Belle soirée de réflexion au Studio autour du film Rostpaniers, les esclaves du nazisme.

80 personnes se rassemblaient ce vendredi 27 novembre 2025 au Cinéma le Studio à Tours à l’initiative de l’association Retirada37 à laquelle s’étaient joints le Mouvement de la Paix et le Monde diplomatique, pour participer au débat sur le film de Rafael Guerrero produit par l’Université de Tarragone. Bernard Lavallé Universitaire à la Sorbonne Nouvelle, répondait à toutes les questions suite au film.

Ce documentaire raconte à travers les témoignages des enfants, la vie de ces républicains espagnols qui fuyaient les atrocités du dictateur Franco, immédiatement contraints aux travaux forcés par les forces d’occupation nazies et le régime de Vichy. Ils avaient vécu les camps de concentration d’Argelès, du Vernet ou autres dans des conditions de vie infâmes et se retrouvaient en position d’esclaves.

Le but étaient de construire le mur de l’Atlantique, les bases sous-marines de Bordeaux, de Saint-Nazaire, Lorient, La Rochelle ou de Brest dans des conditions de travail plus qu’indécentes. Surnommés Rostpaniers par les Allemands et Espagnols « rouges » par l’administration française ils furent plus de 40 000 à être surexploités de la sorte. « Etrangers indésirables » ainsi nommés par Vichy, recrutés d’abord dans les GTE (groupement de travailleurs étrangers) ils furent dirigés manu militari vers les travaux forcés. Ce sont là les souffrances subies par ces Espagnols républicains qui avaient espéré autre chose de la République française.

Mais ces Espagnols furent aussi ceux qui libérèrent la France que ce soit dans le maquis des Glières ou avec la Nueve à Paris. Les témoignages de ces enfants de résistants étrangers montrent le peu de reconnaissance que leurs parents espagnols reçurent. Certains furent indemnisés par l’administration allemande pour avoir été victimes du nazisme, d’autres par la France décorés pour leurs actes de résistance. Mais peu étaient ceux qui en bénéficièrent étaient peu nombreux parce que mal informés.

Les éclaircissements donnés par Bernard Lavallé lors du débat ont été d’une grande qualité. Nombre de participants ignoraient beaucoup de cette période, d’autres témoignèrent de ce que vécurent leurs parents, certains s’interrogeaient sur le rôle des industriels français et étrangers complices du nazisme, évoquaient les difficultés d’existence des enfants de l’exil à travers un livre. Bernard Lavallé nous informait que c’était l’armée qui était chargée de « l’accueil » des Républicains espagnols  et non le ministère de l’intérieur… de multiples questions auxquelles Bernard Lavallé a répondu avec précision. Merci à lui, merci au cinéma le Studio, au CNP, merci à Rafael Guerrero, directeur du film, à Isidro Monreal de l’Université de Tarrargone pour cette soirée qui a montré, une fois de plus, l’utilité de notre association pour faire vivre les valeurs et les mémoires des Républicains espagnols exilés.

À Paris, le « cercle Franco-hispanique » tente de programmer une messe en l’honneur du dictateur espagnol

Notre protestation vaut pour toutes tentatives présentes ou avenir de la même ignominie

Paris le 20 novembre 2025


Madame Anne Hidalgo, Maire de Paris, Monsieur Laurent Nuñez, Ministre de l’Intérieur et des cultes, Monsieur Victorio Redondo Baldrich, Ambassadeur d’Espagne à Paris, Monsieur Fernando Martínez López, Secrétaire d’État à la Mémoire démocratique.

Madame, Messieurs,

Une messe est annoncée pour ce 29 novembre à la Chapelle Notre Dame de Consolation 13 rue Jean Goujon Paris 8e, en l’honneur d’un dictateur qui a réprimé son peuple de 1936 à 1975 et du leader d’un parti fasciste, nous voulons nommer respectivement Francisco Franco Bahamonde et José-Antonio Primo de Rivera, fondateur de la Phalange.

Au nom des républicains espagnols qui se sont battus d’abord pour rétablir l’État de droit dans leur pays, puis, réfugiés en France, ont poursuivi partout le combat pour libérer le monde du fascisme en le payant de leur sang, nous protestons énergiquement contre la tenue de cette messe.

Les hommes de la « Nueve », ceux de la libération de Paris, les résistants espagnols du plateau des Glières et d’ailleurs, les rescapés républicains espagnols du camp de Mauthausen qui, par leur témoignage, ont permis de faire condamner les dignitaires nazis, méritent-ils que, dans ce pays qui, malgré tout, les a accueillis pour un long exil, une messe soit dite au profit de leur bourreau qui a aussi été celui de dizaines de milliers d’Espagnols dans leur propre pays, le pays aux 6 000 fosses communes ?

Est-il possible une fois de plus que l’esprit des républicains espagnols, et maintenant celui de leurs descendants, soit bafoué ?

Nous n’avons aucun argument juridique à avancer. Nous n’avons que la mémoire de nos aînés comme étendard.

Si cette messe devait avoir lieu, si ceux qui ont bafoué de façon criminelle l’État de droit dans leur propre pays peuvent être honorés à Paris, à quoi bon se prétendre le pays et la ville de la Liberté, à quoi bon désormais commémorer la victoire sur le nazisme ?
Sous couvert de la liberté de culte, cette ignominie pourrait-elle être perpétrée ?

Nous espérons que vous entendrez notre requête et qu’au nom d’une mémoire qui devrait nous être commune, cet événement n’aura pas lieu.

L’association 24 Août 1944

Nous venons d’apprendre que l’organisation fasciste (Le cercle Franco-Hispanique, site d’information nationaliste et identitaire, nostalgique du franquisme) venait de reculer et d’annuler la messe programmée en l’honneur du dictateur espagnol.

Mais nous maintenons notre déclaration car JAMAIS ils ne doivent se sentir assez puissants pour réitérer leur infamie.

Pour l’association 24 août 1944

En Espagne, la bataille continue pour exhumer les 6000 fosses communes des victimes du franquisme

Cinq décennies après la mort du dictateur Franco, l’Espagne peine à faire face à son passé franquiste, entre impunité, fractures sociales et obstacles politiques, alors que la bataille pour exhumer les fosses communes et reconnaître les victimes continue.

Publié le 19 novembre 2025
Humanité
Belchite, Saragosse (Espagne), envoyé spécial.
Antoine Portoles

Il faut lever les yeux pour ne pas le rater. Un obus non explosé, planté dans la tour en briques de l’Église de San Agustin, au cœur des ruines de Belchite. À l’observer longuement, là où, jadis, des milliers de cadavres jonchaient les rues, on décèle derrière ce précieux vestige de la guerre d’Espagne le symbole d’une société qui est loin d’avoir refermé les blessures du franquisme. 

Ce n’est pas un hasard si le cinéaste mexicain Guillermo del Toro a posé sa caméra dans cet Oradour-sur-Glane d’outre-Pyrénées, pour filmer le Labyrinthe de Pan, tant il fut le théâtre d’atrocités dont les impacts de balles et les fosses communes sont les derniers témoins. Une cité ravagée de toute part que le dictateur Francisco Franco a durant son interminable règne (1939-1975) érigé en triomphe du fascisme sur la République.

​ L’impunité d’un dictateur contestée en Espagne

Voilà cinquante ans jour pour jour que le Caudillo est mort. À 50 km au nord du village martyr, dans le centre de Saragosse, cet anniversaire est synonyme d’impunité. « La dictature n’a pas été défaite, il n’aura jamais été jugé. Il est mort dans son lit et puis c’est tout, peste Adolfo Barrena, assis à la terrasse d’un café. En Allemagne, en Argentine, en Italie, le travail mémoriel a été mené. Chez nous, les fascistes ont gagné. »
Porte-parole de la plateforme d’action pour la mémoire en Aragon (Pama), il se bat pour reconstruire la mémoire historique de son pays. Défaire une à une les falsifications qui perdurent. Et puisque les crimes franquistes ont été enterrés, Adolfo Barrena s’attelle à faire exhumer les fosses communes : en Aragon, il y en a 1 246, d’après un dernier recensement local. La plupart n’ont toujours pas été ouvertes.
La tâche est pharaonique. Maria Dolores Albiac s’est attelée dès les années 1990 à retrouver la trace de trois de ses grands-oncles. Aucune information sur le premier. L’un des autres, séminariste, a été fusillé puis enterré avec 16 autres opposants, à Huesca. « À l’époque, jamais de la vie on aurait osé raconter qu’un homme d’Église avait été tué par les franquistes ! » ironise-t-elle.
L’ancienne journaliste nous guide jusqu’au cimetière de Saragosse, où se trouve le Monumento a los Caidos (monument à ceux qui sont tombés), un bâtiment froid et mal entretenu, surplombé d’une immense croix en pierre, à l’image de celui, bien plus imposant, de Madrid, bâti par des prisonniers républicains au prix du sang. Sa version miniature au sud de la ville aragonaise fut créée après la guerre par les franquistes, comme tous ceux qui ont proliféré dans le pays pour rendre hommage aux « martyrs de la croisade ». 

​ Droite et extrême droite sabrent les subventions mémorielles

Côté républicain, une structure rouge, située à quelques encablures, est entourée par plus de 3 543 poteaux en métal. Y sont inscrits les noms de tous ceux qui, professeurs, syndicalistes, militants communistes, anarchistes et socialistes, sont morts pour avoir défendu la liberté et la démocratie. Parmi eux, Antonio Alcolea Alcolea, exécuté sommairement à l’âge de 15 ans

« Dans la plupart des foyers, on ne parlait jamais de la guerre. Il a fallu attendre les années 2000 pour que la mémoire historique se développe », regrette Maria Dolores. Elle fait référence à la loi promulguée en 2007 par le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero. La première à rouvrir le dossier depuis l’inique loi d’amnistie de 1977, ce pacte de l’oubli comme on l’appelle dans la péninsule, pensé pour bloquer de fait tout processus mémoriel et renvoyer dos à dos franquistes et forces loyales à la République.
Reconnaissance officielle des victimes de la guerre de 1936-1939 et de la dictature, ainsi que du caractère illégitime des jugements prononcés par les tribunaux militaires et civils, identification des innombrables charniers, retrait des symboles franquistes… 
Quarante ans plus tard, sur le papier, un premier pas était effectué. Mais, comme le constate amèrement Enrique Gomez, président de l’Association pour la récupération de la mémoire historique en Aragon (Armha), « cette loi n’a jamais été appliquée, aucun budget n’a été alloué par les gouvernements de droite qui ont succédé à Zapatero ». 
Sous l’exécutif de Pedro Sanchez, le transfert de la dépouille de Franco de la crypte de Valle de los Caídos au cimetière du Pardo, à Madrid, en 2019, n’a pas suffi à contenter les partisans de la mémoire démocratique. Une nouvelle loi adoptée en 2022 était censée corriger les échecs de la précédente avec la création d’une banque d’ADN pour recenser les victimes, la protection des lieux mémoriels, la prise en charge des exhumations, l’interdiction de l’apologie de la dictature, etc.
 
​ Identifier les victimes, un combat contre l’oubli

Là encore, les résultats tardent à venir. À l’instar de Valence ou de la Castille-Leon, le gouvernement provincial aragonais, dirigé par le Parti populaire (droite) allié à Vox (extrême droite), tente d’abroger les textes mémorielsvotés antérieurement au niveau local et sabre les subventions aux organismes mémoriels. Raison pour laquelle la Pama et ses composantes manquent cruellement de moyens pour avancer.

L’entrée du local de l’Armha ne paye pas de mine. Un ancien poste de police, situé à l’angle d’une rue excentrée de la ville. Chaque semaine, 15 à 20 proches de victimes prennent contact avec ses membres, en quête de réponses. « Je ne connais pas d’expérience plus gratifiante que de déterrer le parent de quelqu’un en sa présence, cette personne qui a passé 40, 60, 70 ans emmurée dans le silence au point que son histoire devienne une légende familiale, et qui, tout à coup, fait face à la découverte du corps », s’émeut Enrique. 
La plus importante opération d’excavation menée en Aragon a commencé dès 2018 au nord de Saragosse, à Ejea de los Caballeros et a connu une grande avancée en octobre dernier. Dans cette fosse de 100 mètres de long, les chercheurs estiment que plus de 160 squelettes y seraient enfouis. Un massacre perpétré entre août et décembre 1936, dont la majorité des victimes a été tuée d’une balle dans la tête. Sur certains cadavres, d’infimes traces de violences laissent suggérer qu’ils étaient déjà à terre et inconscients lorsqu’ils ont été abattus.
Il a d’abord fallu enquêter sur la répression dans la zone, recouper les archives municipales, religieuses et militaires, rechercher les proches et enfin obtenir les autorisations. Pour les corps retirés un à un de la fosse, toute la difficulté consiste ensuite à les identifier.
 
​ La fracture sociale autour de la mémoire franquiste

« Les os sont nettoyés, le sexe, la taille, les pathologies, la cause du décès, sont déterminés, précise Javier Sumelzo, secrétaire de l’association pour la mémoire historique Cinco Villas, focalisée sur Ejea de los Caballeros. Puis tout est envoyé à des laboratoires où des tests ADN seront effectués pour vérifier s’ils correspondent à ceux d’un membre de la famille et pour identifier la victime. »
Parce que la banque nationale d’ADN prévue par la loi de 2022 n’est pas encore opérationnelle et que ces travaux de recherche ne sont toujours pas pris en charge financièrement par l’État, l’exhumation des fosses communes n’en est qu’à ses prémices.

À Ejea de los Caballeros, elle suit son cours. Arturo Arrieta Baron, espagnol réfugié à l’âge de 3 ans et demi en France, a depuis longtemps connaissance du destin tragique de sa mère Cirila, assassinée là-bas avec sa sœur. Après avoir effectué une prise de sang à distance en octobre, il espère que son lien avec elle soit enfin établi et que ce crime soit officiellement reconnu. « En attendant les résultats, nous sommes anxieux et émus, confie sa fille Jocelyne, la voix tremblotante. Pour moi et mon père, ces fouilles sont un cadeau. »
D’autres n’ont malheureusement pas eu cette chance. Adolfo Barrena, qui est également représentant local d’Izquierda Unida, s’inquiète de la lenteur du processus, car « nous en sommes déjà à la quatrième génération depuis la guerre ; plus le temps passe, et plus les gens meurent ». 

​ Le combat antifasciste pour la vérité historique

Selon les travaux menés par le sociologue et petit-fils de républicain Emilio Silva, sur les 6 000 fosses communes que compte la péninsule, plus de 114 000 personnes assassinées sont toujours portées disparues. Pour l’heure, seulement 9 000 d’entre elles ont été déterrées et… 70 identifiées et remis à leurs familles. Cette léthargie s’explique par le manque de volonté politique et du fait des profondes fractures qui subsistent dans la société espagnole. 
On peut dire que la population est divisée en trois blocs quasiment égaux : ceux qui, à gauche notamment, militent en faveur de l’excavation des charniers, ceux qui y sont viscéralement opposés, et les indifférents. Un mélange de citoyens nés pendant la période de la transition mais éduqués par des parents traumatisés par trente-six ans de terreur et de silence, ainsi que de nombreux jeunes ignorant tout du passé.
Ces derniers sont de plus en plus nombreux à être aveuglés par les mythes du franquisme, à commencer par celui d’une guerre fratricide entre Espagnols, d’une « guerre civile » plutôt qu’un coup d’État militaire et fasciste contre une République démocratique.
Pour les militants rencontrés, la bataille doit également être menée sur le plan sémantique, dans les écoles, les lieux culturels, et même au sein des partis politiques. Ils estiment impensable qu’un État digne de ce nom ne restaure pas sa mémoire historique. Comme le rappelle Enrique Gomez de l’Armha, les phalangistes, eux, ont bénéficié d’une loi « mémorielle », et ce dès 1940. Celle-ci dispose que les exhumations des personnes assassinées par les « hordes rouges » soient prises en charge par l’État. 
D’ailleurs, et contrairement à ce que prétendent la droite et l’extrême droite pour bloquer ce processus mémoriel, l’ouverture des charniers aux quatre coins de l’Espagne concernent tout le monde, les républicains bien sûr, mais aussi des victimes franquistes. Ils persistent à nier que « la dictature de Franco a été la pire chose qui soit arrivée au pays, insiste l’historienne Cristina Sanchez. Ce n’est que si l’on est antifasciste que l’on peut être démocrate. L’enjeu ne se résume pas seulement à “quelques os”, et la société a l’obligation mais aussi le droit de connaître son histoire ».

GUERRE OU PAIX, CAPITALISME : ESCLAVAGE MODERNE

Jeudi 27 novembre • 19h45
Le CNP , RETIRADA37
présentent :
GUERRE OU PAIX, CAPITALISME : ESCLAVAGE MODERNE

Les républicains espagnols fuyaient la dictature de Franco, contraints sous Vichy au travail forcé pour
l’occupant. Cela illustre les ravages des sociétés capitalistes, qui utilisent, sans vergogne, le « matériel humain ».

Des Ouighours en Chine aux ateliers de confection au Bangladesh, le travail se révèle une arme
souvent employée par les États autoritaires, à travers un monde en guerre, avide de destruction des
corps et des esprits.

— FILM : Rotspanier, les esclaves
Espagnols du nazisme de Rafael
Guerrero (Espagne – 2022 – 1h13)

Débat avec Bernard Lavallé,
historien.