{"id":3184,"date":"2020-11-01T12:04:16","date_gmt":"2020-11-01T11:04:16","guid":{"rendered":"http:\/\/retirada37.com\/?p=3184"},"modified":"2020-11-01T12:07:00","modified_gmt":"2020-11-01T11:07:00","slug":"les-refugies-espagnols-dans-les-camps-dinternement-en-afrique-du-nord","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/retirada37.com\/?p=3184","title":{"rendered":"Les r\u00e9fugi\u00e9s espagnols dans les camps d&rsquo;internement en Afrique du Nord"},"content":{"rendered":"<p>Qui se souvient aujourd&rsquo;hui de ces centaines d&rsquo;individus d\u00e9port\u00e9s et intern\u00e9s dans des camps du fin fond de l&rsquo;Alg\u00e9rie et du Maroc ?<\/p>\n<p>Parmi eux des communistes, des anarchistes, des socialistes, fran\u00e7ais, alg\u00e9riens, juifs, des \u00e9trangers exil\u00e9s comme ces r\u00e9fugi\u00e9s espagnols, qui, fuyant les repr\u00e9sailles franquistes ont travers\u00e9 les fronti\u00e8res fran\u00e7aises ou ont accost\u00e9 en Afrique du Nord. En fait, les 470 000 r\u00e9publicains espagnols qui d\u00e9ferl\u00e8\u00ac rent en f\u00e9vrier 1939 dans le sud de la France, furent concentr\u00e9s dans des camps improvis\u00e9s sur les plages d&rsquo; Argel\u00e8s, de Barcar\u00e8s et de Saint-Cyprien, pour \u00eatre ensuite enr\u00f4l\u00e9s dans des Compagnies de travailleurs \u00e9trangers, puis envoy\u00e9s au STO ou d\u00e9port\u00e9s en Alle\u00ac magne dans les camps de la mort. Ils particip\u00e8rent \u00e9galement activement \u00e0 la R\u00e9sistance et, engag\u00e9s dans les forces fran\u00e7aises aux c\u00f4t\u00e9s des Alli\u00e9s, aux combats en Allemagne.<\/p>\n<p>Exil\u00e9s de leur histoire par trente-cinq ann\u00e9es de dictature franquiste, ils le sont \u00e9galement de la m\u00e9moire collective fran\u00e7aise qui s&rsquo;est acharn\u00e9e \u00e0 ranger dans les placards de l&rsquo;oubli les ann\u00e9es de col\u00ac laboration p\u00e9tainiste et \u00e0 n&rsquo;\u00e9riger en mythe que celui de la R\u00e9sistance. Certes, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la volont\u00e9 d&rsquo;\u00e9tablir un consensus national \u00e0 un moment de crise politique et sociale n&rsquo;est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 cette occultation.<\/p>\n<p>Mais si l&rsquo;historiographie fran\u00e7aise commence \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser depuis quelques ann\u00e9es \u00e0 l&rsquo;histoire de l&rsquo;exil espagnol en France, elle s&rsquo;est essentiellement<\/p>\n<p>attach\u00e9e \u00e0 \u00e9tudier l&rsquo;\u00e9migration qui, depuis 1936, a travers\u00e9 les Pyr\u00e9n\u00e9es, et surtout celle de f\u00e9vrier 1939 -la plus massive -cons\u00e9cutive \u00e0 la chute de la Catalogne. Cet exode, qui est devenu en quelque sorte le symbole de la trag\u00e9die de la fin de la R\u00e9pu\u00ac blique espagnole, n&rsquo;est pourtant pas le dernier. En mars 1939, une ultime vague de r\u00e9fugi\u00e9s se dirigeait vers les colonies fran\u00e7aises d&rsquo;Afrique du Nord, moins dense sans doute -10 \u00e0 12 000 personnes -mais tout aussi int\u00e9ressante. Si cette derni\u00e8re vague a peu attir\u00e9 notre attention, c&rsquo;est parce qu&rsquo;elle ne semble constituer qu&rsquo;un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;\u00e9migra\u00ac tion politique espagnole de 1936-1939.<\/p>\n<p>Mais, souvent, ce qui se pr\u00e9sente de prime abord comme un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre, aux yeux de l&rsquo;investigation scientifique, d&rsquo;une importance histo\u00ac rique m\u00e9connue. C&rsquo;est le cas de l&rsquo;exil espagnol en Afrique du Nord. Son \u00e9tude fait ressortir, en effet, le double contexte de l&rsquo;Alg\u00e9rie coloniale et de la France de 1939 \u00e0 1943, deux \u00e9l\u00e9ments, bien s\u00fbr, \u00e9troitement imbriqu\u00e9s. Pour notre objet, c&rsquo;est le second aspect qui pr\u00e9vaut, tant il \u00e9claire d&rsquo;un jour nouveau l&rsquo;image mythifi\u00e9e d&rsquo;une France \u00ab\u00a0terre d&rsquo;asile\u00a0\u00bb, puis r\u00e9sistante. Loin de nous l&rsquo;id\u00e9e de nier le r\u00f4le d\u00e9terminant jou\u00e9 dans le combat antifasciste par des Fran\u00e7ais -et non des moindres -et de nom\u00ac breux \u00e9trangers (dont des r\u00e9fugi\u00e9s espagnols). Mais ce dont il s&rsquo;agit ici, c&rsquo;est de reconna\u00eetre cette histoire de la France de Vichy. Cette France qui a activement particip\u00e9, sous le drapeau de la \u00ab\u00a0R\u00e9volution Nationale\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;internement et \u00e0 la d\u00e9portation des Juifs, des \u00e9trangers et des opposants politiques.<\/p>\n<p>La guerre civile et la r\u00e9volution espagnoles \u00e9taient devenues un enjeu majeur de la politique internatio\u00ac nale et le lieu de ses affrontements id\u00e9ologiques. L&rsquo;Espagne symbolisait, selon les camps, les aspira\u00ac tions ou les peurs r\u00e9volutionnaires dans une soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise alors en crise d&rsquo;identit\u00e9 et en proie \u00e0 des bouleversements politiques profonds. De plus, un fac\u00ac teur particulier de ce d\u00e9sarroi \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sence d&rsquo;une immigration espagnole de plus en plus massive depuis 1936 qui faisait \u00ab\u00a0se conjuguer, dans l&rsquo;imagi\u00ac naire social, la peur des \u00e9trangers et la peur de la guerre civile et sociale, pr\u00e9gnante depuis 1936\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;av\u00e8nement du F rente Popular, le putsch mili\u00ac taire franquiste du 18 juillet 1936 et la guerre civile espagnole ont eu \u00e9galement des r\u00e9percussions en Alg\u00e9rie, surtout dans le d\u00e9partement d&rsquo;Oran -dont la population espagnole naturalis\u00e9e ou non \u00e9tait sup\u00e9rieure \u00e0 toutes les autres communaut\u00e9s \u00e9tran\u00ac g\u00e8res2. A un moment o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne d&rsquo;Alg\u00e9rie \u00e9tait travers\u00e9e par une forte crise politique et sociale, la guerre civile espagnole a favoris\u00e9 la radicalisation des forces politiques de droite et d&rsquo;extr\u00eame droite, elle a catalys\u00e9 les dissensions poli\u00ac tiques entre ces fractions et les partis de gauche, bien qu&rsquo;en fait l&rsquo;enjeu r\u00e9el sous-jacent ait \u00e9t\u00e9 la d\u00e9termination du r\u00e9gime politique d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 coloniale qui s&rsquo;opposait \u00e0 toute ouverture aux Alg\u00e9riens3.<\/p>\n<p>Pour les autorit\u00e9s fran\u00e7aises d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es en Alg\u00e9rie, l&rsquo;installation des exil\u00e9s espagnols en Alg\u00e9rie et sur\u00ac tout dans le d\u00e9partement d&rsquo;Oran \u00e9tait d&rsquo;autant moins souhaitable qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une \u00e9migration forte\u00ac ment politis\u00e9e. C&rsquo;est pourquoi, \u00e0 leur arriv\u00e9e en mars 1939, au moment o\u00f9 le maire d&rsquo;Oran c\u00e9l\u00e9brait la victoire franquiste, les r\u00e9fugi\u00e9s furent ipso facto mis sous surveillance et intern\u00e9s dans des camps, desquels ils ne sortiront bien souvent que pour aller travailler dans des Compagnies de travailleurs \u00e9trangers ou pour s&rsquo;enr\u00f4ler dans la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re. Apr\u00e8s l&rsquo;armistice de 1940, au m\u00eame titre que beau\u00ac coup d&rsquo;\u00e9trangers, ils feront les frais des lois racistes du gouvernement de P\u00e9tain.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire des exil\u00e9s espagnols en Alg\u00e9rie n&rsquo;est donc pas celle des maquis ou de la R\u00e9sistance, d&rsquo;ailleurs faiblement \u00e9tendue dans ce territoire, mais l&rsquo;histoire des camps d&rsquo;internement fran\u00e7ais et d&rsquo;une r\u00e9sistance quotidienne aux vexations et \u00e0 l&rsquo;humiliation par la constitution de r\u00e9seaux de solidarit\u00e9 et la reconstruction des diff\u00e9rentes organisations poli\u00ac tiques espagnoles. C&rsquo;est en Alg\u00e9rie et au Maroc, en effet, que furent cr\u00e9\u00e9s de sinistres camps d&rsquo;interne\u00ac ment qui n&rsquo;ont rien \u00e0 envier \u00e0 ceux de Gurs ou de Rivesaltes en m\u00e9tropole, o\u00f9 ces exil\u00e9s de la derni\u00e8re heure construiront une part de leur histoire et de leur m\u00e9moire : celle d&rsquo;un long et p\u00e9nible internement qui ne prendra fin qu&rsquo;en 1943.<\/p>\n<p>Un mois apr\u00e8s l&rsquo;exode des 470 000 r\u00e9publicains espagnols dans le sud de la France en f\u00e9vrier 1939, une derni\u00e8re vague de r\u00e9fugi\u00e9s provenant de la zone centrale de Madrid et de sa province accostera sur les c\u00f4tes alg\u00e9riennes tout au long du mois de mars. Cette ultime \u00e9migration, qui conclut trois ans de guerre civile draine, en deux vagues successives, 12 000 r\u00e9fugi\u00e9s dont 4 150 proviennent de la flotte r\u00e9publicaine. Le plus gros de l&rsquo;\u00e9migration arrive en Alg\u00e9rie \u00e0 la fin du mois de mars apr\u00e8s l&rsquo;annonce, le 28, de la reddition de Madrid qui entra\u00eene la fuite vers les ports levantins de milliers de personnes, civils et militaires \u00e0 la recherche de cargos.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9vacuation de ces milliers de r\u00e9publicains ne pourra se faire pour deux raisons : en premier lieu, l&rsquo;absence d&rsquo;aide fran\u00e7aise et britannique car depuis les accords B\u00e9rard-Jordana du 27 f\u00e9vrier 1939 et la reconnaissance de jure du gouvernement de Burgos, la France et la Grande-Bretagne se sont engag\u00e9es dans une politique de r\u00e9conciliation avec Franco ; et en second lieu, \u00e0 cause de la d\u00e9composition et de la d\u00e9sorganisation politique de la zone centrale. Aussi, seule une minorit\u00e9 de r\u00e9publicains espagnols -essentiellement des militants d&rsquo;organisations poli\u00ac tiques et syndicales et des cadres de l&rsquo;administration -pourra atteindre les c\u00f4tes alg\u00e9riennes. Sept mille d&rsquo;entre eux accost\u00e8rent dans le port d&rsquo;Oran tandis que les 4 150 passagers de la flotte r\u00e9publicaine, arriv\u00e9s le 16 mars \u00e0 Oran, furent orient\u00e9s pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 sur Bizerte en Tunisie. Ce chiffre, qui para\u00eet d\u00e9risoire en comparaison de la vague pr\u00e9\u00ac c\u00e9dente, vient n\u00e9anmoins renforcer, \u00e0 la grande appr\u00e9hension des autorit\u00e9s fran\u00e7aises d&rsquo;Alg\u00e9rie, la pr\u00e9sence espagnole sur ce territoire.<\/p>\n<p>L&rsquo;accueil de ces exil\u00e9s par les autorit\u00e9s coloniales ne fut pas, par cons\u00e9quent, plus chaleureux que celui de la m\u00e9tropole \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des r\u00e9publicains de l&rsquo;exode catalan, dont la pr\u00e9sence massive dans les camps du sud de la France rendait d&rsquo;autant plus ind\u00e9sirable l&rsquo;arriv\u00e9e de nouveaux contingents. La volont\u00e9 de s&rsquo;en d\u00e9barrasser est manifeste d\u00e8s leur arriv\u00e9e fin mars 1939 : on interdit le d\u00e9barquement des r\u00e9fugi\u00e9s et on tente, en dehors des c\u00f4tes alg\u00e9riennes et fran\u00ac \u00e7aises, de refouler les cargos qui les transportent. Tentative mise en \u00e9chec par la r\u00e9sistance des \u00e9quipages et la mobilisation de quelques d\u00e9mocrates fran\u00e7ais d&rsquo;Oran.<\/p>\n<p>L&rsquo;absence de tout dispositif d&rsquo;accueil amena les autorit\u00e9s \u00e0 improviser dans le d\u00e9partement d&rsquo;Oran, des camps, cependant vite insuffisants pour h\u00e9berger le flot accru de r\u00e9fugi\u00e9s. Le plus gros de l&rsquo;\u00e9migration dut attendre plus d&rsquo;un mois, soit \u00e0 bord m\u00eame des cargos, soit sur le quai dans un camp constitu\u00e9 de marabouts, dans des conditions d&rsquo;insalubrit\u00e9 et de sous-alimentation compl\u00e8te avec l&rsquo;interdiction absolue d&rsquo;\u00e9tablir tout contact avec l&rsquo;ext\u00e9rieur. Au d\u00e9but du mois de mai, l&rsquo;ouverture de nouveaux camps dans le d\u00e9partement d&rsquo;Alger permit, comme le souhaitait le pr\u00e9fet d&rsquo;Oran4, le d\u00e9barquement de ces r\u00e9fugi\u00e9s. Les femmes, les enfants, les invalides et quelques intellectuels seront envoy\u00e9s \u00e0 Carnot, Orl\u00e9ansville et Moli\u00e8re, les \u00ab\u00a0miliciens\u00a0\u00bb5 et les anciens brigadistes \u00e9tant transf\u00e9r\u00e9s dans les camps de Boghar et Boghari. Eloign\u00e9s des grands centres urbains, ces camps am\u00e9nag\u00e9s \u00e0 la h\u00e2te \u00e9taient pour la plupart pourvus d&rsquo;installations pr\u00e9caires, et les r\u00e9fugi\u00e9s sujets \u00e0 une \u00e9troite surveillance de la gendarmerie et des troupes s\u00e9n\u00e9galaises.<\/p>\n<p>Dans les camps les r\u00e9fugi\u00e9s vivaient dans des conditions dramatiques : malnutrition, \u00e9pid\u00e9mies, vexations, ch\u00e2timents&#8230;<\/p>\n<p>C&rsquo;est le cas notamment des camps de Boghar et Boghari, mieux connus sous les noms de Suzzoni et Morand, qui regroup\u00e8rent le plus gros de l&rsquo;\u00e9migration masculine, soit en mai 1939 approximativement 3 000 r\u00e9fugi\u00e9s, dont 2 500 \u00e0 Boghari entass\u00e9s dans des baraquements.<\/p>\n<p>Si des efforts furent entrepris par les sous-pr\u00e9fets de certaines localit\u00e9s, comme celle d&rsquo;Orl\u00e9ansville, pour am\u00e9liorer les conditions de vie et permettre l&rsquo;int\u00e9gration progressive de quelques r\u00e9fugi\u00e9s sur le march\u00e9 local du travail, en revanche \u00e0 Boghar et Boghari la situation \u00e9tait telle qu&rsquo;elle alarma les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de la mission internationale d\u00e9sign\u00e9e par la conf\u00e9rence de Paris sur les r\u00e9fugi\u00e9s pour visiter les camps d&rsquo;Alg\u00e9rie en mai 1939. Cette mission concluait dans son rapport : \u00ab\u00a0<em>Ils manquent de tout (&#8230;). Avec la chaleur cela nous permet d&rsquo;affirmer que pas un homme ne pourra r\u00e9sister dans ces conditions. Ils sont vou\u00e9s au d\u00e9sespoir, \u00e0 la maladie et \u00e0 la mort<em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Pour les autorit\u00e9s pr\u00e9fectorales d&rsquo;Alger, la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;am\u00e9liorer les conditions d&rsquo;internement des miliciens des camps de Boghar et Boghari ne se posait pas dans les m\u00eames termes. Il s&rsquo;agissait avant tout d&rsquo;\u00e9viter les risques induits par une inactivit\u00e9 prolong\u00e9e, propre \u00e0 encourager, selon les termes du gouverneur g\u00e9n\u00e9ral, \u00ab\u00a0la fermentation intellectuelle<\/p>\n<p>Une note du pr\u00e9fet d&rsquo;Oran annonce au gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Alg\u00e9rie \u00ab\u00a0<em>qu&rsquo;il ne peut maintenir tous ces r\u00e9fugi\u00e9s dans son d\u00e9partement d\u00e9j\u00e0 trop fortement hispanis\u00e9<\/em>\u00ab\u00a0, \u00ab\u00a0<em>et l&rsquo;activit\u00e9 politique (&#8230;) de 3 000 hommes vigou\u00ac reux, dont certains ont acquis une f\u00e2cheuse exp\u00e9rience en mati\u00e8re de guerre civile et d&rsquo; anarchie<\/em>\u00a0\u00bb  . Archives pr\u00e9fectorales d&rsquo;Oran, affaires espagnoles. Ch. Dubosson, \u00ab\u00a0La presse espagnole d&rsquo;Alg\u00e9rie (1880-1931)\u00a0\u00bb, in Espagne et Alg\u00e9rie au XXe si\u00e8cle, contacts culturels et cr\u00e9ation litt\u00e9raire, L&rsquo;Harmattan 1985, p.70.<\/p>\n<p>Il faut entendre par \u00ab\u00a0miliciens\u00a0\u00bb tous les hommes c\u00e9libataires ayant appartenu sous quelque forme que ce soit aux forces r\u00e9publicaines espagnoles.<\/p>\n<p>Par d\u00e9cret du 12 avril 1939, au vu de l&rsquo;aggravation des tensions internationales, le gouvernement Daladier soumet les \u00e9trangers r\u00e9fugi\u00e9s ou apatrides aux m\u00eames obligations militaires que les Fran\u00e7ais en temps de paix et de guerre. Le gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Alg\u00e9rie, sur proposition du pr\u00e9fet d&rsquo;Alger, pr\u00e9conise donc la militarisation des camps et une \u00ab\u00a0utilisation rationnelle\u00a0\u00bb des r\u00e9fugi\u00e9s. D&rsquo;une part seraient ainsi constitu\u00e9es des Compagnies de travailleurs \u00e9trangers sur le mod\u00e8le de celles institu\u00e9es en m\u00e9tro\u00ac pole, dans lesquelles ils seraient incorpor\u00e9s \u00ab\u00a0de mani\u00e8re volontaire ou forc\u00e9e\u00a0\u00bb*, et d&rsquo;autre part serait autoris\u00e9 leur emploi dans des entreprises locales (apr\u00e8s v\u00e9rification des qualifications et de \u00ab\u00a0la conduite morale\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Ces mesures permirent aux autorit\u00e9s coloniales d&rsquo;encadrer et de contr\u00f4ler les r\u00e9fugi\u00e9s tout en utilisant leur potentiel \u00e9conomique, d&rsquo;autant plus appr\u00e9ciable qu&rsquo;il \u00e9tait constitu\u00e9 d&rsquo;une importante main-d&rsquo;\u0153uvre sp\u00e9cialis\u00e9e9. En 1940, seuls 1 053 r\u00e9fugi\u00e9s espagnols travaillent dans des entreprises10, en d\u00e9pit des fortes demandes m\u00e9tropolitaine et locale, la plus grande partie ayant \u00e9t\u00e9 incorpor\u00e9e dans les CTE pour l&rsquo;usage exclusif de l&rsquo;autorit\u00e9 militaire. Douze compagnies furent mises en place en octobre 1939 et rattach\u00e9es au 8e r\u00e9giment de travailleurs \u00e9trangers ; sous le commandement d&rsquo;un officier fran\u00e7ais, chacune comprenait une moyenne de 150 \u00e0 200 travailleurs11.<\/p>\n<p>En 1940, ces formations constitu\u00e9es dans un premier temps \u00e0 partir des miliciens du camp de Boghari -ceux de Boghar ayant \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 Boghari et remplac\u00e9s par des nationaux allemands et des communistes \u00e9trangers -regroupaient approximativement entre 2 500 et 3 00012 miliciens r\u00e9partis entre l&rsquo;Alg\u00e9rie, le Maroc et la Tunisie. Une partie de ces compagnies, qui \u00e9taient avant tout destin\u00e9es \u00e0 des travaux de d\u00e9fense nationale, fut affect\u00e9e \u00e0 la r\u00e9fection des routes \u00e0 Constantine et \u00e0 Khenchela (Sud constantinois), ou encore \u00e0 l&rsquo;exploitation des mines de charbon de Kenadsa dans le Sud oranais. C&rsquo;est cependant \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification du transsaharien M\u00e9diterran\u00e9e-Niger (chemin de fer strat\u00e9gique qui devait relier le centre et l&rsquo;ouest de l&rsquo;Afrique avec les colonies du Maghreb) que la plus grosse partie des \u00ab\u00a0unit\u00e9s\u00a0\u00bb vont travailler, r\u00e9partie entre Bou-Arfa (Maroc), Colomb-B\u00e9char (base militaire du Sud oranais) et Kenadsa13.<\/p>\n<p>En Tunisie par ailleurs, 270 marins de la flotte r\u00e9publicaine, intern\u00e9s dans le camp de Maknassy et class\u00e9s par les autorit\u00e9s comme ind\u00e9sirables poli\u00ac tiques, furent \u00e9galement incorpor\u00e9s dans une compagnie \u00e0 caract\u00e8re disciplinaire destin\u00e9e \u00e0 des travaux similaires.<\/p>\n<p>La discipline impos\u00e9e dans ces compagnies va acqu\u00e9rir rapidement aux yeux des r\u00e9fugi\u00e9s l&rsquo;allure d&rsquo;un \u00ab\u00a0bagne\u00a0\u00bb : les conditions de vie et de travail y sont bien souvent plus proches de celles du for\u00e7at que du prestataire. Les r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9taient astreints, sous une chaleur pouvant atteindre la journ\u00e9e 45\u00b0, \u00e0 extraire une quantit\u00e9 d\u00e9finie de terre par jour ou par semaine, sous peine de sanctions variant de la suppression de la prime mensuelle (ils percevaient, comme dans les compagnies en France, un salaire quotidien de 0,50 \u00e0 1 F) \u00e0 l&rsquo;obligation de terminer la t\u00e2che les jours de repos.<\/p>\n<p>Avec l&rsquo;armistice de juin 1940, les nouvelles don\u00ac n\u00e9es politiques vont modifier la situation des r\u00e9fugi\u00e9s. L&rsquo;histoire des camps ne s&rsquo;arr\u00eate pas, bien au contraire elle se poursuit et s&rsquo;institutionnalise dans un cadre l\u00e9gislatif r\u00e9pressif dont la justification premi\u00e8re est la construction d \u00ab\u00a0&lsquo;une nouvelle France trop longtemps pervertie par les communistes et les apatrides\u00a0\u00bb 14. La figure de proue en est le mar\u00e9chal P\u00e9tain. Parmi ces ind\u00e9sirables se trouvent \u00e9galement les r\u00e9publicains espagnols, du m\u00eame acabit que les communistes fran\u00e7ais et les restes d\u00e9cadents de la IIIe R\u00e9publique\u00a0\u00bb 15.<\/p>\n<p>En Alg\u00e9rie, o\u00f9 la peur du \u00ab\u00a0p\u00e9ril \u00e9tranger\u00a0\u00bb et l&rsquo;anti\u00ac s\u00e9mitisme sont une constante de la vie politique alg\u00e9rienne, et o\u00f9 les partis de droite et d&rsquo;extr\u00eame droite s&rsquo;\u00e9taient renforc\u00e9s depuis 1936, l&rsquo;id\u00e9e de \u00ab\u00a0R\u00e9volution nationale\u00a0\u00bb fut plut\u00f4t bien re\u00e7ue. La R\u00e9sistance n&rsquo;y eut qu&rsquo;une faible \u00e9tendue par rapport \u00e0 la m\u00e9tropole quelques ann\u00e9es plus tard.<\/p>\n<p>Au lendemain de l&rsquo;armistice, le gouvernement de P\u00e9tain se trouve face au probl\u00e8me de l&rsquo;exc\u00e9dent de main-d&rsquo;\u0153uvre d\u00fb \u00e0 la d\u00e9mobilisation des forces fran\u00e7aises et \u00e0 celle des prestataires \u00e9trangers \u00ab\u00a0sus\u00aceptibles de constituer s&rsquo;ils sont abandonn\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames des \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9sordre\u00a0\u00bb 16. Le 27 septembre est promulgu\u00e9 un d\u00e9cret-loi rendant obligatoire l&rsquo;encadrement dans des Groupes de travailleurs \u00e9trangers de tous les \u00e9trangers entre 18 et 55 ans \u00ab\u00a0en trop dans l&rsquo;\u00e9conomie nationale\u00a0\u00bb .<\/p>\n<p>En Alg\u00e9rie et au Maroc, ces groupements se trans\u00ac forment en un moyen de contr\u00f4le des \u00e9trangers \u00ab\u00a0dont l&rsquo;activit\u00e9 politique risquerait d&rsquo;\u00eatre dangereuse pour la Nation, s&rsquo;ils \u00e9taient autoris\u00e9s \u00e0 r\u00e9sider librement\u00a0\u00bb 17 . Les CTE, d\u00e9sign\u00e9es d\u00e9sormais sous le terme de Groupes de travailleurs \u00e9trangers (GTE), sont int\u00e9gr\u00e9es dans un dispositif r\u00e9pressif et g\u00e9r\u00e9es non plus par l&rsquo;autorit\u00e9 militaire mais par l&rsquo;administration civile. Le 8e r\u00e9giment est donc dissous et les compagnies redistribu\u00e9es en 13 groupes affect\u00e9s aux m\u00eames travaux que les CTE. Cependant, \u00e0 ces 13 groupes vinrent s&rsquo;ajouter 6 nouvelles formations constitu\u00e9es avec les engag\u00e9s de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re (environ 3 000) regroupant diverses nationalit\u00e9s, qui furent envoy\u00e9s \u00e0 Saida, A\u00efn-Sefra et Colomb-B\u00e9char. A la t\u00eate de ces groupements se trouvent les nouveaux tenants du pouvoir.<\/p>\n<p>La situation sanitaire et alimentaire se d\u00e9t\u00e9riore rapidement dans ces groupements : outre la suppression du salaire (\u00e0 l&rsquo;exception de la prime de rendement), le syst\u00e8me punitif s&rsquo;intensifie et adopte de nouvelles formes \u00e0 la moindre contestation, \u00e9vasion ou r\u00e9bellion. Certains de ces groupements, transform\u00e9s en sections disciplinaires, deviennent de sinistres camps p\u00e9nitentiaires o\u00f9 s&rsquo;excercent quotidiennement vexations, s\u00e9vices et tortures, qui viennent se surajouter aux mauvaises conditions de vie.<\/p>\n<p>Parmi les plus connus, Meridja ou 5e GTE (stationn\u00e9 au Maroc), et surtout Hadjerat M&rsquo;Guil (6e GTE), surnomm\u00e9 par les intern\u00e9s \u00ab\u00a0le Buchenwwald fran\u00e7ais en Afrique du Nord\u00a0\u00bb \u00e0 cause de la f\u00e9rocit\u00e9 de son r\u00e9gime. Ce camp, install\u00e9 dans le territoire d&rsquo; A\u00efn-Sefra, comprenait une moyenne de 175 \u00e0 200 intern\u00e9s de diff\u00e9rentes nationalit\u00e9s r\u00e9partis entre deux sections. La section A \u00e9tait compos\u00e9e des \u00a0\u00bb \u00e9l\u00e9ments sains\u00a0\u00bb occup\u00e9s \u00e0 des t\u00e2ches administratives et la section B \u00e9tait subdivis\u00e9e en trois groupes : les \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9ments douteux\u00a0\u00bb (juifs essentiellement), les \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9ments ind\u00e9sirables\u00a0\u00bb et enfin les \u00ab\u00a0punis\u00a0\u00bb . Pour les nouvelles autorit\u00e9s, ces camps disciplinaires constituent, de fait, le moyen le plus efficace pour se d\u00e9barrasser des \u00e9trangers r\u00e9fractaires ou suspect\u00e9s d&rsquo;activit\u00e9s extr\u00e9mistes, mais qui, faute de preuves, ne peuvent \u00eatre renvoy\u00e9s devant les tribunaux sp\u00e9ciaux.<\/p>\n<p><strong>Les \u00ab\u00a0Centres de s\u00e9jours surveill\u00e9s\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 ces formations de travailleurs, existe ce que le gouvernement de Vichy a officielle\u00ac ment d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de \u00ab\u00a0Centres de s\u00e9jours surveill\u00e9s\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0groupements d&rsquo;intern\u00e9s\u00a0\u00bb. Ces camps ne sont pas nouveaux. D\u00e9j\u00e0, sous le gouvernement Daladier, les r\u00e9fugi\u00e9s espagnols et les anciens brigadistes identifi\u00e9s comme \u00ab\u00a0fomenteurs de troubles\u00a0\u00bb \u00e9taient plac\u00e9s dans les camps-prisons de Collioure (Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales), du Vernet (Ari\u00e8ge) ou encore dans celui de Djelfa en Alg\u00e9rie, r\u00e9serv\u00e9 aux nationaux suspect\u00e9s de communisme. Sous le gouverne\u00ac ment de P\u00e9tain, et notamment apr\u00e8s l&rsquo;entr\u00e9e en guerre de l&rsquo;Union sovi\u00e9tique aux c\u00f4t\u00e9s des forces alli\u00e9es en juin 1941, la r\u00e9pression polici\u00e8re s&rsquo;accentue, renforc\u00e9e par la loi de 1941 qui confiait en zone libre la \u00ab\u00a0r\u00e9pression des men\u00e9es communistes et anarchistes\u00a0\u00bb \u00e0 des sections sp\u00e9ciales des tribunaux militaires18. Parall\u00e8lement, en Alg\u00e9rie, le g\u00e9n\u00e9ral Weygand, nouveau gouverneur g\u00e9n\u00e9ral depuis juin 1941, proc\u00e8de \u00e0 la l\u00e9galisation des camps d&rsquo;intern\u00e9s politiques ou \u00ab\u00a0Centres de s\u00e9jours surveill\u00e9s\u00a0\u00bb, dont la fonction est de \u00ab\u00a0placer hors d&rsquo;\u00e9tat de nuire les nationaux dangereux et les \u00e9trangers ind\u00e9sirables qui ne peuvent \u00eatre ni expuls\u00e9s ni rapatri\u00e9s\u00a0\u00bb19. On y d\u00e9portait aussi, par cons\u00e9quent, les \u00e9trangers ou nationaux appr\u00e9hend\u00e9s en m\u00e9tropole.<\/p>\n<p>Sur les neuf camps existant en Alg\u00e9rie, deux -Djelfa et Berrouaghia -, situ\u00e9s dans le Sud alg\u00e9rois, \u00e9taient exclusivement r\u00e9serv\u00e9s aux \u00e9trangers de sexe masculin, les femmes \u00e9tant intern\u00e9es au camp de Ben Chicao. Les six autres camps (dont Bossuet et Djenien Bou Rezg, parmi les plus connus) recevaient les nationaux fran\u00e7ais et alg\u00e9riens.<\/p>\n<p><strong>Le Camp-Morand (Boghari) en Alg\u00e9rie<\/strong><\/p>\n<p>Le camp de Djelfa, install\u00e9 dans la r\u00e9gion des Monts Ouled proche du village El Djelfa, recevait d\u00e8s 1939 des communistes fran\u00e7ais d\u00e9port\u00e9s de la m\u00e9tropole. En avril 1941, ces intern\u00e9s, transf\u00e9r\u00e9s au camp de Bossuet, furent remplac\u00e9s par les r\u00e9fugi\u00e9s espagnols et les anciens brigadistes provenant des camps m\u00e9tropolitains ou d&rsquo;Alg\u00e9rie m\u00eame. Le nombre des intern\u00e9s du camp de Djelfa ne cessa d&rsquo;augmenter, passant de 495 en avril 1941 \u00e0 1 088 en ao\u00fbt 1942, p\u00e9riode correspondant au renforcement du dispositif policier qui, en Alg\u00e9rie, donna lieu \u00e0 une vague d&rsquo;arrestations massive de communistes et d&rsquo;anarchistes espagnols. Les intern\u00e9s \u00e9taient employ\u00e9s \u00e0 diverses activit\u00e9s dont l&rsquo;ensemble constituait une v\u00e9ritable petite industrie au seul b\u00e9n\u00e9fice des dirigeants du camp.<\/p>\n<p>De nombreux t\u00e9moignages d\u00e9crivent les conditions d&rsquo;internement auxquelles les intern\u00e9s \u00e9taient Les peines prononc\u00e9es par ces sections sont l&#8217;emprisonnement, avec ou sans amende, les travaux forc\u00e9s \u00e0 dur\u00e9e limit\u00e9e ou \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, la peine de mort, ces sentences sont imm\u00e9diatement applicables, sans aucun recours possible.  Le 18 octobre 1941, 63 Espagnols communistes sont arr\u00eat\u00e9s \u00e0 Oran par les services de la police sp\u00e9ciale. A la m\u00eame date 18 travailleurs des GTE de Kenadsa et de Colomb-B\u00e9char sont \u00e9galement d\u00e9tenus et transf\u00e9r\u00e9s au tribunal militaire d&rsquo;Oran. ANOM.<\/p>\n<p>Le commandant Caboche, directeur du camp de Djelfa, fut condamn\u00e9 \u00e0 seize mois de prison. Le directeur de Berrouaghia fut mis en libert\u00e9 provisoire. Du camp d&rsquo;Hadjerat, le commandant et trois de ses adjoints accus\u00e9s d&rsquo;assassinats et de tortures furent condamn\u00e9s \u00e0 la peine de mort ; le lieutenant-colonel Viciot, responsable du secteur Colomb-B\u00e9char depuis ao\u00fbt 1941, aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 ; enfin deux surveillants du camp \u00e0 vingt ans et deux autres \u00e0 dix ans. Quant au colonel Lupy, nomm\u00e9 \u00e9galement en ao\u00fbt 1941 inspecteur g\u00e9n\u00e9ral de tous les Groupements, il fut acquitt\u00e9.<\/p>\n<p>Le camp de Berrouaghia est \u00e9galement connu pour la cruaut\u00e9 de son r\u00e9gime. On y recensa, entre 1940 et 1942, 750 d\u00e9c\u00e8s. En 1945, l&rsquo;hebdomadaire socialiste d&rsquo;Alg\u00e9rie Fraternit\u00e9, dans une s\u00e9rie d&rsquo;articles, livre \u00e0 l&rsquo;opinion publique l&rsquo;enfer v\u00e9cu par les d\u00e9tenus. Plus qu&rsquo;un camp, Berrouaghia est, en fait, une prison centrale regroupant sous le m\u00eame r\u00e9gime condamn\u00e9s de droit commun et d\u00e9tenus poli\u00ac tiques. A la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1940, une annexe sp\u00e9cialement r\u00e9serv\u00e9e aux \u00e9trangers fut ouverte, divis\u00e9e en deux sections. La premi\u00e8re comprenait les intern\u00e9s dits \u00ab\u00a0lib\u00e9rables\u00a0\u00bb, la seconde, les \u00ab\u00a0ind\u00e9sirables\u00a0\u00bb ne pouvant faire l&rsquo;objet d&rsquo;aucun sursis ; ils \u00e9taient 146 en mars 1941.<\/p>\n<p>Hormis les GTE et les camps d&rsquo;intern\u00e9s, existait un ensemble de prisons ou de p\u00e9nitenciers, dans les\u00ac quels \u00e9taient transf\u00e9r\u00e9s les exil\u00e9s espagnols en attente de jugement ou d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9s \u00e0 des peines plus ou moins longues ou \u00e0 la peine de mort par les tribunaux. Dans la prison centrale de Maison Carr\u00e9e d&rsquo;Alger, par exemple, \u00e9tait reclus, outre les d\u00e9put\u00e9s communistes fran\u00e7ais et les communistes alg\u00e9riens, cinq r\u00e9publicains espagnols condamn\u00e9s \u00e0 mort.<\/p>\n<p>La prison de Lamb\u00e8se dans le Constantinois, le fort de Port-Lyautey et le camp de Missour au Maroc ont \u00e9galement \u00ab\u00a0accueillis\u00a0\u00bb des \u00e9trangers de diverses nationalit\u00e9s dans des conditions identiques et aussi sinistres que dans tous les autres camps.<\/p>\n<p>Le d\u00e9barquement alli\u00e9 de novembre 1942 en Afrique du Nord ne modifia pas imm\u00e9diatement la situation des intern\u00e9s des camps disciplinaires et GTE. La politique de protectorat des autorit\u00e9s am\u00e9ricaines en Alg\u00e9rie et au Maroc, dont l&rsquo;objectif \u00e9tait de s&rsquo;approprier le contr\u00f4le de ces territoires, et la nomination par ces m\u00eames autorit\u00e9s, en d\u00e9cembre 1942, de Giraud au poste de commandant en chef civil et militaire d&rsquo;Afrique du Nord concoururent \u00e0 laisser en place l&rsquo;administration vichy ste et son arsenal l\u00e9gislatif r\u00e9pressif22.<\/p>\n<p>En outre, l&rsquo;aversion de ces nouvelles autorit\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des r\u00e9fugi\u00e9s espagnols ne disparut pas. En d\u00e9cembre 1942, Giraud exprima clairement le sou\u00ac hait de s&rsquo;en d\u00e9barrasser23. Il faudra donc attendre le 27 avril 1943 pour que, sous la pression des organisations communistes, soit d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par la commission interalli\u00e9e la dissolution des camps, et juillet pour que fut effective la lib\u00e9ration des intern\u00e9s. Toute une s\u00e9rie de propositions accompagnait le texte de dissolution qui obligeait les r\u00e9fugi\u00e9s espagnols \u00e0 choisir entre l&rsquo;\u00e9migration vers le Mexique, le contrat de travail avec la Production industrielle, l&rsquo;engagement dans les Pionniers britanniques ou dans les forces am\u00e9ricaines, ou bien encore l&rsquo;enr\u00f4lement dans la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re ou dans les Corps francs d&rsquo;Afrique24. Certains des r\u00e9fugi\u00e9s s&rsquo;engag\u00e8rent dans les Corps francs, d&rsquo;autres rest\u00e8rent en Alg\u00e9rie ou au Maroc dans le but de reconstituer des noyaux poli\u00ac tiques et de reprendre la lutte antifranquiste.<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 1944, peu de temps apr\u00e8s la r\u00e9solution par le Comit\u00e9 fran\u00e7ais de lib\u00e9ration nationale de la poursuite en justice des ministres et hauts fonctionnaires fran\u00e7ais collaborateurs, eurent lieu, devant les tribunaux militaires d&rsquo;Alger et de Blida, les proc\u00e8s des dirigeants des camps d&rsquo;Hadjerat, de Djelfa, de Berrouaghia et plus tard de Maison Carr\u00e9e, r\u00e9v\u00e9lant \u00e0 l&rsquo;opinion publique l&rsquo;atrocit\u00e9 des traitements subis par les intern\u00e9s25. Seul reste de ces proc\u00e8s ce que la presse d&rsquo;Alg\u00e9rie de l&rsquo;\u00e9poque en a retrac\u00e9, les archives de justice militaire demeurant aujourd&rsquo;hui encore inaccessibles !<\/p>\n<p><strong>par Anne CHARAUDEAU<\/p>\n<p>Pr\u00e9pare une th\u00e8se \u00e0 l&rsquo;Ecole des hautes \u00e9tudes sur \u00ab\u00a0l&rsquo;immigration \u00e9conomique et politique en Alg\u00e9rie de 1930 \u00e0 l&rsquo;Ind\u00e9pendance\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/homig_1142-852x_1992_num_1158_1_1894\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/homig_1142-852x_1992_num_1158_1_1894<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qui se souvient aujourd&rsquo;hui de ces centaines d&rsquo;individus d\u00e9port\u00e9s et intern\u00e9s dans des camps du fin fond de l&rsquo;Alg\u00e9rie et du Maroc ? Parmi eux des communistes, des anarchistes, des socialistes, fran\u00e7ais, alg\u00e9riens, juifs, des \u00e9trangers exil\u00e9s comme ces r\u00e9fugi\u00e9s espagnols, qui, fuyant les repr\u00e9sailles franquistes ont travers\u00e9 les fronti\u00e8res fran\u00e7aises ou ont accost\u00e9 en &hellip; <a href=\"https:\/\/retirada37.com\/?p=3184\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Les r\u00e9fugi\u00e9s espagnols dans les camps d&rsquo;internement en Afrique du Nord<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0,"footnotes":""},"categories":[14,15],"tags":[],"class_list":["post-3184","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","category-temoignages-et-recits"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3184","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3184"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3184\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3186,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3184\/revisions\/3186"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3184"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3184"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3184"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}