Archives de catégorie : Histoire

Un tourangeau impliqué dans une tentative d’attentat contre Franco !

PARCOURS LIBERTAIRE (Entretien avec Georges FONTENIS)
FRANCK WOLFF

Regarder en particulier de la neuvième minute à la treizième, où Georges nous relate la tentative d’attentat contre Franco

Entretien avec Georges Fontenis dans sa demeure en Touraine, deux ans avant sa disparition en 2010, autour de son engagement dans le mouvement communiste libertaire….

La vie de George Fontenis se confond avec les histoires des luttes ouvrières du 20ème siècle et plus particulièrement avec celle du mouvement anarchiste français.
La vie d’un homme qui côtoie des personnages illustres comme Brassens ou Camus. Un homme engagé qui soutiendra non sans risque les anarchistes espagnols ou les indépendantistes algériens.
C’est aussi une vie faite d’isolement, et de diabolisation par son propre camp politique car osant ouvrir les préceptes libertaires à d’autres champs de réflexions.
L’engagement de Georges Fontenis est celui d’un homme libre, qui ne renonce pas. Un homme qui porte un regard éclairé sur les engagements actuels.

La mort en marche Robert Capa

Réédition du livre.

Des images de guerre des reporters Gerda Taro,Chim et Robert Capa,maquettées par l’immense André Kertész, l’un des pères de la photographie moderne. Publié en 1938,cet hommage bouleversant de Capa au courage des républicains espagnols s’est depuis,imposé comme l’un des monuments de l’histoire de la photographie. Il est aujourd’hui réédité dans une version identique mais de bien meilleure qualité.

Aux éditions DELPIRE & CO 112 p. 35€

Actes du colloque de Toulouse

Bonjour à toutes et à tous, Caminantes et membres individuels,

Enfin une bonne nouvelle en cette période austère : nous avons le plaisir de vous annoncer la sortie des actes du colloque de Toulouse !

Le document final fait 632 pages et pèse près de 1,2 kg !

Tous les livres ont été livrés chez Pascale à Saint-Pierre sur Dropt – entre Sainte Foy la Grande et Marmande – , et si la fin du confinement est confirmée, nous nous réunirons chez elle afin d’envisager la répartition, le samedi 19 décembre.

Pour des raisons de coût, seuls les intervenants du colloque recevront les livres par courrier.

Concernant la livraison des commandes passées par les associations, plusieurs lieux de dépôt sont envisagés, de façon à ce que vous puissiez avoir les livres pour les fêtes.

Pour les individuels qui ne pourraient se déplacer, les livres seront disponibles à la prochaine AG, qui devrait avoir lieu fin janvier ou en février. Pour l’Indre et Loire, à réserver auprès de retirada37@gmail.com

Afin de préparer les commandes, nous avons besoin de connaître très rapidement à quel endroit vous pouvez vous rendre.

Merci de nous répondre avant le 15 décembre.

Emma Goldman : Durruti n’est pas mort !

Le 20 novembre 1936, Durruti mourrait, à Madrid, dans la zone des combats contre les fascistes.

Plusieurs centaines de milliers de personnes participaient à son enterrement, le 22 novembre 1936, à Barcelone.

Ci-dessous, un témoignage d’Emma Goldman qui nous parle de ce militant d’exception :

★ Emma Goldman : Durruti n’est pas mort ! (1936).

« Durruti, que j’ai rencontré pour la dernière fois il y a un mois, est mort en luttant dans les rues de Madrid.

J’ai tout d’abord connu ce vaillant combattant du mouvement anarchiste et révolutionnaire en Espagne par ce que je pouvais lire de lui. Lorsque j’arrivai à Barcelone, j’entendis beaucoup d’anecdotes à propos de lui et de sa colonne. J’étais donc impatiente de me rendre sur le front d’Aragon, front où il galvanisait les milices courageuses qui luttaient contre le fascisme.

À la tombée de la nuit, j’arrivai à son état-major, complètement épuisée par le long voyage effectué en voiture sur un chemin accidenté. Quelques minutes avec Durruti me procurèrent un grand réconfort, elles me firent l’effet à la fois d’un rafraîchissement et d’un encouragement. Homme musclé, comme ciselé dans la pierre à coups de marteau, il représentait certainement la figure la plus dominante parmi les anarchistes que j’avais rencontrés depuis mon arrivée en Espagne. Comme pour tous ceux qui l’approchaient, son énorme énergie m’impressionna.

Je trouvai Durruti au milieu de ses compagnons, dans une ambiance aussi active que celle d’une ruche. Des hommes allaient et venaient, il était constamment sollicité au téléphone, et, en même temps, des coups de marteau assourdissants retentissaient sans arrêt car des ouvriers étaient en train de construire une charpente en bois pour son état-major. Au milieu de cette activité bruyante et continue, Durruti restait serein et patient. Il me reçut comme s’il me connaissait depuis des années. L’accueil cordial et chaleureux de cet homme, engagé dans une lutte à mort contre le fascisme, était pour moi un événement inattendu.

J’avais beaucoup entendu parler de sa forte personnalité et de son prestige dans la colonne qui portait son nom. Je lui demandai comment il avait réussi à mobiliser 10 000 volontaires sans aucune expérience ni aucun entraînement, d’autant plus que l’armée ne l’avait pas aidé dans cette tâche. Il parut surpris de ce que moi, une vieille militante anarchiste, je lui pose une telle question.

– J’ai été anarchiste toute ma vie, me répondit-il, et j’espère continuer à l’être. C’est pourquoi il me serait très désagréable de me transformer en général et de commander mes hommes en leur imposant la discipline stupide que prônent les militaires. Ils sont venus à moi de leur plein gré, ils sont disposés à donner leur vie pour notre lutte antifasciste. Je crois, comme j’ai toujours cru, en la liberté. Une liberté qui repose sur le sens de la responsabilité. Je considère que la discipline est indispensable, mais qu’elle doit reposer sur une autodiscipline, motivée par un idéal commun et un fort sentiment de camaraderie.

Durruti avait gagné la confiance et l’affection de ses hommes, parce qu’il ne s’était jamais considéré supérieur à eux. Il était l’un d’entre eux. Il mangeait, dormait comme eux. Souvent il renonçait à sa part, au bénéfice d’un malade ou d’un individu faible, plus nécessiteux que lui. Il partageait le danger avec eux dans toutes les batailles. Tel était certainement le secret de son succès avec sa colonne. Ses hommes l’adoraient. Non seulement, ils obéissaient à tous ses ordres, mais ils étaient toujours disposés à le suivre dans les actions les plus dangereuses pour conquérir les positions du fascisme.

J’arrivai la veille d’une attaque qu’il avait préparée pour le lendemain. À l’heure indiquée, Durruti, comme le reste de ses miliciens, le Mauser pendu à l’épaule, ouvrit la marche. Avec ses camarades il fit reculer l’ennemi de quatre kilomètres. Il réussit aussi à récupérer un nombre considérable d’armes que l’ennemi avait abandonnées dans sa fuite.

Son égalitarisme sans affectation n’était certainement pas l’unique explication de son influence. Il y en avait une autre : sa grande capacité à faire comprendre aux miliciens le sens profond de la guerre antifasciste. Sens qui avait dominé son existence et qu’il avait enseigné aux plus pauvres et aux plus démunis.

Durruti me parla des problèmes difficiles que lui posaient ses hommes quand ils lui demandaient une permission au moment où ils étaient le plus nécessaires au front. Il est évident qu’ils connaissaient leur dirigeant ; qu’ils connaissaient sa décision, sa volonté de fer. Mais ils connaissaient aussi la sympathie et la gentillesse que dissimulait son attitude austère. Comment résister quand les hommes lui parlaient des maladies et des souffrances qu’enduraient leur famille, leurs parents, leur épouse ou leurs enfants ?

Avant les journées glorieuses de juillet 1936, Durruti fut poursuivi comme une bête féroce dans tous les pays. Il était continuellement emprisonné comme un criminel. Il fut même condamné à mort. Lui, l’anarchiste, répudié, haï par la Sinistre Trinité que constituent la bourgeoisie, l’État et l’Église, ce vagabond sans foyer était incapable d’éprouver les sentiments dont l’odieux capitalisme l’accusait, prouvant que ses ennemis le connaissaient fort mal Durruti. Et comprenaient bien peu son cœur, toujours débordant d’amour ! Jamais il ne sut rester indifférent aux besoins de ses compagnons. Maintenant qu’il était engagé dans une lutte désespérée contre le fascisme, pour la défense de la Révolution, chacun devait occuper son poste. À mon avis, il avait une tâche très difficile. Il écoutait patiemment les hommes qui lui confiaient leurs souffrances, il diagnostiquait leurs causes et proposait des solutions chaque fois qu’un malheureux souffrait sur le plan moral ou physique. À cause de l’excès de travail, de la nourriture insuffisante, du manque d’air pur, ou de la perte de la joie de vivre.

– Tu ne vois pas, camarade, que la guerre que toi, moi, et tous les autres nous menons, vise à sauver la Révolution, et que la Révolution veut mettre fin aux misères et aux souffrances des hommes ? Nous devons écraser notre ennemi fasciste. Nous devons gagner la guerre. Tu es une part essentielle de celle-ci. Tu ne le vois pas, camarade ?

Les camarades de Durruti s’en rendaient bien compte et restaient. Parfois, un compagnon se refusait à entendre ces raisons et insistait pour abandonner le front.

– Très bien, lui disait Durruti, mais tu t’en iras à pied, et quand tu arriveras chez toi, tout le monde saura que tu as manqué de courage, que tu as déserté l’accomplissement du devoir que toi-même tu t’étais imposé.

Ces paroles produisaient de magnifiques résultats. L’homme suppliait alors Durruti de ne pas le laisser partir. Aucune sévérité militaire, aucune coercition, aucun châtiment disciplinaire ne maintenait la colonne de Durruti au front. Seulement la grande énergie de l’homme qui les poussait et les faisait sentir à l’unisson avec lui.

Un grand homme, l’anarchiste Durruti. Un homme prédestiné pour diriger, pour enseigner. Un camarade attentif et tendre. Tout en un. Désormais Durruti est mort. Son cœur ne bat plus. Son corps imposant s’est abattu comme un arbre géant. Pourtant, Durruti n’est pas mort, comme en témoignent les centaines de milliers de personnes, qui, le dimanche 22 novembre 1936, lui ont rendu un dernier hommage.

Non, Durruti n’est pas mort. Le feu de son esprit ardent a éclairé tous ceux qui l’ont connu et aimé. Jamais il ne s’éteindra. Déjà les masses brandissent la torche qui est tombée de ses mains. Triomphalement elles sont en train de la porter sur le sentier qu’il a éclairé durant de nombreuses années. Le sentier qui conduit au sommet de son idéal. Cet idéal, c’est l’anarchisme – la grande passion de sa vie – auquel il se consacra en entier et fut fidèle jusqu’à son dernier soupir ! Non Durruti n’est pas mort ! »

Emma Goldman, novembre 1936

P.S. : Ce texte a été publié dans le Boletin de informacion de la CNT-AIT du 27 novembre 1936, en reprenant aussi quelques passages d’une traduction française éditée par la CNT-FAI à Barcelone en 1936 dans une brochure intitulée Buenaventura Durruti.

Les dernières heures de Puig Antich

Militant anarchiste du MIL (Mouvement ibérique de libération), Salvador Puig Antich est arrêté le 25 septembre 1973, quelques mois après l’autodissolution du MIL*. Lors de son arrestation, il est grièvement blessé à la tête. Un inspecteur de police, Francisco Anguas Barragán est tué dans la confusion (sans doute par un autre policier, Salvador n’étant pas en état de tirer). Le 7 janvier 1974**, la peine de mort est néanmoins requise contre le jeune militant, malgré d’évidents vices de forme. Ses camarades, jugés en même temps que lui, sont condamnés : José Luis Pons Llobet à trente ans de prison, son amie Maria-Angustias Mateos Fernandez, lycéenne de 17 ans, à cinq ans de prison. Partout en Europe (et jusqu’en Argentine), les démocrates se mobilisent pour demander leur libération. À Toulouse, des affrontements avec la police ont lieu devant le consulat espagnol. Malgré les nombreuses demandes de grâce, le Conseil des ministres présidé par Franco, ratifie la sentence qui est rapidement exécutée. Pendant ce temps, les médias espagnols s’intéressent au combat de boxe entre Urtain et King Roman…

Puig Antich, âgé de 26 ans, est exécuté par garrot vil (lace étrangleur), à la prison Modelo de Barcelone, le 2 mars 1974, même jour qu’Heinz Chez, un détenu de droit commun polonais, accusé d’avoir tué un garde civil. Puig Antich est l’ultime condamné garrotté par le régime franquiste. L’homme chargé de rédiger sa sentence de mort est Carlos Rey González, aujourd’hui avocat.

Une déclaration d’une des sœurs de Salvador Puig Antich : « Le procès fut une farce en uniforme militaire. Les papiers tombaient des mains des juges, qui s’endormaient. Salvador agonisa pendant vingt minutes. »

*MIL, Movimiento ibérico de liberación (Mouvement ibérique de libération).

En mars 1971, une brochure appelle au boycott des élections syndicales espagnoles ; elle est signée « 1000 ». La presse et la police, qui veulent absolument une signature, trouvent la signification des trois lettres MIL. Le mouvement se veut l’héritier des révolutionnaires espagnols de mai 1937. Il agit essentiellement dans le triangle Barcelone-Perpignan-Toulouse. Entre juillet 1972 et septembre 1973, le MIL passe à l’action et revendique une douzaine d’attaques de banques (actions appelées « expropriations ») en Espagne, pour alimenter les caisses des grévistes et pour imprimer leur presse. Son activisme est fait de réseaux, de brochures distribuées sous le manteau, de passages clandestins de la frontière… S’y ajoute une longue pratique de l’illégalité, devenue chez les Espagnols une seconde nature.

On a souvent réduit le MIL à une activité quasi terroriste, ou aux seules luttes de soutien à ses prisonniers, dont le plus connu est Salvador Puig Antich. Le mouvement s’auto dissout en août 1973.

**Il faut préciser que Luis Carrero Blanco (04/03/1903- 20/12/1973), amiral espagnol, homme d’état franquiste, président du gouvernement depuis le 9 juin 1973 vient d’être assassiné de façon spectaculaire par l’ETA (organisation basque de résistance au franquisme) le 20 décembre 1973. Le régime veut démontrer toute son autorité

La Nueve

https://fibabc.abc.es/cortos/la-nueve/?fbclid=IwAR2NlCrdpgmNf6u3nE2WPxmFhpAbdZ4nTlx-ijO_CBP3LifUbVB6Pwg2RWY&ref=http%3A%2F%2Fm.facebook.com%2Fhttp%3A%2F%2Fm.facebook.com%2F

Sinopsis: Manuel se une a la Novena Compañía para salvar a su hija del París ocupado por los nazis. Inspirado en la historia real de la Novena Compañía, formada íntegramente por exiliados españoles, punta de lanza del ejército aliado en la liberación de Europa. www.la9.es

Duración: 13:59 min.

País de Producción: España

Reparto: Emilio Gutiérrez CabaCristina de InzaRamón ÁlvarezSamy Kalil
Guión: Daniel H. Torrado

Música: Carlos López Amor

Productora: Virtual World Pictures / Canary Film Factory

Distribución: Virtual World Pictures

Fecha de Estreno: 2018-10-06

Nacionalidad del director o directores: Español

Guerre d’Espagne Une passion française

La France a « l’Espagne au cœur » comme l’écrivait Pablo Neruda. La guerre civile espagnole (1936-1939) a profondément marqué notre pays où les enfants d’exilés ne cessent d’en porter la mémoire. Ce hors-série fait le point sur les travaux des historiens, romanciers et journalistes qui, d’un côté et de l’autre des Pyrénées, n’en finissent pas de revisiter l’histoire de ce conflit.

https://boutique.lemonde.fr/hors-series/le-monde-hors-serie-guerre-d-espagne.html

Hispaniola

« Un formidable narrateur pour qui les mots et les dessins sont en totale osmose. »

Espagne 1938. Un déserteur, officier de la Légion étrangère, tente de sortir du sanglant guêpier de la guerre civile espagnole.

Le capitaine Lacombe se la coule douce à Alger, avec la femme de son colonel. Mais il se fait pincer et ça dégénère salement. Le voici obligé de quitter l’Algérie clandestinement pour Marseille.

La traversée de la Méditerranée vire au cauchemar quand son bateau croise un navire italien à destination de l’Espagne pour ravitailler les troupes de Franco.
Déserteur ou pas, le voici accusé d’espionnage et débarqué directement dans les geôles franquistes, dans l’attente d’un jugement expéditif.

Heureusement pour lui, il n’y a pas que les troupes du Caudillo à avoir la gâchette facile. Un commando de républicains prend la prison d’assaut, et
le voici embarqué dans la guerre civile. Les brigades internationales lui ouvrent leurs bras, au moment où les soviétiques commencent à éliminer les anarchistes et les non-staliniens…

Hispaniola de Vianello
24 x 30 cm, cartonné. Noir et blanc. 80 pages
Prix : 15.00 €
http://www.editionsmosquito.com/ouvrage-323.html

https://www.actuabd.com/Hispaniola-un-regard-sur-celles-et-ceux-qui-se-sont-battus-pendant-la-guerre-d

Ouvrir en grand les archives : ces camps avec vue sur mer que la France a longtemps refusé de regarder

En 1938, une loi créait les “étrangers indésirables”, qu’on pouvait enfermer au nom du seul danger potentiel. En 1939, des dizaines de milliers d’Espagnols fuyant Franco étaient parqués, puis internés dans les camps du Sud de la France. Depuis Rivesaltes, retour sur 70 ans d’histoire de France.

La France a créé en 1938 la catégorie des « étrangers indésirables ». Les tout premiers seront les Espagnols, enfermés alors qu’ils venaient de franchir les Pyrénées par centaines de milliers après la victoire de Franco.
La France a créé en 1938 la catégorie des « étrangers indésirables ». Les tout premiers seront les Espagnols, enfermés alors qu’ils venaient de franchir les Pyrénées par centaines de milliers après la victoire de Franco.• Crédits : FPG/Hulton Archive – Getty

Cet automne, les archives départementales des Pyrénées-Orientales ont annoncé l’ouverture massive d’un fond d’archives très important, désormais accessible à tous, depuis n’importe quel ordinateur personnel : une base de données numérisée, qui donne accès au sort de 60 000 personnes parmi les prisonniers internés aux camps de Rivesaltes et Argelès-sur-Mer, entre 1939 et 1942. Cet accès sans équivalent à l’histoire de ces lieux d’enfermement à une dizaine de kilomètres de Perpignan intervient alors que les demandes de consultation étaient de plus en plus nombreuses : les archives reçoivent aujourd’hui jusqu’à trois cents requêtes par an.

Ces sollicitations affluent du monde entier, car de nombreuses trajectoires, et autant de nationalités, ont transité par ces 600 ha de baraques de fortune aux latrines infâmes. Certains ont survécu, d’autres sont morts sur place ou ont été assassinés en déportation en Allemagne. Tous comptent aujourd’hui des parents et des descendants, dispersés sur le globe terrestre, qui parfois cherchent à présent à reconstituer le fil tenu de ces trajectoires qui croisent histoire et mémoire.

Parfois, l’espoir est vain : le fichier mis en ligne compte quelque 90 000 fiches cartonnées au total, numérisées au terme d’un travail de fourmi d’une quinzaine d’années. Mais il est parcellaire, et souffre de trous inexorables : ainsi, toute la première partie de la Retirada, du nom de l’exil des Républicains espagnols fuyant le franquisme triomphant, est parti par pertes et profits à la Libération. Ceux qui chercheront aujourd’hui un nom, et un parcours pour en savoir plus sur ces visages gravés sur la pellicule en seront hélas pour leurs frais. Malgré tout, l’accès inédit à ces dizaines de milliers de fiches, et autant de traces d’histoires personnelles enchâssées dans une histoire collective, est un pas de géant alors que ces vies sont, longtemps, demeurées dans un silence assourdissant, faute d’accès aux sources et de volonté politique.

Lorsque le dessinateur Aurel est venu sur France Culture raconter les prémices de son film Josep, consacré au destin de Josep Bartoli et de plusieurs milliers d’anonymes qui, à la fin des années trente, ont fui l’Espagne franquiste pour finir, parqués, dans des camps français des Pyrénées-Orientales, il a raconté avoir d’abord trouvé très peu d’images pour se figurer ce pan d’histoire. Une absence d’images qui a longtemps entouré non seulement la mémoire de la Retirada, mais aussi toute l’existence de ces camps français qui ont vu le jour en 1939 avant d’être regroupés sur un terrain où l’armée avait d’abord songé installer ses garnisons. Ont longtemps manqué les images tout court, réelles comme ces dessins du carnet du républicain Josep Bartoli ou la poignée de clichés découverts dans la “valise mexicaine” de Robert Capa et Gerda Taro. Mais aussi les images mentales, et les représentations explicites et métabolisées, d’une réalité longtemps restée tapie dans l’ombre d’une histoire que la France ne regardait guère.

Mais la temporalité de la fabrication du film nous montre aussi tout le chemin parcouru : lorsque le dessinateur a commencé à travailler à son projet, le mémorial de Rivesaltes n’existait pas encore. Il a vu le jour en 2015. Une étape essentielle pour documenter l’histoire de ce que les historiens Nicolas Lebourg et Abderahmen Moumen ont nommé “le camp de la France”. C’est le titre de leur livre, paru justement cette année 2015. Docteurs depuis dix ans l’un comme l’autre, aucun d’eux n’avait pourtant fait sa thèse sur “Rivesaltes”, comme on dit aujourd’hui pour saisir le destin de ce petit archipel de camps rapidement centralisé dans les baraquements en dur de l’ancien site de garnison. En somme, une histoire de France à tiroirs, dont le détail déborde largement celle de la Retirada des Républicains espagnols. Après eux, ce sont les Juifs et les Tsiganes de Zone libre sous Vichy, puis les collaborateurs à la Libération, et les harkis, abandonnés par la France après avoir traversé la Méditerranée à la fin de la Guerre d’Algérie où ils avaient servi de supplétifs à l’armée française, qui y seront accueillis jusqu’au départ des toutes dernières familles, en 1977. Encore que “accueillis” soit un terme bien trop euphémistique pour l’expérience d’un séjour au camp. De l’ancien site militaire grand comme soixante fois Paris, l’Etat fera brièvement (et contre l’avis du préfet, sollicité sur la délicatesse de la destination), un CRA (Centre de rétention administrative, pour les étrangers en situation irrégulière) avant de laisser la garrigue reprendre ses droits entre ces murs bien chargés.

Longtemps, il n’y eut que peu de recherches académiques à fouiller directement l’histoire du site. Quand Anne Boitel consacrait, en 2000, un mémoire de maîtrise à la fac de Perpignan au sort des Juifs à Rivesaltes en 1941 et 1942, très peu d’ouvrages étaient encore disponibles, même si la liste des 2 300 Juifs enfermés sur place avait par exemple fait l’objet d’une publication au début des années 1990. Aujourd’hui au cœur de plusieurs travaux de doctorants, récemment soutenus, ou encore en cours, l’histoire de Rivesaltes gagnera encore à l’accès libre au fichier d’archives décidé en septembre 2020, ce qui pourra permettre d’arpenter, depuis les inventaires désormais accessibles en ligne, des angles morts. Car longtemps, l’absence de travaux et les difficultés d’accès aux sources parcellaires, éparses et fragiles, ont coïncidé. Au milieu des années 1990, une partie du fichier des Juifs internés au camp avait même carrément fini à la benne. On pouvait y lire le nom d’un millier de Juifs passés entre le 15 avril et le 24 décembre 1942 par cette gare de triage devenue antichambre des camps de la mort. La plupart y figurent, classés par nationalité, et parfois, inscrits sur des listes qui distinguaient entre ceux qui partaient pour Drancy, et ceux qui étaient fléchés pour y échapper – au moins momentanément. D’autres documents en partance pour la déchetterie renseignaient encore des bribes de la trajectoire d’étrangers en situation irrégulière qui transitèrent, eux aussi, par le camp à cette époque, dans l’entrelacs de ces pans d’histoire encore largement à excaver à l’époque.

En 1997, on trouvait encore tout au plus, sur place, une stèle érigée à la mémoire des Juifs déportés du camp de Rivesaltes vers Auschwitz, inaugurée en 1994, avant une autre, pour les harkis, en décembre 1995. Il faudra attendre cinq années de plus et 1999 pour voir sortir de terre une autre plaque, cette fois en hommage aux Républicains espagnols. Sauvé in extremis avant sa destruction et rendu public dans la presse locale, le fichier des prisonniers juifs de 1942 avait regagné les archives départementales, mais l’idée, tellement saisissante, qu’on ait pu seulement imaginer s’en débarrasser accélère le travail de mémoire. Et le rend surtout incontournable. C’est dans la foulée que l’idée de créer un Mémorial de Rivesaltes redouble d’ardeur. Elle doit beaucoup au travail de mobilisation de deux locaux, Claude Delmas et Claude Vauchez, et d’un relais important trouvé auprès de Serge Klarsfeld qui, dès 1978, avait cherché à viraliser la liste des déportés juifs du camp qui semblait sombrer dans l’oubli.

Vingt ans plus tard, une pétition d’ampleur nationale voit cette fois le jour, tandis que, sur place, dans les Pyrénées-Orientales, un élu socialiste part en campagne et décide de militer pour la création d’un lieu de mémoire ambitieux. C’est Christian Bourquin, qui remporte la présidence du Conseil départemental en 1998, et bientôt prendra la tête de la Région à la mort de Georges Frêche. Sans perdre de vue son objectif : créer un Mémorial. En 2006, le projet a déjà fait un pas de géant lorsque l’architecte Rudy Ricciotti est missionné, et qu’un vaste travail de documentation s’ouvre.

Inauguré fin 2015, ce Mémorial compte aujourd’hui un conseil scientifique, toujours présidé par Denis Peschanski, spécialiste de l’histoire mémorielle, que Bourquin était allé chercher tandis que le projet en était encore aux limbes. A la fois institution à vocation scientifique et lieu pédagogique en soi, ce lieu vient trouer la brume des impensés et des non-dits. Sur le net, on trouve par exemple la trace de rencontres entre des survivants du camp et des élèves en lycée agricole dans la région, et les médias régionaux qui filment ces moments de transmission.

Car l’existence d’un lieu mémoriel a non seulement permis de sédimenter une histoire menacée par l’oubli (ou le déni), mais aussi aidé à la circulation de matériaux – principalement des photos – pour documenter l’histoire d’un site : le “camp Joffre” de son nom administratif, éternellement en travaux, et seule adresse durable de ceux que l’Etat français a durablement construits comme ses “étrangers indésirables”. Mais parce que des ponts existent entre tous les objets de cette histoire filigrane, au-delà de l’histoire du site, c’est aussi à l’histoire française de l’immigration, outre celle de Vichy, que l’on accède en découvrant Rivesaltes. La catégorie “étrangers indésirables” qui s’affiche, explicite et in extenso, sur la littérature administrative, vient d’une loi de 1938, qui autorisera l’internement au nom du seul danger potentiel que ces étrangers étaient censés représenter – et non ce qu’ils avaient fait. Lorsqu’ils sont plus de 400 000 à franchir la frontière en février 1939 après la victoire de Franco dans la Guerre d’Espagne, les Espagnols de la Retirada sont les premiers à être enfermés au nom de cette catégorie administrative qui mutera encore au fil de l’histoire, creusant à chaque fois un peu plus le fossé qui séparait la réalité vécue par ces “indésirables”, des paroles d’un Léon Blum qui avait d’abord parlé de “nos hôtes espagnols”.

A l’été 1940, on compte quelque 50 000 personnes dans les camps du rivage catalan. La catégorie « indésirables », marqueur de l’indignité, n’a pas toujours concerné les mêmes gens, mais tous feront l’expérience d’un dispositif qui a en commun l’enfermement, la dégradation et, à chaque fois, le rôle des forces de l’ordre françaises pour chapeauter le tout, alors que le camp redeviendra lieu de garnison quand les Allemands prendront le contrôle de la zone dite « libre », en 1942. En deux ans, 17 500 personnes auront été internées à Rivesaltes, dont 53% d’Espagnols, 40% de Juifs étrangers, et 7% de Tsiganes, français. Un véritable observatoire de l’histoire française de la relégation xénophobe au XXe siècle en somme. Et justement l’historien Philippe Joutard écrivait dans la préface au livre de Lebourg et Moumen, en 2015, que “écrire l’histoire du camp de Rivesaltes […] c’est [adopter] un prisme à travers lequel apparaît l’histoire tourmentée de la France depuis plus de sept décennies ».

Contrairement à Drancy qui a retrouvé sa fonction de cité HLM en Ile-de-France, le camp de la zone libre est finalement resté tel quel. Aujourd’hui, les visiteurs découvrent un site planté dans la garrigue, à la sortie de Perpignan, pas très loin de là où file l’autoroute A9. Là où l’on trouve aujourd’hui un centre de formation, une agence Chronopost et quelques domaines agricoles où l’on fait pousser le raisin pour en faire surtout du muscat, les baraquements frustes sont devenus des lieux de mémoire. Une mémoire à plusieurs facettes, que mobilisent des hommes et des femmes politiques de bords différents, et notamment d’extrême-droite, qui ont pu s’y montrer pour honorer le souvenir de l’endroit, et labourer quelques hectares politiques. Et si Denis Peschanski a souvent évoqué Rivesaltes comme un lieu “qui parle de lui-même”, l’usage politique qui se dessine rend d’autant plus crucial le récit scientifique, et la démocratisation de l’usage des archives. Les centaines de demandes, et autant de connexions individuelles, depuis l’ouverture du site d’archives au grand public, parlent aussi de cela : la nécessité de s’approprier une mémoire, et de continuer disséquer, et construire, à hauteur de vies humaines, une histoire, pour s’affranchir de toute confiscation politique.

Chloé Leprince

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