{"id":2601,"date":"2017-10-28T17:13:35","date_gmt":"2017-10-28T16:13:35","guid":{"rendered":"http:\/\/retirada37.com\/?p=2601"},"modified":"2017-10-28T17:13:35","modified_gmt":"2017-10-28T16:13:35","slug":"lexil-des-anarchistes-espagnols-en-algerie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/retirada37.com\/?p=2601","title":{"rendered":"L&rsquo;exil des Anarchistes espagnols en Alg\u00e9rie."},"content":{"rendered":"<p><strong>Un aspect moins connu de la retirada, par Miguel Martinez.<\/strong><\/p>\n<p>Le 19 mars 1939, la victoire des troupes franquistes obligea mon p\u00e8re \u00e0 fuir l&rsquo;Espagne. Il \u00e9tait suivi par sa compagne et ses deux fils , fait exceptionnel puisque l&rsquo;immense majorit\u00e9 des fugitifs avaient \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s de partir seuls, ob\u00e9issant par l\u00e0 \u00e0 des consignes syndicales ou, plus rarement, \u00e0 des motivations personnelles.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais alors sept ans. La guerre qui se terminait avec la d\u00e9faite des anti-franquistes s&rsquo;estompe pour moi sur la toile de fond de mon enfance. Je ne garde en m\u00e9moire que quelques fulgurants \u00e9clats. Par contre, j&rsquo;ai v\u00e9cu le long exil qui s&rsquo;en est suivi, entour\u00e9, tout le temps de mon enfance et de ma prime jeunesse, de compagnons qui avaient eux aussi d\u00e9barqu\u00e9 d&rsquo;un chalutier de fortune en mars 1939 \u00e0 Oran, port colonial fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>Avec le d\u00e9barquement commence pour nous l&rsquo;exil. La police fran\u00e7aise nous attendait sur le quai. Nous nous voyons trait\u00e9s, non pas comme des combattants contre des r\u00e9gimes fascistes, mais comme de vulgaires criminels. Nous sommes soumis \u00e0 la fouille pour \u00eatre r\u00e9partis dans des camps de concentration, desquels certains ne devaient plus revenir. Colomb-B\u00e9char, Boghar, Djelfa ne furent pas autre chose que des centres disciplinaires. Mon p\u00e8re resta six mois \u00e0 Boghari, au bout desquels il fut transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Carnot o\u00f9 l&rsquo;attendaient, depuis leur sortie de la prison d&rsquo;Oran, sa femme et ses deux enfants. Carnot \u00e9tait un camp de regroupement familial qui, il faut le dire, n&rsquo;avait rien de comparable avec ceux de sinistre m\u00e9moire \u00e9voqu\u00e9s plus haut. Mon p\u00e8re ayant fini par d\u00e9crocher un certificat de travail chez un coiffeur d&rsquo;Orl\u00e9anville, on nous laissa sortir de Carnot, apr\u00e8s un s\u00e9jour forc\u00e9 de plus d&rsquo;un an. Fuyant le paludisme qui s\u00e9vissait dans la plaine du Ch\u00e9liff, nous rejoign\u00eemes dans la capitale, Alger, une pl\u00e9iade de compagnons qui s&rsquo;y \u00e9taient \u00e9galement r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 Alger que j&rsquo;ai grandi. Que j&rsquo;ai partag\u00e9 la vie des exil\u00e9s, mes a\u00een\u00e9s, en butte aux difficult\u00e9s de toute sorte r\u00e9serv\u00e9s aux \u00e9trangers, et anim\u00e9s par un seul espoir : celui du retour en Espagne une fois celle-ci d\u00e9barrass\u00e9e de Franco. Cette esp\u00e8ce d&rsquo;obsession expliquerait \u00e0 elle seule leur mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, en tant que groupe culturel, des \u00e9v\u00e8nements qui vont marquer l&rsquo;histoire de l&rsquo;Alg\u00e9rie. Mais il existe aussi des raisons d&rsquo;ordre id\u00e9ologique qui ont motiv\u00e9 l&rsquo;indiscutable distanciation (des libertaires tout au moins) vis \u00e0 vis d&rsquo;une terre consid\u00e9r\u00e9 par eux, jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, comme uniquement de passage, et de ses habitants.<\/p>\n<p>En effet, lorsqu&rsquo;en novembre 1954 \u00e9clate, violente, la r\u00e9volte des colonis\u00e9s contre leurs colonisateurs, il s&rsquo;ensuivra une guerre f\u00e9roce de sept ans. Au cours de laquelle le terrorisme et sa suite de deuils, de haines et de d\u00e9sirs de vengeance seront \u00e9rig\u00e9s en pratique courante. Les libertaires \u00a0\u00bb r\u00e9fugi\u00e9s espagnols \u00a0\u00bb ne s&rsquo;impliqueront pas dans le conflit, bien qu&rsquo;ils consid\u00e8rent d\u00e8s le d\u00e9part avec sympathie le fait que les opprim\u00e9s aient fini par se rebeller contre le pouvoir colonial. Mais il con\u00e7oivent mal que leur lutte se limite \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance nationale pour cr\u00e9er un \u00e9tat alg\u00e9rien. Au cours des rares contacts avec les responsables locaux du Front de Lib\u00e9ration, les compagnons s&rsquo;efforcent de les convaincre que leur peuple n&rsquo;aura fait alors que changer de ma\u00eetre, substituer l&rsquo;exploiteur fran\u00e7ais par un homologue alg\u00e9rien. Ils critiquent \u00e9galement la complaisance avec laquelle le Mouvement tra\u00eene derri\u00e8re soi le boulet de la religion musulmane. Et d\u00e9sapprouvent de surcro\u00eet la tactique adopt\u00e9e par les rebelles, celle de l&rsquo;attentat terroriste en tant que pratique de combat, ce qui les conduira \u00e0 supprimer plus d&rsquo;un de nos compagnons sous pr\u00e9texte qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un \u00a0\u00bb roumi \u00ab\u00a0, d&rsquo;un europ\u00e9en parmi tant d&rsquo;autres. Expression d&rsquo;une conduite bassement raciste, inhumaine, comme celle qui anime leurs adversaires colonialistes. Bref, les libertaires espagnols ne d\u00e9couvrent pas dans cette lutte le moindre objectif capable de les mobiliser. En Espagne, ils s&rsquo;\u00e9taient battus pour en finir avec la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste et instaurer un r\u00e9gime de justice exemplaire pour tous les peuples de la terre.<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, dans l&rsquo;hypoth\u00e8se o\u00f9 ils auraient d\u00e9cid\u00e9 malgr\u00e9 tout d&rsquo;apporter leur aide d&rsquo;une quelconque mani\u00e8re \u00e0 l&rsquo;insurrection, il s&rsquo;agissait d&rsquo;Espagnols, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;\u00e9trangers pour qui se m\u00ealer de la politique int\u00e9rieure du gouvernement fran\u00e7ais restait absolument interdit. Enfreindre cette consigne revenait \u00e0 commettre un d\u00e9lit d&rsquo;ing\u00e9rence, ce qui aurait mis en p\u00e9ril leur statut de r\u00e9sident privil\u00e9gi\u00e9 leur donnant le droit de continuer \u00e0 vivre en Alg\u00e9rie, autrement en dit en France.<\/p>\n<p>Enfin, dernier mais incontestable facteur de d\u00e9sengagement envers le mouvement insurrectionnel, le fait d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 que leur unique pr\u00e9occupation restait le retour en Espagne. Apr\u00e8s vingt ann\u00e9es pass\u00e9es en exil, une illusion toujours vivace les poussait \u00e0 consacrer tous leurs efforts \u00e0 la r\u00e9alisation de ce projet.<\/p>\n<p>Tout cela explique sans doute qu&rsquo;on ne trouve pas d&rsquo;histoire de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, \u00e0 ma connaissance tout au moins, o\u00f9 soit mentionn\u00e9e l&rsquo;existence des r\u00e9fugi\u00e9s espagnols, ni envisag\u00e9e leur attitude face aux \u00e9v\u00e9nements alg\u00e9riens. Ceci n&rsquo;implique pas pour autant qu&rsquo;il faille les confondre avec la masse des \u00a0\u00bb Fran\u00e7ais d&rsquo;Alg\u00e9rie \u00a0\u00bb ? difficilement admissible, s&rsquo;agissant de \u00a0\u00bb r\u00e9fugi\u00e9s espagnols \u00a0\u00bb ? ni les assimiler \u00e0 celle des pieds noirs . Car, si pour les raisons avanc\u00e9es, les libertaires n&rsquo;ont pas adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 la cause de l&rsquo;Alg\u00e9rie alg\u00e9rienne, il est \u00e9galement exact qu&rsquo;ils ont oppos\u00e9 une r\u00e9sistance active aux agissements criminels de l&rsquo;Organisation Arm\u00e9e Secr\u00e8te. Certains au p\u00e9ril de leur vie, comme ce fut le cas pour le camarade Suria qui vendait la presse anarchiste dans un bar de Bab-el-Oued : il fut assassin\u00e9 par les sbires de l&rsquo;OAS et ses restes furent abandonn\u00e9s dans un sac avec l&rsquo;inscription \u00a0\u00bb ainsi finissent les tra\u00eetres \u00ab\u00a0. Mais l\u00e0 encore, pour les libertaires, s&rsquo;opposer \u00e0 l&rsquo;OAS qui avait trouv\u00e9 des appuis en Espagne revenait \u00e0 combattre le franquisme, et certainement pas \u00e0 participer \u00e0 la lutte de lib\u00e9ration nationale du peuple alg\u00e9rien. M\u00eame s&rsquo;il est d&rsquo;autre part exact qu&rsquo;ils ont toujours manifest\u00e9 dans l&rsquo;ensemble une franche hostilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la population coloniale, consid\u00e9r\u00e9e par eux comme politiquement r\u00e9actionnaire, leur attitude fut celle de la non-intervention. Cette lutte n&rsquo;\u00e9tait pas la leur. Ni pro-Alg\u00e9rie fran\u00e7aise ni pro-Alg\u00e9rie alg\u00e9rienne.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la d\u00e9claration d&rsquo;ind\u00e9pendance (accords d&rsquo;Evian en 1962) la grande majorit\u00e9 des \u00a0\u00bb r\u00e9fugi\u00e9s espagnols en Alg\u00e9rie \u00ab\u00a0choisit de s&rsquo;exiler \u00e0 nouveau en m\u00e9tropole.<br \/>\nEn ce qui me concerne, ayant acquis la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, devenu instituteur, je suis rest\u00e9 en Alg\u00e9rie au titre de la coop\u00e9ration. Ce qui m&rsquo;a permis d&rsquo;assister \u00e0 la naissance de l&rsquo;\u00e9tat alg\u00e9rien, et de v\u00e9rifier la justesse des analyses formul\u00e9es jadis par les compagnons libertaires. Le peuple fellah de la Mitidja, ouvriers de Belcourt ou de Bab-el-Oued, adoraient toujours Allah, et connaissaient de nouveaux ma\u00eetres. Sauf que les uns et les autres \u00e9taient \u00e0 pr\u00e9sent citoyens d&rsquo;une Alg\u00e9rie devenue alg\u00e9rienne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un aspect moins connu de la retirada, par Miguel Martinez. Le 19 mars 1939, la victoire des troupes franquistes obligea mon p\u00e8re \u00e0 fuir l&rsquo;Espagne. Il \u00e9tait suivi par sa compagne et ses deux fils , fait exceptionnel puisque l&rsquo;immense majorit\u00e9 des fugitifs avaient \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s de partir seuls, ob\u00e9issant par l\u00e0 \u00e0 des consignes &hellip; <a href=\"https:\/\/retirada37.com\/?p=2601\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">L&rsquo;exil des Anarchistes espagnols en Alg\u00e9rie.<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0,"footnotes":""},"categories":[14,15],"tags":[],"class_list":["post-2601","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","category-temoignages-et-recits"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2601","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2601"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2601\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2602,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2601\/revisions\/2602"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2601"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2601"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2601"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}