{"id":2892,"date":"2018-08-27T14:32:30","date_gmt":"2018-08-27T13:32:30","guid":{"rendered":"http:\/\/retirada37.com\/?p=2892"},"modified":"2018-08-27T14:42:47","modified_gmt":"2018-08-27T13:42:47","slug":"luis-royo-ibanez-un-de-la-nueve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/retirada37.com\/?p=2892","title":{"rendered":"Luis Royo Ib\u00e1\u00f1ez, un de la Nueve"},"content":{"rendered":"<p>Issu d\u2019une modeste famille d\u2019origine aragonaise, Luis Royo Ib\u00e1\u00f1ez est n\u00e9 le 14 novembre  1920 dans le quartier de l\u2019Ensanche \u00e0 Barcelone. Son p\u00e8re qui \u00e9tait cordonnier avait des id\u00e9es anarchistes et souhaitait que son fils re\u00e7oive une \u00e9ducation gratuite. Il avait coutume de lui dire que seule l\u2019\u00e9ducation le rendrait libre de d\u00e9cider de sa vie. Alors qu\u2019importe si ce sont des religieux qui proposent une \u00e9cole gratuite, il inscrit son fils chez  les Maristes ! <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/2018-04-03_175147_Photo-1.jpg\" alt=\"\" width=\"1000\" height=\"808\" class=\"alignnone size-full wp-image-2893\" srcset=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/2018-04-03_175147_Photo-1.jpg 1000w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/2018-04-03_175147_Photo-1-300x242.jpg 300w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/2018-04-03_175147_Photo-1-768x621.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/p>\n<p>Luis arr\u00eate ses \u00e9tudes vers l\u2019\u00e2ge de 16 ans pour devenir ouvrier dans les Arts Graphiques.  La guerre \u00e9clate l\u2019ann\u00e9e suivante et il s\u2019engage dans l\u2019Arm\u00e9e R\u00e9publicaine. \u00c0 17 ans, il fait partie des 30 000 jeunes engag\u00e9s de \u00ab la quinta del biber\u00f3n \u00bb (la classe du biberon) ainsi que les avait surnomm\u00e9s Federica Monseny, ministre de la Sant\u00e9 du gouvernement R\u00e9publicain.<\/p>\n<p>La guerre d\u2019Espagne et la Retirada, c\u2019est Luis Royo lui-m\u00eame qui les raconte : \u00ab  J\u2019ai commenc\u00e9 la guerre avec l\u2019offensive de Balaguer, qui a  \u00e9t\u00e9  un \u00e9chec parce qu\u2019on n\u2019avait pas de moyens et qu\u2019il est clair qu\u2019on ne pouvait se  battre avec un balai contre un canon. Malheureusement, cela a toujours \u00e9t\u00e9 comme \u00e7a dans le camp R\u00e9publicain. Dans de nombreuses batailles, on a combattu en jetant des pierres et des grenades.  J\u2019ai particip\u00e9 \u00e0 toute la bataille de l\u2019\u00c9bre et au remplacement des Brigades Internationales \u00e0 Tortosa. J\u2019ai vu beaucoup de morts, beaucoup de bless\u00e9s graves, quelques-uns sans jambes ou sans bras. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s dur de ne pouvoir rien faire pour eux&#8230;<\/p>\n<p>Le front a \u00e9t\u00e9 enfonc\u00e9 en d\u00e9cembre 1938 apr\u00e8s No\u00ebl, et, de Tortosa, on est partis vers l\u2019Ampourdan. L\u00e0, on a commenc\u00e9 la retraite a\u0300 pied. On est pass\u00e9s par Berga, Olot, Figueres, et on est arriv\u00e9s \u00e0 la fronti\u00e8re de Prats-de-Mollo le dimanche 12 f\u00e9vrier 1939, vers cinq heures de l\u2019apr\u00e8s-midi. On \u00e9tait cinq amis de la m\u00eame division, avec des mules et un cheval. Il faisait encore jour. L\u2019aviation franquiste bombardait pr\u00e8s de Ripoll, \u00e0 quelques trois kilom\u00e8tres. Avant de franchir la fronti\u00e8re, on nous a tous d\u00e9sarm\u00e9s. J\u2019avais un \u00ab naranjero \u00bb  (fusil-mitrailleur)  et plut\u00f4t que le donner, j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9  le briser et jeter les morceaux dans le foss\u00e9. Ensuite, on a pass\u00e9 la fronti\u00e8re avec le G\u00e9n\u00e9ral Herna\u0301ndez \u00e0 notre t\u00eate, son \u00e9tat-major et un groupe de musiciens. On \u00e9tait  une soixantaine de militaires. On est entr\u00e9s en formation, avec les musiciens jouant l\u2019Himno de Riego (hymne de la R\u00e9publique espagnole). J\u2019avais 18 ans. \u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s son entr\u00e9e en France, Luis Royo est intern\u00e9 sur place, puis envoy\u00e9 au camp d\u2019Agde. Deux de ses tantes install\u00e9es dans la r\u00e9gion apprennent  sa pr\u00e9sence au Camp et  r\u00e9ussissent \u00e0 le faire sortir. Il travaille dans un domaine viticole jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Armistice. Le 18 juin 1940, tandis qu\u2019avec ses  cousines il recherche une station de radio, il tombe par hasard sur Radio Londres. L\u2019appel du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle qu\u2019il entend alors le d\u00e9cide de rejoindre ceux qui refusent de subir le nazisme et le fascisme. Il s\u2019engage dans la L\u00e9gion et part pour Marseille. Avec 15 autres espagnols il est exp\u00e9di\u00e9 \u00e0 Oran puis au Maroc.<\/p>\n<p> D\u00e8s que l\u2019occasion se pr\u00e9sente, il d\u00e9serte de la L\u00e9gion et rejoint la 2\u00e8me division blind\u00e9e  plac\u00e9e sous le commandement du G\u00e9n\u00e9ral Leclerc, ralli\u00e9 aux Forces Fran\u00e7aises Libres. Les R\u00e9publicains espagnols \u00e9taient tellement nombreux dans la 9\u00e8me Compagnie qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 surnomm\u00e9e la \u00ab Nueve \u00bb (9 en espagnol).  Install\u00e9e \u00e0 Rabat, la Compagnie  re\u00e7oit des v\u00e9hicules am\u00e9ricains, notamment des half-tracks que les Espagnols s\u2019empressent de baptiser avec des noms de villes espagnoles comme Madrid, Guernica ou encore Santander. Plus fac\u00e9tieux, un half-track est d\u00e9nomm\u00e9 \u00ab les pingouins \u00bb en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab espingouins \u00bb, surnom donn\u00e9 aux Espagnols par les soldats fran\u00e7ais, et la jeep de contr\u00f4le  est  appel\u00e9e \u00ab  mort aux cons \u00bb. Et, \u00e0 leur grande joie, les Espagnols sont autoris\u00e9s \u00e0 peindre le drapeau r\u00e9publicain espagnol sur les blind\u00e9s.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/2018-04-03_175147_ill1_Aout-44.jpg\" alt=\"\" width=\"1000\" height=\"566\" class=\"alignnone size-full wp-image-2894\" srcset=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/2018-04-03_175147_ill1_Aout-44.jpg 1000w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/2018-04-03_175147_ill1_Aout-44-300x170.jpg 300w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/2018-04-03_175147_ill1_Aout-44-768x435.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/p>\n<p>Du Maroc, la Nueve part en Grande-Bretagne avec l\u2019objectif de d\u00e9barquer en France. Le 1er aout 1944, Luis Royo et ses 10 compagnons du half-track \u00ab Madrid \u00bb qu\u2019il conduit d\u00e9barquent sur la plage d\u2019Omaha Beach. Ils participent \u00e0 des combats dans l\u2019Orne, et notamment \u00e0 la bataille d\u2019\u00c9couch\u00e9, une des plus dures de Normandie mais aussi une des plus grandes victoires de la Nueve contre les nazis.  Puis, le 24 ao\u00fbt, le G\u00e9n\u00e9ral Leclerc, surnomm\u00e9 \u00ab el patr\u00f3n \u00bb par les Espagnols, donne un  ordre : \u00ab Objectif Paris ! \u00bb. Ils parcourent alors  les 200 kms qui les s\u00e9parent de la capitale et, guid\u00e9s par les FFI,  entrent dans Paris par la Porte d\u2019Italie. Pr\u00e8s de l\u2019\u00c9cole Militaire, ils \u00e9changent des tirs avec des miliciens fran\u00e7ais et atteignent enfin l\u2019H\u00f4tel de Ville.<\/p>\n<p>Quelle fiert\u00e9 pour ces combattants espagnols d\u2019\u00eatre les premiers \u00e0 lib\u00e9rer Paris ! D\u2019ailleurs, Leclerc disait d\u2019eux : \u00ab  Je commande une troupe de rouges, mais quel courage ! \u00bb.<\/p>\n<p>Le lendemain, la Nueve assaille l\u2019H\u00f4tel Meurice et fait prisonnier  le g\u00e9n\u00e9ral Von Choltitz, gouverneur militaire allemand. Le 26 ao\u00fbt, le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle honore la Nueve en  remettant aux combattants la croix de Lorraine, symbole de la France libre.  En ce jour m\u00e9morable, les Espagnols arborent fi\u00e8rement cette d\u00e9coration plac\u00e9e sur leur insigne aux couleurs de la R\u00e9publique espagnole. <\/p>\n<p>Mais la guerre n\u2019est pas finie pour autant  et,  apr\u00e8s avoir lib\u00e9r\u00e9 Paris, la Nueve continue \u00e0 combattre les nazis dans la Haute-Marne et en Alsace. Les Espagnols passent de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du Rhin et arrivent en Allemagne. Leur derni\u00e8re bataille sera celle de Berchtesgaden, ville des Alpes bavaroises o\u00f9 Hitler s\u2019est retranch\u00e9 dans son \u00ab nid d\u2019aigle \u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la guerre, Luis Royo  s\u2019est install\u00e9 \u00e0 Cachan dans la r\u00e9gion parisienne. Ouvrier chez Citro\u00ebn, il a men\u00e9 une vie simple mais a toujours gard\u00e9 en lui cette fiert\u00e9 d\u2019avoir lib\u00e9r\u00e9 Paris.<\/p>\n<p>Il a fallu l\u2019aube des ann\u00e9es 2000 pour que l\u2019\u00e9pop\u00e9e de l\u2019h\u00e9ro\u00efque Nueve sorte enfin des limbes de l\u2019Histoire : en 2004, Luis Royo  et d\u2019autres rares survivants ont \u00e9t\u00e9 honor\u00e9s par le gouvernement espagnol et, en 2005, la France leur a remis la L\u00e9gion d\u2019Honneur. Cette m\u00eame ann\u00e9e, la Ville de Paris a balis\u00e9 un itin\u00e9raire m\u00e9moriel de 11 plaques ponctuant le parcours des half-tracks de la Nueve.<\/p>\n<p>Suite \u00e0 ces hommages, Luis Royo est sollicit\u00e9 pour de nombreux t\u00e9moignages. \u00c0 un journaliste qui lui demandait \u00e0 quoi il pensait apr\u00e8s tant d\u2019ann\u00e9es, il r\u00e9pondit : \u00ab \u00c0 mes dix camarades du half-track \u00a0\u00bb Madrid \u00a0\u00bb que je conduisais. Ils ont tous disparu. Je pense \u00e0 mon chef de section Moreno, \u00e0 ces dix Espagnols vaincus par les franquistes soutenus par les nazis et les fascistes italiens. Lorsque l\u2019ordre nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par Leclerc de \u00a0\u00bb foncer sur Paris \u00ab\u00a0, nous \u00e9tions ivres de joie et de bonheur. Nous allions participer, aux premi\u00e8res loges, \u00e0 la lib\u00e9ration de Paris, nous allions chasser les Allemands et surtout prendre notre revanche sur ceux qui avaient assassin\u00e9 la R\u00e9publique espagnole que nous d\u00e9fendions \u00e0 l\u2019\u00e9poque avec des tromblons datant de la guerre 1914-1918. En d\u00e9barquant en France, en combattant dans l\u2019Orne, en p\u00e9n\u00e9trant dans la capitale de la France, nous disposions d\u2019un armement am\u00e9ricain moderne. Je pense \u00e0 mon half-track \u00a0\u00bb Madrid \u00ab\u00a0, \u00e0 sa vitesse, \u00e0 sa puissance de feu. Nous \u00e9tions d\u00e9termin\u00e9s, bien arm\u00e9s et entra\u00een\u00e9s, bien command\u00e9s, bien guid\u00e9s par les FFI. Les Allemands n\u2019avaient, cette fois, qu\u2019\u00e0 bien se tenir. \u00bb<\/p>\n<p>En 2014, Luis Royo, malade, n\u2019a pu participer \u00e0 la comm\u00e9moration des 70 ans de la Lib\u00e9ration de Paris ni \u00e0 l\u2019inauguration d\u2019un parc en m\u00e9moire de sa Compagnie. Il s\u2019est \u00e9teint \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 96 ans  le  23 ao\u00fbt 2016, la veille du  jour o\u00f9, 42 ans auparavant, il lib\u00e9rait Paris.  C\u2019\u00e9tait le dernier survivant de la Nueve.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.herault-tribune.com\/articles\/168132\/agde-association-pour-la-memoire-du-camp-detrsquo%3Bagde-etlaquo%3B-ils-sont-passes-par-le-camp-etraquo%3B\/\">https:\/\/www.herault-tribune.com\/articles\/168132\/agde-association-pour-la-memoire-du-camp-detrsquo%3Bagde-etlaquo%3B-ils-sont-passes-par-le-camp-etraquo%3B\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Issu d\u2019une modeste famille d\u2019origine aragonaise, Luis Royo Ib\u00e1\u00f1ez est n\u00e9 le 14 novembre 1920 dans le quartier de l\u2019Ensanche \u00e0 Barcelone. Son p\u00e8re qui \u00e9tait cordonnier avait des id\u00e9es anarchistes et souhaitait que son fils re\u00e7oive une \u00e9ducation gratuite. 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