{"id":2436,"date":"2017-05-26T08:36:34","date_gmt":"2017-05-26T07:36:34","guid":{"rendered":"http:\/\/retirada37.com\/?p=2436"},"modified":"2017-05-26T08:36:34","modified_gmt":"2017-05-26T07:36:34","slug":"les-cheminements-dune-histoire-singuliere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/retirada37.com\/?p=2436","title":{"rendered":"Les cheminements d\u2019une histoire singuli\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u25a0 Guillaume GOUTTE<br \/>\nPASSEURS D\u2019ESPOIR<br \/>\nR\u00e9seaux de passage du Mouvement libertaire espagnol 1939-1975<br \/>\nSaint-Georges d\u2019Ol\u00e9ron, Les \u00c9ditions libertaires, 2013, 230 p<\/strong>.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/VVD2_001.jpg\" alt=\"\" width=\"1332\" height=\"2522\" class=\"alignnone size-full wp-image-2438\" srcset=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/VVD2_001.jpg 1332w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/VVD2_001-158x300.jpg 158w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/VVD2_001-768x1454.jpg 768w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/VVD2_001-541x1024.jpg 541w\" sizes=\"auto, (max-width: 1332px) 100vw, 1332px\" \/><\/p>\n<p>AU FOND de l\u2019histoire, indiquait Lucien Febvre, il y a toujours des sentiments. Longtemps le r\u00e9cit de cette histoire-l\u00e0 \u2013 notamment celle de la r\u00e9sistance libertaire antifranquiste des ann\u00e9es 1950 \u2013 fut racont\u00e9 de mani\u00e8re sentimentale et avec l\u2019id\u00e9e qu\u2019il fallait revendiquer le parcours tragique de ces quelques hommes qui march\u00e8rent vers la mort au nom de leurs convictions. On \u00e9tait alors dans une double n\u00e9cessit\u00e9 : la premi\u00e8re relevait d\u2019une dette morale envers ces combattants disparus et la seconde d\u2019une mise en cause des instances du Mouvement libertaire espagnol en exil dans la gestion approximative et cahotante de la strat\u00e9gie d\u2019action arm\u00e9e contre l\u2019\u00c9tat franquiste. Cette t\u00e2che, Antonio T\u00e9llez Sol\u00e1 (1921-2005) fut le premier \u00e0 la mener \u00e0 bien en consacrant partie de son existence \u00e0 raconter cette histoire qui fut aussi la sienne. D\u2019o\u00f9 le caract\u00e8re indiscutablement affectif de ses r\u00e9cits, par ailleurs bien inform\u00e9s [1]. Avec le livre de Guillaume Goutte, qui assume clairement l\u2019h\u00e9ritage de l\u2019 \u00ab \u0153uvre fondatrice \u00bb de T\u00e9llez Sol\u00e1, nous entrons \u00e0 l\u2019\u00e9vidence dans une autre dimension, celle qui tient \u00e0 \u00e9gale distance, et avec constance, l\u2019histoire froide, antiquaire et d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9e, des universitaires \u00e0 pr\u00e9tention objectiviste et l\u2019histoire h\u00e9ro\u00efque \u00e0 vocation militante plus encline \u00e0 manier l\u2019\u00e9motion que le bilan. C\u2019est sans doute le principal m\u00e9rite de cette \u00e9tude, fruit d\u2019un travail universitaire transform\u00e9 en livre, que de s\u2019efforcer d\u2019\u00e9viter ces deux \u00e9cueils en tenant fermement le cap de l\u2019histoire critique pour restituer sur le long terme \u2013 trois d\u00e9cennies et demie \u2013 les cheminements complexes d\u2019une r\u00e9sistance libertaire.<\/p>\n<p>CENTR\u00c9 sur la figure du \u00ab passeur \u00bb \u2013 et plus largement sur la question de \u00ab l\u2019organisation de la travers\u00e9e de la fronti\u00e8re \u00bb \u2013, le livre de Guillaume Goutte adopte, en effet, un angle de vision original par rapport \u00e0 la production historiographique dominante sur le sujet. Il s\u2019agit ici de comprendre, \u00e0 ras de terre pourrait-on dire, comment fonctionn\u00e8rent ces r\u00e9seaux de passage mis en place par les anarchistes espagnols, mais aussi de montrer comment ils \u00e9volu\u00e8rent, sur le long terme, en regard des conditions de la clandestinit\u00e9 et des changements de ligne strat\u00e9giques du Mouvement libertaire espagnol en exil. Sur cet aspect du probl\u00e8me, Passeurs d\u2019espoir offre une vision globale bien document\u00e9e des conflits internes que suscit\u00e8rent, au sein de l\u2019exil libertaire, les activit\u00e9s des groupes de la r\u00e9sistance int\u00e9rieure tout en se gardant de les r\u00e9duire, comme c\u2019est souvent le cas dans la sph\u00e8re de l\u2019histoire h\u00e9ro\u00efque, \u00e0 une \u00e9ternelle dichotomie entre une \u00ab juste ligne \u00bb (activiste) et les pesanteurs bureaucratiques visant \u00e0 la paralyser. Ici, les \u00e9videntes sympathies de l\u2019auteur pour l\u2019activit\u00e9 de la r\u00e9sistance libertaire n\u2019oblit\u00e8rent pas son jugement quant \u00e0 ses faiblesses et ses contradictions, mais aussi quant \u00e0 l\u2019ent\u00eatement qu\u2019elle manifesta \u00e0 se maintenir, malgr\u00e9 son faible rendement, dans les pires conditions. <\/p>\n<p>Ind\u00e9pendamment de son principal objet \u2013 \u00ab r\u00e9\u00e9valuer l\u2019intense activit\u00e9 antifasciste \u00e0 laquelle se sont livr\u00e9s les anarchistes espagnols \u00bb entre 1939 et 1975 \u2013, Passeurs d\u2019espoir peut induire, tant son champ est vaste, plusieurs niveaux de lecture. On y trouvera, au choix, une description fouill\u00e9e de l\u2019exil anarchiste espagnol en France, un expos\u00e9 m\u00e9thodique des motivations du passage clandestin de la fronti\u00e8re pyr\u00e9n\u00e9enne dans les deux sens durant toute cette p\u00e9riode, une analyse pr\u00e9cise de l\u2019organisation de l\u2019activit\u00e9 des r\u00e9seaux de passage anarchistes et un relev\u00e9 circonstanci\u00e9 des politiques de r\u00e9pression que suscita, des deux c\u00f4t\u00e9s de la fronti\u00e8re, cette d\u00e9lictueuse activit\u00e9. De quoi penser, en somme, les divers \u00e9l\u00e9ments configurant un dispositif complexe o\u00f9 le \u00ab passeur anarchiste \u00bb (ou \u00ab passeur de gu\u00e9rilla \u00bb) repr\u00e9sente une \u00ab pi\u00e8ce ma\u00eetresse \u00bb de la r\u00e9sistance libertaire contre le franquisme.<\/p>\n<p>Cet homme, qui est-il ? \u00c0 la diff\u00e9rence du passeur \u00ab classique \u00bb \u2013 ou encore du guide salari\u00e9 par d\u2019autres organisations antifascistes \u2013, le passeur anarchiste fait intimement corps avec le projet qu\u2019il sert. Cette ad\u00e9quation entre son id\u00e9al militant et son activit\u00e9 constitue, sans doute, sa grande singularit\u00e9. Il est un combattant conscient des risques qu\u2019il encourt, risques qu\u2019il partagera avec ses compagnons en cas d\u2019\u00e9chec \u2013 d\u2019autant qu\u2019il est parfois passeur et gu\u00e9rillero, comme c\u2019est, par exemple, le cas de Ram\u00f3n Vila Capdevila, dit Caraquemada. En clair, avant d\u2019\u00eatre \u00ab passeur \u00bb, cet homme est d\u2019abord un militant anarchiste qui met sa connaissance du terrain au service d\u2019une cause qu\u2019il fait sienne et qui, sans lui, ne pourrait pas prosp\u00e9rer. Le reste est affaire de circonstances et d\u2019opportunit\u00e9s. Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que, suivant le long cours de cette histoire, les conditions et les enjeux du passage changeront souvent. <\/p>\n<p>On aurait tort, en effet, de voir dans cette r\u00e9sistance un continuum mythique de l\u2019esprit de r\u00e9bellion fond\u00e9 sur le seul refus anarchiste de la dictature. Elle \u00e9pouse, au contraire, jusque dans ses moments de recul ou d\u2019h\u00e9sitation, les mouvements, plus ou moins favorables, d\u2019une histoire h\u00e9sitante. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de la saisir dans le d\u00e9tail en s\u2019attachant aux ruptures d\u2019approche qui la caract\u00e9ris\u00e8rent d\u2019une p\u00e9riode \u00e0 l\u2019autre. La premi\u00e8re saison de la r\u00e9sistance s\u2019inscrit, de 1939 \u00e0 1945, dans le mouvement plus g\u00e9n\u00e9ral de la lutte contre le nazi-fascisme et engage, tr\u00e8s t\u00f4t, au sein du r\u00e9seau Ponz\u00e1n notamment [2], des anarchistes convaincus que l\u2019issue de ce combat d\u00e9terminera forc\u00e9ment l\u2019avenir de l\u2019Espagne. Atypique, cette phase reste marqu\u00e9e par le pragmatisme des r\u00e9seaux libertaires qui s\u2019y impliquent et n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 travailler pour des alli\u00e9s provisoires en \u00e9change de certains avantages pour leur propre cause [3]. La deuxi\u00e8me saison se subdivise en deux p\u00e9riodes : l\u2019une, qui va de 1946 \u00e0 1950, voit \u00e9clore des groupes d\u2019action apparemment soutenus par l\u2019exil mais fonctionnant plut\u00f4t de mani\u00e8re autonome ; l\u2019autre, qui court de 1951 \u00e0 1960, se caract\u00e9rise par la persistance de l\u2019activisme arm\u00e9 des derniers groupes d\u2019action malgr\u00e9 l\u2019abandon de cette ligne par les instances de l\u2019exil en 1951. La troisi\u00e8me saison (1961-1967) est li\u00e9e \u00e0 la fondation de l\u2019organisme D\u00e9fense Int\u00e9rieur, puis \u00e0 l\u2019\u00ab insurgence \u00bb d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019activistes des Jeunesses libertaires \u00e0 travers les activit\u00e9s du Groupe 1er-Mai. Enfin, la quatri\u00e8me et derni\u00e8re saison, celle des ann\u00e9es 1970, met en mouvement des groupes sans lien organique direct avec le Mouvement libertaire espagnol (ou ses dissidences), comme les GARI et le MIL. <\/p>\n<p>LA LUTTE contre la dictature franquiste demeure, du d\u00e9but \u00e0 la fin de cette histoire singuli\u00e8re, la principale raison d\u2019\u00eatre des passeurs anarchistes (de la France vers l\u2019Espagne \u2013 pour y transf\u00e9rer des combattants, des fonds, des armes et de la propagande \u2013 ou de l\u2019Espagne vers la France \u2013 pour y rapatrier des militants en danger). Chevilles ouvri\u00e8res de la r\u00e9sistance, le succ\u00e8s des missions dont ils ont la charge repose essentiellement sur leurs \u00e9paules. <\/p>\n<p>\u00c0 la diff\u00e9rences d\u2019autres ouvrages o\u00f9 la question de la r\u00e9mun\u00e9ration des passeurs se voit souvent rel\u00e9gu\u00e9e aux oubliettes de l\u2019id\u00e9alisme, le livre de Guillaume Goutte apporte, sur le sujet, quelques \u00e9l\u00e9ments d\u2019information chiffr\u00e9s int\u00e9ressants, notamment sur la premi\u00e8re saison de la r\u00e9sistance. On y apprend, par exemple, que le r\u00e9seau Ponz\u00e1n demandait de 2 000 \u00e0 3 000 pesetas aux services britanniques pour chaque personne pass\u00e9e \u00e0 leur demande [4]. Pour ce qui concerne le transport de Juifs vers l\u2019Espagne \u2013 que le r\u00e9seau prit parfois en charge contre la volont\u00e9 des services britanniques, qui n\u2019en faisaient pas une priorit\u00e9 \u2013, les tarifs exacts ne sont pas connus, mais il semble qu\u2019ils n\u2019aient rien eu \u00e0 voir avec ceux \u2013 exorbitants \u2013 pratiqu\u00e9s par les passeurs classiques. Jusqu\u2019en 1942, l\u2019argent per\u00e7u par le r\u00e9seau Ponz\u00e1n \u00e9tait, nous dit Guillaume Goutte, \u00ab int\u00e9gralement vers\u00e9 \u00e0 une caisse commune \u00bb destin\u00e9e \u00e0 subvenir aux besoins de ses membres et de leurs familles, mais aussi \u00e0 financer les activit\u00e9s proprement anarchistes du r\u00e9seau [5] et ses infrastructures (h\u00e9bergeurs, faussaires, imprimeurs, agents de liaison). <\/p>\n<p>Les passeurs des ann\u00e9es suivantes \u2013 dont certains exer\u00e7aient, pour leur propre compte, des activit\u00e9s de contrebande \u2013 n\u2019\u00e9taient, semble-t-il, r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s que lorsqu\u2019ils passaient, de l\u2019Espagne vers la France, des \u00ab migrants \u201c\u00e9conomiques\u201d ou \u201cfamiliaux\u201d \u00bb. Cela dit, on peut penser, que, m\u00eame s\u2019ils travaillaient souvent pour la gloire, il leur arrivait aussi, \u00e0 l\u2019occasion, d\u2019\u00eatre d\u00e9fray\u00e9s par les groupes d\u2019action de la r\u00e9sistance [6]. De m\u00eame, sur les bases d\u2019appui dont disposait la r\u00e9sistance des ann\u00e9es 1950 \u2013 notamment, du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, le mas Tartas et le mas Graboudeille et, du c\u00f4t\u00e9 espagnol, Can Moreno et Can Flaquer \u2013, sur les itin\u00e9raires de passage clandestin et sur les exp\u00e9ditions elles-m\u00eames, Passeurs d\u2019espoir fourmille de donn\u00e9es fort utiles pour comprendre comment fonctionnaient, dans le d\u00e9tail, ces r\u00e9seaux. <\/p>\n<p>Essentiel dans les deux premi\u00e8res saisons de la r\u00e9sistance libertaire, le r\u00f4le des passeurs tend \u00e0 d\u00e9cliner \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960, date \u00e0 laquelle, avec le d\u00e9but de la grande migration touristique, s\u2019ouvrent d\u2019autres voies, moins dangereuses, de passage vers l\u2019Espagne. \u00ab Nombre de jeunes activistes anti-franquistes, n\u00e9s en exil, [\u00e9tant] de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise \u00bb, la plupart des entr\u00e9es se font alors, indique Guillaume Goutte, \u00ab par les postes frontaliers, avec des papiers le plus souvent en r\u00e8gle \u00bb. Presque \u00ab l\u00e9galement \u00bb, en somme. Reste que, certaines travers\u00e9es clandestines demeurant encore n\u00e9cessaires, \u00ab notamment pour \u00e9vacuer des militants recherch\u00e9s par la police \u00bb, les passeurs ne disparaissent pas compl\u00e8tement. En cas de besoin, ils reprennent le collier, en adaptant, il est vrai, leurs activit\u00e9s aux nouvelles formes de d\u00e9placement motoris\u00e9es. Ce changement de m\u00e9thode est ici \u00e9voqu\u00e9e par Jordi Gonzalbo et Jeanine Lalet, qui particip\u00e8rent de pr\u00e8s, dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, aux activit\u00e9s de passage li\u00e9es au groupe des Jeunesses libertaires de Perpignan [7].<\/p>\n<p>SI, D\u2019UNE PHASE \u00c0 L\u2019AUTRE de la r\u00e9sistance libertaire au franquisme, perdure un m\u00eame imaginaire r\u00e9activant les m\u00eames vertus combattantes, les diff\u00e9rences sont \u00e9videmment nombreuses, comme le montre Guillaume Goutte, entre la r\u00e9sistance \u00e0 mort des premiers temps, l\u2019extr\u00eame solitude des maquisards des ann\u00e9es 1950, l\u2019activisme \u00e0 vocation spectaculaire des ann\u00e9es 1960 et l\u2019ill\u00e9galisme assum\u00e9 des ann\u00e9es 1970. <\/p>\n<p>Guillaume Goutte accorde une attention particuli\u00e8re \u2013 et attendrie \u2013 aux maquisards des ann\u00e9es 1950, seconde \u00e9poque, dont le seul \u2013 mais vrai \u2013 m\u00e9rite fut probablement de sauver symboliquement l\u2019honneur des vaincus d\u2019une d\u00e9j\u00e0 lointaine guerre civile. Ceux qui s\u2019adonn\u00e8rent, en ces temps de d\u00e9sarroi, \u00e0 cette r\u00e9sistance solitaire \u00e9taient en r\u00e9alit\u00e9 de dr\u00f4les de types incapables d\u2019admettre d\u2019autre mani\u00e8re de vivre \u2013 et de mourir \u2013 que celle-l\u00e0. Porteurs de flamme c\u00f4toyant des fant\u00f4mes, ils se battaient non pour vaincre, mais pour ne pas d\u00e9m\u00e9riter. Cette configuration mentale si particuli\u00e8re d\u2019une r\u00e9sistance ultra minoritaire, le franquisme la per\u00e7ut comme un r\u00e9el danger, non pour sa survie \u2013 elle \u00e9tait assur\u00e9e au vu du d\u00e9s\u00e9quilibre des forces engag\u00e9es \u2013, mais parce qu\u2019elle ravivait constamment la m\u00e9moire du peuple des ombres. D\u2019o\u00f9 la constance qu\u2019il mit \u00e0 l\u2019\u00e9radiquer. Qu\u2019on entende bien : il ne s\u2019agit pas, ici, de sur-valoriser la \u00ab dangerosit\u00e9 \u00bb anti-franquiste des Sabat\u00e9, Facer\u00edas et autres Caraquemada \u2013 au bout du compte, leurs clandestines activit\u00e9s n\u2019eurent aucun effet d\u00e9stabilisateur r\u00e9el sur le r\u00e9gime \u2013, mais d\u2019insister sur l\u2019exceptionnelle motivation individuelle de ces combattants solitaires que rien ne fit c\u00e9der : ni l\u2019adversit\u00e9, ni le rejet dont ils furent l\u2019objet de la part de leur organisation. C\u2019est sans doute cette \u00e9trange pr\u00e9disposition \u00e0 l\u2019ent\u00eatement et au refus qui les firent passer pour des aventuriers quand ils n\u2019\u00e9taient que des irr\u00e9ductibles. <\/p>\n<p>Au tournant des ann\u00e9es 1960, les adeptes d\u2019une nouvelle forme de r\u00e9sistance, moins lyrique et plus m\u00e9thodique, critiqu\u00e8rent, dans les rangs d\u2019un mouvement libertaire en voie d\u2019apparente r\u00e9unification, la facture par trop improvis\u00e9e de l\u2019ancienne. Pour Guillaume Goutte, si l\u2019on \u00ab peut assur\u00e9ment parler d\u2019impasse de la lutte arm\u00e9e \u00bb \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950, cet \u00e9chec s\u2019explique surtout par la f\u00e9roce r\u00e9pression qu\u2019elle subit et par \u00ab l\u2019inad\u00e9quation entre le soutien suppos\u00e9 de l\u2019appareil conf\u00e9d\u00e9ral de la CNT \u201capolitique\u201c \u00e0 la lutte arm\u00e9e et la r\u00e9alit\u00e9 des moyens qu\u2019il \u00e9tait capable ou souhaitait mettre en \u0153uvre pour l\u2019assumer \u00bb. Il poursuit : \u00ab Cette dualit\u00e9 permanente entre les intentions et les actes induisit indubitablement, du c\u00f4t\u00e9 des groupes d\u2019action, autant de faux espoirs que de sourdes ranc\u0153urs \u00bb. Pour la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration r\u00e9sistante, celle qui fit ses premi\u00e8res armes dans le cadre de l\u2019organisme D\u00e9fense Int\u00e9rieur (DI), il s\u2019agissait, en revanche, d\u2019op\u00e9rer un \u00ab saut qualitatif \u00bb \u2013 pour reprendre l\u2019expression d\u2019un de ses strat\u00e8ges, Octavio Alberola [8] \u2013, en rompant avec le c\u00f4t\u00e9 \u00ab romantique \u00bb et \u00ab d\u00e9sorganis\u00e9 \u00bb de la vieille garde. Pour un autre \u00ab jeune libertaire \u00bb de l\u2019\u00e9poque, Tom\u00e1s Ib\u00e1\u00f1ez, dont Guillaume Goutte rapporte les propos, les principales diff\u00e9rences entre ces deux \u00e2ges de la r\u00e9sistance \u00e9taient au nombre de quatre : la tactique d\u2019action directe ne devait plus \u00eatre \u00ab l\u2019affaire d\u2019individualit\u00e9s \u00bb, mais engager \u00ab l\u2019ensemble du MLE \u00bb ; les braquages devaient \u00eatre exclus ; les op\u00e9rations devaient \u00eatre men\u00e9es dans l\u2019intention de susciter des \u00ab effets m\u00e9diatiques \u00bb ; l\u2019objectif essentiel de cette r\u00e9sistance devait \u00eatre d\u2019abattre Franco [9]. <\/p>\n<p>Au terme de deux ann\u00e9es d\u2019activit\u00e9s r\u00e9guli\u00e8rement contrari\u00e9es par ceux-l\u00e0 m\u00eames dont la pr\u00e9sence au sein du DI n\u2019avait, depuis sa cr\u00e9ation, d\u2019autre but que celui-l\u00e0 [10], un bilan honn\u00eate de la courte existence de cet organisme \u00ab conspiratif \u00bb impose de reconna\u00eetre, comme le fait Guillaume Goutte, que, malgr\u00e9 sa louable aspiration au \u00ab saut qualitatif \u00bb, ses \u00ab lacunes \u00bb furent aussi \u00e9videntes que ses difficult\u00e9s \u00ab \u00e0 g\u00e9rer correctement ses entreprises \u00bb [11]. Pour s\u2019en convaincre, nous dit-il, il suffit de s\u2019int\u00e9resser, \u00ab au-del\u00e0 des impr\u00e9vus que toute action clandestine peut conna\u00eetre, [\u00e0 l\u2019] amoncellement d\u2019erreurs [qui lui sont] directement imputables \u00bb, notamment au moment de la confuse op\u00e9ration madril\u00e8ne de l\u2019\u00e9t\u00e9 1962 \u2013 qui deviendra la tragique \u00ab affaire Granado-Delgado \u00bb et \u00ab entamera d\u00e9finitivement son cr\u00e9dit \u00bb [12]. Par la suite, le flambeau fut repris par les seules Jeunesses libertaires qui persist\u00e8rent, \u00e0 travers le Groupe 1er-Mai, \u00e0 emprunter, pendant quelques ann\u00e9es encore, la voie activiste avant qu\u2019une nouvelle vague d\u2019insurg\u00e9s, plus proche de l\u2019ill\u00e9galisme arm\u00e9 post-soixante-huitard que de la r\u00e9sistance libertaire antifranquiste classique, n\u2019occupe, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, le devant d\u2019une sc\u00e8ne o\u00f9 tout se d\u00e9cidait dans les coulisses \u2013 y compris le tempo d\u2019une transition d\u00e9mocratique d\u00e9j\u00e0 programm\u00e9e. Quelque dix ans apr\u00e8s Francisco Granado et Joaqu\u00edn Delgado, Salvador Puig Antich, militant du MIL, sera le dernier garrott\u00e9 \u2013 mais non le dernier ex\u00e9cut\u00e9 \u2013 d\u2019un g\u00e9n\u00e9ralissime exterminateur qu\u2019aucune r\u00e9sistance ne parvint, h\u00e9las, \u00e0 \u00e9liminer. <\/p>\n<p>S\u2019IL CONVIENT de saluer le travail de Guillaume Goutte, c\u2019est qu\u2019il est rare que, sur un tel sujet, l\u2019\u00e9quilibre soit \u00e0 ce point tenu entre l\u2019\u00e9vidente empathie ressentie pour les fant\u00f4mes de cette r\u00e9sistance au long cours et la claire volont\u00e9 d\u2019en retracer l\u2019histoire sans sombrer dans sa mythification. Centr\u00e9 sur la figure du passeur anarchiste, un des grands oubli\u00e9s \u2013 notons-le \u2013 de cette longue \u00e9pop\u00e9e, le r\u00e9cit qu\u2019il en tire nous replace au centre de cet entrelacs de passions et de refus qui pouss\u00e8rent quelques hommes \u00e0 poursuivre un combat bien trop in\u00e9gal pour pouvoir \u00eatre remport\u00e9. La premi\u00e8re le\u00e7on qui se d\u00e9gage de cette \u00e9pop\u00e9e, la principale peut-\u00eatre, c\u2019est qu\u2019il existe, quelles que soient les circonstances, des individus \u2013 rares \u2013 qui se sentent port\u00e9s par un d\u00e9fi n\u00e9cessaire et que rien n\u2019abat, pas plus la d\u00e9faite que la solitude. La seconde, c\u2019est que cette histoire leur appartient en propre, et non pas \u00e0 l\u2019organisation \u00e0 laquelle ils \u00e9taient li\u00e9s et qui, souvent, les l\u00e2cha sans jamais le leur dire clairement. Quant \u00e0 supposer que cet abandon valut trahison, ce serait \u00e9videmment ignorer qu\u2019aucune organisation, aussi libertaire f\u00fbt-elle, ne pouvait lier son sort et ses int\u00e9r\u00eats \u00e0 une strat\u00e9gie qui risquait, \u00e0 terme, de remettre en cause le statut l\u00e9gal qu\u2019elle avait acquis en exil. Son grand tort fut de jouer sur les deux tableaux, et m\u00eame de surench\u00e9rir dans le martyrologe, en laissant accroire, par pure d\u00e9magogie, qu\u2019elle \u00e9tait, encore et toujours, le centre n\u00e9vralgique d\u2019une r\u00e9sistance qui la g\u00eana plut\u00f4t aux entournures \u2013 double langage qui conduisit, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un organisme \u00ab conspiratif \u00bb dont les concepteurs firent tout pour qu\u2019il ne conspire surtout pas. <\/p>\n<p>Il n\u2019est plus temps, cela dit, de se demander si la voie de la r\u00e9sistance arm\u00e9e contre le franquisme \u00e9tait possible. Ni m\u00eame de savoir dans quelles conditions elle aurait pu l\u2019\u00eatre. Elle fut tent\u00e9e, sous diverses formes, et elle \u00e9choua, quelles que fussent les m\u00e9thodes employ\u00e9es, \u00e0 atteindre la plupart de ses objectifs. Sauf un : maintenir vivante la m\u00e9moire des vaincus et, avec elle, ouverte la perspective qu\u2019il n\u2019\u00e9tait jamais vain d\u2019arpenter les chemins d\u2019insoumission. Au risque de s\u2019y perdre en cherchant un passage. \u00c0 l\u2019heure des bilans, c\u2019est sans doute ce qui demeure, et c\u2019est bien comme \u00e7a. <\/p>\n<p><strong>Jos\u00e9 FERGO <\/strong><\/p>\n<p>[1] Deux livres de cet auteur sont disponibles en fran\u00e7ais : Sabat\u00e9. Gu\u00e9rilla urbaine en Espagne (1945-1960), Toulouse, Rep\u00e8res-Silena, 1990, et Le R\u00e9seau d\u2019\u00e9vasion du groupe Ponz\u00e1n. Anarchistes dans la guerre secr\u00e8te contre le franquisme et le nazisme (1936-1944), Toulouse, Le Coquelicot, 2008.<\/p>\n<p>[2] Francisco Vidal Ponz\u00e1n (1911-1944) demeure indiscutablement la figure dominante de cette \u00ab premi\u00e8re r\u00e9sistance \u00bb. Ancien agent du Service d\u2019intelligence sp\u00e9ciale p\u00e9riph\u00e9rique (SIEP) de l\u2019arm\u00e9e r\u00e9publicaine, cet anarchiste aragonais, instituteur de profession, fut, de 1939 \u00e0 sa mort, au c\u0153ur d\u2019un vaste r\u00e9seau de passage de fronti\u00e8re travaillant de concert avec les services secrets britanniques.<\/p>\n<p>[3] Dans une perspective parall\u00e8le, il faut noter que leurs commanditaires \u2013 ici, les services britanniques, mais il y en eut d\u2019autres, notamment dans les rangs gaullistes \u2013 surent le plus souvent r\u00e9utiliser, pour la cause r\u00e9sistante, les comp\u00e9tences particuli\u00e8res que des combattants anarchistes comme Ponz\u00e1n \u2013 mais aussi Agust\u00edn Remiro ou Juan Catal\u00e1 \u2013 avaient acquises, pendant la guerre d\u2019Espagne, sur le front d\u2019Aragon, en mati\u00e8re de renseignement, d\u2019\u00e9vasion et d\u2019infiltration.<\/p>\n<p>[4] Juan Catal\u00e1 et Joaqu\u00edn Baldrich touchaient, eux, 3 000 pesetas par agent ou aviateur transport\u00e9 en Espagne, en 1943.<\/p>\n<p>[5] Entr\u00e9 clandestinement en France en 1947, Cipriano Mera racontait que la vie d\u2019un condamn\u00e9 \u00e0 mort valait alors, en Espagne franquiste, 500 pesetas. Autrement dit, avec 500 pesetas on pouvait corrompre un fonctionnaire de prison. Partant de l\u00e0, Mera, lui aussi pragmatique en diable, s\u2019\u00e9vertua \u00e0 convaincre les instances dirigeantes de la CNT en exil qu\u2019il \u00e9tait sans doute plus urgent, pour l\u2019heure, de faire sortir un maximum de compagnons libertaires des ge\u00f4les franquistes que de publier livres et journaux en quantit\u00e9. Sans succ\u00e8s. L\u2019anecdote vaut ce qu\u2019elle vaut, mais elle restitue assez pr\u00e9cis\u00e9ment une r\u00e9alit\u00e9 que connaissaient Ponz\u00e1n et ses camarades, qui r\u00e9investirent dans cette t\u00e2che partie des prestations re\u00e7ues des services britanniques.<\/p>\n<p>[6] Les passeurs les plus c\u00e9l\u00e8bres de cette \u00e9poque seront Francisco Den\u00eds Di\u00e9z, dit Catal\u00e1, et Ram\u00f3n Vila Capdevila, dit Caraquemada \u2013 voir, \u00e0 leur sujet, l\u2019entretien avec Mariano Aguayo Mor\u00e1n publi\u00e9 dans ce num\u00e9ro \u2013, mais aussi Antonio G\u00f3nzalez P\u00e9res, dit Tono, Antonio Cereza Grasa et Antonio Cuesta Hern\u00e1ndez.<\/p>\n<p>[7] On lira, dans ce num\u00e9ro, une recension du livre r\u00e9cemment paru de Jordi Gonzalbo : Itin\u00e9raires Barcelone-Perpignan. Chroniques non mis\u00e9rabilistes d\u2019un jeune libertaire en exil.<\/p>\n<p>[8] Dans l\u2019entretien accord\u00e9 \u00e0 Guillaume Goutte, Octavio Alberola affirme curieusement que la situation internationale de l\u2019\u00e9poque \u2013 guerre froide, mouvements de d\u00e9colonisation et, surtout, r\u00e9volution cubaine \u2013 joua un r\u00f4le dans la r\u00e9unification, en 1961, de la CNT. L\u2019hypoth\u00e8se est hardie mais sans fondement. Ce qui, en revanche, n\u2019est pas discutable, c\u2019est l\u2019influence \u00e9vidente que joua le processus r\u00e9volutionnaire cubain sur Alberola, qui en fut longtemps un ardent pan\u00e9gyriste.<\/p>\n<p>[9] Hormis les illusions d\u2019\u00e9poque sur une implication r\u00e9elle \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire logistique et financi\u00e8re \u2013 des instances dirigeantes du MLE en exil dans ce genre d\u2019activit\u00e9s et l\u2019int\u00e9r\u00eat manifeste, lui aussi d\u2019\u00e9poque, port\u00e9 aux impacts m\u00e9diatiques de telle ou telle action, l\u2019id\u00e9e d\u2019attenter \u00e0 la vie du dictateur n\u2019\u00e9tait pas, elle, \u00e0 proprement parler originale, comme le prouve l\u2019entretien avec Mariano Aguayo Mor\u00e1n que nous publions dans ce num\u00e9ro.<\/p>\n<p>[10] C\u2019est ainsi que Germinal Esgleas et Vicente Llansola, repr\u00e9sentants de la tr\u00e8s immobiliste orthodoxie fa\u00efste, furent tout \u00e0 la fois les inspirateurs et les fossoyeurs du DI.<\/p>\n<p>[11] Sans parler des infiltrations polici\u00e8res qu\u2019il subit et ne soup\u00e7onna pas. Sur ce chapitre, Goutte situe \u00e0 ses justes proportions l\u2019ampleur de la calamiteuse insouciance du DI, puis du Groupe 1er-Mai, vis-\u00e0-vis d\u2019un indicateur qui s\u00e9vit quatorze ann\u00e9es durant dans le milieu activiste.<\/p>\n<p>[12] Sur cet \u00e9pisode, on peut se reporter, malgr\u00e9 ses lacunes, au livre de Carlos Fonseca, Le Garrot pour deux innocents : l\u2019affaire Granado-Delgado \u2013 \u00c9ditions CNT-RP, 2004 \u2013 recens\u00e9 dans le n\u00b0 16 \u2013 avril 2004 \u2013 de ce bulletin sous le titre : \u00ab De \u201cl\u2019innocentisme\u201d et de ses limites \u00bb. Sur l\u2019activisme des ann\u00e9es 1960, on peut puiser, avec mesure, au livre de Salvador Gurucharri et Tom\u00e1s Ib\u00e1\u00f1ez, Une r\u00e9surgence anarchiste. Les Jeunesses libertaires dans la lutte contre le franquisme : la FIJL dans les ann\u00e9es 1960 \u2013 Acratie, 2012 \u2013, dont l\u2019\u00e9dition espagnole fut longuement recens\u00e9e dans le n\u00b0 39 \u2013 janvier 2011 \u2013 de ce m\u00eame bulletin sous le titre : \u00ab Au temps des \u201cJeunesses\u201d ardentes : l\u2019histoire en h\u00e9ritage \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u25a0 Guillaume GOUTTE PASSEURS D\u2019ESPOIR R\u00e9seaux de passage du Mouvement libertaire espagnol 1939-1975 Saint-Georges d\u2019Ol\u00e9ron, Les \u00c9ditions libertaires, 2013, 230 p. AU FOND de l\u2019histoire, indiquait Lucien Febvre, il y a toujours des sentiments. Longtemps le r\u00e9cit de cette histoire-l\u00e0 \u2013 notamment celle de la r\u00e9sistance libertaire antifranquiste des ann\u00e9es 1950 \u2013 fut racont\u00e9 de &hellip; <a href=\"https:\/\/retirada37.com\/?p=2436\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Les cheminements d\u2019une histoire singuli\u00e8re<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[],"class_list":["post-2436","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2436","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2436"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2436\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2439,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2436\/revisions\/2439"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2436"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2436"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2436"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}