{"id":4067,"date":"2024-01-20T12:00:08","date_gmt":"2024-01-20T11:00:08","guid":{"rendered":"http:\/\/retirada37.com\/?p=4067"},"modified":"2024-01-25T16:06:55","modified_gmt":"2024-01-25T15:06:55","slug":"les-travailleurs-esclaves-franquistes-dans-les-pyrenees-navarraises-ils-ont-seche-jusqua-ce-quils-meurent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/retirada37.com\/?p=4067","title":{"rendered":"Les travailleurs esclaves des franquistes dans les Pyr\u00e9n\u00e9es navarraises : \u00ab Ils ont s\u00e9ch\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils meurent \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Plus de 2 000 prisonniers ont \u00e9t\u00e9 contraints de travailler dans des conditions extr\u00eames \u00e0 la construction de la route reliant les vall\u00e9es de Roncal et de Salazar dans les Pyr\u00e9n\u00e9es. Leurs familles ont intent\u00e9 la premi\u00e8re action en justice pour travail forc\u00e9 pendant la dictature<\/p>\n<p>Les larmes aux yeux, Agurtzane se souvient du temps qu\u2019il a fallu \u00e0 son p\u00e8re, Rafael Gorro\u00f1o, pour lui dire qu\u2019il \u00e9tait un travailleur esclave sous Franco. C\u2019\u00e9tait alors qu\u2019elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 adulte lors d\u2019un voyage qu\u2019ils avaient d\u00e9j\u00e0 fait \u00e0 Roncal (Navarre). Mais cette fois, il lui a demand\u00e9 s\u2019ils pouvaient se rendre \u00e0 Vid\u00e1ngoz, une ville situ\u00e9e au c\u0153ur des Pyr\u00e9n\u00e9es navarraises, \u00e0 environ 11 kilom\u00e8tres de Roncal. \u00ab C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019il a commenc\u00e9 \u00e0 nous dire qu\u2019il \u00e9tait prisonnier et qu\u2019il construisait une route. \u00bb L\u2019histoire de Rafael est celle de milliers de prisonniers du r\u00e9gime franquiste qui ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s comme esclaves pour construire des infrastructures dans toute l\u2019Espagne dans des conditions extr\u00eames et d\u2019exploitation. Vendredi, une dizaine de familles ont d\u00e9pos\u00e9 leur premi\u00e8re plainte pour travail forc\u00e9 pendant la dictature.<\/p>\n<p>Quelque 15 000 prisonniers ont travaill\u00e9 pendant les premi\u00e8res ann\u00e9es de la dictature franquiste \u00e0 la fortification de la fronti\u00e8re avec la France avec la construction de quatre routes, ainsi que de structures d\u00e9fensives telles que des bunkers qui ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s sur toute la longueur de la fronti\u00e8re. Pour ce faire, on utilisait des prisonniers du c\u00f4t\u00e9 r\u00e9publicain qui se trouvaient dans des camps de concentration et qui \u00e9taient organis\u00e9s en bataillons. La grande majorit\u00e9 d\u2019entre eux \u00e9taient connus comme des \u00ab m\u00e9contents \u00bb, des personnes qui ne soutenaient pas le nouveau r\u00e9gime franquiste, mais qui n\u2019\u00e9taient pas accus\u00e9es de crimes graves contre le r\u00e9gime et, sans \u00eatre jug\u00e9es, \u00e9taient utilis\u00e9es pour ces t\u00e2ches qui ont dur\u00e9 des ann\u00e9es, comme le raconte l\u2019historien et professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 publique de Navarre Fernando Mendiola. qui est \u00e9galement l\u2019auteur du livre \u00ab Esclaves du franquisme dans les Pyr\u00e9n\u00e9es \u00bb, o\u00f9 il se plonge dans l\u2019histoire des bataillons de travailleurs forc\u00e9s pendant la dictature en Navarre.<\/p>\n<p>C\u2019est le cas de Juan Manuel Esteban Rico qui, apr\u00e8s avoir combattu sur diff\u00e9rents fronts, a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Vic en d\u00e9cembre 1937. Apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9 par diff\u00e9rentes prisons franquistes et le camp de concentration de Miranda de Ebro, il est transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Vid\u00e1ngoz en juillet 1940 pour travailler sur la route qui relie les vall\u00e9es de Roncal et de Salazar dans les Pyr\u00e9n\u00e9es navarraises, l\u2019Igal-Vid\u00e1ngoz-Roncal, longue de 17 kilom\u00e8tres. \u00ab Mon p\u00e8re m\u2019a dit qu\u2019il avait de la chance ; d\u2019abord, pour avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9tiquet\u00e9 comme m\u00e9content lorsqu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 lieutenant du c\u00f4t\u00e9 r\u00e9publicain ; et plus tard, parce qu\u2019il avait \u00e9tudi\u00e9 l\u2019ing\u00e9nierie mini\u00e8re, il a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 de la conception de la caserne et de la garde des outils de travail \u00bb, explique son fils Valent\u00edn.<\/p>\n<p>Les conditions dans lesquelles ils travaillaient et vivaient \u00e9taient extr\u00eames et pr\u00e9caires, les pioches, les pelles et les marteaux \u00e9tant le seul mat\u00e9riau pour broyer la pierre et construire les routes. En plus d\u2019\u00eatre priv\u00e9s de libert\u00e9 &#8211; ils \u00e9taient constamment gard\u00e9s par des soldats arm\u00e9s &#8211; ils avaient faim, avaient froid et dormaient entass\u00e9s dans des baraquements et m\u00eame des tentes en tissu au c\u0153ur des Pyr\u00e9n\u00e9es. \u00ab Des hommes grands et forts qui s\u00e9chaient et s\u00e9chaient jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils meurent \u00bb, a expliqu\u00e9 Jos\u00e9 Barajas Galindo, l\u2019un des prisonniers, dans une lettre \u00e0 sa famille. Il a ajout\u00e9 : \u00ab Parfois, le compagnon avec qui je dormais \u00e0 c\u00f4t\u00e9, sur la m\u00eame couchette, \u00e9tait vivant la nuit pr\u00e9c\u00e9dente et le matin, il se r\u00e9veillait mort. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ils avaient tr\u00e8s faim, mon p\u00e8re m\u2019a racont\u00e9 comment les hommes de grande taille pesant plus de 90 kilos en quelques mois perdaient du poids jusqu\u2019\u00e0 tomber malades \u00bb, raconte Valent\u00edn Esteban. \u00ab Ils venaient manger des tiges de chou bouillies et d\u2019autres racines \u00bb, ajoute Emilio Elizondo, gendre du prisonnier Rafael Gorro\u00f1o. L\u2019un des t\u00e9moignages recueillis par l\u2019historien Fernando Mendiola dans son livre est celui de F\u00e9lix, un autre prisonnier, qui raconte : \u00ab D\u2019en haut, nous avons regard\u00e9 de la route du camp pour voir s\u2019il y avait de la fum\u00e9e ; S\u2019il y en avait, nous savions qu\u2019il y avait de la nourriture, et s\u2019il n\u2019y avait pas de fum\u00e9e, un autre jour, nous savions que nous n\u2019allions pas manger !<br \/>\nAinsi, beaucoup d\u2019entre eux sont morts de maladies telles que la tuberculose. D\u2019autres ont tent\u00e9 de s\u2019\u00e9chapper et ont \u00e9t\u00e9 abattus. Bien qu\u2019il n\u2019y ait que treize d\u00e9c\u00e8s enregistr\u00e9s de travailleurs sur l\u2019autoroute Igal-Vid\u00e1ngoz-Roncal, on pense qu\u2019il y en a eu davantage.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la faim et du froid, les proches s\u2019accordent \u00e0 dire que l\u2019une des principales causes de souffrance est l\u2019incertitude dont ils ont souffert parce qu\u2019ils ne savaient pas comment allait leur famille et combien de temps il leur faudrait pour les revoir. \u00ab La m\u00e8re de Rafael avait \u00e9galement \u00e9t\u00e9 prisonni\u00e8re, elle avait \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 la prison pour femmes de Saturraran, pr\u00e8s d\u2019Ondarroa (Biscaye). Elle y est emprisonn\u00e9e jusqu\u2019en 1940 et meurt quelques mois plus tard. Il ne pouvait pas lui parler, il ne pouvait pas lui dire au revoir \u00bb, se lamente son gendre.<\/p>\n<p>Les prisonniers ne savaient pas combien de temps ils allaient rester dans chaque endroit et, en fait, ils \u00e9taient \u00e9mus par diff\u00e9rentes \u0153uvres. Juan Manuel Esteban Rico a ensuite \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9 dans la ville de Renter\u00eda, dans la province de Gipuzkoa, et, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 faire son service militaire \u00e0 La Corogne.<\/p>\n<p><strong>\u00ab Ils n\u2019ont ni cornes ni queues \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019isolement auquel ils \u00e9taient soumis a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dur, selon leurs proches. Bien qu\u2019ils vivent dans le village, les voisins les regardent d\u2019abord avec m\u00e9fiance en raison de la propagande franquiste. \u00ab La phrase la plus impressionnante que j\u2019aie jamais entendue est celle d\u2019un enfant demandant \u00e0 sa m\u00e8re si nous \u00e9tions les &lsquo;rouges&rsquo;, ce \u00e0 quoi la m\u00e8re a r\u00e9pondu oui, et il a r\u00e9pondu : &lsquo;Eh bien, ils n\u2019ont ni cornes ni queue&rsquo; \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 le prisonnier Adenso Dapena \u00e0 l\u2019historien Fernando Mendiola.<\/p>\n<p>Au fil des mois, la confiance et la relation avec les voisins se sont accrues au point qu\u2019ils ont re\u00e7u des v\u00eatements et de la nourriture. \u00ab Mon p\u00e8re a demand\u00e9 \u00e0 ma m\u00e8re par lettre de lui envoyer du savon pour qu\u2019il le donne \u00e0 une femme de Vid\u00e1ngoz qui lavait son linge \u00bb, explique Valent\u00edn Esteban, qui ajoute que l\u2019un des prisonniers a m\u00eame \u00e9pous\u00e9 une fille du village, selon ce que son p\u00e8re lui a dit.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de prisonniers esclaves, ceux qui ont surv\u00e9cu et ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 \u00ab marqu\u00e9s \u00bb pour le reste de leur vie et beaucoup ont eu du mal \u00e0 trouver du travail parce que leurs dossiers indiquaient qu\u2019ils \u00e9taient \u00ab m\u00e9contents \u00bb. C\u2019est pourquoi leurs familles demandent aujourd\u2019hui justice et reconnaissance pour eux en tant que victimes de la dictature.<\/p>\n<p><strong>Mem\u00f2ria Repressi\u00f3 Franquista.<\/strong><\/p>\n<p>Blog d\u2019en Jordi Grau i Gatell d\u2019informaci\u00f3 sobre les atrocitats del Franquisme&#8230;.. \u00ab <em>Les voix et les images du pass\u00e9 se m\u00ealent \u00e0 celles du pr\u00e9sent pour \u00e9viter l\u2019oubli. Mais ces voix et ces images servent aussi \u00e0 nous rappeler la l\u00e2chet\u00e9 de ceux qui n\u2019ont rien fait lorsque des crimes atroces ont \u00e9t\u00e9 commis, de ceux qui ont permis l\u2019impunit\u00e9 des coupables et de ceux qui, aujourd\u2019hui, continuent d\u2019\u00eatre indiff\u00e9rents \u00e0 l\u2019impuissance des victimes<\/em> \u00bb (Baltasar Garz\u00f3n)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plus de 2 000 prisonniers ont \u00e9t\u00e9 contraints de travailler dans des conditions extr\u00eames \u00e0 la construction de la route reliant les vall\u00e9es de Roncal et de Salazar dans les Pyr\u00e9n\u00e9es. Leurs familles ont intent\u00e9 la premi\u00e8re action en justice pour travail forc\u00e9 pendant la dictature Les larmes aux yeux, Agurtzane se souvient du temps &hellip; <a href=\"https:\/\/retirada37.com\/?p=4067\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Les travailleurs esclaves des franquistes dans les Pyr\u00e9n\u00e9es navarraises : \u00ab Ils ont s\u00e9ch\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils meurent \u00bb<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0,"footnotes":""},"categories":[14,15],"tags":[],"class_list":["post-4067","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","category-temoignages-et-recits"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4067","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4067"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4067\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4119,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4067\/revisions\/4119"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4067"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4067"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4067"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}