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Tous les articles par Eric Sionneau
Histoire et conflits de mémoire en Espagne
Il y a quarante ans, la mort de Francisco Franco ouvrait un processus de transition démocratique négocié entre le gouvernement et l’opposition antifranquiste. Il était mis fin à un régime établi une quarantaine d’années auparavant, au terme d’une guerre civile particulièrement meurtrière, déclenchée par un coup d’État militaire. Ainsi la démocratie espagnole ne rompit-elle pas officiellement avec la dictature et évita-t-elle de revenir sur les circonstances de son avènement.
Depuis la fin des années 1990, ce « consensus transitionnel » est critiqué par les mouvements sociaux en faveur de la « récupération de la mémoire historique » et rompu par les partis qui se saisissent désormais du passé comme d’une arme politique. Ce contexte n’est pas sans conséquences sur le travail des historiens, dont les interprétations de la Seconde République, de la guerre civile et de la dictature sont au coeur des conflits de mémoire.
Ce numéro spécial de Vingtième Siècle explore les effets de ces débats mémoriels sur la manière dont on écrit l’histoire du 20e siècle espagnol, en proposant un tour d’horizon des recherches menées depuis une vingtaine d’années.
SOMMAIRE
Les historiens pris dans les conflits de mémoire
Élodie Richard et Charlotte Vorms
Transition historiographique ? Retour sur quatre-vingts ans d’histoire de l’Espagne
Élodie Richard et Charlotte Vorms
Usages politiques du passé
La mémoire malmenée de la transition espagnole à la démocratie
Sophie Baby
La guerre civile espagnole, enjeux historiographiques et patrimoine politique
François Godicheau
Entretien avec le romancier Isaac Rosa
par Élodie Richard
La violence sous la Seconde République espagnole : une question politique
Eduardo González Calleja
Le renouvellement du corps des professeurs d’histoire pendant le premier franquisme
Rubén Pallol Trigueros
Belchite, entre lieu de mémoire et lieu de reconnaissance (1937-2013)
Stéphane Michonneau
Le régime franquiste
Le rôle de l’Église dans la répression franquiste
Gutmaro Gómez Bravo
Le culte de la mort dans l’« État nouveau » espagnol (1936-1941)
Francisco Sevillano Calero
Le contrôle de la sexualité des jeunes Valenciennes sous le franquisme (années 1940 et 1950)
Amélie Nuq
De la crise du logement à la question urbaine : le régime franquiste et les conditions de vie urbaines
Céline Vaz
Adhésion, consentement, résistance
Les dynamiques locales et quotidiennes de la répression franquiste (1936-1950)
Claudio Hernández Burgos
Une histoire sociale de la résistance au franquisme
Jorge Marco
Le premier franquisme « vu d’en bas » : résistance armée et résistances quotidiennes (1939-1952)
Mercedes Yusta Rodrigo
La question religieuse en Espagne au 20e siècle
Feliciano Montero García
Prix : 23 €
Nouvelle soirée littéraire, théâtrale et festive au Plessis (La Riche) le 29 avril.

La bête immonde
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La blessure de l’exil espagnol
Article de « La Nouvelle république » du 24 mars 2016.

Mar-y-Luz Cariño-Lopez tient dans ses mains une photo de son père. Ce dernier a été décoré par De Gaulle pour sa participation à la libération de la France.
2016 marque les 80 ans de la guerre d’Espagne. Elle se conclut par l’exil de centaines de milliers de Républicains en France. Témoignage d’une Lochoise, fille d’un exilé qui a combattu aussi les nazis.
Longtemps, elle n’a rien su, ou presque, des épreuves de son père. Simplement qu’il avait déserté l’armée franquiste et fait la Seconde Guerre mondiale dans la 2e DB du maréchal Leclerc. Son père, Angel Rodriguez-Leira, n’en parlait jamais. Mais, en 2010, plus de trente ans après sa mort, Mar-y-Luz Cariño-Lopez en a appris bien davantage grâce à l’historien Robert Coale dans le cadre d’un hommage aux républicains espagnols : « J’ai pris un coup de poing à la figure ».
Cette habitante de Ferrière-sur-Beaulieu porte le prénom que son père avait donné au canon de son tank qui défilera dans Paris libérée. Quant à son nom, Cariño-Lopez, c’est celui que son père s’est choisi, par sécurité, en 1943, en s’engageant dans les corps francs d’Afrique. Il renvoie au village espagnol où il est né en 1914 : Cariño. Dans ce port de Galice, il est marin pêcheur et adhérent au syndicat anarchiste CNT lorsqu’éclate le coup d’Etat nationaliste de Franco en 1936. Il est marié, père d’une petite fille, et son épouse attend un deuxième enfant, qui naîtra après son départ pour la guerre.
« Continuer la lutte »
Réquisitionné dans l’armée franquiste fin 1937-début 1938, Angel Rodriguez-Leira déserte et passe du côté des Républicains. Quand Madrid tombe aux mains de Franco fin mars 1939, son seul salut est de fuir l’Espagne par bateau depuis les environs d’Alicante. Avec d’autres Républicains, il traverse la Méditerrannée en chaloupe, à la rame. Accoste en Algérie française. Comme dans l’Hexagone, il va connaître, de l’âge de 25 ans à 28 ans, les camps où la France a parqué les Espagnols exilés. Il s’évade, mais est repris. « On lui a dit : soit vous rentrez dans la Légion étrangère, soit vous retournez chez Franco. » Ce qui signifiait l’envoyer à une mort presque certaine. Ce sera donc la Légion.
Il y reste huit mois, puis déserte une nouvelle fois le 27 juin 1943. Le lendemain, il signe dans les corps francs d’Afrique sous sa nouvelle identité. Rapidement, il intègre, au sein de la 2e DB, « la nueve », une compagnie majoritairement composée de Républicains espagnols. « Ils n’avaient qu’une idée en tête : continuer la lutte. » Et, au bout de la victoire des Alliés, reprendre l’Espagne aux Franquistes. Les espoirs d’Angel Rodriguez-Leira seront trahis. Jamais les alliés n’ont envisagé de renverser Franco pour y réinstaurer la République.
En France, l’exilé espagnol fondera une nouvelle famille, sans jamais oublier la première. Mais il ne reverra pas l’Espagne.
Pierre Calmeilles
L’émission » Demain Le Grand Soir » sur la seconde république espagnole
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