{"id":2827,"date":"2018-02-28T10:47:29","date_gmt":"2018-02-28T09:47:29","guid":{"rendered":"http:\/\/retirada37.com\/?p=2827"},"modified":"2018-02-28T10:49:19","modified_gmt":"2018-02-28T09:49:19","slug":"collioure-un-bagne-fasciste-en-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/retirada37.com\/?p=2827","title":{"rendered":"Collioure : Un bagne fasciste en France"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/colliourecamp.jpg\" alt=\"\" width=\"910\" height=\"550\" class=\"alignnone size-full wp-image-2828\" srcset=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/colliourecamp.jpg 910w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/colliourecamp-300x181.jpg 300w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/colliourecamp-768x464.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 910px) 100vw, 910px\" \/><br \/>\nPhoto prise aux abords du port de p\u00eache de Collioure, Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, en 1890, devenu lieu d&rsquo;internement pour combattants de la Brigade internationale en 1939 &#8211; source : WikiCommons<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1939, un camp d\u2019internement pour combattants r\u00e9publicains revenant de la Guerre d\u2019Espagne est implant\u00e9 sur le sol fran\u00e7ais. Sa d\u00e9couverte fait scandale.<\/p>\n<p>Gr\u00e9gory Tuban vient de publier aux \u00e9ditions du Nouveau Monde une imposante somme historique \u00e0 propos des camps d\u2019emprisonnement b\u00e2tis en France \u00e0 la suite de la Guerre d\u2019Espagne, et destin\u00e9s en priorit\u00e9 aux combattants r\u00e9publicains, communistes, socialistes ou anarchistes.<\/p>\n<p>Avec son aimable autorisation, nous publions aujourd\u2019hui un chapitre tir\u00e9 du livre Camps d\u2019\u00e9trangers : Le contr\u00f4le des r\u00e9fugi\u00e9s venus d\u2019Espagne (1939-1945) consacr\u00e9 au camp de Collioure, dans les Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales.<\/p>\n<p>\u2013<\/p>\n<p>Le 14 mai 1939, le quotidien L\u2019Humanit\u00e9 met Collioure \u00e0 sa une. Sous le titre \u00ab Un bagne fasciste en France \u00bb, le journal communiste r\u00e9v\u00e8le les dantesques conditions d\u2019internement dans ce camp r\u00e9serv\u00e9 aux \u00ab fortes t\u00eates \u00bb. Plus de 350 \u00e9trangers, majoritairement des Espagnols, mais aussi d\u2019ex-brigadistes internationaux, y sont d\u00e9tenus depuis le d\u00e9but du mois de mars 1939. Des hommes quasi s\u00e9questr\u00e9s dans un fort, \u00e0 l\u2019abri des regards, sans droit de correspondance ni de visite. Si Collioure est connue comme la derni\u00e8re demeure du po\u00e8te Antonio Machado \u2013 mort d\u2019\u00e9puisement le 22 f\u00e9vrier 1939 \u2013, d\u00e9sormais, c\u2019est le ch\u00e2teau royal surplombant ce petit port de p\u00eache, situ\u00e9 \u00e0 seulement une trentaine de kilom\u00e8tres de la fronti\u00e8re, qui attire l\u2019attention des derniers d\u00e9fenseurs de la R\u00e9publique espagnole.<\/p>\n<p>\u00c0 quelques mois du 150e anniversaire de 1789, ils esp\u00e8rent bien faire tomber cette \u00ab Bastille de Daladier \u00bb, selon les mots de Jean Chauvet, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Secours populaire de France et des colonies. L\u2019affaire des \u00ab s\u00e9questr\u00e9s de Collioure \u00bb \u00e9clate gr\u00e2ce \u00e0 la pugnacit\u00e9 d\u2019un jeune avocat communiste pr\u00e9sent \u00e0 Perpignan pour le compte du Secours populaire. Pierre Brandon a d\u00e9couvert l\u2019existence de ce \u00ab camp sp\u00e9cial \u00bb en rencontrant, clandestinement, des brigadistes italiens intern\u00e9s \u00e0 Argel\u00e8s-sur-Mer. C\u2019est \u00e0 leur contact qu\u2019il a appris le d\u00e9part de certains d\u2019entre eux pour le ch\u00e2teau royal, notamment de Francesco Fausto Nitti. [\u2026]<\/p>\n<p>C\u2019est donc depuis le camp d\u2019Argel\u00e8s-sur-Mer, situ\u00e9 \u00e0 seulement quelques kilom\u00e8tres du ch\u00e2teau royal, qu\u2019ont lieu les premiers transferts, avec l\u2019envoi d\u2019un premier contingent de 77 intern\u00e9s le 4 mars 1939. Le camp d\u2019Argel\u00e8s-sur-Mer enregistre pas moins de 167 d\u00e9parts vers Collioure en mars 1939. Ces transferts pr\u00e9c\u00e8dent donc la circulaire de l\u2019Int\u00e9rieur du 5 mai 1939 sur la cr\u00e9ation de locaux disciplinaires. L\u2019arm\u00e9e a ainsi anticip\u00e9 les directives d\u2019Albert Sarraut. La direction de la s\u00fbret\u00e9 nationale est toutefois tr\u00e8s vite inform\u00e9e de l\u2019ouverture d\u2019un tel site, pens\u00e9 et con\u00e7u d\u00e8s l\u2019origine comme un espace d\u2019isolement. Alors que les inspecteurs proc\u00e8dent aux premi\u00e8res identifications des miliciens de la 26e division en Cerdagne, la Direction de la police du territoire et des \u00e9trangers semble attendre l\u2019ouverture du camp sp\u00e9cial. Son directeur en fait part le 10 mars 1939 au pr\u00e9fet des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales. Dans sa r\u00e9ponse, le pr\u00e9fet pr\u00e9cise que le camp sp\u00e9cial de Collioure fonctionne depuis pr\u00e8s d\u2019une semaine d\u00e9j\u00e0 : \u00ab Par votre communication confidentielle, n\u00b0 3368, du 10 courant, vous avez bien voulu me demander de vous faire savoir \u00e0 quel moment et dans quelles conditions il serait possible d\u2019utiliser le centre de groupement sp\u00e9cial en voie d\u2019organisation dans des locaux militaires de Collioure. J\u2019ai l\u2019honneur de vous faire conna\u00eetre que ce centre fonctionne depuis quelques jours. \u00bb<\/p>\n<p>Le camp de Collioure permet donc aux autorit\u00e9s comp\u00e9tentes dans les camps, tant civiles que militaires, d\u2019emprisonner hors du circuit judiciaire.<\/p>\n<p>Dans les premiers mois de fonctionnement du camp sp\u00e9cial, un \u00ab transfert d\u2019autorit\u00e9 \u00bb, pour reprendre la terminologie administrative, a valeur de punition. Les motifs des envois \u00e0 Collioure ne sont toutefois \u00e9tay\u00e9s que par de courtes explications dans les dossiers consult\u00e9s. Le lieutenant-colonel Marcelino Usatorre Royo et le commandant Isaias Alvarez Echaniz, intern\u00e9s \u00e0 Saint-Cyprien, sont ainsi envoy\u00e9s le 14 mars 1939 sur le camp sp\u00e9cial, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 accus\u00e9s d\u2019avoir \u00ab facilit\u00e9 l\u2019\u00e9vasion de r\u00e9fugi\u00e9s communistes espagnols et manifest\u00e9 des id\u00e9es extr\u00e9mistes \u00bb, selon le commissaire sp\u00e9cial. [\u2026]<\/p>\n<p>Les hommes transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 Collioure proviennent de tous les camps. Un individu consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab suspect \u00bb peut aussi \u00eatre envoy\u00e9 \u00e0 Collioure afin d\u2019\u00eatre particuli\u00e8rement surveill\u00e9. Une mesure pr\u00e9ventive dont on retrouve les traces dans les archives. Ainsi, lorsque le contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral Sallet demande fin mars 1939 au commissaire sp\u00e9cial d\u2019Argel\u00e8s-sur-Mer d\u2019exercer une surveillance toute particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019encontre de Manuel Rodr\u00edguez, il lui pr\u00e9cise qu\u2019il serait pr\u00e9f\u00e9rable, en concertation avec le chef du camp, d\u2019envoyer ce dernier au camp de Collioure.<\/p>\n<p>Les services de police et de gendarmerie proc\u00e8dent eux aussi \u00e0 l\u2019envoi \u00e0 Collioure de r\u00e9fugi\u00e9s espagnols arr\u00eat\u00e9s hors des camps et estim\u00e9s \u00ab dangereux \u00bb. C\u2019est le cas de Miquel Ferrer Sanxis, transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Collioure le 30 avril 1939. Cet ancien secr\u00e9taire catalan de l\u2019Union g\u00e9n\u00e9rale des travailleurs, proche du Parti socialiste unifi\u00e9 de Catalogne, a pu \u00e9viter les camps au passage de la fronti\u00e8re et trouver refuge \u00e0 Toulouse o\u00f9, avec l\u2019aide de la CGT locale, il organise une structure de mise en relation entre les intern\u00e9s des diff\u00e9rents camps et leurs familles. Miquel Ferrer est interpell\u00e9 puis transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Collioure. Un jeune membre du Parti nationaliste basque fait aussi partie de ce voyage. Les deux r\u00e9fugi\u00e9s arrivent de nuit, escort\u00e9s par deux gendarmes, avant d\u2019entreprendre une longue marche \u00e0 pied jusqu\u2019au ch\u00e2teau royal. [\u2026]<\/p>\n<p>Tous les r\u00e9fugi\u00e9s transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 Collioure sont conduits menott\u00e9s au fort, avant d\u2019\u00eatre soumis \u00e0 des mesures d\u2019identification criminelle avec prises d\u2019empreintes digitales et mesures anthropom\u00e9triques. Immatricul\u00e9s, ras\u00e9s, v\u00eatus d\u2019un uniforme de prisonniers, ils sont ensuite affect\u00e9s \u00e0 diff\u00e9rentes sections. \u00c0 la notion de \u00ab dangerosit\u00e9 \u00bb suppos\u00e9e de ces hommes r\u00e9pond ainsi un strict r\u00e8glement militaire. La surveillance des parties communes et des abords du fort est en partie confi\u00e9e \u00e0 des d\u00e9tachements du 24e r\u00e9giment de tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais bas\u00e9 \u00e0 Perpignan relay\u00e9s, plus tard, par ceux du 15e r\u00e9giment d\u2019infanterie et du 21e r\u00e9giment d\u2019infanterie coloniale. Les gardes r\u00e9publicains mobiles de la 12e l\u00e9gion sont charg\u00e9s, quant \u00e0 eux, de la surveillance des intern\u00e9s, sous la direction d\u2019un chef de camp, ex-l\u00e9gionnaire, dont l\u2019aversion contre les \u00ab rouges \u00bb est av\u00e9r\u00e9e. On retrouvera d\u2019ailleurs ce capitaine, promu colonel, \u00e0 la t\u00eate en f\u00e9vrier 1944 d\u2019un groupe mobile de r\u00e9serve (unit\u00e9 paramilitaire cr\u00e9\u00e9e par Vichy) engag\u00e9 contre les maquisards des Gli\u00e8res.<\/p>\n<p>Au printemps 1939, le ch\u00e2teau royal de Collioure s\u2019apparente plus \u00e0 un bagne qu\u2019\u00e0 un camp. Durant une douzaine d\u2019heures par jour, les intern\u00e9s sont contraints de r\u00e9aliser des travaux de force \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, mais aussi \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du fort. Tous les espaces pouvant servir de zones d\u2019internement, des souterrains aux remises, sont utilis\u00e9s afin de faire entrer plus de 350 hommes dans l\u2019ancien ch\u00e2teau m\u00e9di\u00e9val r\u00e9am\u00e9nag\u00e9 par Vauban en bastion militaire. Pourtant habitu\u00e9s aux conditions de vie spartiates des camps sur la plage, les intern\u00e9s de Collioure doivent s\u2019accommoder de lieux humides et insalubres avec une paillasse en guise de couchage. Une fois la nuit tomb\u00e9e, ces cellules collectives, la plupart du temps sans fen\u00eatres, sont ferm\u00e9es jusqu\u2019au lendemain. Les hommes sont ainsi r\u00e9partis par groupes dans diff\u00e9rentes sections, dont une est r\u00e9serv\u00e9e aux \u00e9l\u00e9ments jug\u00e9s les plus dangereux. Dans cette derni\u00e8re, dite \u00ab section sp\u00e9ciale \u00bb, les intern\u00e9s sont soumis \u00e0 un r\u00e9gime d\u2019incarc\u00e9ration p\u00e9nitentiaire avec l\u2019interdiction de parler. Enfin, toute forme de r\u00e9bellion, d\u2019insoumission ou d\u2019insubordination entra\u00eene une mise au cachot. L\u2019un d\u2019eux ne permet pas aux punis de tenir debout. Les brimades sont ainsi quotidiennes. Les coups aussi, comme ce fut le cas pour Agust\u00ed Vilella, membre du PSUC, transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Collioure apr\u00e8s s\u2019\u00eatre battu avec des gardiens au camp de Saint-Cyprien. Cette insoumission lui vaut, \u00e0 son arriv\u00e9e au fort, un tabassage en r\u00e8gle entra\u00eenant la perte d\u2019un \u0153il.<\/p>\n<p>Les t\u00e9moignages de mauvais traitements venant de Collioure sont nombreux. Les intern\u00e9s qui parviennent \u00e0 sortir du camp accusent. D\u2019autres entament des gr\u00e8ves de la faim. \u00c0 la fin du mois de mars 1939, quatorze volontaires yougoslaves des Brigades internationales, qui ont refus\u00e9 de s\u2019alimenter, doivent \u00eatre transf\u00e9r\u00e9s vers l\u2019h\u00f4pital de Perpignan. Un mois plus tard, une vingtaine d\u2019Espagnols, de brigadistes bulgares et italiens tentent la m\u00eame action. [\u2026]<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s du camp d\u00e9cident de nourrir de force, \u00e0 l\u2019aide d\u2019une sonde, les gr\u00e9vistes. Souffrant d\u2019un ulc\u00e8re \u00e0 l\u2019estomac, Mario Giudice est transf\u00e9r\u00e9 de l\u2019infirmerie du camp de Collioure \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Perpignan au 14e jour de sa gr\u00e8ve de la faim, alors que sept de ses compagnons refusent toujours de s\u2019alimenter. Il s\u2019agit de membres du groupe libertaire Liberta o Morte dont une partie fut transf\u00e9r\u00e9e depuis le camp d\u2019Argel\u00e8s-sur-Mer lors de la purge du camp des internationaux. Ainsi, dans la promiscuit\u00e9 du ch\u00e2teau, les militants anarchistes sont m\u00eal\u00e9s aux communistes les plus orthodoxes. Les anarcho-syndicalistes catalans de la CNT se retrouvent m\u00e9lang\u00e9s \u00e0 une partie de la direction du PSUC, alors que seulement deux ans auparavant les deux camps s\u2019affrontaient dans une bataille sanglante lors des journ\u00e9es de mai 1937 \u00e0 Barcelone. [\u2026]<\/p>\n<p>L\u2019affaire de Collioure \u00e9clate au printemps 1939. La pr\u00e9sence de nombreux ex-brigadistes et de cadres du Parti communiste espagnol et catalan, n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat que porte le parti communiste au camp sp\u00e9cial. Le Komintern, \u00e0 travers Pierre Brandon qui est \u00e9paul\u00e9 par Andr\u00e9 Marty, s\u2019empare de l\u2019affaire de Collioure pour d\u00e9noncer le sort r\u00e9serv\u00e9 aux r\u00e9fugi\u00e9s espagnols en France par le gouvernement d\u2019\u00c9douard Daladier et obtenir en m\u00eame temps la lib\u00e9ration de certains de ses cadres enferm\u00e9s dans la citadelle. Pour d\u00e9noncer le caract\u00e8re ill\u00e9gal de ce camp disciplinaire, le jeune avocat communiste s\u2019appuie sur l\u2019article 615 du code d\u2019instruction criminelle qui pr\u00e9voit que \u00ab quiconque aura connaissance qu\u2019un individu est d\u00e9tenu dans un lieu qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 destin\u00e9 \u00e0 servir de maison d\u2019arr\u00eat, de justice, ou de prison, est tenu d\u2019en donner avis au juge de paix \u00bb.<\/p>\n<p>Refoul\u00e9 aux portes du camp, bien qu\u2019accompagn\u00e9 du juge de paix du canton d\u2019Argel\u00e8s-sur-Mer, Pierre Brandon se lance alors dans une campagne de presse dans L\u2019Humanit\u00e9, sous le pseudonyme de Pierre Verg\u00e8s, ainsi que dans La D\u00e9fense pour le compte du Secours populaire. Il parvient \u00e0 obtenir en avril 1939 la venue de la commission du Comit\u00e9 international de coordination et d\u2019information pour l\u2019aide \u00e0 l\u2019Espagne r\u00e9publicaine (Ciciear). Sous le titre \u00ab Le scandale de Collioure \u00bb, Paul Bourgeois, le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du Ciciear, d\u00e9crit sa visite \u00e0 Collioure :<\/p>\n<p>    \u00ab Deux cents hommes environ revenaient du travail, des pelles et des pioches sur l\u2019\u00e9paule. \u00c0 six heures, sonnerie au drapeau ; les hommes se mirent \u00e0 d\u00e9filer un \u00e0 un devant nous \u2013 j\u2019en comptais 347 \u2013 sans un sourire, sans un mot, les yeux fix\u00e9s sur le capitaine. Je ne parlerais pas de la situation mat\u00e9rielle.<\/p>\n<p>    La nourriture serait \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9quivalente \u00e0 celle des autres camps. Mais le d\u00e9fil\u00e9 de ces 347 hommes, le silence que venait rompre le bruit des pas sur le pav\u00e9, t\u00e9moignent de la terreur qui p\u00e8se sur ces hommes trait\u00e9s comme des criminels par des officiers qui ont sur eux un pouvoir illimit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Le rapport de Paul Bourgeois annonce la cr\u00e9ation du comit\u00e9 de d\u00e9fense juridique. Pierre Brandon prend alors la t\u00eate de l\u2019Association pour la d\u00e9fense des s\u00e9questr\u00e9s de Collioure, regroupant trente-trois avocats parisiens sous la pr\u00e9sidence d\u2019Henri Wallon, professeur au Coll\u00e8ge de France. En \u00e9cho \u00e0 cette campagne orchestr\u00e9e par le parti communiste, le \u00ab scandale de Collioure \u00bb va ainsi \u00eatre d\u00e9nonc\u00e9 par une kyrielle d\u2019organisations (Ligue des droits de l\u2019homme et du citoyen, Amicale des volontaires de l\u2019Espagne r\u00e9publicaine, Grande Loge de France, Centrale sanitaire internationale&#8230;), par des d\u00e9put\u00e9s PCF et SFIO, et par la presse de gauche. Le camp devient ainsi le symbole de la politique la plus r\u00e9pressive \u00e0 l\u2019\u00e9gard des r\u00e9fugi\u00e9s de la guerre d\u2019Espagne. [\u2026]<\/p>\n<p>La plainte mentionne cinq cas de mauvais traitements (deux Espagnols, dont Agust\u00ed Vilella, qui a perdu l\u2019usage de son \u0153il, et trois internationaux) et s\u2019appuie sur de nombreux articles du code p\u00e9nal et du code de proc\u00e9dure criminelle pour prouver l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 d\u2019un tel camp disciplinaire. Au mois de juillet 1939, la plainte est jug\u00e9e irrecevable par le procureur g\u00e9n\u00e9ral de Montpellier puisque, selon les termes de l\u2019article 2 et 4 du code de justice militaire pour l\u2019arm\u00e9e de terre, seuls les tribunaux militaires sont comp\u00e9tents pour juger cette affaire.<\/p>\n<p>L\u2019agitation autour du camp de Collioure porte toutefois ses fruits. Le pr\u00e9fet des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales se rend sur place au mois de mai 1939 et fait \u00e9tat de sa visite aupr\u00e8s du ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, alors que le g\u00e9n\u00e9ral Lavigne autorise les visites d\u2019organisations d\u2019aide aux r\u00e9fugi\u00e9s, qui \u00e9taient jusqu\u2019alors interdites. L\u2019\u00e9tat-major d\u00e9place le capitaine, tout en lui adressant par courrier ses f\u00e9licitations. 160 intern\u00e9s sortent du camp au mois de juin 1939. Il s\u2019agit ici essentiellement de transferts vers d\u2019autres camps et h\u00f4pitaux et, dans une moindre mesure, de d\u00e9parts vers le Mexique et d\u2019engagements dans la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re, accord\u00e9s apr\u00e8s l\u2019examen attentif de chaque cas. Les sorties s\u2019op\u00e8rent au compte-gouttes. En juin 1939, le d\u00e9put\u00e9 socialiste des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, Louis Nogu\u00e8res, passe par le pr\u00e9fet des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales pour faire lib\u00e9rer cinq Espagnols intern\u00e9s au camp de Collioure. Ces r\u00e9fugi\u00e9s, fonctionnaires de police, auraient \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9s \u00e0 des membres du SIM, le service de contre-espionnage militaire, d\u00e9tenus aussi au ch\u00e2teau. [\u2026]<\/p>\n<p>\u00c0 partir du mois de mai 1939, les chefs de camp se montrent un peu plus prudents quant aux transferts au ch\u00e2teau royal, en raison notamment de l\u2019instauration d\u2019\u00eelots disciplinaires. Ainsi, lorsqu\u2019au d\u00e9but du mois de juin 1939 le commissaire sp\u00e9cial du camp d\u2019Agde sollicite l\u2019envoi \u00e0 Collioure de six r\u00e9fugi\u00e9s soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019influences politiques sur leurs camarades, le g\u00e9n\u00e9ral Lavigne s\u2019y oppose, en pr\u00e9cisant qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de transf\u00e9rer les int\u00e9ress\u00e9s sur ce \u00ab camp de repr\u00e9sailles \u00bb, tant que ces derniers n\u2019ont pas commis \u00e0 Agde d\u2019actes contraires \u00e0 la discipline. Le camp sp\u00e9cial de Collioure voit ainsi son effectif passer sous la barre des 200 intern\u00e9s au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Alors que les autorit\u00e9s annoncent sa fermeture, des Espagnols s\u2019affairent toujours dans des travaux forc\u00e9s au pied du ch\u00e2teau afin d\u2019am\u00e9nager le monument aux morts pour les comm\u00e9morations du 150e anniversaire de 1789&#8230;<\/p>\n<p>\u2013<br \/>\n<strong><br \/>\nCamps d\u2019\u00e9trangers : Le contr\u00f4le des r\u00e9fugi\u00e9s venus d\u2019Espagne (1939-1945) de Gr\u00e9gory Tuban est publi\u00e9 aux \u00e9ditions du Nouveau Monde.<\/strong><a href=\"https:\/\/www.retronews.fr\/actualite\/collioure-un-bagne-fasciste-en-france\">https:\/\/www.retronews.fr\/actualite\/collioure-un-bagne-fasciste-en-france<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Photo prise aux abords du port de p\u00eache de Collioure, Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, en 1890, devenu lieu d&rsquo;internement pour combattants de la Brigade internationale en 1939 &#8211; source : WikiCommons Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1939, un camp d\u2019internement pour combattants r\u00e9publicains revenant de la Guerre d\u2019Espagne est implant\u00e9 sur le sol fran\u00e7ais. Sa d\u00e9couverte fait scandale. Gr\u00e9gory &hellip; <a href=\"https:\/\/retirada37.com\/?p=2827\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Collioure : Un bagne fasciste en France<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0,"footnotes":""},"categories":[14,15],"tags":[],"class_list":["post-2827","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","category-temoignages-et-recits"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2827","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2827"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2827\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2830,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2827\/revisions\/2830"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2827"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2827"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2827"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}