Retours sur la soirée concerts de Serge Utgé Royo et Véro LP.

Voir ci dessous l’article sur le site « info-Tours » du 24 février 2018,la vidéo réalisée par Claude et l’article de « la Nouvelle République » du 1 mars 2018 :

Clôture en beauté pour les 10 jours consacrés aux Brigades Internationales à Saint-Pierre-des-Corps avec le concert de Serge Utgé Royo et en première partie Véro LP.

Dans une salle pleine, Véro LP débute cette soirée consacrée à la mémoire des brigadistes mais pas que. En effet avec sa voix puissante et mélodieuse, Golondrina va nous entraîner dans les faubourgs de Séville, Buenos-Aires, au son du tango, la copla et autre milonga. Accompagnée de Romain Noël au piano, Jérôme Seguin à la basse acoustique et Hervé Duponcel aux percussions, l’hirondelle du faubourg annonçait avec talent la suite de cette soirée prometteuse avec Serge Utgé Royo en deuxième partie.

Après un changement de plateau rapide, devant le drapeau des Républicains espagnols Serge Utgé Roy est apparu, entouré de Léo au piano, Jack à la Basse, Gérard à la batterie. Fils d’exilés Républicains, il va, pendant tout son concert évoquer avec sa voix chaude, parfois nuancée de sanglots ce que fut la détresse de ces gens qui avaient fui la terrible oppression dont ils furent victimes et de faire un rapprochement avec ce que vivent aujourd’hui d’autres peuples.

Avec sa chanson « un nuage Espagnol » interprété avec Cristine, son épouse il va raconter l’histoire de ces républicains engagés dans la deuxième DB du général Leclerc et qui vont être les premiers libérateurs de Paris. Sous les applaudissements d’un public conquis il va terminer son récital en interprétant sa chanson fétiche, « Amis, dessous la cendre » et au salut final, en grand professionnel généreux il demandera à Véro LP de le rejoindre sur la scène et partager ainsi les bravos.

Roger Pichot

Serge Hutgé-Royo, le libertaire qui fait du bien

Serge Hutgé-Royo, en ambassadeur de la mémoire des exilés républicains espagnols.© Photo NR

Libertaire, humaniste, pacifiste, les qualificatifs sont légion pour qui vient à la rencontre de Serge Hutgé-Royo.

L’auteur-compositeur-interprète était de retour vendredi soir au centre culturel, pour clore la dizaine sur les Brigades internationales organisée par Retirada 37. Et on ne pouvait rêver mieux pour cette conclusion. Dans une salle très bien garnie, Serge Hutgé-Royo n’a pas failli dans son approche textuelle et musicale pleine d’humanité. Il était là pour « porter la mémoire des siens », lui le fils d’exilés catalans-castillans, il était là aussi pour distiller les chants populaires, ceux de la guerre d’Espagne ou encore pour mettre en exergue les poèmes espagnols des plus grands. Ce fut fait et bien fait avec la sincérité et la profondeur qui le caractérisent. « Les Pieds du vieux républicain », « Dessous la cendre », un clin d’œil à Ferré, sont là, entre autres, pour donner quelques « Gouttes de bonheur ». Et comme il a un cœur grand comme ça, le gentleman Serge invitera Véro LP (1re partie) pour le salut au public.

Collioure : Un bagne fasciste en France


Photo prise aux abords du port de pêche de Collioure, Pyrénées-Orientales, en 1890, devenu lieu d’internement pour combattants de la Brigade internationale en 1939 – source : WikiCommons

Au début de l’année 1939, un camp d’internement pour combattants républicains revenant de la Guerre d’Espagne est implanté sur le sol français. Sa découverte fait scandale.

Grégory Tuban vient de publier aux éditions du Nouveau Monde une imposante somme historique à propos des camps d’emprisonnement bâtis en France à la suite de la Guerre d’Espagne, et destinés en priorité aux combattants républicains, communistes, socialistes ou anarchistes.

Avec son aimable autorisation, nous publions aujourd’hui un chapitre tiré du livre Camps d’étrangers : Le contrôle des réfugiés venus d’Espagne (1939-1945) consacré au camp de Collioure, dans les Pyrénées-Orientales.

Le 14 mai 1939, le quotidien L’Humanité met Collioure à sa une. Sous le titre « Un bagne fasciste en France », le journal communiste révèle les dantesques conditions d’internement dans ce camp réservé aux « fortes têtes ». Plus de 350 étrangers, majoritairement des Espagnols, mais aussi d’ex-brigadistes internationaux, y sont détenus depuis le début du mois de mars 1939. Des hommes quasi séquestrés dans un fort, à l’abri des regards, sans droit de correspondance ni de visite. Si Collioure est connue comme la dernière demeure du poète Antonio Machado – mort d’épuisement le 22 février 1939 –, désormais, c’est le château royal surplombant ce petit port de pêche, situé à seulement une trentaine de kilomètres de la frontière, qui attire l’attention des derniers défenseurs de la République espagnole.

À quelques mois du 150e anniversaire de 1789, ils espèrent bien faire tomber cette « Bastille de Daladier », selon les mots de Jean Chauvet, secrétaire général du Secours populaire de France et des colonies. L’affaire des « séquestrés de Collioure » éclate grâce à la pugnacité d’un jeune avocat communiste présent à Perpignan pour le compte du Secours populaire. Pierre Brandon a découvert l’existence de ce « camp spécial » en rencontrant, clandestinement, des brigadistes italiens internés à Argelès-sur-Mer. C’est à leur contact qu’il a appris le départ de certains d’entre eux pour le château royal, notamment de Francesco Fausto Nitti. […]

C’est donc depuis le camp d’Argelès-sur-Mer, situé à seulement quelques kilomètres du château royal, qu’ont lieu les premiers transferts, avec l’envoi d’un premier contingent de 77 internés le 4 mars 1939. Le camp d’Argelès-sur-Mer enregistre pas moins de 167 départs vers Collioure en mars 1939. Ces transferts précèdent donc la circulaire de l’Intérieur du 5 mai 1939 sur la création de locaux disciplinaires. L’armée a ainsi anticipé les directives d’Albert Sarraut. La direction de la sûreté nationale est toutefois très vite informée de l’ouverture d’un tel site, pensé et conçu dès l’origine comme un espace d’isolement. Alors que les inspecteurs procèdent aux premières identifications des miliciens de la 26e division en Cerdagne, la Direction de la police du territoire et des étrangers semble attendre l’ouverture du camp spécial. Son directeur en fait part le 10 mars 1939 au préfet des Pyrénées-Orientales. Dans sa réponse, le préfet précise que le camp spécial de Collioure fonctionne depuis près d’une semaine déjà : « Par votre communication confidentielle, n° 3368, du 10 courant, vous avez bien voulu me demander de vous faire savoir à quel moment et dans quelles conditions il serait possible d’utiliser le centre de groupement spécial en voie d’organisation dans des locaux militaires de Collioure. J’ai l’honneur de vous faire connaître que ce centre fonctionne depuis quelques jours. »

Le camp de Collioure permet donc aux autorités compétentes dans les camps, tant civiles que militaires, d’emprisonner hors du circuit judiciaire.

Dans les premiers mois de fonctionnement du camp spécial, un « transfert d’autorité », pour reprendre la terminologie administrative, a valeur de punition. Les motifs des envois à Collioure ne sont toutefois étayés que par de courtes explications dans les dossiers consultés. Le lieutenant-colonel Marcelino Usatorre Royo et le commandant Isaias Alvarez Echaniz, internés à Saint-Cyprien, sont ainsi envoyés le 14 mars 1939 sur le camp spécial, après avoir été accusés d’avoir « facilité l’évasion de réfugiés communistes espagnols et manifesté des idées extrémistes », selon le commissaire spécial. […]

Les hommes transférés à Collioure proviennent de tous les camps. Un individu considéré comme « suspect » peut aussi être envoyé à Collioure afin d’être particulièrement surveillé. Une mesure préventive dont on retrouve les traces dans les archives. Ainsi, lorsque le contrôleur général Sallet demande fin mars 1939 au commissaire spécial d’Argelès-sur-Mer d’exercer une surveillance toute particulière à l’encontre de Manuel Rodríguez, il lui précise qu’il serait préférable, en concertation avec le chef du camp, d’envoyer ce dernier au camp de Collioure.

Les services de police et de gendarmerie procèdent eux aussi à l’envoi à Collioure de réfugiés espagnols arrêtés hors des camps et estimés « dangereux ». C’est le cas de Miquel Ferrer Sanxis, transféré à Collioure le 30 avril 1939. Cet ancien secrétaire catalan de l’Union générale des travailleurs, proche du Parti socialiste unifié de Catalogne, a pu éviter les camps au passage de la frontière et trouver refuge à Toulouse où, avec l’aide de la CGT locale, il organise une structure de mise en relation entre les internés des différents camps et leurs familles. Miquel Ferrer est interpellé puis transféré à Collioure. Un jeune membre du Parti nationaliste basque fait aussi partie de ce voyage. Les deux réfugiés arrivent de nuit, escortés par deux gendarmes, avant d’entreprendre une longue marche à pied jusqu’au château royal. […]

Tous les réfugiés transférés à Collioure sont conduits menottés au fort, avant d’être soumis à des mesures d’identification criminelle avec prises d’empreintes digitales et mesures anthropométriques. Immatriculés, rasés, vêtus d’un uniforme de prisonniers, ils sont ensuite affectés à différentes sections. À la notion de « dangerosité » supposée de ces hommes répond ainsi un strict règlement militaire. La surveillance des parties communes et des abords du fort est en partie confiée à des détachements du 24e régiment de tirailleurs sénégalais basé à Perpignan relayés, plus tard, par ceux du 15e régiment d’infanterie et du 21e régiment d’infanterie coloniale. Les gardes républicains mobiles de la 12e légion sont chargés, quant à eux, de la surveillance des internés, sous la direction d’un chef de camp, ex-légionnaire, dont l’aversion contre les « rouges » est avérée. On retrouvera d’ailleurs ce capitaine, promu colonel, à la tête en février 1944 d’un groupe mobile de réserve (unité paramilitaire créée par Vichy) engagé contre les maquisards des Glières.

Au printemps 1939, le château royal de Collioure s’apparente plus à un bagne qu’à un camp. Durant une douzaine d’heures par jour, les internés sont contraints de réaliser des travaux de force à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur du fort. Tous les espaces pouvant servir de zones d’internement, des souterrains aux remises, sont utilisés afin de faire entrer plus de 350 hommes dans l’ancien château médiéval réaménagé par Vauban en bastion militaire. Pourtant habitués aux conditions de vie spartiates des camps sur la plage, les internés de Collioure doivent s’accommoder de lieux humides et insalubres avec une paillasse en guise de couchage. Une fois la nuit tombée, ces cellules collectives, la plupart du temps sans fenêtres, sont fermées jusqu’au lendemain. Les hommes sont ainsi répartis par groupes dans différentes sections, dont une est réservée aux éléments jugés les plus dangereux. Dans cette dernière, dite « section spéciale », les internés sont soumis à un régime d’incarcération pénitentiaire avec l’interdiction de parler. Enfin, toute forme de rébellion, d’insoumission ou d’insubordination entraîne une mise au cachot. L’un d’eux ne permet pas aux punis de tenir debout. Les brimades sont ainsi quotidiennes. Les coups aussi, comme ce fut le cas pour Agustí Vilella, membre du PSUC, transféré à Collioure après s’être battu avec des gardiens au camp de Saint-Cyprien. Cette insoumission lui vaut, à son arrivée au fort, un tabassage en règle entraînant la perte d’un œil.

Les témoignages de mauvais traitements venant de Collioure sont nombreux. Les internés qui parviennent à sortir du camp accusent. D’autres entament des grèves de la faim. À la fin du mois de mars 1939, quatorze volontaires yougoslaves des Brigades internationales, qui ont refusé de s’alimenter, doivent être transférés vers l’hôpital de Perpignan. Un mois plus tard, une vingtaine d’Espagnols, de brigadistes bulgares et italiens tentent la même action. […]

Les autorités du camp décident de nourrir de force, à l’aide d’une sonde, les grévistes. Souffrant d’un ulcère à l’estomac, Mario Giudice est transféré de l’infirmerie du camp de Collioure à l’hôpital de Perpignan au 14e jour de sa grève de la faim, alors que sept de ses compagnons refusent toujours de s’alimenter. Il s’agit de membres du groupe libertaire Liberta o Morte dont une partie fut transférée depuis le camp d’Argelès-sur-Mer lors de la purge du camp des internationaux. Ainsi, dans la promiscuité du château, les militants anarchistes sont mêlés aux communistes les plus orthodoxes. Les anarcho-syndicalistes catalans de la CNT se retrouvent mélangés à une partie de la direction du PSUC, alors que seulement deux ans auparavant les deux camps s’affrontaient dans une bataille sanglante lors des journées de mai 1937 à Barcelone. […]

L’affaire de Collioure éclate au printemps 1939. La présence de nombreux ex-brigadistes et de cadres du Parti communiste espagnol et catalan, n’est pas étrangère à l’intérêt que porte le parti communiste au camp spécial. Le Komintern, à travers Pierre Brandon qui est épaulé par André Marty, s’empare de l’affaire de Collioure pour dénoncer le sort réservé aux réfugiés espagnols en France par le gouvernement d’Édouard Daladier et obtenir en même temps la libération de certains de ses cadres enfermés dans la citadelle. Pour dénoncer le caractère illégal de ce camp disciplinaire, le jeune avocat communiste s’appuie sur l’article 615 du code d’instruction criminelle qui prévoit que « quiconque aura connaissance qu’un individu est détenu dans un lieu qui n’a pas été destiné à servir de maison d’arrêt, de justice, ou de prison, est tenu d’en donner avis au juge de paix ».

Refoulé aux portes du camp, bien qu’accompagné du juge de paix du canton d’Argelès-sur-Mer, Pierre Brandon se lance alors dans une campagne de presse dans L’Humanité, sous le pseudonyme de Pierre Vergès, ainsi que dans La Défense pour le compte du Secours populaire. Il parvient à obtenir en avril 1939 la venue de la commission du Comité international de coordination et d’information pour l’aide à l’Espagne républicaine (Ciciear). Sous le titre « Le scandale de Collioure », Paul Bourgeois, le délégué du Ciciear, décrit sa visite à Collioure :

« Deux cents hommes environ revenaient du travail, des pelles et des pioches sur l’épaule. À six heures, sonnerie au drapeau ; les hommes se mirent à défiler un à un devant nous – j’en comptais 347 – sans un sourire, sans un mot, les yeux fixés sur le capitaine. Je ne parlerais pas de la situation matérielle.

La nourriture serait à peu près équivalente à celle des autres camps. Mais le défilé de ces 347 hommes, le silence que venait rompre le bruit des pas sur le pavé, témoignent de la terreur qui pèse sur ces hommes traités comme des criminels par des officiers qui ont sur eux un pouvoir illimité. »

Le rapport de Paul Bourgeois annonce la création du comité de défense juridique. Pierre Brandon prend alors la tête de l’Association pour la défense des séquestrés de Collioure, regroupant trente-trois avocats parisiens sous la présidence d’Henri Wallon, professeur au Collège de France. En écho à cette campagne orchestrée par le parti communiste, le « scandale de Collioure » va ainsi être dénoncé par une kyrielle d’organisations (Ligue des droits de l’homme et du citoyen, Amicale des volontaires de l’Espagne républicaine, Grande Loge de France, Centrale sanitaire internationale…), par des députés PCF et SFIO, et par la presse de gauche. Le camp devient ainsi le symbole de la politique la plus répressive à l’égard des réfugiés de la guerre d’Espagne. […]

La plainte mentionne cinq cas de mauvais traitements (deux Espagnols, dont Agustí Vilella, qui a perdu l’usage de son œil, et trois internationaux) et s’appuie sur de nombreux articles du code pénal et du code de procédure criminelle pour prouver l’illégalité d’un tel camp disciplinaire. Au mois de juillet 1939, la plainte est jugée irrecevable par le procureur général de Montpellier puisque, selon les termes de l’article 2 et 4 du code de justice militaire pour l’armée de terre, seuls les tribunaux militaires sont compétents pour juger cette affaire.

L’agitation autour du camp de Collioure porte toutefois ses fruits. Le préfet des Pyrénées-Orientales se rend sur place au mois de mai 1939 et fait état de sa visite auprès du ministre de l’Intérieur, alors que le général Lavigne autorise les visites d’organisations d’aide aux réfugiés, qui étaient jusqu’alors interdites. L’état-major déplace le capitaine, tout en lui adressant par courrier ses félicitations. 160 internés sortent du camp au mois de juin 1939. Il s’agit ici essentiellement de transferts vers d’autres camps et hôpitaux et, dans une moindre mesure, de départs vers le Mexique et d’engagements dans la Légion étrangère, accordés après l’examen attentif de chaque cas. Les sorties s’opèrent au compte-gouttes. En juin 1939, le député socialiste des Pyrénées-Orientales, Louis Noguères, passe par le préfet des Pyrénées-Orientales pour faire libérer cinq Espagnols internés au camp de Collioure. Ces réfugiés, fonctionnaires de police, auraient été assimilés à des membres du SIM, le service de contre-espionnage militaire, détenus aussi au château. […]

À partir du mois de mai 1939, les chefs de camp se montrent un peu plus prudents quant aux transferts au château royal, en raison notamment de l’instauration d’îlots disciplinaires. Ainsi, lorsqu’au début du mois de juin 1939 le commissaire spécial du camp d’Agde sollicite l’envoi à Collioure de six réfugiés soupçonnés d’influences politiques sur leurs camarades, le général Lavigne s’y oppose, en précisant qu’il n’y a pas lieu de transférer les intéressés sur ce « camp de représailles », tant que ces derniers n’ont pas commis à Agde d’actes contraires à la discipline. Le camp spécial de Collioure voit ainsi son effectif passer sous la barre des 200 internés au début de l’été.

Alors que les autorités annoncent sa fermeture, des Espagnols s’affairent toujours dans des travaux forcés au pied du château afin d’aménager le monument aux morts pour les commémorations du 150e anniversaire de 1789…



Camps d’étrangers : Le contrôle des réfugiés venus d’Espagne (1939-1945) de Grégory Tuban est publié aux éditions du Nouveau Monde.
https://www.retronews.fr/actualite/collioure-un-bagne-fasciste-en-france

Article de Jean Ortiz : La journaliste française Renée Lafont, assassinée par les franquistes, et la « guerre civile » à Cordoue.

Pourquoi la Guerre d’Espagne et la dictature franquiste constituent-elles, « le deuxième génocide » du 20ième siècle ? Pourquoi entre 110.000 et 150.000 corps de républicains, fusillés par les franquistes, gisent encore entassés dans des fosses communes, sans que l’Etat espagnol y remédie ? Pourquoi ce « cri du silence », cyniquement « oublié » ? Pourquoi la journaliste et romancière française Renée Lafont a-t-elle « disparu » à Cordoue, dans une fosse de 2000 corps, depuis le premier septembre 1936 ? Et sans quasiment de vraies réactions ni d’hommages en France? Le chef du gouvernement était alors Léon Blum. Journaliste et femme libre, engagée, romancière aux convictions républicaines, Renée dérangeait sans doute les partisans français de l’hypocrite « non intervention ». Renée n’est pas une anonyme. Le quotidien espagnol « ABC » du 17 mars 1914 met en avant « la spirituelle romancière française, très connue en Espagne par son travail « d’hispanophile » et par ses traductions d’éminents écrivains espagnols contemporains ». Dans quel environnement de « Guerre civile à Cordoue »[1] Renée Lafont exerçait-elle son métier de reporter pour « Le Populaire » (SFIO), avant d’être fusillée par les franquistes le premier septembre 1936 au cimetière San Rafael ?

Ces questions hantent toujours les consciences antifascistes, en Andalousie et au-delà, malgré le pilonnage du « tous coupables », du renvoi-dos-à-dos victimes-bourreaux, colporté jusqu’à plus soif par le révisionnisme massif. Les républicains espagnols n’étaient pour la plupart, on le sait bien, que des pions manipulés… Les révisionnistes, le vent « libéral » en poupe, s’en prennent à tous ceux qui ont voulu et/ou veulent « changer le monde ». Ils défendent bec et ongles leur système : le capitalisme. Quoi de plus normal ?

Le « golpe » militaro-civil des 18-19 juillet 1936 fut en Andalousie comme ailleurs, particulièrement violent ; un projet programmé, planifié, pour « limpiar » (nettoyer), débarrasser à tout jamais l’Espagne des germes de « la révolution »… qui ne menaçait guère par ailleurs.

L’Andalousie, proche du Maroc et de l’Afrique du nord (espagnols), voit, la première, déferler les terribles troupes coloniales franquistes, les « africanistes » (Légion et « Regulares »), les « colonnes de la mort »[2]. Poussées au viol, au pillage, elles se livrent aux pires horreurs, notamment de Séville à Madrid, pratiquant la « terre brûlée », sous l’emprise de la haine de classe et des discours radiophoniques « fous », « sadiques » (sur « Radio Séville »), de celui qui s’est proclamé commandant de toutes les « forces insurgées » d’Andalousie : Queipo de Llano. Ce dernier « repose » encore aujourd’hui, en toute gloriole et impunité, à l’entrée de la chapelle de la Macarena, à Séville. Insupportable provocation. Pour les factieux, il faut éradiquer avec la plus grande férocité, le plus vite possible et définitivement, le prolétariat agricole et industriel, les anarchistes, grande force populaire, les communistes, les «ugétistes », les miliciennes, les soutiens du Front populaire, les enseignants, ces « subversifs ». « Le petit peuple » ne doit jamais plus remettre en cause l’ordre dominant établi. Les femmes, surexploitées, abusées, et qui désormais fument et votent, commencent à se libérer, deviennent « visibles ». Elles ne sont pas épargnées.

La guerre à Cordoue prend d’emblée un caractère « d’holocauste », de « guerre d’extermination »[3], et de « guerre sociale ». Pour le cerveau et l’organisateur du « golpe », le général Emilio Mola, il faut tuer « tous ceux qui ne sont pas d’accord avec nous ». Des dizaines de milliers de « simples républicains » mourront à l’arrière-garde des combats… Des massacres délibérés de civils destinés à ce que règne la terreur « immédiate », la terreur d’Etat, se succèdent… Au moins 20.000 antifascistes seront exécutés après « la victoire ». Le prolétariat reste considéré comme « une race inférieure » à annihiler.

Dès la fin juillet 1936, Cordoue et les villages de « la Campiña » environnante paient un lourd tribut aux militaires sabreurs pour le compte de « la trame civile » du « golpe » : la grande bourgeoisie et l’oligarchie agraires, les « terratenientes » (grands propriétaires des oliveraies), les vieux aristos, les monarchistes, les politiciens de la Ceda (alliance d’extrême droite), l’Eglise, qui félicite les bourreaux[4]. L’oligarchie tire les ficelles en coulisses. Elle recrute des meutes de « lumpens » (ils se bousculent), de pègre, chargées du sale boulot. Les villages cordouans, la ceinture ouvrière anarchiste de Palma del río, Posadas, Hornachuelos, Almodóvar, Bujalance, Castro del río, Espejo et Santaella, zones ouvrières (communistes) résistent inégalement, et finissent majoritairement par céder face au déséquilibre des forces. Fernán Nuñez, le 25 juillet 1936, voit 80 des siens (dont deux femmes et des mineurs) martyrisés par les fascistes. Plus loin, le 28 juillet, la population ouvrière de Baena, saignée à blanc, massacrée place de la Mairie, pleure ses 1 200 morts (2 000 peut-être). Le sang coule dans les rues. Le « golpe » a surpris la plupart des dirigeants et des militants républicains, désarmés.

Le deux septembre 1936 à Cordoue, un citoyen français EDMOND PADOVANI, meurt sous les balles franquistes, accusé de « franc-maçonnerie ». On ne sait, pour l’heure, pas grand chose de plus sur lui.

La liste des victimes de la répression franquiste à Cordoue pendant les trois années de la Guerre d’Espagne (source : « Registre civil » -incomplet- de Cordoue et « livres d’enterrements » des cimetières cordouans de « San Rafael » et « Nuestra Señora de la Salud », de juillet à décembre 1936), s’élèverait à 2088. Un nombre très inférieur à la réalité. Il ne tient pas compte des victimes des bombardements, des exodes, des morts républicains sur d’autres fronts, ou des « rouges » exécutés, non « déclarés »  sur ces registres, tellement la terreur paralyse la population… On attribue -cyniquement- aux suppliciés que l’on fusille, une même adresse de domicile : « Arroyo del moro », le nom de l’un des murs d’enceinte du cimetière de la Salud contre lequel on fusillait par dizaines. Les prisonniers étaient souvent passés par les armes au cimetière de la Salud puis transportés pour inhumation à celui de San Rafael. Les bourreaux se moquaient des victimes, leur tenant des propos sarcastiques du type « tu vas aller rejoindre ta réforme agraire ». Et  ils utilisaient toute la gamme des supplices.

Selon les « données des cimetières » cordouans, le premier septembre 1936, les corps de « deux hommes et d’une femme, inconnus » apparaissent, au cimetière San Rafael et « sept hommes inconnus » au cimetière de La Salud[5]. Il est fort probable, par recoupements, et selon le témoignage d’un militaire en faction ce soir-là[6], au carrefour de la Victoria (il raconte avoir vu une femme sauter du camion des condamnés et tenter de s’enfuir) que le corps de femme « inconnu » soit celui de l’écrivaine et journaliste française Renée Lafont. Selon le journal « El Guión » du 1er septembre 1936, elle a été arrêtée « en tenue d’homme ». Cette femme ne pouvait donc être que de mauvaise réputation ; elle osa couvrir la guerre et de surcroît en tenue de soirée !! Le quotidien la présente comme une « Mata-Hari » au service des « rouges ».

Le lieutenant-colonel de la Garde civile Bruno Ibañez Galvez, un sadique, un tueur psychopathe, devient chef de l’Ordre public à Cordoue, le 22 septembre 1936. La répression redouble, avec un acharnement inouï… Arrestations, tortures, exécutions, prennent un caractère de terreur de masse « exemplaire ». Elle cible les petites gens, les ouvriers, les cheminots, les enseignants, victimes d’une « épuration » d’une rare violence, les femmes (120 fusillées à Cordoue en 1936). « Don Bruno » reçoit le soutien public de l’Eglise. En cette fin d’été 1936, chaque aurore, contre les murs des cimetières, les fascistes de la « brigade du petit matin » exécutent une cinquantaine de « rouges » ; le plus souvent coupables d’avoir voté pour la République ou sympathisé avec elle. Assoiffé de haine, don Bruno, le « boucher de Cordoue », interdit même la visite aux cimetières… afin d’éviter les bouchons !! Le bilan de l’extermination, sous toutes ses formes, des républicains de Cordoue, entre 1936 et 1939, s’élève à plus de 4 000 victimes, toujours selon les travaux d’archives de l’historien Moreno Gómez. Il estime que les registres -à trous- ne reflètent que le tiers de l’ampleur des massacres.

Envoyé sur place avec sa colonne, le général républicain Miaja, indécis, échoue à libérer Cordoue, malgré l’appui des résistances populaires. Après la guerre, Cordoue et ses environs abriteront de nombreux maquis ; longtemps, ils feront la nique aux fascistes.

Jean Ortiz

25 février 2018

Un nuage Espagnol

Un hommage aux Républicains espagnols de la « Nueve » par Serge Utgé-Royo, auteur-compositeur-interprète, fils d’exilés républicains de la guerre d’Espagne.
Ses chansons disent une réalité violente, absurde, révoltante ; elles évoquent l’Histoire des hommes et des femmes, ses utopies, ses horreurs aussi…
Son regard est celui d’un citoyen observant sa planète, qui vit, cherche à comprendre, rit, se moque, s’insurge, aime, chante…

 

No Pasaran !

Centre Culturel Communal
Saint-Pierre-des-Corps Vendredi 23 février 2018 à 20h
Concert – SERGE UTGE-ROYO 

Spectacle renouvelé à l’occasion de l’anniversaire : 1936-2016, dans lequel Serge Utgé-Royo, fils d’exilés catalan-castillan, revient aux sources et rassemble ses propres chansons portant la mémoire et les espoirs des siens, ainsi que des chants de la guerre d’Espagne et des poèmes (Hernandez, Celaya, Jara… des chansons de Llach, Ibañez…)

En première partie Véro LP chante Golondrina, la parole des poètes et l’effervescence d’un monde où la rue est le décor du grand théâtre de la vie, à travers un répertoire de chansons populaires d’Espagne et d’Amérique Latine : des tangos argentins aux coplas espagnoles.

Serge Utgé-Royo est compositeur- interprète, comédien, et traducteur. A son actif, plus de 200 chansons, une quinzaine d’albums, de nombreuses aventures discographiques collectives, avec, entre autres, Moustaki, Higelin, Théodorakis, Lluis Llach… Plusieurs recueils de poèmes ont été publiés, ainsi qu’un roman historique, un conte, des nouvelles… 

Article de Jean Ortiz Mercredi, 14 Février, 2018 – Fosses communes, disparitions forcées, affaire « Renée Lafont »… : l’Espagne hors la loi. Une exception macabre, selon Amnesty International

SIGNEZ  LA PETITION

https://www.mesopinions.com/petition/politique/journaliste-francaise-fosse-commune-espagne-1936/39169

Selon les estimations actuelles, études, recherches, il reste en Espagne, dans 2052 fosses communes recensées, entre 115 000 et 150 000 suppliciés, victimes du franquisme, dont les squelettes s’entassent dans ces fosses communes, près ou dans les cimetières. Les phalangistes fusillaient le plus souvent contre les murs des cimetières.

Selon l’historien Julian Casanova, plus d’un million de personnes furent victimes de la répression (globalement de classe). De nombreuses villes possèdent des fosses communes de plusieurs milliers de corps : deux mille dans chaque cimetière de Cordoue. N’importe quelle province du sud-ouest de l’Espagne, compte plus de « disparus » que le Chili. Le franquisme ne fut pas un simple « golpe » suivi d’une dictature « comme les autres », mais l’application programmée, méthodique, systématique, d’un plan d’extermination de l’Espagne « Républicaine », incarnation du mal absolu. Des historiens de premier plan, comme Paul Preston, parlent même de « génocide ». Dans la zone cordouane, dans « la Campiña », la répression franquiste fut féroce et la violence structurelle. Tous les moyens furent utilisés pour « nettoyer », pour faire « disparaître »… L’historien Francisco Moreno Gómez y a consacré trente ans de recherches et d’écriture. On comprend donc pourquoi la journaliste française Renée Lafont gît dans une fosse commune de 2000 fusillés, oubliée de tous, alors que des bourreaux se promènent dans les rues et se pavanent aux terrasses des bistrots en toute impunité. Un « Etat de droit » est incompatible avec l’impunité. Pourquoi donc s’étonner si « la fondation Franco », financée par les deniers publics, cultive encore en toute « légalité », grâce à la loi d’amnistie de 1977 « el ideario » (la pensée) du dictateur. Elle échappe à l’illégalisation qu’elle mériterait.

Hier, le conseil municipal de Cordoue (majorité PSOE- Izquierda Unida ; et les voix de « Ganemos » (« Podemos »), en session plénière, a décidé de débaptiser 15 noms de rue qui renvoient au franquisme. Le PP et Ciudadanos s’y sont globalement opposés, dans un climat de grande tension, affichant sans vergogne, comme les autorités nationales (la « bande à Rajoy »), un mépris insupportable par rapport aux victimes et à leurs descendants, nombreux, présents dans la salle… C’est qu’il s’avère impossible d’honorer les morts sans dénoncer leurs assassins.

En soulevant « l’affaire Renée » nous mettons face à leurs responsabilités les autorités françaises et espagnoles. La législation internationale en matière de « crimes contre l’humanité » est contraignante. L’Etat espagnol ne l’applique pas. Depuis plus de 10 ans, plusieurs rapports de l’ONU (3 en 2009) ont accusé l’Espagne de prétexter de la loi d’amnistie pour ne pas enquêter sur les crimes contre l’humanité et ne pas entendre les victimes. Le droit international exclut de la possibilité d’amnistie les délits d’arrestations illégales et de disparitions forcées. Aucune structure n’a été mise en place à l’échelon national, notamment pour récupérer les corps. L’Espagne n’applique pas non plus les recommandations de la Convention européenne pour la défense des droits de l’homme, ni la loi de mémoire de 2007, ratifiée par IU-ICV, le PSOE, pourtant bien timorée et minimaliste. Une loi, considérée le 27 septembre 2008 par le Cardinal ultra-conservateur Rouco, archevêque de Madrid et président de la Conférence épiscopale, comme « non nécessaire ».

L’ouverture des fosses met en cause la « transition » que l’on nous a présentée comme « modélique », et dont toute l’architecture est aujourd’hui ébranlée, notamment par la crise catalane. L’ouverture des fosses gêne tous ceux qui voudraient « tourner la page sans l’avoir lue », tous ceux qui redoutent que demain l’Espagne redevienne républicaine, multiple, plurielle, sociale, une « Espagne de toutes les Espagne ».helon national, notamment pour récupérer les corps. L’Espagne n’applique pas non plus les recommandations de la Convention européenne pour la défense des droits de l’homme, ni la loi de mémoire de 2007, ratifiée par IU-ICV, le PSOE, pourtant bien timorée et minimaliste. Une loi, considérée le 27 septembre 2008 par le Cardinal ultra-conservateur Rouco, archevêque de Madrid et président de la Conférence épiscopale, comme « non nécessaire ».

 

L’ouverture des fosses met en cause la « transition » que l’on nous a présentée comme « modélique », et dont toute l’architecture est aujourd’hui ébranlée, notamment par la crise catalane. L’ouverture des fosses gêne tous ceux qui voudraient « tourner la page sans l’avoir lue », tous ceux qui redoutent que demain l’Espagne redevienne républicaine, multiple, plurielle, sociale, une « Espagne de toutes les Espagne ».

Mardi 20 février 18h30 Bibliothèque Saint-Pierre-des-Corps avec Jean ORTIZ

Après les deux soirées réussies avec Claire Rol-Tanguy et Patrick Amand mardi dernier  et avec Edouard Sill hier, avec plus de 100 participants à chaque fois,

soyons nombreux à la soirée, suivie d’un débat avec la participation exceptionnelle de Jean ORTIZ, après la diffusion du Documentaire « Brigades Internationales. Entre mémoire et silence » de Dominique Gautier et Jean Ortiz

Ce documentaire de 25 minutes, tourné en juin 2016 à Albacete, dont le propos est de savoir ce qu’il reste aujourd’hui du « grand récit » des Brigades Internationales, de leur engagement, de leur exemple, de leurs valeurs, sera projeté à la Bibliothèque de Sant-Pierre-des-Corps le mardi 20 février à 18h30 en présence de Jean ORTIZ.
Il y plus de 80 ans,  des volontaires du monde entier, majoritairement ouvriers, arrivaient à Albacete, base des Brigades Internationales… Le 18 septembre 1936, le Présidium de l’Internationale Communiste, réuni à Moscou, avait décidé de « procéder au recrutement parmi les ouvriers de tous les pays de volontaires ayant une expérience militaire en vue de leur envoi en Espagne ». 35 000 au total, de 53 pays.
Au même moment, les « démocraties occidentales » choisissaient de renforcer la « farce sinistre » de la « non intervention », destinée en réalité, sous couvert de « neutralité », à « apaiser Hitler », à étouffer la République espagnole en l’empêchant de recevoir l’aide internationale et en premier lieu l’aide militaire de l’Union Soviétique, seul pays avec le Mexique, qui décida, dans les conditions de l époque, avec ses parts d’ombre, de fournir assistance militaire aux antifascistes espagnols. Les classes dominantes anglaises, françaises, elles, avaient choisi leur camp dès le départ : en finir avec les « rouges frontpopulistes », avec la « menace » ouvrière, avec les puissants syndicats espagnols, avec cet exemple contagieux.
Au même moment (13 octobre 1936) les premiers groupes de volontaires internationaux rejoignent Albacete (pour quelques séquences de formation), mal équipés, peu expérimentés, vivant dans des conditions précaires… Ils seront envoyés pourtant souvent en première ligne… En ce début de novembre, lorsque les Brigades commencent à se déployer à Madrid, la capitale est sur le point de tomber aux mains des factieux, puissamment soutenus par Mussolini, Hitler, Salazar, et la banque.
La démoralisation, la parano, le chaos, commencent à s’installer… On se bat au corps à corps dans les faubourgs de Madrid. Le peuple de Madrid, ne fléchit pas, encouragé par cette arrivée d’amis solidaires de tous les pays ; il redouble de courage. Les miliciens, essentiellement communistes du PCE, militants jeunes de la JSU, anarchistes de la CNT-FAI, simples républicains, avec les Brigadistes, sauvent la capitale.
Les premiers avions soviétiques , modernes, apparaissent dans le ciel de Madrid, et les chars dans les faubourgs… Les fournitures soviétiques sont payées par le gouvernement d’union du socialiste Largo Caballero (qui a décidé à l’unanimité de mettre en sécurité à Moscou l’or de la Banque d’Espagne), puis du docteur Negrin, socialiste. Le gouvernement lui, sans trop de courage, a quitté la capitale pour Valence, laissant Madrid « aux mains » des milices, d’une « Junte de défense » populaire, d’officiers républicains (Miaja, peu convaincu malgré son aura, et surtout Rojo, l’âme de la résistance militaire), du célèbre « Quinto Régiment », organisé par les communistes… « No pasarán ! ». Ils ne sont pas passés ! Mais à quel prix… Le général Mola, cerveau du « golpe », à la tête des troupes du nord, prévoyait une victoire rapide… « Boire le café Puerta del Sol dans quelques jours », avait-il fanfaronné… Le café refroidira.
Le plus souvent au feu, à l’avant, les Brigades Internationales, dont certaines furent décimées lors des combats de la défense de Madrid, puis en Andalousie, en Aragon, malgré les frictions, les affrontements inter-Républicains, donnèrent un exemple extraordinaire d’engagement solidaire, d’internationaliste, de conviction en actes.
Aucune entreprise révisionniste de réécriture de l’histoire ne parviendra, si nous prolongeons leur mémoire et leur combat, à stigmatiser ces héros qui pour beaucoup finirent dans les « camps de concentration » français (gouvernement radical-socialiste Daladier-Sarraut-Bonnet) du Roussillon, de Gurs, maltraités, surveillés, « suspects », « indésirables » « Liste S ». Des Brigadistes furent livrés aux Allemands. La majorité de ceux qui rentrèrent en URSS tombèrent, victimes de la répression stalinienne.
Par-dessus tout, il reste l’éclat de l’altruisme solidaire, aussi nécessaire aujourd’hui qu’alors.

Faire vivre les mémoires et les valeurs des Républicains espagnols exilés

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