Retirada37 association adhérente à Caminar. Une amie de Madrid m’a envoyé le message ci-dessous de recherche de famille d’un déporté républicain espagnol. Mar y Luz Cariño López une amie adhérente de notre association m’a conseillé de vous contacter pour que ce message soit largement porté dans les associations de Caminar ou par tout moyen.
Je vous remercie pour tout ce que vous pourrez faire
S y R
Vous pouvez m’adresser vos réponses si vous le souhaitez
à Luis López 
luis.a.lopez@wanadoo.fr

Réponse de TML

Merci, je diffuse à toutes nos adresses française et espagnoles et autres…
 
Monique Demay Pour TML

première réponse
Bonjour,
Peut-être que le document que j’ai élaboré pourrait vous être utile…
Très  imparfait il ne demande qu’à être amélioré grâce à vos contributions.
Le site de AROELSEN m’a fourni pas mal de renseignements sur mon oncle Juan Molina Olmos mort/assassiné à Mauthausen.
En revanche je n’ai rien trouvé sur ma sœur qui est morte bébé et enterré dans une fosse commune entre Los Olivares (prés de Granada) et Jaen.
Bon courage.
Un saludo fraterno. 
Janine Molina 
Ay Carmela Bordeaux 

Les Galiciens qui ont vaincu les nazis

Vous trouverez ci-joint la traduction, d’un article d’Arturo Losada dans Luzes/Publico paru le 20 décembre 2022.
Il retrace, entre autres, la vie d’Angel Rodriguez Leira, surnommé « Cariño Lopez » père de Mar y Luz Cariño Lopez, adhérente de notre association Retirada37.

 » Víctor Lantes, fils d’aubergistes de La Corogne, a utilisé un mortier dans les forêts de France contre les chars Panzer de l’armée allemande. Ángel Rodríguez Leira, surnommé « Cariño López », a participé à la libération de Paris et à l’assaut de la résidence du Führer. Ils ont mené une guerre de neuf ans contre le fascisme. Ils ont combattu Franco et Hitler. Ils ont perdu à domicile et gagné à l’extérieur. Plus jamais ils ne retourneront au sud des Pyrénées.

20 décembre 2022

Arturo Losada/ Luzes-Publico

Ángel Rodríguez Leira est né à Cariño (La Corogne) en 1914.

Il a travaillé comme pêcheur de pouces-pieds et marin, était un militant CNT, s’est marié et a eu deux enfants, Ángel et Marina. Et puis la guerre civile a éclaté. Il a été recruté de force par les rebelles et contraint de porter leur uniforme. Mais ce fut pour une courte période, puisqu’il déserta dès qu’il le put pour se battre avec le côté loyaliste avec un autre habitant de Cariño, Antonio Yáñez, ou Gharepo.
En mars 1939, ils se retrouvent piégés à Alicante, l’une des dernières provinces à tomber. Avec cinq autres compagnons, ils ont quitté Guardamar del Segura dans un petit bateau qui était « une embarcation de fortune », selon l’un des petits-fils d’Ángel, Andrés Alonso. Ils l’ont rempli d’oranges et ont traversé la Méditerranée en quatorze jours, jusqu’à Beni Saf, en Algérie française. Comme beaucoup d’autres exilés républicains à cette époque, ils sont considérés comme dangereux par les autorités et sont internés au pénitencier de Suzzoni.
Selon Alicia Alted dans le livre « La voix des vaincus », Suzzoni était une ancienne forteresse transformée en prison, dépourvue d’hygiène, où quelque 300 républicains étaient détenus. L’un d’eux, l’aviateur Joaquín Tarazaga, se souvient : « Le régime alimentaire était très spartiate, ils ne nous donnaient qu’un morceau de pain pour quatre, des lentilles et du rutabaga, une sorte de navet. Lorsque j’ai été hospitalisé, en avril 1939, je pesais 67 kilos, et en décembre, quand je me suis évadé, seulement 35″.

Cariño Lopez

Les deux amis galiciens ont également tenté de s’échapper de cet enfer à deux reprises, sans succès. L’opportunité n’arriva qu’en 1942, lorsqu’ils furent recrutés, à nouveau de force, dans le Corps Francs d’Afrique.

L’armée américaine venait de débarquer au Maroc et en Algérie et les colonies françaises s’étaient dépêchés de vider les camps de prisonniers pour former ce bataillon avec lequel affronter l’Afrika Korps de Rommel.
La France connaît alors une schizophrénie, entre la soumission collaborationniste au régime de Vichy et la résistance de la France libre des partisans de De Gaulle en exil. L’arrivée des Américains fit que personne ne voulait être pris pour un Vichyste. Cependant, ces Corps Francs furent immédiatement dissous, après quelques combats en Tunisie. Ángel et Antonio choisirent alors de s’enrôler avec le général Leclerc, qui venait de se battre dans toute l’Afrique sous la bannière de la France libre. En raison de son prestige acquis au combat, il fut choisi pour commander la 2e division blindée, une unité nouvellement créée au sein de l’armée du général Patton. Elle était composée de 14 000 hommes de 32 nationalités, dont quelque 2 000 étaient des républicains espagnols. Les deux fugitifs du village de Cariño se sont ainsi retrouvés dans la 9e compagnie, La Nueve, presque entièrement composée de vétérans de la guerre civile.

Ángel Rodríguez Leira a décidé d’utiliser le nom de Cariño López, pour cacher son identité et laisser ainsi son lieu d’origine indiqué. C’était une pratique courante parmi les soldats, et même dans le commandement. Leclerc lui-même a caché son vrai nom, Philippe de Hauteclocque, pour épargner à sa famille d’éventuelles représailles de la part des Vichystes.

La 2e division blindée s’installa en Écosse, avant de débarquer en Normandie début août 1944, deux mois après le jour J, la zone étant déjà sécurisée pour permettre le passage des blindés. La 9e compagnie, composée d’hommes ayant l’expérience du combat, était toujours à l’avant-garde. C’était une unité motorisée, transportant des armes antichars sur des half-tracks tout-terrain rapides. Les soldats y avaient peint le drapeau de la République espagnole et les baptisèrent avec des noms de batailles de la guerre civile, comme Madrid, Ebro, Guadalajara ou Brunete. Cariño López pilotait le Guernica, et il ne lui aura pas fallu longtemps pour se faire un nom avec son adresse au tir avec le canon .57.

C’est ainsi que le raconte le capitaine Raymond Dronne, l’officier français commandant cette compagnie d’exilés. Dans ses mémoires, « Carnets de route d’un croisé de la France Libre », il met en exergue le rôle des républicains espagnols dans la lutte pour la libération de la France, « animés d’un énorme désir de revanche et de victoire ». Il y loue la capacité de Cariño López à détruire les véhicules blindés allemands et le définit comme « un homme de grand sang-froid ». Il a dû le prouver très tôt. Le 19 août, La Nueve contenait toute une division SS dans la ville d’Écouché, dans une bataille acharnée. Cariño López a passé 24 heures sans s’éloigner de son canon, sur lequel  » il inscrivait une croix gammée pour chaque char détruit « , selon son petit-fils Andrés.

Dans la nuit du 24 août, cette unité sera la première à entrer dans Paris et à atteindre l’Hôtel de Ville. Là, de façon surprenante, un lieutenant valencien , Amado Granell, rencontre le chef de la résistance, Georges Bidault, et la photo de la rencontre fit la une du journal Libération. En deux jours, la capitale fut libérée, dans une victoire qui marqua le début de la fin de la guerre. Ces half-tracks aux noms étranges occupèrent une place prépondérante dans le défilé triomphal sur les Champs-Élysées.

Dans les semaines qui suivirent, la compagnie paya un lourd tribut en vies humaines pour contenir les Allemands sur les rives de la Moselle, couvrant l’avancée du reste de la division. Le caporal Cariño López de nouveau joua un rôle de premier plan : il détruisit cinq Panzers en cinq coups. Le 26 septembre 1944, il fut décoré à Nancy avec le sous-lieutenant Miguel Campos et le sergent Fermín Pujol, par Charles De Gaulle lui-même. Le même De Gaulle qui affirmera plus tard que seuls des Français ont participé à la libération de Paris. La récompense a dû être amère pour le Galicien : quatre jours plus tard, il verra mourir son ami Antonio Yáñez, dans une attaque contre la ville alsacienne de Vaqueville, avec deux autres compagnons.
Le pêcheur de pouces-pieds devint sergent et participa à la libération de Strasbourg, où le froid était un ennemi aussi dangereux que les Allemands. Il restait peu d’hommes parmi ceux qui s’étaient enrôlés en Algérie. Raymond Dronne explique qu’après chaque combat, les vides étaient comblés par de jeunes Français, presque tous dépourvus de formation militaire. »  Les anciens combattants prenaient sous leur aile ces recrues inexpérimentées, les entraînaient et les protégeaient ; ils se comportaient en parents inquiets « . À la fin de la guerre, seuls 16 des 156 de La Nueve sont revenus vivants à la maison.

Sa dernière étape dans ce périple guerrier fut au Nid d’Aigle, le refuge de hauts fonctionnaires nazis. Il était situé dans le village alpin de Berschtesgaden, au sud de Salzbourg, et défendu par les dernières troupes SS. Beaucoup d’entre eux n’étaient guère plus que des adolescents fanatiques, mais la bataille n’en fut pas moins rude. Les Américains atteignirent la ville les premiers, mais ce sont les hommes de Leclerc qui prirent le Nid d’Aigle, et y firent flotter le drapeau français le 5 mai 1945. L’artilleur de Cariño était présent, et en ressortit avec une montre en or qui est toujours dans la maison d’une de ses filles aujourd’hui.

Ángel a gagné sa grande guerre contre le fascisme en Europe, mais il dû rester chez lui. Il n’est jamais revenu en Espagne, sachant qu’un peloton d’exécution ou une balle dans la nuque l’attendait ici. Il séjourna en France, où il se maria et aura deux autres filles avant de mourir à Paris en 1979. Depuis 2010, une plaque à Cariño (Galice) commémore ce vétéran du combat pour la liberté. Ses enfants galiciens et certains de ses petits-enfants vivent toujours dans cette ville.

Victor Lantes en 2005 foto Evelyn Mezquida

Deux fois exilé, trois fois prisonnier

Víctor Lantes est né à La Corogne en 1919 et mort en 2007 à Paris. Dans les dernières années de sa vie, il a été interviewé par l’historienne Evelyn Mesquida, pour son livre « La NUEVE, ces Espagnols qui ont libéré Paris ». Il a raconté que ses parents avaient « une auberge » près de la gare de San Cristóbal, où il a passé « les années heureuses de la petite enfance ». Cependant, déjà en 1923, il a dû fuir avec sa famille. A cette époque, la ville connut une dure grève générale, convoquée par les anarchistes, qui fut brutalement réprimée par la dictature de Miguel Primo de Rivera. Les parents de Lantes, aubergistes, avaient hébergé et aider plusieurs dirigeants syndicaux, c’est pourquoi ils ont été forcés de s’enfuir.

Le petit Víctor Lantes a grandi à Bayonne (France) avec sa grand-mère et quelques oncles. Les parents ont suivi la voie ouverte par tant d’autres Galiciens et sont allés à Cuba pour gagner de l’argent. « Ma mère est revenue cinq ans plus tard. Elle a eu deux autres enfants, un garçon et une fille. Peu de temps après nous sommes partis pour Alger. Mon père est parti pour New York, et de là il envoyait de l’argent de temps en temps. Puis il est revenu avec nous. Ma mère avait déjà une épicerie et ils travaillaient ensemble », dit-il dans le livre de Mesquida.
Lorsque l’armée s’est soulevée contre la République, Víctor Lantes, 17 ans, travaillait dans une usine comme monteur et était membre des Jeunesses communistes. Au début de 1937, Víctor Lantes est mobilisé et entre dans l’artillerie, mais il pense avoir passé assez de temps dans l’armée espagnole et déserte. Il arrive par bateau au Maroc, où il est arrêté dès qu’il a mis le pied à terre.

Il se retrouve en prison, au pénitencier d’Oudja, contrôlé par des sympathisants du régime de Vichy. Au bout de quelques semaines, ils lui font une offre : soit s’enrôler dans la Légion étrangère, soit retourner en Espagne. Il choisit la première option et fut envoyé pour contenir l’avancée des Anglais et des Américains. Il a passé trois mois ainsi avant d’avoir l’opportunité de déserter.

En août 1943, sous le surnom de Vedrune, Lantes s’engage dans la 2e division blindée du général Leclerc,  » un homme extraordinaire « . Il conduisait un half-track américain, le Catapulte, qu’il pris à Casablanca et dont il ne descendit qu’à la Libération. Il rejoint la compagnie de soutien au Troisième Bataillon, où un tiers des soldats étaient espagnols.

Après avoir débarqué en Europe, son unité se confronte aux Allemands à Laval et à Argentan, près de la Normandie, et surtout dans les batailles d’Écouché et de la forêt d’Écouves : « Là j’ai vu comment un garçon qui voulait sortir d’un char en feu et ne le pouvait pas. Il criait et hurlait, et le char était en feu, et nous ne pûmes rien faire pour lui », se souvient Victor Lantes. Ils sortirent vainqueurs de ces batailles, et parcoururent 270 kilomètres en deux jours pour atteindre Anthony, dans la banlieue de Paris, où ils surprirent les forces allemandes et les dispersèrent à coups de mortier. Ce jour-là, l’homme de La Corogne a tiré plus de vingt obus. Ils ont ainsi contribué à ouvrir la voie à La Nueve pour entrer dans la capitale française et s’emparer de l’hôtel de ville le soir même.

 » Peur ? Non, honnêtement, je n’avais pas peur. J’ai vécu des moments très difficiles, mais j’ai toujours cru que j’aurais de la chance « , a assuré Víctor Lantes à Evelyn Mesquida, quelques années avant de mourir chez lui, avec sa famille. Il s’est marié en France et a eu deux enfants, qui vivent aujourd’hui à Toulon, en Provence. Il n’est jamais retourné dans sa Corogne natale, où personne ne connaît son nom, mais où jusqu’à récemment il y avait une rue pour la « division azul » et une avenue pour le général Sanjurjo.

Quelques rares cas en exil galicien

La plupart des Galiciens qui ont fui pendant la guerre civile ont regardé de l’autre côté de l’Atlantique.  » Après tout, Buenos Aires, La Havane, Montevideo ou New York pouvaient paraître plus proches que la France ou l’Algérie pour un paysan ou un marin galicien, en raison des réseaux microsociaux tissés par l’émigration au XIXe siècle « , explique le professeur Xosé Manoel Núñez Seixas, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Santiago et auteur avec Pilar Cagiao du livre Itinéraires de l’exil. Il était plus facile de demander l’aide d’un oncle, d’un cousin ou d’un parent aux Amériques que de tenter sa chance de l’autre côté des Pyrénées ou en Afrique du Nord. Surtout si l’on tient compte du fait que la Galice est tombée aux mains des rebelles en l’espace de dix jours.
Cependant, il existe plusieurs cas de Galiciens qui ont réussi à fuir ou qui se trouvaient dans la zone loyaliste au moment du soulèvement militaire, raison pour laquelle ils ont fait la guerre avec le camp républicain. Il y avait même un bataillon de milices populaires galiciennes, composé de paysans qui faisaient la moisson en Castille, et qui joua un rôle important dans la défense de Madrid.  » Ceux qui ont survécu au conflit ont été contraints de suivre le sort des exilés. Ils ont franchi la frontière française dans les premiers mois de 1939. Ceux qui ne pouvaient s’embarquer pour l’Amérique n’avaient d’autre choix que de survivre à Vichy en France ou de participer à la Résistance « , dit Núñez Seixas.

Entre janvier et avril seulement, plus d’un demi-million de personnes ont traversé les Pyrénées pour fuir le régime de terreur des vainqueurs, selon le chiffre qui semble faire le plus consensus parmi les historiens. Le gouvernement français ne leur a pas réservé un très bon accueil. Tous ceux qui avaient des antécédents de combattants ou de militants politiques étaient enfermés dans des prisons et des camps de concentration, où ils souffraient de la faim, du froid et des mauvais traitements. Beaucoup sont morts à l’intérieur de ces clôtures, certains se sont échappés, d’autres ont été réclamés par des proches. Beaucoup d’entre eux se sont vus
obligés de s’enrôler dans l’armée française. Hitler pratiquait le blitzkrieg (guerre éclair) et il n’était pas question de gaspiller des vétérans.

Geneviève Dreyfus-Armand calcule qu’en juin 1939 il y avait 170 000 détenus dans les camps, mais qu’en novembre il y en avait encore 53 000. Le Répertoire bibliographique de l’exil galicien a identifié 1 320 Galiciens dans cette situation. « Leur nombre est peut-être sous-estimé, mais ils ne représentent, en tout cas, pas plus de 6 % du groupe des exilés républicains en France fin 1939 », calcule Núñez Seixas.

L’un d’eux était José Romero, un pêcheur et militant anarchiste de Boiro (La Corogne), que le coup d’État de 1936 a surpris en train de travailler dans le port de Pasaia, à Guipúzcoa. Il a fait la guerre sur le front nord jusqu’à ce que fuir avait plus de sens que de se battre. Il était dans le camp de réfugiés du Barcarès en France, dont il a réussi à sortir en 1940, lors de l’invasion nazie. Après la défaite rapide de l’armée française, il rejoint les maquis qui résistent aux Allemands et reste dans leurs rangs jusqu’en 1945. Au fil du temps, il écrit de Marseille à sa sœur émigrée en Argentine pour lui demander son aide et il arrive à Buenos Aires en 1950. Son nom figure au répertoire, ainsi que celui de bien d’autres Galiciens qui furent dans les camps d’Argelès sur Mer, Bezièrs, Sepfonds, Tarne-et-Garonne, Le Vernet…

Il faut aussi se souvenir d’un certain Gayoso. Il a combattu en Norvège et a été décoré pour sa bravoure. Il fait partie de la 13e demi-brigade de la Légion étrangère, postée en Scandinavie en mai 1940 pour contenir l’attaque allemande. Il a combattu dans la bataille de Narvik, un village de pêcheurs stratégiquement important. Les journaux de campagne relatent l’exploit de 40 hommes, qui se sont vu confier la mission suicide d’expulser les nazis de la ligne de front 220, un col de montagne d’où ils dominaient le champ de bataille. Ils traversèrent un torrent d’eau et de glace, sautèrent de pierre en pierre et sous le feu de quatre armes automatiques, et ensuite gravir la pente. Avec des grenades, ils ont réussi à déloger trois des nids de mitrailleuses, mais le quatrième a nécessité un assaut frontal.

Erwan Bergot explique dans le livre La Légion au combat, que  » les uns après les autres, les hommes tombèrent sous le feu allemand. La dernière tentative fut faite par trois légionnaires espagnols —Málaga, Pepe et Gayoso—, les deux premiers tombèrent bientôt dans un ravin en contrebas , et furent fauchés par les tirs de la quatrième mitrailleuse, mais le troisième réussit à poser le pied sur le rebord, à renverser la mitrailleuse et à abattre l’officier allemand d’un coup de crosse . Ainsi fut conquise la ligne de front 220  » . Gayoso a reçu la médaille militaire de la bravoure, et on sait peu de choses sur lui. La 13e demi-brigade était l’un des corps militaires qui suivirent De Gaulle dans l’exil anglais, pour combattre pour la France libre.

Je crois qu’il y a bien d’autres d’histoires similaires, mais il est difficile de reconstruire les pistes. Nous avons déjà vu que dans leur enchaînement d’évasions, de désertions et de passages de frontière, les exilés changeaient de nom pour éviter les représailles. Ajoutez à cela le fait que les Français avaient tendance à s’empêtrer dans cette manie ibérique d’avoir deux noms de famille, et nous verrons pourquoi les registres officiels prêtent à confusion. Certains, comme Víctor Lantes et Cariño López, ont survécu pour raconter l’histoire. Beaucoup d’autres ont été laissés pour compte, sans que personne n’ait la possibilité de savoir qui ils étaient, où ils étaient nés ou pourquoi ils se battaient.