{"id":2815,"date":"2018-02-25T09:49:00","date_gmt":"2018-02-25T08:49:00","guid":{"rendered":"http:\/\/retirada37.com\/?p=2815"},"modified":"2018-02-25T11:09:02","modified_gmt":"2018-02-25T10:09:02","slug":"la-journaliste-francaise-renee-lafont-assassinee-par-les-franquistes-et-la-guerre-civile-a-cordoue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/retirada37.com\/?p=2815","title":{"rendered":"Article de Jean Ortiz : La journaliste fran\u00e7aise Ren\u00e9e Lafont, assassin\u00e9e par les franquistes, et la \u00ab guerre civile \u00bb \u00e0 Cordoue."},"content":{"rendered":"<p>Pourquoi la Guerre d\u2019Espagne et la dictature franquiste constituent-elles, \u00ab\u00a0le deuxi\u00e8me g\u00e9nocide\u00a0\u00bb du 20i\u00e8me si\u00e8cle\u00a0? Pourquoi entre 110.000 et 150.000 corps de r\u00e9publicains, fusill\u00e9s par les franquistes, gisent encore entass\u00e9s dans des fosses communes, sans que l\u2019Etat espagnol y rem\u00e9die\u00a0? Pourquoi ce \u00ab\u00a0cri du silence\u00a0\u00bb, cyniquement \u00ab\u00a0oubli\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0? Pourquoi la journaliste et romanci\u00e8re fran\u00e7aise Ren\u00e9e Lafont a-t-elle \u00ab\u00a0disparu\u00a0\u00bb \u00e0 Cordoue, dans une fosse de 2000 corps, depuis le premier septembre 1936\u00a0? Et\u00a0sans quasiment de vraies r\u00e9actions ni d\u2019hommages en France? Le chef du gouvernement \u00e9tait alors L\u00e9on Blum. Journaliste et femme libre, engag\u00e9e, romanci\u00e8re aux convictions r\u00e9publicaines, Ren\u00e9e d\u00e9rangeait sans doute les partisans fran\u00e7ais de l\u2019hypocrite \u00ab\u00a0non intervention\u00a0\u00bb. Ren\u00e9e n\u2019est pas une anonyme. Le quotidien espagnol \u00ab\u00a0ABC\u00a0\u00bb du 17 mars 1914 met en avant \u00ab\u00a0la spirituelle romanci\u00e8re fran\u00e7aise, tr\u00e8s connue en Espagne par son travail \u00ab\u00a0d\u2019hispanophile\u00a0\u00bb et par ses traductions d\u2019\u00e9minents \u00e9crivains espagnols contemporains\u00a0\u00bb. Dans quel environnement\u00a0de \u00ab\u00a0Guerre civile \u00e0 Cordoue\u00a0\u00bb[1] Ren\u00e9e Lafont exer\u00e7ait-elle son m\u00e9tier de reporter pour \u00ab\u00a0Le Populaire\u00a0\u00bb (SFIO), avant d\u2019\u00eatre fusill\u00e9e par les franquistes le premier septembre 1936 au cimeti\u00e8re San Rafael\u00a0?<\/p>\n<p>Ces questions hantent toujours les consciences antifascistes, en Andalousie et au-del\u00e0, malgr\u00e9 le pilonnage du \u00ab\u00a0tous coupables\u00a0\u00bb, du renvoi-dos-\u00e0-dos victimes-bourreaux, colport\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 plus soif par le r\u00e9visionnisme massif. Les r\u00e9publicains espagnols n\u2019\u00e9taient pour la plupart, on le sait bien, que des pions manipul\u00e9s&#8230; Les r\u00e9visionnistes, le vent \u00ab\u00a0lib\u00e9ral\u00a0\u00bb en poupe, s\u2019en prennent \u00e0 tous ceux qui ont voulu et\/ou veulent \u00ab\u00a0changer le monde\u00a0\u00bb. Ils d\u00e9fendent bec et ongles leur syst\u00e8me\u00a0: le capitalisme. Quoi de plus normal\u00a0?<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0golpe\u00a0\u00bb militaro-civil des 18-19 juillet 1936 fut en Andalousie comme ailleurs, particuli\u00e8rement violent\u00a0; un projet programm\u00e9, planifi\u00e9, pour \u00ab\u00a0limpiar\u00a0\u00bb (nettoyer), d\u00e9barrasser \u00e0 tout jamais l\u2019Espagne des germes de \u00ab\u00a0la r\u00e9volution\u00a0\u00bb&#8230; qui ne mena\u00e7ait gu\u00e8re par ailleurs.<\/p>\n<p>L\u2019Andalousie, proche du Maroc et de l\u2019Afrique du nord (espagnols), voit, la premi\u00e8re, d\u00e9ferler les terribles troupes coloniales franquistes, les \u00ab\u00a0africanistes\u00a0\u00bb (L\u00e9gion et \u00ab\u00a0Regulares\u00a0\u00bb), les \u00ab\u00a0colonnes de la mort\u00a0\u00bb[2]. Pouss\u00e9es au viol, au pillage, elles se livrent aux pires horreurs, notamment de S\u00e9ville \u00e0 Madrid, pratiquant la \u00ab\u00a0terre br\u00fbl\u00e9e\u00a0\u00bb, sous l\u2019emprise de la haine de classe et des discours radiophoniques \u00ab\u00a0fous\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0sadiques\u00a0\u00bb (sur \u00ab\u00a0Radio S\u00e9ville\u00a0\u00bb), de celui qui s\u2019est proclam\u00e9 commandant de toutes les \u00ab\u00a0forces insurg\u00e9es\u00a0\u00bb d\u2019Andalousie\u00a0: Queipo de Llano. Ce dernier \u00ab\u00a0repose\u00a0\u00bb encore aujourd\u2019hui, en toute gloriole et impunit\u00e9, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la chapelle de la Macarena, \u00e0 S\u00e9ville. Insupportable provocation. Pour les factieux, il faut \u00e9radiquer avec la plus grande f\u00e9rocit\u00e9, le plus vite possible et d\u00e9finitivement, le prol\u00e9tariat agricole et industriel, les anarchistes, grande force populaire, les communistes, les \u00abug\u00e9tistes\u00a0\u00bb, les miliciennes, les soutiens du Front populaire, les enseignants, ces \u00ab\u00a0subversifs\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Le petit peuple\u00a0\u00bb ne doit jamais plus remettre en cause l\u2019ordre dominant \u00e9tabli. Les femmes, surexploit\u00e9es, abus\u00e9es, et qui d\u00e9sormais fument et votent, commencent \u00e0 se lib\u00e9rer, deviennent \u00ab\u00a0visibles\u00a0\u00bb. Elles ne sont pas \u00e9pargn\u00e9es.<\/p>\n<p>La guerre \u00e0 Cordoue prend d\u2019embl\u00e9e un caract\u00e8re \u00ab\u00a0d\u2019holocauste\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0guerre d\u2019extermination\u00a0\u00bb[3], et de \u00ab\u00a0guerre sociale\u00a0\u00bb. Pour le cerveau et l\u2019organisateur du \u00ab\u00a0golpe\u00a0\u00bb, le g\u00e9n\u00e9ral Emilio Mola, il faut tuer \u00ab\u00a0tous ceux qui ne sont pas d\u2019accord avec nous\u00a0\u00bb. Des dizaines de milliers de \u00ab\u00a0simples r\u00e9publicains\u00a0\u00bb mourront \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-garde des combats&#8230; Des massacres d\u00e9lib\u00e9r\u00e9s de civils destin\u00e9s \u00e0 ce que r\u00e8gne la terreur \u00ab\u00a0imm\u00e9diate\u00a0\u00bb, la terreur d\u2019Etat, se succ\u00e8dent&#8230; Au moins 20.000 antifascistes seront ex\u00e9cut\u00e9s apr\u00e8s \u00ab\u00a0la victoire\u00a0\u00bb. Le prol\u00e9tariat reste consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0une race inf\u00e9rieure\u00a0\u00bb \u00e0 annihiler.<\/p>\n<p>D\u00e8s la fin juillet 1936, Cordoue et les villages de \u00ab\u00a0la Campi\u00f1a\u00a0\u00bb environnante paient un lourd tribut aux militaires sabreurs pour le compte de \u00ab\u00a0la trame civile\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0golpe\u00a0\u00bb\u00a0: la grande bourgeoisie et l\u2019oligarchie agraires, les \u00ab\u00a0terratenientes\u00a0\u00bb (grands propri\u00e9taires des oliveraies), les vieux aristos, les monarchistes, les politiciens de la Ceda (alliance d\u2019extr\u00eame droite), l\u2019Eglise, qui f\u00e9licite les bourreaux[4]. L\u2019oligarchie tire les ficelles en coulisses. Elle recrute des meutes de \u00ab\u00a0lumpens\u00a0\u00bb (ils se bousculent), de p\u00e8gre, charg\u00e9es du sale boulot. Les villages cordouans, la ceinture ouvri\u00e8re anarchiste de Palma del r\u00edo, Posadas, Hornachuelos, Almod\u00f3var, Bujalance, Castro del r\u00edo, Espejo et Santaella, zones ouvri\u00e8res (communistes) r\u00e9sistent in\u00e9galement, et finissent majoritairement par c\u00e9der face au d\u00e9s\u00e9quilibre des forces. Fern\u00e1n Nu\u00f1ez, le 25 juillet 1936, voit 80 des siens (dont deux femmes et des mineurs) martyris\u00e9s par les fascistes. Plus loin, le 28 juillet, la population ouvri\u00e8re de Baena, saign\u00e9e \u00e0 blanc, massacr\u00e9e place de la Mairie, pleure ses 1\u00a0200 morts (2\u00a0000 peut-\u00eatre). Le sang coule dans les rues. Le \u00ab\u00a0golpe\u00a0\u00bb a surpris la plupart des dirigeants et des militants r\u00e9publicains, d\u00e9sarm\u00e9s.<\/p>\n<p>Le deux septembre 1936 \u00e0 Cordoue, un citoyen fran\u00e7ais EDMOND PADOVANI, meurt sous les balles franquistes, accus\u00e9 de \u00ab\u00a0franc-ma\u00e7onnerie\u00a0\u00bb. On ne sait, pour l\u2019heure, pas grand chose de plus sur lui.<\/p>\n<p>La liste des victimes de la r\u00e9pression franquiste \u00e0 Cordoue pendant les trois ann\u00e9es de la Guerre d\u2019Espagne (source\u00a0: \u00ab\u00a0Registre civil\u00a0\u00bb -incomplet- de Cordoue et \u00ab\u00a0livres d\u2019enterrements\u00a0\u00bb des cimeti\u00e8res cordouans de \u00ab\u00a0San Rafael\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Nuestra Se\u00f1ora de la Salud\u00a0\u00bb, de juillet \u00e0 d\u00e9cembre 1936), s\u2019\u00e9l\u00e8verait \u00e0 2088. Un nombre tr\u00e8s inf\u00e9rieur \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Il ne tient pas compte des victimes des bombardements, des exodes, des morts r\u00e9publicains sur d\u2019autres fronts, ou des \u00ab\u00a0rouges\u00a0\u00bb ex\u00e9cut\u00e9s, non \u00ab\u00a0d\u00e9clar\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0 sur ces registres, tellement la terreur paralyse la population&#8230; On attribue -cyniquement- aux supplici\u00e9s que l\u2019on fusille, une m\u00eame adresse\u00a0de domicile\u00a0: \u00ab\u00a0Arroyo del moro\u00a0\u00bb, le nom de l\u2019un des murs d\u2019enceinte du cimeti\u00e8re de la Salud contre lequel on fusillait par dizaines. Les prisonniers \u00e9taient souvent pass\u00e9s par les armes au cimeti\u00e8re de la Salud puis transport\u00e9s pour inhumation \u00e0 celui de San Rafael. Les bourreaux se moquaient des victimes, leur tenant des propos sarcastiques du type \u00ab\u00a0tu vas aller rejoindre ta r\u00e9forme agraire\u00a0\u00bb. Et \u00a0ils utilisaient toute la gamme des supplices.<\/p>\n<p>Selon les \u00ab\u00a0donn\u00e9es des cimeti\u00e8res\u00a0\u00bb cordouans, le premier septembre 1936, les corps de \u00ab\u00a0deux hommes et d\u2019une femme, inconnus\u00a0\u00bb apparaissent, au cimeti\u00e8re San Rafael et \u00ab\u00a0sept hommes inconnus\u00a0\u00bb au cimeti\u00e8re de La Salud[5]. Il est fort probable, par recoupements, et selon le t\u00e9moignage d\u2019un militaire en faction ce soir-l\u00e0[6], au carrefour de la Victoria (il raconte avoir vu une femme sauter du camion des condamn\u00e9s et tenter de s\u2019enfuir) que le corps de femme \u00ab\u00a0inconnu\u00a0\u00bb soit celui de l\u2019\u00e9crivaine et journaliste fran\u00e7aise Ren\u00e9e Lafont. Selon le journal \u00ab\u00a0El Gui\u00f3n\u00a0\u00bb du 1er septembre 1936, elle a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e \u00ab\u00a0en tenue d\u2019homme\u00a0\u00bb. Cette femme ne pouvait donc \u00eatre que de mauvaise r\u00e9putation\u00a0; elle osa couvrir la guerre et de surcro\u00eet en tenue de soir\u00e9e\u00a0!! Le quotidien la pr\u00e9sente comme une \u00ab\u00a0Mata-Hari\u00a0\u00bb au service des \u00ab\u00a0rouges\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le lieutenant-colonel de la Garde civile Bruno Iba\u00f1ez Galvez, un sadique, un tueur psychopathe, devient chef de l\u2019Ordre public \u00e0 Cordoue, le 22 septembre 1936. La r\u00e9pression redouble, avec un acharnement inou\u00ef&#8230; Arrestations, tortures, ex\u00e9cutions, prennent un caract\u00e8re de terreur de masse \u00ab\u00a0exemplaire\u00a0\u00bb. Elle cible les petites gens, les ouvriers, les cheminots, les enseignants, victimes d\u2019une \u00ab\u00a0\u00e9puration\u00a0\u00bb d\u2019une rare violence, les femmes (120 fusill\u00e9es \u00e0 Cordoue en 1936). \u00ab\u00a0Don Bruno\u00a0\u00bb re\u00e7oit le soutien public de l\u2019Eglise. En cette fin d\u2019\u00e9t\u00e9 1936, chaque aurore, contre les murs des cimeti\u00e8res, les fascistes de la \u00ab\u00a0brigade du petit matin\u00a0\u00bb ex\u00e9cutent une cinquantaine de \u00ab\u00a0rouges\u00a0\u00bb\u00a0; le plus souvent coupables d\u2019avoir vot\u00e9 pour la R\u00e9publique ou sympathis\u00e9 avec elle. Assoiff\u00e9 de haine, don Bruno, le \u00ab\u00a0boucher de Cordoue\u00a0\u00bb, interdit m\u00eame la visite aux cimeti\u00e8res&#8230; afin d\u2019\u00e9viter les bouchons\u00a0!! Le bilan de l\u2019extermination, sous toutes ses formes, des r\u00e9publicains de Cordoue, entre 1936 et 1939, s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 plus de 4\u00a0000 victimes, toujours selon les travaux d\u2019archives de l\u2019historien Moreno G\u00f3mez. Il estime que les registres -\u00e0 trous- ne refl\u00e8tent que le tiers de l\u2019ampleur des massacres.<\/p>\n<p>Envoy\u00e9 sur place avec sa colonne, le g\u00e9n\u00e9ral r\u00e9publicain Miaja, ind\u00e9cis, \u00e9choue \u00e0 lib\u00e9rer Cordoue, malgr\u00e9 l\u2019appui des r\u00e9sistances populaires. Apr\u00e8s la guerre, Cordoue et ses environs abriteront de nombreux maquis\u00a0; longtemps, ils feront la nique aux fascistes.<\/p>\n<p>Jean Ortiz<\/p>\n<p>25 f\u00e9vrier 2018<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourquoi la Guerre d\u2019Espagne et la dictature franquiste constituent-elles, \u00ab\u00a0le deuxi\u00e8me g\u00e9nocide\u00a0\u00bb du 20i\u00e8me si\u00e8cle\u00a0? Pourquoi entre 110.000 et 150.000 corps de r\u00e9publicains, fusill\u00e9s par les franquistes, gisent encore entass\u00e9s dans des fosses communes, sans que l\u2019Etat espagnol y rem\u00e9die\u00a0? 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