« L’illusion lyrique », Le volontariat international combattant dans la guerre d’Espagne (1936-1938).
Mesdames, Messieurs, chers amis,
J’ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon dernier ouvrage intitulé « L’illusion lyrique ». Le volontariat international combattant dans la guerre d’Espagne (1936 – 1938) publié aux Éditions de la Sorbonne.
Appuyé sur une décennie de recherches menées dans plusieurs dizaines de fonds d’archives internationaux de la Russie à l’Espagne, sa matière est absolument inédite. Pour la première fois dans l’historiographie, cet ouvrage observe le volontariat international combattant durant la guerre civile espagnole (1936 – 1939) en embrassant toutes ses manifestations, de part et d’autre de la ligne de front, en replaçant les Brigades internationales dans une perspective renouvelée.
Cette dernière constitue le point de départ de mes travaux actuels sur les formes contemporaines du phénomène de volontariat international combattant occidental, notamment en Ukraine.
L’ouvrage a reçu le soutien de la commission de la recherche de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Résumé
La guerre d’Espagne s’est notamment caractérisée par le surgissement d’un phénomène considérable et inattendu : l’arrivée de dizaines de milliers d’étrangers, hommes et femmes, désirant prendre part aux combats. Très majoritairement antifascistes, ils se sont dispersés dans différentes formations combattantes internationales dont les plus fameuses furent les Brigades internationales mises sur pied par le parti communiste. D’autres étrangers ont pourtant choisi de rejoindre l’autre camp, par anticommunisme. Cet ouvrage propose de réenvisager cet épisode célèbre du XXe siècle en le replaçant dans une continuité historique, celle du phénomène de volontariat international combattant, déjà particulièrement prégnant au XIXe siècle. Il faut pour cela s’émanciper des perspectives qui faisaient des Brigades internationales un épisode inédit et unique pour regarder le phénomène en Espagne dans son épaisseur, sa pluralité et ses complexités. Durant deux ans, les volontaires internationaux ont combattu dans la guerre civile espagnole selon des modalités propres, souvent concurrentielles, et des attentes diverses, non sans désillusions, déceptions et renoncements. Au-delà de leurs disparités, des affrontements politiques et des controverses mémorielles, les milliers de volontaires étrangers en Espagne ont partagé des caractéristiques communes qui nous renseignent éminemment sur le phénomène de volontariat international combattant qui, aujourd’hui encore, continue de survenir dans les conflits contemporains.
Il peut être commandé en librairie ou bien auprès de l’éditeur, les Éditions de la Sorbonne : http://www.editionsdelasorbonne.fr/fr/livre/?GCOI=28405100860080
Français Libres et Républicains Espagnols contre le nazis
L’association24 Août 1944 – La Nueve a décidé de ré éditer : Les carnets de route d’un croisé de la France libre et l’hallali de Paris à Berchtesgaden, dans leur intégralité. Ces textes seront suivi des Chemins de la mémoire, afin de suivre la transmission de la mémoire de la Nueve de 1944 (à Paris) à nos jours. Cette mémoire ne s’est jamais effacée, elle a traversé les décennies pour parvenir jusqu’à nous. Beaucoup de protagonistes, d’historiens de militants se sont mobilisé à travers les ans pour qu’elle existe, coûte que coûte.
Rééditer les carnets de route du Capitaine Dronne, relatant son odyssée de Français Libre dès 1940 aux confins du Cameroun, jusqu’en Allemagne en 1945 pourrait paraître paradoxal pour une association mémorielle des républicains espagnols réfugiés en France.
Et pourtant, quand le capitaine Dronne rejoint Leclerc et remonte vers l’Afrique du Nord, la compagnie qui lui est confiée est majoritairement composée de républicains espagnols, réfugiés en Afrique du Nord.
Commence alors une épopée qui liera ce Français Libre de la première heure, à ces républicains espagnols antifascistes, d’avant l’heure, de façon indéfectible pendant les années de guerre et bien au-delà. Pendant des années Raymond Dronne et les survivants de la compagnie resteront soudés, telle une famille, dira Colette, la fille du Capitaine Dronne qui les a bien connus.
À un moment où les étrangers en général, prennent enfin la place qui leur revient dans la libération de la France et de l’Europe, rappeler qu’il y a 40 ans cette mémoire existait déjà n’est pas inutile.
Rappeler qu’en des moments historiques précis, des vies que rien ne semblait devoir réunir, se mêlent dans un combat commun supérieur à chacun d’entre eux, devrait nous enseigner pour aujourd’hui.
Et en rééditant la totalité de ces carnets de route, nous avons fait le choix de montrer l’ensemble des combats menés par le Capitaine Dronne pendant la seconde guerre mondiale. Et par là, nous faisons le choix d’inclure la « Nueve » dans un mouvement historique auquel ces républicains espagnols participent avec de nombreux autres étrangers.
De même que les hommes de la « Nueve » ont une histoire avant la deuxième guerre mondiale, nous le verrons dans l’introduction, ils en ont une après. Ce sera l’objet de la troisième partie de ce volume.
Rééditer ces carnets, c’est rendre hommage à Raymond Dronne, l’homme engagé dans la deuxième guerre mondiale, rédacteur d’un témoignage exceptionnel sur la « Nueve », à sa fille Colette éprise de vérité concernant « sa » famille de la Nueve et à ces hommes de la Nueve , qui sont, pour nous, l’emblème de l’engagement du peuple espagnol des deux côtés des Pyrénées contre la barbarie.
Afin de vous offrir une édition collector de cette mémoire, nous ouvrons une pré-vente.
Vous pouvez d’ores et déjà réserver votre ou vos exemplaires auprès de l’association
ATTENTION :
COMPTE TENU DU TEMPS PRIS PAR NOS RECHERCHES POUR SILLONNER LA MÉMOIRE DE LA NUEVE JUSQU’À NOS JOURS, L’OUVRAGE NE SERA DISPONIBLE QUE DÉBUT DÉCEMBRE (contrairement à ce qui est annoncé sur l’affiche, novembre)
P.-S : VOUS POUVEZ ENVOYER VOTRE COMMANDE À L’ADRESSE DE L’ASSOCIATION
24 AOÛT 1944
22 RUE MÉLINGUE
75019 PARIS
L’entrée de Manouchian au Panthéon
LE RÉSEAU D’ÉVASION DU GROUPE PONZAN
L’association 24 août 1944
vous invite à la projection/débat
LE RÉSEAU D’ÉVASION DU GROUPE PONZAN
Un documentaire de Ismaël Gutiérrez (2024, 102’) le MERCREDI 16 octobre 2024 à partir 19h à 22h
Paris’Anim ; Centre Place des Fêtes
2/4 rue des Lilas
75019 Paris
Entrée gratuite
Bus : 20/
Ligne de métro 11
Présence de Caminar à la cérémonie du 80ème anniversaire de la Libération de Paris
Cette année, c’est l’association Retirada37, et plus précisément sa présidente Fernande LOPEZ, qui a représenté Caminar.
Du fait des jeux olympiques, la cérémonie s’est déroulée Place Denfert-Rochereau, une vingtaine de mètres au-dessus du lieu hautement symbolique, où se trouvait le QG du colonel Rol-Tanguy, commandant régional des Forces françaises de l’intérieur (FFI).
Les porte-drapeaux étaient situés à côté des chœurs de l’Armée Française.
« Ces hommes dont nous commémorons ici aujourd’hui le talent, le courage, la force, l’énergie, l’inspiration … ont marqué l’histoire européenne, l’histoire de nos libertés, c’est aussi ce que signifie cette commémoration », a déclaré lors de la cérémonie Anne Hidalgo.
L’hommage a eu lieu en présence de Bénédicte de Francqueville, dernier enfant encore vivant du général Leclerc, et de Claire Rol-Tanguy, fille du colonel Rol-Tanguy.
La veille, samedi, un hommage avait été rendu aux 160 hommes de la Nueve, la 9e compagnie du régiment de marche du Tchad, pour la plupart des républicains espagnols, qui ont été les premiers à pénétrer dans Paris au soir du 24 août. Ces derniers ont joué un rôle actif dans la libération de la capitale au sein de la « colonne Dronne », avant-garde de la 2e DB.
Rappelons qu’il a fallu attendre 2012 pour qu’ils soient pleinement célébrés, que le drapeau de la République espagnole flotte à côté des drapeaux français.
Le déroulement de la cérémonie ainsi que l’évocation historique ont été de grand niveau, et la place des Espagnols a été bien retracée.
A la fin de la cérémonie, tous les porte-drapeaux se sont mis devant pour le salut aux drapeaux.
Anne Hidalgo nous a chaleureusement remerciés pour notre participation, ainsi que la Secrétaire d’Etat au travail de mémoire nous a aussi largement salué et nous a demandé de poursuivre nos actions pour la reconnaissance de notre histoire.
Un passage des avions de la Patrouille de France dans le ciel parisien a conclu la cérémonie.
Libération de Paris : la Nueve et ses républicains espagnols enfin pleinement reconnus
suite à l’article sur La Nueve des remarques que j’ai reçues de Mar y Luz Cariño Lopez fille de Angel Cariño Lopez, combattant de La Nueve
Merci pour l’article mais il comporte des informations totalement fausses concernant Rafael Gomez Nieto. M-y-L
Déjà la date du 19 est fausse, c’est le 24 Août qu’une partie de La Nueve faisait partie de ceux qui sont arrivés à Paris et le Guernica n’y est arrivé que le lendemain et si j’en suis sûre c’est que mon père lui était sur le Guernica.
Concernant la vie personnelle de Rafael, il était effectivement le dernier des hommes de la Nueve, il est décédé comme c’est écrit des suites du covid et vivait en Alsace pour le restant je ne peux rien en dire.
Je ne sais quelles sont les sources de la personne qui a écrit l’article mais il vaut mieux se fier au travail des historiens.
Amitiés
Mar-y-Luz
Pour rétablir la vérité Luis propose de diffuser un podcast de Radio France sur La Nueve,chose qui sera faite
Je pense que ce serait plus juste. Tu sais cela me fait penser à la seconde guerre mondiale en France,tout le monde avait été dans la Résistance.
Je ne nie pas que Rafael ait combattu dans la Nueve et même qu’il ait été sur le Guernica à un moment car les équipes des HT changeait en fonction des pertes.Mais en aucune manière le guernica était là le 24 Août.
L’histoire souhaite souvent avoir des héros quitte à enjoliver cette histoire, les personnes elles même d’ailleurs participant à cela surtout quand elles ont été oubliées et qu’il ne reste plus personne pour en dire autre chose. Cela n’enlève rien à leurs valeurs de combattants.
C’est pour cela que je tiens à ce que l’on parle de mon père en ces termes: Combattant mais pas héros.
Les historiens ont tout de même travaillé sur ce sujet depuis.
Je peux au moins te donner les noms des half-tracks qui sont entrés le 24 Août au soir:Infos historienne celles-là.
-Section hors rang: Les Cosaques et Rescousse
-2ème Section Résistance,Teruel,Libération,Nous Voilà et l’Ebre
-3ème Section Tunisie 43,Brunete,Amiral Buiza,Guadalajara (qui est conservé au Mont Valérien) et Santander
Je pense que le journaliste pour écrire son article, sûrement voulant bien faire, a pioché un peu partout. Il n’a pu faire que cela compte tenu de la date de décès de Rafael.
Mar-y-Luz
La Nueve
La 9e compagnie du régiment de marche du Tchad, qui faisait lui-même partie de la2e division blindée ou Division Leclerc, a été surnommée la Nueve (chiffre « neuf » en espagnol). Cette compagnie enrôlait 160 hommes dont 146 républicains espagnols souvent anarchistes, mais aussi des soldats français, sous commandement français. Tous avaient combattu lors de la Libération de l’Afrique du nord, puis participèrent à la libération de la France.
Son fait d’armes le plus connu est la participation à la libération de Paris, puisque les hommes de la Nueve furent les premiers à entrer dans la capitale française au soir du 24 août 1944 avec des halftracks portant les noms de batailles de la guerre d’Espagne, « Teruel », « Guadalajara », soigneusement rebaptisés pour les cérémonies du lendemain 25 août, « Montmirail », « Champaubert » ou « Romilly », et des éléments du génie.
Origines et formation de la 9e compagnie
Le 22 juin 1940, l’Allemagne impose l’armistice à la France. Les territoires de l’Afrique du Nord française se rallient au gouvernement de Vichy. Celui-ci se méfie des réfugiés espagnols, républicains qui ont fui l’Espagne franquiste après 1939. Ces réfugiés sont poussés à choisir entre le travail forcé en France métropolitaine, l’enrôlement dans la Légion étrangère ou le rapatriement en Espagne. Pour des raisons évidentes, la plupart des vétérans de la guerre civile espagnole choisissent d’être intégrés à l’armée française. Après le débarquement allié du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord, les autorités françaises créent le Corps franc d’Afrique, un corps régulier pour les combattants non-français, comme le capitaine Buiza, ancien amiral de la marine républicaine. Il est en grande partie composé d’Espagnols. Ils participent aux combats à partir de décembre 1942 contrel’Afrika Korps en Tunisie. Les combats se poursuivent durant la première moitié de l’année 1943, jusqu’à la conquête du port de Bizerte, qui marque la fin des combats en Afrique du nord.
Le choix fut posé aux Espagnols d’intégrer la division Leclerc ou les forces du général Giraud, qui venait de se rallier aux forces françaises libres. La division Leclerc avait été constituée à partir de mai 1943 sous le nom de 2e division française libre, puis en août après la fusion des FFL et de l’Armée d’Afrique, sous son nom définitif de 2e division blindée, sous le commandement dugénéral Leclerc, en Libye. La plupart des Espagnols rejoignirent les unités de Leclerc. Elle comptait 16 000 hommes, dont 2 000 Espagnols au début de l’année 1943. Ils étaient particulièrement nombreux dans la 9e compagnie, 1re compagnie du 3e bataillon, ce qui lui valut le nom de la Nueve ou la Española. Elle fut placée sous le commandement du Français Raymond Dronne. La plupart des hommes étaient des socialistes, des communistes, des anarchistes ou des non-encartés hostiles à Franco, d’autres des déserteurs des camps de concentration réservés aux réfugiés espagnols en Algérie ou au Maroc. Ils étaient bien des soldats de l’armée française, en aucun cas une armée autonome, bien qu’il leur fût permis d’arborer le drapeau tricolore républicain sur leurs uniformes. La compagnie étant presque entièrement espagnole, la langue utilisée et l’encadrement (sous-officiers, officiers) étaient également espagnols.
En septembre 1943, la compagnie, avec l’ensemble de la division, est transférée à Rabat, au Maroc, où la division reçoit un équipement américain : 160 chars de combat M4 Sherman, 280 blindés half-track M3 et M-8 Greyhound, camions Dodge, GMC, Brockway, Diamond et nombreuses jeeps. Les Espagnols donnent à leur véhicules des noms originaux, rappelant pour la plupart des événements de la guerre d’Espagne. La jeep de l’unité de contrôle est baptisée « Mort aux cons » et le halftrack « Les Cosaques ». La 1re section de combat baptise ses véhicules « Don Quichotte », « Cap Serrat », « Les Pingouins » d’après le surnom « Espingouins » donné par les soldats français aux Espagnols (le nom de « Buenaventura Durruti », proposé par des anarchistes, est refusé par les supérieurs français), « Madrid » et Guernica. La 2e section de combat donne à seshaltracks les noms de « Résistance », « Teruel », « España Cañi » (puis « Libération »), « Nous Voilà » et « Ebro ». La 3e section de combat baptise les siens « Tunisie », « Brunete » « Amiral Buiza », « Guadalajara », « El Canguro » et « Santander » ; les noms de « Catapulte », « Belchite », Rescousse pour le halftrack de dépannage sont aussi utilisés. Les équipages d’origine espagnole furent également autorisés à peindre le drapeau de la Seconde République espagnole sur leurs véhicules blindés.
Opérations : de la Normandie à Berchtesgaden
La division Leclerc est transférée du Maroc en Grande-Bretagne et ne débarque en Normandie qu’au début d’août 1944. La 9e compagnie débarque sur la plage d’Utah Beach, dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1944. La2e DB est alors intégrée à la 3e armée américaine, dirigée par le général George Patton. La Nueve est engagée dans des combats contre des unités allemandes aux alentours de Château-Gontier et Alençon. Du 13 au 18 août, la compagnie combat en avant-garde de la division à Écouché. Elle fait prisonniers 130 soldats allemands. Le 16, les divisions Waffen-SS Adolf Hitler et Das Reich, les 9e et 116e divisions Panzer et la 3e division parachutiste attaquent la 2e DB : les combats durent jusqu’à l’arrivée de la 2e armée britannique en renfort. Le caractère des anarchistes combattant dans l’unité se révèle lors de cette bataille : une unité de mortiers fait ainsi un coup de main 3 km en arrière des lignes allemandes le 14 août, faisant 130 prisonniers et s’emparant en outre de 13 véhicules, et libérant 8 Américains.
La ville de Paris se soulève contre l’occupation allemande, le 20 août 1944. Charles de Gaulle insiste auprès du commandement suprême des forces alliées pour que les troupes françaises libres soutiennent cette insurrection. De Gaulle soutient Leclerc, qui veut tirer parti de l’insurrection de la Résistance française pour libérer rapidement Paris. Le 23 août 1944, la compagnie se met en route avec toute la division, en direction de Paris. Le 24 août, vers 20 heures, la 9e compagnie, accompagnant un peloton de chars du 501e RCC, entre dans Paris par la porte d’Italie. C’est la section du lieutenant Amado Granell qui parvient la première à l’Hôtel de ville, à 21 h . Parmi les unités arrivées place de l’Hôtel-de-Ville, le halftrack « Ebro » tire les premiers coups de feu contre un ensemble de mitrailleuses allemandes. Le lieutenant Amado Granell, ex-capitaine anarchiste de la Colonne de fer, est le premier officier « français » reçu par le Conseil national de la Résistance. En attendant la capitulation du général allemand von Choltitz, gouverneur de Paris, la Nueve est envoyée pour occuper la Chambre des députés, l’hôtel Majestic (siège de la Gestapo à Paris) et la place de la Concorde. Dans l’après-midi du 25 août, à 15 h 30, la garnison allemande se rend, tandis que le général von Choltitz est fait prisonnier par trois Espagnols, dont un civil vivant à Paris, avant d’être remis à un officier français.
Le lendemain, les troupes alliées entrent dans Paris en triomphe. Les Espagnols participent au défilé de la victoire et forment l’escorte du général de Gaulle sur les Champs-Elysées. Ils défilent en portant les couleurs de la Seconde République espagnole, et pendant quelques minutes, une bannière géante aux mêmes couleurs ouvre le défilé28. Les protestations ultérieures du régime de Franco sont ignorées par le gouvernement français. La 9e compagnie est cantonnée au bois de Boulogne du 27 août au 9 septembre, avant de repartir combattre. Le 12 septembre, la compagnie se fait remarquer à Andelot, où 300 soldats allemands sont faits prisonniers. Le 15, les hommes de la Nueve traversent la Moselle au niveau de Châtel-sur-Moselle et établissent une tête de pont face aux lignes allemandes. Le général de Gaullereconnait la valeur de l’unité, et le 26 septembre, il remet personnellement des décorations aux soldats dans la ville de Nancy. Le capitaine, Raymond Dronne, le sous-lieutenant canarien Miguel Campos, le sergent catalan Fermín Pujol et le caporal galicien Carmiño López reçoivent la Médaille militaire et la Croix de guerre 1939-1945. Les combats en Alsace commencent en novembre 1944. Le 23 novembre, la Nueve entre dans Strasbourg, dernière grande ville française occupée. Le 1er janvier 1945, le capitaine Dronne leur rend hommage dans une lettre :
« Les Espagnols se sont remarquablement battus. Ils sont délicats à commander mais ils ont énormément de courage et une grande expérience du combat. Certains traversent une crise morale nette due aux pertes subies et surtout aux événements d’Espagne. »
La2e DB est relevée fin février pour cinquante jours de repos, dans la région de Châteauroux. Fin avril, elle reprend les combats jusqu’à la prise, le 5 mai, du « Nid d’Aigle », à Berchtesgaden. À ce moment, les pertes de la 9e compagnie s’élevaient à 35 morts et 97 blessés. Il ne restait plus que 16 Espagnols actifs dans la Nueve, beaucoup ayant été affectés à d’autres unités de l’armée française. À la fin de la guerre, quelques-uns suivirent Leclerc en Indochine, certains partirent avec des véhicules blindés en direction de l’Espagne franquiste, tandis que d’autres retournaient à la vie civile en acceptant la nationalité française qui leur était proposée pour avoir combattu au sein des troupes françaises.
Plus de cinquante membres de la compagnie reçurent la Croix de guerre.
Postérité et hommages
Le rôle de ces Espagnols tombe rapidement dans l’oubli. Aujourd’hui, rares sont les soldats de la Nueve encore vivants, mais leur part dans la Libération de la France, et surtout de Paris, est reconsidérée.
C’est le 25 août 2004 que la ville de Paris a rendu officiellement hommage aux Espagnols de « La Nueve ». Une plaque « Aux républicains espagnols, composante principale de la colonne Dronne » a été inaugurée quai Henri-IV, en présence de Bertrand Delanoë, du président du Sénat espagnol, Francisco Javier Rojo, de l’ambassadeur d’Espagne, Francisco Villar, et de deux survivants, Luis Royo Ibañez et Manuel Fernandez. Une plaque similaire a été posée square Gustave-Mesureur, place Pinel (Paris 13e), une autre au centre de la place Nationale, (Paris 13e).
Le 24 février 2010, la mairie de Paris a remis la Grande Médaille de Vermeil à Manuel Fernandez, Luis Royo Ibañez et Raphaël Gomez
Le 25 août 2012, des militants anarchistes venus célébrer la mémoire des combattants libertaires de La Nueve lors de la cérémonie publique, ont été arrêtés pour « attroupement illégal ».
En 2014, l’association août organise des manifestations pour commémorer les 70 ans de la libération de Paris, en présence de Rafael Gomez
En mars 2015, à Paris, le jardin de l’Hôtel de Ville est renommé « jardin des Combattants de la Nueve » ; une cérémonie est prévue en présence du roi et et de la reine d’Espagne Felipe VI et Letizia ainsi que de la maire de Paris Anne Hidalgo. Néanmoins, le crash du vol 9525 Germanwings, où 51 Espagnols trouvent la mort, écourte la visite du couple royal ; la cérémonie d’inauguration est alors reportée au 3 juin 2015
Rafael Gomez Nieto, de la guerre civile espagnole à la libération de Paris
Rappel sur qui était Rafael Gomez Nieto
Les Espagnols de la Nueve, vétérans de la guerre face à Franco et combattants acharnés de la liberté, furent les premiers soldats de Leclerc à entrer dans Paris, la veille de sa libération. Parmi eux, Rafael Gomez Nieto, mort à Strasbourg des suites du coronavirus covid-19.
Aurélien Soucheyre
Le soir du 24 août 1944, Rafael Gomez Nieto fut l’un des tout premiers membres de la 2e division blindée de Leclerc à entrer dans Paris. Il faisait partie de la Nueve, la neuvième compagnie, presque entièrement composée de républicains espagnols, déterminés à en découdre avec le fascisme, en Espagne ou ailleurs. « Comme toujours, on était en première ligne. On était un bataillon de choc. On a reçu l’ordre de prendre la mairie. Je conduisais le half-track qu’on avait appelé Guernica. On est entré par la porte d’Italie, et on a foncé vers l’Hôtel de Ville. Je me suis garé devant. Les hommes sont entrés. Moi, je suis resté avec l’autochenille, car j’étais chauffeur », se souvient le vétéran. Suivront des jours d’ivresse, de joie et de liesse populaire. Et des milliers de baisers. « Quand on entre dans une ville opprimée, le libérateur, les filles lui sautent dessus ! » s’amuse-t-il. La Nueve eut ensuite l’honneur d’ouvrir le défilé sur les Champs-Élysées, et de protéger en personne le général de Gaulle. Point d’orgue d’une épopée qui, pour beaucoup, avait commencé en 1936, en Espagne, et allait s’achever, pour les derniers survivants, dans le nid d’aigle d’Hitler, à Berchtesgaden, en 1945. « Je suis né en 1921, à proximité d’Almeria, en Andalousie. Mon père, carabinier, avait fait partie de la garde du roi Alphonse XIII dans sa jeunesse. C’était un militaire de carrière, fidèle aux institutions de la Seconde République dès sa proclamation, en 1931. Il l’a défendue jusqu’au bout, sans état d’âme. » En 1939, les franquistes remportent la guerre civile. La famille de Rafael fuit de l’autre côté des Pyrénées, où elle se retrouve parquée par les autorités françaises dans d’immondes camps de concentration, avec des milliers d’autres réfugiés. « Oh, c’était bien ! La plage ! En plein hiver ! On a passé de bonnes vacances ! » ironise, le regard dur et la voix tendue, celui qui a connu les coups de crosse, la faim, la vraie faim, le froid et les poux.
Une compagnie de choc à la solide réputation, toujours en première ligne Avec des faux papiers, Rafael et son père se font passer pour deux frères, et sortent du camp de Saint-Cyprien, réclamés par un oncle basé à Oran. « Je suis devenu apprenti cordonnier et puis, sur un coup de tête, je me suis engagé dans les Corps francs d’Afrique après le débarquement allié. » Le jeune homme prend les armes, et retrouve de nombreux vétérans de la guerre d’Espagne, chahutés par le destin, qui convergent vers les troupes de Giraud puis de Leclerc pour en découdre avec les nazis. « Ah ! On a passé du bon temps avec les Allemands ! Et eux avec nous… La guerre… », gronde Rafael, un éclair dans le regard, avant de baisser les yeux.
« Il fallait bien continuer. En finir avec les nazis »
La Nueve fut constituée en 1943, au Maghreb. armée par les Américains, cette compagnie française comptait 160 hommes, dont 146 Espagnols, pour la plupart socialistes, communistes ou anarchistes. Les soldats furent autorisés à arborer le drapeau de la République espagnole sur leur uniforme, et à peindre sur leurs véhicules des noms aussi évocateurs que Teruel, Madrid et Guadalajara. « On est parti en Angleterre, puis on a débarqué en Normandie. Ensuite, on était toujours en tête. Les combats étaient très durs, avec des pertes, surtout à Écouché et à Colmar. Il y avait des tanks, des flammes, mais on ne reculait pas. Jamais. Je crois qu’on a été très utile. »
La compagnie se taille rapidement une solide réputation, s’avère décisive et fait de nombreux prisonniers. « Après Paris, il fallait bien continuer. En finir avec les nazis. À ce moment-là, moi, je conduisais le Don Quichotte. Entre nous, il y avait des rumeurs de retour. On voulait aller en Espagne avec les armes et le matériel. Certains pensaient que les Alliés nous aideraient. Mais à la fin, on n’était plus qu’une dizaine en état de se battre. On a été démobilisé. Chacun est parti de son côté », se rappelle, avec pudeur, ce libérateur qui allait rester en exil. « Je suis retourné à Oran et je suis redevenu cordonnier. Pendant la guerre d’Algérie, on m’a mobilisé. Je devais faire des gardes, des rondes tous les deux ou trois jours devant les édifices publics et les usines, au cas où. En 1958, j’en ai eu marre, j’ai fermé mon magasin, et j’ai rejoint un oncle à Strasbourg, un anarchiste qui avait fait le maquis dans le Vercors. » Rafael vit toujours en Alsace aujourd’hui. À quatre-vingt-treize ans bien portés, il profite d’une retraite amplement méritée. Une retraite cachée, loin des honneurs qu’il fuit le plus possible. Mais pour les soixante-dix ans de la libération de Paris, le vétéran est revenu à la capitale, où il représentait, seul, la Nueve. Le 23 juillet, il a connu un nouveau bain de foule, entouré, salué et embrassé par les spectateurs
d’une pièce de théâtre consacrée à sa compagnie et mise en scène par Armand Gatti. Le lendemain, il était l’invité d’honneur d’une cérémonie présidée par la maire de Paris, Anne Hidalgo, où il fut de nouveau ovationné. « Ah ! On n’oublie pas. Non, on n’oublie pas, qu’on est entré les premiers. La Nueve ! » s’émeut-il.








