Tous les articles par Eric Sionneau

Ballade de Pablo et de Karim

Il s’appelait Pablo, ne demandait qu’à vivre,
Rêvant sous le soleil d’un futur qui enivre.
Un beau matin d’avril, sur Guernica la basque,
Une vague de feu, gigantesque bourrasque,
Tout à coup s’abattit, imprévue et soudaine.
De grands oiseaux d’acier, aux couleurs de la haine,
Déversèrent l’horreur, la souffrance et la mort.
Pablo méritait-il un aussi triste sort ?

Ô vil fascisme qui tue
L’enfant courant dans la rue.
Ô vil fascisme assassin
Des beaux rêves du matin.

Il s’appelait Karim, ne demandait qu’à vivre
Rêvant sous le soleil d’un futur qui enivre.
Pour le crime accompli ce triste sept octobre,
Faut-il sur tout un peuple en rejeter l’opprobre ?
Détruire et massacrer, génocide voulu,
Détruisent pour toujours l’idée d’un peuple élu,
Fermement convaincu de n’avoir jamais tort.
Karim méritait-il un aussi triste sort ?

Ô vil fascisme qui tue
L’enfant courant dans la rue.
Ô vil fascisme assassin
Des beaux rêves du matin.

Ô toi, grand Picasso, n’as-tu pas trop dormi,
Toi qui as su montrer le cheval et son cri,
La mère et son enfant, par le fer massacrés,
Afin que ces martyrs ne soient pas oubliés ?
Il te faut aujourd’hui reprendre tes pinceaux,
Et décrire l’horreur de ces vastes tombeaux,
Que forment maintenant ces immenses gravats,
De ce qui fut hier la rebelle Gazah.

Ô vil fascisme qui tue
L’enfant courant dans la rue,
Ô vil fascisme assassin
Des beaux rêves du matin.

Jacques Ducol – Retirada 37 – Saint-Pierre-des-Corps

25/12/2023

« Cerdos, la guerre n’est pas finie »

Lidia Martin Merino, documentariste, et sa société de production La Jetée films lancent une opération de financement participatif (« crowdfunding ») pour le film intitulé « Cerdos, la guerre n’est pas finie » qu’elle réalise actuellement et dont voici le texte de présentation suivi de la bande-annonce (« trailer »):

« 1939 : entre 25 000 et 30 000 soldats républicains espagnols sont déportés vers le camp de concentration français de « Judes » à Septfonds, situé dans le Tarn-et-Garonne, à 60 km de Toulouse.

2019 : le projet d’extension d’un élevage intensif, porté à 6 500 porcs par an, voit le jour sur l’emplacement de l’ancien camp.
Ce documentaire tente de faire le lien entre les faits qui construisirent le passé et ceux qui construisent le présent. »

bande-annonce: https://vimeo.com/manage/videos/830349027

Les dons se feront, sur le compte bancaire de La jetée films (IBAN: FR76 1027 8022 8100 0203 9040 292 – BIC : CMCIFR2A).

A partir de 15€, les donateurs se verront attribuer des contreparties dont le détail figure en pièce jointe : Crwfunding_fra

Mémoire (s) des républicain s espagnol s exilés en Indre et Loire


Ce mémoire de recherche s’inscrit dans le cadre de ma première année de master. À travers ce travail, j’ai eu l’opportunité d’étudier une thématique qui m’intéressait : l’exil et la mémoire des républicains espagnols. L’existence de l’association Retirada37 m’a permis de m’appuyer sur un exemple local et de répondre à un ensemble de questionnements. Je remercie très chaleureusement les membres de l’association qui ont su se rendre disponibles (malgré les contraintes temporelles) et m’apporter leur précieuse contribution. Un grand merci à Fernanda, sans qui ce projet n’aurait pas vu le jour. Elle m’a introduite auprès des adhérents de l’association et m’a apporté un soutien indéfectible.

Oriane Tabaret

A consulter en cliquant ici : memoire_tabaret_oriane (1)

2 décembre 2023, 16h : Rencontre avec Raynal Pellicer et Titwane autour du récit illustré. Photographes de Guerre.


L’association Retirada 37 et la librairie L’Oiseau-Vigie organisent samedi 2 décembre à 16h à la salle de la Médaille une rencontre autour de l’histoire de la photographie et de la guerre d’Espagne.

Raynal Pellicer et Titwane se sont en effet plongés dans l’histoire de deux jeunes photographes Allemands, opposés à Hitler, venus à Barcelone à l’été 1936 pour couvrir les Olympiades populaires et qui vont témoigner de cette période de retournement pour la République Espagnole.

Réalisateur de documentaires, films et courts-métrages, Raynal Pellicer est aussi passionné de photographie. La Guerre d’Espagne étant marquée par une couverture photographique nouvelle du fait de l’apparition des appareils portables, son intérêt pour l’histoire de Hans Namuth et Georg Reisner est une évidence.

Il a par ailleurs déjà travaillé avec le corpopétrussien Titwane sur d’autres ouvrages consacrés à la police et à l’armée.

La rencontre se tiendra à la salle de la Médaille, 7 avenue de la République à 16h. Elle sera suivie d’une séance de dédicaces. La rencontre est gratuite, on n’est pas obligé d’acheter le livre. Merci à la mairie de Saint-Pierre-des-Corps qui met la salle à disposition.

Renseignements à la Librairie L’Oiseau-Vigie au 02 47 41 28 36 ou bonjour@librairieloiseauvigie.com.

Raynal Pellicer et Titwane, Photographes de guerre, Albin Michel, Octobre 2023, 22,90€

Autres ouvrages des mêmes auteurs :

Le Charles de Gaulle, immersion à bord du porte-avions nucléaire, Editions de la
Martinière, 2020

Brigade des mineurs, immersion au cœur de la brigade de protection des mineurs, Editions de la Martinière, 2017

Brigade Criminelle, immersion au cœur du 36, quai des orfèvres, Editions de la Martinière,2015

Enquêtes Générales, immersion au cœur de la Brigade de Répression du Banditisme,
Editions de la Martinière, 2013

Photographies et travail humanitaire avec Les Réfugiés de la Guerre d’Espagne

Exposition « Philippe Gaussot.

Du 28 octobre 2023 au 18 février 2024

Vernissage : samedi 28 octobre à 12h

Adresse : Carrer Major, 43, 17700 La Jonquera, Girona

Horaire: du mardi au samedi, de 10 à 18h, ainsi que les dimanches et jours fériés de 10 à 14h.

Fermé le lundi

Commissaire de l’exposition: Felip Solé

Collaboration : Famille Gaussot et Association 24 d’Aôut 1944 (Paris)

Le photographe et militant humanitaire français Philippe Gaussot (Belfort, 1911- Chamonix, 1977) a joué, témoin avec son appareil photo, de différents épisodes de la guerre d’Espagne liés à l’aide humanitaire, comme l’organisation de camps d’enfants en France et le soutien aux réfugiés entrant en France. en février 1939.

A la fin de la guerre civile espagnole, aidé par plusieurs camarades catalans et basques, il traverse souvent la frontière pour ravitailler les républicains embourbés dans les désastres de la guerre. En février 1939, il effectue son dernier voyage clandestin et revient dans un camion chargé d’enfants et de femmes : « Notre dernier voyage fut à Puigcerdà, où j’ai conduit un camion de sept tonnes, avec l’aide de deux miliciens, dans des rues minées ». Déjà en France, Philippe Gaussot et le Comité National Catholique animent plusieurs camps de concentration et contribuent à la création d’établissements pour accueillir femmes et enfants. Lorsqu’éclate la Seconde Guerre mondiale, ne pouvant être mobilisé en raison de problèmes de santé, il est nommé délégué national du Comité où il est chargé de la reconversion des exilés. Il transformait ainsi des avocats ou des commerçants en tourneurs ou en experts en sinistres. Il participe également activement à la résistance contre les nazis et s’engage dans les F.F.I (Forces françaises de l’intérieur). A la fin de la guerre, Philippe Gaussot s’installe dans les Alpes, à Chamonix, où il travaille comme journaliste à Le Dauphiné Libéré jusqu’à sa mort.

L’exposition présente une sélection de photographies de Philippe Gaussot découvertes par son fils Jean-Philippe Gaussot dans une valise après la mort de son père.

Par l’intermédiaire de Felip Solé, réalisateur et cinéaste, les négatifs furent confiés à l’association 24 Août 1944 à Paris. Toute cette équipe, avec la complicité de l’historien Gregory Tuban, a travaillé avec le MUME pour pouvoir montrer pour la première fois en Catalogne cette sélection de près d’une centaine de photographies.

L’exposition est divisée en deux parties. D’une part, la série de photos Philippe Gaussot et les camps d’enfants du Comité national catholique (1937-1940) représente l’accueil des enfants basques et catalans envoyés en France pour échapper aux horreurs de la guerre. Loin du bruit des fusils, ils ont pu retrouver le sourire sur les bancs de l’école ou en effectuant des tâches et des jeux collectifs. D’autre part, La Retirada i les camps (1939) montre les chemins et les circonstances difficiles de l’exil des réfugiés républicains. Gaussot a suivi pas à pas l’exode, en plein mois de février, sur des sentiers de montagne enneigés, pour atteindre un hypothétique refuge en France. L’accueil sera très décevant puisque, notamment les militaires de l’Armée populaire de la République, devront dormir sur les plages glacées des camps de concentration de Roussillon, fermés par des barbelés, gardés par des militaires armés, des spahis sénégalais, algériens et des gendarmes.

Ces négatifs représentent un témoignage exceptionnel et ont la qualité photographique des meilleurs photographes de l’époque. Malgré sa fonction de témoignage, relative à l’œuvre humanitaire liée au Comité national catholique, organisation d’aide religieuse dont il était représentant et délégué, ils transmettent au public non seulement le désordre de l’exode ou l’inquiétude et l’angoisse de ces gens, mais aussi la fierté, la dignité et surtout la combativité.

Plus d’information sur Philippe Gaussot:

Web Gaussot (Jean-Philippe Gaussot) https://www.gaussot.eu/

Ces femmes qui ont pris les armes pendant la guerre d’Espagne

La participation des femmes à la guerre civile espagnole entre 1936 et 1939 demeurait un angle encore peu étudié par les chercheurs. Comme une représentation de la misogynie de la société masculine de l’époque.

S’ajoutent à cela les particularités des combats en Espagne, des milices transformées en armée régulière jusqu’à l’interdiction totale de la présence des femmes sur le front le 1er décembre 1936. Si Ken Loach avait, dans son film Land and Freedom, évoqué cet aspect, peu d’éléments permettaient d’en comprendre réellement les enjeux et l’importance. Deux ouvrages viennent utilement combler cette lacune.

«Les Combattantes», la puissance des femmes espagnoles

Les Combattantes, de Gonzalo Berger et Tània Balló est un livre passionnant, écrit par deux spécialistes de la participation des femmes dans la guerre civile espagnole. Leur propos est centré sur la Catalogne, dans une remarquable synthèse des informations existantes.

L’historien et l’autrice commencent par analyser l’organisation de femmes libertaires espagnoles Mujeres libres. Ce groupe, fondé en 1933, était d’abord une structure féministe avant de se transformer, en 1936, après la victoire du Frente Popular, en organisation politique. Son but était d’obtenir l’émancipation des femmes par l’alphabétisation –l’Espagne comptait alors plus de 50% d’illettrées– par la dénonciation du capitalisme, la lutte contre la prostitution et, enfin, par la recherche de l’égalité entre les sexes.

Ces femmes qui ont pris les armes pendant la guerre d’Espagne

Particulièrement active en Catalogne et à Madrid, l’organisation a également appelé à rejoindre le front et à combattre. Mais cet espoir égalitaire a été de courte durée: lors de la militarisation des groupes de volontaires en octobre 1936, elles ont été renvoyées à l’arrière. Le groupe Mujeres libres n’a jamais été reconnu comme l’un des noyaux centraux du mouvement libertaire espagnol.
Les deux spécialistes se penchent ensuite sur la participation des femmes à la bataille de Barcelone (du 29 juin au 3 juillet 1642), faisant apparaître le caractère quasi légendaire de certaines combattantes, à l’image de Marina Ginestà, immortalisée le fusil à l’épaule, dominant Barcelone.

Exhumant le poids des femmes dans les familles politiques, Gonzalo Berger et Tània Balló passent en revue les quelques dizaines de communistes engagées: des figures comme la sous-lieutenante Rosa Domènech ou la combattante Maricruz Carrasco, les 160 combattantes de la colonne Durruti en Catalogne, ou les 109 militantes du Parti ouvrier d’unification marxiste (le POUM) de Barcelone. Ils évoquent enfin les femmes victimes de la répression franquiste fusillées à Montjuïc, la prison militaire de Barcelone, en 1939.

Les Combattantes–L’histoire oubliée des miliciennes antifascistes dans la guerre d’Espagne

Cette lecture peut être complétée par celle de ¡Solidarias!, ouvrage coordonné par l’historien Édouard Sill. Le livre est né d’un colloque consacré aux volontaires étrangères et à la solidarité internationale féminine durant la guerre d’Espagne, organisé par les Amis des combattants en Espagne républicaine. Il privilégie quatre thèmes: le retour sur l’histoire et le traitement de la question de la présence féminine; la place des volontaires; la solidarité féminine à l’étranger; et le rôle des intellectuelles. Les contributions rassemblées se penchent sur ce champ méconnu du soutien à la République espagnole.

L’engagement des femmes dans la solidarité internationale –dans les organisations de soutien aux anarchistes ou au groupe marxiste du POUM, dans les Brigades internationales–, bien que faible sur un plan numérique (un peu plus de 600 engagées sur quelque 40.000 volontaires), recouvre plusieurs aspects.

Ces femmes qui ont pris les armes pendant la guerre d’Espagne© Fournis par Slate
La division sexuée du conflit faisait que les femmes étaient renvoyées à des métiers spécifiques comme celui d’infirmière. La consultation du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, fondé par l’historien Jean Maitron, montre que sur 9.000 Français partis en Espagne, il y avait 96 femmes. L’immense majorité était présente à l’arrière; seules quelques militantes, surtout dans les premiers mois, ont participé aux combats.

Ce cas de figure se retrouve également chez les volontaires américaines: dans la Brigade Abraham Lincoln, les femmes étaient surtout vouées au rôle d’infirmière. C’est Fredericka Martin, infirmière de formation, qui coordonnait l’envoi puis le placement des 116 volontaires (sur les quelque 3.000 combattants nord-américains) dans les dispensaires. Il en est de même pour les Pays-Bas: sur plus de 700 volontaires, 22 femmes se sont rendues en Espagne, principalement pour travailler en tant qu’infirmières. Et sur les 3.500 volontaires italiens, 55 femmes ont participé aux soins.

La photographe Gerda Taro, compagne de Robert Capa, a porté une attention toute particulière à l’engagement des combattants.

L’ouvrage souligne également que les femmes avaient des qualifications plus élevées que leurs homologues masculins, appartenant pour le quart d’entre elles à des groupes sociaux privilégiés, ce qui a conduit à les écarter du front pour qu’elles servent ailleurs –dans le domaine médical déjà évoqué, ou au sein de services de traduction ou de rédaction.

La solidarité internationale organisée depuis l’étranger est aussi analysée. L’étude de l’organisation libertaire Solidarité internationale antifasciste et de celle contrôlée par le Parti communiste français, le Secours rouge, vient souligner la faible visibilité des femmes, à l’exception de quelques figures souvent mises en avant dans ces organisations: Paula Feldstein pour la maison d’enfants de la Solidarité internationale antifasciste; et Agnès Dumay dans le cas du Secours rouge, devenu populaire, morte sous les bombes franquistes en décembre 1938, alors qu’elle organisait le départ d’enfants.

Le rôle des intellectuelles et des artistes parties en Espagne est également abordé dans ¡Solidarias!. L’engagement de la photographe Gerda Taro, alors compagne de Robert Capa, est mis en valeur, l’ouvrage soulignant l’attention toute particulière qu’elle a portée à l’engagement des combattants. Certaines de ses photos sont aujourd’hui devenues iconiques. Sa mort près de la ligne de front en 1937 a encore renforcé la légende.

Sylvain Boulouque

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