{"id":4318,"date":"2024-04-15T14:39:07","date_gmt":"2024-04-15T13:39:07","guid":{"rendered":"http:\/\/retirada37.com\/?p=4318"},"modified":"2024-04-29T19:40:54","modified_gmt":"2024-04-29T18:40:54","slug":"les-incontroles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/retirada37.com\/?p=4318","title":{"rendered":"Les Incontr\u00f4l\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p><strong>L\u2019\u00e9t\u00e9 et l\u2019automne 1936<\/strong><\/p>\n<p><em>Apr\u00e8s les journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires des 19 et 20 juillet 1936 les instances sup\u00e9rieures de la CNT et de la FAI ont tent\u00e9 de r\u00e9tablir l\u2019ordre public, c\u2019est-\u00e0-dire la loi et l\u2019ordre r\u00e9publicains dans les rues de Barcelone, en r\u00e9primant la d\u00e9linquance et en poursuivant les fascistes embusqu\u00e9s, mais aussi en contenant la violence r\u00e9volutionnaire des comit\u00e9s de quartiers et des syndicats.<\/p>\n<p>Le voile qui dissimulait l\u2019affrontement entre les instances sup\u00e9rieures et les r\u00e9volutionnaires expropriateurs avait pour propos affich\u00e9 d\u2019en finir avec les sympathisants fascistes, le clerg\u00e9 et une criminalit\u00e9 arbitraire et opportuniste, qui existait r\u00e9ellement, et qui de toute \u00e9vidence, \u00e9tait un grave probl\u00e8me. La constante pr\u00e9sence de franc-tireurs de la droite : requet\u00e8s, phalangistes, milices bourgeoises, hommes de main du Lliure (NDT : syndicat \u00ab ind\u00e9pendant \u00bb patronal), dura plus d\u2019une semaine, provocant de nombreuses morts parmi les passants.<\/em><\/p>\n<p>Toutes les organisations antifascistes, y compris le gouvernement de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 et les instances sup\u00e9rieures de la CNT confondaient et m\u00e9langeaient astucieusement la d\u00e9linquance et la violence r\u00e9volutionnaire des comit\u00e9s de quartier et des syndicats. Ceux-ci confisquaient, collectivisaient ou contr\u00f4laient les usines, les ateliers et les terres de culture, ex\u00e9cutaient les fascistes, les hommes de main, de droite, les militaires et les cur\u00e9s ; ils confisquaient les villas, les voitures, les appartements de luxe, les casernes, les \u00e9glises, les couvents, les h\u00f4pitaux, les hospices, les industries, les entreprises, les propri\u00e9t\u00e9s abandonn\u00e9es par les fugitifs factieux, etc.<\/p>\n<p>Le processus r\u00e9volutionnaire, pour beaucoup, \u00e9tait all\u00e9 trop loin. Le premier pas pour le contr\u00f4ler consistait \u00e0 le contenir pour qu\u2019il n\u2019aille pas plus loin. Apr\u00e8s arriverait l\u2019heure de reconqu\u00e9rir le terrain perdu. C\u2019est pour cela qu\u2019\u00e9tait apparu le nouveau concept \u00ab d\u2019ordre r\u00e9volutionnaire \u00bb, qui ne signifiait rien d\u2019autre que d\u2019emp\u00eacher d\u2019approfondir la r\u00e9volution et de consid\u00e9rer \u00ab les conqu\u00eates r\u00e9volutionnaire \u00bb de juillet 1936 comme un nouvel ordre, maintenant achev\u00e9, qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire de d\u00e9fendre face aux incontr\u00f4l\u00e9s\/r\u00e9volutionnaires et au d\u00e9sordre et \u00e0 la d\u00e9linquance arbitraire, contre la bourgeoisie expropri\u00e9e et face au fascisme. Les meilleurs militants anarchosyndicalistes avaient quitt\u00e9 Barcelone, enr\u00f4l\u00e9s dans des milices antifascistes, qui formaient le front d\u2019Aragon contre le fascisme et aux militaires insurg\u00e9s contre leur propre peuple. Pendant ce temps, les gardes d\u2019assaut et les gardes civiles \u00e9taient hors de danger install\u00e9s commod\u00e9ment dans leurs casernes. Ces corps r\u00e9pressifs et anti-ouvriers n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 dissous, attendant de se constituer en bras arm\u00e9 de la contre-r\u00e9volution.<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s du terme \u00ab incontr\u00f4l\u00e9 \u00bb provenait justement de cette ambigu\u00eft\u00e9, qui donnait et m\u00e9langeait deux significations diff\u00e9rentes : criminelle et r\u00e9volutionnaire, de mani\u00e8re assez discr\u00e8te et masqu\u00e9e pour \u00eatre ainsi accept\u00e9e par les comit\u00e9s de quartier, locaux ou syndicaux eux-m\u00eames, contre qui il \u00e9tait dirig\u00e9 ; et de fa\u00e7on assez claire et pr\u00e9cise comme pour \u00eatre saisi par les instances sup\u00e9rieures, les partis bourgeois, le stalinisme et le Govern (NDT : ex\u00e9cutif catalan) contre les r\u00e9volutionnaires, devenus par le qualificatif infamant \u00ab d\u2019incontr\u00f4l\u00e9s \u00bb t\u00eate de turc,objectif de toutes les fl\u00e8ches et objectif prioritaire \u00e0 abattre.<\/p>\n<p>La n\u00e9cessaire et in\u00e9vitable r\u00e9pression de la criminalit\u00e9 chaotique et opportuniste se convertissait en une excellente excuse pour freiner et contr\u00f4ler au passage les r\u00e9volutionnaires expropriateurs.<\/p>\n<p>De cette fa\u00e7on se d\u00e9cantait et se d\u00e9masquait aussi l\u2019authentique nature du Comit\u00e9 Central des Milices Antifascistes (CCMA) comme organisme de collaboration de classes qui assumait le programme antifasciste, renon\u00e7ait \u00e0 la r\u00e9volution sociale et pr\u00e9parait la participation des anarchosyndicalistes \u00e0 un gouvernement de front populaire. Le CCMA n\u2019\u00e9tait pas un gouvernement r\u00e9volutionnaire, mais le premier maillon de la formation d\u2019un nouveau gouvernement de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, auquel participeraient toutes les organisations syndicales et politiques, ouvri\u00e8res et bourgeoises, en plus des repr\u00e9sentants du gouvernement, avec l\u2019objectif final, conscient ou non, de restaurer tous les pouvoirs et toutes les structures de l\u2019Etat bourgeois.<\/p>\n<p>Chaque moment historique \u00e9tablissait l\u2019organe ad\u00e9quat pour contr\u00f4ler et canaliser la \u00ab r\u00e9volution de juillet \u00bb et pr\u00e9parer, dans le futur la reconstruction de l\u2019Etat. La m\u00eame chose se produisait avec les Patrouilles de Contr\u00f4le. Les \u00ab vraies \u00bb forces de l\u2019Ordre Public, la Garde Civile et la Garde d\u2019Assaut une fois encasern\u00e9es une police \u00ab r\u00e9volutionnaire \u00bb \u00e9tait n\u00e9cessaire pour prot\u00e9ger ce nouvel ordre \u00ab r\u00e9volutionnaire \u00bb, capable de r\u00e9primer la d\u00e9linquance, mais aussi de \u00ab contenir \u00bb les comit\u00e9s de quartier et les comit\u00e9s syndicaux , avec toutes les contradictions possibles, r\u00e9sultats de cette situation instable des instances sup\u00e9rieures, de dirigeants d\u2019une organisation d\u2019id\u00e9ologie anti\u00e9tatique qui participaient aux t\u00e2ches gouvernementales et de reconstruction de l\u2019Etat capitaliste.<\/p>\n<p>Les mouvements r\u00e9volutionnaires, au cours de l\u2019histoire, n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 purs et parfaits, mais h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes et contradictoires, ing\u00e9nus et \u00e9clair\u00e9s, aga\u00e7ants et aveugles, surprenants et pr\u00e9visibles, tout ceci en m\u00eame temps. Neuf semaines apr\u00e8s sa cr\u00e9ation, le CCMA \u00e9tait dissous le 1\u00b0 octobre 1936, encore que la CNT avait donn\u00e9 son accord, bien avant, dans une r\u00e9union pl\u00e9ni\u00e8re le 17 ao\u00fbt 1936.<\/p>\n<p>Fin octobre le bilan du CCMA \u00e9tait terrible : On mettait fin aux expropriations ouvri\u00e8res spontan\u00e9es et m\u00e9thodiques d\u2019usines et de propri\u00e9t\u00e9s de la bourgeoisie qui furent contr\u00f4l\u00e9es et d\u00e9form\u00e9es par un d\u00e9cret de collectivisation et de contr\u00f4le ouvrier, dont les dispositions et d\u00e9veloppement furent mis en \u0153uvre par Taradellas, moyennant 58 d\u00e9crets financiers et fiscaux\u2026<\/p>\n<p><strong>Le discours de Durruti.<\/strong> 4 novembre 1936<\/p>\n<p>Le 4 novembre 1936 Durruti fit \u00e0 la radio de la CNT-FAI un discours qui fit grande impression.<\/p>\n<p>Ce m\u00eame jour la presse confirmait la prise de possession de la charge de ministres de quatre anarchistes dans le gouvernement de Madrid : Federica Montseny, Juan Garcia Oliver, Joan L\u00f3pez et Joan Peir\u00f3.<\/p>\n<p>La colonne Durruti n\u2019avait pas r\u00e9ussi \u00e0 prendre Saragosse. Les difficult\u00e9s d\u2019approvisionnement en armes \u00e9taient les principales difficult\u00e9s du front. Le 24 octobre la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 avait approuv\u00e9 le D\u00e9cret de militarisation des Milices, qui mettait en vigueur l\u2019ancien code de justice militaire, \u00e0 partir du 1\u00b0 novembre.<\/p>\n<p>La colonne Durruti refusait la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une discipline de caserne \u00e0 laquelle s\u2019opposait la sup\u00e9riorit\u00e9 de la discipline r\u00e9volutionnaire : \u00ab Miliciens oui ; soldats jamais \u00bb. Durruti en tant que d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de la Colonne voulait se faire l\u2019\u00e9cho de l\u2019indignation et de la protestation des miliciens du front d\u2019Aragon face au cours clairement contrer\u00e9volutionnaire qui ouvrait le chemin \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-garde.<\/p>\n<p>Durruti disait : \u00ab Si cette militarisation d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 est destin\u00e9e \u00e0 nous faire peur et \u00e0 nous imposer une discipline de fer ils se sont tromp\u00e9s. Vous vous trompez Conseillers, avec le d\u00e9cret de militarisation des milices. Puisque que vous parlez de discipline de fer, je vous dis de venir avec moi en premi\u00e8re ligne. C\u2019est l\u00e0 que nous sommes nous qui n\u2019acceptons aucune discipline, parce que nous sommes conscients d\u2019accomplir notre devoir. Et vous verrez notre ordre et notre organisation. Ensuite nous viendrons \u00e0 Barcelone et nous vous interrogerons interrogerons \u00e0 propos de votre discipline, de votre ordre, de votre contr\u00f4le, dont vous \u00eates d\u00e9pourvus.<\/p>\n<p>Plusieurs heures apr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 Durruti on continuait \u00e0 commenter ce qu\u2019il avait dit avec son habituelle \u00e9nergie et sa franchise. Ses paroles r\u00e9sonn\u00e8rent avec force et \u00e9motion dans la nuit barcelonaise, incarnant l\u2019authentique pens\u00e9e de la classe travailleuse. Cela avait \u00e9t\u00e9 un cri d\u2019alarme qui rappelait aux travailleurs leur condition de militants r\u00e9volutionnaires. Durruti ne reconnaissait aucun dieu parmi ses semblables, ni que la classe ouvri\u00e8re ne se reconnaissait en lui-m\u00eame. Il pr\u00e9sumait que les miliciens qui s\u2019affrontaient au fascisme sur les champs de bataille n\u2019\u00e9taient pas dispos\u00e9s \u00e0 ce que quiconque les d\u00e9pouille de leur contenu r\u00e9volutionnaire et \u00e9mancipateur : ils ne luttaient pas pour la R\u00e9publique ou la d\u00e9mocratie bourgeoise,mais pour le triomphe de la r\u00e9volution sociale et l\u2019\u00e9mancipation du prol\u00e9tariat.<\/p>\n<p>Dans tout le discours il n\u2019y avait aucune phrase d\u00e9magogique ou rh\u00e9torique. C\u2019\u00e9taient des coups de clairon pour ceux d\u2019en haut et pour ceux d\u2019en bas. Pour les ouvriers et pour les chefs de la CNT install\u00e9s dans des centaines de postes de responsabilit\u00e9, pour les citoyens dans la rue, et pour les conseillers de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 ou les tout nouveaux ministres anarchistes. Une critique contre les d\u00e9rives bureaucratiques de la situation r\u00e9volutionnaire cr\u00e9\u00e9e le 19 juillet, et une condamnation de la politique du gouvernement, avec ou sans conf\u00e9d\u00e9ral \u00e0 la t\u00eate de cette confusion.<\/p>\n<p>A l\u2019arri\u00e8re-garde on confondait lamentablement le devoir et la charit\u00e9, l\u2019administration et le commandement, la fonction et la bureaucratie, la responsabilit\u00e9 et la discipline, l\u2019accord et le d\u00e9cret et l\u2019exemple avec j\u2019ordonne et je commande. Les menaces de \u00ab descendre \u00e0 Barcelone \u00bb raviv\u00e8rent la terreur des repr\u00e9sentants politiques de la bourgeoisie, encore qu\u2019il fut d\u00e9j\u00e0 trop tard pour corriger l\u2019inexcusable et ing\u00e9nue erreur de juillet, quand fut ajourn\u00e9e la r\u00e9volution au nom de \u00ab apr\u00e8s la prise de Saragosse \u00bb, en raison d\u2019insuffisance th\u00e9oriques et de d\u00e9faut de perspectives du mouvement libertaire.<\/p>\n<p>Mais on ne menace pas le pouvoir en vain : ces paroles, destin\u00e9es \u00e0 ses fr\u00e8res de classe, avaient tout d\u2019un testament r\u00e9volutionnaire. Testament, et non proclamation, parce que celui \u2013 ci \u00e9tait une mort annonc\u00e9e, que la sacralisation posthume convertit en une \u00e9nigme.<\/p>\n<p>La cons\u00e9quence imm\u00e9diate du discours radiophonique fut la convocation par Companys le lendemain, le 5 novembre \u00e0 onze heures du soir, d\u2019une r\u00e9union extraordinaire au Palais de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 de tous ses conseillers et des repr\u00e9sentants de toutes les organisations politiques et syndicales, pour traiter de la r\u00e9sistance croissante \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution du d\u00e9cret de militarisation des milices, ainsi qu\u2019\u00e0 la dissolution des comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires et leur substitution par des mairies front \u2013 populistes. Durruti \u00e9tait la cause et le r\u00e9veil du d\u00e9bat, bien que tous \u00e9vit\u00e8rent de prononcer son nom.<\/p>\n<p>Campanys exposa la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019en finir avec \u00ab les incontr\u00f4l\u00e9s \u00bb qui en marge de toute organisation politique et syndicale \u00ab se d\u00e9barrassent de tout et nous mettent tous dans l\u2019embarras \u00bb. Comorera (PSUC) affirma que l\u2019UGT allait expulser de ses rangs ceux qui ne respecteraient pas les d\u00e9crets, et invita les autres organisations \u00e0 en faire de m\u00eame. Marianet , secr\u00e9taire de la CNT, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre glorifi\u00e9 du sacrifice des anarchistes \u00e0 leur renoncement \u00e0 leur propre principes id\u00e9ologiques, s\u2019inqui\u00e9ta du manque de tact dans l\u2019application imm\u00e9diate du Code de Justice Militaire, et assura que suite au d\u00e9cret de dissolution des comit\u00e9s, et gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019effort de la CNT il y avait de moins en moins d\u2019incontr\u00f4l\u00e9s et qu\u2019il s\u2019agissait non pas tant de groupes \u00e0 expulser que de r\u00e9sistances \u00e0 vaincre, sans provoquer de r\u00e9bellion et d\u2019individus \u00e0 convaincre.<\/p>\n<p>Nin (POUM), Herrera (FAI) et F\u00e0bregas (CNT) lou\u00e8rent les efforts r\u00e9alis\u00e9s par toutes les organisations pour normaliser la situation post\u00e9rieure au 19 juillet et renforcer le pouvoir de l\u2019actuel Conseil de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9. Nin intervint dans le conflit entre Santino, conseiller \u00e0 la D\u00e9fense et Marianet sur les causes de la r\u00e9sistance au D\u00e9cret de militarisation, en disant que \u00ab dans le fond ils \u00e9taient tous d\u2019accord \u00bb et qu\u2019il existait une certaine peur parmi les masses \u00ab de perdre ce qu\u2019elles avaient gagn\u00e9 \u00ab mais que la classe ouvri\u00e8re \u00e9tait d\u2019accord pour former une v\u00e9ritable arm\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>Nin voyait la solution du conflit actuel dans la cr\u00e9ation d\u2019un commissariat \u00e0 la guerre o\u00f9 serait repr\u00e9sent\u00e9 toutes les organisations politiques et syndicales. Comorera, beaucoup plus intransigeant que Companys et Tarradellas, affirma que le probl\u00e8me fondamental se situait dans le manque d\u2019autorit\u00e9 de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 : \u00ab  \u00bb non seulement sur la question de la militarisation et de la direction de la guerre ou du commandement unique, mais aussi \u00e0 propos de la dissolution des comit\u00e9s et de la formation de municipalit\u00e9s ou en ce qui concerne la collecte d\u2019armes pour l\u2019arri\u00e8re \u2013 garde, ou la mobilisation pour laquelle il pr\u00e9voyait un \u00e9chec. Manque d\u2019autorit\u00e9 que Comorera \u00e9tendait d\u2019abord et avant tout aux collectivisations \u00ab qui continuent de se faire en toute fantaisie sans se soumettre au D\u00e9cret qui les r\u00e9gissent \u00bb. Companys accepta la possibilit\u00e9 de modifier le Code Militaire et la cr\u00e9ation d\u2019un commissariat \u00e0 a guerre. Comorera et Andreu (ERC) insist\u00e8rent pour faire adopter et faire appliquer les d\u00e9crets.<br \/>\nLa r\u00e9union se conclut par un appel unitaire au peuple catalan au respect disciplin\u00e9 de tous les d\u00e9crets de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, et par l\u2019engagement de toutes les organisations \u00e0 exprimer leur soutien dans la presse \u00e0 toutes les d\u00e9cisions gouvernementales. Personne ne s\u2019opposa \u00e0 la militarisation : le seul probl\u00e8me pour les politiques et les bureaucrates \u00e9tait de se faire ob\u00e9ir.<\/p>\n<p>Le 6 novembre le Conseil des Ministres de la R\u00e9publique d\u00e9cidait, \u00e0 une unanimit\u00e9 qui incluait le vote des quatre ministres anarchistes, la fuite du gouvernement de Madrid assi\u00e9g\u00e9 par les troupes fascistes. Le m\u00e9pris de la F\u00e9d\u00e9ration Locale de la CNT \u00e0 Madrid se refl\u00e9ta dans un splendide manifeste public qui d\u00e9clarait : \u00ab Madrid, libre de ministres, sera la tombe du fascisme. En avant miliciens ! Vive Madrid sans gouvernement ! Vive la r\u00e9volution sociale ! \u00bb<\/p>\n<p>Le 15 une partie de la colonne Durruti combattait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Madrid, sous le commandement d\u2019un Durruti qui avait r\u00e9sist\u00e9 au d\u00e9part de l\u2019Aragon, convaincu finalement par Marianet et Federica.<\/p>\n<p>Le 19 novembre une balle perdue, ou non, le blessa sur le front de Madrid o\u00f9 il mourut le lendemain.<\/p>\n<p>Le dimanche 22 novembre, \u00e0 Barcelone un innombrable, interminable, chaotique et d\u00e9sorganis\u00e9 cort\u00e8ge fun\u00e8bre avan\u00e7ait lentement, tandis que deux fanfares qui ne parvenaient pas \u00e0 jouer \u00e0 l\u2019unisson contribuaient \u00e0 augmenter la confusion. La cavalerie et les troupes motoris\u00e9es qui devaient ouvrir le d\u00e9fil\u00e9 \u00e9taient bloqu\u00e9es par la multitude. Les voitures qui portaient les couronnes faisaient marche arri\u00e8re. Chacun des membres de l\u2019escorte de cavalerie essayait d\u2019avancer pour son propre compte.<\/p>\n<p>Les musiciens qui s\u2019\u00e9taient dispers\u00e9s essayaient de se regrouper au sein d\u2019une masse confuse qui portait des pancartes antifascistes o\u00f9 ondoyaient des drapeaux rouges, rouge et noir et de drapeaux ray\u00e9s des quatre barres. Le cort\u00e8ge fun\u00e8bre \u00e9tait pr\u00e9sid\u00e9 par de nombreux politiques et bureaucrates, pari lesquels se distinguaient Companys, pr\u00e9sident de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, Antonov-Ovseenko, consul sovi\u00e9tique et Juan Garc\u00eda Oliver, ministre anarchiste de la R\u00e9publique, qui prirent la parole devant le monument \u00e0 Colomb pour faire \u00e9talage de leurs dons oratoires devant la multitude.<\/p>\n<p>Joan Garc\u00eda Oliver anticipa les m\u00eames arguments de sinc\u00e8re amiti\u00e9 et de confraternit\u00e9 entre antifascistes qu\u2019il utilisera en mai 1937 pour aider \u00e0 d\u00e9manteler les barricades de l\u2019insurrection ouvri\u00e8re contre le stalinisme.<\/p>\n<p>Le consul sovi\u00e9tique s\u2019engagea dans la manipulation id\u00e9ologique de Durruti en faisant le champion de la discipline militaire et du commandement unique.<\/p>\n<p>Companys joua \u00e0 l\u2019insulte la plus vile en disant que Durruti \u00ab \u00e9tait mort d\u2019un tir dans le dos comme meurt les l\u00e2ches\u2026 ou comme meurent ceux qui sont assassin\u00e9s par les l\u00e2ches \u00bb. Les trois se retrouv\u00e8rent dans l\u2019exaltation par-dessus tout de l\u2019unit\u00e9 antifasciste. L\u2019estrade fun\u00e8bre de Durruti \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 la tribune de la contrer\u00e9volution.<\/p>\n<p>Trois orateurs, \u00e9minents repr\u00e9sentants du gouvernement bourgeois, du stalinisme et de la bureaucratie de la CNT, se disputaient la popularit\u00e9 du dangereux incontr\u00f4l\u00e9 d\u2019hier et du h\u00e9ros embaum\u00e9 du jour. Quand le cercueil, huit heures apr\u00e8s le d\u00e9but du spectacle, maintenant sans le cort\u00e8ge officiel, mais accompagn\u00e9 par une multitude de badauds arriva au cimeti\u00e8re de Montjuic, il ne put pas \u00eatre enterr\u00e9 avant le lendemain parce que des centaines de couronnes obstruaient le passage, la fosse \u00e9tait trop petite et une pluie torrentielle emp\u00eachait de l\u2019\u00e9largir.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre ne saurons-nous jamais comment Durruti est mort, puisqu\u2019il y a sept ou huit versions diff\u00e9rentes et contradictoires, mais il est plus int\u00e9ressant de se demander pourquoi il est mort quinze jours apr\u00e8s avoir parl\u00e9 \u00e0 la radio. L\u2019allocution radiophonique de Durruti fut per\u00e7ue comme une p\u00e9rilleuse menace, qui trouva une r\u00e9ponse imm\u00e9diate lors de la r\u00e9union extraordinaire du Conseil de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 et surtout dans la brutalit\u00e9 de l\u2019intervention de Comorera, \u00e0 peine mod\u00e9r\u00e9e par les dirigeants de la CNT et du POUM, qui au bout du compte pr\u00eat\u00e8rent serment en commun de respecter et de faire appliquer les d\u00e9crets. L\u2019union sacr\u00e9e antifasciste entre bureaucrates ouvriers, staliniens et politiciens bourgeois ne pouvait tol\u00e9rer des incontr\u00f4l\u00e9s de l\u2019envergure de Durruti : d\u2019o\u00f9 l\u2019urgence et la n\u00e9cessit\u00e9 de sa mort. En s\u2019opposant \u00e0 la militarisation des milices, Durruti personnifiait l\u2019opposition et la r\u00e9sistance r\u00e9volutionnaire \u00e0 la dissolution des comit\u00e9s, \u00e0 la direction de la guerre par la bourgeoisie et au contr\u00f4le de l\u2019Etat des entreprises expropri\u00e9es en juillet. Durruti est mort parce qu\u2019il s\u2019\u00e9tait converti en un dangereux obstacle \u00e0 la contrer\u00e9volution en marche : il \u00e9tait un incontr\u00f4l\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9faitisme r\u00e9volutionnaire des Amis de Durruti<\/strong> (f\u00e9vrier 1937)<\/p>\n<p>Le rejet de la militarisation des Milices Populaires cr\u00e9a un grand malaise dans plusieurs unit\u00e9s de miliciens libertaires, qui se concr\u00e9tisa dans l\u2019assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re des colonnes conf\u00e9d\u00e9rales et anarchistes r\u00e9unie \u00e0 Valence du 5 au 8 f\u00e9vrier 1937.<\/p>\n<p>Pablo Ruiz y assista comme d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 des miliciens de la colonne Durruti du secteur de Gelsa, r\u00e9ticents quant \u00e0 la militarisation, et les fr\u00e8res Pellicer comme repr\u00e9sentants des miliciens de la Colonne de Ferro. Dans le quatri\u00e8me groupement de la colonne Durruti, le secteur de Gelsa, ils arriv\u00e8rent \u00e0 une position de d\u00e9sob\u00e9issance d\u00e9fiant les ordres re\u00e7us des comit\u00e9s r\u00e9gionaux de la CNT et de la FAI pour qu\u2019ils acceptent la militarisation. L\u2019hostilit\u00e9 entre les miliciens de la colonne Durruti qui acceptaient la militarisation et ceux qui la rejetaient, cr\u00e9a de s\u00e9rieux probl\u00e8mes, qui furent sur le point de provoquer un affrontement arm\u00e9, canalis\u00e9 moyennant la cr\u00e9ation d\u2019une commission de la colonne pr\u00e9sid\u00e9e par Manzana qui soumit le probl\u00e8me au Comit\u00e9 R\u00e9gional. Le r\u00e9sultat de ces discussions fut de donner \u00e0 choisir \u00e0 tous les miliciens, au terme de 15 jours, entre deux alternatives : l\u2019acceptation de la militarisation impos\u00e9e par le gouvernement r\u00e9publicain, ou l\u2019abandon du front.<\/p>\n<p>Pablo Ruz, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du quatri\u00e8me groupement de la colonne Durruti de Gelsa prit la t\u00eate de 800 miliciens qui d\u00e9cid\u00e8rent, malgr\u00e9 toutes les pressions, d\u2019abandonner le front, en conservant leurs armes, pour descendre \u00e0 Barcelone et fonder une organisation r\u00e9volutionnaire qui s\u2019oppose au constant abandon des principes anarchistes et \u00e0 la contrer\u00e9volution en marche. Ces miliciens furent \u00e0 l\u2019origine de la fondation de l\u2019Association des Amis de Durruti. En mai 1937 ils avaient diffuser cinq mille cartes d\u2019adh\u00e8sion et comptaient quatre cents d\u2019entre eux, arm\u00e9s, luttant sur les barricades.<\/p>\n<p>L\u2019Association des Amis de Durruti avait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e formellement le 17 mars 1937 encore que ses origines remontaient \u00e0 octobre 1936. L\u2019association \u00e9tait constitu\u00e9e de la confluence de deux courants principaux : l\u2019opposition des miliciens anarchistes de la colonne Durruti \u00e0 la militarisation des Milices Populaires, et l\u2019opposition de ceux oppos\u00e9s au gouvernementalisme, qui trouvait sa meilleure expression dans les articles de Jaume Balius (mais pas seulement de Balius) dans Solidaridad Obrera, de juillet jusqu\u2019en novembre 1936, dans Ideas , de d\u00e9cembre 1936 jusqu\u2019\u00e0 avril 1937, et dans La Nuit, de mars \u00e0 mai 1937. Les deux courants, le \u00ab milicien \u00bb de rejet de la militarisation des Milices Populaires, repr\u00e9sent\u00e9 par Pablo Ruiz, et la \u00ab journalistique \u00bb de critique du collaborationnisme gouvernemental de la CNT-FAI, conduite par Jaume Balius, s\u2019opposaient \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie circonstancielle et collaborationniste conf\u00e9d\u00e9rale (qui servait d\u2019alibi \u00e0 l\u2019abandon des principes caract\u00e9risant fondamentalement l\u2019anarchisme) incarn\u00e9 avec diverses nuances, par Federica Montseny, Joan Garcia Oliver, \u00ab Diego Abad de Santill\u00e1n \u00bb ou Joan Peir\u00f3, entre autres.<\/p>\n<p>Les Amis de Durruti pos\u00e8rent en pratique un des plus remarquables \u00e9pisodes de d\u00e9faitisme r\u00e9volutionnaire de l\u2019histoire du mouvement ouvrier r\u00e9volutionnaire : 800 miliciens abandonn\u00e8rent le front d\u2019Aragon les armes \u00e0 la main, pour descendre \u00e0 Barcelone avec l\u2019objectif de combattre pour la r\u00e9volution, fondant les Amis de Durruti, qui en mai 1937 vont essayer d\u2019impulser une orientation r\u00e9volutionnaire \u00e0 l\u2019insurrection ouvri\u00e8re contre le stalinisme et le gouvernement bourgeois de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Les sanglantes journ\u00e9es du 3 au 7 mai 1937<\/strong><\/p>\n<p>Lors de l\u2019assembl\u00e9e de la F\u00e9d\u00e9ration locale des groupes anarchistes du 12 avril 1937, radicalis\u00e9e par l\u2019invitation des Joventuts Llibert\u00e0ries (Jeunesses Libertaires) et des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des comit\u00e9s de d\u00e9fense , fut exig\u00e9 le retrait de tous les militants de la CNT de toute charge municipale ou gouvernementale et fut cr\u00e9\u00e9 un comit\u00e9 insurrectionnel.<\/p>\n<p>Dans cette radicalisation jou\u00e8rent un r\u00f4le important Juli\u00e1n Merino, Pablo Ruiz et Juan Santana Calero. A la mi-avril 1937 Manuel Escorza del Val n\u00e9gocia directement avec Companys une issue \u00e0 la crise du gouvernement de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, d\u00e9but\u00e9e aux premiers jours de mars 1937, avec les d\u00e9crets de cr\u00e9ation du Corps Unique de S\u00e9curit\u00e9 et de dissolution des patrouilles de Contr\u00f4le.<\/p>\n<p>Taradellas fut \u00e9cart\u00e9 par Companys de ces n\u00e9gociations, parce qu\u2019il consid\u00e9rait que celui-ci \u00e9tait trop condescendant \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la CNT. Companys cherchait un rapprochement du PSUC et du gouvernement de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, et un \u00e9loignement, ou jusqu\u2019\u00e0 une d\u00e9finitive exclusion de la CNT. De cette fa\u00e7on il pensait parvenir \u00e0 un gouvernement fort de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9. Apr\u00e8s de dures n\u00e9gociations, non exemptes de violents affrontements et de menaces, on arriva \u00e0 un accord a minima de gouvernement qui pr\u00e9voyait l\u2019entr\u00e9e d\u2019Aurelio Fern\u00e1ndez comme conseiller.<\/p>\n<p>L\u2019assassinat d\u2019Antonio Martin \u00e0 Bellver de Cerdanya, le 27 avril 1937, rompit le fragile \u00e9quilibre provisoire conclut lors des discussions des 9-11 avril et dans l\u2019accord personnel Companys\/Escorza du 15 avril. Manuel Escorza informa les comit\u00e9s de d\u00e9fense de l\u2019information qu\u2019il poss\u00e9dait sur un pr\u00e9visible et prochain coup ou action violente des forces d\u2019ordre public de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 qui serait soutenu par le PSUC et l\u2019ERC.<\/p>\n<p>Les \u00e9v\u00e8nements de Bellver du 27 avril et l\u2019assassinat d\u2019Antonio Martin avaient \u00e9t\u00e9 le premier acte de ce coup de force qui se pr\u00e9parait \u00e0 Barcelone.<\/p>\n<p>Escorza alluma la m\u00e8che qui d\u00e9clencha l\u2019insurrection, en mettant les comit\u00e9s de d\u00e9fense en \u00e9tat d\u2019alarme. Les constants affrontements, les d\u00e9sarmements r\u00e9ciproques et les escarmouches habituelles entre les Patrouilles de contr\u00f4le et les gardes d\u2019assaut ne faisaient qu\u2019annoncer le choc d\u00e9finitif.<\/p>\n<p>Les instances sup\u00e9rieures des Comit\u00e9s (Dion\u00eds Eroles et Josep Asens) intervinrent d\u00e8s les premiers instants de l\u2019occupation de Telefonica avec l\u2019objectif d\u2019\u00e9viter l\u2019\u00e9clatement de l\u2019insurrection, et une fois celle-ci d\u00e9clench\u00e9e, avec l\u2019intention de la contr\u00f4ler et d\u2019y mettre fin ; mais ils furent d\u00e9bord\u00e9s par les comit\u00e9s de d\u00e9fense et tr\u00e8s vite se virent totalement d\u00e9pass\u00e9s.<\/p>\n<p>La r\u00e9union du CR du 4 mai 1937 fut convoqu\u00e9e \u00e0 la demande de Juli\u00e1n Merino qui s\u2019exprima comme promoteur (militaire) de l\u2019insurrection en cours, demandant au CR qu\u2019il la dirige, par un comit\u00e9 r\u00e9volutionnaire (secret) de la CNT catalane et de deux commissions : celle du Centre et celle de Paral.lel \u2013Pla\u00e7a d\u2019Espanya.<\/p>\n<p>Lucio Ruano eut un r\u00f4le tr\u00e8s actif dans la lib\u00e9ration de l\u2019\u00e9difice de la Maison de la CNT-FAI au moyen de bombes \u00e0 main contre les forces qui entouraient l\u2019\u00e9difice, ainsi que dans le contr\u00f4le des canons de Montju\u00efc qui d\u00e8s lors furent point\u00e9s sur le Palais de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9. La Commission du Paral.lel \u2013 Pla\u00e7a d\u2019Espanya dirigea la lutte sur cette avenue et sur la place d\u2019Espagne, prenant d\u2019assaut la caserne Casarramona de la garde civile et celle des gardes d\u2019assaut sur la place d\u2019Espagne, faisant prisonniers un total de quelques 600 gardes (d\u2019assaut et garde civile) qui seront d\u00e9tenus dans les d\u00e9pendances de l\u2019H\u00f4tel num\u00e9ro 1 et de l\u2019Espagne Industrielle.<\/p>\n<p>La Commission du Centre op\u00e9ra aux c\u00f4t\u00e9s des Amis de Durruti (Pablo Ruiz et Jaume Balius) occupant toute la rue de l\u2019 H\u00f4pital depuis les Ramblas, o\u00f9 se trouvait le si\u00e8ge des Amis de Durruti jusqu\u2019\u00e0 l\u2019immeuble des Ecoles religieuses (Escolapis), o\u00f9 le Comit\u00e9 de D\u00e9fense (et de Poble Sec) avait son si\u00e8ge ainsi que de nombreux groupes anarchistes. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la Rambla ils occupaient le d\u00e9but de la rue Fiveller (aujourd\u2019hui Ferran) et la place Maci\u00e0 (aujourd\u2019hui place Royale) et au-del\u00e0 des Escolapis \u00e9tablissaient le contact avec M\u00e0xim Franco \u00e0 la Brexta de Sant Pau, lequel avec une quarantaine de miliciens (d\u00e9serteurs r\u00e9volutionnaires de la Rouge et Noire) avaient dress\u00e9 des barricades dans cette zone du Paral.lel<\/p>\n<p>Le CR nomma une d\u00e9l\u00e9gation pour parlementer au Palais de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, \u00e0 laquelle participait Santill\u00e1n, qui avait donn\u00e9 l\u2019ordre aux artilleurs de Montju\u00efc (Lucio Ruano) de tirer sur l\u2019\u00e9difice s\u2019ils ne recevaient pas chaque demi-heure son message t\u00e9l\u00e9phonique.<\/p>\n<p>Les principaux orateurs anarcho-syndicalistes, les ministres Joan Garc\u00eda Oliver et Federica Montseny vinrent de Valence pour lancer \u00e0 la radio leurs discours conciliateurs. Ils furent les \u00ab pompiers \u00bb qui \u00e9teignirent le feu.<br \/>\nXena, Jover et Manzana organis\u00e8rent la d\u00e9fense militaire de l\u2019immeuble de la maison de la CNT-FAI. L\u2019occupation de la Maison du M\u00e9decin situ\u00e9e face \u00e0 la Maison de la CNT-FAI , de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Avenue Durruti, par des miliciens \u00e9trangers de diverses nationalit\u00e9s (surtout italienne et fran\u00e7aise), ob\u00e9issait \u00e0 cette strat\u00e9gie d\u00e9fensive et \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de rompre l\u2019encerclement. L\u2019abandon des barricades le 7 mai confirma l\u2019\u00e9chec politique : la menace de la r\u00e9pression obligea \u00e0 effacer les empreintes, \u00e0 cacher les responsabilit\u00e9s et \u00e0 dissimuler certains r\u00f4les. Et ceci affecta la r\u00e9daction des comptes-rendus des r\u00e9unions conf\u00e9d\u00e9rales.<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9t\u00e9 1937<\/strong><\/p>\n<p>Le mercredi 16 juin 1937, des policiers arriv\u00e9s \u00e0 Barcelone depuis Madrid arr\u00eat\u00e8rent le Comit\u00e9 Central du POUM, parti d\u00e9clar\u00e9 ill\u00e9gal le jour m\u00eame sous la fantastique accusation de faire partie d\u2019un r\u00e9seau d\u2019espionnage fasciste. La chasse aux incontr\u00f4l\u00e9s commen\u00e7ait, c\u2019est-\u00e0-dire, la chasse \u00e0 ceux non contr\u00f4l\u00e9s ni par le gouvernement ni par les staliniens. Une brutale r\u00e9pression commen\u00e7ait contre le POUM et les secteurs r\u00e9volutionnaires de la CNT, qui de plus diabolisait et diffamait le caract\u00e8re et la nature des incontr\u00f4l\u00e9s\/r\u00e9volutionnaires. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire que s\u2019organisait une campagne de tromperies, infamies et calomnies comme substitut \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sociale et historique. R\u00e9pression et acharnement, sans limites, \u00e0 l\u2019encontre des vaincus de mai. Les militants du POUM \u00e9taient accus\u00e9s d\u2019\u00eatre trotskistes\/fascistes, les hauts responsables de la CNT de l\u2019ordre public, ou de l\u2019ancien Bureau Juridique, \u00e9taient outrag\u00e9s d\u00e9consid\u00e9r\u00e9s et caricatur\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde, les convertissant en monstrueux assassins et avides voleurs, les isolant du contexte historique, social et r\u00e9volutionnaire dans lequel ils avaient surgis.<\/p>\n<p>Ceux qui maintenant \u00e9taient r\u00e9prim\u00e9s n\u2019\u00e9taient plus les membres de la cinqui\u00e8me colonne et les ennemis embusqu\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re garde, dans une situation de guerre civile, provoqu\u00e9e par le soul\u00e8vement de militaires, de cur\u00e9s et de fascistes contre un gouvernement d\u00e9mocratique et l\u00e9gitime. Ils se convertissaient en angelots saints et innocents injustement agress\u00e9s. On faisait abstraction du coup d\u2019\u00e9tat et de la guerre en cours d\u2019un peuple contre l\u2019arm\u00e9e professionnelle, l\u2019Eglise et la bourgeoisie. C\u2019\u00e9tait une extravagante, grotesque et curieuse man\u0153uvre, mais tr\u00e8s effective, qui masquait le r\u00f4le des staliniens et des r\u00e9publicains dans les m\u00eames t\u00e2ches r\u00e9pressives que les anarchistes. De mani\u00e8re absurde et arbitrairement ils concentraient et personnalisaient toutes les \u00ab atrocit\u00e9s \u00bb, actions r\u00e9pressives et d\u00e9cisions \u00ab de gouvernement et d\u2019ordre public \u00bb prises durant la p\u00e9riode r\u00e9volutionnaire \u00e0 Barcelone dans quelques noms stigmatis\u00e9s et diabolis\u00e9s : Manuel Escorza, Dionisi Eroles, Aurelio Fern\u00e1ndez, Josep Asens, Eduardo Barriobero, Justo Bueno, Antonio Ordaz.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, dans chaque localit\u00e9 \u00e9mergeait le nom de l\u2019incontr\u00f4l\u00e9\/r\u00e9volutionnaire de r\u00e9f\u00e9rence : Antonio Mart\u00edn, \u00ab le boiteux de M\u00e0laga \u00bb, \u00e0 Puigcerd\u00e0, Lino et \u00ab ses marmots \u00bb \u00e0 Sabadell, Pedro Alcocer et \u00ab ses jeunes \u00bb \u00e0 Terrassa, Aubi \u00ab le gros \u00bb \u00e0 Badalone, Marin \u00e0 Molins, Pascual Fresquet et son autobus de la mort \u00e0 Falset, et un long etc\u00e8tera dans toute la Catalogne.<\/p>\n<p>L\u2019op\u00e9ration de pers\u00e9cution, de d\u00e9shonneur, d\u2019\u00e9limination, de distorsion de criminalisation de certains des responsables de la CNT, compl\u00e8te et gratuitement d\u00e9gradante, basse, abstraite, id\u00e9ologique et irrationnelle masqua la situation r\u00e9volutionnaire, d\u00e9clench\u00e9e en juillet 1936 par le triomphe sur le coup miltaro-fasciste et le vide du pouvoir qui en r\u00e9sulta, comme une \u00e9pid\u00e9mie de monstrueux assassins en s\u00e9rie , vampires avides de sang et voleurs imp\u00e9nitents, tous exclusivement anarchistes, provoqu\u00e9e par un \u00e9trange virus : la l\u00e9galit\u00e9 r\u00e9publicaine et la s\u00e9lective r\u00e9pression gouvernementale et stalinienne. Ce qui est curieux et grave c\u2019est que cette campagne publicitaire et cette cha\u00eene d\u2019infamies p\u00e9n\u00e9tra si profond\u00e9ment qu\u2019elle en vint \u00e0 se substituer \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame, et elle impr\u00e8gne encore aujourd\u2019hui le r\u00e9cits historiques acad\u00e9miques comme un dogme indiscutable. Ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019Orwell tira les caract\u00e9ristiques essentielles du Grand Fr\u00e8re de ses souvenirs barcelonais.<\/p>\n<p><strong>Brochure d\u2019Agust\u00edn Guillam\u00f3n<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9t\u00e9 et l\u2019automne 1936 Apr\u00e8s les journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires des 19 et 20 juillet 1936 les instances sup\u00e9rieures de la CNT et de la FAI ont tent\u00e9 de r\u00e9tablir l\u2019ordre public, c\u2019est-\u00e0-dire la loi et l\u2019ordre r\u00e9publicains dans les rues de Barcelone, en r\u00e9primant la d\u00e9linquance et en poursuivant les fascistes embusqu\u00e9s, mais aussi en contenant &hellip; <a href=\"https:\/\/retirada37.com\/?p=4318\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Les Incontr\u00f4l\u00e9s<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[],"class_list":["post-4318","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4318","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4318"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4318\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4319,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4318\/revisions\/4319"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4318"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4318"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4318"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}