{"id":2062,"date":"2017-03-14T11:44:15","date_gmt":"2017-03-14T10:44:15","guid":{"rendered":"http:\/\/retirada37.com\/?p=2062"},"modified":"2017-03-14T11:44:15","modified_gmt":"2017-03-14T10:44:15","slug":"la-petite-espagne-la-naissance-dune-communaute","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/retirada37.com\/?p=2062","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0LA PETITE ESPAGNE\u00a0\u00bb- LA NAISSANCE D&rsquo;UNE COMMUNAUT\u00c9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center\">IMMIGR\u00c9S ESPAGNOLS A <em>La Plaine<\/em>\u00a0<em>Saint-Denis<\/em> AU D\u00c9BUT DU XX\u00e8me SI\u00c8CLE<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En 1911, d\u00e9j\u00e0 260 Espagnols vivent \u00e0 St Denis, majoritairement dans le quartier de la Plaine (1) : 145 habitent avenue de Paris (2), surtout dans les immeubles de rapport des num\u00e9ros 96 et 100 ; d&rsquo;autres se sont install\u00e9s \u00e0 proximit\u00e9, rue de la Montjoie. La rue de la Justice (3), qui deviendra apr\u00e8s 1918 le c\u0153ur du quartier espagnol, ne compte alors que quatre foyers espagnols, regroupant 21 personnes, auxquels il faut ajouter les 10 habitants du passage Dupont.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce qui se passera \u00e0 partir des ann\u00e9es 20, il ne s&rsquo;agit pas majoritairement d&rsquo;une immigration familiale : on ne compte que 35 couples et 57 jeunes enfants. Quatorze d&rsquo;entre eux sont n\u00e9s \u00e0 St Denis, la plus \u00e2g\u00e9e en 1907 et les deux plus jeunes en 1911, ce qui permet d&rsquo;\u00e9tablir la date d&rsquo;arriv\u00e9e r\u00e9cente de leurs parents. Malgr\u00e9 sa \u00ab jeunesse \u00bb, cette immigration compte d\u00e9j\u00e0 six couples mixtes franco-espagnols.<\/p>\n<table width=\"200\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2057\" src=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/enfants_5ruelandy1.jpg\" alt=\"\" width=\"1441\" height=\"2202\" srcset=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/enfants_5ruelandy1.jpg 1441w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/enfants_5ruelandy1-196x300.jpg 196w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/enfants_5ruelandy1-768x1174.jpg 768w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/enfants_5ruelandy1-670x1024.jpg 670w\" sizes=\"auto, (max-width: 1441px) 100vw, 1441px\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><em>Gamins du 5 rue du Landy<br \/>\nen 1947.\u00a0<\/em>\u00a9 Fonds\u00a0Pierre Douzenel<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>La part des hommes dans la communaut\u00e9 (enfants compris) est de 70 %. Cette surmasculinit\u00e9 s&rsquo;explique par le fait que plusieurs foyers espagnols h\u00e9bergent de nombreux \u00ab cousins \u00bb, \u00ab parents \u00bb, \u00ab amis \u00bb ou \u00ab pensionnaires \u00bb, tr\u00e8s jeunes pour la plupart et g\u00e9n\u00e9ralement employ\u00e9s par la verrerie Legras. Il s&rsquo;agissait en fait d&rsquo;un v\u00e9ritable trafic de jeunes gens de 11 \u00e0 19 ans, recrut\u00e9s dans les campagnes les plus pauvres de Castille par des sortes de n\u00e9griers, eux-m\u00eames originaires de la r\u00e9gion, qui les faisaient embaucher ensuite par la verrerie Legras et empochaient la majorit\u00e9 de leur salaire au titre de d\u00e9dommagement des frais de transport, d&rsquo;h\u00e9bergement et de nourriture \u2014 ces interm\u00e9diaires travaillaient aussi chez Legras. Les jeunes man\u0153uvres ne touchaient un reliquat de leur salaire qu&rsquo;\u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e pour \u00e9viter les fuites. Ils vivaient sous le m\u00eame toit que leur \u00ab parrain \u00bb et son \u00e9pouse, souvent dans des conditions de grande promiscuit\u00e9. Plus de cinquante jeunes gar\u00e7ons, dont la moyenne d&rsquo;\u00e2ge est de 15 ans et demi, \u00e9taient dans ce cas \u00e0 St Denis en 1911. La plupart des n\u00e9griers et des jeunes recrues venaient d&rsquo;un r\u00e9seau de petits villages du nord de la province de Burgos. En 1911, plus de 40 % des Espagnols de St Denis venait de cette province.<\/p>\n<p>On retrouve des pratiques similaires toujours \u00e0 La Plaine mais c\u00f4t\u00e9 Aubervilliers cette fois, o\u00f9 vivaient 137 Espagnols.<\/p>\n<p>L&rsquo;existence de telles pratiques m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par le t\u00e9moignage direct d&rsquo;une Espagnole install\u00e9e \u00e0 St Ouen en 1920, aujourd&rsquo;hui centenaire, dont le p\u00e8re se livrait \u00e0 un trafic du m\u00eame genre dans le Nord, \u00e9galement pour une verrerie ; les jeunes apprentis vivaient sous le m\u00eame toit que sa famille.<\/p>\n<p>En 1913, un meeting avait \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 par le Parti socialiste dyonisien, en pr\u00e9sence du maire ?? Philippe, pour d\u00e9noncer \u00ab l&rsquo;exploitation de la main-d&rsquo;\u0153uvre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les Espagnols pr\u00e9sents sont venus l\u00e0 pour travailler, sans doute dans le but de rentrer au pays apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre constitu\u00e9 un petit p\u00e9cule afin de pouvoir s&rsquo;y marier et acheter pour qui des terres, pour qui un petit troupeau. Ils sont g\u00e9n\u00e9ralement non qualifi\u00e9s : sur 147 dont on conna\u00eet l&#8217;emploi, 3 sont man\u0153uvres et 107 journaliers, soit 110 (75 %) sans aucune qualification professionnelle, ce qui s&rsquo;explique par leur origine de journaliers agricoles. L&#8217;employeur qui revient le plus souvent est la verrerie Legras suivi par les Tr\u00e9fileries du Havre (Mouton) ; comme ses deux entreprises \u00e9taient install\u00e9es \u00e0 La Plaine, cela explication la localisation pour \u00e9viter des longs trajets apr\u00e8s les harassantes journ\u00e9es de travail. Les ouvriers qualifi\u00e9s (six tr\u00e9fileurs, trois ajusteurs, un fondeur, un galvaniseur, un mouleur\u2026) sont plus rares ont sans doute form\u00e9s sur le tas. Le seul Espagnol ayant le statut de patron vivait d\u00e9j\u00e0 La Plaine en 1896 ; mari\u00e9 \u00e0 une Lyonnaise, c&rsquo;\u00e9tait un marchand de vins install\u00e9 172 avenue de Paris.<\/p>\n<p>Quant aux femmes, seules 17 d&rsquo;entre elles travaillent (12 femmes mari\u00e9es et 5 jeunes filles), majoritairement aussi comme journali\u00e8re dans de grandes usines.\u00a0Une partie de la petite communaut\u00e9 de 1911 s&rsquo;est enracin\u00e9e \u00e0 St Denis puisqu&rsquo;en 1921 on retrouve 20 familles qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes \u00e0 cette date, soit environ 80 personnes. Pour l&rsquo;essentiel, il s&rsquo;agit de couples ou de familles install\u00e9es d\u00e8s les ann\u00e9es 1905-1911 ; en revanche, on ne retrouve pratiquement aucune trace des jeunes gens log\u00e9s par les n\u00e9griers de La Plaine. Certaines familles de ces premiers arrivants ont fait souche dans le quartier et on les retrouve,elles ou leurs enfants, au fil des recensements jusqu&rsquo;en 1936.<\/p>\n<p><strong>Natacha Lillo<\/strong><\/p>\n<p>Ma\u00eetresse\u00a0de conf\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Paris VII.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>1) Source : recensement de St Denis en 1911, disponible aux Archives municipales de St Denis et aux Archives d\u00e9partementales de Bobigny.<br \/>\n2) Devenue avenue du pr\u00e9sident Wilson apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<br \/>\n3) Rebaptis\u00e9e Cristino Garcia apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, en hommage \u00e0 un r\u00e9sistant espagnol ex\u00e9cut\u00e9 par le r\u00e9gime de Franco.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2058\" src=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/small3-impasse-boise-1947.jpg\" alt=\"\" width=\"560\" height=\"418\" srcset=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/small3-impasse-boise-1947.jpg 316w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/small3-impasse-boise-1947-300x224.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><em>L&rsquo;impasse Boise en 1947.\u00a0<\/em>\u00a9 Fonds\u00a0Pierre Douzenel<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Les trois vagues de l\u2019immigration espagnole en Seine-Saint-Denis<br \/>\nR\u00e9flexions autour des relations entre immigration \u00ab \u00e9conomique \u00bb<br \/>\net \u00ab immigration politique \u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>\u00a0<\/strong>\u00c0 Saint-Denis, Saint-Ouen et Aubervilliers, on retrouve les trois principales vagues de l&rsquo;immigration espagnole au XXe si\u00e8cle :\u00a0&#8211; migrants dits \u00ab \u00e9conomiques \u00bb des ann\u00e9es 1920-1930 ;- quelques migrants politiques apr\u00e8s la r\u00e9pression du soul\u00e8vement des Asturies fin 1934 et surtout apr\u00e8s la d\u00e9faite du camp r\u00e9publicain (les arriv\u00e9es s&rsquo;\u00e9chelonnent entre 1939 et 1950, apr\u00e8s le passage par les camps de la fronti\u00e8re fran\u00e7aise, voire par les camps en Allemagne et parfois apr\u00e8s une participation \u00e0 des maquis de r\u00e9sistants en province) ;\u00a0&#8211; migrants dits \u00ab \u00e9conomiques \u00bb des ann\u00e9es 1955-1970.<\/p>\n<p>D\u00e8s les ann\u00e9es 1920, un v\u00e9ritable quartier espagnol s&rsquo;est form\u00e9 \u00e0 la Plaine-Saint-Denis (espace industriel \u00e0 cheval sur les trois communes) entre l&rsquo;avenue du pr\u00e9sident Wilson et les rues du Landy et de la Justice. Dans ce quartier, on trouvait des impasses et des passages habit\u00e9s \u00e0 plus de 90 % par des migrants espagnols, originaires principalement des provinces de C\u00e1ceres, de Zamora et de Burgos. Par ailleurs, le vaste bidonville des Francs-Moisins \u00e9tait \u00e9galement peupl\u00e9 \u00e0 plus de 70 % par des Espagnols d\u00e8s son apparition dans les listes nominatives du recensement de 1926.<\/p>\n<p>Selon le recensement de 1931 (date \u00e0 laquelle la taille de la communaut\u00e9 espagnole est la plus \u00e9lev\u00e9e de l&rsquo;avant-guerre), on compte plus de 8 500 Espagnols dans ces trois communes (pour une population totale de 189 600 habitants, soit 4,5 %), ce qui en fait la premi\u00e8re communaut\u00e9 immigr\u00e9e, loin devant les Italiens.<\/p>\n<p>La particularit\u00e9 de cette communaut\u00e9 est que, des ann\u00e9es 1920 aux ann\u00e9es 1970, on retrouve les m\u00eames r\u00e9seaux familiaux et villageois qui pr\u00e9valent sur l&rsquo;aspect \u00ab \u00e9conomique \u00bb ou \u00ab politique \u00bb des migrations. Des \u00ab \u00e9conomiques \u00bb venus au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920 et repartis dans les ann\u00e9es 1930 \u00e0 cause du ch\u00f4mage li\u00e9 \u00e0 la crise sont revenus \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;exode r\u00e9publicain parce qu&rsquo;entre temps ils avaient particip\u00e9 \u00e0 la guerre du c\u00f4t\u00e9 r\u00e9publicain et \u00e9taient donc devenus des \u00ab politiques \u00bb. Ces m\u00eames \u00ab politiques \u00bb accueillirent leurs neveux ou leurs cousins \u00ab \u00e9conomiques \u00bb dans les ann\u00e9es 1955-1970.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 d&rsquo;autres p\u00f4les de l&rsquo;\u00e9migration espagnole en France, la Plaine-Saint-Denis n&rsquo;a donc gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e (en tout cas d&rsquo;apr\u00e8s la vingtaine de t\u00e9moignages oraux recueillis et un important d\u00e9pouillement d&rsquo;archives diverses) par un clivage net entre migrants \u00e9conomiques et migrants politiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>La vague des ann\u00e9es 1920-1930 : une politisation \u00e0 travers l&rsquo;immigration<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Les migrants espagnols des ann\u00e9es 1920-1930 \u00e9taient tr\u00e8s majoritairement des \u00ab \u00e9conomiques purs \u00bb (cependant, certains ont pu \u00eatre en contact avec les puissantes f\u00e9d\u00e9rations de la Conf\u00e9d\u00e9ration nationale du travail \u2013 CNT \u2013 en milieu agricole), journaliers agricoles surexploit\u00e9s d&rsquo;Estr\u00e9madure ou de Vieille-Castille ayant fui la mis\u00e8re. Beaucoup envisageaient de repartir au pays apr\u00e8s avoir accumul\u00e9 un petit p\u00e9cule leur permettant d&rsquo;acheter du terrain ou quelques ch\u00e8vres ou moutons \u2013 ce que firent d&rsquo;ailleurs nombre d&rsquo;entre eux \u00e0 partir de 1931-1932.<\/p>\n<p>Les naturalisations furent rares : entre 1928 et 1940, \u00e0 Saint-Denis, pour une communaut\u00e9 de 3 500 personnes en 1931 et de 2 700 personnes en 1936, on compte 66 naturalisations de chefs de famille, concernant au total 170 personnes, soit moins de 3 % de la colonie.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;immigration, les migrants \u00e9conomiques se sont cependant politis\u00e9s, et ce \u00e0 deux niveaux :<\/p>\n<p>&#8211; soit en participant aux fr\u00e9quentes activit\u00e9s en espagnol (meetings, matin\u00e9es th\u00e9\u00e2trales, concerts) propos\u00e9es par la CNT espagnole de Paris \u00e0 la salle des F\u00eates de la Plaine Saint-Denis, 120 avenue Wilson, qui r\u00e9unissaient une assistance de 400 \u00e0 500 personnes \u00e0 chaque fois. Il est difficile bien s\u00fbr de faire la part entre ceux que le discours politique motivait r\u00e9ellement et ceux pour lesquels c&rsquo;\u00e9tait avant tout le moyen de se retrouver entre compatriotes dans une ambiance festive ;<\/p>\n<p>&#8211; soit au contact avec la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;accueil, tr\u00e8s marqu\u00e9e par le poids du PCF et de la CGTU, notamment pour ceux, tr\u00e8s nombreux, employ\u00e9s comme man\u0153uvres dans les grandes usines m\u00e9tallurgiques de Saint-Denis. Cependant cette sensibilisation ne se traduira gu\u00e8re par une syndicalisation au sein du groupe de langue espagnole de la CGTU.<\/p>\n<p>Il semble, en fait, au vu des arrestations op\u00e9r\u00e9es par la Gestapo dans le quartier espagnol lors de la rafle du 18 septembre 1941, que ce sont surtout les jeunes gens, arriv\u00e9s petits ou n\u00e9s \u00e0 la Plaine au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, qui se sont engag\u00e9s dans les Jeunesses communistes \u00e0 partir de 1935 et surtout de 1936 dans la chaleur des luttes du Front populaire ; ainsi le leader de la gr\u00e8ve dans l&rsquo;administration de la raffinerie Antar d\u2019Aubervilliers \u00e9tait un jeune Espagnol de 15 ans, n\u00e9 \u00e0 Saint-Ouen en 1921.<\/p>\n<p>Cette politisation s&rsquo;est traduite par diff\u00e9rents choix \u00e0 partir de 1931 :<\/p>\n<p>&#8211; en 1931, la concomitance de la crise \u00e9conomique en France (mise au ch\u00f4mage rapide et massive de nombreux Espagnols) et de l&rsquo;av\u00e8nement de la Seconde R\u00e9publique en Espagne ont conduit de tr\u00e8s nombreuses familles \u00e0 opter pour le retour, esp\u00e9rant que l&rsquo;Espagne r\u00e9publicaine leur serait plus douce que celle de la dictature de Primo de Rivera qu&rsquo;ils avaient quitt\u00e9e. Les anarchistes, notamment, ont encourag\u00e9 leurs sympathisants \u00e0 rentrer en Espagne pour faire \u00e9voluer la R\u00e9publique \u00ab bourgeoise \u00bb vers une r\u00e9volution libertaire ;<\/p>\n<p>&#8211; \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1936, quelques p\u00e8res de famille, migrants \u00ab \u00e9conomiques \u00bb, ont rejoint leurs bataillons pour aller se battre contre la s\u00e9dition \u00ab nationaliste \u00bb ; une quarantaine de jeunes gens de 20 \u00e0 30 ans, n&rsquo;ayant pas encore fait leur service militaire en Espagne, partirent \u00e9galement.<\/p>\n<p>Beaucoup de ceux qui sont rest\u00e9s ont particip\u00e9 activement \u00e0 une intense solidarit\u00e9 avec les familles des hommes partis se battre et avec l&rsquo;Espagne r\u00e9publicaine : meetings, collectes de mat\u00e9riel, qu\u00eates sur la voie publique, projections de films, participation aux manifestations parisiennes, etc.<\/p>\n<p>On retrouve dans cette solidarit\u00e9 avec l&rsquo;Espagne r\u00e9publicaine une nette s\u00e9paration entre les r\u00e9seaux communistes et anarchistes.<\/p>\n<p>&#8211; Par ailleurs, pendant la guerre civile, un troisi\u00e8me p\u00f4le politis\u00e9 apparut, celui des Phalangistes, ayant pris le contr\u00f4le du <em>Hogar<\/em> <em>espa\u00f1ol<\/em>, soci\u00e9t\u00e9 de secours mutuel d\u00e9pendant de la paroisse espagnole de la Plaine, le <em>Real Patronato Santa Teresa de Jes\u00fas<\/em>. Ils furent n\u00e9anmoins tr\u00e8s minoritaires par rapport aux deux autres.<\/p>\n<p>Le clivage entre pro et anti-r\u00e9publicains se manifesta notamment par une nette d\u00e9saffection du <em>Patronato<\/em> entre 1936 et 1939 (baisse importante du nombre de mariages et surtout de bapt\u00eames \u2013 8 en 1937 contre 33 en 1936 et 62 en 1935). Jusque-l\u00e0, il avait r\u00e9ussi \u00e0 f\u00e9d\u00e9rer une partie non n\u00e9gligeable de la communaut\u00e9 mais sa prise de positions en faveur des nationalistes lui valut des d\u00e9saffections et des inimiti\u00e9s tenaces. Une des membres de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de l\u2019entre-deux-guerres nous a ainsi confi\u00e9 : \u00ab Mon p\u00e8re avait jur\u00e9 de ne jamais remettre les pieds au <em>Patronato<\/em>. M\u00eame pendant l&rsquo;Occupation, alors que nous manquions de tout, il refusait d&rsquo;aller chercher les oranges distribu\u00e9es par Franco. Nous n\u2019y sommes jamais retourn\u00e9es depuis \u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>L&rsquo;arriv\u00e9e des \u201c politiques \u201d : un accueil chaleureux.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>\u00c0 partir de 1939 pour ceux qui vivaient \u00e0 la Plaine avant de partir se battre dans le camp r\u00e9publicain et pour ceux que leur famille en banlieue nord avait r\u00e9ussi \u00e0 faire sortir clandestinement des camps de concentration fran\u00e7ais, contournant l&rsquo;interdiction de r\u00e9sidence dans le d\u00e9partement de la Seine, et vers 1950, les vaincus de la guerre civile arrivent en Seine-Saint-Denis.<\/p>\n<p>&#8211; Beaucoup de ceux qui y arrivent pour la premi\u00e8re fois viennent y retrouver des membres de leur famille install\u00e9s l\u00e0 depuis les ann\u00e9es 1920 et 1930 : fr\u00e8res, s\u0153urs, oncles, tantes, cousins, etc. Ils sont donc accueillis comme des \u00ab\u00a0parents\u00a0\u00bb avant de l&rsquo;\u00eatre comme des exil\u00e9s politiques.<\/p>\n<table style=\"height: 485px\" width=\"570\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 456px\">\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2059\" src=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/cartepostale1963.jpg\" alt=\"\" width=\"675\" height=\"463\" srcset=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/cartepostale1963.jpg 2362w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/cartepostale1963-300x206.jpg 300w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/cartepostale1963-768x526.jpg 768w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/cartepostale1963-1024x702.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 675px) 100vw, 675px\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 456px\"><em>Entr\u00e9e du bidonville du Cornillon, 1963.<\/em>\u00a9 Fonds\u00a0Pierre Douzenel<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&#8211; Beaucoup aussi sont d&rsquo;anciens du quartier, des familles parties pendant la crise des ann\u00e9es 1930 apr\u00e8s l&rsquo;av\u00e8nement de la R\u00e9publique espagnole et qui, par leur engagement militant, voire militaire, aux c\u00f4t\u00e9s de ladite R\u00e9publique ont d\u00fb fuir l&rsquo;Espagne, soit pendant l&rsquo;exode de 1939, soit plus tard, apr\u00e8s un passage par des prisons ou des camps en Espagne. Ils obtiennent g\u00e9n\u00e9ralement le statut de r\u00e9fugi\u00e9, mais tous n&rsquo;effectuent pas les d\u00e9marches pour le demander car leurs attaches \u00e0 la Plaine leur permettent de trouver tr\u00e8s rapidement du travail. Eux aussi sont accueillis soit par des membres de leur famille rest\u00e9s sur place, soit par d&rsquo;anciens voisins et amis.<\/p>\n<p>&#8211; Arrivent aussi des exil\u00e9s r\u00e9publicains n&rsquo;ayant eu aucun lien pr\u00e9alable avec la Plaine Saint-Denis mais qui, au hasard de leurs p\u00e9r\u00e9grinations (camps en France puis en Allemagne, rapatriements en 1945), ont rencontr\u00e9 tel ou tel qui y avait des attaches \u00e0 la Plaine et qui, faute de pouvoir retourner en Espagne, l&rsquo;y ont accompagn\u00e9. C&rsquo;est ainsi que de nombreux Catalans et originaires du Levant, extr\u00eamement peu repr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 la Plaine avant-guerre, vont s&rsquo;y retrouver apr\u00e8s 1945.<\/p>\n<p>&#8211; D&rsquo;autres arrivent enfin des quatre coins de France, uniquement parce qu&rsquo;ils savent qu&rsquo;en r\u00e9gion parisienne les possibilit\u00e9s de travail sont importantes et ils s&rsquo;installent \u00e0 Aubervilliers, Saint-Denis ou Saint-Ouen, d&rsquo;une part parce ce sont des municipalit\u00e9s communistes promptes \u00e0 organiser la solidarit\u00e9 avec le peuple espagnol, de l&rsquo;autre parce qu&rsquo;ils ont entendu parler de l&rsquo;importante communaut\u00e9 espagnole d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente.<\/p>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 l&rsquo;importante mobilisation du quartier lors de la guerre civile pour soutenir le camp r\u00e9publicain, l&rsquo;accueil des \u00ab politiques \u00bb, qu&rsquo;ils soient ou non membres d&rsquo;une famille d\u00e9j\u00e0 install\u00e9e, est chaleureux : on se serre \u00e0 deux ou trois familles dans les petites baraques, le temps que les nouveaux arrivants trouvent un logement ; on leur trouve du travail dans une entreprise ou sur un chantier o\u00f9 il y a d\u00e9j\u00e0 des Espagnols, afin de faciliter les contacts avec les entrepreneurs.<\/p>\n<p>Entre 1945 et 1955, il y eut de nombreux mariages entre des jeunes filles d&rsquo;origine espagnole issues de l&rsquo;immigration \u00ab \u00e9conomique \u00bb n\u00e9es en Espagne ou \u00e0 la Plaine dans les ann\u00e9es 1920-1930 et des exil\u00e9s r\u00e9publicains, souvent originaires de Catalogne ou du Levant, aur\u00e9ol\u00e9s de leur prestige de combattant et de h\u00e9ros \u2013 celui-ci \u00e9tant encore d\u00e9cupl\u00e9 en ce qui concerne les rescap\u00e9s de Mauthausen. Les rencontres entre ces jeunes couples se firent soit dans les \u00eelots espagnols soit au local de la<em> Juventud Socialista Unificada<\/em> (JSU) \u00e0 Aubervilliers, soit lors des nombreuses activit\u00e9s de solidarit\u00e9 avec le peuple espagnol (meetings mais aussi f\u00eates et bals) organis\u00e9es par le PCE, \u00e0 Paris, rue de la Grange-aux-Belles, au local de la CGT-M\u00e9tallurgie rue Jean-Pierre Timbaud ou \u00e0 la Mutualit\u00e9 ; \u00e0 la salle Suchet par les anarchistes.<\/p>\n<p>Dans ces trois cit\u00e9s industrielles dirig\u00e9es par des municipalit\u00e9s communistes depuis 1944, l&rsquo;accueil des autorit\u00e9s locales et de la population ouvri\u00e8re fran\u00e7aise fut chaleureux et le fait d&rsquo;\u00eatre un \u00ab rouge \u00bb espagnol \u00e9tait bien davantage un signe de gloire qu&rsquo;une marque d&rsquo;infamie, d&rsquo;autant plus que, durant l&rsquo;Occupation, de nombreux exil\u00e9s r\u00e9publicains, mais \u00e9galement des enfants de migrants \u00e9conomiques des ann\u00e9es 1920 et 1930, ont particip\u00e9 aux combats de la R\u00e9sistance en r\u00e9gion parisienne, notamment au sein des FTP-MOI, comme Benito Sacristan, jeune communiste de la Plaine ayant \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la rafle de septembre 1941, arr\u00eat\u00e9 en juin 1942 et fusill\u00e9 au Mont-Val\u00e9rien en ao\u00fbt suivant.<\/p>\n<p>Entre juillet 1945 et octobre 1946, la une de la Voix R\u00e9publicaine, hebdomadaire du Parti communiste dyonisien publia quatre hommages \u00e0 des jeunes de la Plaine issus de l&rsquo;immigration espagnole fusill\u00e9s ou morts en d\u00e9portation.<\/p>\n<p>La reconnaissance du quartier de la \u00ab petite Espagne \u00bb et de la participation des Espagnols \u00e0 la R\u00e9sistance a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e dans le paysage urbain de Saint-Denis par la d\u00e9cision du conseil municipal de rebaptiser la rue de la Justice (c\u0153ur historique du quartier espagnol depuis 1920, o\u00f9 \u00e9tait install\u00e9 le<em> Real Patronato<\/em> depuis 1923) rue Cristino Garc\u00eda en mars 1946. Cela a donn\u00e9 lieu \u00e0 deux c\u00e9r\u00e9monies durant lesquelles les orateurs ont insist\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;en finir avec le r\u00e9gime franquiste :<\/p>\n<p>&#8211; le changement de nom de la rue, le 12 avril 1946, en pr\u00e9sence de 4 000 personnes ;<br \/>\n&#8211; l&rsquo;inauguration d&rsquo;une plaque au nom de Cristino Garc\u00eda, le 4 ao\u00fbt 1946, en pr\u00e9sence de la Pasionaria elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Par ailleurs, en mai 1950, \u00e0 la Plaine, huit plaques comm\u00e9moratives furent appos\u00e9es sur les domiciles o\u00f9 avaient v\u00e9cus les r\u00e9sistants espagnols martyrs, tel Benito Sacristan au 13 impasse du Chef-de-la-Ville. Jusqu&rsquo;au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, tous les ans, d\u00e9but ao\u00fbt, une c\u00e9r\u00e9monie de comm\u00e9moration \u00e9tait organis\u00e9e en son honneur par la municipalit\u00e9 devant la plaque, moment fort de recueillement pour une grande partie de la communaut\u00e9. Par ailleurs, une des cellules du PCF de la Plaine prit son nom.<\/p>\n<p>Le soutien sans faille des municipalit\u00e9s de Saint-Denis, Saint-Ouen et Aubervilliers aux r\u00e9fugi\u00e9s politiques espagnols ne se d\u00e9mentit pas pendant toute la p\u00e9riode d\u2019interdiction du PCE en France \u2013 qui dura officiellement de septembre 1950 \u00e0 mai 1981, m\u00eame si le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur ferma les yeux sur ses activit\u00e9s \u00e0 partir de la fin des ann\u00e9es 1960 \u2013, avec notamment l&#8217;embauche comme personnel communal de plusieurs r\u00e9fugi\u00e9s politiques communistes et l&rsquo;aide aux dirigeants clandestins du PCE. C&rsquo;est par exemple dans un ch\u00e2teau de la r\u00e9gion de Gien appartenant \u00e0 la municipalit\u00e9 d&rsquo;Aubervilliers que se tint une r\u00e9union importante du Comit\u00e9 central du PCE clandestin en France, en juin 1964.<\/p>\n<p>En novembre 1962, d\u00e8s l&rsquo;annonce de l&rsquo;arrestation de Juli\u00e1n Grimau \u00e0 Madrid, le maire de Saint-Denis envoya un t\u00e9l\u00e9gramme de protestation en Espagne et des signatures de p\u00e9titions furent organis\u00e9es dans plusieurs usines de la ville. D\u00e8s l&rsquo;annonce de l&rsquo;ex\u00e9cution de Grimau en avril 1963, le conseil municipal de Saint-Denis d\u00e9cida de donner son nom \u00e0 une rue, se r\u00e9f\u00e9rant d&rsquo;ailleurs explicitement au pr\u00e9c\u00e9dent de la rue Cristino Garc\u00eda.<\/p>\n<p>Le fait de militer au sein des organisations communistes fran\u00e7aises permit \u00e0 certains enfants de r\u00e9fugi\u00e9s de conna\u00eetre une ascension sociale \u00e0 travers leur engagement politique. Le parcours le plus exemplaire \u00e0 cet \u00e9gard en banlieue nord est celui de Fran\u00e7ois Asensi, d\u00e9put\u00e9 communiste de la Seine-Saint-Denis depuis 1981 et maire de Tremblay-en-France depuis 1991. Son p\u00e8re, Paco Asensi, fils de migrants \u00ab \u00e9conomiques \u00bb install\u00e9s \u00e0 la Plaine, c\u00f4t\u00e9 Aubervilliers, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, s\u2019engagea au sein des Brigades Internationales en 1937.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Typologie des migrants dits \u00ab \u00e9conomiques \u00bb des ann\u00e9es 1955-1970.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>\u00a0<\/strong>Ici, nous sommes \u00e0 la crois\u00e9e des deux ph\u00e9nom\u00e8nes pr\u00e9c\u00e9dents, l&rsquo;immigration \u00ab \u00e9conomique \u00bb et l&rsquo;immigration \u00ab politique \u00bb. Quand on quitte l&rsquo;Espagne de Franco entre 1955 et 1965, le fait-on uniquement pour des raisons \u00e9conomiques ? D&rsquo;autres facteurs n&rsquo;interviennent-ils pas : ras-le-bol de la scl\u00e9rose de la vie sociale, du contr\u00f4le tatillon de l&rsquo;\u00c9glise et de la Phalange (surtout dans les petits villages) sur la vie quotidienne, etc. Certains, tax\u00e9s rapidement de migrants strictement \u00e9conomiques, n&rsquo;\u00e9taient-ils pas, en fait des \u00ab politiques \u00bb qui n&rsquo;ont pas effectu\u00e9 de d\u00e9marches pour obtenir le statut de r\u00e9fugi\u00e9 car, en ces ann\u00e9es de croissance \u00e9conomique importante, celui-ci n&rsquo;\u00e9tait pas n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;obtention d&rsquo;un emploi et d&rsquo;un titre de s\u00e9jour ?<\/p>\n<p>\u00c0 travers la dizaine d&rsquo;entretiens r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 ce jour avec des migrants des ann\u00e9es 1955-1970, j&rsquo;ai retrouv\u00e9 diff\u00e9rents types de motivation :<\/p>\n<p>&#8211; Ceux qui sont partis parce qu&rsquo;ils avaient des attaches familiales datant de l&rsquo;avant-guerre en Seine-Saint-Denis, voire qui y \u00e9taient n\u00e9s eux-m\u00eames avant un retour familial dans les ann\u00e9es 1930 \u2013 d&rsquo;apr\u00e8s plusieurs t\u00e9moignages, ce furent d&rsquo;ailleurs les premiers \u00e0 repartir d\u00e8s que le gouvernement Franco permit l\u2019\u00e9migration. Par des \u00e9changes de correspondance avec des parents rest\u00e9s \u00e0 la Plaine depuis l&rsquo;entre-deux-guerres, ils connaissaient les possibilit\u00e9s de travail et d&rsquo;am\u00e9lioration de leur condition sociale s&rsquo;ils d\u00e9cidaient de partir pour la France. Les membres des r\u00e9seaux migratoires traditionnels de la province de C\u00e1ceres reprirent alors la route de la Plaine. Ils ont \u00e9t\u00e9 bien accueillis par les colonies install\u00e9es de plus longue date en banlieue nord, m\u00eame quand leurs motivations de d\u00e9part \u00e9taient strictement d&rsquo;ordre \u00e9conomique.<\/p>\n<p>&#8211; Ceux qui ont quitt\u00e9 l&rsquo;Espagne, non seulement parce que leur situation \u00e9conomique \u00e9tait difficile (exemple de r\u00e9flexion qui revient en forme de leitmotiv \u00e0 travers tous les entretiens : \u00ab On avait beau travailler tr\u00e8s dur, on ne gagnait pas assez pour faire vivre notre famille d\u00e9cemment. \u00bb) mais aussi parce que l&rsquo;appartenance de leur famille au camp des \u00ab rouges \u00bb pendant la guerre civile leur bloquait toute possibilit\u00e9 d&rsquo;ascension sociale. En effet, pour trouver un emploi dans les secteurs industriel ou tertiaire, il fallait produire des \u00ab lettres de recommandation \u00bb \u00e9manant du maire de sa commune d&rsquo;origine, du responsable local de la Phalange et\/ou du cur\u00e9. L&rsquo;\u00e9migration \u00e9tait donc la seule voie de salut pour permettre une am\u00e9lioration des conditions de vie des membres des familles ostracis\u00e9es pour leur soutien \u00e0 la R\u00e9publique pendant le conflit. Certains hommes sont d&rsquo;ailleurs partis clandestinement pour la banlieue nord d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1940, r\u00e9ussissant \u00e0 faire venir leurs familles ensuite.<\/p>\n<p>Comme les exil\u00e9s politiques arriv\u00e9s entre 1939 et 1950, ces migrants \u00ab \u00e9conomiques \u00bb ont tout de suite \u00e9t\u00e9 bien int\u00e9gr\u00e9s par la communaut\u00e9 espagnole d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente. Par ailleurs, pour les raisons \u00e9voqu\u00e9es plus haut, l&rsquo;accueil des municipalit\u00e9s et des services sociaux \u00e9tait plut\u00f4t positif ; contrairement \u00e0 d&rsquo;autres r\u00e9gions d&rsquo;immigration espagnole, se pr\u00e9valoir d&rsquo;une famille r\u00e9publicaine \u00e9tait un \u00ab plus \u00bb pour b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019aides municipales.<\/p>\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s une note de la 9e section des Renseignements g\u00e9n\u00e9raux datant de 1964, le PCE interdit mais reconstruit dans la clandestinit\u00e9 et les organisations apparent\u00e9es auraient retrouv\u00e9 un nouveau souffle \u00e0 cette \u00e9poque gr\u00e2ce aux nombreuses adh\u00e9sions de ces nouveaux arrivants ; les RG \u00e9voquent le \u00ab ralliement de plusieurs \u00e9l\u00e9ments jeunes et d\u00e9politis\u00e9s \u00bb.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1970, on les retrouva d&rsquo;ailleurs nombre de ces migrants \u00ab \u00e9conomiques \u00bb aux c\u00f4t\u00e9s des \u00ab politiques purs \u00bb lors des f\u00eates et des meetings auxquels particip\u00e8rent la Pasionaria ou Santiago Carrillo en banlieue parisienne. Ils firent \u00e9galement les beaux jours de l&rsquo;important stand de <em>Mundo Obrero<\/em> tenu par le PCE \u00e0 la F\u00eate de l&rsquo;Humanit\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; Enfin, il y a eu bien s\u00fbr aussi des \u00ab \u00e9conomiques purs \u00bb qui, lors des entretiens, ne font jamais r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la moindre question politique \u00e0 leur d\u00e9part et qui, souvent, se sont install\u00e9s dans des quartiers distincts (bidonville de La Campa \u00e0 la limite entre Saint-Denis et La Courneuve, par exemple) des \u00eelots de l&rsquo;\u00ab ancienne \u00bb colonie. Ils ont souvent eu tr\u00e8s peu de contacts, voire aucun, avec l&rsquo;immigration politique et n&rsquo;ayant pas connu le r\u00f4le jou\u00e9 par le <em>Patronato<\/em> espagnol durant la guerre civile, ou n&rsquo;ayant pas voulu en tenir compte, en furent d&rsquo;ardents membres (participation \u00e0 la messe et au cat\u00e9chisme, bapt\u00eames, mariages, activit\u00e9s sportives, colonies de vacances pour les enfants, cours de castillan, sorties r\u00e9cr\u00e9atives, etc.).<\/p>\n<p>Cependant, comme dans les ann\u00e9es 1920-1930, on note que certains de ces migrants \u00e9conomiques des ann\u00e9es 1955-1970 se sont politis\u00e9s au contact de la vie syndicale et politique fran\u00e7aise, choisissant cette fois-ci plut\u00f4t la CFDT ou les organisations ouvri\u00e8res chr\u00e9tiennes telle l\u2019Action catholique ouvri\u00e8re (ACO). En effet, le p\u00f4le anarchisant n&rsquo;avait plus gu\u00e8re de poids au sein des colonies espagnoles et le Parti communiste \u00e9tait trop radical \u00e0 leurs yeux, surtout si on prend en compte les ann\u00e9es de propagande franquiste \u00e0 laquelle ils avaient \u00e9t\u00e9 soumis en Espagne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Premi\u00e8res conclusions<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Le fait que, de 1910 \u00e0 1970-1980 (fermeture des usines de la Plaine et nombreux d\u00e9parts vers des villes plus pavillonnaires, notamment des jeunes couples), les Espagnols de la Plaine aient v\u00e9cu dans un lieu tr\u00e8s clairement d\u00e9limit\u00e9 dans l&rsquo;espace et fortement homog\u00e8ne explique la fusion relativement harmonieuse qui s&rsquo;est r\u00e9alis\u00e9e entre les trois principales vagues migratoires du XXe si\u00e8cle. Ici, bien souvent, le r\u00e9fugi\u00e9 politique arriv\u00e9 en 1939 \u00e9tait le cousin, voire le fr\u00e8re, d&rsquo;une famille castillane ou estr\u00e9m\u00e8gne pr\u00e9sente depuis les ann\u00e9es 1920. Il accueillit \u00e0 son tour des cousins victimes de l&rsquo;extr\u00eame d\u00e9nuement des campagnes d&rsquo;Estr\u00e9madure et de Vieille-Castille vers 1960.<\/p>\n<p>La rencontre au quotidien des diff\u00e9rents types de migrants \u00e9tait oblig\u00e9e vu qu&rsquo;ils partageaient les m\u00eames lieux de travail (grandes usines m\u00e9tallurgiques et chimiques de la Plaine, chantiers du b\u00e2timent apr\u00e8s 1945) et surtout les m\u00eames espaces d&rsquo;habitation \u2013 au demeurant les conditions de logement \u00e9taient tellement pr\u00e9caires et la promiscuit\u00e9 telle (baraques en auto-construction faites de bric et de broc au fil des arriv\u00e9es autour de \u201c courras \u201d ) que la vie, comme en Espagne \u00e0 cette \u00e9poque, se passait en grande partie dans la rue : sur des chaises devant les baraques pour les femmes \u00e0 discuter, \u00e0 tricoter et \u00e0 coudre ; au caf\u00e9 pour les hommes, \u00e0 jouer au <em>tute<\/em> et \u00e0 la <em>subasta<\/em>, aux dominos, au rami ou \u00e0 la belote ; dans les nombreux terrains vagues \u00e0 courir et \u00e0 jouer pour les enfants.<\/p>\n<p>Des moments forts r\u00e9unissaient le quartier : la soir\u00e9e de No\u00ebl et le jour des Rois (f\u00eat\u00e9s y compris par les exil\u00e9s r\u00e9publicains) et surtout la nuit du 31 d\u00e9cembre o\u00f9 l&rsquo;on mangeait les raisins en \u00e9coutant le carillon de la <em>Puerta del Sol<\/em> \u00e0 la radio ; les festivit\u00e9s du 14 juillet aussi.<\/p>\n<p>Les plus militants se retrouvaient lors de soir\u00e9es organis\u00e9es salle Suchet avec L\u00e9o Ferr\u00e9 par les anarchistes ou \u00e0 la Mutualit\u00e9 avec Yves Montand pour les communistes. La f\u00eate de l&rsquo;Humanit\u00e9, chaque d\u00e9but septembre, \u00e9tait un passage oblig\u00e9, comme d&rsquo;ailleurs pour une grande partie de la population ouvri\u00e8re de la \u00ab banlieue rouge \u00bb d&rsquo;alors. Alors que le PCE disposait de plusieurs cellules actives \u00e0 Saint-Denis et \u00e0 Aubervilliers, les membres de la CNT, eux (nettement minoritaires dans les ann\u00e9es 1960 dans le quartier), se r\u00e9unissaient \u00e0 Paris. \u00c0 partir de la fin des ann\u00e9es 1960, l&rsquo;espoir de rentrer en Espagne s&rsquo;amenuisant et l&rsquo;int\u00e9gration augmentant, plusieurs membres du PCE int\u00e9gr\u00e8rent des cellules d&rsquo;entreprises ou de quartier du PCF.<\/p>\n<p>Le caract\u00e8re fortement \u00ab espagnol \u00bb du quartier semble avoir toujours prim\u00e9 sur les raisons initiales du d\u00e9part, politiques ou \u00e9conomiques, et comme dans les ann\u00e9es 1945-1950, des exil\u00e9s r\u00e9publicains s&rsquo;\u00e9taient mari\u00e9s avec des filles d&rsquo;\u00ab \u00e9conomiques \u00bb de l\u2019entre-deux-guerres, dans les ann\u00e9es 1960-1970, des jeunes issus de la nouvelle \u00e9migration \u00ab \u00e9conomique \u00bb ont \u00e9pous\u00e9 des enfants de r\u00e9fugi\u00e9s politiques r\u00e9publicains, la seule mais, \u00f4 combien importante diff\u00e9rence, \u00e9tant que les parents des uns pouvaient retourner en Espagne quand bon leur semblait et ceux des autres non.<\/p>\n<table width=\"60%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"300\">\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2060\" src=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/eau.jpg\" alt=\"\" width=\"339\" height=\"483\" \/><\/td>\n<td>&nbsp;<\/p>\n<p><em>L&rsquo;absence d&rsquo;eau courante dans les voies de la \u00ab\u00a0Petite Espagne\u00a0\u00bb a dur\u00e9 de la Premi\u00e8re Guerre mondiale aux ann\u00e9es 50. Point d&rsquo;eau \u00e0 l&rsquo;angle de la rue Cristino Garcia et de l&rsquo;impasse du Chef-de-la-ville.<\/em><em><br \/>\n<\/em>\u00a9 Fonds<br \/>\nPierre Douzenel<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>La communaut\u00e9 espagnole en Seine-St-Denis (1900-1975).<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>En vue de l\u2019obtention d\u2019un doctorat d\u2019Etat d\u2019histoire, dans le cadre du Centre d\u2019histoire de l\u2019Europe au XXe si\u00e8cle (CHEVS &#8211; Fondation des Sciences politiques), je travaille depuis deux ans, sous la direction de M. Pierre Milza, sur la formation d\u2019une importante communaut\u00e9 espagnole dans les communes d\u2019Aubervilliers, de St Denis et de St Ouen. J\u2019ai essentiellement travaill\u00e9 \u00e0 partir des recensements de populations de 1896 \u00e0 1936, des archives polici\u00e8res, religieuses et municipales, ainsi que d\u2019une vingtaine d\u2019interviews d\u2019immigr\u00e9s espagnols de la premi\u00e8re (la plus \u00e2g\u00e9e, arriv\u00e9e en 1920 \u00e0 St Ouen, est centenaire) et de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, dont certains, n\u00e9s \u00e0 la Plaine, sont repartis vivre en Espagne dans les ann\u00e9es 30. J\u2019ai \u00e9galement entam\u00e9 un travail de recherche sur les causes du d\u00e9part en Estr\u00e9madure, premi\u00e8re r\u00e9gion d\u2019origine. Voici un r\u00e9sum\u00e9 rapide de l\u2019\u00e9tat de ma recherche.<\/p>\n<p>D\u00e8s le milieu du XIXe si\u00e8cle, l\u2019industrialisation du Nord du d\u00e9partement de la Seine entra\u00eena d\u2019importantes migrations int\u00e9rieures. Les verreries et les grandes usines m\u00e9tallurgiques ou chimiques de la Plaine-St-Denis avaient besoin d\u2019une main-d\u2019\u0153uvre peu qualifi\u00e9e mais dure \u00e0 la t\u00e2che. Entre 1901 et 1911, le recrutement d\u00e9passa les fronti\u00e8res, avec l\u2019arriv\u00e9e des premiers Espagnols, employ\u00e9s majoritairement par la verrerie Legras et les Tr\u00e9fileries du Havre \u00e0 La Plaine. Outre quelques rares familles, il s\u2019agit souvent de tr\u00e8s jeunes hommes, parfois \u00e2g\u00e9s de moins de 13 ans, engag\u00e9s puis log\u00e9s par des \u00ab n\u00e9griers \u00bb eux-m\u00eames d\u2019origine espagnole. Les archives de la pr\u00e9fecture de police de la Seine m\u2019ont appris que ces pratiques avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9es en 1913 par la mairie socialiste de St Denis et une campagne du journal l\u2019Emancipation.<\/p>\n<p>Mais le v\u00e9ritable essor de la communaut\u00e9 d\u00e9bute avec la guerre de 1914-1918, quand de nombreuses usines de la zone adaptent leur production \u00e0 la D\u00e9fense et envoient des recruteurs sillonner les campagnes les plus pauvres d\u2019Espagne \u00e0 la recherche d\u2019une main-d\u2019\u0153uvre essentiellement masculine. D\u2019apr\u00e8s plusieurs t\u00e9moignages, \u00e0 la fin du conflit, ces hommes sont pour la plupart rentr\u00e9s au pays, qui pour se marier, qui pour faire son service militaire. Mais, confront\u00e9s \u00e0 la grave crise agricole espagnole, beaucoup revinrent au fil des ann\u00e9es 20, cette fois-ci avec femmes et enfants \u2014 ce qui distingue cette immigration de celle des Alg\u00e9riens de l\u2019\u00e9poque, uniquement masculine et log\u00e9e dans des h\u00f4tels ou des foyers.<\/p>\n<p>Les recensements de 1921, 1926, 1931 et 1936 montrent la naissance d\u2019un v\u00e9ritable quartier espagnol \u2014 dit <em>Barrio Chino<\/em> en r\u00e9f\u00e9rence au quartier populaire de Barcelone \u2014 \u00e0 La Plaine-St-Denis. Certains immeubles de l\u2019avenue Wilson et surtout les baraques des nombreux passages situ\u00e9s entre la rue du Landy et la rue de la Justice \u00e9taient habit\u00e9s \u00e0 plus de 90 % par des familles espagnoles ; c\u2019est \u00e9galement en 1926, qu\u2019appara\u00eet le quartier d\u2019autoconstruction des Francs-Moisins, l\u00e0 encore quasiment enti\u00e8rement loti par des Espagnols. En 1931, Aubervilliers, St Denis, St Ouen comptent une communaut\u00e9 espagnole de 8 500 membres, originaires en majorit\u00e9 de Vieille Castille et d\u2019Estr\u00e9madure, terres de latifundios et de journaliers. Passant du prol\u00e9tariat agricole au prol\u00e9tariat urbain, les hommes sont man\u0153uvres dans les usines m\u00e9tallurgiques et chimiques de la Plaine.<\/p>\n<p>Pour aider et encadrer la communaut\u00e9 transplant\u00e9e dans ce bastion \u00ab rouge \u00bb, l\u2019ambassade d\u2019Espagne fit \u00e9difier en 1923 une \u00e9glise espagnole rue de la Justice, administr\u00e9e par des p\u00e8res clar\u00e9tains. Au fil du temps, s\u2019y adjoignirent une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019entraide espagnole, un patronage, un club de football, un dispensaire, etc. Ce c\u0153ur religieux de la communaut\u00e9 fonctionna jusqu\u2019en 1975 et ses archives constituent des sources pr\u00e9cieuses, que je n\u2019ai pas encore achev\u00e9 d\u2019exploiter.<\/p>\n<p>A l\u2019image de ce qui se passait en Espagne \u00e0 l\u2019\u00e9poque, avant-guerre la tendance id\u00e9ologique dominante au sein de la communaut\u00e9 semble avoir \u00e9t\u00e9 l\u2019anarchisme. Les archives de la pr\u00e9fecture de police signalent l\u2019organisation r\u00e9guli\u00e8re par la Conf\u00e9d\u00e9ration nationale des travailleurs (CNT) espagnole de meetings et de matin\u00e9es th\u00e9\u00e2trales dans la Salle des f\u00eates de la La Plaine, av. Wilson, r\u00e9unissant entre 300 et 400 Espagnols.<\/p>\n<p>La baisse du nombre des foyers espagnols dans les recensements de 1936, l\u2019\u00e9tude des cartes de ch\u00f4meurs d\u00e9livr\u00e9s par la mairie de St-Denis et de nombreux t\u00e9moignages illustrent \u00e0 quel point la communaut\u00e9 espagnole a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par la crise des ann\u00e9es 30 et l\u2019application de quotas de travailleurs \u00e9trangers dans l\u2019industrie. Faute de carte de travail et donc de s\u00e9jour, beaucoup furent expuls\u00e9s ; d\u2019autres d\u00e9cid\u00e8rent d\u2019eux-m\u00eames de partir car la crise co\u00efncida avec la proclamation de la R\u00e9publique en Espagne en 1931.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"60%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"300\">\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2061\" src=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Impasse_boise_1999.jpg\" alt=\"\" width=\"459\" height=\"607\" srcset=\"https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Impasse_boise_1999.jpg 932w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Impasse_boise_1999-227x300.jpg 227w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Impasse_boise_1999-768x1016.jpg 768w, https:\/\/retirada37.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Impasse_boise_1999-774x1024.jpg 774w\" sizes=\"auto, (max-width: 459px) 100vw, 459px\" \/><\/td>\n<td>&nbsp;<\/p>\n<p><em>L&rsquo;impasse Boise<\/em><em><br \/>\n<\/em><em>en 1999<\/em><em><br \/>\n<\/em>\u00a9\u00a0Photo<br \/>\nNatacha Lillo<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e 36 fut aussi celle du d\u00e9clenchement de la guerre d\u2019Espagne : de nombreux Espagnols partirent rejoindre leurs unit\u00e9s militaires alors que beaucoup d\u2019ouvriers fran\u00e7ais de la Plaine s\u2019engageaient dans les Brigades internationales. D\u2019apr\u00e8s les rapports de police et des t\u00e9moignages, le quartier espagnol s\u2019est divis\u00e9 alors en trois : sympathisants r\u00e9publicains soit communistes, soit anarchistes, chaque tendance ayant ses r\u00e9seaux de solidarit\u00e9 ; d\u00e9fenseurs des putschistes, proches de l\u2019Eglise espagnole de la rue de la Justice ; et\u2026 indiff\u00e9rents.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la victoire franquiste de 1939, nombre d\u2019exil\u00e9s r\u00e9publicains enfuis des camps du Roussillon r\u00e9ussirent \u00e0 rejoindre la Plaine o\u00f9 parents et amis les accueillirent ; certains furent d\u2019ailleurs l\u2019objet de rafles de la Gestapo durant l\u2019Occupation. D\u2019autres arriv\u00e8rent dans l\u2019imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre, parfois apr\u00e8s un cruel d\u00e9tour par le camp de Mauthausen. A cette date, l\u2019id\u00e9ologie communiste, sans doute en lien avec le r\u00f4le du PCE pendant la guerre civile et la couleur politique des municipalit\u00e9s, semble avoir nettement mordu dans le quartier sur la sensibilit\u00e9 anarchiste.<\/p>\n<p>Ensuite, la Plaine et ses industries furent le t\u00e9moin d\u2019une autre vague importante d\u2019immigration espagnole, entre 1956 et 1965-1966, p\u00e9riode des immenses bidonvilles des Francs-Moisins et de la Campa. Les t\u00e9moignages oraux dont je dispose sur cette p\u00e9riode me laissent d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 penser que ces immigr\u00e9s dits \u00ab \u00e9conomiques \u00bb sont issus des m\u00eames r\u00e9seaux familiaux et r\u00e9gionaux que ceux des ann\u00e9es 20.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>La \u00ab Petite Espagne \u00bb de la Plaine dans l&rsquo;entre-deux-guerres.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Si l&rsquo;immigration espagnole \u00e0 la Plaine a d\u00e9but\u00e9 avant la premi\u00e8re guerre mondiale (1), c&rsquo;est durant celle-ci qu&rsquo;elle prit son essor, dans le cadre de l&rsquo;appel \u00e0 la main-d&rsquo;\u0153uvre \u00e9trang\u00e8re pour travailler dans les nombreuses industries de guerre de Saint-Denis. Des recruteurs furent envoy\u00e9s dans les plus pauvres des campagnes de Castille et d&rsquo;Estr\u00e9madure afin de pourvoir au manque de bras. Pendant le conflit, les migrants \u00e9taient le plus souvent des hommes jeunes venus seuls ; la grande majorit\u00e9 d&rsquo;entre eux rentra en Espagne \u00e0 la fin 1918. Mais, une fois de retour au pays, la mis\u00e8re rurale \u00e9tait telle que beaucoup reprirent rapidement le chemin de la Plaine, accompagn\u00e9s cette fois-ci de leurs femmes et de leurs enfants. Ensuite, par un processus classique dans les ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;\u00e9migration, la communaut\u00e9 s&rsquo;amplifia, aliment\u00e9e par l&rsquo;arriv\u00e9e des fr\u00e8res, s\u0153urs, cousins et amis des premiers migrants. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;en 1921 on recensait 1 430 Espagnols \u00e0 Saint-Denis (dont 86,5 % vivant \u00e0 la Plaine et dans le quartier Pleyel), 2 635 en 1926 (dont 83 % \u00e0 la Plaine et \u00e0 Pleyel) et 3 425 en 1931 (dont 81,5 % \u00e0 la Plaine et \u00e0 Pleyel), date de l&rsquo;apog\u00e9e de la communaut\u00e9 avant guerre.<\/p>\n<p>Le regroupement communautaire, d\u00e9j\u00e0 amorc\u00e9 en 1911, alla en s&rsquo;accentuant : outre quelques num\u00e9ros de l&rsquo;avenue du pr\u00e9sident Wilson, les Espagnols s&rsquo;install\u00e8rent majoritairement dans le quartier dit des <em>passages<\/em>, entre la rue de la Justice et la rue du Landy, au c\u0153ur de l&rsquo;espace de plus industriel. Plusieurs centaines d&rsquo;entre eux \u00e9lurent domicile dans les petites baraques du passage Dupont, de l&rsquo;impasse et du passage Boise, dans des conditions de promiscuit\u00e9 difficilement imaginables aujourd&rsquo;hui. Dans ce quartier, les commer\u00e7ants fran\u00e7ais ou italiens durent se mettre \u00e0 l&rsquo;heure espagnole, apprenant des rudiments de la langue pour pouvoir communiquer avec leurs clients et s&rsquo;approvisionnant en produits typiques, pois chiches notamment.<\/p>\n<p>Des baraques furent \u00e9galement \u00e9difi\u00e9es le long du chemin du Tir, au Cornillon et dans le tout nouveau quartier Pleyel, \u00e0 l&rsquo;ouest de la Plaine. Puis, \u00e0 partir de 1924-1925, apparut le quartier du Franc-Moisin, baptis\u00e9 le \u00ab quartier chinois \u00bb en r\u00e9f\u00e9rence au tr\u00e8s populaire <em>Barrio Chino<\/em> de Barcelone ; il s&rsquo;agrandit au fil des ans, au fur et \u00e0 mesure de l&rsquo;arriv\u00e9e de nouveaux migrants qui y construisaient leurs propres baraques (en 1931, le Franc-Moisin comptait 127 foyers espagnols, regroupant 567 personnes).<\/p>\n<p>Conscient de l&rsquo;importance de cette communaut\u00e9, et sans doute afin d&rsquo;\u00e9viter qu&rsquo;elle ne tombe sous l&#8217;emprise du Parti communiste alors triomphant \u00e0 Saint-Denis \u00ab la Rouge \u00bb (2), d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 20, le consulat d&rsquo;Espagne encouragea la construction au c\u0153ur du quartier espagnol du <em>Patronato<\/em> Sainte-Th\u00e9r\u00e8se de J\u00e9sus, 10 rue de la Justice, vaste ensemble compos\u00e9 d&rsquo;une Eglise, d&rsquo;une salle des f\u00eates, d&rsquo;un presbyt\u00e8re, de salles de r\u00e9union et d&rsquo;un terrain de jeux. Inaugur\u00e9 \u00e0 l&rsquo;automne 1923 et anim\u00e9 par des p\u00e8res clar\u00e9tains, le Patronato \u00e9tait une paroisse espagnole correspondant au nord du d\u00e9partement de la Seine ; outre la messe dominicale, de nombreux bapt\u00eames (181 en 1926 par exemple), mariages et communions y furent c\u00e9l\u00e9br\u00e9s durant l&rsquo;entre-deux-guerres. Le jeudi, outre le cat\u00e9chisme et les cours d&rsquo;espagnol, le <em>Patronato<\/em> proposait des activit\u00e9s classiques de patronage : couture pour les filles, football et pelote basque pour les gar\u00e7ons, etc. A partir de 1926, ses locaux abrit\u00e8rent une soci\u00e9t\u00e9 de secours mutuels, le <em>Hogar<\/em> espagnol, qui, contre une cotisation mensuelle de quelques francs, offrait \u00e0 ses adh\u00e9rents des subsides en cas de maladie et de d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<p>Issus pour les trois quarts d&rsquo;entre eux de la province de C\u00e1ceres en Estr\u00e9madure (35 % de la communaut\u00e9 en 1931), de Vieille Castille (22 % en 1931) et des provinces de Zamora et Salamanque dans le Le\u00f3n (19 % en 1931), les \u00e9migrants espagnols \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement d&rsquo;anciens journaliers agricoles sans terre ou de tr\u00e8s petits propri\u00e9taires qui ne parvenaient plus \u00e0 assurer la subsistance de leurs familles dans des campagnes o\u00f9 les grands propri\u00e9taires terriens exer\u00e7aient un pouvoir sans partage. Non qualifi\u00e9s, les hommes devinrent \u00e0 60 % man\u0153uvres dans les \u00ab bagnes \u00bb m\u00e9tallurgiques et chimiques de la Plaine, notamment aux Tr\u00e9fileries et Laminoirs du Havre (ancienne entreprise Mouton), chez Hotchkiss, Kulhmann, etc. Les femmes, quant \u00e0 elles, \u00e9taient essentiellement m\u00e9nag\u00e8res, devant se consacrer \u00e0 leurs familles souvent nombreuses ; certaines travaillaient cependant dans des boyauderies ou des entreprises de r\u00e9cup\u00e9ration de chiffons, telle Soulier.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les conditions de vie difficile, la pauvret\u00e9, la promiscuit\u00e9, la g\u00e9n\u00e9ration des enfants arriv\u00e9s tr\u00e8s jeunes ou n\u00e9s \u00e0 Saint-Denis dans les ann\u00e9es 20 et 30 conserve de bons souvenirs de cette \u00e9poque, de l&rsquo;intense solidarit\u00e9 qui r\u00e9gnait dans le quartier et de leur passage \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole publique. Les plus nostalgiques sont ceux dont les parents d\u00e9cid\u00e8rent de rentrer en Espagne durant la crise \u00e9conomique des ann\u00e9es 30, qui frappa en premier lieu les immigr\u00e9s \u2013 d\u00e9but 1936, on ne comptait plus que 2 872 Espagnols \u00e0 Saint-Denis. Revenus vivre dans des zones rurales tr\u00e8s peu d\u00e9velopp\u00e9es, envoy\u00e9s travailler aux champs sans possibilit\u00e9 de poursuivre leurs \u00e9tudes, bient\u00f4t d\u00e9chir\u00e9s par le drame de la Guerre civile espagnole, certains choisirent de repartir vivre \u00e0 la Plaine d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 40, souvent d\u00e9finitivement cette fois.<\/p>\n<p><strong>Natacha LILLO<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0Ma\u00eetresse\u00a0de conf\u00e9rence\u00a0\u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Paris VII.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>1) Voir La Plaine M\u00e9moire vivante n\u00b04.<br \/>\n2) Cet objectif \u00e9choua en partie puisque dans les ann\u00e9es 30 de nombreux membres de la communaut\u00e9, surtout des jeunes, adh\u00e9r\u00e8rent aux Jeunesses ou au Parti communistes, futur noyau de la solidarit\u00e9 avec l&rsquo;Espagne r\u00e9publicaine puis de la R\u00e9sistance \u00e0 la Plaine. Par ailleurs, la pr\u00e9sence anarchiste, traditionnelle dans le mouvement ouvrier espagnol, resta forte durant tout l&rsquo;entre-deux-guerre dans la communaut\u00e9.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Du \u00ab puente Sesenta \u00bb a \u00ab Piedrafrita \u00bb,<br \/>\nterritoires espagnols en banlieue nord au XXe si\u00e8cle.<\/strong><\/p>\n<p><strong><br \/>\n<\/strong>Ma th\u00e8se sur l\u2019immigration espagnole \u00e0 Saint-Denis et dans sa r\u00e9gion visait \u00e0 rendre compte d\u2019un processus migratoire sur le long terme en retra\u00e7ant l\u2019arriv\u00e9e, l\u2019installation et l\u2019\u00e9ventuelle s\u00e9dentarisation des trois principales vagues migratoires du XXe si\u00e8cle, ainsi que leurs inter-relations : migrants \u00ab \u00e9conomiques \u00bb du d\u00e9but du si\u00e8cle et de l\u2019entre-deux-guerres ; exil\u00e9s politiques arriv\u00e9s apr\u00e8s la d\u00e9faite r\u00e9publicaine de 1939 ; nouveaux migrants \u00ab \u00e9conomiques \u00bb des ann\u00e9es 1955-1970.<\/p>\n<p>J\u2019ai choisi d\u2019\u00e9tudier cette partie de la banlieue (nord du d\u00e9partement de la Seine jusqu\u2019en 1964) car la pr\u00e9sence espagnole y \u00e9tait tr\u00e8s importante et visible du fait de leur regroupement dans un certain nombre d\u2019\u00eelots bien d\u00e9termin\u00e9s. Apr\u00e8s une pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale, ce travail portera avant tout sur la \u00ab petite Espagne \u00bb de la Plaine Saint-Denis, berceau historique de l\u2019implantation espagnole en banlieue nord et lieu de concentration le plus important. Outre la pr\u00e9sence de petits commerces \u00ab ethniques \u00bb, qui se retrouvait dans d\u2019autres \u00eelots, tels le \u00ab quartier n\u00e8gre \u00bb de Drancy ou le \u00ab <em>barrio chino<\/em> \u00bb du Blanc-Mesnil, y existait depuis 1923, le<em> Patronato Santa Teresa de Jes\u00fas<\/em>, paroisse espagnole implant\u00e9e rue de la Justice par l\u2019\u00e9glise de la monarchie, lieu de r\u00e9union important pour tous les migrants de la banlieue nord \u00e0 l\u2019heure de se marier ou de faire baptiser leurs enfants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Trois vagues migratoires successives<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s 1905-1907, on trouve les premiers migrants espagnols \u00e0 la Plaine Saint-Denis et \u00e0 Aubervilliers, mais il s\u2019agissait alors majoritairement de tr\u00e8s jeunes hommes, y compris d\u2019enfants de 8 \u00e0 12 ans, confi\u00e9s par leurs parents \u00e0 des <em>padrones<\/em> ou \u00ab n\u00e9griers \u00bb qui les pla\u00e7aient dans les grandes verreries de Saint-Denis et de Pantin o\u00f9 ils travaillaient dans des conditions d\u2019exploitation maximale. \u00c0 cette date, la petite colonie espagnole ne comptait pratiquement que des hommes.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, la migration vers la banlieue nord connut son v\u00e9ritable essor \u00e0 partir de 1915, les nombreuses industries m\u00e9tallurgiques de la zone (Hotchkiss, Delaunay-Belleville, Tr\u00e9filerie Mouton, etc.) n\u00e9cessitant beaucoup de main-d\u2019\u0153uvre, notamment quand leur production \u00e9tait consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019effort de guerre. Ici encore, il s\u2019agissait en majorit\u00e9 d\u2019hommes seuls. La grande majorit\u00e9 d\u2019entre eux rentr\u00e8rent au pays apr\u00e8s la fin du conflit mais, face \u00e0 la crise agricole qui touchait les campagnes espagnoles, beaucoup revinrent en banlieue nord d\u00e8s le tout d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, cette fois-ci g\u00e9n\u00e9ralement accompagn\u00e9s par leurs \u00e9pouses et leurs enfants.<\/p>\n<p>Lors du recensement de 1931, date o\u00f9 la pr\u00e9sence espagnole fut la plus importante en banlieue nord dans l\u2019entre-deux-guerres, on en comptait pr\u00e8s de 12 500 : 4 340 \u00e0 Aubervilliers ; 3 420 \u00e0 Saint-Denis ; 1 760 \u00e0 Drancy ; 1 200 \u00e0 La Courneuve ; 930 au Blanc-Mesnil ; 760 \u00e0 Saint-Ouen \u2013 la commune \u00ab perdit \u00bb une partie importante de ses r\u00e9sidents espagnols en 1930, lors de l\u2019annexion des terrains de la \u00ab zone \u00bb \u00e0 Paris. \u00c0 cette date, les Espagnols constituaient la premi\u00e8re colonie immigr\u00e9e de Saint-Denis et d\u2019Aubervilliers devant les Italiens, alors majoritaires \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du reste de la banlieue parisienne.<br \/>\nCes migrants appartenaient pour la plupart \u00e0 des r\u00e9seaux villageois bien pr\u00e9cis, marqu\u00e9s par la domination de la tr\u00e8s grande propri\u00e9t\u00e9 agricole et la pauvret\u00e9 des journaliers agricoles ou des propri\u00e9taires de lopins minuscules. Plus de 30 % \u00e9taient originaires de l\u2019est de la province de C\u00e1ceres en Estr\u00e9madure, entre 20 et 25 % arrivaient du nord de la Vieille Castille et environ 20 % du Le\u00f3n. Sans qualifications, ils vinrent travailler comme man\u0153uvres dans les grandes usines m\u00e9tallurgiques et chimiques du nord du d\u00e9partement de la Seine.<\/p>\n<p>La grande majorit\u00e9 d\u2019entre eux arriva directement leur campagne d\u2019origine \u00e0 la Plaine, via Madrid et gare d\u2019Austerlitz. Ils abandonnaient un pays de campagne ouverte avec des latifundios \u00e0 perte de vue pour un paysage urbain tr\u00e8s industriel, marqu\u00e9 par la fum\u00e9e incessante des hauts-fourneaux, l\u2019odeur des boyauderies, etc. Ne disait-on pas commun\u00e9ment dans le nord de Paris certains jours : \u00ab \u00c7a sent Aubervilliers \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence aux nombreuses usines de traitement de d\u00e9chets animaux de la commune, li\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9sence toute proche des abattoirs de la Villette.<\/p>\n<p>Environ un tiers d\u2019entre eux retourna vivre en Espagne au milieu des ann\u00e9es 1930 : suite \u00e0 la crise \u00e9conomique, ils furent parmi les premiers licenci\u00e9s (\u00e0 Saint-Denis, en 1936, 50 % des hommes espagnols \u00e9taient au ch\u00f4mage), or l\u2019av\u00e8nement de la Seconde R\u00e9publique en avril 1931 et ses promesses quant \u00e0 une r\u00e9forme agraire et \u00e0 une augmentation g\u00e9n\u00e9rale des salaires en d\u00e9cid\u00e8rent beaucoup \u00e0 rentrer au pays.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019occasion de la guerre civile, un certain nombre d\u2019hommes habitant les \u00eelots espagnols de la banlieue nord partirent combattre dans le camp r\u00e9publicain et de nombreuses familles particip\u00e8rent activement \u00e0 des r\u00e9seaux de solidarit\u00e9. Ceci explique le tr\u00e8s bon accueil r\u00e9serv\u00e9 aux exil\u00e9s r\u00e9publicains \u00e0 partir de la <em>retirada<\/em> de 1939 et surtout dans l\u2019imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre o\u00f9 nombre d\u2019entre eux furent chaleureusement accueillis par leurs compatriotes, qui les aid\u00e8rent \u00e0 trouver un emploi et un logement.<\/p>\n<p>Ces m\u00eames \u00eelots o\u00f9 \u00ab \u00e9conomiques \u00bb et \u00ab politiques \u00bb avaient fusionn\u00e9 dans les ann\u00e9es 1945-1950 (notamment \u00e0 travers des mariages de filles de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration avec de jeunes exil\u00e9s) furent \u00e9galement le lieu d\u2019accueil de la tr\u00e8s importante vague de migrants \u00ab \u00e9conomiques \u00bb des ann\u00e9es 1955-1970. Ici encore, leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs se firent un devoir de les aider \u00e0 s\u2019installer, conscients de la pr\u00e9carit\u00e9 de leur situation en cette p\u00e9riode de grave crise du logement. D\u2019ailleurs bon nombre d\u2019entre eux appartenaient aux r\u00e9seaux migratoires pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9s et venaient rejoindre des membres de leur famille install\u00e9s en banlieue nord depuis l\u2019entre-deux-guerres.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Des \u00ab villages espagnols \u00bb recr\u00e9\u00e9s dans les interstices du tissu industriel.<\/strong><\/p>\n<p>Par rapport \u00e0 d\u2019autres migrants bien repr\u00e9sent\u00e9s en r\u00e9gion parisienne au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle (Belges et surtout Italiens), la principale caract\u00e9ristique des Espagnols \u00e9tait leur net regroupement dans des \u00eelots sp\u00e9cifiques o\u00f9 ils repr\u00e9sentaient souvent plus de la moiti\u00e9 de la population, voire parfois plus des deux-tiers \u2013 on comptait tr\u00e8s peu d\u2019individus ou de familles isol\u00e9s. Le premier et le plus important d\u2019entre eux num\u00e9riquement \u00e9tait la \u00ab petite Espagne \u00bb de la Plaine Saint-Denis, territoire situ\u00e9 \u00e0 cheval sur les communes de Saint-Denis et d\u2019Aubervilliers, dans un quadrilat\u00e8re d\u00e9termin\u00e9 par l\u2019avenue du Pr\u00e9sident-Wilson et le canal de Saint-Denis d\u2019ouest en est, et les rues de la Justice et du Landy, du nord au sud.<\/p>\n<p>Cet espace fut progressivement loti par les migrants eux-m\u00eames au pied des usines qui les employaient (tr\u00e9filerie Mouton, usine d\u2019engrais Saint-Gobain, verrerie Legras, etc.), dans les interstices du tissu industriel, sur des terrains appartenant \u00e0 des mara\u00eechers, et ce sans le moindre permis de construire officiel. Le but des migrants \u00e9tait de vivre au plus pr\u00e8s de leur lieu de travail pour \u00e9conomiser sur les moyens de transport.<\/p>\n<p>Plusieurs voies qui n\u2019existaient pas dans le recensement de 1911 sont apparues pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale et dans les ann\u00e9es suivantes. Souvent, elles se virent attribuer le nom du propri\u00e9taire du terrain comme l\u2019impasse du Chef-de-la-Ville ou le passage Dupont. Au d\u00e9part, la plupart des habitations \u00e9taient de petits collectifs de plain-pied construits de bric et de broc avec des mat\u00e9riaux de fortune g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s sur des chantiers : bois, carton, briques, parpaings de m\u00e2chefer, carreaux de pl\u00e2tre, etc. Au fur et \u00e0 mesure des arriv\u00e9es de compatriotes, un et parfois m\u00eame deux \u00e9tages furent ajout\u00e9s, la plupart du temps de guingois, ce qui n\u2019alla pas sans poser des probl\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9. Assez rapidement, la totalit\u00e9 des parcelles fut construite, tout le long des impasses qu\u2019\u00e0 l\u2019arri\u00e8re, g\u00e9n\u00e9ralement autour de petites cours int\u00e9rieures rappelant les typiques patios espagnols, ici rebaptis\u00e9s du nom de <em>courra<\/em>.<\/p>\n<p>L\u2019ensemble \u00e9tait tr\u00e8s pr\u00e9caire. Par ailleurs, la promiscuit\u00e9 \u00e9tait grande car les familles, g\u00e9n\u00e9ralement nombreuses, s\u2019entassaient \u00e0 sept ou huit personnes dans des logements minuscules dont certaines pi\u00e8ces \u00e9taient parfois d\u00e9pourvues de la moindre a\u00e9ration. Les propri\u00e9taires du sol n\u2019ayant proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 strictement aucun am\u00e9nagement, les habitants des impasses et des passages ne disposaient pas d\u2019eau et devaient s\u2019approvisionner aux deux bornes-fontaines situ\u00e9es aux coins des rues de la Justice et du Landy. Inutile de dire que les passages ne disposaient pas non plus du gaz et de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9\u2026 Quant \u00e0 l\u2019\u00e9vacuation des eaux us\u00e9es, les r\u00e9sidents durent se d\u00e9brouiller eux-m\u00eames pour creuser des fosses qui, la plupart du temps, ne correspondaient pas aux normes \u00e9tablies par les mairies de Saint-Denis et d\u2019Aubervilliers. Malgr\u00e9 diverses p\u00e9titions lanc\u00e9es \u00e0 partir des ann\u00e9es 1935-1936 , cette totale absence de viabilisation, important facteur d\u2019insalubrit\u00e9, dura jusqu\u2019au milieu des ann\u00e9es 1950\u2026 Ces conditions d\u2019hygi\u00e8ne difficiles furent souvent l\u2019occasion de v\u00e9ritables chocs pour les femmes venues rejoindre leurs \u00e9poux au bout de quelques mois.<\/p>\n<ol>\n<li>Manuel Garcia, qui naquit \u00e0 la Plaine en 1920 et retourna vivre en Espagne avec ses parents en 1931, a gard\u00e9 un souvenir si vivace de son enfance qu\u2019il y a consacr\u00e9 un po\u00e8me, qui retrace bien l\u2019\u00e9tat des habitations des passages dans l\u2019entre-deux-guerres. En voici le d\u00e9but :<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab \u201c Mon enfance ce sont des souvenirs&#8230; \u201d<br \/>\nd&rsquo;une cour d&rsquo;habitation<br \/>\ndans un faubourg maudit<br \/>\nd&rsquo;une ville splendide.<br \/>\nEt dans l&rsquo;une de ses ruelles,<br \/>\nappel\u00e9e \u201c Impasse Boise \u201d,<br \/>\nau num\u00e9ro quatre<br \/>\n\u201c ma \u201d cour commune.<br \/>\nEt dans la cour dix trous \u00e0 rats<br \/>\ntels les cellules d&rsquo;une prison<br \/>\nen position disjointe,<br \/>\ndont l&rsquo;entassement aussi irr\u00e9el<br \/>\nque solidaire d\u00e9fiait<br \/>\nla loi de la gravit\u00e9.<br \/>\nEt dans l&rsquo;un de ces trous \u00e0 rats,<br \/>\nde vingt m\u00e8tres carr\u00e9s, pas plus,<br \/>\nle p\u00e8re, la m\u00e8re et quatre enfants<br \/>\nune demi-douzaine tout juste. \u00bb (\u2026)<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Et voici comment deux journalistes fran\u00e7ais \u00e9voqu\u00e8rent l\u2019aspect du quartier quelques ann\u00e9es plus tard, sans \u00e9chapper \u00e0 certains clich\u00e9s p\u00e9joratifs :<\/p>\n<p><em>\u00ab Parcourez le passage Boise, le passage Dupont ou l\u2019impasse des Gaugui\u00e8res, qui les r\u00e9unit par derri\u00e8re. Ce ne sont que masures mis\u00e9rables, \u00e9difi\u00e9es de guingois en carreaux de pl\u00e2tre, en briques, en planches, et qui branlent, et qui pourrissent. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Pierre Fr\u00e9d\u00e9rix, Le Petit Parisien, 15 juillet 1937<\/p>\n<p><em>\u00ab \u00c0 la Plaine-Saint-Denis, je sais un bourg espagnol, un labyrinthe de ruelles et d\u2019impasses o\u00f9 des haillons multicolores s\u00e8chent aux fen\u00eatres des masures. De mois en mois les immigr\u00e9s nouveaux et la descendance des matrones prolifiques annexent d\u2019autres bicoques, les badigeonnent de couleurs vives, y plaquent aux flancs des murs l\u00e9zard\u00e9s quelques balcons de bois, des escaliers ext\u00e9rieurs, des baraquements o\u00f9 bient\u00f4t grouillent des poules, des lapins, des marmots. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Raymond Millet, Le Temps, 10 mai 1938<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 Saint-Denis, en 1921, 86 % des Espagnols recens\u00e9s vivaient \u00e0 la Plaine dans un r\u00e9seau d\u2019une dizaine d\u2019impasses et de passages ; en 1936 encore, 76 % des membres de la colonie habitaient le m\u00eame espace. Au c\u0153ur de cet \u00eelot, dans les ann\u00e9es 1930, l\u2019impasse et le passage Boise comptaient plus de 90 % de r\u00e9sidents espagnols. C\u00f4t\u00e9 Aubervilliers, dans l\u2019entre-deux-guerres, entre 75 et 80 % des Espagnols recens\u00e9s vivaient dans le lacis des ruelles de la \u00ab petite Espagne \u00bb.<\/p>\n<p>Assez vite, les migrants cr\u00e9\u00e8rent \u00e0 la Plaine un microcosme appelant leurs villages de d\u00e9part. Selon tous les t\u00e9moins rencontr\u00e9s, pour faire face \u00e0 la nostalgie du pays et aux difficiles conditions de vie, une tr\u00e8s forte solidarit\u00e9 existait entre compatriotes : entraide financi\u00e8re, visites \u00e0 l\u2019occasion des maladies ou des accouchements, collectes en cas de deuil pour aider la famille de la veuve ou du veuf, etc.<\/p>\n<p>Certains ouvriers ayant r\u00e9ussi \u00e0 mettre un peu d\u2019argent de c\u00f4t\u00e9 ouvrirent de petites \u00e9piceries vendant des produits typiques : huile d\u2019olive, pois chiches \u00e0 la base du <em>cocido<\/em> (pot-au-feu castillan traditionnel), melons, past\u00e8ques, morue s\u00e9ch\u00e9e, chorizo fabriqu\u00e9 artisanalement, etc. Ces \u00e9piceries se doublaient souvent de bistrots o\u00f9 les hommes se retrouvaient pour boire, jouer aux cartes et aux dominos, chanter et jouer de la guitare.<\/p>\n<p>La convivialit\u00e9 propre au pays d\u2019origine et le caract\u00e8re expansif des Espagnols ne tard\u00e8rent pas \u00e0 s\u2019affirmer. Aux beaux jours, comme dans leurs villages, les femmes s\u2019installaient des deux c\u00f4t\u00e9s des impasses sur des chaises aux pieds coup\u00e9s pour bavarder tout en crochetant ou en tricotant. No\u00ebl et le Nouvel an, suivant une tradition encore vivante de nos jours, donnaient lieu \u00e0 de bruyantes explosions de joie collective dans les rues, tous les moyens de faire le plus de bruit possible \u00e9tant utilis\u00e9s, comme nous l\u2019ont rapport\u00e9 plusieurs t\u00e9moins :<\/p>\n<p>\u00ab Pour No\u00ebl, les gens faisaient la f\u00eate et se promenaient dans le quartier en tapant sur des casseroles. Personne n\u2019\u00e9tait assez riche pour inviter des gens \u00e0 d\u00eener mais les voisins venaient boire le caf\u00e9 en mangeant des figues et des noix. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pendant les nuits de No\u00ebl et du Nouvel An, les agapes se terminaient de bon matin, avec dans tout le quartier, la ronde des plus f\u00eatards munis de leurs tambourins et de leurs zambombas qui se faisaient une joie de d\u2019animer le quartier. \u00bb<\/p>\n<p>Par ailleurs, l\u2019implantation en juin 1923 par les p\u00e8res clar\u00e9tains d\u2019une paroisse espagnole au c\u0153ur du quartier renfor\u00e7a encore sa coh\u00e9sion. Dans un vaste espace de 500 m2, outre une chapelle o\u00f9 se c\u00e9l\u00e9braient la messe et les diverses c\u00e9r\u00e9monies religieuses, le <em>Patronato<\/em> comptait une magnifique salle de spectacle, un dispensaire ainsi que diff\u00e9rents locaux d\u00e9di\u00e9s aux cours de cat\u00e9chisme et de langue espagnole. Les jeudis, alors que des cours de couture \u00e9taient propos\u00e9s aux filles, les gar\u00e7ons pouvaient s\u2019exercer au football, \u00e0 la pelote basque ou au scoutisme, ce qui marque clairement la diff\u00e9renciation par genre due au machisme inh\u00e9rent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 espagnole de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>A contrario, les militants anarchistes pr\u00e9sents au sein de la colonie espagnole de la Plaine ne disposaient pas d\u2019un local, mais organisaient r\u00e9guli\u00e8rement des activit\u00e9s de propagande et des matin\u00e9es culturelles en espagnol dans la salle des f\u00eates de l\u2019avenue Wilson.<\/p>\n<p>On peut se demander si l\u2019existence de tels microcosmes n\u2019a pas constitu\u00e9 un frein \u00e0 l\u2019int\u00e9gration de la colonie espagnole au sein de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise ? Si cela semble avoir \u00e9t\u00e9 le cas pour un grand nombre des primo-migrants, dont certains sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s dans les ann\u00e9es 1980 dans le quartier sans pratiquement parler un mot de fran\u00e7ais, cela n\u2019a pas eu de cons\u00e9quence pour les membres de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration (arriv\u00e9s jeunes ou ayant grandi en France) qui ont effectu\u00e9 des mariages mixtes \u00e0 plus de 75 % et sont devenus fran\u00e7ais soit par simple d\u00e9claration pour ceux \u00e9tant n\u00e9s en France, soit par mariage ou naturalisation pour les autres. En outre, la plupart d\u2019entre eux connurent une ascension sociale nette par rapport \u00e0 leurs parents, passant du statut de man\u0153uvre \u00e0 celui d\u2019ouvrier qualifi\u00e9 pour les fils, de femme au foyer \u00e0 celui d\u2019ouvri\u00e8re et bien souvent d\u2019employ\u00e9e du tertiaire pour les filles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Les espaces des uns et des autres.<\/strong><\/p>\n<p>Ces diff\u00e9rences d\u2019int\u00e9gration \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise s\u2019expliquent sans doute par le fait que parents et enfants n\u2019avaient pas la m\u00eame perception de l\u2019espace g\u00e9ographique dans lequel ils \u00e9voluaient.<\/p>\n<p>&#8211; Les p\u00e8res ne sortaient de \u00ab la petite Espagne \u00bb au sens strict que pour se rendre sur leur lieu de travail, g\u00e9n\u00e9ralement une usine tr\u00e8s proche de leur lieu habitation. Ainsi, en 1926, la tr\u00e9filerie Mouton, situ\u00e9e avenue Wilson au niveau pont-de-Soissons occupait \u00e0 elle seule 124 des 835 ouvriers espagnols de Saint-Denis recens\u00e9s (man\u0153uvres et journaliers) soit 15 %. Bien d\u2019autres travaillaient dans des entreprises de la rue du Landy ou de la Justice\u2026<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0Quant aux m\u00e8res, tr\u00e8s majoritairement m\u00e9nag\u00e8res, elles ne quittaient gu\u00e8re leur impasse ou leur passage, voire leur \u00ab courra \u00bb d\u2019habitation, ne se rendant pour la plupart que dans des commerces proches tenus par des compatriotes. Leur sociabilit\u00e9 se limitait bien souvent aux relations avec leurs voisines. Le poids du patriarcat et du machisme \u00e9tait tel que les maris craignaient tout contact avec la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, refusant qu\u2019elles entrent sur le march\u00e9 du travail, m\u00eame une fois leurs enfants \u00e9lev\u00e9s. Elles \u00e9taient donc \u00e9troitement confin\u00e9es dans le quartier.<\/p>\n<p>&#8211; En revanche, assez t\u00f4t, ce furent les enfants scolaris\u00e9s qui assur\u00e8rent l\u2019interface avec l\u2019ext\u00e9rieur de la \u00ab petite Espagne \u00bb, tant \u00e0 travers leur scolarisation, les t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res et l\u2019acc\u00e8s aux loisirs. On peut citer entre autres les allers-retours quotidiens \u00e0 l\u2019\u00e9cole (avenue du pr\u00e9sident-Wilson pour ceux vivant \u00e0 Saint-Denis), rue Edgar-Quinet pour d\u2019Auberviliers ; les courses chez les commer\u00e7ants fran\u00e7ais pour les filles ; le portage de l\u2019eau et le ramassage du charbon le long du canal et de la voie du chemin de fer industriel pour les gar\u00e7ons ; les exp\u00e9ditions en bande dans les cin\u00e9mas de Saint-Denis et d\u2019Aubervilliers et, plus tard, la participation aux nombreux bals populaires organis\u00e9s dans ces deux communes ou plus loin.<\/p>\n<p>Les membres de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration rencontr\u00e9s \u00e9voquent fr\u00e9quemment la dichotomie qu\u2019ils ressentaient d\u00e8s leur plus jeune \u00e2ge : d\u2019une part la vie prot\u00e9g\u00e9e au sein de la \u00ab petite Espagne \u00bb, lieu de l\u2019entre soi et de la tradition pr\u00e9serv\u00e9e, espace au sein duquel ils n\u2019\u00e9taient pas confront\u00e9s \u00e0 la x\u00e9nophobie ; de l\u2019autre, l\u2019ext\u00e9rieur, repr\u00e9sent\u00e9 d\u2019abord par l\u2019\u00e9cole puis par le monde du travail, car c\u2019\u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 eux seuls qu\u2019il revenait de trouver leur premier emploi.<\/p>\n<p>Alors que les parents sortaient tr\u00e8s peu des passages, allant rarement dans les centres-ville de Saint-Denis ou d\u2019Aubervilliers, encore moins \u00e0 Paris, ce sont tr\u00e8s t\u00f4t les adolescents, forts de leur connaissance du fran\u00e7ais, qui se charg\u00e8rent des diverses d\u00e9marches administratives familiales tant vis-\u00e0-vis des mairies que de la Pr\u00e9fecture de police de Paris, et ce souvent d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 12 ou 13 ans.<\/p>\n<p>Le fait que horizon des parents ne d\u00e9passe pas la Plaine peut, par exemple, \u00eatre illustr\u00e9 par l\u2019anecdote suivante : au milieu des ann\u00e9es 30, apr\u00e8s avoir obtenu son Certificat d\u2019\u00e9tudes, une jeune fille de 13 ans dut se mettre \u00e0 chercher un emploi pour aider sa famille. Ses parents lui avaient interdit d\u2019aller travailler de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la porte de la Chapelle, de peur qu\u2019elle rencontre de \u00ab mauvaises fr\u00e9quentations \u00bb. Or, en ces ann\u00e9es de crise, apr\u00e8s des semaines de vaines recherches, elle finit par trouver un travail dans une cartonnerie de Paris et mentit plusieurs mois \u00e0 ses parents afin de ne pas les inqui\u00e9ter\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>La vision des Fran\u00e7ais sur les \u00eelots espagnols.<\/strong><\/p>\n<p>Tr\u00e8s t\u00f4t la \u00ab petite Espagne de la Plaine \u00bb fut victime d\u2019ostracisme et d\u2019une forte s\u00e9gr\u00e9gation urbaine. Hormis des immigr\u00e9s italiens et quelques h\u00f4tels meubl\u00e9s h\u00e9bergeant des Kabyles alg\u00e9riens rue du Landy, ses voies n\u2019abritaient que de tr\u00e8s rares Fran\u00e7ais, souvent d\u00e9class\u00e9s socialement (familles nombreuses, ch\u00f4meurs, alcooliques, etc.).<\/p>\n<p>Il semble que les Fran\u00e7ais n\u2019aimaient gu\u00e8re entrer dans le quartier. Ainsi, en 1922, deux jeunes s\u0153urs enceintes venues rejoindre leurs maris arriv\u00e8rent \u00e0 la gare d\u2019Austerlitz o\u00f9 ces derniers ne les attendaient pas suite \u00e0 un quiproquo. Un compatriote leur trouva alors un cocher qui accepta de les conduire jusqu\u2019\u00e0 la Plaine mais les d\u00e9posa avec leurs matelas et leurs bagages au niveau du pont-de-Soissons car il refusa d\u2019entrer dans les passages \u00ab trop mal fam\u00e9s \u00bb de la \u00ab petite Espagne \u00bb.<\/p>\n<p>La Fran\u00e7aise qui semble le plus souvent s\u2019\u00eatre rendue dans le quartier \u00e9tait une sage-femme de l\u2019avenue du pr\u00e9sident-Wilson qui, jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 50 pr\u00e9sida aux naissances \u00e0 domicile des b\u00e9b\u00e9s de la colonie. En revanche, on nous a signal\u00e9 comme r\u00e9ellement \u00ab exceptionnel \u00bb, l\u2019exemple d\u2019une ma\u00eetresse d\u2019\u00e9cole qui rendit visite \u00e0 une famille pour tenter d\u2019en savoir plus absent\u00e9isme d\u2019une de ses \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p>Au moment du lotissement des impasses de la \u00ab petite Espagne \u00bb, la mairie de Saint-Denis re\u00e7ut de nombreuses plaintes de riverains fran\u00e7ais, eux-m\u00eames propri\u00e9taire de petits pavillons en auto-construction dans les rues de la Justice et du Landy, se plaignant de la taille des familles, de l\u2019absence d\u2019hygi\u00e8ne, de la promiscuit\u00e9, de la pr\u00e9sence d\u2019animaux de basse-cour et du risque de maladies contagieuses.<\/p>\n<p>Alors que les diff\u00e9rents rapports des Renseignements g\u00e9n\u00e9raux (RG) de l\u2019\u00e9poque insistaient sur la tranquillit\u00e9 des Espagnols, ce dont atteste l\u2019\u00e9tude des mains courantes du commissariat de la Plaine dans les ann\u00e9es 1930 , on trouve des opinions bien plus p\u00e9joratives dans les \u00e9crits des contemporains, tant essayistes que journalistes :<\/p>\n<p>Ainsi, en 1929, Louis Ch\u00e9ronnet \u00e9crivait-il dans son \u00e9tude sur les banlieues, Extra Muros :<\/p>\n<p><em>\u00ab Aux balcons ext\u00e9rieurs pendent des torchons crasseux qu\u2019aucun rayon de lumi\u00e8re ne viendra jamais transformer en drapeaux. Des gosses d\u00e9guenill\u00e9s grouillent et piaillent dans la boue. Des femmes brunes, dess\u00e9ch\u00e9es ou trop grasses, par\u00e9es de foulards multicolores m\u00ealent Dieu et la Vierge \u00e0 leurs vocif\u00e9rations. Des hommes n\u2019ont l\u2019air d\u2019avoir de l\u2019ardeur que pour se provoquer. Partout, un remugle de moisi graisseux se m\u00eale \u00e0 des relents d\u2019oignon. Une Andalousie sans soleil, peut-on r\u00eaver rien de plus lamentable ? \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Quant au journaliste Pierre Fr\u00e9d\u00e9rix, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 plus haut, il stigmatisait les habitants de la \u00ab\u00a0petite Espagne\u00a0\u00bb et insistait sur l\u2019aspect ferm\u00e9 du quartier :<\/p>\n<p><em>\u00ab \u00c0 peine a-t-on avanc\u00e9 de quelques pas, les portes et les fen\u00eatres s\u2019ouvrent. Des t\u00eates apparaissent : des cheveux noirs et luisants ; des faces bouffies et des faces creuses ; des figures de femmes au teint oliv\u00e2tre, qui pourraient \u00eatre belles, et qui sont malsaines. L\u00e0-dessous, des corsages aux couleurs criardes ou des loques noires. Des enfants courent. \u201cNino!\u201d hurle une matrone. \u201cNino!\u201d Suit un torrent de phrases en espagnol. Est-on en France ? Non, en Espagne. Mais dans un coin d\u2019Espagne empuanti par des odeurs chimiques. Un coin d\u2019Espagne o\u00f9, si l\u2019on entre, on est suspect. \u201cCe type, pourquoi vient-il nous d\u00e9ranger ? \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Quant \u00e0 Raymond Millet du Temps, s\u2019il soulignait \u00e9galement le caract\u00e8re ferm\u00e9 du quartier, il portait un regard un peu plus chaleureux sur ses habitants :<\/p>\n<p><em>\u00ab Le soir, on \u00e9coute les accord\u00e9ons des bastringues et les mandolines des barbiers. Le jour, on n\u2019entend que les cris des enfants et les m\u00e9lop\u00e9es des femmes. Soudain les sir\u00e8nes annoncent le retour des hommes et, dans un \u00e9lan d\u2019all\u00e9gresse g\u00e2t\u00e9e de crainte, les \u00e9pouses servantes allument les feux, assi\u00e8gent les \u00e9choppes des r\u00f4tisseurs, courent, se chamaillent, tandis que l\u2019air s\u2019impr\u00e8gne d\u2019une odeur d\u2019oignon et de friture. Il ne manque \u00e0 la gueuserie exotique de ce petit monde ferm\u00e9 que l\u2019absolution du soleil. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Or la question que ne semble s\u2019\u00eatre pos\u00e9e ni les riverains ni les observateurs ext\u00e9rieurs est celle de la raison des mauvaises conditions d\u2019habitat de la \u00ab petite Espagne \u00bb. Or celles-ci furent d\u00e8s le d\u00e9but li\u00e9es \u00e0 v\u00e9ritable imbroglio juridique : les terrains lotis appartenant \u00e0 des propri\u00e9taires priv\u00e9s et les murs \u00e0 d\u2019autres, il \u00e9tait bien difficile pour les locataires d\u2019obtenir gain de cause en cas de probl\u00e8me (fuites d\u2019eau, l\u00e9zardes des murs, probl\u00e8me d\u2019\u00e9vacuation des eaux us\u00e9es, etc.). Les sols n\u2019appartenant pas aux communes, le quartier ne put b\u00e9n\u00e9ficier des dispositions de la loi Sarraut de 1928 sur l\u2019am\u00e9nagement des lotissements d\u00e9fectueux.<\/p>\n<p>Par ailleurs, si du c\u00f4t\u00e9 Saint-Denis le maire Doriot (\u00e9lu du PCF en 1931, exclu du Parti en 1934 et fondateur du Parti populaire fran\u00e7ais en 1936) mit en place une r\u00e9elle politique d\u2019aide aux ch\u00f4meurs de la commune, y compris \u00e9trangers, il ne consacra aucun fonds \u00e0 l\u2019am\u00e9nagement du logement \u00e0 la Plaine. Quant \u00e0 Laval, maire d\u2019Aubervilliers, non seulement il accordait chichement les subsides de ch\u00f4mage aux \u00e9trangers, mais plus occup\u00e9 \u00e0 sa carri\u00e8re nationale qu\u2019\u00e0 la gestion de sa ville, il d\u00e9laissa tout bonnement cette question.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>La progressive \u00e9volution de l\u2019apr\u00e8s-guerre.<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s la Lib\u00e9ration de la banlieue nord, les municipalit\u00e9s communistes en place semblent avoir enfin pris conscience de l\u2019existence des quartiers \u00e0 majorit\u00e9 espagnole et ce, notamment suite \u00e0 la participation de plusieurs Espagnols \u00e0 la R\u00e9sistance locale, ce qui entra\u00eena d\u00e9portations et ex\u00e9cutions. Cette reconnaissance fut par exemple marqu\u00e9e \u00e0 Saint-Denis en 1946 par les deux c\u00e9r\u00e9monies organis\u00e9es \u00e0 l\u2019occasion du changement de nom de la rue de la Justice, rebaptis\u00e9e Cristino Garcia, en hommage \u00e0 un communiste espagnol, ancien dirigeant de la R\u00e9sistance dans le Sud-ouest, fusill\u00e9 sur les ordres de Franco.<\/p>\n<p>Mais si le choix symbolique d\u2019une rue situ\u00e9e au c\u0153ur de la \u00ab petite Espagne \u00bb marqua \u00e0 l\u2019\u00e9poque les esprit, notamment \u00e0 travers la venue de Santiago Carrillo et de la Pasionaria, dans la pratique les habitants durent attendre les ann\u00e9es 50 pour voir l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019eau courante et de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 dans les passages, installations qu\u2019ils durent d\u2019ailleurs financer de leur poche\u2026<\/p>\n<p>Dans l\u2019apr\u00e8s-guerre, la \u00ab petite Espagne \u00bb accueillit de nombreux r\u00e9fugi\u00e9s politiques, qui souvent prirent la place des membres de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de l\u2019entre-deux-guerres qui, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de leur niveau de vie et\/ou suite \u00e0 des mariages mixtes, quittaient peu \u00e0 peu \u00e0 le quartier pour le centre de Saint-Denis ou d\u2019autres communes de la banlieue nord offrant des conditions de confort un peu meilleures.<\/p>\n<p>Puis, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1955-70, ce fut la v\u00e9ritable \u00ab d\u00e9ferlante \u00bb des nouveaux migrants \u00ab \u00e9conomiques \u00bb qui quitt\u00e8rent l\u2019Espagne de Franco pour acc\u00e9der \u00e0 de meilleures conditions de salaire et de vie. Ici encore, le parc locatif de la \u00ab petite Espagne \u00bb, bien que toujours aussi pr\u00e9caire, fut mis \u00e0 contribution et le quartier resta fid\u00e8le \u00e0 sa d\u00e9marche d\u2019entraide entre compatriotes, d\u2019autant plus que beaucoup des nouveaux arrivants appartenaient aux anciens r\u00e9seaux migratoires du d\u00e9but du si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Mais, \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 1970, l\u2019important effort de construction de HLM \u00e0 Saint-Denis et dans les communes avoisinantes ainsi que la construction par certains de leur propre pavillon individuel conduisirent au d\u00e9part progressif d\u2019un nombre de plus en plus d\u2019Espagnols de la Plaine. Fin 1975, la chapelle <em>Santa Teresa de Jes\u00fas<\/em> cessa ses fonctions et les p\u00e8res clar\u00e9tains du <em>Patronato<\/em> quitt\u00e8rent un quartier o\u00f9 \u00ab r\u00e9sidaient d\u00e9sormais plus de musulmans que de catholiques \u00bb, selon un de ses derniers desservants. En effet, au fur et \u00e0 mesure des d\u00e9parts des Espagnols, outre des Portugais, nombre d\u2019Alg\u00e9riens puis d\u2019originaires d\u2019Afrique subsaharienne vinrent s\u2019installer dans un quartier au parc immobilier toujours plus en d\u00e9sh\u00e9rence.<\/p>\n<p>En 1995, quand l\u2019impasse du Chef de la ville a \u00e9t\u00e9 ras\u00e9e pour laisser la place \u00e0 l\u2019avenue du Stade de France, ses rares habitants espagnols refus\u00e8rent leur expropriation dans un premier temps, car ils \u00e9taient profond\u00e9ment attach\u00e9s au quartier, mais furent oblig\u00e9s de partir. Aujourd\u2019hui, la m\u00eame question se pose en ce qui concerne le passage L\u00e9on dont l\u2019ultime r\u00e9sident espagnol (n\u00e9 dans le quartier dans les ann\u00e9es 20) a affirm\u00e9 qu\u2019il pr\u00e9f\u00e9rerait mourir plut\u00f4t que de partir\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Vestiges du temps pass\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>Le quartier espagnol de la Plaine est devenu un objet de m\u00e9moire aujourd\u2019hui, qui fait partie du \u00ab tour de ville \u00bb propos\u00e9 par la municipalit\u00e9 de Saint-Denis aux nouveaux Dyonisiens. Si une partie du quartier a d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 disparu, les \u00e9diles municipaux actuels se sont engag\u00e9s \u00e0 tent\u00e9 de r\u00e9habiliter certaines des \u00ab courras \u00bb les plus viables afin de lui garder son caract\u00e8re si particulier de petit village espagnol aux limites nord de Paris. Quant \u00e0 ses anciens habitants, ils ont toujours l\u2019occasion de se retrouver le week-end dans les locaux du <em>Hogar<\/em> des Espagnols de la Plaine (situ\u00e9 sur l\u2019emplacement de l\u2019ancien <em>Patronato<\/em>, propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019Etat espagnol, rue Cristino Garcia), une association culturelle qui propose des cours de guitare, de flamenco ainsi que diverses activit\u00e9s festives et qui bient\u00f4t devrait abriter un Centre d\u2019accueil de jour pour retrait\u00e9s espagnols de toute la r\u00e9gion parisienne. Du c\u00f4t\u00e9 Aubervilliers, c\u2019est boulevard F\u00e9lix-Faure, dans une maison appartenant \u00e0 la r\u00e9gion autonome d\u2019Estr\u00e9madure, que les originaires de cette zone mais aussi d\u2019autres r\u00e9gions espagnoles se retrouvent r\u00e9guli\u00e8rement pour faire revivre les coutumes du pays et organiser de chaleureuses animations.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En savoir plus :<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.autrement.com\/ouvrage\/la-petite-espagne-de-la-plaine-saint-denis-natacha-lillo\">https:\/\/www.autrement.com\/ouvrage\/la-petite-espagne-de-la-plaine-saint-denis-natacha-lillo<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>IMMIGR\u00c9S ESPAGNOLS A La Plaine\u00a0Saint-Denis AU D\u00c9BUT DU XX\u00e8me SI\u00c8CLE &nbsp; En 1911, d\u00e9j\u00e0 260 Espagnols vivent \u00e0 St Denis, majoritairement dans le quartier de la Plaine (1) : 145 habitent avenue de Paris (2), surtout dans les immeubles de rapport des num\u00e9ros 96 et 100 ; d&rsquo;autres se sont install\u00e9s \u00e0 proximit\u00e9, rue de &hellip; <a href=\"https:\/\/retirada37.com\/?p=2062\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a0LA PETITE ESPAGNE\u00a0\u00bb- LA NAISSANCE D&rsquo;UNE COMMUNAUT\u00c9<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[],"class_list":["post-2062","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2062","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2062"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2062\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2140,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2062\/revisions\/2140"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2062"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2062"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/retirada37.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2062"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}