{"id":4087,"date":"2024-01-28T21:41:28","date_gmt":"2024-01-28T20:41:28","guid":{"rendered":"http:\/\/retirada37.com\/?p=4087"},"modified":"2024-01-29T10:56:06","modified_gmt":"2024-01-29T09:56:06","slug":"une-page-de-journal-de-1997-consacree-a-leny-escudero","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/retirada37.com\/?p=4087","title":{"rendered":"Leny Escudero, vieux Gavroche"},"content":{"rendered":"<p>Leny Escudero, 65 ans, chanteur, reste fid\u00e8le \u00e0 son enfance r\u00e9fugi\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;anarcho-communisme et aux amourettes. <\/p>\n<figure id=\"attachment_4130\" aria-describedby=\"caption-attachment-4130\" style=\"width: 600px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/PI34JR4FNI63O4LV7VIOGCIB7A.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/PI34JR4FNI63O4LV7VIOGCIB7A.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" class=\"size-full wp-image-4130\" srcset=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/PI34JR4FNI63O4LV7VIOGCIB7A.jpg 600w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/PI34JR4FNI63O4LV7VIOGCIB7A-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-4130\" class=\"wp-caption-text\">Le chanteur fran\u00e7ais Leny Escudero (n\u00e9 Joaquim Leny Escudero le 05 novembre 1932 \u00e0 Espinal en Espagne) est photographi\u00e9, le 27 mars 1985 lors de son concert au th\u00e9\u00e2tre de Paris. Leny Escudero a compos\u00e9 quatre chansons devenues d&rsquo;immenses succ\u00e8s populaires \u00ab\u00a0Pour une amourette\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Ballade \u00e0 Sylvie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Parce que tui lui ressembles\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Vingt ans apr\u00e8s\u00a0\u00bb.<br \/>(FILM)  AFP PHOTO\/JEAN-LOUP GAUTREAU<\/figcaption><\/figure>\n<p>Aux autres, il sert du saumon fum\u00e9. Lui, il pr\u00e9f\u00e8re les maquereaux au vin blanc. Les tranches de pain blanc sont larges et denses. Il n&rsquo;y touche pas. Leny Escudero n&rsquo;est pas de ceux qui festoient dans les d\u00e9combres pour oublier les amours \u00e9ventr\u00e9es, les espoirs d\u00e9fenestr\u00e9s et l&rsquo;h\u00e9b\u00e9tude de la mort qui veille. Avec cette frugalit\u00e9 fi\u00e9vreuse qui le fait ressembler \u00e0 un lanceur de couteaux sur cibles puissantes, il continue \u00e0 faire ronfler des col\u00e8res anarchistes, des violences impies, des compr\u00e9hensions populaires.<\/p>\n<p>Chanteur \u00e0 succ\u00e8s au d\u00e9but des ann\u00e9es 60, Escudero a taill\u00e9 sa route, farouche et fleur bleue. La maison de production qu&rsquo;il avait mont\u00e9e a p\u00e9riclit\u00e9, les radios et t\u00e9l\u00e9s l&rsquo;ont oubli\u00e9, il a g\u00e9n\u00e9reusement distribu\u00e9 ses droits d&rsquo;auteur \u00e0 son clan, mais il insiste. En artisan, il a enregistr\u00e9 quatorze albums originaux et vient de sortir un recueil de chants r\u00e9volutionnaires napp\u00e9s de trop d&rsquo;accord\u00e9on. Apr\u00e8s \u00abavoir fait plus de galas de soutien que personne, et des vrais, au petit matin \u00e0 la porte des usines, pas \u00e0 la Mutualit\u00e9 pour soigner son image de grande conscience de gauche\u00bb (dixit un producteur), il remplit toujours des salles de 600 \u00e0 1 000 personnes.<\/p>\n<p>Ce samedi au Bataclan, il va \u00e0 nouveau se planter derri\u00e8re le micro et rester l\u00e0, comme statufi\u00e9, avec juste les mains qui exigent. Un connaisseur: \u00abIl est de sa g\u00e9n\u00e9ration. Il a un jeu de sc\u00e8ne minimal. Mais \u00e7a passe. Il est comme habit\u00e9. Edith Piaf non plus ne bougeait pas.\u00bb Escudero a 65 ans et une allure de jeune homme. Il prom\u00e8ne une silhouette s\u00e9ch\u00e9e \u00e0 coups de trique, ceux qu&rsquo;on \u00e9vite \u00e0 la Gavroche et qu&rsquo;on salue d&rsquo;un bras d&rsquo;honneur, ceux qu&rsquo;on rend fa\u00e7on loulou de Belleville d&rsquo;apr\u00e8s guerre: \u00abPour un oeil, les deux yeux. Pour une dent, la m\u00e2choire.\u00bb Il affiche une d\u00e9gaine de G\u00e9ronimo descendu des fortifs en jean&rsquo;s et cuir, une sombre ind\u00e9pendance de Gitan vraiment pas enfant des Saintes-Maries (\u00abJe m&rsquo;en fous des racines et des origines\u00bb, ass\u00e8ne-t-il), une stricte force de conviction de commis voyageur de l&rsquo;insoumission.<\/p>\n<p>Il y a bien un peu de gris dans les cheveux toujours longs qui, avant les Beatles, fascinaient d\u00e9j\u00e0 les jeunes filles. Il y a bien la chiennerie de cet oeil qui coule en cataracte. Mais se d\u00e9gage une impression de temps qui ne passerait pas. Ce n&rsquo;est pas la constance du bonhomme qui lui a \u00e9vit\u00e9 l&#8217;emp\u00e2tement des renoncements. C&rsquo;est plut\u00f4t qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 vieux si t\u00f4t, si jeune, si durement, qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus \u00e0 y revenir. Il a 5 ans. C&rsquo;est la guerre d&rsquo;Espagne dans ce village du pays basque. Le p\u00e8re est b\u00fbcheron et r\u00e9publicain. \u00abParce que, dit Escudero, les autres s&rsquo;\u00e9taient r\u00e9jouis qu&rsquo;on ne sache ni lire ni \u00e9crire.\u00bb<\/p>\n<p>Ailleurs, les enfants vont chercher le lait \u00e0 la ferme, lui ram\u00e8ne des cartouches. La nuit, il dort avec ses chaussures, \u00abpour pouvoir fuir \u00e0 tout moment\u00bb. Des types des Brigades internationales d\u00e9barquent. On leur fait f\u00eate, un avion les mitraille. Le p\u00e8re soul\u00e8ve le drap blanc qui recouvre les cadavres et ordonne: \u00abN&rsquo;oublie jamais. Ils sont morts pour que tu sois libre.\u00bb Il a 6 ans. C&rsquo;est l&rsquo;exil. Le p\u00e8re est en camp de concentration \u00e0 Argel\u00e8s. Lui, d\u00e9j\u00e0, d\u00e9campe. Il franchit la fronti\u00e8re espagnole en douce.<\/p>\n<p>Echoue en Mayenne. Des mois durant, il fait vivre sa petite soeur en pr\u00e9levant sa d\u00eeme sur le rata d&rsquo;une base militaire. Il a 12 ans. \u00e7a tiraille en tous sens. Celle qu&rsquo;il appelle sa \u00abpetite m\u00e8re\u00bb ne veut pas abandonner son seul bien, sa batterie de casseroles. Il l&rsquo;accompagne, passant et repassant la ligne de front, voltigeur de ses peurs, reproche excessivement vivant pour l&rsquo;\u00e9poque voleuse de jeunesse. Le p\u00e8re rentre enfin. Embauche comme manoeuvre. La vie reprend, mis\u00e9reuse mais tendre. Escudero: \u00abJ&rsquo;interdis \u00e0 quiconque de dire que j&rsquo;ai eu une enfance malheureuse&#8230;\u00bb Souvent, pourtant, il dispara\u00eet. Gamin de grand chemin, il se fait chapardeur d&rsquo;insouciance. Il mod\u00e8re: \u00abCe n&rsquo;\u00e9taient pas des fugues. J&rsquo;avais faim, et mon p\u00e8re, scrupuleusement honn\u00eate, ne supportait pas qu&rsquo;on se livre \u00e0 de petites rapines dans les fermes.\u00bb<\/p>\n<p>Avec l&rsquo;\u00e9cole, il entretient des rapports contrast\u00e9s. Il abhorre l&rsquo;autorit\u00e9 des ma\u00eetres autant qu&rsquo;il d\u00e9vore une culture neuve, lui l&rsquo;exil\u00e9 \u00e0 la langue perdue. Il se ch\u00e2taigne avec l&rsquo;instituteur qui pr\u00e9pare au certif et ne cesse de lui montrer la porte. L&rsquo;y attend l&rsquo;institutrice qui le fait entrer dans le logement de fonction et lui sert du chocolat chaud. Devenu \u00abvedette de la chanson\u00bb, la t\u00e9l\u00e9 permettra \u00e0 Escudero de lancer un avis de recherche et de dire sa gratitude \u00e0 ses enseignants et \u00e0 \u00abl&rsquo;\u00e9cole la\u00efque, obligatoire et gratuite qu&rsquo;on est en train de foutre en l&rsquo;air\u00bb.<\/p>\n<p>Pourtant, ce lecteur de Kafka, de C\u00e9line, de Perec, se forme \u00e0 la diable, dictionnaire en main. Mais ses connaissances de bric et de broc ne lui obscurcissent pas l&rsquo;esprit. Un copain: \u00abJe n&rsquo;ai jamais vu un autodidacte \u00e0 la pens\u00e9e si claire.\u00bb D\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;adolescence, ses chansons sont sur l&rsquo;\u00e9tabli. Aucun terme pr\u00e9cieux, aucune poudre aux yeux. Lui qui disait \u00ables riches nous ont vol\u00e9 les mots, il faut les leur reprendre\u00bb explique au magazine Chorus: \u00abJ&rsquo;essaie de savoir pourquoi j&rsquo;ai refus\u00e9 de m&rsquo;en servir. Comme s&rsquo;ils les avaient salis&#8230;\u00bb Donc, il fait tr\u00e8s, tr\u00e8s simple. Et \u00e7a donne Pour une amourette, o\u00f9 il rime: \u00abUne petite amourette\/ Faut la prendre comme \u00e7a\/ Un jour, deux peut-\u00eatre\/ Longtemps quelquefois\/ Va s\u00e9cher tes larmes\/ Un nouvel amour\/ Te guette et d\u00e9sarme\/ Les peines d&rsquo;un jour.\u00bb<\/p>\n<p>Autre exp\u00e9rience fondatrice: les ann\u00e9es ouvri\u00e8res. Il a 17 ans. Il monte \u00e0 Paris, s&rsquo;installe \u00e0 Belleville \u00abo\u00f9 il faut se la donner pour avoir le droit de marcher sur le trottoir\u00bb. Il veut \u00eatre carreleur. Il n&rsquo;y conna\u00eet rien, se met en cheville avec un vieux compagnon fatigu\u00e9. Echange sa vigueur contre son savoir. Et l&rsquo;anarchiste \u00abqui a toujours refus\u00e9 de marcher derri\u00e8re un drapeau, m\u00eame noir\u00bb, d\u00e9couvre la fraternit\u00e9 de la pelle et de la pioche, avec le communisme en prime paradoxale. Il dit:\u00abJ&rsquo;aime moins le PC que les communistes. On n&rsquo;a pas fait de petits, mais on a v\u00e9cu \u00e0 la colle.\u00bb Il vote rouge, fait un triomphe \u00e0 la f\u00eate de l&rsquo;Huma avant de ne plus y \u00eatre invit\u00e9, et colle des boutons \u00e0 la direction, en pr\u00f4nant l&rsquo;eurocommunisme ou en reprochant \u00e0 Jeannette Vermeersch d&rsquo;\u00eatre contre la pilule. Antistalinien de toujours, cet admirateur d&rsquo;Arthur Koestler savait tr\u00e8s t\u00f4t pour le goulag, quand un copain de son p\u00e8re avait racont\u00e9 son retour d&rsquo;URSS. Alors, cet actuel supporteur de Robert Hue stigmatise ces \u00absalauds qui ont trahi\u00bb, maisil veut croire que Marx n&rsquo;est pas mort, que \u00ables quatre, cinq types qui stockent le bl\u00e9 pour faire monter les cours et qui affament la plan\u00e8te\u00bb ne peuvent s&rsquo;exon\u00e9rer de leurs responsabilit\u00e9s en poussant en avant les dictateurs du peuple.<\/p>\n<p>Il fait sombre dans la maison perdue au fond des bois. Il y a des bougies allum\u00e9es, des citrouilles sur l&rsquo;escalier, la t\u00eate de Guevara au mur, et Leny E. en photo avec L\u00e9o F. Reviennent les ombres de cette ch\u00e2telaine qui voulait le lancer dans le monde et avait invit\u00e9 l&rsquo;ambassadeur franquiste \u00e0 qui il avait r\u00e9gl\u00e9 th\u00e9\u00e2tralement son compte du haut de ses 17 ans. De ce flic qui, le coffrant apr\u00e8s la dramatique manif d&rsquo;octobre 1961 pour l&rsquo;Alg\u00e9rie, lui disait: \u00abJ&rsquo;aurais aim\u00e9 avoir un fils comme toi.\u00bb De ses parents et de la t\u00eate qu&rsquo;ils firent quand la fratrie leur offrit une maison neuve. Revient aussi ce r\u00eave qu&rsquo;il fait souvent: \u00abVider une banque. Distribuer les sous. Supprimer l&rsquo;argent.\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/musique\/1997\/11\/29\/leny-escudero-65-ans-chanteur-reste-fidele-a-son-enfance-refugiee-a-l-anarcho-communisme-et-aux-amou_219711\/\">https:\/\/www.liberation.fr\/musique\/1997\/11\/29\/leny-escudero-65-ans-chanteur-reste-fidele-a-son-enfance-refugiee-a-l-anarcho-communisme-et-aux-amou_219711\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Leny Escudero, 65 ans, chanteur, reste fid\u00e8le \u00e0 son enfance r\u00e9fugi\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;anarcho-communisme et aux amourettes. Aux autres, il sert du saumon fum\u00e9. 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