{"id":4208,"date":"2024-02-10T09:00:15","date_gmt":"2024-02-10T08:00:15","guid":{"rendered":"http:\/\/retirada37.com\/?p=4208"},"modified":"2024-02-09T19:00:22","modified_gmt":"2024-02-09T18:00:22","slug":"le-9-fevrier-1939-manuel-et-victoria-foulent-le-sol-francais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/retirada37.com\/?p=4208","title":{"rendered":"LE  9  FEVRIER 1939, MANUEL et  VICTORIA  FOULENT  LE  SOL  FRAN\u00c7AIS"},"content":{"rendered":"<p><em>Chaque 9 F\u00e9vrier, mon p\u00e8re s\u2019asseyait au bout de la table.  Entour\u00e9 de leurs enfants Manuel et Victoria racontaient inlassablement leur arriv\u00e9e en France, avec leurs voix couvertes d\u2019\u00e9motion. Apr\u00e8s nous avoir expliqu\u00e9 leurs d\u00e9parts de leurs villages et leurs combats difficiles pendant la guerre, ils avancent pas \u00e0 pas vers ce pays inconnu qu\u2019ils ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019atteindre pour essayer de vivre une vie meilleure et en paix.<\/p>\n<p>Le 5 F\u00e9vrier 1939, Manuel et Victoria, commencent leur exode\u2026 ils marchent vers l\u2019inconnu\u2026. La France&#8230;&#8230;<\/p>\n<p><strong>Le 5 f\u00e9vrier 1939<\/strong>, ayant quitt\u00e9 son village andalou pour combattre le franquisme, laissant famille et amis, Manuel avec pour seul bagage une vieille couverture us\u00e9e sur le dos, prenait la route de la France.<br \/>\nDe son c\u00f4t\u00e9, Victoria avec ses parents et sa s\u0153ur, partait de Barcelone et prenait elle aussi, la route de la France.<br \/>\nPour l&rsquo;un comme l&rsquo;autre, c\u2019\u00e9tait des moments difficiles, partant vers l&rsquo;inconnu, un pays o\u00f9 ils ne connaissaient personne avec aucun rudiment de la langue, pour construire quoi, o\u00f9 et comment&#8230;..<\/p>\n<p><strong>Le 6 F\u00e9vrier 1939<\/strong>, apr\u00e8s quelques heures de repos, couch\u00e9s dans les foss\u00e9s ou sur l\u2019herbe, envelopp\u00e9s de leur couverture, ils poursuivent leur route. C\u2019est difficile de mettre un pas devant l\u2019autre, quand on a mal dormi, quand on sait que dans la poche il reste le dernier petit morceau de pain durcit par le froid, mais malgr\u00e9 l\u2019inconnu au bout du chemin, il y a l\u2019espoir d\u2019une vie en paix. Alors on marche regardant devant soi\u2026.<\/p>\n<p><strong>Le 7 F\u00e9vrier 1939<\/strong>, le froid est l\u00e0, la faim tenaille, mais il faut poursuivre\u2026.. Au bout du chemin une longue file avance lentement. On rejoint le convoi\u2026\u2026 A pas lents on rentre dans la file. On avance moins vite \u2026.. On aide \u00e0 relever les personnes \u00e2g\u00e9es. Les maigres bagages sont de plus en plus lourds. Les enfants pleurent \u2026.. Les visages sont tristes, le regard lointain, mais on avance\u2026.<\/p>\n<p><strong>Le 8 F\u00e9vrier 1939<\/strong>, Ils poursuivent leur route. La file interminable s\u2019\u00e9paissit\u2026. Les pas se font plus lents, les maigres fardeaux plus lourds\u2026. Des vieillards, des enfants jonchent le sol, ne pouvant plus faire un pas\u2026.. La file s\u2019\u00e9paissit.<br \/>\nIls pi\u00e9tinent, on arrive\u2026. Ils s\u2019entassent et l\u2019attente est longue\u2026\u2026. Debout, assis sur les bagages, les enfants dans les bras, entass\u00e9s les uns sur les autres, ils attendent dans le froid, la faim et la peur au ventre du lendemain\u2026.<br \/>\nOn est arriv\u00e9\u2026. Va-t-on la passer cette fronti\u00e8re\u2026\u2026.. On avance lentement \u2026..<\/p>\n<p><strong>Le 9 F\u00e9vrier 1939<\/strong>, depuis la veille on pi\u00e9tine plus que l\u2019on avance\u2026. Beaucoup de monde devant, beaucoup de monde derri\u00e8re\u2026. On essaie de se reposer, de dormir, mais c\u2019est difficile \u2026. Vers trois heures du matin ne pouvant plus dormir et la peur de l\u2019inconnu nouant les tripes Manuel avance, avance \u00e0 pas lent. Il se retourne lentement jetant un dernier regard, laissant derri\u00e8re lui famille, amis, pays\u2026..<br \/>\nIl suit le mouvement et tout d\u2019un coup \u00ab ALLEZ, ALLEZ \u00bb Ce sont les premiers mots fran\u00e7ais qu\u2019il entend, cri\u00e9 par des gendarmes, des militaires, des gardes-chiourme avec des fouets. Il \u00e9tait 5 heures du matin.<br \/>\nSur le visage de certains fran\u00e7ais, il lisait la peur, la crainte, la haine de voir arriver ces espagnols \u00ab\u00a0rouges\u00a0\u00bb par milliers.<br \/>\nPendant ce temps, Victoria marchait avec les siens. Elle passa la fronti\u00e8re \u00e0 18 heures dans les conditions aussi difficiles que les pr\u00e9c\u00e9dents et suivants \u2026 On les a pouss\u00e9 tous les deux vers les plages d\u2019Argel\u00e8s-sur-Mer.<br \/>\nIls pass\u00e8rent leur premi\u00e8re nuit, sur la plage, couch\u00e9s dans des trous pour se prot\u00e9ger du vent\u2026.<br \/>\nTout au long de leur cheminement vers Argel\u00e8s sur Mer, ils ont rencontr\u00e9 aussi de nombreux soutiens de la part du \u00ab Secours Rouge \u00bb (aujourd\u2019hui \u00abSecours Populaire \u00bb) de communistes de la r\u00e9gion, de syndicalistes, qui distribuaient des bols de soupe, donnaient un morceau de pain, rajoutaient des couvertures, des bonnets et des \u00e9charpes\u2026\u2026\u2026..<\/p>\n<p>Cette chaleur humaine mes parents ne l\u2019ont jamais oubli\u00e9e. Elle les a guid\u00e9s tout au long de leur parcours jusqu\u2019\u00e0 leur mort. C\u2019est aussi vrai pour ce qui me concerne.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que chaque, le 9 F\u00e9vrier 1939, mon p\u00e8re et ma m\u00e8re, f\u00eataient \u00e0 leur mani\u00e8re avec la famille, ce nouveau d\u00e9part \u2026<\/em><\/p>\n<p><strong>Fernande<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque 9 F\u00e9vrier, mon p\u00e8re s\u2019asseyait au bout de la table. Entour\u00e9 de leurs enfants Manuel et Victoria racontaient inlassablement leur arriv\u00e9e en France, avec leurs voix couvertes d\u2019\u00e9motion. 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