{"id":3792,"date":"2023-04-29T20:31:48","date_gmt":"2023-04-29T19:31:48","guid":{"rendered":"http:\/\/retirada37.com\/?p=3792"},"modified":"2024-04-29T20:38:00","modified_gmt":"2024-04-29T19:38:00","slug":"les-galiciens-qui-ont-vaincu-les-nazis-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/retirada37.com\/?p=3792","title":{"rendered":"Les Galiciens qui ont vaincu les nazis"},"content":{"rendered":"<p><em>Vous trouverez ci-joint la traduction, d\u2019un article d\u2019Arturo Losada dans Luzes\/Publico paru le 20 d\u00e9cembre 2022.<br \/>\nIl retrace, entre autres,  la vie d\u2019Angel Rodriguez Leira, surnomm\u00e9 \u00ab Cari\u00f1o Lopez \u00bb p\u00e8re de Mar y Luz Cari\u00f1o Lopez, adh\u00e9rente de notre association Retirada37.<\/em><\/p>\n<p>\u00a0\u00bb V\u00edctor Lantes, fils d&rsquo;aubergistes de La Corogne, a utilis\u00e9 un mortier dans les for\u00eats de France contre les chars Panzer de l&rsquo;arm\u00e9e allemande. \u00c1ngel Rodr\u00edguez Leira, surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0Cari\u00f1o L\u00f3pez\u00a0\u00bb, a particip\u00e9 \u00e0 la lib\u00e9ration de Paris et \u00e0 l&rsquo;assaut de la r\u00e9sidence du F\u00fchrer. Ils ont men\u00e9 une guerre de neuf ans contre le fascisme. Ils ont combattu Franco et Hitler. Ils ont perdu \u00e0 domicile et gagn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Plus jamais ils ne retourneront au sud des Pyr\u00e9n\u00e9es.<\/p>\n<p>20 d\u00e9cembre 2022 <\/p>\n<p><strong>Arturo Losada\/ Luzes-Publico<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00c1ngel Rodr\u00edguez Leira est n\u00e9 \u00e0 Cari\u00f1o (La Corogne) en 1914. <\/strong><\/p>\n<p>Il a travaill\u00e9 comme p\u00eacheur de pouces-pieds et marin, \u00e9tait un militant CNT, s&rsquo;est mari\u00e9 et a eu deux enfants, \u00c1ngel et Marina. Et puis la guerre civile a \u00e9clat\u00e9. Il a \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9 de force par les rebelles et contraint de porter leur uniforme. Mais ce fut pour une courte p\u00e9riode, puisqu&rsquo;il d\u00e9serta d\u00e8s qu&rsquo;il le put pour se battre avec le c\u00f4t\u00e9 loyaliste avec un autre habitant de Cari\u00f1o, Antonio Y\u00e1\u00f1ez, ou Gharepo.<br \/>\nEn mars 1939, ils se retrouvent pi\u00e9g\u00e9s \u00e0 Alicante, l&rsquo;une des derni\u00e8res provinces \u00e0 tomber. Avec cinq autres compagnons, ils ont quitt\u00e9 Guardamar del Segura dans un petit bateau qui \u00e9tait \u00ab\u00a0une embarcation de fortune\u00a0\u00bb, selon l&rsquo;un des petits-fils d&rsquo;\u00c1ngel, Andr\u00e9s Alonso. Ils l&rsquo;ont rempli d&rsquo;oranges et ont travers\u00e9 la M\u00e9diterran\u00e9e en quatorze jours, jusqu&rsquo;\u00e0 Beni Saf, en Alg\u00e9rie fran\u00e7aise. Comme beaucoup d&rsquo;autres exil\u00e9s r\u00e9publicains \u00e0 cette \u00e9poque, ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme dangereux par les autorit\u00e9s et sont intern\u00e9s au p\u00e9nitencier de Suzzoni.<br \/>\nSelon Alicia Alted dans le livre \u00ab\u00a0La voix des vaincus\u00a0\u00bb, Suzzoni \u00e9tait une ancienne forteresse transform\u00e9e en prison, d\u00e9pourvue d\u2019hygi\u00e8ne, o\u00f9 quelque 300 r\u00e9publicains \u00e9taient d\u00e9tenus. L&rsquo;un d&rsquo;eux, l&rsquo;aviateur Joaqu\u00edn Tarazaga, se souvient : \u00ab Le r\u00e9gime alimentaire \u00e9tait tr\u00e8s spartiate, ils ne nous donnaient qu&rsquo;un morceau de pain pour quatre, des lentilles et du rutabaga, une sorte de navet. Lorsque j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9, en avril 1939, je pesais 67 kilos, et en d\u00e9cembre, quand je me suis \u00e9vad\u00e9, seulement 35&Prime;.<\/p>\n<p><strong> Cari\u00f1o Lopez<\/strong><\/p>\n<p>Les deux amis galiciens ont \u00e9galement tent\u00e9 de s&rsquo;\u00e9chapper de cet enfer \u00e0 deux reprises, sans succ\u00e8s. L\u2019opportunit\u00e9 n\u2019arriva qu&rsquo;en 1942, lorsqu&rsquo;ils furent recrut\u00e9s, \u00e0 nouveau de force, dans le Corps Francs d&rsquo;Afrique.<\/p>\n<p>L&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine venait de d\u00e9barquer au Maroc et en Alg\u00e9rie et les colonies fran\u00e7aises s&rsquo;\u00e9taient d\u00e9p\u00each\u00e9s de vider les camps de prisonniers pour former ce bataillon avec lequel affronter l&rsquo;Afrika Korps de Rommel.<br \/>\nLa France conna\u00eet alors une schizophr\u00e9nie, entre la soumission collaborationniste au r\u00e9gime de Vichy et la r\u00e9sistance de la France libre des partisans de De Gaulle en exil. L&rsquo;arriv\u00e9e des Am\u00e9ricains fit que personne ne voulait \u00eatre pris pour un Vichyste. Cependant, ces Corps Francs furent imm\u00e9diatement dissous, apr\u00e8s quelques combats en Tunisie. \u00c1ngel et Antonio choisirent alors de s&rsquo;enr\u00f4ler avec le g\u00e9n\u00e9ral Leclerc, qui venait de se battre dans toute l&rsquo;Afrique sous la banni\u00e8re de la France libre. En raison de son prestige acquis au combat, il fut choisi pour commander la 2e division blind\u00e9e, une unit\u00e9 nouvellement cr\u00e9\u00e9e au sein de l&rsquo;arm\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral Patton. Elle \u00e9tait compos\u00e9e de 14 000 hommes de 32 nationalit\u00e9s, dont quelque 2 000 \u00e9taient des r\u00e9publicains espagnols. Les deux fugitifs du village de Cari\u00f1o se sont ainsi retrouv\u00e9s dans la 9e compagnie, La Nueve, presque enti\u00e8rement compos\u00e9e de v\u00e9t\u00e9rans de la guerre civile.<\/p>\n<p>\u00c1ngel Rodr\u00edguez Leira a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019utiliser le nom de Cari\u00f1o L\u00f3pez, pour cacher son identit\u00e9 et laisser ainsi son lieu d&rsquo;origine indiqu\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait une pratique courante parmi les soldats, et m\u00eame dans le commandement. Leclerc lui-m\u00eame a cach\u00e9 son vrai nom, Philippe de Hauteclocque, pour \u00e9pargner \u00e0 sa famille d&rsquo;\u00e9ventuelles repr\u00e9sailles de la part des Vichystes.<\/p>\n<p>La 2e division blind\u00e9e s&rsquo;installa en \u00c9cosse, avant de d\u00e9barquer en Normandie d\u00e9but ao\u00fbt 1944, deux mois apr\u00e8s le jour J, la zone \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 s\u00e9curis\u00e9e pour permettre le passage des blind\u00e9s. La 9e compagnie, compos\u00e9e d&rsquo;hommes ayant l&rsquo;exp\u00e9rience du combat, \u00e9tait toujours \u00e0 l&rsquo;avant-garde. C&rsquo;\u00e9tait une unit\u00e9 motoris\u00e9e, transportant des armes antichars sur des half-tracks tout-terrain rapides. Les soldats y avaient peint le drapeau de la R\u00e9publique espagnole et les baptis\u00e8rent avec des noms de batailles de la guerre civile, comme Madrid, Ebro, Guadalajara ou Brunete. Cari\u00f1o L\u00f3pez pilotait le Guernica, et il ne lui aura pas fallu longtemps pour se faire un nom avec son adresse au tir avec le canon .57.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que le raconte le capitaine Raymond Dronne, l&rsquo;officier fran\u00e7ais commandant cette compagnie d&rsquo;exil\u00e9s. Dans ses m\u00e9moires, \u00ab\u00a0Carnets de route d&rsquo;un crois\u00e9 de la France Libre\u00a0\u00bb, il met en exergue le r\u00f4le des r\u00e9publicains espagnols dans la lutte pour la lib\u00e9ration de la France, \u00ab anim\u00e9s d&rsquo;un \u00e9norme d\u00e9sir de revanche et de victoire \u00bb. Il y loue la capacit\u00e9 de Cari\u00f1o L\u00f3pez \u00e0 d\u00e9truire les v\u00e9hicules blind\u00e9s allemands et le d\u00e9finit comme \u00ab\u00a0un homme de grand sang-froid\u00a0\u00bb. Il a d\u00fb le prouver tr\u00e8s t\u00f4t. Le 19 ao\u00fbt, La Nueve contenait toute une division SS dans la ville d&rsquo;\u00c9couch\u00e9, dans une bataille acharn\u00e9e. Cari\u00f1o L\u00f3pez a pass\u00e9 24 heures sans s&rsquo;\u00e9loigner de son canon, sur lequel \u00a0\u00bb il inscrivait une croix gamm\u00e9e pour chaque char d\u00e9truit \u00ab\u00a0, selon son petit-fils Andr\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans la nuit du 24 ao\u00fbt, cette unit\u00e9 sera la premi\u00e8re \u00e0 entrer dans Paris et \u00e0 atteindre l&rsquo;H\u00f4tel de Ville. L\u00e0, de fa\u00e7on surprenante, un lieutenant valencien , Amado Granell, rencontre le chef de la r\u00e9sistance, Georges Bidault, et la photo de la rencontre fit la une du journal Lib\u00e9ration. En deux jours, la capitale fut lib\u00e9r\u00e9e, dans une victoire qui marqua le d\u00e9but de la fin de la guerre. Ces half-tracks aux noms \u00e9tranges occup\u00e8rent une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans le d\u00e9fil\u00e9 triomphal sur les Champs-\u00c9lys\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans les semaines qui suivirent, la compagnie paya un lourd tribut en vies humaines pour contenir les Allemands sur les rives de la Moselle, couvrant l&rsquo;avanc\u00e9e du reste de la division. Le caporal Cari\u00f1o L\u00f3pez de nouveau joua un r\u00f4le de premier plan : il d\u00e9truisit cinq Panzers en cinq coups. Le 26 septembre 1944, il fut d\u00e9cor\u00e9 \u00e0 Nancy avec le sous-lieutenant Miguel Campos et le sergent Ferm\u00edn Pujol, par Charles De Gaulle lui-m\u00eame. Le m\u00eame De Gaulle qui affirmera plus tard que seuls des Fran\u00e7ais ont particip\u00e9 \u00e0 la lib\u00e9ration de Paris. La r\u00e9compense a d\u00fb \u00eatre am\u00e8re pour le Galicien : quatre jours plus tard, il verra mourir son ami Antonio Y\u00e1\u00f1ez, dans une attaque contre la ville alsacienne de Vaqueville, avec deux autres compagnons.<br \/>\nLe p\u00eacheur de pouces-pieds devint sergent et participa  \u00e0 la lib\u00e9ration de Strasbourg, o\u00f9 le froid \u00e9tait un ennemi aussi dangereux que les Allemands. Il restait peu d&rsquo;hommes parmi ceux qui s&rsquo;\u00e9taient enr\u00f4l\u00e9s en Alg\u00e9rie. Raymond Dronne explique qu\u2019apr\u00e8s chaque combat, les vides \u00e9taient combl\u00e9s par de jeunes Fran\u00e7ais, presque tous d\u00e9pourvus de formation militaire.\u00a0\u00bb \u00a0Les anciens combattants prenaient sous leur aile ces recrues inexp\u00e9riment\u00e9es, les entra\u00eenaient et les prot\u00e9geaient ; ils se comportaient en parents inquiets \u00ab\u00a0. \u00c0 la fin de la guerre, seuls 16 des 156 de La Nueve sont revenus vivants \u00e0 la maison.<\/p>\n<p>Sa derni\u00e8re \u00e9tape dans ce p\u00e9riple guerrier fut au Nid d&rsquo;Aigle, le refuge de hauts fonctionnaires nazis. Il \u00e9tait situ\u00e9 dans le village alpin de Berschtesgaden, au sud de Salzbourg, et d\u00e9fendu par les derni\u00e8res troupes SS. Beaucoup d&rsquo;entre eux n&rsquo;\u00e9taient gu\u00e8re plus que des adolescents fanatiques, mais la bataille n&rsquo;en fut pas moins rude. Les Am\u00e9ricains atteignirent la ville les premiers, mais ce sont les hommes de Leclerc qui prirent le Nid d&rsquo;Aigle, et y firent flotter le drapeau fran\u00e7ais le 5 mai 1945. L&rsquo;artilleur de Cari\u00f1o \u00e9tait pr\u00e9sent, et en ressortit avec une montre en or qui est toujours dans la maison d&rsquo;une de ses filles aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>\u00c1ngel a gagn\u00e9 sa grande guerre contre le fascisme en Europe, mais il d\u00fb rester chez lui. Il n&rsquo;est jamais revenu en Espagne, sachant qu&rsquo;un peloton d&rsquo;ex\u00e9cution ou une balle dans la nuque l&rsquo;attendait ici. Il s\u00e9journa en France, o\u00f9 il se maria et aura deux autres filles avant de mourir \u00e0 Paris en 1979. Depuis 2010, une plaque  \u00e0 Cari\u00f1o (Galice) comm\u00e9more ce v\u00e9t\u00e9ran du combat pour la libert\u00e9. Ses enfants galiciens et certains de ses petits-enfants vivent toujours dans cette ville.<\/p>\n<p>Victor Lantes en 2005 foto Evelyn Mezquida<\/p>\n<p><strong>Deux fois exil\u00e9, trois fois prisonnier<\/strong><\/p>\n<p>V\u00edctor Lantes est n\u00e9 \u00e0 La Corogne en 1919 et mort en 2007 \u00e0 Paris. Dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, il a \u00e9t\u00e9 interview\u00e9 par l&rsquo;historienne Evelyn Mesquida, pour son livre \u00ab\u00a0La NUEVE, ces Espagnols qui ont lib\u00e9r\u00e9 Paris\u00a0\u00bb. Il a racont\u00e9 que ses parents avaient \u00ab\u00a0une auberge\u00a0\u00bb pr\u00e8s de la gare de San Crist\u00f3bal, o\u00f9 il a pass\u00e9 \u00ab\u00a0les ann\u00e9es heureuses de la petite enfance\u00a0\u00bb. Cependant, d\u00e9j\u00e0 en 1923, il a d\u00fb fuir avec sa famille. A cette \u00e9poque, la ville connut une dure gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, convoqu\u00e9e par les anarchistes, qui fut brutalement r\u00e9prim\u00e9e par la dictature de Miguel Primo de Rivera. Les parents de Lantes, aubergistes, avaient h\u00e9berg\u00e9 et aider plusieurs dirigeants syndicaux, c\u2019est pourquoi ils ont \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s de s&rsquo;enfuir.<\/p>\n<p>Le petit V\u00edctor Lantes a grandi \u00e0 Bayonne (France) avec sa grand-m\u00e8re et quelques oncles. Les parents ont suivi la voie ouverte par tant d&rsquo;autres Galiciens et sont all\u00e9s \u00e0 Cuba pour gagner de l&rsquo;argent. \u00ab\u00a0Ma m\u00e8re est revenue cinq ans plus tard. Elle a eu deux autres enfants, un gar\u00e7on et une fille. Peu de temps apr\u00e8s nous sommes partis pour Alger. Mon p\u00e8re est parti pour New York, et de l\u00e0 il envoyait de l&rsquo;argent de temps en temps. Puis il est revenu avec nous. Ma m\u00e8re avait d\u00e9j\u00e0 une \u00e9picerie et ils travaillaient ensemble \u00bb, dit-il dans le livre de Mesquida.<br \/>\nLorsque l&rsquo;arm\u00e9e s&rsquo;est soulev\u00e9e contre la R\u00e9publique, V\u00edctor Lantes, 17 ans, travaillait dans une usine comme monteur et \u00e9tait membre des Jeunesses  communistes. Au d\u00e9but de 1937, V\u00edctor Lantes est mobilis\u00e9 et entre dans  l&rsquo;artillerie, mais il pense avoir pass\u00e9 assez de temps dans l&rsquo;arm\u00e9e espagnole et d\u00e9serte. Il arrive par bateau au Maroc, o\u00f9 il est arr\u00eat\u00e9 d\u00e8s qu&rsquo;il a mis le pied \u00e0 terre.<\/p>\n<p>Il se retrouve en prison, au p\u00e9nitencier d&rsquo;Oudja, contr\u00f4l\u00e9 par des sympathisants du r\u00e9gime de Vichy. Au bout de quelques semaines, ils lui font une offre : soit s&rsquo;enr\u00f4ler dans la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re, soit retourner en Espagne. Il choisit la premi\u00e8re option et fut envoy\u00e9 pour contenir l&rsquo;avanc\u00e9e des Anglais et des Am\u00e9ricains. Il a pass\u00e9 trois mois ainsi avant d&rsquo;avoir l&rsquo;opportunit\u00e9 de d\u00e9serter.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt 1943, sous le surnom de Vedrune, Lantes s&rsquo;engage dans la 2e division blind\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral Leclerc, \u00a0\u00bb un homme extraordinaire \u00ab\u00a0. Il conduisait un half-track am\u00e9ricain, le Catapulte, qu&rsquo;il pris \u00e0 Casablanca et dont il ne descendit qu&rsquo;\u00e0 la Lib\u00e9ration. Il  rejoint la compagnie de soutien au Troisi\u00e8me Bataillon, o\u00f9 un tiers des soldats \u00e9taient espagnols.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir d\u00e9barqu\u00e9 en Europe, son unit\u00e9 se confronte aux Allemands \u00e0 Laval et \u00e0 Argentan, pr\u00e8s de la Normandie, et surtout dans les batailles d&rsquo;\u00c9couch\u00e9 et de la for\u00eat d&rsquo;\u00c9couves : \u00ab L\u00e0 j&rsquo;ai vu comment un gar\u00e7on qui voulait sortir d&rsquo;un char en feu et ne le pouvait pas.  Il criait et hurlait, et le char \u00e9tait en feu, et nous ne p\u00fbmes rien faire pour lui \u00bb, se souvient Victor Lantes. Ils sortirent vainqueurs de ces batailles, et parcoururent 270 kilom\u00e8tres en deux jours pour atteindre Anthony, dans la banlieue de Paris, o\u00f9 ils surprirent les forces allemandes et les dispers\u00e8rent \u00e0 coups de mortier. Ce jour-l\u00e0, l&rsquo;homme de La Corogne a tir\u00e9 plus de vingt obus. Ils ont ainsi contribu\u00e9 \u00e0 ouvrir la voie \u00e0 La Nueve pour entrer dans la capitale fran\u00e7aise et s&#8217;emparer de l&rsquo;h\u00f4tel de ville le soir m\u00eame.<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb Peur ? Non, honn\u00eatement, je n&rsquo;avais pas peur. J&rsquo;ai v\u00e9cu des moments tr\u00e8s difficiles, mais j&rsquo;ai toujours cru que j&rsquo;aurais de la chance \u00ab\u00a0, a assur\u00e9 V\u00edctor Lantes \u00e0 Evelyn Mesquida, quelques ann\u00e9es avant de mourir chez lui, avec sa famille. Il s&rsquo;est mari\u00e9 en France et a eu deux enfants, qui vivent aujourd&rsquo;hui \u00e0 Toulon, en Provence. Il n&rsquo;est jamais retourn\u00e9 dans sa Corogne natale, o\u00f9 personne ne conna\u00eet son nom, mais o\u00f9 jusqu&rsquo;\u00e0 r\u00e9cemment il y avait une rue pour la \u00ab\u00a0division azul\u00a0\u00bb et une avenue pour le g\u00e9n\u00e9ral Sanjurjo.<\/p>\n<p><strong>Quelques rares cas en exil galicien<\/strong><\/p>\n<p>La plupart des Galiciens qui ont fui pendant la guerre civile ont regard\u00e9 de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Atlantique. \u00a0\u00bb Apr\u00e8s tout, Buenos Aires, La Havane, Montevideo ou New York pouvaient para\u00eetre plus proches que la France ou l&rsquo;Alg\u00e9rie pour un paysan ou un marin galicien, en raison des r\u00e9seaux microsociaux tiss\u00e9s par l&rsquo;\u00e9migration au XIXe si\u00e8cle \u00ab\u00a0, explique le professeur Xos\u00e9 Manoel N\u00fa\u00f1ez Seixas, professeur d&rsquo;histoire contemporaine \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Santiago et auteur avec Pilar Cagiao du livre Itin\u00e9raires de l&rsquo;exil. Il \u00e9tait plus facile de demander l&rsquo;aide d&rsquo;un oncle, d&rsquo;un cousin ou d&rsquo;un parent aux Am\u00e9riques que de tenter sa chance de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es ou en Afrique du Nord. Surtout si l&rsquo;on tient compte du fait que la Galice est tomb\u00e9e aux mains des rebelles en l&rsquo;espace de dix jours.<br \/>\nCependant, il existe plusieurs cas de Galiciens qui ont r\u00e9ussi \u00e0 fuir ou qui se trouvaient dans la zone loyaliste au moment du soul\u00e8vement militaire, raison pour laquelle ils ont fait la guerre avec le camp r\u00e9publicain. Il y avait m\u00eame un bataillon de milices populaires galiciennes, compos\u00e9 de paysans qui faisaient la moisson en Castille, et qui joua un r\u00f4le important dans la d\u00e9fense de Madrid. \u00a0\u00bb Ceux qui ont surv\u00e9cu au conflit ont \u00e9t\u00e9 contraints de suivre le sort des exil\u00e9s. Ils ont franchi la fronti\u00e8re fran\u00e7aise dans les premiers mois de 1939. Ceux qui ne pouvaient s&#8217;embarquer pour l&rsquo;Am\u00e9rique n&rsquo;avaient d&rsquo;autre choix que de survivre \u00e0 Vichy en France ou de participer \u00e0 la R\u00e9sistance \u00ab\u00a0, dit N\u00fa\u00f1ez Seixas.<\/p>\n<p>Entre janvier et avril seulement, plus d&rsquo;un demi-million de personnes ont travers\u00e9 les Pyr\u00e9n\u00e9es pour fuir le r\u00e9gime de terreur des vainqueurs, selon le chiffre qui semble faire le plus consensus parmi les historiens. Le gouvernement fran\u00e7ais ne leur a pas r\u00e9serv\u00e9 un tr\u00e8s bon accueil. Tous ceux qui avaient des ant\u00e9c\u00e9dents de combattants ou de militants politiques \u00e9taient enferm\u00e9s dans des prisons et des camps de concentration, o\u00f9 ils souffraient de la faim, du froid et des mauvais traitements. Beaucoup sont morts \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ces cl\u00f4tures, certains se sont \u00e9chapp\u00e9s, d&rsquo;autres ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9clam\u00e9s par des proches. Beaucoup d&rsquo;entre eux se sont vus<br \/>\noblig\u00e9s de s&rsquo;enr\u00f4ler dans l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise. Hitler pratiquait le blitzkrieg (guerre \u00e9clair) et il n&rsquo;\u00e9tait pas question de gaspiller des v\u00e9t\u00e9rans.<\/p>\n<p>Genevi\u00e8ve Dreyfus-Armand calcule qu&rsquo;en juin 1939 il y avait 170 000 d\u00e9tenus dans les camps, mais qu&rsquo;en novembre il y en avait encore 53 000. Le R\u00e9pertoire bibliographique de l&rsquo;exil galicien a identifi\u00e9 1 320 Galiciens dans cette situation. \u00ab  Leur nombre est peut-\u00eatre sous-estim\u00e9, mais ils ne repr\u00e9sentent, en tout cas, pas plus de 6 % du groupe des exil\u00e9s r\u00e9publicains en France fin 1939 \u00bb, calcule N\u00fa\u00f1ez Seixas.<\/p>\n<p>L&rsquo;un d&rsquo;eux \u00e9tait Jos\u00e9 Romero, un p\u00eacheur et militant anarchiste de Boiro (La Corogne), que le coup d&rsquo;\u00c9tat de 1936 a surpris en train de travailler dans le port de Pasaia, \u00e0 Guip\u00fazcoa. Il a fait la guerre sur le front nord jusqu&rsquo;\u00e0 ce que fuir avait plus de sens que de se battre. Il \u00e9tait dans le camp de r\u00e9fugi\u00e9s du Barcar\u00e8s en France, dont il a r\u00e9ussi \u00e0 sortir en 1940, lors de l&rsquo;invasion nazie. Apr\u00e8s la d\u00e9faite rapide de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, il rejoint les maquis qui r\u00e9sistent aux Allemands et reste dans leurs rangs jusqu&rsquo;en 1945. Au fil du temps, il \u00e9crit de Marseille \u00e0 sa s\u0153ur \u00e9migr\u00e9e en Argentine pour lui demander son aide et il arrive \u00e0 Buenos Aires en 1950. Son nom figure au r\u00e9pertoire, ainsi que celui de bien d&rsquo;autres Galiciens qui furent dans les camps d&rsquo;Argel\u00e8s sur Mer, Bezi\u00e8rs, Sepfonds, Tarne-et-Garonne, Le Vernet\u2026<\/p>\n<p>Il faut aussi se souvenir d&rsquo;un certain Gayoso. Il a combattu en Norv\u00e8ge et a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cor\u00e9 pour sa bravoure. Il fait partie de la 13e demi-brigade de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re, post\u00e9e en Scandinavie en mai 1940 pour contenir l&rsquo;attaque allemande. Il a combattu dans la bataille de Narvik, un village de p\u00eacheurs strat\u00e9giquement important. Les journaux de campagne relatent l&rsquo;exploit de 40 hommes, qui se sont vu confier la mission suicide d&rsquo;expulser les nazis de la ligne de front 220, un col de montagne d&rsquo;o\u00f9 ils dominaient le champ de bataille. Ils  travers\u00e8rent un torrent d&rsquo;eau et de glace, saut\u00e8rent de pierre en pierre et sous le feu de quatre armes automatiques, et ensuite gravir la pente. Avec des grenades, ils ont r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9loger trois des nids de mitrailleuses, mais le quatri\u00e8me a n\u00e9cessit\u00e9 un assaut frontal.<\/p>\n<p>Erwan Bergot explique dans le livre La L\u00e9gion au combat, que \u00a0\u00bb les uns apr\u00e8s les autres, les hommes tomb\u00e8rent sous le feu allemand. La derni\u00e8re tentative fut faite par trois l\u00e9gionnaires espagnols \u2014M\u00e1laga, Pepe et Gayoso\u2014, les deux premiers tomb\u00e8rent bient\u00f4t dans un ravin en contrebas , et furent fauch\u00e9s par les tirs de la quatri\u00e8me mitrailleuse, mais le troisi\u00e8me r\u00e9ussit \u00e0 poser le pied sur le rebord, \u00e0 renverser la mitrailleuse et \u00e0 abattre l&rsquo;officier allemand d&rsquo;un coup de crosse . Ainsi fut conquise la ligne de front 220 \u00a0\u00bb .  Gayoso a re\u00e7u la m\u00e9daille militaire de la bravoure, et on sait peu de choses sur lui. La 13e demi-brigade \u00e9tait l&rsquo;un des corps militaires qui suivirent De Gaulle dans l&rsquo;exil anglais, pour combattre pour la France libre.<\/p>\n<p>Je crois qu&rsquo;il y a bien d\u2019autres d&rsquo;histoires similaires, mais il est difficile de  reconstruire les pistes. Nous avons d\u00e9j\u00e0 vu que dans leur encha\u00eenement d&rsquo;\u00e9vasions, de d\u00e9sertions et de passages de fronti\u00e8re, les exil\u00e9s changeaient de nom pour \u00e9viter les repr\u00e9sailles. Ajoutez \u00e0 cela le fait que les Fran\u00e7ais avaient tendance \u00e0 s&#8217;emp\u00eatrer dans cette manie ib\u00e9rique d&rsquo;avoir deux noms de famille, et nous verrons pourquoi les registres officiels pr\u00eatent \u00e0 confusion. Certains, comme V\u00edctor Lantes et Cari\u00f1o L\u00f3pez, ont surv\u00e9cu pour raconter l&rsquo;histoire. Beaucoup d&rsquo;autres ont \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s pour compte, sans que personne n&rsquo;ait la possibilit\u00e9 de savoir qui ils \u00e9taient, o\u00f9 ils \u00e9taient n\u00e9s ou pourquoi ils se battaient.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vous trouverez ci-joint la traduction, d\u2019un article d\u2019Arturo Losada dans Luzes\/Publico paru le 20 d\u00e9cembre 2022. 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